LE ROI LOUIS XIII À VINGT ANS

 

CHAPITRE III. — LE SOUVERAIN.

 

 

Après le 24 avril 1617, Louis XIII assiste à tous les conseils ; il y prend part et veut s'instruire. — Son bon sens, son jugement ; il est réservé et impénétrable. — Les séances du conseil ; le roi met aux voix les décisions ; il a ses idées. — C'est dans ses conversations avec les ambassadeurs étrangers qu'on peut le suivre remplissant ses fonctions royales : ce que disent les dépêches de ces ambassadeurs. — Louis XIII a une haute conception de son autorité ; il est impérieux et personnel ; il dit qu'il veut être obéi. — Comment il se soumet à la représentation : sa prestance au cours des entrées dans les villes. — Popularité du jeune roi vers 1620. — Incidents qui témoignent de son rôle personnel dans la direction de l'Etat et d'une manière de gouverner qu'on attribuera plus tard à Richelieu : les affaires Guémadeuc, d'Arsilemont, de Toscane. — Louis XIII et le soulèvement intérieur de 1620 ; Louis XIII et l'affaire du Béarn ; ses campagnes de 1621 et 1622 contre les protestants : initiative et décision du roi. — Rapports de Louis XIII avec ses ministres de 1617 à 1624 ; actions et réactions. — Louis XIII ne veut pas être gouverné.

 

Maître effectivement, après la disparition du maréchal d'Ancre, de la direction des affaires du royaume, il n'était pas dit que Louis XIII possédât les connaissances nécessaires à la lourde charge qu'il assumait. On ne l'avait préparé à rien. Si les diadèmes sont fardeaux bien pesants pour ceux même qui ont les épaules les plus fortes, écrivait un contemporain, je vous laisse à penser si ce n'est pas une merveille que de jeunes tendrons ne soient point accablés sous un tel faix ![1] Le prince allait sans doute, laisser à ses conseillers ou favoris le soin de conduire l'État en son nom : Richelieu, dans ses Mémoires, t'ait entendre qu'il en a été ainsi : d'après lui, Louis XIII n'aurait été qu'un roi muet et irresponsable entre les mains d'un entourage qui le faisait agir. La réalité ne paraît pas avoir été tout à fait telle.

Dès qu'il se vit véritablement souverain, Louis XIII manifesta son intention d'assister à tous les conseils. Héroard note les réunions des ministres auxquelles le roi prend part : il y en a tous les jours et elles durent longtemps[2]. Un témoin oculaire, le secrétaire d'État Pontchartrain, nous apprend le rôle qu'y joue le prince : C'est lui qui conduit, écrit-il, qui ordonne, qui voit, qui résout les réponses ; il emploie gaiement à cela une partie des matinées ; il est véritablement jeune, mais il a bon sens et jugement[3]. Les ministres rompus aux affaires, discutent ; le roi écoute et décide. Ces conseils vont être pour lui l'école à laquelle il s'instruira. On admira, au premier moment, sa bonne volonté : malgré son âge, déclarait un ambassadeur étranger, il donne tous les signes de vouloir être roi ; il prend goût au gouvernement de ses peuples et bien que jusqu'ici il ait été tenu pour ne s'occuper que de choses sans rapport avec ce qui lui convenait, en réalité on découvre en lui une intelligence capable de connaître les affaires et beaucoup de résolution[4]. Plein de bonne volonté, Louis XIII montrait un grand zèle à s'initier aux affaires publiques. Il consentait à y consacrer le temps nécessaire. Le métier lui plaisait. Quelles dispositions y apportait-il ?

Je vous donne le roi Louis XIII, disait Nicolas Goulas, pour tout autre que l’on ne vous l'a figuré et qu'on ne le croit ; car il a de belles qualités : un grand cœur, un grand esprit, une parfaite intelligence[5]. La qualité prédominante chez le jeune souverain, Pontchartrain, qui a vécu côte à côte avec lui, a traité les affaires devant lui et l'a vu à l'œuvre, vient de nous l'indiquer : le bon sens et le jugement. Il est avisé, confirmait Sully, fin, et de facile compréhension[6]. Ceux qui l'approchaient remarquaient l'aisance avec laquelle il comprenait ce qu'on lui expliquait : clarté d'entendement, vivacité d'esprit non pareille, jugement solide, disait-on[7]. Louis XIII a appris à gouverner en écoutant et en questionnant : il a acquis une grande connaissance des affaires, écrivait l'ambassadeur d'Angleterre, en conversant habituellement avec des gens sages et exercés[8]. Par ce procédé, un peu lent, mais sûr ; grâce à une intelligence sans doute dépourvue de brillant, mais pondérée, il parvint à se former. Sa participation aux conseils deviendra de plus en plus efficace. Le cardinal de Richelieu, lui-même, notera madame de Motteville, a dit plusieurs fois de lui que dans son conseil il était toujours du meilleur avis et trouvoit souvent des expédients sur les choses les plus embarrassantes[9]. Ceux qui jugent son esprit, lorsqu'il a vingt ans, répètent le mot de Pontchartrain : c'est sa caractéristique : je le vois agir dans son conseil, mandait le prince de Piémont à Marie de Médicis, au milieu des anciens ministres et conseillers du feu roi son père, avec un jugement si solide, une résolution si ferme et si courageuse qu'il n'y a personne qui, le considérant sans passion, n'ait sujet de l'admirer[10]. Si jamais prince eut le jugement net, clair, délié, ferme, on peut dire que c'est celui-ci, écrivait M. de Bellemaure ; cela se reconnaît principalement en son conseil : il comprend promptement, examine mûrement, résout prudemment[11]. Déjà le précepteur, Vauquelin des Yveteaux, si peu bienveillant pour son élève, avait dû avouer que Louis XIII, susceptible d'une profonde application, quoiqu'elle fut tardive, aux choses que l'on lui représentoit, avoit assez de jugement pour en faire une bonne élection[12]. Tallemant des Réaux, aussi peu bien disposé, se trouve obligé de dire que Louis XIII a raisonné passablement dans son conseil[13]. Les hommes d'État dont le roi se sert ordinairement, déclarait un communiqué officieux de 1619, rendront ce témoignage que jamais on lui a ouï dire dans le conseil parole qui ne fut digne d'un prince[14].

Prudence, réserve, bon sens, les qualités intellectuelles que manifestait le jeune roi donnaient donc à l'entourage de grandes espérances. Ce n'était pas l'humeur du père, vive et primesautière ; ce n'était pas son intelligence aiguë : il y avait chez le fils plus de lourdeur ; mais c'était de l'équilibre. Les qualités morales n'étaient pas moins appréciables. Il a de belles parties royales, disait-on[15]. Sans mentir, mon cher cousin, écrivait Malherbe à M. du Bouillon, nous avons un grand roi qui a toutes les vertus des rois et pas un seul de leurs vices. Dieu nous le fasse vivre et nous donne de sa race ; elle est bonne ![16] Le souverain était sérieux, ne se dispersant pas dans les plaisirs et les voluptés ainsi que les passions qui dominent à son âge[17]. Les ministres qui analysaient ses qualités reconnaissaient en lui une pureté de conscience nette de tout vice, la docilité à prendre et recevoir conseil, la constance inébranlable aux résolutions prises, la force d'esprit à les tenir sous le sceau du secret, une diligence non pareille à les exécuter[18]. Il ne se laisse gouverner que par la raison, répétait le P. Arnoux à Marie de Médicis[19]. Il était droit, juste et loyal[20]. J'ai entendu avec grand contentement, écrivait le chancelier de Sillery à son fils M. de Puisieux, ce que vous m'écrivez de la bonne conduite de Sa Majesté et du soin et diligence qu'il emploie avec prudence et dextérité pour entretenir chacun comme il faut, rendre justice et départir ses grâces comme il appartient : c'est faire l'office d'un sage, grand et puissant roi[21]. Louis XIII était un sage roi. D'un chef de gouvernement il avait la prudence : il en avait surtout la réserve et l'impénétrabilité.

Cette impénétrabilité a beaucoup frappé les contemporains. On ne devinait jamais ce qu'il pouvait penser. Le roi ne change rien à ses procédures ordinaires, écrivait Marillac à Richelieu ; il fait pareil visage à ceux qu'il aime et à ceux qu'il n'aime point[22]. La maîtrise du prince sur lui-même avait été remarquée au moment de la chute du maréchal d'Ancre ; elle devait l'être dans bien d'autres circonstances[23]. Pour la cour une telle faculté constituait une qualité royale éminente. Louis XIII se réservait parce qu'il était timide, peu sûr de lui, conscient de la gravité de sa fonction : il parlait peu : je ne suis pas faiseur de phrases et de cérémonies, disait-il au nonce Corsini[24]. Cette réserve donnait à son maintien quelque chose de grave et d'imposant. Les ministres étaient ravis de ce qu'ils appelaient la discrétion du roi[25]. Tout en rendant justice au soin qu'il avait de ne pas se livrer, les envoyés étrangers finissaient peut-être par s'impatienter et parler de dissimulation. Les malveillants comme Herbert de Cherbury, répétaient que Louis XIII était défiant et dissimulé, et Tallemant des Réaux renchérissait[26]. Mais, pour un jeune homme, encore peu expérimenté, cette excessive prudence était nécessaire.

Dans l'exercice, nouveau pour lui, de ses fonctions royales Louis XIII apportait deux préoccupations : se mettre bien au courant des questions ; ne jamais rien décider sans l'avis de son conseil.

Il n'y a particularité dont il ne soit informé, écrivait quelqu'un de son entourage ; il reçoit toutes les dépêches étrangères, voire toutes les instructions des ambassadeurs et ne s'expédie aucun don que par son commandement[27]. Il donnait à ses affaires tout le temps qu'il fallait, dit Fontenay-Mareuil, de telle sorte qu'on l'a souvent vu revenir de la chasse, qui étoit son plus grand divertissement, lorsque l'heure qu'il avoit prise pour le conseil arrivoit devant qu'elle fut achevée[28]. Richelieu laissera échapper l'aveu que pratiquement Sa Majesté prend elle-même les soins du gouvernement et de la conduite de son Etat[29]. Le roi tient en ses mains les rênes de son Etat, confirme Pontchartrain[30]. Et de fait, à lire les nombreuses dépêches de celui des envoyés étrangers qui a été admis le plus près dans l'intimité des membres du gouvernement, le nonce Bentivoglio, on voit que le roi est toujours en scène, qu'il reçoit, répond, agit. Louis XIII s'occupe de tout.

Mais il ne fait rien, en principe, sans délibération de ses ministres. Ce prince de vingt ans a trop le sentiment de son inexpérience pour oser décider des intérêts dont il a la garde sans entendre l'opinion des vieux conseillers habitués au maniement des affaires. La moindre question est renvoyée par lui à l'examen du conseil. Le roi a renvoyé le présent placet en son conseil, pour lui être donné avis sur le contenu en icelui, telle est la formule[31]. S'il le faut, il appellera ses ministres plusieurs fois en une journée, afin de délibérer. Une nouvelle importante arrive-t-elle, Louis XIII veut qu'on assemble les membres du Conseil : ils sont le régulateur de la tradition, l'organisme assurant la continuité de l'application des maximes du royaume. Il ne conçoit pas que la lourde machine de l'Etat puisse fonctionner sans l'emploi régulier de ce rouage. La France possède une organisation séculaire, lentement élaborée à travers les âges, d'ailleurs élastique, mais très forte et principalement réglée par le Conseil, lequel est, suivant le caractère du roi, tantôt prépondérant, tantôt effacé. Louis XIII lui a donné une large place.

Il tient ce conseil au Louvre, dans le cabinet des livres, au second du pavillon royal[32], ou bien dans la galerie dorée — la petite galerie[33] ; — à Fontainebleau dans la chambre ovale[34]. Il y a conseil chaque matin, Conseil des affaires et de la direction, les autres, ceux auxquels le roi n'assiste pas : conseils du sceau, des parties ou des finances, se tenant l'après midi, une, deux, et trois fois par semaine[35]. Louis XIII vient à la séance après son déjeuner, il y reste une heure, deux heures et plus. N'a-t-il près de lui qu'un ministre, est-il en voyage, il tient Conseil. S'il est à la chasse et qu'un incident important oblige les ministres à délibérer sans tarder, ils envoient prévenir le roi, et celui-ci rentre. On le voit malade, souffrant de névralgie, tourmenté fort vivement de manière qu'étant vaincu de l'impatience de la douleur, il soit contraint de se mettre au lit et se servir de quelque remèdes pour l'adoucir, appeler les ministres à son chevet afin d'examiner avec eux les décisions à prendre, tellement il fait peu de cas de ses maux quand il faut penser à ce qu'il croit être utile à son Etat[36].

Nous avons des récits de séances présidées par Louis XIII. Le roi est assis au haut bout d'une table, couvert ; les quatre secrétaires d'État et l'huissier également couverts, les autres assistants nu-tête et le plus souvent debout. Un ministre a la parole. Le roi enfonce son chapeau pour écouter avec une très grande attention. Si quelqu'un, comme le prince de Condé, interrompt, afin d'élever une objection, Louis XIII, avec la main et la parole, le retient, lui disant qu'il laisse librement opiner un chacun et qu'en son rang il aura tout loisir de parler[37]. Une affaire mise en délibération, chacun, en effet, à son tour, émet son avis, puis, après plusieurs opinions écoutées et digérées, la conclusion est prise à la pluralité des voix. Louis XIII met aux voix[38]. Il n'abdique pas. En 1618, le jour où est agitée la question du rétablissement de l'enseignement des Jésuites à Paris, la majorité du Conseil se trouve, comme le roi, partisan de la mesure. Le garde des sceaux du Vair proteste, déclarant que le conseil n'est pas en nombre, qu'il faut renvoyer la décision à une séance ultérieure où les assistants seront plus nombreux. Louis XIII, qui est décidé à accepter la résolution prise, refuse et passe outre[39] : Soyez béni, lui dit-on, de ce qu'en votre jeune âge vous tenez déjà le haut bout de votre conseil, ainsi qu'il vous appartient ![40]

Généralement, il suit l'avis de la majorité. On observe sa disposition à bien comprendre les motifs invoqués et à adopter les opinions qu'on lui propose, si elles sont raisonnables. Un des premiers signes de la bénédiction d'un royaume, dit un contemporain, est quand le prince a la vertu de docilité et est assisté de personnes recommandables par leur prudence et pour leur intégrité[41]. C'est le cas. Vous avez affaire à un prince, explique-t-on à l'assemblée des notables de 1618, absolument porté à suivre vos avis. Parmi les grâces que le ciel a versées avec affluence sur son esprit, celle-ci paroit éminemment : il croit son conseil et ne se résout qu'avec lui[42]. Pour quelques uns, cette docilité est excessive : on reprochera au roi d'être susceptible des mauvaises impressions qu'on lui donne, de se laisser trop influencer par ceux dans lesquels il a confiance, surtout en ce qui concerne les préventions à l'égard des gens[43]. En réalité, les membres du conseil n'exercent aucune pression sur lui. Quand ils veulent attirer particulièrement l'attention du prince sur une affaire, ils rédigent un mémoire en tête duquel ils mettent la formule prudente : Ce qu'il semble que le roi peut faire pour le mieux[44]. On reconnaît que le roi est si appliqué à ce qu'il fait et ordonne, si judicieux à prendre ou à laisser les bons et mauvais avis, que les désirs de ses serviteurs ne savent accroître l'espérance que tout ce qui est conçoit de son courage[45]. Louis XIII a ses idées et les exprime.

S'il parle peu, ce qu'il dit, de l'aveu de tous, est plein de jugement, sobre et digne. Il conclut en peu de mots. Il a des notions précises de gouvernement auxquelles il tient : celle de l'intérêt général par exemple, contre lequel il n'admet pas qu'on oppose les intérêts particuliers[46]. Fort différent de son fils Louis XIV, il ne confondra pas l'État avec lui-même ; il les distinguera, se considérant comme l'administrateur du royaume : Il a plu à la bonté divine, dira-t-il, de nous appeler au régime et gouvernement de cette monarchie française[47]. Adjurant sa mère de cesser ses révoltes armées, il la priera au nom de Dieu et de toute la France, comme s'il y avait autre chose dans le royaume qu'un roi absolu et des sujets destinés à lui obéir[48]. Il veut ensuite la paix, l'union, l'ordre. Il insiste sur ces quelques principes qui sont le fond de sa pensée gouvernementale. Et les ministres admirent cette sagesse du jeune roi. Monsieur le chancelier a dit souvent à ses plus familiers amis que jamais il ne lui a vu dire dans le conseil une parole qui ne fut digne d'un grand prince[49]. Il me souvient, écrit un contemporain, que M. le garde des sceaux étant revenu du conseil avec un extrême contentement de quelque belle action que Sa Majesté venait de faire en plein conseil, dit par deux fois en parlant du roi : véritablement ce prince a je ne sais quoi de divin ! j'allai voir M. le président Jeannin, qui m'en dit autant[50].

Mais mieux encore que dans son conseil, là où nous pouvons saisir Louis XIII exerçant ses fonctions de roi, c'est dans ses conversations avec les ambassadeurs étrangers. Le jeune roi a attaché une grande importance à recevoir les ambassadeurs, et les ambassadeurs ont tenu à s'entretenir directement avec lui. Ils vont le voir, lui expliquent longuement les affaires. Leur préoccupation de ne causer qu'avec le roi, le priant d'écarter les importuns, de faire éloigner même les ministres, implique le prix qu'ils attachent à l'opinion personnelle du souverain et l'idée qu'il se font de la part prise par lui à la direction de son Etat[51]. Louis XIII se trouvant en campagne en 1620, Contarini, envoyé de Venise, exprime à M. de Bonneuil, introducteur des ambassadeurs, le désir d'avoir une audience du roi. Bonneuil lui répond d'aller trouver le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, M. de Puisieux, attendu qu'il lui est interdit d'introduire qui que ce soit en ce moment auprès de Sa Majesté. Contarini insiste : ce n'est pas M. de Puisieux qu'il veut voir, c'est le roi lui-même et pour une affaire grave. Bonneuil lui conseille alors de faire demander l'audience par Puisieux. Puisieux répond que l'envoyé de Venise aille trouver la reine Anne d'Autriche laquelle a momentanément la direction des affaires à Paris en l'absence du souverain et transmettra au prince l'objet de la communication. Contarini tient bon ; il finit par obtenir l'autorisation de venir s'entretenir avec Louis XIII à Poitiers[52]. De son côté, du reste, Louis XIII met autant d'insistance à causer seul avec les ambassadeurs. La présence d'un secrétaire d'Etat aux conversations, l'impatiente. Il priera ses ministres de s'éloigner. Il profitera d'un jour où Puisieux a la fièvre quarte pour donner ses audiences, manifestant sa volonté de ne pas admettre la prétention de celui-ci à être toujours présent lorsque les ambassadeurs remplissent leurs fonctions. Bien mieux, il fera déclarer par Bonneuil à tout nouvel envoyé étranger arrivant à Paris qu'il ne veut pas qu'on traite avec les ministres sans sa participation et qu'en toute occasion on doit s'adresser à lui[53].

Nous avons des récits d'audience. Louis XIII, qui reçoit dans son cabinet, à Paris, dans la chambre ovale, à Fontainebleau, s'avance aimablement vers l'ambassadeur, le salue plusieurs fois en retirant son chapeau, et l'embrasse, s'il ne l'a pas vu depuis longtemps. Les deux interlocuteurs restent couverts, souvent debout. Quand l'ambassadeur prononcera le nom du roi ou celui de son souverain, il soulèvera son chapeau : Louis XIII l'imite. Au dire de tous les ambassadeurs, le roi écoute avec attention et une gravité bienveillante ; il donne des signes d'assentiment de la tête, disant : c'est vrai, oui. Il préférerait être entretenu brièvement, mais si ce qu'écrit l'envoyé de Venise dans ses dépêches a été développé aux audiences, celles-ci doivent être longues[54]. Les réponses sont courtes et substantielles, déclare Bentivoglio[55]. En effet, Louis XIII parle avec concision et justesse. Il dit ce qu'il fera, ce qu'il attend des autres ; il affirme la sincérité et la droiture de ses intentions ; visiblement il est pénétré de ce qui a été discuté au conseil ; il sait la direction que doit suivre la politique de son gouvernement et demeure dans la ligne, prudemment. Il affirme quand il est sûr ; s'il craint de s'avancer, il dit qu'il réfléchira. Bien qu'il écoute plus qu'il ne parle, il sait faire des objections. On le sent maître de lui, prudent, informé. Souvent il s'en tiendra à des formules de politesse. Après l'avoir vu les ambassadeurs vont causer avec les autres ministres, notamment Puisieux : ceux-ci, plus explicites, discutent longuement, argumentent. A comparer leurs conversations avec celles du roi on voit que Louis XIII est parfaitement demeuré dans le cadre des idées nécessaires. Les envoyés demeurent surpris de son jugement. Vraiment, écrit le nonce, il se découvre qu'il comprend mieux les choses qu'on n'aurait pu le croire[56]. Le jeune roi répète-t-il ce qu'on lui a suggéré de dire ? Peut-être, mais pas toujours, puisque l'imprévu des conversations ne peut permettre de formuler d'avance toutes les réponses. Des circonstances même se présentent où Louis XIII est entraîné, malgré lui, à s'aventurer. Il se tire de l'épreuve avec avantage. Les espagnols se livrant en Italie à des entreprises contraires aux intérêts de la Savoie que soutient à ce moment le gouvernement français, l'ambassadeur d'Espagne est appelé au Louvre. Le roi, le recevant en audience particulière, lui explique que la France fait cause commune avec le duc de Savoie, que lui-même désire la paix, mais que néanmoins s'il le faut, il ira en personne en Italie : Sire, répond l'ambassadeur, depuis que je me trouve dans cette cour, je me suis toujours proposé d'entretenir et d'augmenter l'union entre les deux couronnes et j'ai encore l'intention de le faire. J'écrirai à mon roi le désir qu'a Votre Majesté de la paix générale ; mais je tairai qu'elle veut prendre les armes contre lui pour aider la Savoie, parce que ceci ne correspondrait pas à mes intentions. — Je ne dis pas que je veux prendre les armes contre l'Espagne en faveur du duc, réplique Louis XIII, mais que je ne veux pas que le duc soit maltraité par les gens du roi catholique et que, dans ce cas, je l'assisterai. — Mon roi ne veut rien enlever au duc de Savoie, mais seulement lui faire connaître son devoir. Louis XIII réfléchit un instant, puis reprend : Écrivez seulement que pour avoir la paix générale il faut commencer par accorder une suspension d'armes, sinon, la Savoie étant unie à ma couronne, et dépendant d'elle, je ne laisserai pas de l'assister. — Je l'écrirai, Sire, mais j'ajouterai que ce n'est pas là votre volonté et que vous avez été décidé à cette résolution par deux personnes qui vous conseillent. — Rien autre ne me conseille, répond Louis XIII avec vivacité et hauteur, que l'intérêt de mon service ! L'ambassadeur se retire[57]. — Une autre fois où le roi doit recevoir les députés de l'assemblée protestante de Loudun, il a été décidé qu'il écouterait leur harangue, puis les ferait sortir un moment afin d'examiner avec les ministres la réponse qu'il y avait lieu de faire : il prend sur lui de faire cette réponse séance tenante : elle est un geste d'autorité et de vigueur[58].

C'est qu'en effet ce jeune homme de vingt ans n'a pas seulement que du bon sens et du jugement, il a l'instinct de l'autorité royale. Malgré la tourmente subie il y a une trentaine d'années sous Henri III, à la mort du duc de Guise, lorsque le royaume, soulevé contre Henri de Valois, vilipendait la couronne[59], l'opinion, grâce à la bonne humeur spirituelle d'Henri IV, est revenue d'un sentiment de mésestime que l'avènement au trône d'un roi hérétique n'avait pas peu contribué à accentuer. L'émotion produite par l'assassinat d'Henri IV a continué la réaction[60] : jurisconsultes et théologiens ont fait le reste. Théoriquement, la conception qu'on a vers 1620 du pouvoir absolu du roi est complète. Le roi est l’âme de la monarchie, dit Jean-Pierre Camus, évêque de Belley : c'est le centre de l'État où tout aboutit, le fondement et la base de la république, la maîtresse pierre ou clef de voûte qui soutient l'État ; le gouvernail comme le gouverneur de la barque ; le cœur où se rapportent toutes les veines[61]. Puis le roi est l'oint du seigneur et M. Fenouillet évêque de Montpellier, expliquera dans sa harangue à Louis XIII, en 1622, tout ce que ce titre comporte pour les peuples de devoirs d'obéissance et d'amour[62]. Le sentiment public est donc acquis à la religion de la royauté. Encore fallait-il un prince qui répondit à ce sentiment par son allure, ses manières et son genre de volonté : Louis XIII a réalisé les conditions nécessaires.

Quoique de goûts personnels modestes, il a une haute conception de la dignité de sa charge et une sensibilité des plus vives sur les égards dus à son titre : le roi veut être roi, écrit le nonce, et on voit qu'il s'applique à se montrer de plus en plus le maître : il veut être respecté[63]. Tout le monde est d'accord sur l'extrême jalousie qu'a Louis XIII de son autorité. Ses précepteurs l'avaient depuis longtemps remarqué : le roi, disaient-ils, qui a la partie de la colère et de la volonté très forte, est un sujet pour en faire un grand prince, à cause qu'il a une assez cuisante jalousie de son autorité[64]. D'année en année, à mesure que Louis XIII a grandi, l'observation s'est confirmée : Le prince est jaloux extrêmement de sa grandeur, écrit Malherbe, qui cite à ce propos des incidents caractéristiques ; il ajoute : Sa Majesté porte fort impatiemment ce qui choque son autorité[65]. C'est à qui se fera l'écho de la remarque. Lesdiguières répète aux protestants ses coreligionnaires : le roi est extrêmement jaloux de son autorité[66]. Le duc de Rohan, qui en a éprouvé les effets, reprend les mêmes termes : C'est un prince fort particulier et jaloux de son autorité[67]. L'humeur de ce prince, écrit Bellemaure, est douce d'elle-même, à la vérité, mais incapable avec cela de souffrir la moindre diminution de son autorité[68]. Quand il le faut, Louis XIII a des ripostes sèches, cassantes, des silences de plusieurs semaines révélant aux gens leur disgrâce. Intimidé, l'entourage, en parlant de lui, ne l'appelle pas autrement que le maître, tellement sa volonté se fait sentir. C'est l'expression dont use M. de Puisieux écrivant à son père le chancelier Brulart de Sillery[69]. Aussi quand l'opposition, dans l'impossibilité où elle sera de prendre à partie personnellement la Majesté royale parce que l'esprit public pénétré du respect dû au souverain, ne rend pas possible cette manière choquante, en sera réduite à soutenir que le roi est entre les mains d'une camarilla qui le conseille, le conduit et agit en son nom, puis à attaquer la camarilla, Louis XIII supportera impatiemment cette interprétation des faits : il écrira à sa mère, qui mène la campagne de l'opposition : On ne peut accuser le gouvernement de mon Etat que le blâme n'en tombe principalement sur moi ; c'est pourquoi je ne dois point croire que vous voulussiez m'ôter la gloire de mon règne en me donnant la réputation de n'agir que par les mouvements d'autrui[70]. Il lui déclarera : Quant à l'administration de mes affaires dont, sans sujet, vous avez été pressée de vous plaindre, je ferai cognoistre à ceux qui l'ont entrepris que c'est moi qui gouverne mon royaume et qui agis en tous mes conseils[71]. Et lorsqu'étant à Dives, en 1620, quelqu'un de l'entourage de Marie de Médicis, le vicomte Sardini, viendra le trouver afin de lui remettre de la part de la reine mère une lettre contenant les mêmes reproches, il y aura une scène ; Louis XIII recevra l'envoyé mais, tout en colère, lui dira qu'il refuse d'accepter sa lettre : ce n'est point la reine ma mère qui me l'a écrite, lui dira-t-il, vous l'avez faite à Paris ; et Sardini répondant qu'il n'a pas été à Paris : Je sais bien que c'est vous qui l'avez faite. Si la reine ma mère a quelque chose à me mander, elle me le peut faire savoir palmes députés qui sont près d'elle. Allez-vous en tout à cette heure et que je ne vous voie plus ![72] Voilà le Louis XIII impérieux et personnel.

Ce Louis XIII impérieux et personnel, on le retrouve chaque jour dans les mille incidents de la vie quotidienne, se révélant moins par des éclats — il est trop timide pour s'y livrer — que par une attitude et un langage trahissant son caractère entier et volontaire. Il a prié M. de Mortemart de venir le rejoindre à l'armée en 1622. M. de Mortemart met deux mois à faire le voyage, arrive lentement suivi de 25 à 30 gentilshommes, de quantité de chariots et de mulets, puis, au bout de quatre jours, sous prétexte d'affaires quelconques à traiter en Poitou, repart et vient prendre congé du roi : Oui-da ! oui-da ! M. de Mortemart ! fait Louis XIII piqué ; et après quelques pas dans la pièce, moitié gouailleur, moitié irrité : C'est M. de Mortemart qui est arrivé depuis quatre jours et qui s'en retourne ! L'assistance se moque ; l'autre est mortifié[73]. Nous avons une curieuse mimique du prince écoutant une déclaration que viennent lui lire des députés protestants au nom d'une assemblée de leurs coreligionnaires. Cette déclaration impatiente Louis XIII en raison du ton et des idées exprimées : mais il n'interrompt pas ; il se borne à tourner d'un côté et de l'autre, retirant son chapeau, le remettant brusquement. La harangue finie, il demeure silencieux une minute, après quoi passant ses doigts deux ou trois fois sur son front, puis serrant la main de l'orateur, il lui dit sèchement : Je remercie ces messieurs[74].

Quand il est mécontent des gens, il a des gestes d'un hautain royal qui font penser à Louis XIV. M. d'Épernon s'est révolté contre lui : rentré en grâce il est admis à venir recevoir son pardon. Louis XIII regarde par la fenêtre au moment où le duc entre dans la pièce où se trouve le prince et le laisse approcher, sans daigner se retourner : d'Epernon salue très bas : après quelques instants d'un silence humiliant, le roi consent à faire attention au duc et à le regarder : celui-ci met les deux genoux en terre ; Louis XIII prononce quelques mots secs[75]. Lorsque M. de Rohan viendra également présenter ses regrets à la suite de sa rébellion de 1622 et la paix de Montpellier faite, la scène sera aussi intimidante. Louis XIII le recevra le soir, tard, à neuf heures, faisant semblant de vouloir s'en aller à ses affaires. Rohan entrera à la ruelle du lit où est le souverain, mettra un genou en terre, baissera la tête fort bas, puis demandera pardon au roi, mais si bas que quasi personne ne l’entendoit. Le roi lui dit qu'il fît mieux à l'avenir[76]. Quand le duc de Longueville, à la suite de sa révolte de 1620, viendra également trouver Louis XIII, il osera dire au souverain d'un ton léger : Sire, je trouve que Votre Majesté a bien grandi ! Et moi, mon cousin, répondra brusquement le prince, je trouve que vous êtes bien diminué ![77]

Conscient du principe que les formes extérieures du respect mènent au respect, Louis XIII tient à ce qu'on lui témoigne ces marques de déférence dont nous venons de voir les plus grands seigneurs subir l'humiliante obligation. Suivant les anciens usages, le prince de Condé baise humblement la botte du roi[78]. Louis XIII n'admet pas que par une discussion en sa présence ou quelque geste déplacé, on manque au respect qui lui est dû. Un jour où d'Epernon et le chancelier du Vair se disputent ensemble à propos d'une question de préséance, d'Epernon, dont les manières cassantes et le caractère altier sont légendaires, se laisse aller à hausser la parole devant Louis XIII, celui-ci qui est assis, se lève contre M. d'Epernon et le malmène[79]. Pour les seigneurs qui s'oublient dans les disputes d'antichambre, le prince est inexorable. Devant Négrepelisse, en 1622, un gentilhomme, M. d'Ambleville, voulant pénétrer dans l'appartement royal malgré l'huissier de la chambre qui répète avoir reçu l'ordre de ne laisser entrer personne, s'emporte et frappe l'huissier. Un assistant, M. de Ribeuf, s'interpose : d'Ambleville tourne sa colère contre Ribeuf, le soufflette : ils se battent ; le corps de garde intervient afin de les séparer. Louis XIII fait conduire l'agresseur en prison, l'enferme pour un an dans une petite place du Quercy et lui enlève la survivance du gouvernement de Cognac qu'il possédait[80]. Deux jeunes gentilshommes, chargés de porter les oiseaux du roi, se sont appelés en duel après une contestation futile : on conseille à Louis XIII de les empêcher de se battre : Non, fait-il, qu'on ne les empêche pas ; laissez les battre ; je les séparerai bien, je leur ferai trancher la tête ![81] Voilà l'autoritarisme cruel qui apparaît et dont, enfant, Louis XIII a donné tant de preuves ! De fait, l'entourage ne paraît jamais sûr, avec lui, de ce qui peut arriver. MM. du Maine et d'Epernon venant voir le roi, à Blaye, en 1620, et trouvant tous les Suisses en armes, se demandent s'ils ne vont pas être arrêtés : Nous va-t-on coffrer ? disent-ils à Bassompierre, colonel du régiment et Bassompierre de leur répondre : Je ne le crois pas, car je n'en sais rien et je serais infailliblement un des violons qui vous feroient danser si cela estoit[82]. Henri IV causant avec le ministre Daniel Charnier, en 1607, lui prédisait que le dauphin seroit d'un naturel tel qu'il le falloit à la France, ayant assez de courage pour se faire craindre et se servir du glaive que Dieu avoit mis en la main des rois : il ne s'était pas trompé[83].

Volontaire, Louis XIII l’est à vingt ans comme il l'a été enfant. Ce qu'il a décidé, il le tient ; il est difficile de le faire changer. Le P. Arnoux fait allusion au cours d'une lettre qu'il écrit à M. de Béthune, à l'ardente et résolue volonté du maître qui ne veut être contredit et pressé sur ce qu'il a une fois déclaré[84]. Un mois après son entrée au Conseil, en mai 1624, Richelieu s'entretenant avec l'ambassadeur vénitien Pesaro, lui avouera reconnaître que le roi est volontaire et ponctuel[85]. Le prince qui, dans ce qu'il entreprend, est extrêmement violent et obstiné, dit un ambassadeur étranger, maintient ses décisions envers et contre tous[86]. Il faut, dira un gentilhomme de son entourage, que bien assurés soient ceux à qui, quand il prend le ton du maître, l'audace ne tombe incontinent du front dans la soumission : il a peu de paroles, mais toutes portent. De quatre rois que j'ai vus dans le Louvre, celui qui discouroit le plus a été le moins obéi. Celui-ci l'est extrêmement bien. Il n'entreprend rien, en quelque chose que ce soit, dont il ne vienne à bout ; et cela procède de ce que l'on connoit qu'il est d'humeur de s'en faire accroire[87]. Je trouve fort mauvais, écrira Louis XIII à une personne n'ayant pas immédiatement obtempéré à un de ses ordres, que vous ayez fait difficulté d'obéir aux commandements que le sieur de Bonnevau vous a porté de ma main ; si vous n'y satisfaites et que vous apportiez encore des difficultés, je saurai bien faire exécuter ce qui est de ma volonté. Vous devez rechercher des bienfaits de ma libéralité par d'autres voies qu'en me désobéissant. La lettre que vous m'avez écrite vous accuse plutôt qu'elle n'excuse votre faute. C'est ce que j'ai à vous dire[88]. Croyez qu'il veut être obéi, concluait M. de Sceaux, secrétaire d'État, écrivant à Henri de Noailles, et qu'il prendra mal à ceux qui manqueront à ce qu'ils lui doivent[89].

L'impression que laissent les documents en effet est que la personne de Louis XIII, vers 1620, est obéie et redoutée. La situation politique confuse, sans doute, la force excessive de certains éléments d'opposition, l'état dangereux du royaume placé entre les mains de gouverneurs, grands seigneurs, plus puissants que le roi ; un monde protestant organisé, indépendant, en révolte facile, ont amené des troubles : mais, même au milieu de ces troubles, la majesté souveraine du roi demeure théoriquement en dehors des rébellions. Par des fictions de langage singulières, tout en tirant sur les armées du prince, on proteste ne pas se départir du respect et de la soumission qui lui sont dus ; et lorsqu'en effet on se retrouve devant lui, seigneurs, bourgeois, manants, tout le monde se prosterne. Il n'en était pas ainsi, à la fin du XVIe siècle[90]. Le caractère et la personnalité du jeune roi ont certainement contribué à produire le résultat obtenu, provisoirement de principe, en attentant que partout un règne de pression, ce principe soit devenu un fait.

Mais déjà, et avant que Richelieu n'ait le mérite prétendu d'avoir appris à Louis XIII à exercer sa charge, ou mieux, même, dit-on, ne l'ait exercée à sa place, le jeune roi sait bien ce qu'il veut et ce qu'il veut est précisément une obéissance entière et rigoureuse. S'il entend rétablir l'ordre dans le royaume, réduire les grands, briser la force publique des huguenots, c'est qu'il a en vue une politique qui se résume sur ses lèvres d'un mot : être obéi. Il montera à cheval, se mettra à la tête de ses troupes, parcourra la France afin de la réaliser. En 1621, il écrit à Anne d'Autriche : Je continue mon voyage : ma résolution est d'être obéi partout. Lorsqu'il a réussi, il mande à sa femme : Ayez le contentement de croire que tout m'obéit[91].

Ceux qui fréquentent la cour connaissent l'expression du prince et la répètent. Le roi veut être obéi, dit le P. Joseph au cardinal Borghèse[92]. Le roi est rigide dans sa volonté d'être obéi et de faire prévaloir son autorité par la force, mande un ambassadeur étranger[93]. Le roi, écrit le nonce, n'a pas autre chose à la bouche que de vouloir monter à cheval pour se faire obéir du premier qui perdra le respect[94]. Et déjà, aussi, quelques uns des gestes ou des termes énergiques qui, plus tard, passeront pour caractériser la manière de Richelieu, apparaissent, révélant l'humeur personnelle d'un prince, encore, cependant, bien peu sûr de lui-même et hésitant, mais déjà formé. Le comte et la comtesse de Soissons sont sur le point de quitter précipitamment Paris, la nuit, afin d'aller se joindre au parti révolté de Marie de Médicis ; Louis XIII décide de les faire arrêter immédiatement : il faudra les observations de Bassompierre et de Luynes sur les dangers de cette mesure, en raison de l'absence réelle de preuves, pour l'empêcher d'exécuter son dessein[95]. Devant Montpellier, qu'il assiège, les protestants rebelles de la ville sont venus lui proposer de rendre la place à certaines conditions qu'ils énumèrent. Le roi leur répond hautement : Retournez à Montpellier et dites à ceux de la ville que je donne des capitulations à mes sujets, mais que je n'en reçois point d'eux : qu'ils acceptent celles que je leur ai offertes ou qu'ils se préparent à y être forcés ![96] C'est le ton d'un maître et d'un roi !

 

Roi, Louis XIII l'est avec tout ce que ce mot comporte de majesté et de puissance. Quoique simple de tendances, comme son père, comme son père, aussi, il sait aimer à certaines heures, cette représentation et cet éclat des cérémonies qui frappent les imaginations et imposent le respect de l'autorité aux foules. Il a tout ce qu'il faut pour jouer le rôle : il est froid, impassible, conservant un grand air, n'ayant que quelques gestes sobres et harmonieux. Il n'y a personne, écrit Bernard, qui en ses habits de cour et de parade, le voyant d'une belle prestance, d'une contenance grave et d'un port tout plein de majesté, ne soit ému à l'aimer et à le servir[97]. Des cadres de la cour de France, formés lentement à travers les siècles et conservés d'âge en âge, accrus peu à peu, encombrés d'un personnel chaque jour grandissant — 1.725 personnes sous Henri III, — il a tout conservé. Le grand appareil des neuf offices de la couronne continue à l'entourer avec la multitude des charges de gentilshommes groupés autour de chacun d'eux. La garde demeure entière, rutilante et chamarrée[98]. Comme aux plus beaux jours des Valois, le Louvre est encombré d'une nuée de pages, estafiers, laquais, carrossiers, gens de suite et de livrée, maintenant aux couleurs des Bourbons, bleu, blanc, rouge[99]. Dans les salles, va et vient toujours le flot renouvelé des courtisans et des gentilshommes. Centre de Paris, rendez-vous des curieux, des nouvellistes, des élégants, la cour demeure, comme par le passé, le lieu par excellence où la noblesse, conserve ses traditions de ponctualité, d'élégance affectée, d'allures légères[100].

Sans grande difficulté, Louis XIII a su se plier aux exigences du cérémonial, quand il n'a pas de sérieuses raisons de s'y soustraire. Il subit le lever et le coucher en apparat, grand coucher ou beaucoup de gens sont admis, petit coucher. Il se prête aux solennelles représentations, somptueusement paré d'étoffes à vives couleurs, recouvert du manteau royal, assis au-dessous d'un dais, sur un fauteuil de velours violet semé de fleurs de lys d'or[101] ; ses plus somptueuses seront les réceptions des nouveaux ambassadeurs qui intéressent la ville entière en raison de l'éclat d'un long cortège, de la mise en armes de toute la garde faisant la haie depuis le Pont-Neuf, du concours considérable de peuple dans les rues, des courtisans sur les escaliers ou dans les salles du Louvre[102]. Surtout il soignera les entrées solennelles dans les villes, cérémonies qui passionnent le public par les magnificences de la pompe royale. A travers les cités du midi, au milieu du bruit des cloches qui carillonnent, des canons et des mousquets qui tonnent, devant les maisons tapissées de draperies blanches piquées de fleurs naturelles ; sur le sol jonché de feuillages et de plantes odoriférantes, au-dessous de vela tendus, afin d'atténuer l'effet du soleil, la procession triomphale d'une de ces entrées, lorsque s'avance lentement le cortège, avec ses gradations calculées de costumes de plus en plus brillants : — habits sévères des religieux et du clergé ouvrant la marche, gardes et chevau-légers aux casaques écarlates, clinquant d'or, troupes de garnisons en uniformes rouges, chamarrés d'or ; magistrats de la ville à cheval, avec leurs trompettes costumés de taffetas rouge ; archers du grand prévôt du roi en hoquetons bleus ; hérauts et rois d'armes royaux en casaques de velours violet semées de fleurs de lys brodées d'or ; gardes du corps, maréchaux de France, premier écuyer, connétable ; pour aboutir, comme en une apothéose, au roi, monté sur un grand cheval blanc, vêtu de hongreline rouge brodée d'or, ou de drap d'or, sous un dais de velours bleu turquoise semé de fleurs de lys d'or, escorté d'une foule étincelante de courtisans, de gentilshommes, d'officiers à cheval, — impressionne extraordinairement les foules et contribue à inspirer le respect[103]. L'analogie de ces représentations avec les processions religieuses dont le cortège royal constitue une copie, achève d'imprimer aux esprits un sentiment de vénération destiné à s'achever en obéissance docile. Louis XIII affecte dans ces circonstances une gravité sereine et une gracieuseté contenue qui augmentent l'effet produit. Il a le secret de prendre l'air majestueux que son fils possédera à un si haut degré et le public enthousiasmé acclame, regardant avidement le jeune monarque et l'aimant.

Louis XIII a été populaire vers ses vingt ans. L'opinion lui a su gré d'avoir renversé Concini ; elle a conçu de lui de grandes espérances ; elle s'est sentie attirée par la jeunesse de ce prince peu connu et, à ce qu'on disait, plein de bonne volonté. Les campagnes de 1620, 1621, 1622 dont le roi aurait pu confier la direction à d'autres et qu'il a tenu à mener lui-même, ont confirmé ces dispositions favorables[104]. Dans les conversations des rues, des carrefours au palais, partout se trahit cette affection[105]. En chaire, les prédicateurs exaltent le roi, font prier les assistants pour lui[106]. Dès qu'on annonce quelque part son passage, les manants accourent afin de le contempler et de lui exprimer leur attachement par des vivats chaleureux. La plus grande gloire que peut avoir le simple peuple champêtre est de voir la présence de son roi pour le sujet de quoi, Sa Majesté voyageant, les chemins et passages sont bordés de monde, curieux d'avoir cet heur que de voir une fois la face et le visage de Sa Majesté[107]. Il n'est pas croyable, écrit un gentilhomme, combien le roi est chéri, combien honoré, combien respecté de tout le monde[108]. Vos sujets vous aiment si tendrement, dit-on à Louis XIII, depuis le premier prince jusqu'au plus petit du peuple, qu'il n'y en a un seul qui n'exposât libéralement sa vie pour vous garantir delà moindre blessure ![109] J'aime démesurément ce brave prince, écrit un libelliste ; je ne sais ce qu'il m'a fait. Je ne savais, étant à Paris, qu'il dût passer en quelque endroit que je ne laissasse et cotterets et verres pour accourir et crier : Vive le roy ![110] Un publiciste du temps l'appelle notre cher et adorable monarque ! Un autre dit en 1623 : Dieu l’a fait naître parmi les malheurs de la France pour la remettre en son ancienne splendeur. La postérité portera envie à ceux qui auront vécu sous une si légitime et innocente domination que la sienne ![111] Les gens le regardant passer ont les larmes aux yeux : Sire, lui dit à Lunel un vieillard à genoux devant lui, les enfants de Dieu furent dans la captivité soixante-dix ans ; enfin il les en délivra. Il y en a soixante que nous y sommes et Votre Majesté nous en a délivrés. Je ne me soucie plus de mourir, puisque j'ai vu mon roi ![112] Sully résumant les raisons de cette popularité écrit : Soit que l'on considère la généreuse résolution au recouvrement de sa liberté, les formes de son gouvernement, ses inclinations naturelles, ses actions domestiques : soit que l'on examine en général ses desseins, ses intentions, les causes et fondement d'icelles, leur succès et leurs suites, elles produiront des exclamations de merveilles, voire des cris d'étonnement et des vrais miracles du ciel, de nature et de forme ![113]

Et à son tour, Louis XIII est ému de tant d'affection. Timide comme il l'est, de nature réservée, ayant pris l'habitude de conserver devant les manifestations populaires une impassibilité nécessaire, il arrive à ne pas trop trahir cette émotion ; et néanmoins il ne peut s'empêcher, par moments, de la révéler. Devant la déclaration du vieillard de Lunel à genoux et pleurant, le roi, dit l'exempt des gardes du corps Bordeaux, qui assiste à la scène, grandement touché de la harangue, ne dit autre chose sinon : Voilà un bon vieil homme qui parle d'affection ![114] Aux protestations de dévouement, le prince répond : Vous avez un bon maître qui vous aime et qui reconnoistra en tout vos services[115]. Aux entrées dans les villes, lorsque le peuple, enivré par le spectacle, ne met plus de bornes à son enthousiasme et crie, Vive le roi ! vive notre bon roi Louis ! on entend Louis XIII proférer avec une émotion que trahissent des larmes mouillant ses yeux : Dieu vous bénie mon peuple ! Dieu vous bénie ! Il lui arrivera de perdre son impassibilité et grisé à son tour d'agiter son chapeau en criant : Vive mon peuple ![116]

Cette popularité, les sentiments réciproques d'affection entre le roi et les sujets expliquent le ton des correspondances qui sont adressées à Louis XIII, aussi bien par les plus grands seigneurs du royaume que par les plus humbles officiers du roi. C'est un profond respect, une obéissance, une soumission entière. La nuance n'était pas aussi accentuée sous Henri IV, si tant est qu'elle ne le sera pas davantage sous Louis XIV[117]. Lorsque la réplique du roi paraît un peu sèche, tel, comme le duc de Bouillon, inquiet, écrira afin de demander ce qui a pu donner lieu à cette froideur et si la lettre précédemment envoyée, quoique pleine d'une obéissance respectueuse n'a pas été lue à gré[118]. L'idée qu'on se fait du roi n'est pas seulement théorique : Il n'y a que deux points, écrit bien un libelliste, aimer Dieu et servir le roi ; qui aimera Dieu servira le roi, c'est l'oingt de Dieu et son bien-aimé[119]. Dans cette conception entre pour une bonne part l'impression que le royaume éprouve d'avoir pour le diriger un roi personnel et volontaire. Louis XIII a été tel. Quelque prudent qu'il ait cru devoir être, quelque disposé qu'il se montrât à suivre dans les affaires publiques l'avis de son conseil, il a su affirmer son autorité et s'imposer. C'est ce que va vérifier l'examen des conditions dans lesquelles a été conduite la politique de son gouvernement entre la chute de Concini et l'arrivée de Richelieu au pouvoir.

Comme Louis XIV, prenant après la mort de Mazarin la direction de son royaume, a eu quelques premiers incidents — garde corse, pavillon, préséance — qui révélaient, par la façon dont ils ont été réglés, ce que devait être le caractère du nouveau souverain ; Louis XIII a eu également des affaires de ce genre, peu connues, plus significatives encore, puisque elles étaient l'indice d'une manière de gouvernement dont on attribuera ensuite le mérite à Richelieu.

A peine le maître, en 1617, Louis XIII a fait renouveler les édits contre les duels. Il apprend qu'aux Etats de Bretagne un gentilhomme breton, le baron de Guémadeuc, a provoqué en duel M. de Nevet et l'a tué. Il décide qu'un exempt de ses gardes du corps, accompagné d'archers, ira occuper le château de Fougères, appartenant à M. de Guémadeuc, et ordonnera à celui-ci de venir à Paris s'expliquer. Au lieu d'obéir, Guémadeuc attaque Fougères, en force l'entrée, chasse exempt et archers royaux : l'insolence est extrême[120] : Je suis tellement offensé du mépris qu'il a fait de mon autorité, écrit Louis XIII, que je ne veux omettre aucune chose ni même épargner ma propre personne pour y pourvoir promptement en remettant la place en mon obéissance et faisant châtier celui qui a si témérairement entrepris[121]. Deux personnages soutiennent Guémadeuc : le duc de Vendôme et le maréchal de Vitry. Louis XIII les interpelle : ils s'offrent à aller eux-mêmes avec des troupes prendre le coupable et l'amener au roi : Louis XIII accepte ; il résout de se rendre en personne à Fougères, avec de l'artillerie, puis mande au maréchal de Brissac de marcher sur la place avec ce qu'il a sous la main. Effrayé, mais comptant sur l'appui de Vendôme et de Vitry, Guémadeuc vient se constituer prisonnier. Il y a discussion au Conseil : le chancelier de Sillery se prononce pour la mansuétude, du Vair est d'avis d'être sévère : Louis XIII se tait ; mais, ne communiquant ses intentions qu'au secrétaire des commandements Loménie, qui va signer la commission de mettre en jugement le coupable et au garde des sceaux du Vair, qui la scellera, il ordonne de faire juger Guémadeuc. Amené à la Conciergerie le gentilhomme comparait devant la Chambre des vacations : ses amis et parents, toutes les influences agissent ; Louis XIII ne répond pas. Guémadeuc est condamné à mort. Les prières instantes de faire grâce assaillent le roi : le prince refuse d'écouter : un jour, au moment où Louis XIII déjeune, on introduit près de lui Mme de Guémadeuc qui se jette à genoux : Sire, au nom de Dieu, qui vous a donné la vie, je vous demande celle de mon mari ! Le roi se lève et s'en va brusquement, sans répondre. Elle peut le rejoindre ; elle le supplie, répétant : Sire, miséricorde ! Je dois la justice à mes sujets, fait le prince sèchement et en cet endroit je dois préférer la justice à la miséricorde ! Guémadeuc est décapité. Le Louis XIII de M. de Guémadeuc est le même que celui qui fera exécuter Boutteville, le duc de Montmorency, de Thou, Cinq-Mars[122].

En 1620 Louis XIII passe par Bordeaux. En lui présentant le Parlement tout en robe rouge, le premier président, M. de Gourgues, appelle vivement l'attention du roi sur certain seigneur nommé Hercule d'Arsilemont, qui, capitaine du château de Fronsac, au nom de François d'Orléans Longueville, comte de Saint-Paul, a fait de sa place un repaire d'où il pille les passants et rançonne le pays d'alentour. On ne compte plus ses violences ; il arrête les bateaux descendant la Dordogne, prélève de faux droits de péages, tue les mariniers qui résistent : il est venu en armes imposer des levées illégales de deniers à la ville de Libourne, a volé les caisses des receveurs, les recettes des collecteurs de paroisses, infligé des contributions à des villages sous la menace d'y mettre le feu : la province est indignée[123] Mais le duc de Mayenne et le comte de Saint-Paul voulant du bien au personnage, on n'a rien pu contre lui. Henri IV, lui-même, instamment sollicité de sévir, a pardonné. Le premier président supplie le roi de mettre un terme à ce scandale. Louis XIII ne répond pas. Il se trouve que dans la foule des gentilshommes de la contrée accourus pour offrir leurs hommages au roi à l'occasion de son passage à Bordeaux, est, précisément, d'Arsilemont qui a eu l'imprudence de venir, malgré les conseils contraires du comte de Saint-Paul. Lorsqu'on le présente à Louis XIII, le jeune souverain le considère un instant, puis lui dit froidement : Ah ! vous voilà ! et, se tournant vers ses gardes, il ordonne à un exempt d'arrêter sur le champ le gentilhomme, de le conduire avec deux cents hommes d'escorte à la conciergerie du Palais, et de prévenir le Parlement qu'il ait à instruire immédiatement son procès. Les magistrats se mettent à l'œuvre. Mayenne, Saint-Paul interviennent : Louis XIII leur répond qu'il a donné au coupable de bons juges. En trois jours d'Arsilemont est condamné à être roué vif. Tout ce qu'accorde Louis XIII est de commuer la peine de la roue en celle de la décapitation : le gentilhomme a été arrêté le 20 septembre ; le 24 il monte à l'échafaud[124]. Voilà à l'intérieur.

En 1618 le grand duc de Toscane a mis l'embargo sur deux vaisseaux remplis de blé, appartenant à des marchands français, représailles de ce qu'on lui a arrêté deux petites barquettes sur les côtes de Provence. Le roi ressent l'injure avec une vivacité singulière : il fait appeler devant Je conseil l'envoyé Florentin Bartolini et là on signifie à celui-ci d'avoir à quitter Paris dans les vingt-quatre heures, le royaume dans les quinze jours. L'autre cherche à s'expliquer : on le fait taire ; puis on délibère de donner une leçon au grand duc de Toscane et d'embarquer une armée à Marseille sous les ordres de Lesdiguières. Effrayé, le grand duc de Toscane expédie le chevalier Guidi afin d'exprimer ses excuses, dire qu'il a fait arrêter les officiers auteurs de la mesure incriminée, relâché les navires et indemnisé les marchands[125].

En 1622, Louis XIII ayant ordonné d'arrêter le cardinal de Guise, le nonce, au nom du Saint-Siège, lui fait expliquer par son confesseur, qu'il a commis une faute grave aux yeux de l'Eglise : il doit en demander l'absolution : le nonce a reçu du pape les pouvoirs nécessaires afin de donner cette absolution. Louis XIII répond qu'il n'a pas d'absolution à recevoir, et qu'il n'en demandera pas. Embarrassée, Rome prescrit au nonce de suggérer au confesseur qu'il conseille à Louis XIII d'écrire au pape : le roi sollicitera du Saint- Père qu'il accorde au confesseur les pouvoirs de l'absoudre ; son confesseur l'absoudra ; par là, acte formel de soumission aura été donné au Saint-Siège, lequel se contentera de la démarche. Louis XIII riposte qu'il n'en fera rien. Il n'en fit rien[126].

Cet esprit de décision, cette fermeté, cette netteté montrée par Louis XIII dans ces incidents, nous allons les retrouver dans la plupart des grandes affaires que le roi a eu à traiter de 1617 à 1624. Le jeune roi n'a-t-il pris aucune part aux résolutions adoptées par son gouvernement ? S'est-il borné, comme on l'a dit, à suivre d'une manière inerte les volontés de son conseil, d'un favori, ou bien a-t-il, au contraire, joué un rôle personnel actif ? C'est ce que les documents vont nous dire.

L'affaire de la Valteline a été une des plus difficiles. En s'emparant dans les Alpes de la haute vallée de l'Adda, les Espagnols, qui joignaient ainsi leurs possessions du Milanais aux territoires du Saint-Empire romain germanique et donnaient moyen aux deux branches des Habsbourgs, maîtresses de Vienne et de Madrid, de réunir leurs forces, menaçaient de dominer l'Europe[127]. Le gouvernement français devait les en empêcher. Mais, embarrassé par la révolte des huguenots, les rébellions de la reine mère, la pénurie des finances, il lui était nécessaire d'autre part d'éviter à ce moment la guerre, laquelle eut été longue, difficile, ruineuse, et de tâcher de s'en tirer provisoirement au moyen dune campagne diplomatique habile. Pour un prince jeune comme Louis XIII, mis en présence d'ambassadeurs qui venaient constamment le voir, le tenaient des heures, — particulièrement les vénitiens plus préoccupés que personne d'arrêter les Espagnols, — le pressaient d'employer la force afin de faire céder Madrid, la conduite à tenir était délicate[128]. La lecture des innombrables dépêches où sont rapportées les conversations des envoyés étrangers avec le roi, convainc que celui-ci s'en tire adroitement et intelligemment. Il répond aux questions avec prudence, comme un homme qui n'entend pas dévier de certaine ligne de conduite déterminée[129]. Si on le presse trop, il s'échappe en phrases dilatoires[130] ; si on insiste, il témoigne de l'impatience et se dérobe. Sur le fond même de la question, il maintient ses idées : elles sont invariables ; il répète à Pesaro, l'ambassadeur de Venise, qu'il entend sortir de l'affaire le plus tôt possible et de toutes manières. Lorsque les Espagnols ont occupé la Valteline, il ressent l'injure avec vivacité et, sur le moment, pense à châtier cette insolence par les armes. Il dit à un ambassadeur avec énergie : Je ne veux pas de cela ; je l'empêcherai bien ; les Espagnols céderont de gré ou de force. Mais il faut user de moyens pacifiques et il le comprend[131] : Monseigneur, dit-il au nonce, j'ai le ferme désir de conserver la paix en Italie ; que le pape intervienne auprès du roi d'Espagne afin de l'aider à dénouer la difficulté à l'amiable[132]. On envoie Bassompierre en Espagne traiter de l'évacuation de la Valteline ; Bassompierre rapporte le traité de Madrid par lequel les Espagnols s'engagent à quitter la vallée de l'Adda ; puis ils ajournent indéfiniment l'exécution de leurs promesses. C'est Louis XIII qui manifeste personnellement à l'ambassadeur d'Espagne son étonnement et son irritation[133] : il prend la chose si à cœur qu'il fait intervenir Anne d'Autriche sa femme, sœur du roi d'Espagne et la prie d'écrire au roi son frère[134]. Les interminables lenteurs de la diplomatie de Madrid, son inertie malveillante, sa mauvaise foi vont faire durer cette affaire qui ne sera définitivement réglée que plus tard[135]. Mais s'il n'a pas été possible sur le moment pour Louis XIII de faire plus et mieux, les nécessités politiques en on été cause. Richelieu rendra justice au rôle personnel du roi : Le roi, dit-il, parla hautement à l'ambassadeur d'Espagne : il ajoute : toutes ces choses donnaient aux peuples bonne estime du gouvernement et leur faisaient désirer qu'il demeurât en la main de ceux qui l'avoient[136].

Il y eut, en 1620, une longue discussion au conseil du roi sur le parti qu'il y avait lieu de prendre lorsqu'éclatèrent les soulèvements intérieurs provoqués par les intrigues de Marie de Médicis. Grâce aux grands seigneurs, gouverneurs de province, la Normandie, l'Anjou, la Champagne, la Guyenne, l'Angoumois étaient révoltés : il fallait, pour le gouvernement, se résoudre à marcher. Le roi n'avait sous la main d'autre force militaire que sa garde. Partir dans une direction donnée, c'était laisser le champ libre derrière soi : les ministres estimaient qu'il valait mieux ne pas quitter Paris. L'endroit le plus dangereux était la Normandie où le gouverneur, le duc de Longueville, était en armes. On annonçait que la reine mère se disposait à conduire des troupes à Rouen afin de porter secours à Longueville. Dans l'hypothèse d'une action militaire, l'objectif le plus immédiat devait donc être la Normandie. Louis XIII se prononça : il partirait[137]. Les objections affluèrent : dangers considérables ; effet moral désastreux d'un échec[138] : Louis XIII tint bon. Parmi tant de hasards qui se présentent, dit-il, il faut entrer aux plus grands et aux plus prochains qui sont la Normandie ; mon opinion est de m'y en aller tout droit et n'attendre pas à Paris de voir mon royaume en proie et mes fidèles serviteurs opprimés[139]. Ce prince n'avoit lors que dix-neuf ans, dit Bernard, âge qui n'est pas propre à une ferme résolution ; il la prit néanmoins de sa générosité et des difficultés que l'on lui proposait ; il en accrut son courage[140]. Comme au sortir du conseille roi croisait le grand prévôt de Normandie, M. du Rollet, celui-ci crut devoir appeler l'attention du prince sur les périls réels auxquels il allait s'exposer : Vous n'êtes pas de mon conseil, répliqua le roi, j'en ai pris un plus généreux : sachez que quand les chemins seroient tous pavés d'armes, je passerais sur le ventre à tous mes ennemis, puisqu'ils n'ont nul sujet de se déclarer contre moi qui n'ai offensé personne. Vous aurez le plaisir de le voir. Je sais que vous avez trop bien servi le feu roi mon père pour ne vous en réjouir beaucoup[141].

Il partit. Il n'avait avec lui que le régiment des gardes françaises, les Suisses, sa compagnie de gendarmes, celle de ses chevau-légers, ses gardes du corps, presque pas de seigneurs[142]. Il entra dans Rouen. Le conseil chercha encore à l'arrêter. Pourquoi marcher sur Caen, lui disait-on : la place était défendue, solide ; Henri III n'avait pu y entrer et les trois coups de canon qu'il y avait reçus lui avoient fait fermer les portes des meilleures villes de son royaume. Louis XIII ne céda pas. Il n'est pas bon de disputer si nous irons, dit-il, puisqu'il faut y aller. Si ceux de Caen savaient que nous fussions à marchander notre départ, ils nous fermeroient les portes ! Quant à Henri III et à son échec devant la ville, c'étoit tout un, ajoutait-il ; si cela m'arrive, on plaindra mon malheur ; mais l'on ne me reprochera pas de la lâcheté en mes desseins comme l'on feroit si nous temporisions davantage[143]. Le succès devait couronner sa vaillance et justifier ses prévisions : c'était lui qui avait entraîné son gouvernement.

Il ne l'a pas moins entraîné dans l'affaire du Béarn, cette affaire qui durait depuis des années sans qu'on put aboutir à un résultat et à la faveur de laquelle l'autorité royale, tenue en échec, subissait la plus humiliante diminution. La grand'mère de Louis XIII, Jeanne d'Albret, ayant établi la Réforme dans le Béarn, chassé les prêtres catholiques, interdit la religion romaine et transféré aux pasteurs les biens du clergé exilé, Henri IV avait restauré le catholicisme et décidé de rendre aux ecclésiastiques leurs biens en dédommageant les pasteurs au moyen de rentes : ceux-ci n'avaient pas accepté : on avait temporisé. Le clergé réclamant, après d'interminables tergiversations, Louis XIII avait décidé de décréter l'attribution à leurs anciens propriétaires des biens ecclésiastiques. Il fallait exécuter l'édit[144]. L'opposition des gens du Béarn les conduisaient à la révolte[145]. Les ministres se montraient indécis ; ils voulaient éviter la guerre, trouver une solution acceptable sans en venir à la lutte. Louis XIII se montra résolu. Il reprit son mot, qu'il voulait être obéi ; il monterait à cheval pour faire respecter son autorité[146]. Ses conseillers essayèrent de tous les arguments, firent valoir que si le prince ne réussissait pas, son prestige se perdrait aux yeux des huguenots du royaume. Louis XIII répliqua qu'il y avoit trois ans qu'il toléroit les mépris, mais qu'il voyoit bien que sa présence étoit nécessaire en Béarn et qu'il partiroit pour s'y en aller assurer le repos de la province. On invoqua les dangers de l'entreprise, les longs chemins, la stérilité du pays, les mauvais logis ; à quoi le roi répondit qu'il étoit accoutumé à semblables incommodités et son armée à ne connoître nul péril, ni nul travail, quand il s'agissoit de son service[147]. On mit en avant la pénurie financière ; qu'à cela ne tint, il serait procédé au moyen d'anticipations[148]. Louis XIII termina : Je ne fais rien sans mon conseil, mais je ferais ce voyage de ma tête pour me faire obéir. Et nonobstant tous les avis contraires, oppositions et difficultés qu'on lui objectoit, il partit[149].

Cour et gouvernement suivirent à contrecœur, Luynes plus que les autres. Anne d'Autriche qui partageait le sentiment commun écrivait au favori : Je suis si affligée du voyage de Béarn que quelque discrétion que vous avez apportée à me l'écrire, je n'en puis recevoir de consolation[150]. Des négociations étaient tentées pour décider les Béarnais à se soumettre avant l'arrivée du roi et obtenir du Parlement de Pau qu'il enregistrât sans observation l'édit de mainlevée. Un instant, arrivé à Bordeaux, on crut avoir réussi. C'était une fausse alerte : le Parlement de Pau avait refusé l'enregistrement. Il faut aller à eux répéta vivement le jeune roi[151]. Les députés du Béarn arrivaient, confirmant le refus de recevoir l'acte royal. Louis XIII leur donna audience : il n'attendit pas pour leur faire réponse l'avis des ministres, raconte Bassompierre, mais de lui-même leur dit : puisque mon Parlement me veut donner la peine d'aller moi-même vérifier l'édit, je le ferai et plus amplement qu'ils ne l'attendent[152]. Au Conseil qui fut tenu, on renouvela les objections : pays impraticable, saison mauvaise ; les huguenots allaient se soulever derrière pendant que le roi serait en Béarn ; les Landes étaient une contrée dépourvue de vivres ; il faudrait plus de douze jours pour faire passer la Garonne à l'armée ; les chemins étaient détestables ; si l'on amenait beaucoup de troupes, elles mourraient de faim ; si l'on en amenait peu, on ne serait pas en force. Louis XIII se montra d'une ténacité inflexible. Je ne me mets point en peine du temps, ni des chemins, dit-il ; je ne crains point ceux de la religion et quant au passage de la rivière que vous dites que mon armée ne sauroit faire en douze jours, j'ai un moyen de la faire passer en huit. Et il alla[153]. Il réussit. Avec merveille, il fit plus par sa présence en huit jours qu'il n'eut fait avec une armée de 30.000 hommes[154]. C'était à lui, uniquement, à sa volonté opiniâtre qu'était dû le succès de l'affaire du Béarn !

Ce n'est pas moins lui qui a eu le mérite de la décision avec laquelle en 1621 le gouvernement a mené contre les protestants rebelles la campagne destinée à les réduire. Les ministres étaient hostiles à l'emploi des armes. Ils se trouvaient assez vieux — Sillery et Jeannin, surtout — pour avoir assisté aux luttes civiles du XVIe siècle et ils étaient hantés par l'appréhension de voir se renouveler les conflits de l'âge précédent[155]. Luynes, particulièrement, s'opposait à cette campagne qui devait d'ailleurs lui être si funeste. Il répondait d'un geste lassé à un gentilhomme de ses amis qui lui suggérait des raisons personnelles d'empêcher cette entreprise : Sa Majesté veut absolument aller à l'armée ![156] On a dit que ce fut le prince de Condé qui poussa Louis XIII : mais, comme le faisait remarquer l'ambassadeur d'Angleterre, le roi n'avait pas besoin pour faire la guerre d'être excité par M. le Prince[157]. Il l'a voulue personnellement. L'ambassadeur vénitien raconte avec quel soin il s'y prépara, étudiant les plans des villes et châteaux, marquant les endroits où l'on devrait mettre des batteries de siège, esquissant sur la carte la route qu'il faudrait suivre[158]. L'ambassadeur vénitien qui eut préféré voir le gouvernement français diriger ses forces militaires vers l'Italie afin de résoudre la question de la Valteline, insiste sur la part essentielle qu'a prise Louis XIII dans la décision de cette campagne de 1621[159].

Ce fut encore Louis XIII qui décida de reprendre les armes en 1622 contre les protestants. La majorité du conseil continuait à s'y opposer : le chancelier Sillery, Puisieux, Jeannin, Bassompierre, Lesdiguières, Bouillon, la cour désapprouvaient. Celle-ci parlait de la guerre avec fureur. L'opinion, elle-même, ne semblait pas favorable. On excipait de l'absence d'argent ; on redoutait que grâce à cette guerre, dont Condé était le partisan et dans laquelle il allait pousser aux répressions sanglantes, le prince n'acquit une situation politique excessive que son défaut de pondération eut rendue dangereuse. Tout le monde multipliait à Louis XIII les observations[160]. Marie de Médicis lui répétait qu'il devait se préparer avec plus de calme, attendre[161]. Le nonce dissuadait d'engager la campagne en raison de la situation de l'Europe qui exigeait toute l'attention du gouvernement. Le vieux chancelier et le vieux Jeannin insistaient sur la nécessité de la paix. Louis XIII fît taire tout le monde par son brusque départ. La veille du dimanche des Rameaux de 1622, il déclara au conseil qu'il voyait avec regret la rébellion de ses sujets huguenots augmenter, les préparatifs qu'ils faisaient se développer : il partirait le lundi saint pour Fontainebleau, de là pour Orléans où il prendrait les résolutions nécessaires. Puis, à l'improviste, dès le dimanche, sans prévenir personne, il sortait du Louvre par une petite porte, montait à cheval et s'en allait, à peine accompagné. Condé et le Comte de Soissons le rejoignaient à Orléans ; la cour et la garde suivaient. Il s'était mis en route plutôt en équipage de chasseur que de conquérant[162].

Etait-ce Condé qui l'avait fait partir ? Richelieu le dit, et après lui on l'a répété. Si l'on veut croire que le jeune roi n'était qu'un instrument entre les mains de son cousin, il n'est que de se rappeler ce qu'il advint quelques mois après, lorsque Louis XIII ayant parcouru le midi, fait le tour, de Saint-Jean-d'Angély jusqu'au Bas-Languedoc, soumis villes et châteaux, et porté le dernier coup à la rébellion protestante en réduisant Montpellier à capituler, décida d'accorder à ses sujets réformés une paix définitive bienveillante[163]. Condé s'y opposait. Autant Louis XIII avait été résolu à entamer la lutte, autant, après plusieurs mois de campagne heureuse était-il décidé à en finir[164]. Condé fit des scènes. Le nonce lui-même, qui soucieux du triomphe du catholicisme et de l'extirpation de l'hérésie, cherchait maintenant à faire continuer la guerre, intervenait. Lorsque la résolution de signer la paix fut prise, Louis XIII fit appeler le prince de Condé dans son cabinet enfin de la lui annoncer. Condé voulut protester : Il n'en faut plus parler, répondit le roi vivement ; je l'ai ainsi résolu. Condé répliqua qu'il allait quitter l'armée, le royaume, s'en aller faire un voyage en Italie, à Notre-Dame de Lorette. Louis XIII riposta qu'il lui accordait séance tenante le congé nécessaire. Condé partait le soir même, s'embarquait à Mauguio pour Aigues-Mortes et gagnait la frontière[165]. Le chancelier écrivait à Puisieux : il faut louer le roi de la prudence, force et courage qu'il a témoignées tant à faire la guerre qu'à bien faire la paix, laquelle sera reconnue de sa bonté, étant puissant et victorieux comme il est[166]. Il avait raison : ce n'était pas Condé qui avait mené le roi. Personne ne l'a mené, pas plus les ministres que les autres. Il en a coûté à ceux d'entre eux qui ont cru pouvoir essayer de le faire : l'histoire des relations de Louis XIII avec ses différents conseillers de 1617 à 1624 en témoigne.

 

Anciens ministres d'Henri IV, conseil même du feu roi mon père, comme l'écrivait Louis XIII à Marie de Médicis[167], les personnages rappelés au pouvoir par le souverain après la mort de Concini, étaient les plus grands de leur siècle, gens consommés dans toutes sortes d'affaires par l'âge et les emplois, sans contredit aussi capables qu'il y en eut au monde[168]. C'étaient : Villeroy, un fort bel esprit et un grand sens commun, très âgé, encore plein de vigueur et de hardiesse, disposé aux solutions énergiques, instruit de cette longue expérience qu'il s'étoit acquise au maniement des affaires sous les trois règnes précédents[169] ; Brulart de Sillery, chancelier de France depuis 1607, habile, de jugement solide, courtois, affable, peut-être craintif, timoré et hésitant[170] ; c'était Jeannin, à la barbe agitée et à la voix bruyante, très franc, un peu entier et sujet à boutades, toujours homme de bien, surtout loyal, puis moralement intègre, ce qu'il y a de meilleur, disait Corsini. Son grand âge l'obligeait à la fin de 1619 à quitter la surintendance des finances pour la passer à Schomberg, mais il demeurait membre du conseil et ne mourra qu'en 1623[171]. C'était du Vair, le garde des sceaux, qui disparaîtra en 1621 emporté par une fièvre pourprée, ancien président du Parlement de Provence, entré ensuite dans les ordres et nommé évêque de Lisieux : grand, sec, avec une longue barbe. Sa probité et sa capacité sont sans reproche, disait Rohan. C'est un homme austère de sa nature, jugera Richelieu, et tenant quelque chose du philosophe stoïque comme il paraît par ses écrits. Ceux qui ne l'aimaient pas le trouvaient inégal, rude en ses façons ; ils l'accusaient de n'avoir pas beaucoup de fonds et d'ignorer les affaires. Mais Louis XIII écrira de lui après sa mort : je ressens sa perte particulièrement, reconnaissant et ayant éprouvé en diverses occasions combien il m'étoit utile et nécessaire[172].

Louis XIII ne pouvait que s'en remettre à ces vieux serviteurs du soin de le bien conseiller. Il appréciait leur jugement. Il acceptait volontiers leurs conclusions. Par déférence pour eux il les priait, lorsqu'il tenait à une chose, d'y consentir sans qu'il l'imposât. Monsieur le Chancelier, mandait-il à Sillery, Marais dit qu'il perdra l'esprit si je l'abandonne en son affaire. Vous saurez bien les moyens qu'il faudra pour y parvenir. Je ne veux pas en cela user d'une autorité absolue, mais j'aurai bien agréable que vous lui fassiez donner les arrêts qui seront nécessaires. Vous ferez selon votre prudence accoutumée à laquelle je me remets[173] ; et Sillery comprenait.

La faveur extraordinaire du duc de Luynes, la manière dont celui-ci, en 1621, devenu connétable, abusa de son influence pour encombrer le gouvernement et essayer de tout accaparer, amena chez Louis XIII, une fois qu'il fut délivré d'une passion qui l'étreignait, une réaction très vive contre ses ministres. Après 1621 il dira et répétera à qui voudra l'entendre qu'il ne veut pas être gouverné ; il manifestera une sensibilité telle que, suivant le nonce Corsini, ses ministres devront user d'une extrême adresse à son égard, quand ils traiteront d'une affaire au Conseil, afin de ne pas laisser supposer au prince qu'ils cherchent à peser sur ses décisions : Il a une si grande crainte d'être gouverné, ajoutera le nonce, que s'il croyait que ses secrétaires d'État voulussent empiéter le moins du monde sur son autorité, ils perdraient à l'instant tout crédit[174]. Louis XIII les malmènera, leur refusera ce qu'ils demanderont[175], assistera plus ponctuellement que jamais aux conseils, soucieux de ne leur laisser prendre aucune espèce d'autorité[176]. Aucun d'eux ne prédomine, continue Corsini : le roi marque le plus d'égards au vieux chancelier Sillery, au président Jeannin, à cause de son âge : il écoute favorablement le secrétaire d'Etat des affaires étrangères Puisieux ; mais le garde des sceaux de Vie, Schomberg, le cardinal de Retz ne comptent guère : quant au prince de Condé, il en est réduit à se rallier aux premiers pour trouver un appui contre ses adversaires de la cour[177]. Le roi décidait sans communiquer ses volontés aux ministres[178]. Un secrétaire d'Etat venait-il à disparaître, il nommait le successeur sans consulter les autres : il a toujours fait le choix des ministres qu'il a établis, écrivait Richelieu, sans le su de ceux qui l'étoient[179]. Lorsqu'en octobre 1622 il aura à désigner un garde des sceaux, il demandera à nombre de personnes leur sentiment : et tout le monde nommant M. d'Aligre, il désignera M. de Caumartin. Il a juré, écrit Pesaro, de ne pas permettre que le nouveau garde des sceaux dépende d'autre que de lui-même[180].

Ainsi rudoyés, les ministres en vinrent à ne plus oser rien décider sans aller trouver le roi ; ils le dérangèrent perpétuellement. On voit dans le Journal d'Héroard que les conseils, en 1622, se tiennent jusqu'à deux fois par jour, durent deux et trois heures[181]. On vient chercher Louis XIII à toute minute : on le relance après son souper ; on le tient jusqu'à onze heures du soir. S'il est malade, on se réunit à son chevet ; il doit se relever et se mettre en robe pour tenir son conseil. L'abus deviendra tel que les médecins seront obligés d'intervenir afin de recommander plus de mesure et de prier qu'on ménage un peu le prince[182]. Le résultat de ce système fut celui auquel on pouvait s'attendre : Louis XIII fut excédé. Trois ministres, raconte Bassompierre, viennent demander le roi un peu avant l'heure de son souper. Mon Dieu que ces gens sont fâcheux, s'écrie le souverain ! Quand on pense passer son temps ils me viennent tourmenter et le plus souvent n'ont rien à me dire ! Au bout de quelques instants on dit au roi : Sire, ces messieurs vous attendent pour tenir conseil. — Quel conseil, Monsieur ? Je ne les ai point mandés ; je serois enfin leur valet ! Ils viennent quand il leur plaît et lorsqu'il ne me plaît pas : qu'ils s'en retournent, s'ils veulent et qu'ils ne viennent que quand je les demanderai. C'est à eux à prendre mon heure et à me l'envoyer demander et non à moi à la prendre d'eux. Je leur donnerai mon heure, mais je ne prendrai jamais la leur : je suis leur maître ![183] Plus tard Louis XIII avouera à Richelieu qu'il en était venu à fuir ses ministres[184]. Il refusait de les recevoir, les renvoyait ; il partait pour la chasse. La fin de 1622 et l'année 1623 ont coïncidé chez le jeune roi avec une recrudescence extraordinaire de sa passion pour son exercice favori. Ce qui n'était qu'un prétexte devient un sentiment absorbant, tyrannique ; il partira des jours entiers, gagnera des endroits où ses ministres ne pourront plus venir le rejoindre, construira Versailles afin de pouvoir y séjourner sans courir le risque d'être dérangé par eux, s'absentera perpétuellement. Alors on l'accuse de ne plus vouloir s'occuper d'affaires : Plus il s'applique à la chasse, dit l'ambassadeur vénitien Rosso, plus il s'éloigne des affaires. On ne peut avoir aucune confiance dans l'humeur du roi, écrira le nonce ; il est entièrement adonné à la chasse ; il ne s'applique en aucune façon aux affaires. Le roi s'adonnoit à la chasse conclut Richelieu et s'exemptoit des corvées du conseil[185].

Force fut aux ministres de reprendre leur initiative. Ils en profitèrent. Peu à peu ils en abusèrent. Insensiblement Schomberg, le chancelier de Sillery, son fils M. de Puisieux s'emparèrent de l'autorité. Ils agirent en dehors et à l'insu du roi, écartant ceux qui les gênaient, se faisant des créatures, s'appliquant à ne rien laisser décider sans leur intervention et se rendant omnipotents[186] : l'abstention de Louis XIII avait abouti à un résultat inattendu : il n'était que momentané ; le retour du prince allait être rude.

Il y a eu beaucoup d'éléments mêlés dans les incidents qui ont abouti à la disgrâce des différents ministres en 1624. La nature des sentiments personnels de Louis XIII ne saurait faire doute : il les chassa parce qu'ils avaient accaparé le pouvoir et méprisé son autorité. Le 19 janvier, Pesaro notait que Louis XIII découvrant quelle était la conduite de ses conseillers à son égard allait vouloir se soustraire à leur domination et redevenir le maître[187]. La brusquerie et les dures conditions dans lesquelles les ministres furent l'un après l'autre renvoyés découvrirent l'état d'esprit irrité du souverain. Schomberg, le surintendant des finances fut exécuté le premier en 1623[188]. Après une conférence avec les autres membres du conseil et sa mère, Louis XIII, envoyait son secrétaire Tronson porter à Schomberg le billet par lequel celui-ci était invité à se rendre dans sa terre de Nanteuil. Parlant de cette exécution, trois jours après, le prince fulminait contre Schomberg, déclarant qu'il regrettait de n'avoir pas été plus rigoureux, de ne l'avoir pas fait arrêter et juger[189]. Il prescrira au nouveau surintendant des finances la Vieuville, de venir travailler désormais avec lui seul dans son cabinet[190].

En ce qui concerne les Brulart — Sillery, le chancelier, et son fils Puisieux — il y avait quelque temps que Louis XIII s'impatientait de leurs manières. Dès la fin de 1623 il avait fait prescrire aux ambassadeurs étrangers de venir le trouver en leur défendant de ne rien traiter avec le chancelier et le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères sans lui avoir préalablement parlé[191]. L'orage montait. Puisieux avait dit à son père en décembre qu'il ferait bien mieux de prendre les devants et de rendre les sceaux de lui-même. Sillery avait refusé ; il avait même prié Puisieux de dire au roi qu'il lui serait utile de conserver ses fonctions jusqu'à ce qu'il eut pu former un successeur : Louis XIII avait tourné le dos sans répondre. Le nuage s'épaississait. Inquiet, Puisieux avait répété à son père qu'il n'était plus temps de différer, qu'il falloit qu'il perdît lui-même sa charge et sa fortune, s'il ne rendoit les sceaux. Sillery avait fini par s'exécuter[192]. Louis XIII n'avait consulté personne pour désigner le successeur, d'Aligre, qu'il nomma. Je vous donne mes sceaux, avait-il dit à d'Aligre ; ayez bon soin de mon service : j'ai fait élection de votre personne de mon propre mouvement. Vous n'en avez d'obligation à qui que ce soit : servez-moi en homme de bien[193]. Un mois après, le 4 février, Sillery et Puisieux étaient chassés. Causant avec le nonce Corsini, Louis XIII lui déclarait qu'il avait renvoyé Sillery et Puisieux parce que ces ministres lui cachaient les affaires, les décidaient sans le consulter et détournaient des fonds[194].

Six mois ensuite, ce sera pour la même raison et avec plus de rigueur encore qu'il disgraciera le surintendant des finances la Vieuville. Louis XIII l'expliquera publiquement ; il voudra que tout le monde sache qu'il a renvoyé son ministre parce qu'il ne pouvait supporter de le voir agir en dehors de lui et sans lui. J'ai été réduit à cette nécessité, écrira-t-il à ses ambassadeurs, par la mauvaise conduite dudit la Vieuville qui l’a porté jusque là de changer, sans mon su, les résolutions prises dans mon conseil et en ma présence, et traiter avec les ambassadeurs résidents près de ma personne, contre l'ordre que j'y avois donné, me supposer divers avis à dessein de me donner ombrage de ceux en qui je pouvois prendre confiance et rejeter sur moi les mécontentements de ceux qu'il maltraitoit[195]. Et il ordonnait de faire enfermer la Vieuville au château d'Amboise[196]. Ce jeune souverain de vingt ans a bien de son autorité, un sentiment absolu !

 

 

 



[1] Lettre envoyée à Londres de Paris le 26 février 1619 : Bibl. nat., Moreau 724, fol. 197 r°. O. Bon appelle Louis XIII giovanetto re, inesperto e nuovo nel governo (Relazione, dans N. Barozzi, Relazioni degli Stati Europei, Venise, 1859, série II, Francia II, p. 62, 63).

[2] Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 393 r° et suiv., à partir du 25 avril 1617.

[3] Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p. 391. Maintenant, dit-il, nous verrons le royaume gouverné tout autrement.

[4] Dépêche de l'ambassadeur vénitien du 2 mai 1617, Bibl. nat., ms. ital., 1171, p. 89. Le roi se loue maintenant de cognoistre que la France manquoit d'un homme et qu'il est cet homme. (Malingre, Hist. universelle de ce qui s'est passé ès années 1619 et 1620, Paris, A. Vitrey, 1621, in-12°, p. 2). Héroard écrit de Louis XIII le 18 septembre 1620 : tout le jour employé aux audiences et aux affaires jusqu'à cinq heures et demie (Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 354 v°).

[5] Mém. de Nicolas Goulas, gentilhomme ordinaire de la chambre du duc d'Orléans, éd. G. Constant (Soc. de l'hist. de France), t. I, p. 16.

[6] Sully, Économies royales, éd. Michaud, t. II, p. 477.

[7] N. Pasquier, Lettres, éd. de 1623, in-8°, p. 762.

[8] Herbert de Cherbury, Mém. trad. Baillon, p. 135.

[9] Madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p. 44.

[10] Lettre de Monsieur le prince de Piémont à la reine-mère, Paris, P. Froment. 1619, in-12°, p. 5. C. Bernard dit : bon sens, suffisance, probité (Hist. de Louis XIII, t. I, p. 374). On avait appris au prince à n'agir qu'avec raison : ses devoirs d'écoliers étaient sur ce thème (Quædam ex lectionibus christianissimi Francorum regis Ludovici XIII ex latinis versa, Lutetiæ, 1612, in-12°, p. 17.)

[11] De Bellemaure, le Portrait du roi, Paris, 1618, in-12°, p. 31.

[12] Vauquelin des Yveteaux, Note sur l'éducation de Louis XIII, Bibl. nat., Cinq-Cents Colbert 98, p. 180.

[13] Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. II, p. 237.

[14] Récit véritable de ce qui s'est fait et passé à la ville de Metz, Paris, 1619, in-12°, p. 10 ; allusion à un mot du chancelier de Sillery que nous allons retrouver.

[15] Récit véritable de ce qui s'est fait et passé à la ville de Metz, Paris, 1619, in-12°, p. 4.

[16] Lettre de Malherbe, du 10 novembre 1620, dans Œuvres, éd. Lalanne, t. IV, p. 57.

[17] Copie d'une lettre écrite du camp devant Montauban par un seigneur de marque, Toulouse, 1621, in-12°, p. 17.

[18] Le Roy en Béarn, Paris, 1620, in-12°, p. 8, écrit officieux émanant du gouvernement et reproduit par C. Malingre (Histoire du règne de Louis XIII, Paris, 1646, in-12°, p. 296), J. B. Matthieu (la Piété royale, discours présenté au roi, s. l., 1620, in-12°, pièce liminaire), Gaspart (Thrésor de l'histoire générale de notre temps, Paris, 1623, in-8°, p. 344).

[19] Lettre du P. Arnoux à Marie de Médicis, de 1618, dans les Études, t. XII, 1877, p. 741.

[20] Au siège de Saint-Jean-d'Angély, un rebelle huguenot, M. de Navailles, étant venu, muni d'un sauf-conduit, dans l'armée royale voir son frère malade, Louis XIII le regardait passer de sa fenêtre ; Le P. Arnoux entra : je viens de voir Navailles qui s'en retourne, fit le roi. — Comment, Sire, le laissez-vous aller ? — Oui, parce que je lui ai donné ma foi ! Vous eussiez bien voulu que je l'eusse retenu ? — Mais, Sire, s'il est criminel de lèse-majesté ! — C'est tout un ; s'il a fait une faute, je n'en veux pas faire une autre ! Le 5 juin 1621, Héroard, Bibl. nat., ms. fr, 4026, fol. 452 r° ; C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 238.

[21] Lettre du chancelier à Puisieux du 1er décembre 1622, Arch. des Aff. Étrang., France 777, fol. 204 r°. Rapprocher les conseils qu'on donnait au roi enfant dans ses devoirs scolaires (Préceptes d'Agapetus à Justinian, mis en français par le roy très chrétien Louis treizième en ses leçons ordinaires, Paris, 1612, in-12°, p. 15).

[22] Lettre de Marillac à Richelieu du 10 octobre 1622, Arch. des Aff. Étrang., France 775, fol. 207 r°.

[23] Un ministre, sur le point d'être chassé, ne se doutait pas aux façons du roi à son égard, une heure avant sa disgrâce, que sa perte était décidée, (dépêche de Pesaro du 21 janvier 1623, Bibl. nat, ms ital., 1779, p. 149). Voir aussi pour l'arrestation d'Ornano en mai 1624 les Mém., de Pontis, éd. Michaud. p. 513.

[24] Dépêche de Corsini du 30 janvier 1622, Arch. nat., L. 397. fol. 345 v°. Il disoit peu : ce qu'il disoit était en peu de mots, très significatif. (J. Danès, Toutes les actions du règne de Louis XIII, p. 401). Il aimait aussi à ce qu'on l'haranguât bien et court (Journal de Sahuguet Damazid, conseiller en l'élection de Brive, dans Bullet. de la Soc. scientif., hist. et Arch. de la Corrèze, t. IX, 1887, p. 335).

[25] Lettre de Cléophon à Polémandre, 1618, in-4°, p. 16 ; Sully, Économies royales, éd. Michaud. t. II, p. 477 ; dépêche de Pesaro du 27 janvier 1623 (Bibl. nat., ms. ital., 1779, p. 160).

[26] Dépêche de Pesaro du 19 janvier 1624 (Ibid, 1781, p. 250) ; Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 234, t. II p. 238 ; Herbert de Cherbury, Mém. trad. Baillon, p. 135 ; Tallemant, Historiettes, t. II, p. 247.

[27] Lettre de Cléophon à Polémandre, 1618, in-4°, p. 11 ; cet écrit est un de ces libelles officieux composé dans l'entourage du roi pour défendre le gouvernement. Ces libelles étaient parfois rédigés par des secrétaires du roi, tels que Tronson.

[28] Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 120.

[29] En 1624, Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 539.

[30] Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p. 391.

[31] A propos d'une requête de Condé du 30 mai 1620, Arch. nat., E. 63 B fol. 293 r°. Le roi, dit Sully, ne fait rien sans son conseil (Économies royales, éd. Michaud, t. II, p. 477). Cf. les dépêches de l'ambassadeur vénitien des 29 septembre 1620 (Bibl. nat., ms. ital., 1774, p. 264), 1er avril 1622 (1778, p. 91).

[32] Bibl. nat., ms. ital.,, 1779, p. 190, dép. du 10 février 1623. Sur ce cabinet, voir Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 253 et 255 : Le Cabinet des livres était entouré d'armoires clouées contre la muraille, la tapisserie entre deux.

[33] Bibl. Mazarine, ms. 2127, fol. 50 v°.

[34] Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 290 r°, 6 avril 1620, 433 v°.

[35] Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 150 r°. Sur l'ordre du conseil du roi, voir Ibid., ms. Dupuy 218, fol. 36 r° et suiv. ; Bibl. Sainte Geneviève, ms. 838 : Arch. des Aff. Étrang., France 31 et 35.

[36] Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 394 r°, 453 r°, 460 r° et v° ; dépêches des amb. vénit. du 16 mai 1617 (Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 103), 1er mai 1624 (1782, p. 175) ; C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 309.

[37] Daniel Manceau, Mémoires, dans Arch. hist. de la Saintonge, 1874, t. I, p. 220 ; Arnauld d'Andilly, Mém., éd. Michaud, p. 430 ; Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. III, p. 113.

[38] Libre et salutaire discours des affaires de France, Paris, 1618, in-12°, p. 51 (libelle officieux) ; Gaspart, Thrésor de l'histoire générale de notre temps, Paris, 1623, in-8°, p. 407.

[39] Dépêche de Contarini du 6 février 1618, Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 587.

[40] Le Salomon de la France au roi, Paris, P. Chevalier, 1617, in-12°, p. 59.

[41] Lettre de Cléophon à Polémandre, 1618, p. 17.

[42] Je le dis, ajoute l'auteur, hors de tout soupçon de flatterie. Advis à Messieurs de l'Assemblée, 1618, in-4°, p. 8. Cf. la dépêche du nonce du 27 octobre 1623, dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 286.

[43] Lettre de M. de Bréval au duc de Lorraine du 29 juillet 1623, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 3145, fol. 69 r° ; Bassompierre, Journal, t. III, p. 165.

[44] Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol, 26 r° ; août 1622.

[45] Véritable relation de ce qui s'est passé de jour en jour au voyage du roi, 1620, Paris, 1620, in-12°, p. 11.

[46] Il ne faut point alléguer au roi l'intérêt particulier quand il y va du bien public (Récit véritable de ce qui s'est fait et passé à la ville de Metz, Paris, 1619, in-12°, p. 10).

[47] Dans sa déclaration de la paix devant Montpellier en 1622 (citée par C. Malingre, Deuxième tome de la rébellion excitée en France par les rebelles de la religion prétendue réformée, Paris, 1623, in-8°, t. II, p. 530).

[48] Cité par le même Malingre dans son Histoire du règne de Louis XIII, Paris, 1640, in-12°, p. 281. L'auteur contemporain de la France mourante (in-12°, p. 2) dit : l'amour de la patrie me tenaille, cette pauvre France pour laquelle tu sais combien nous avons travaillé ! Il écrit (p. 5.) : Nous sommes bons patriotes

[49] Lettre de Cléophon, p. 14.

[50] Lettre de Cléophon, p. 7 ; la Réponse faite par le roi aux députés des gens de la religion prétendue réformée, Paris, 1620, in-12°, p. 4 : de Bellemaure, le Portrait du roi, 1618, p. 102.

[51] Voir par exemple la dépêche de l'ambassadeur vénitien du 22 février 1022, Bibl. nat., ms. ital., 1777, p. 253. L'ambassadeur insiste pour être seul avec Louis XIII.

[52] Dépêches de Contarini d'août 1620, Bibl. nat., ms. ital. 1774, p. 191, 198, 203.

[53] Dépêches de Pesaro des 19 janvier 1623 (Ibid., 1781, p. 242), 2 février 1624 (Ibid., p. 280). Puisieux se plaint. Louis XIII ne lui répond pas.

[54] Voir Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 401 r°, 412 v°), sur les pièces où Louis XIII donne audience ; et sur les audiences mêmes : S. Contarini, Dispacci, dans Relazioni degli Stati Europei, Venise, 1839, série II, Francia II, p. 95 ; les dépêches de Priuli du 3 décembre 1620 (Bibl. nat., ms. ital. 1775, p. 150), du 16 février 1621 (p. 215), de Pesaro du 2 février 1624 (Ibid., 1781, p. 276).

[55] Lettres du 16 mai 1617, Bentivoglio, Lettere, Florence, 1863, t. I, p. 234 : 20 février 1620, t. V. p. 143.

[56] A propos des affaires d'Allemagne l'ambassadeur d'Espagne va voir Louis XIII, puis les ministres ; il constate que ceux-ci ne font que lui répéter ce qu'a dit le roi. Lo mesmo disse a estos ministros ; y me han respondido lo proprio que et rey (dépêche de Giron au roi d'Espagne du 1er juillet 1620, Arch. nat., K. 1477, n° 87). Tout ce que nous venons de dire ressort des récits des ambassadeurs : voir par exemple, Bentivoglio, Lettere, t. IV, p. 143 (lettre du 26 février 1620) ; les dépêches des ambassadeurs italiens des 5 juin 1617 (Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 178), 24 décembre 1619 (1773, p. 344), 3 mars 1620 (1774, p. 3), 2 février 1624 (1781, p. 277 et 305).

[57] Contarini nous raconte la scène dans une dépêche du 3 juin 1617, Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 169 et suiv. Chaulnes (Relation exacte, p. 484) donne une version plus ferme. On voit dans ses conversations Louis XIII communiquer aux envoyés étrangers des nouvelles importantes qu'il vient de recevoir (Bibl. nat., ms. ital., 1775, p. 101 : 23 novembre 1620).

[58] Lettre du nonce du 29 janvier 1620, Bentivoglio, Lettere, t. IV, p. 115.

[59] Les présidents Barnabé Brisson et Jean de la Guesle avaient dû, en octobre 1583, présenter à l'assemblée de Saint-Germain des articles de crimes, forfaits et offenses qui se commettent contre la majesté du roi dont il est besoin de rafraîchir la mémoire à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance (Bibl. nat., ms. Dupuy 558, fol. 13).

[60] Voir une discussion dans ce sens aux Etats généraux de 1614 dans Fl. Rapine, Recueil de tout ce qui s'est fait en l'assemblée des États tenue en l'an 1614, Paris, 1651, in-4°, p. 207 et suiv.

[61] J. P. Camus, Premières homélies diverses, Rouen, 1626, in-8°, p. 13, (l'approbation est de 1619). Cf. N. Pasquier, Lettres, Paris, 1623, in-12°, p. 338 et suiv.

[62] Dans C. Malingre, Deuxième tome de la rébellion excitée en France par les rebelles de la religion prétendue réformée, t. II, p. 354. Voir aussi sur l'idée qu'on se l'ait à ce moment de la royauté : Jean Savaron, Traité de la souveraineté du roi, Paris, 1615, in-8° ; Discours de l'autorité et puissance royale, 1615, in-8° ; De droit divin qu'il faut obéir aux rois, Paris, 1622, in-8° ; Louis Roland, De la dignité du roi, Paris 1623, in-8°.

[63] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 518. Voir aussi une conversation de Priuli avec Bassompierre (dép. du 11 juillet 1621, Bibl. nat., ms. ital., 1776, p. 239).

[64] Vauquelin des Yveteaux, Note sur L'éducation de Louis XIII, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 178 et 180.

[65] Lettres à Peiresc du 17 juillet 1610 (dans Œuvres, éd. Lalanne, t. III, p. 194), du 17 octobre 1614 (p. 464).

[66] Lettre de Lesdiguières à rassemblée de la Rochelle du 7 juillet 1621, citée par Dufayard, le Connétable de Lesdiguières, Paris, 1892, in-8°, p. 471.

[67] Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 511.

[68] De Bellemaure, le Portrait du roi, 1618, p. 99.

[69] Lettre de Puisieux au chancelier du 16 mai 1622, Arch. des Aff. Étrang., France 776, fol. 122 r°. Cf. une lettre du P. Arnoux au comte de Béthune du 3 avril 1619, Bibl. nat., Cinq-Cents Colbert 97, fol. 148 r°, et une lettre de Ponchartrain du 7 avril 1619, Négociation commencée à Angoulême avec Marie de Médicis, 1673, in fol., p. 137.

[70] Lettre de Louis XIII à sa mère du 17 mars 1619, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 25 r°.

[71] Lettre du 12 mars 1619, dans Négociation commencée à Angoulême avec Marie de Médicis, p. 25.

[72] Véritable relation de ce qui s'est passé au voyage du roi depuis le 7 juillet jusques au 26 du même mois, Paris, 1620, in-12°, p. 13 (récit officieux) ; voir aussi : Arnauld d'Andilly, Journal, 1620, éd. Halphen, p. 28 ; M. Molé, Mém., éd. Champollion-Figeac, t. I, p. 243, et Richelieu, Mém., t. I, p. 223.

[73] Récit de l'exempt des gardes du corps Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 6163, p. 329 : 10 août 1622, à Béziers.

[74] Déclaration de messieurs de la religion prétendue réformée au roi, faite à Sa Majesté par les députés de leurs assemblées, le 15 juillet 1620, Paris, 1620, in-12°, p. 12.

[75] Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 352 r° ; Arnauld d'Andilly, Journal, 1620, éd. Halphen, p. 45.

[76] Arnauld d'Andilly, Journal, 1622, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 32 v°.

[77] Dépêche de l'ambassadeur vénitien du 29 septembre 1620 (Bibl. nat., ms. ital., 1774, p. 209).

[78] La Réception faite à Monseigneur le Prince à son arrivée à Chantilly, Paris, S. Moreau, 1619, in-12°, p. 5.

[79] Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 135 ; en mars 1618. Le roi, écrit le nonce le 22 novembre 1617 (Bentivoglio, Lettere, t. II. p. 84), a parlé au Conseil en termes énergiques du fait que d'Epernon avait près de lui des soldats du régiment des gardes françaises en puise de garde personnelle ; il a dit : Il n'y a pas d'autres gardes en France que ceux qui servent auprès de ma personne, et il n'a pas voulu que ces soldats continuassent à figurer dans son régiment.

[80] Journal de l'exempt des gardes Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 6103, p. 156-8. Voir aussi l'attitude de Louis XIII à l'égard de Vitry et Luxembourg se souffletant dans son antichambre (Journal d'Arnauld d'Andilly, 1622, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 5 v°).

[81] 30 décembre 1622, Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 138 v°. Cf. notre Au temps de Louis XIII, p. 61.

[82] Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 224.

[83] Ch. Read, Henri IV et le ministre Daniel Charnier, Paris, A. Durand, 1854, in-8°, p. 58.

[84] Lettre du 3 avril 1619 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 97, fol. 148 r°). Le duc d'Épernon écrivait à Louis XIII, de Metz, le 17 janvier 1621 : Il n'y a point d'apparence que vous ne dépendiez que de vous-même (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7798, fol. 221 r°).

[85] Dépêche de Pesaro du 31 mai 1624 (Bibl. nat., ms. ital. 1782, p. 267). Richelieu a occasion d'écrire en 1624 : Le roi refusa tout à plat (Mém., éd. Michaud, t. I, p. 300).

[86] Dépêche de l'ambassadeur vénitien du 30 octobre 1623, dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 229. Cf. ce que dit le P. Cotton (Bibl. nat., Moreau 1278, fol. 141 v°) et la fin d'une lettre du roi à M. de la Force, du 4 mars 1621 (dans Mém. du duc de la Force, t. II, p. 522.)

[87] C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 163 ; de Bellemaure, le Portrait du roi, p. 39.

[88] Lettre du roi à madame Jumeau, du 30 octobre 1622 (Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 165 r°). Il ordonne à M. de Fourcy, surintendant des bâtiments, d'enfoncer des portes si on n'obéit pas (fol. 164 v°).

[89] Lettre de M. de Sceaux à Henri de Noailles du 18 février 1618, citée par Chantérac dans le Journal de Bassompierre, t. II, p. 417, d'après les archives du château de Mouchy. M. de Sceaux dit : Notre maître, en parlant du roi.

[90] Même sous Henri IV, les manières des gens de cour sont plus libres avec le roi qu'elles ne le sont déjà en 1620 avec Louis XIII. Voir notre livre, la Vie intime d'une reine de France au XVIIe siècle, p. 202.

[91] Lettres de Louis XIII à Anne d'Autriche de 1621, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 138 et 120.

[92] Lettre du 13 septembre 1617, citée, d'après les archives Borghèse, par Fagniez, le P. Joseph et Richelieu, t. I, p. 79.

[93] Le 13 avril 1621, cité par Zeller, Le Connétable de Luynes, p. 50. Rapprocher un mot de Malherbe à Peiresc dans le même sens, Malherbe, Œuvres, éd. Lalanne, t. III, p. 465.

[94] Lettre du 1er août 1618, à propos des affaires du Béarn (Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 522-3). Luynes écrit à M. d'Humières le 22 mai 1621 : Le roi est à cheval à la tête de son armée et s'en va droit pour châtier ceux qui ne lui rendront ce qu'ils lui doivent (Arch. du château de Dampierre).

[95] En juin 1620. Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 155.

[96] Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. III, p. 116. Août 1622.

[97] G. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 450. Cf. la dépêche de Contarini du 24 juin 1619 (Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 187) et la Lettre de Cléophon, 1618, p. 11. Gussoni admire la patience de Louis XIII dans les cérémonies officielles (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 5).

[98] Sur la cour à l'époque qui nous occupe, voir : N. Bergeron, Police générale du royaume de France, Paris, 1617, in-8°, p. 31-32 ; Bibl. nat., ms. fr. 3445, fol. 25 r° et v° ; Arch. nat., KK. 202 : pour les règlements de la maison du roi en vigueur, voir : Bibl. nat., ms. fr. 18543, fol. 61 r°.

[99] En 1629, le roi interdira à qui que ce soit d*habiller ses gens des mêmes couleurs que les siennes, incarnat, blanc et bleu (Bibl. nat., ms. fr. 21800, fol. 121). Sur l'aspect et le mouvement de la cour du Louvre, voir C. Sorel, l'Histoire comique de Francion, 1641, p. 281.

[100] On trouvera des détails sur la vie de la cour dans C. Sorel, le Berger extravagant, Paris, 1627, in-12° ; Agrippa d'Aubigné, le Baron de Fœneste, chap. IV ; Rapin, les Plaisirs du gentilhomme champêtre, éd. B. Fillon, Paris, 1853, in-12° ; de Fréville, Ambassade de don Pèdre de Tolède en France, dans Bibl. de l'École des Chartes, 2e série, t. I, p. 365 ; les Dialogues de Jacques Tahureau, éd. F. Conscience, Paris, 1871, in-16, p. 14 ; Auvray, le Banquet des muses, Rouen, 1623, in-8°. p. 159 ; Gourval-Sonnet, les Exercices de ce temps, Rouen, 1631, in-12°, p. 100 ; le Bourgeois, Tours, 1619, in-12°, p. 12 ; les Visions admirables du pèlerin du Parnasse, Paris, 1635, in-16, p. 208. Il existait un catéchisme des courtisans (Bibl. de l'Arsenal, ms. 6829, fol. 16).

[101] Le cérémonial du temps est fixé par des règlements de 1578 (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7225, fol. 43 v°) et de 15S5 (fol. 109 r°). Sur le coucher, voir la dépêche de Pesaro du 12 janvier 1024 (Bibl. nat., ms. ital. 1781, p. 233) ; sur les particularités des cérémonies : Bibl. nat.. ms. fr. 3445, 23027 et ms. Dupuy 218, fol. 276 ; 320, fol. 60-72 ; sur les fêtes, ms. fr. 10428.

[102] Sur le cérémonial de l'introduction des ambassadeurs, voir : les Mémoires du baron de Breteuil (Bibl. de Rouen, ms. n° 3317) et l'ordonnance de Louis XIII du 4 novembre 1625 régularisant ce qui existe (Bibl. de l'Arsenal, ms. 5410, p. 709) ; sur l'aspect et l'encombrement des rues : La Serre, les Artifices de la cour, 1618, in-12°, p. 27 : puis les dépêches de Contarini des 27 janvier et 29 novembre 1618 (Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 555 ; 1772, p. 222) et la Visite du cardinal-légat F. Barberini à Louis XIII et à la famille royale en 1625, dans Bull. de la Soc. de l’hist. de Paris, 1875, p. 172.

[103] Ces détails se rapportent à l'entrée du roi à Avignon en 1G22 (la Voye de lait ou le chemin des héros au palais de la gloire ouvert à l'entrée triomphante de Louis XIII en la cité d'Avignon le 16 de novembre 1622, par T. de Berton, d'après Barbier, Avignon, 1623, in-4°). Sur l'entrée à Toulouse, la même année, voir Bibl. Mazarine, ms. 2734 ; l'entrée à Béziers, aussi en 1622, Bulletin de la Soc. archéol. de Béziers, t. VIII, 1874, p. 309 : l'entrée à Aix, Bibl. nat., ms. fr. 18517.

[104] Voir les Lettres de N. Pasquier, 1623, in-12°, p. 701.

[105] Sur la façon dont le public, à ce moment, s'occupe partout de politique, voir : Avis du gros Guillaume sur les affaires de ce temps, Paris, 1619, in-12°, p. 12-13 ; les Conférences d'Antilus, Panurge et Guéridon, dans E. Fournier, Variétés hist. et litt., t. VIII, p. 27'J.

[106] C. Malingre, Troisième tome de l'histoire de notre temps, Paris, 1624, in-8°, p. 140.

[107] Récit du voyage de Louis XIII à Rouen en 1617, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 144 r°.

[108] Bellemaure, le Portrait du roi, 1618, p. 103.

[109] Libre et salutaire discours des affaires de France, Paris, 1618, p. 69.

[110] Les Sceaux renversés, 1624, in-12°, p. 28.

[111] Boitel de Goubertin, la Relation historique des pompes et magnifiques cérémonies des chevaliers du Saint-Esprit, Paris, 1620, in-8°, p. 79 ; Gaspart, Thrésor de l'histoire générale de notre temps, Paris, 1623, in-8°, p. 333. Voir aussi : Harangue faite au roi par un des principaux habitants de Saint-Germain-en-Laye, Paris, 1619, in-12° ; le Manifeste de Picardie au roi, Paris, 1619, in-12°, p. 5-8 ; la Merveille royale de Louis XIII, par le sieur de MM., Paris, 1617, in-12°, p. 7 ; Livre-journal de Pierre de Bessot, 1609-1652, éd. Tamizey de Larroque, Paris, 1893, in-8°, p. 42.

[112] Journal de l'exempt Bordeaux, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 6163, p. 372.

[113] Sully, Économies royales, éd. Petitot, t. IX, p. 194. Cf. : Le Boy, Remarques sur la vie du roy, Paris, 1622, p. 4 ; Harangue faite au roi par un des principaux habitants de Saint-Germain-en-Laye, Paris, 1619, p. 5.

[114] Bordeaux, op. et loc. cit.

[115] Lettre de Louis XIII au duc de Luxembourg, du 10 juillet 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 161 r°.

[116] Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 114 r° ; Récit véritable de tout ce qui s est passé à Saumur à l'arrivée du roi, Paris, 1621, in-12°, p. 10 ; Histoire journalière de tout ce qui s'est fait et passé en France depuis le départ du roi de Fontainebleau, Rouen, 1621. in-12°, p. 14 : Boitel de Goubertin, Histoire des guerres de Louis le Juste, Rouen, 1622, in-8°, p. 561.

[117] Voir par exemple les lettres au roi de MM. de Souvré et d'Alincourt en 1619 (dans Négociation avec la reine mère, 1673, in-fol., p. 64, 65). M. de Saint-Géran, nommé maréchal de France, écrit le 28 août 1619 (Bibl. nat, ms. Clair. 375, fol. 296 r°) : J'ai toujours cru qu'il falloit faire envers son roi comme envers Dieu et que nous lui devons tout et qu'il ne nous doit rien.

[118] Lettre du duc de Bouillon au roi du 1er mars 1621, Bibl. nat., nouv, acq. fr. 7798, fol. 242 r°.

[119] Les Matines de la cour, 1622, in-12°, p. 3.

[120] Sur le château de Fougères à ce moment, voir le travail du Vte Le Bouteiller, Notice sur le château de Fougères, Saint-Brieuc, 1909, in-8°.

[121] Lettre de Louis XIII au comte de Brissac du 14 juillet 1617, Bibl. nat., ms. fr. 3812, fol. 9 r° et 10 r°. Guémadeuc était parent du duc de Brissac. Il sera question en 1622 du mariage de la fille de Guémadeuc avec un neveu de Richelieu (Arch. des Aff. Étrang., France 775, fol. 129 r°).

[122] Pour tous ces détails de l'affaire, voir un arrêt du Conseil du 21 mars 1617 (Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 394 r°), Pontchartrain (Mém., éd. Michaud, p. 374 et 394), Fontenay-Mareuil (Mém., éd. Michaud, p. 125), le Mercure français (1617, t. II, p. 95, t. IV, p. 333, t. V, p. 92, 95), J.-B. Matthieu (Histoire de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, Paris, 1631, in-fol., t. II, p. 87).

[123] Ces détails sont confirmés par une lettre de M. des Fontaines à Pontchartrain, datée de Bordeaux du 1er juin 1620 (Bibl. nat., ms. Clairambault 377, fol. 185 r°).

[124] L'affaire est racontée dans deux publications officieuses : Remarquable exécution faite à Bordeaux en la personne du gouverneur de Fronsac, près Libourne, étant Sa Majesté à Bordeaux, le 22 septembre 1620, Bordeaux, S. Millange, 1620, in-12° ; Procès verbal des crimes de lèse-majesté et malversations commises par le baron d'Arsilemont, gouverneur des villes et châteaux de Caumont et Fronsac en Guienne, exécuté à mort en présence des seigneurs de la cour, par arrêt de la cour de Parlement de Bordeaux en la dite ville le 24 septembre 1620, Paris, 1620, in-12°. Voir aussi Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 208 ; Mercure français, 1620, p. 345-6.

[125] Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 121, 127 ; lettres du nonce du 14 avril 1618 (Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 324, 333), 20 août (p. 561), 12 septembre 1618 (t. III, p. 6).

[126] Dépêche du nonce Corsini du 9 février 1622 (Arch. nat., L 397, fol. 342 r°). Le cardinal de Guise avait été embastillé à propos d'une querelle qu'il avait eue avec le duc de Nevers (Mercure français, 1621, t. VII, p. 571).

[127] Richelieu donne un résumé très clair de l'affaire dans ses Mémoires (éd. Michaud, t. I, p. 271).

[128] A lire les dépêches des ambassadeurs vénitiens, on ne peut que s'étonner de la patience de Louis XIII subissant de leur part des exposés interminables, répétés constamment et cela durant plusieurs années. Pesaro finit par remarquer que la patience du prince lui échappe (dép. du 5 mars 1623, Bibl. nat., ms. ital., 1780, p. 28).

[129] Voir par exemple la dépêche du 23 octobre 1623 (Bibl. nat., ms. ital., 1781, p. 134, 155).

[130] Con palabras generales (dépêche de l'ambassadeur d'Espagne du 23 décembre 1619, Arch. nat., K. 1476, n° 174), néanmoins assez explicites.

[131] Dépêches de Pesaro du 5 mars 1623 (Bibl. nat., ms. ital., 1780, p. 27), du 29 mars 1624 (1782, p. 74).

[132] Lettre du nonce de juin 1617 (Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 178). Changeant ses ministres en 1624, Louis XIII expliquera aux nouveaux, en conseil, quelle est sa politique à l'égard des Grisons et de la Valteline (dépêche de Pesaro du 6 février 1624, ibid., 1781, p. 292).

[133] Voir Chaulnes, Relation exacte, p. 484. Le roi déclare à l'ambassadeur : je vous ai dit ma volonté, faites-la entendre à votre maître.

[134] Dépêche de Pesaro du 10 février 1623, Bibl. nat., ms. ital., 1779 p. 221.

[135] Il y avait surtout chez les Espagnols nonchalance et passivité : voir par exemple la dépêche de Diego Castañon à Juan de Ciriça du 4 septembre 1620 : Arch. nat., K. 1477, n° 123.

[136] Richelieu, Mém., t. I, p. 183.

[137] Recueil véritable de ce qui s'est fait et passé au voyage du roi depuis le septième jour de juillet que Sa Majesté partit de Paris, Bibl. nat., ms. fr. 20 742, fol. 87 r° et suiv. Cf. Le Voyage du roi Louis XIII en Normandie et la réduction du château de Caen, par A. Canel, Rouen, 1869, in-4°.

[138] Mercure français, 1620, p. 282 et 283. L'opinion préférait les moyens pacifiques : J. Le Febvre de la Griffaudrye, Discours au roi, savoir s'il est expédient faire la guerre ou conserver la paix, 1620, in-12°.

[139] Véritable relation de ce qui s'est passé de jour en jour au voyage du roi, 1620, Paris, J. Jacquin, 1620, in-12°, p. 5 (relation officieuse).

[140] C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 159.

[141] Véritable relation, p. 6. Voir aussi Boitel de Goubertin, Hist. des guerres de Louis le juste, Rouen, 1622, in-8°, p. 484. Pierre le Blanc, sieur du Rollet, était prévôt général du duché de Normandie depuis 1605 (Édit de mars 1605 déterminant ses attributions, Bibl. nat., Imprimés, inv. F. 23 610 (600).

[142] Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p. 413.

[143] Véritable relation, p. 12 ; J. B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, p. 129. Arnauld d'Andilly écrit (Journal, 1620, éd. Halphen, p. 21). Il ne fut jamais un plus hardi voyage, par le roi n'avait pas 200 chevaux et 3.000 hommes de pied.

[144] Pour l'exposé de l'affaire du Béarn par les protestants, voir : Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 515 ; surtout, Pierre de Lescun, Apologie des églises réformées de l'obéissance du roi et des États Généraux de la souveraineté de Béarn, Orthès, 1618, in-4° (complété par : Seconde partie de V apologie des églises réformées, Orthès, 1619, in-4°) ; les Demandes des églises réformées du royaume de Navarre et de la souveraineté de Béarn présentées au roi, Paris, 1618, in-12°. Les catholiques du Béarn adressant au roi leurs réclamations lui présentaient une liste de 48 demandes (Arch. nat. E. 1685, fol. 3 r°). L'arrêt de mainlevée des biens ecclésiastiques est du 25 juin 1617 (Mercure français, 1617, t. V, p. 70). Nous avons un mémoire sur la province de Béarn en 1620 : Arch. des Aff. Étrang., France 1488. Cf. Puyol, Louis XIII et le Béarn, 1872, in-8° ; V. Dubarat, Documents et bibliographie sur la Réforme en Béarn et au pays basque, Paris, 1900, in-8°.

[145] La Calamité de Béarn, Orthès, 1620, in-12°. Les protestants du reste du royaume étaient loin d'approuver la résistance de leurs coreligionnaires béarnais (lettre de M. de Laeger, du 18 juin 1621, à un de ses amis de Castres, dans Mém. de l'Acad. des sciences de Toulouse, 1883, p. 147).

[146] Lettres du nonce des 1er août 1618 (Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 523), 16 et 30 janvier 1619 (t. III, p. 157, 177).

[147] Relation du voyage de Béarn, 1620, Arch. des Aff. Étrang., Fr. 773, fol. 203 r°, récit émanant de l'entourage du roi.

[148] Arrêt du conseil du 20 juin 1620 (Arch. nat., E. 63 B., fol. 368 r°).

[149] J. B. Matthieu, la Piété royale, discours présenté au roi, 1620, in-12°, p. 37 ; du même, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. II, p. 132 ; Louis Richeome, Tableau votif offert à Dieu pour le roi très chrétien, Bordeaux, 1622, in-12°, p. 53.

[150] Lettre d'Anne d'Autriche au duc de Luynes, datée de Soissons, 3 octobre 1620 (Arch. du château de Dampierre).

[151] Richelieu, Mém., t. I, p. 232 ; mot dit à Luynes.

[152] Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 211-212.

[153] Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 212 ; C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 163. Le conseil fut tenu à Preignac près de Bordeaux. Louis XIII écrivait peu après à sa mère : Les nouvelles que vous apprendrez de moi sont comme vous les désirez ; la santé est très bonne, l'esprit gai et content. Le temps a favorisé jusqu'ici mon voyage. (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 87).

[154] Journal de maître Jean de Solle, dans Revue de Gascogne, t. XIX, p. 189.

[155] Herbert de Cherbury, Mém., trad. Baillon, p. 153.

[156] Baron de Chabans, Hist. de la guerre des huguenots faite en France sous le règne de Louis XIII, 1620-1629, Paris, 1634, in-4°, cité par G. Hanotaux, Hist. du cardinal de Richelieu, t. II, p. 404.

[157] Dans une lettre d'Herbert de Cherbury à Naunton, du 15 février 1620 (à la suite des Mém. d'Herbert de Cherbury p. 191). Les libellistes qui défendaient Luynes faisaient entendre que le favori n'était pas responsable de la guerre, mais bien le roi (Apologie en réponse à la Chronique des favoris, 1622, in-12°, p. 13).

[158] Dépêche de l'ambassadeur vénitien du 5 juin 1621, citée dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 304.

[159] Dépêche de Priuli du 12 juin 1621, Bibl. nat., ms. ital. 1776, p. 188.

[160] Dépêches du nonce du 25 janvier (dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 38), du 9 février (Arch. nat., L 397, fol. 343 v°), du 7 mars 1622 (fol. 362 r°) ; dépêches de Pesaro du 14 février et du 1er avril 1622. Bibl. nat., ms. ital. 1777, p. 248 ; 1778, p. 88.

[161] Richelieu, Mém., t. I, p. 263.

[162] Dépêches de Pesaro du 15 mars et du 1er avril 1622, Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 50 et 85. Sire, c'est un mouvement d'une âme hardie et généreuse comme la vôtre, que d'avoir, le premier, de votre propre instinct, conspiré la ruine de la rébellion. (Les Avis de Monsieur le chancelier et de messieurs du Parlement donnés au roi sur la résolution de son voyage, Paris, L. Laquehay, 1622, in-12°, p. 3).

[163] Dépêches de l'ambassadeur vénitien du 26 août 1622, (dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 127), du 17 septembre 1622 (Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 330).

[164] La situation des finances l'inquiétait. Faites lui souvenir (au roi), mandait de Paris où il était resté, le chancelier Sillery à son fils Puisieux, mais à lui seul, qu'il est impossible de continuer la guerre ni de trouver moyen pour y fournir à cette grande et excessive dépense qui ne se peut comprendre que par ceux qui ont vu l'État entier. Lettre du 16 octobre 1622, Arch. des Aff. Étrang., France 777, fol. 135 v°.

[165] Le détail est donné par Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 106 r°.

[166] Lettre du 16 octobre 1622, loc. cit. Le public très heureux de la paix en fit honneur à Louis XIII (voir entre autres, La Maunyaie, Panégyrique au roi, Paris, 1622, in-12° ; la Chasse au vieil grognard, dans E. Fournier, Variétés historiques et litt., t. III, p. 31.)

[167] Lettre de Louis XIII à Marie de Médicis du 12 mars 1619, Bibl. nat., ms. fr. 20742, fol. 7 r°.

[168] Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 18 et 32 ; Lettre de Cléophon à Polémandre, p. 31. Cf. la dépêche du nonce Corsini du 23 février 1622 sur ces ministres (Arch. nat., L 397, fol. 357 r°) ; Pontchartrain (Mém., éd. Michaud, p. 391).

[169] Mots de Louis XIII à M. d'Alincourt dans une lettre de 1617 (Bibl. nat., ms. Clairambault 373, fol. 45 r°). Voir sur Villeroy : Remarques d'Etat et d'histoire sur la vie et les services de M. de Villeroy, dans Cimber et Danjou, Archives curieuses de l'histoire de France, t. XIV, p. 251 et suiv. ; un éloge du personnage dans le ms. fr. 3708, fol. 104 r° de la Bibl. nat. ; Fontenay-Mareuil, Mém. éd. Michaud, p. 128 ; Nouaillac, Villeroy, secrétaire d'État et ministre de Charles IX, Henri III et Henri IV, Paris, Champion, 1909, in-8°.

[170] Brulart de Sillery avait été nommé garde des sceaux en décembre 1604 (Arch. nat., X la 8645, fol. 213). Nous avons plusieurs biographies de lui : Bibl. nat., ms. fr. 18617 ; 17864, fol. 196 v° ; 16268 ; Bibl. Mazarine, ms. 4399. Voir aussi Duchesne, Hist. des chanceliers, 1690, in-fol. p. 702 ; L. Péchenart, Sillery et ses seigneurs, Reims, 1893, in-8°.

[171] Jeannin a laissé un Discours apologétique de sa conduite (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7799, fol. 12 r° et suiv.). Voir sur lui Guyton de Morveau, Eloge du président Jeannin, Paris, 1766, in-8°. L'ambassadeur espagnol de Mirabel l'appelle un ministre tan antiguo ! (dép. du 10 avril 1623, Arch. nat., K 1479, n° 58) ; cf. Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I p. 13 : Bibl. nat., ms. fr. 3708 fol. 104 v° et 105 r° ; de Bellemaure, le Portrait du roi, p. 129. Nous avons un travail de H. de Fontenay sur la Date et le lieu véritable de la mort du président Jeannin (dans Mém. de la Société Eduenne, t. VII, 1878, p. 149).

[172] Relation véritable de la mort de Monsieur du Vair, garde des sceaux de France, Paris, 1621, in-12°, p. 15. Louis XIII le regretta beaucoup. Il avait eu l'idée de le faire cardinal (dép. de l'amb. vénit. du 16 août 1617, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 328). Pour les sentiments des contemporains sur du Vair, voir Richelieu, Mém., t. I, p. 243 ; Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 318 : Malherbe, Œuvres, éd. Lalanne, t. I. p. 357, t. III, p. 519, 520 ; J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. II. p, 163 ; les Correspondants de Peiresc, publiés par Tamizey de Larroque, t. X. p. 3. Nous avons le testament de du Vair (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 488, fol. 146 r°).

[173] Lettre de Louis XIII au chancelier Brulart de Sillery, sans date, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 210 r°.

[174] Dépêche du nonce Corsini du 30 janvier 1622, Arch. nat., L 397, fol. 1 r° et 367 r°.

[175] Voir un de ces refus dans Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. III, p. 10.

[176] Lettre du nonce Corsini de janvier 1622, Arch. nat., L 307, fol. 340 v°.

[177] Arch. nat., L 307, fol. 341 r°.

[178] Lettre de Marillac à Richelieu du 3 juillet 1622, Arch. des Aff. Étrang., France, 775, fol. 178 r°.

[179] Richelieu, Mém., t. I, p. 302.

[180] Lettres de Pesaro du 14 septembre 1622 (Bibl. nat., ms. ital. 1781, p. 81) et de Marillac à Richelieu du 5 octobre 1622 (Arch. des Aff. Étrang., France, 775, fol. 111 r°).

[181] Voir par exemple Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 3 r° et suiv.

[182] Ainsi en juillet et août 1622, Ibid., fol. 73 v°, 77 v°, 83 v° ; 4026, fol. 67 v°.

[183] En janvier 1622 : les trois ministres en question sont : le cardinal de Retz, chef du Conseil, Schomberg, surintendant des finances, de Vie, garde des sceaux : Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. III, p. 7 et 8.

[184] Richelieu, Mém., t. I, p. 304. Louis XIV aura aussi des heures où il éprouvera de la mauvaise humeur contre ceux qui lui viennent parler d'affaires. Il s'en ira alors à Marly comme Louis XIII va aller à Versailles (lettre de Mme de Maintenon du 22 décembre 1688 dans Correspondance générale de celle-ci, éd. Lavallée, t. IV, p. 269 et 270).

[185] Dépêches de A. Rosso du 2 juin 1623, (Bibl. nat., ms. ital. 1780, p. 273) : du nonce Corsini du 29 avril 1623 (dans B. Zeller, Richelieu et les ministres, p. 208) ; de Pesaro des 1er mars et 27 avril 1623 (Bibl. nat., ms. ital. 1780, p. 16, 217) : Richelieu, Mém., t. I. p. 278.

[186] Sur la façon dont surtout le chancelier Brulart et son fils Puisieux se rendent maîtres du gouvernement en 1623, voir les dépêches du nonce Corsini des 23 janvier, 3 et 16 février 1623 (Arch. nat.. L. 397, fol. 10 r°, 13 v°, 14 v°), des 21 et 27 janvier. 21 février 1623 (dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 172, 176, 177, 200) ; des ambassadeurs vénitiens du 20 février (Ibid., p. 200), de Pesaro du 19 juin (Bibl. nat., ms. ital. 1780, p. 284) : le réquisitoire incisif de Richelieu (Mém., t. I, p. 278) et Brienne (Mém., éd. Petitot. t. I. p. 330).

[187] Dépêche de Pesaro du 19 janvier 1624, Bibl. nat., ms. italien 1781, p. 243.

[188] Il avait été nommé surintendant des finances par commission du 7 septembre 1619 (Arch. des Aff. Étrang., France 772, fol. 127 r°). On l'accusait d'être faux (lettre de Marillac du 29 déc. 1621, Ibid., 775, fol. 86 v°). Il fut suspecté de malversations (dép. de Corsini du 23 janv. 1623, Arch. nat., L. 397, fol. 10 r°). Richelieu le défend avec quelque vivacité (Mém., éd. Michaud, t. I, p. 273). Sur le caractère de Schomberg, voir la dépêche de Corsini du 23 février 1622 (Arch. nat., L. 397, fol. 357 r°).

[189] Dépêche de Pesaro du 27 janvier 1623, Bibl. nat., ms. ital. 1779, p. 160. Le récit du renvoi de Schomberg est donné par Arnauld d'Andilly (Journal de 1623, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 39 v°), Bassompierre (Journal, t. III, p. 171 et 179).

[190] Héroard, Journal, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 158 r° et v°.

[191] Dépêche du nonce Corsini de la fin de 1623, Arch. nat., L. 397, fol. 25 r°.

[192] Journal d'Arnauld d'Andilly de 1624, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181. fol. 60 v° ; dép. de l'ambassadeur vénitien du 14 septembre 1623 (dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 226) ; lettre de Puisieux à M. de Césy du 11 janvier 1624 (Bibl. nat., ms. fr. 16156, fol. 397 v°). Le chancelier abandonnait les sceaux, mais demeurait membre et chef du Conseil. Sa charge était remplie par un garde des sceaux. Un chancelier est inamovible ; il peut être chassé de la Cour : il garde son titre.

[193] Dépêche du nonce du 3 janvier 1624 (dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 237 et 239).

[194] Dépêche de Corsini du 10 février 1624 (Arch. nat., L 397, fol. 418 v° et Zeller, Richelieu et les ministres, p. 241). L'explication donnée par le roi du renvoi des Brulart est répétée par Pesaro (dépêche du 6 février 1624, Bibl. nat., ms. ital. 1781, p. 292), l'envoyé florentin (dép. du 16 février 1624, dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 242), l'ambassadeur d'Espagne (lettre de Mirabel à Juan de Ciriça du 16 février 1624, Arch. nat., K. 1479, n° 110) : voir aussi Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 544. Le récit du renvoi des Brulart est donné par Arnauld d'Andilly (Journal de 1624, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 63 v°).

[195] Lettre de Louis XIII à M. de Césy du 13 août 1624, Bibl. nat., ms. fr. 16156, fol. 448 r° : idées répétées dans la Lettre de cachet envoyée par le roi à Messieurs de la cour de Parlement sur la détention de la personne du marquis de la Vieuville, 1624, in-12°. D'autres témoignages confirment : dépêches des ambassadeurs vénitiens des 2 et 15 août 1624 (dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 319, 322, 326, 327). Le résident florentin dit que la véritable raison de cette chute (de la Vieuville) doit être celle que le roi a fait connaître au Parlement de Paris (Ibid., p. 294). Pour ce qui est de l'exactitude du reproche que faisait le roi à la Vieuville. d'accaparer l'autorité, voir les dépêches de Pesaro du 8 mars 1624 (Bibl. nat., ms. ital. 1782, p. 30), du résident florentin du 16 août 1624 (Zeller, op. cit., p. 294, 295) et Richelieu (Mém., t. I, p. 300) ; pour ne pas citer les pamphlets connus du temps : la Voix publique au roi (1624, in-12°, p. 24), Le Mot à l'oreille (1624. in-12°. p. 7), la Requête présentée au roi par Christophe Ludot (1624, in-12°), etc. En ce qui concerne les détails du renvoi de la Vieuville, voir : Arch. des Aff. Étrang., France 778, fol. 195 et suiv. ; Arnauld d'Andilly, Journal de 1624, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 85 v° : Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027. fol. 244 v° ; Bassompierre, Journal, éd. Chantérac. t. III. p. 192.

[196] Avec quelques mots assez durs contre le ministre renvoyé : lettre de M. de Bréval au duc de Lorraine du 14 août 1624, Bibl. nat.. nouv. acq. fr. 3145, fol. 176 v°.