LE ROI LOUIS XIII À VINGT ANS

 

CHAPITRE PREMIER. — LE COUP D'ÉTAT DU 24 AVRIL 1617.

 

 

Louis XIII se révélant en 1617 par l'exécution de Concini. — Concini, son caractère, sa fortune, sa situation exacte à la Cour. — Comment il s'est rendu maître du gouvernement de la régence de Marie de Médicis. — Son omnipotence : il est impopulaire. — Louis XIII, jeune, est tenu à l'écart des affaires. — Son indignation contre Concini. — Soulèvement des grands devant la tyrannie du maréchal d'Ancre ; appel de l'opinion au roi. — Louis XIII a eu l'initiative du renversement de Concini ; ses confidences à son entourage. — Luynes et Déageant ; attitude de Luynes, ses hésitations ; influence importante de Déageant. — Préparation du coup d'État. — Vitry, la journée du 24 avril 1617 et l'exécution de Concini. — Louis XIII déclare terminée la régence de sa mère ; sa sévérité à l'égard de celle-ci. — Satisfaction de l'opinion à l'annonce de la chute du maréchal qu'elle attribue à Louis XIII. — Marie de Médicis obligée de s'éloigner de Paris choisit Blois pour résidence. — Froideur de Louis XIII à son départ.

 

Lorsque, le 24 avril 1617, sur les dix heures du matin, on vint annoncer à Louis XIII que Concini, maréchal d'Ancre, était tué, le prince fit ouvrir une des fenêtres de la grande salle du Louvre donnant sur la cour intérieure, et, s'adressant aux gentilshommes du marquis de Vitry, auteurs de l'exécution, leur cria d'une voix forte : Merci, grand merci à vous ! Puis il ajouta : A cette heure, je suis roi ![1] S'il était roi, c'est qu'il avait voulu l'être. Le coup d'Etat par lequel le jeune souverain de seize ans renversait le gouvernement de la régente Marie de Médicis, sa mère, favoris, ministres, créatures, révélait au royaume sa personnalité résolue et sa volonté[2].

C'est une des grandes merveilles que la France vit jamais, faisait écrire sous ses yeux quelques mois plus tard, à Blois, Marie de Médicis découragée, qu'un étranger inconnu, sans mérite, sans autorité, sans amis, destitué de courage, de jugement et de conduite, se soit fait grand, soit monté aux honneurs, ait assuré ses affaires et se soit mis en telle fortune que, pour l'empêcher d'aller plus avant, autre que le roi n'ait pu y mettre la main ![3] Elle résumait avec exactitude l'histoire d'une aventure politique étrange dont elle se trouvait être la principale victime plutôt qu'elle n'en avait été la cause entièrement responsable.

Bizarre fortune, en effet, que celle de Concini[4] !

Droit, mince, bien proportionné, tête anguleuse au front large et haut, nez busqué, grands yeux au regard aigu, sourcils arqués, bouche fine, ombragée de légères moustaches élégamment retroussées, Concini eut passé pour assez bel homme si les traits de son visage n'eussent été perpétuellement altérés par une inquiétude permanente et une irritation continuelle. C'était un nerveux, ardent, susceptible. Capable de manières charmantes, soucieux de se faire des obligés par une affabilité affectueuse, il montrait, lorsque les choses n'allaient pas à son gré, une violence et un emportement sans mesure. Arrogant, orgueilleux, lâche, tour à tour gai et bon, abattu, furieux ou pleurant, il offrait un type accusé de méridional excessif[5]. Son intelligence vive qui lui permettait, malgré son ignorance, de tout comprendre, jointe à ce caractère brutal qui lui faisait tyranniser tout le monde, explique, en même temps qu'une série de circonstances particulièrement favorables, un succès qu'il poussa jusqu'à l'extrémité d'une catastrophe inévitable.

Henri IV fut l'auteur de sa fortune. Pauvre gentilhomme ruiné, arrivé en France dans les bagages de Marie de Médicis, après une jeunesse débauchée, pleine de friponneries et de misères morales, Concini avait eu le talent de se faire aimer durant le voyage de Florence à Paris par l'amie d'enfance et cameriera de la jeune souveraine, Léonora Galigaï ; il l’avait épousée[6] ; à la suite d'intrigues diverses dans lesquelles lui et la jeune femme avaient manqué plus d'une fois être renvoyés en Italie, il s'était imposé et il avait fait servir l'influence de Léonora auprès de Marie de Médicis à calmer les irritations de la souveraine à l'égard des amours adultères du roi. Henri IV, après avoir eu le personnage en horreur, s'était accommodé de ses services et avait accepté de le récompenser[7]. L'autre, empressé, obséquieux, avait sollicité. Il avait été nommé maître d'hôtel de la reine, avait eu des missions en Italie, avait été admis à monter dans les carrosses royaux, s'était fait attribuer la charge de premier écuyer de la souveraine. Enchanté de son adresse, Henri IV parla même de lui donner un gouvernement, mais la crainte des protestations de la cour l'arrêta[8]. Tout le monde crut que le mari de Léonora était le favori de la reine. On ignorait quels services Henri IV payait de cet avancement rapide. Le roi mort, la foule des courtisans se tourna vers Concini comme vers l'influence occulte. Les ministres s'inquiétèrent. Adroitement, quelques semaines après la mort d'Henri IV, Léonora obtenait pour son compte, de la reine, un don d'argent de 330.000 livres avec lequel elle achetait le marquisat d'Ancre, en Picardie ; les Concini devenaient des seigneurs terriens ! Concini acquit les gouvernements de Péronne, Montdidier, Roye, même la lieutenance du roi en Picardie. Les ministres ayant voulu s'y opposer, Léonora s'obstina et finit par emporter l'acceptation de Marie de Médicis. Alors s'établit l'opinion que tout le monde avoit du pouvoir et du crédit que Concini et sa femme possédoient auprès de la reine[9]. L'opposition faiblit. L'audace de Concini crût à proportion. Il imposa avec violence ses volontés à sa femme qui dut faire accepter de la régente, insouciante et distraite, tout ce qu'il voulut. Il se fit nommer premier gentilhomme de la chambre, superintendant de la maison de la reine, maréchal de France[10] ; il se fût fait créer duc et pair s'il ne s'était heurté à une difficulté juridique[11]. Il rêvait même de prendre l'épée de connétable ; l'hostilité générale du public l'en empêcha[12]. Il avait une fille ; il songea à la marier à quelque personnage portant un des plus grands noms de France[13] ! Mais surtout, par des moyens licites ou illicites, il amassa une fortune considérable pour le temps : Richelieu l'évaluait à six millions de livres, Bassompierre à sept millions ; des calculs récents vont à 8.420.000 livres[14].

Or, ce crédit dont il usait pour monter si haut et si vite, ce n'était pas lui qui l'avait, mais Léonora Galigaï. Interrogé à son procès, le secrétaire de Léonora déclarait que la maréchale faisoit les affaires sans prendre le conseil de son mari et sans lui en donner avis et qu'elle ne lui écrivoit que lorsque les affaires étoient faites[15]. Elle niera fortement elle-même qu'elle ne résolvât rien que par l'avis de son mari. L'influence, c'était elle qui l'avait ; personne n'avoit tant de pouvoir sur la reine qu'elle ; la puissance du maréchal ne provenait que de ce qu'il se servoit du pouvoir que sa femme s'étoit dès longtemps acquis sur l'esprit de la reine, et c'était par l'organe de sa femme qu'il agissait[16]. S'il avait le sceptre du royaume, c'est que Léonora avait dans sa main la volonté de la régente[17]. Concini le savait bien ! Son secrétaire, Ludovisi Vincente, remarquait que lorsque le maréchal était brouillé avec sa femme, les affaires n'allaient plus[18]. Un autre secrétaire, Antoine Montaubert, répétait avoir ouï-dire souvent audit maréchal que les grandeurs et bienfaits qu'il avoit reçus du roi et de la reine ne venoient que de la faveur de sa femme ; il disoit aussi, en se plaignant de la sujétion qu'il estoit contraint de rendre à sa femme, qu'elle lui faisoit bien payer les grandeurs et bienfaits qu'il avoit reçus ![19] A tout instant, il devait écrire à Léonora afin de la supplier d'obtenir de la reine ce qu'il désirait, dépendance humiliante, contrainte odieuse et impatientante !

Il se vengeait par des brutalités. C'était un enfer que le ménage des deux aventuriers ! Ils n'habitaient pas ensemble ; Léonora était au Louvre, dans l'appartement que lui conféraient ses fonctions de dame d'atour, et Concini dans une petite maison qu'il s'était fait donner au coin du Louvre et du quai. Ils ne se voyaient qu'en passant, ne mangeaient jamais ensemble. Leurs rencontres étaient des scènes ; lui, violent, grossier ; elle, sèche et insolente[20] ; Concini traitait sa femme de carogne ; Léonora répondait qu'il était inepte, un presomptuos un orguillos[21]. Alors le maréchal se jetait sur Léonora, la prenait à la gorge, la battait, la traînait par les cheveux, tirant parfois un poignard afin de paraître plus effrayant et menaçant de l'égorger[22]. Vers la fin de sa vie, Léonora, en ayant assez, avait résolu de s'en aller en Italie. Le résultat d'une pareille mésintelligence entre les deux époux était que leurs affaires se trouvaient aussi distinctes que possible. Concini ne mettait pas sa femme au courant de ce qu'il faisait ; Léonora ne lui communiquait rien de ses agissements[23]. Ils ne se joignaient que lorsque Concini avait besoin de faire solliciter la reine par sa femme, ce qu'il obtenait au moyen de scènes. Seulement bien souvent sa femme l'empêchoit d'obtenir ce qu'il demandoit, pour rabattre, disoit-elle, l'orgueil qu'il avoit trop grand et lui donner un frein afin de le retenir[24].

Sentant combien était incertain cet appui, Concini tâchait alors de s'adresser ailleurs ; il s'abouchait avec le procureur général de la maison de Marie de Médicis, M. Louis Dolé, un avocat intelligent, vigoureux, influent ; il lui faisait des avances, sollicitait par lui la reine, faisait passer par son intermédiaire les indications qu'il désirait communiquer à la souveraine[25]. Le jour où Dolé, fatigué, refusa de continuer, on le fit casser ; il en mourut de chagrin[26]. Après lui, Concini s'adressa à l'intendant de Marie de Médicis, Claude Barbin ; celui-ci, plus souple, se montra davantage docile[27].

Et c'était sur ces bases précaires, indirectes, que reposait le prétendu crédit du maréchal ! S'il fut puissant, c'est qu'il fît croire à tout le monde qu'il l'était. Richelieu, qui l'a vu de près et l'a mieux su que personne, revient à plusieurs reprises sur l'extraordinaire illusion dont Concini rendit dupes la cour et le royaume. Il affectoit d'être le maître de l'esprit de la reine et son principal conseiller... Il voulut que tout le monde eût opinion que le gouvernement universel du royaume dépendoit de sa volonté. — Il lui fâchoit qu'on s'aperçut qu'il eût plus de réputation que de force, qu'il subsistoit plutôt par son audace que par une véritable confiance. — Sa fin principale étoit d'étonner les ministres par les apparences de son crédit pour disposer absolument de leurs volontés et faire qu'ils déférassent plus à son désir qu'aux commandements de la reine[28]. D'autres contemporains s'aperçurent du mensonge. Ceux qui eurent à en pâtir insistaient plus tard sur l'imperturbable assurance avec laquelle Concini leur répétait qu'il avoit du pouvoir et du crédit assez et ceux auxquels un insuccès ou une déception, — il y en avait, — pouvaient inspirer des doutes concernant l'efficacité de ce pouvoir, racontaient avec quelle confiance impérieuse Concini les tranquillisait, leur répétant d'un ton de véhémente autorité : Assurez-vous et vous ressouvenez que devant qu'il soit un an, ou peu après, je tiendrai toute la France en ma main[29].

Le plus étrange fut que Marie de Médicis, au courant de la duperie dont le gouvernement et le royaume étaient l'objet, et seule pouvant la faire cesser, ne sut ou ne put jamais y parvenir. Elle détestait Concini ; ses sentiments à l'égard du maréchal étaient antipathiques et irrités. Elle savait que le maréchal, dans ses confidences, la traitait de femme ingrate et légère[30] ; elle n'ignorait pas qu'il se posait pour ce qu'il n'était pas ; elle témoignoit alors une certaine indignation de ses insolentes procédures ; elle le lui disait, l'en reprenant et de paroles et de visage, le rabrouant et lui faisant mauvaise chère. Elle répétait aux ministres d'avertir les grands de la cour qu'ils n'ajoutassent point de foi à ce que leur disoit ledit maréchal sur les affaires politiques, mais aux ministres par qui elle leur feroit savoir ses volontés[31]. Elle tenait Concini de court, ne le recevant qu'en audience demandée, souvent refusant de le voir[32], opposant à ses sollicitations le plus de refus qu'elle pouvait. Quand elle répondait à ses lettres empressées, humbles et soumises, c'était d'un ton froid et hautain[33]. Comment expliquer qu'elle ne l'ait pas chassé ? Ceux qui savaient ses sentiments pour le maréchal ont cru à un sort et aux charmes jetés par sa femme[34]. La réalité est que Marie, très attachée à Léonora, son amie d'enfance, n'a jamais su se séparer d'elle, et par suite de son mari. D'autre part, dans son peu de clairvoyance, elle s'illusionna sur la portée et les conséquences du pouvoir de Concini. Pour elle, cet homme, ainsi qu'elle le fera écrire plus tard, n'était qu'une idole jetée en fonte, dont la vie et le mouvement n'alloient que par les ressorts de l'esprit de sa femme ; elle n'eût jamais pensé que sa fortune se rendit suspecte ni que rien de grand dût avoir place en sa pensée. Elle s'imaginoit pouvoir le défaire aussi facilement qu'il avoit été fait ; elle avouera ensuite qu'elle s'étoit trompée[35]. Un dernier coup de Léonora Galigaï allait en effet, sans que celle-ci y eût songé, nouer définitivement la puissance politique de Concini d'une façon qui devait le rendre maître du royaume, comme il l'avait prédit.

Anciens serviteurs de l'Etat vieillis dans la direction des affaires durant plusieurs règnes, les ministres, Villeroy, Jeannin, Sillery étaient d'âme trop régulièrement administrative pour ne pas opposer aux prétentions constamment renouvelées des Concini, qu'ils haïssaient, une sourde opposition continuelle. Léonora, particulièrement atteinte dans ses entreprises financières, — elle s'enrichissait effrontément de toutes façons, — finit par se décider à les faire renvoyer. Ce fut laborieux. Les détails de la discussion du traité de Loudun dans laquelle, à son gré, ses intérêts avaient été méprisés par le gouvernement, la résolurent au dernier effort qui aboutit. Quand on l'interrogera à son procès sur les causes qui l'avaient déterminée à congédier les anciens ministres d'Henri IV, elle répondra qu'elle se plaignoit de M. le chancelier, de M. le commandeur, son frère, et de M. de Villeroy parce qu'ils n'étoient pas de ses amis et qu'ils n'étoient pas bons serviteurs de la reine mère[36]. Elle fit donner les sceaux au premier président du Parlement de Provence, l'honnête du Vair ; mais celui-ci, peu souple et trop droit, la mécontenta vite ; il fut remercié[37]. Le 24 novembre 1616, elle décidait Marie de Médicis à appeler au ministère trois personnages choisis par elle : Mangot aux sceaux, Claude Barbin aux finances, Richelieu à la guerre et aux affaires étrangères.

Que ce soit elle qui ait désigné ces trois ministres sans que Concini l'ait conseillée ni même l'ait su d'avance, c'est ce que les témoignages concordants de Léonora et des secrétaires du maréchal ou de la maréchale ne permettent pas de mettre en doute : Tout cela s'est fait par le vouloir de la maréchale d'Ancre, affirmait le secrétaire de Concini, et la dite maréchale n'a pas voulu que son mari en sût rien ; elle l'a fait de son propre mouvement et autorité ; elle n'en a point écrit au dit feu maréchal, ni lui à elle, continuait le secrétaire de Léonora, André de Lizza ; et il le savait bien, puisqu’il lisoit (lui, André) toutes les lettres que la maréchale recevoit dudit feu maréchal et écrivoit celles qu'elle lui mandoit[38].

Seulement, avec une audace inattendue, Concini alors s'arrangea pour faire croire aux nouveaux élus et à tout le monde que c'était lui qui était l'auteur de ces nominations. Il désigna partout les ministres comme étant ses créatures[39]. Il voulut offrir lui-même à Richelieu la charge de secrétaire d'Etat de la part de la reine régente[40]. Il trompa, mais il aboutit à ce qu'il voulait, c'est-à-dire à faire croire aux ministres qu'il les avoit établis pour, sous lui et à sa volonté, manier seul les affaires de l'Etat[41], en faire des agents de ses passions et de ses volontés[42]. Les trois ministres interdits s'inclinèrent.

Ils valaient mieux que le rôle qu'ils acceptaient. D'assez humble origine, mais homme de bon sens, honnête et probe, Claude Barbin, qui avait la réputation d'être le meilleur des trois par sa longue pratique des affaires, son esprit ingénieux, une certaine raideur administrative, un jugement droit et beaucoup de résolution, était intendant général de la maison et finances de la reine, poste important dans lequel il avait rendu de grands services à Marie de Médicis, aux Concini, et où l'avait poussé le président Jeannin, lequel faisait grand cas de lui[43]. Claude Mangot, seigneur de Villarceau, fils d'un ancien avocat au Parlement de Paris, après une carrière judiciaire des plus régulières et des plus brillantes, avait été fait premier président du Parlement de Bordeaux. C'était un homme riche, père d'une nombreuse famille, instruit, très digne magistrat. Ses amis l'aimaient beaucoup ; le public l'estimait. Ce fut à cause de cette réputation intacte que Léonora, habilement, le choisit[44]. Quanta Richelieu, alors jeune évêque de Luçon âgé de trente-deux ans, sa situation sera plus effacée dans ce ministère. Le public fit à peine attention à lui. Tout au plus les adversaires du maréchal disent-ils, attaquant les trois créatures et agents des passions de Conchine : De quoi se mêle M. de Luçon ? Que ne va-t-il gouverner son diocèse ?[45] Les jugements portés à ce moment sur lui par les contemporains sont flatteurs, sans être excessifs ; un ambassadeur le tient pour un homme de beaucoup de science et de valeur ; un autre lui trouve l'esprit fin ; Marie de Médicis paraît l'apprécier en raison de ses qualités vertueuses[46] ; une seule personne a compris son grand mérite et prévu qu'il était fait pour être homme d'État éminent : c'est lui-même ! Il a écrit et publié en 1617, dans une pièce officieuse signée du roi et contresignée de lui : Celui qui a été fait secrétaire d'Etat est un prélat si plein de gloire par l'innocence de sa vie, l'éminence de son savoir et l'excellence de son esprit que tous ceux qui savent quel est son mérite avoueront aisément que Dieu l'a destiné pour rendre de grands et singuliers services à Leurs Majestés au milieu des tempêtes de leur Etat[47]. Barbin, dont il était l'ami, le recommanda à Léonora pour être nommé ministre[48]. Déjà soucieux de prendre la première place, Richelieu obtint qu'en raison de sa dignité épiscopale il eut la préséance sur tous les autres secrétaires d'État[49] ; il manifesta l'envie d'être cardinal, ce qui était un autre moyen de se mettre hors de pair, mais le nonce se borna à signaler ce désir sans y ajouter d'autre importance[50] ; les folliculaires du temps attaquent violemment Barbin, Mangot et le négligent : ils l'ignorent. Pratiquement, Richelieu ne devait pas être moins dévoué que les autres à celui qu'il sentait ou croyait le maître : Concini.

Par ses manières obsédantes, impérieuses, Concini organisa l'obéissance absolue, à son égard, du nouveau gouvernement. De situation officielle, il n'en avait aucune ; les ambassadeurs s'adressaient aux secrétaires d'État et le maréchal d'Ancre n'était pas admis, en droit, au conseil. En fait, Concini mit peu à peu les ministres sur le pied de ne rien décider sans le consulter. Les trois nouveaux ministres, écrivait le nonce, dépendent absolument de Concini et tous trois vont d'ordinaire à la maison du maréchal pour traiter des affaires et prendre ses ordres comme s'il était le roi[51]. Il en cuisait à celui d'entre eux qui tentait la moindre résistance : il était rudoyé. Barbin, plus tard, avouera que s'il avoit laissé faire le maréchal, ç'avoit été par force et que cet homme-là le gourmandoit étrangement, témoin une infinité de lettres qu'on pourroit voir dans ses papiers[52]. Mangot sera pris à partie par le public pour avoir scellé, sans suffisante opposition, comme garde des sceaux, tout ce que les Concini voulaient[53]. Celui qui fut encore le moins difficile, ce fut Richelieu : il prenait la défense du maréchal : Je ne ferai point ici une apologie, écrivait-il le 12 avril 1617 à du Maurier, pour justifier les actions du maréchal que celui dont vous me parlez s'efforce de blâmer, pouvant dire avec vérité être telles qu'elles démentiront toujours ce qu'on voudroit publier à leur désavantage[54]. Il déclarait à ceux qui s'indignaient de la faveur de l'Italien : Les rois font du bien à qui bon leur semble sans qu'on s'en, puisse plaindre, principalement quand les faveurs qu'ils départent aux uns n'empêchent pas qu'il n'en fassent aux autres[55]. De sa plume, il répondait aux réquisitoires des grands, révoltés contre la tyrannie de Concini, des plaidoyers habiles, étudies, quoique imprécis[56]. Nul n'apporta plus d'ardeur que lui à poursuivre par les armes les adversaires soulevés du favori. Il se montra excité au dernier point, ne parlant de rien moins que de jeter dans la balance le poids de toutes les forces du royaume afin devenir à bout de la révolte. Mais si les protestants s'en mêloient ? lui disait quelqu'un ; alors, répondait-il, nous ferions entrer le marquis de Spinola en France avec l'armée d’Espagne, et s'il le falloit, nous ferions appel aux Turcs[57]. Ces exagérations témoignaient de la vivacité de son dévouement. Il manifestait ce dévouement par le ton obséquieux de sa correspondance. On trouvera plus tard au milieu des papiers de Concini des lettres adressées par lui au maréchal telles que le Parlement indigné voudra compromettre Richelieu dans le procès criminel intenté contre Léonora Galigaï et que le procureur général prendra des conclusions contre lui. C'étaient de simples civilités, répondra Richelieu[58]. Vers la fin de la vie du maréchal, après quelques querelles inévitables avec celui-ci, les sentiments de l'évêque de Luçon s'étaient modifiés.

Réellement maître, dans ces conditions, du gouvernement du royaume, Concini ne cacha plus qu'il était le véritable souverain. Il fit l'homme omnipotent ! On lui donna du Monseigneur et de Votre Excellence ! Il organisa une garde de quarante gentilshommes qu'il payait mille livres chacun, de douze soldats qu'il costumait en laquais et qu'il affublait de grandes épées. Par crainte ou par amour, tout le monde se mit à adorer le veau d'or[59] ; on sollicita ses faveurs. Finalement, le Louvre se trouva rempli de ses serviteurs. Vrai maire du palais, il était parvenu à tirer à lui la domination entière de l'État, ne laissant à Sa Majesté que le titre et l'image de la dignité royale. Il avait voulu s'accroître, s'agrandir et régner seul sous l'ombre du roi, il y était arrivé !

Sa domination revêtit les formes de la plus odieuse des tyrannies. Il acquit les belles qualités des puissants : le mépris de tous les autres hommes, la colère, l'impatience, la promptitude à faire injure au premier venu et l'oppression des plus faibles qu'il rendit ses esclaves ![60] Il trancha du personnage, refusant les audiences qu'on lui demandait, exigeant des marques de respect et se mettant hors de lui si on négligeait à son égard le moindre signe de révérence[61]. Il devint de plus en plus irritable. Des espions, payés par lui, l'informèrent de ce qui se faisait et de ce qui se disait à la cour, à la ville, dans les provinces. De son autorité propre, il fit emprisonner des gens[62]. Il s'avisa de publier des ordonnances, de signer des mandements par lesquels il imposait aux villes des contributions pour ses troupes[63]. Il voulut même faire marcher la justice, mais cette fois, les parlements se regimbèrent[64]. Tout le monde eut peur : Il étoit si puissant qu'un chacun désiroit sa faveur et craignoit sa colère. On vouloit être son serviteur et tous ceux qui le vouloient ne l'étoient pas. Chacun le révéroit les mains baissées en terre ; c'étoit une chose merveilleuse du nombre des chiens qui léchoient ce tyran ![65] En fait, jamais puissant ne fut plus mortellement haï !

Il s'en rendit compte et il s'en moqua. S'ils ne m'aiment pas, disait-il en ricanant, jous me ferai craindre ![66] Mais les accusations articulées contre lui se précisaient dans le public. Le bruit courait qu'il traitait avec l'étranger et trahissait l'État ; on raconta qu'il était en correspondance avec le roi d'Espagne[67]. La colère universelle s'élevait contre ce misérable ! C'étoit grand pitié, s'écriait-on, de voir Conchine, sa femme et leurs ministres usurper toute la puissance du royaume ! Dans les rues, les petits garçons, les nourrices, les lavandières, chantoient publiquement des guéridons.

Peu à peu cette haine générale engloba, d'abord confusément, puis nettement, la reine régente elle-même. Malgré le respect du temps pour les personnes royales, Marie de Médicis, jugée responsable de la tyrannie du maréchal, fut l'objet de l'animadversion publique. On déclara qu'on avait assez d'elle, qu'on ne désiroit plus vivre sous la loi d'une femme dont tous les jours il y avoit plainte[68]. Les princes révoltés dirent dans une déclaration qu'en cas de mort du roi et de l'institution d'une nouvelle régence, ils ne souffriroient pas que la reine mère du roi fut admise à la régence, au préjudice de l'État[69]. En chaire, un prédicateur osa s'écrier qu'il était temps de jeter la déesse dans la mer avec une ancre d'or attachée au col[70] ; des vers satiriques violents contre Marie de Médicis coururent sous le manteau[71] ; et il fut question de complots et d'attentats contre elle[72]. Marie de Médicis, informée, s'indignait ; elle s'élevait contre la légèreté des peuples et particulièrement de celui de Paris qui se laissoit si facilement emporter à la croyance des choses les plus absurdes du monde, jusqu'à lui imposer une infinité de calomnies[73] ! Elle pleurait. Elle sentait bien qu'elle n'avait personne pour elle, que ceux qui essayaient de la défendre n'invoquaient que des excuses : sa trop grande bonté et facilité, ses bonnes intentions[74]. En réalité elle était impuissante, prisonnière d'une situation qu'elle ne croyait plus pouvoir dénouer et d'ailleurs encore tout de même confiante ou insouciante. Mais il était un personnage auquel elle ne prêtait guère attention, qui, lui, n'était pas insouciant : c'était le roi.

 

Jeune garçon de seize ans, modeste et timide, Louis XIII avait été élevé dans l'appréhension de sa mère. Il ne connaissait guère ses caresses. Marie de Médicis, dénuée de tendresse de cœur, s'était toujours montrée sèche à son égard ; le fouet avait été son principal moyen d'action ; elle avait tenu son fils par la crainte, et Saint-Simon répète qu'elle le souffletait[75]. Qu'était-il pour elle, sinon un enfant insignifiant ! Terrifié par la régente, le petit prince se fermait devant elle, demeurant muet, sans expansion, sans élan. Au fond, elle l'ignorait et, le prenant pour un sot, le méprisait. Ils se voyaient peu, quelques minutes le matin, à onze heures, quelques minutes après le dîner, et le soir après souper de même. On amenait le roi à sa mère régulièrement, démarches protocolaires et, par suite, sans attrait. Marie de Médicis lui adressait à peine la parole ; L'enfant s'occupait, jouait, puis se retirait sans qu'il y eût eu entre les deux êtres le moindre contact[76]. On disait que la souveraine, tenant à conserver l'entière direction du royaume, avait intérêt à laisser végéter le prince dans une minorité indéfinie : de fait, elle ne l'entretenait jamais d'affaires, ne voulait pas qu'on lui en parlât. Elle racontait à qui voulait l'entendre qu'il étoit incapable de s'en occuper, qu'il avoit l'esprit trop faible, trop peu de jugement ; que sa santé n'étoit pas assez forte pour prendre ces soins[77]. Lorsque les princes révoltés lui reprochaient de tenir le roi captif, privé d'autorité, sans liberté, les ministres répondaient avec assurance, par la plume de Richelieu, que Marie de Médicis ne prenoit cognoissance des affaires qu'à l'instante prière et supplication de son fils[78]. Très rarement appelait-on le prince au Conseil, lorsqu'il n'y avait pas moyen défaire autrement et à condition qu'il n'ouvrit pas la bouche[79]. Une fois, il osa y venir de lui-même pour savoir ce que l'on y discutait. La reine se leva vivement, le prit par le bras, et le pria de s'aller esbattre ailleurs. Ce n'était plus un enfant ; Il rougit de honte[80] ! Le roi, disait Marie de Médicis au nonce, n'est pas disposé à gouverner ; il me dit qu'il ne peut supporter le poids des affaires en raison de son âge et du peu de goût qu'il a pour l'administration[81]. Elle mentait. Le roi ne lui avait jamais rien dit de pareil. Les ministres à leur tour renchérissaient. Richelieu assurait en jurant que la reine faisait tout ce qu'elle pouvait pour décider le roi à s'appliquer au gouvernement[82]. Mais les gens de cour n'étaient pas dupes. Ils savaient bien que le roi était prisonnier de la reine et du maréchal[83], qu'il n'était rien, qu'un fantôme, et, adorateurs des soleils bienfaisants, ils allaient là où était la puissance à craindre, la manne à solliciter, à la reine seule, à Concini, négligeant le roi, inutile ou même dangereux à suivre.

Et alors Louis XIII demeurait seul. Tout le monde l'abandonnoit. Qui cherchait à lui parler devenait suspect. On n'osoit le regarder sans crime ; ses conseillers d'État, ses secrétaires d'Etat n'osoient le voir, ni parler à lui, sans courir hasard d'être en même temps chassés[84]. Heures humiliantes dans le mensonge d'un apparat conventionnel ! A mesure que l'enfant devenait jeune homme, sur cette nature renfermée mais sensible, les blessures d'une âme ayant à un haut degré le sentiment de la dignité et la jalousie de son pouvoir royal envenimaient chaque jour une douleur de plus en plus amère[85]. Il était ulcéré. Ne lui était-il même pas venu aux oreilles que la régente caressait le rêve de voir son second fils Gaston monter sur le trône et de recommencer une nouvelle régence[86] ? Mais, si devant sa mère qu'il redoutait, l'enfant de seize ans ne pouvait que se taire, devant les insolences de Concini, il se révolta !

Concini, méprisait le jeune roi. Il le tenait pour un enfant qu'on devait traiter en petit garçon, un imbécile, incapable de commander, un être puéril[87]. D'après un confident écho de ses opinions, Rucellaï, le prince n'avait aucune valeur, non valeva niente[88]. Le maréchal eût répété volontiers le mot de Léonora : Un idiot ![89] Le moins qu'il put faire fut de le dédaigner. Sans souci de la dignité royale, il se divertit à étaler aux yeux de la cour l'éclat de son faste provoquant. A la barbe des princes et seigneurs étonnés de son impudence, il venait au Louvre environné d'une suite obséquieuse de cent à deux cents gentilshommes, piafant, morgant tout le monde et faisant fiente de toutes choses[90] ! Le matin, à son lever, cette cour innombrable l'entourait, lorsque Louis XIII n'avait pas deux douzaines de courtisans près de lui. S'il venait au Louvre, le château était plein ; quand il en sortait, ce n'étoit plus qu'un désert, qu'une solitude[91]. Le contraste était choquant. Une fois où Louis XIII se trouvait dans la grande galerie du bord de l'eau, en novembre 1616, avec trois personnes, il perçut un remous au bout de la galerie : c'était Concini et son monde qui entraient. Le maréchal pénétra et, sans plus faire attention au roi que s'il n'était pas là, il se mit près d'une fenêtre, où sa suite, tête nue, l'entoura. Or, il savait bien que le prince était à deux pas ; Louis XIII sortit le cœur plein de déplaisir[92]. Etait-ce donc le maréchal qui était le souverain ? On aurait pu le croire à cette réunion de cour du carnaval de 1617, où Concini, se faisant porter à boire, une voix cria dans le fond : Le roit boit ! Et une clameur, moitié goguenarde, moitié enthousiaste, répondit : Le roi boit ! Le roi boit ![93] On ne comptait plus les impertinences qu'il prodiguait à Louis XIII. Le soir du jour où le maréchal fut tué, Louis XIII les énumérait avec animation à ceux qui venaient lui faire leurs compliments. Une fois, disait-il, où il jouait au billard avec lui, Concini n'était-il pas resté couvert ? Per Dio, Sire, avait articulé le maréchal, Votre Majesté me permettra bien de me couvrir ! Le roi s'était tu, et, après son départ, il avait dit en colère : Avez-vous vu comme il s'est couvert ? Une autre fois, le maréchal, entré au Conseil des dépêches, s'était assis dans la chaire du roi, dirigeant la séance, commandant aux secrétaires d'Etat de lire leurs dépêches, donnant son avis, menant le Conseil à la baguette ! Une autre fois, il avait osé dire devant tout le monde, en parlant d'un acte du prince, que celui-ci méritoit le fouet[94] ! Mais ce qui avait le plus blessé Louis XIII, c'était le fait de Concini se posant en protecteur et en défenseur du roi. Il a armé à l'étranger, disait le prince au premier président du Parlement, M. de Verdun, et fait entrer dans mon royaume 3 500 Wallons ou Liégeois pour la sûreté de sa personne qu'il soudoyait à mes dépens et à ceux de mon peuple ; et, par une lettre imprimée, il a osé me les offrir équipés et entretenus quatre mois à mes frais, lui qui a volé mes finances et baillé mes fermes à qui bon lui a semblé[95] ! Puis le jour où le roi avait demandé à la reine 2.000 écus pour employer à des choses de peu de conséquence, et qu'on les lui avait refusés sous des prétextes quelconques, le maréchal n'était-il pas venu le trouver entouré d'une foule de seigneurs ; ne lui avait-il pas dit qu'il était fâché que la reine ne lui eût pas donné cet argent, qu'une autre fois il n'avait qu'à s'adresser à lui, Concini, et qu'il lui ferait avoir ce qu'il voudrait, soit des trésoriers de l'Epargne, soit de ses propres deniers ! Louis XIII avait été indigné ! Ainsi, ce particulier, étranger, qui n'avoit rien de vaillant quand il vint en France, étoit assez insolent pour se présenter devant lui, qui étoit seul, accompagné de tant de seigneurs et de noblesse, pour lui dire qu'il avoit tort de ne pas s'adresser à lui et qu'il lui donnerait l'argent du trésor qu'il voudrait ou même celui de sa propre bourse, l'aumône[96] !

Et l'indignation, montait dans l'âme du jeune roi. Son entourage le reconnaissoit en un chagrin et déplaisir extrême. Le prince répétait : Ce maréchal veut être la ruine de mon royaume ![97] Il l'abhorrait. Un moment vint où il ne lui fut plus possible de dissimuler. Lorsque le maréchal s'approchait du prince, celui-ci le regardait à peine et ne lui répondait pas. Une fois où Louis XIII allait à Saint-Germain, on lui donna, pour l'escorter, une compagnie de cavalerie appartenant à Concini et commandée par un de ses amis, d'Hocquincourt. Le roi entra dans une telle colère, ne parlant de rien moins que de faire tailler cette compagnie en pièces qu'il fallut la changer[98]. Son caractère s'altérait ; il devenait sombre, mélancolique. Sa santé s'en ressentit : il tomba malade et, en novembre 1616, eut une attaque de nerfs d'allure épileptiforme ! On fut inquiet. Les bons esprits ne se méprirent pas sur la cause du mal[99].

Il n'était pas possible à Marie de Médicis de ne pas s'apercevoir des sentiments du roi pour le maréchal : elle en était très ennuyée. Quant à Concini, s'en étant rendu compte, il haussait les épaules, ou, irrité, s'en prenait à l'entourage immédiat du prince et parlait défaire chasser quelques-uns de ceux qui avaient sa particulière confiance[100]. En novembre 4616, d'impatience, il quitta Paris et s'en alla en Normandie.

Mais que pouvait faire un enfant de seize ans devant une mère souveraine en droit de l'État et un usurpateur maître en fait du royaume ? attendre ; et puisqu'on parlait de sa succession possible, que ses jours n'étaient pas en sûreté, dissimuler jusqu'à ce que les circonstances fussent meilleures. De parti pris, le jeune roi se décida à continuer de faire l'enfant[101]. Les vides et puériles journées que celles qu'il était obligé de vivre au Louvre, dans l'automatique exécution d'un règlement qu'on lui faisait appliquer ! Le matin, après le lever et le déjeuner, une promenade aux Tuileries, la messe, la visite à la reine-mère, à la reine régnante, le dîner ; puis nouvelle visite à Marie de Médicis, à Anne d'Autriche ; retour aux Tuileries, l'après-midi, ou quelque part en chasse ; rentrée le soir, souper, visite encore aux reines et coucher[102] ! Actif et ardent comme il l'était, ayant besoin de se dépenser dans des exercices violents, il montait alors à cheval[103], courait à pied, jouait à la paume, aux barres ; creusait, faisait des amoncellements de terre, menait charrois et tombereaux ; ou bien lâchait dans le jardin des Tuileries, daims, chevreuils, marcassins, après lesquels il entraînait des chiens ; s'il pleuvait, rentré au château, incapable de rien faire, il se distrayait à jouer au billard, à chanter dans des chœurs qu'il organisait, à peindre, à forger, à fourbir ses arquebuses. Pas de visite, presque pas de lecture. Que pouvait paraître dangereuse aux maîtres du jour une vie aussi futile ! Et, pour mieux donner le change, le roi se divertissait à des jeux qui pouvaient sembler n'être plus de son âge : il attelait des chiens à de petits canons et les faisait défiler dans les allées des Tuileries ; costumant des garçons avec des habits de figurants de ballets, il les faisait danser au son du violon en battant du tambour ; il cuisinait, servait des maçons, fouettait des mulets attelés[104]. Je faisais l'enfant, disait-il ensuite. Il réussissait. Ni Marie de Médicis, ni Concini ne se méfiaient vraiment de cet enfant enfantissime.

 

Cependant, princes, grands et seigneurs, excédés de l'insupportable domination du maréchal d'Ancre avaient, depuis plusieurs mois, quitté Paris, et, prenant les armes, rassemblé des troupes sous le commandement des ducs de Nevers et du Maine. Dans des proclamations véhémentes, ils faisaient appel à l'opinion : Nous nous sommes associés, disaient-ils, pour le rétablissement de l'autorité du roi notre prince et souverain seigneur et la conservation de l'Etat, appelés à ce devoir par la clameur publique[105]. Ils dénonçaient l'indigne état du gouvernement : Les étrangers et leurs fauteurs se sont impatronisés et mis en possession de la personne du roi et de l'administration et absolu gouvernement du royaume qu'ils occupent injustement et exercent avec une extrême tyrannie et oppression[106] ; ils disaient au roi : Tout le pouvoir du gouvernement de votre Etat est entre les mains du maréchal d'Ancre et de ses partisans qu'il a introduits près de votre personne afin d'y faire toutes choses à ses fantaisies et être seul arbitre de la vie, des biens, honneurs et dignités de vos sujets[107]. Ce qu'ils voulaient, c'était faire ôter l'autorité publique des mains des usurpateurs, rendre au roi la dignité de sa couronne, tirer sa personne hors de leurs mains et de leurs desseins. Ils adjuraient le peuple de se joindre à eux : Français, s'il vous reste quelque marque de la générosité de vos aïeux, si vous êtes héritiers de la fidélité et du zèle qu'ils ont témoignés au service des rois et bien de l'Etat, si vous avez quelque sentiment des malheurs auxquels les traîtres de la patrie nous ont, par leurs artifices, insensiblement plongés, prenez les armes[108] ! Et, de toutes parts, on répondait. Les troupes des princes grossissaient. Ceux mêmes qui ne voulaient pas aller avec eux, les Lesdiguières, les d'Épernon, les Roquelaure, songeaient à former un tiers parti, à rassembler 40.000 hommes et à marcher sur Paris afin de mettre, eux aussi, le roi en pleine liberté et autorité[109]. Après la noblesse, disait-on, le bas peuple allait se soulever : Paris s'agitait ; on s'inquiétait des protestants. Le gouvernement fut très troublé. La reine demeura perplexe et confuse[110]. Concini se raidit.

Il prit des mesures. Sur ses ordres, les autorités policières de Paris, chevalier du guet, prévôt de la connétablie, lieutenant de robe courte, durent faire surveiller attentivement les groupes et arrêter les gens suspects. On changea les gardes des portes ; plus de cinquante potences furent dressées aux carrefours afin d'intimider le public ; un capitaine ayant été surpris envoyant des émissaires aux princes pour les renseigner, fut saisi, sommairement jugé et décapité en pleine cour du Louvre[111]. La garde du roi n'était pas sûre ; Concini prétexta la formation de trois armées qu'on mettait en campagne pour la renvoyer de Paris. Il ne demeura que les Suisses, moins à craindre parce que beaucoup ne parlaient pas le français[112]. En revanche, le maréchal fit entrer dans Paris des fantassins italiens à sa solde[113].

Mais, allant plus loin, il commanda de surveiller le roi. Il fit épier ceux qui lui parlaient. Des propos imprudents lui ayant été rapportés, il donna ordre de chasser du Louvre leurs auteurs. Il fut dit et répété qu'il était dangereux de s'approcher du roi. Louis XIII dénoncera publiquement à tout le royaume, le lendemain de la disparition du maréchal, que c'eût été un crime capital à un de nos officiers et sujets de nous voir en particulier et nous entretenir de quelque discours sérieux ![114]

Se sentant personnellement menacé, Concini voulut assurer sa défense. Il possédait Amiens, Ancre, Péronne ; il les fortifia, entassa les armes, les munitions, remplaçant les garnisons par des troupes étrangères à sa solde, cherchant à constituer de ce groupe, au nord, entre Paris et la frontière, une citadelle[115]. Il occupait Quillebeuf, sur la Seine, en aval de Rouen, Pont-de-l'Arche, en amont ; il renforça ces deux places, mit, pendant quatre et cinq mois, plus de 2.000 ouvriers à la première, et fît amener des canons de l'Arsenal de Paris. Maître de Rouen, en tenant ces deux points stratégiques, il avait dans sa main la clef de la France, puisqu'il disposait de la rivière qui donne à vivre à Paris[116]. Il songea à disposer d'une armée en campagne. Il commandait trois régiments français de 1.000 hommes ; il fit venir de l'étranger des Flamands, des Italiens[117]. Après sa mort, on trouvera dans ses papiers le brouillon d'une lettre commencée, qui contenait ces mots : J'aurai, à la fin du mois de mai, 30.000 hommes, 10.000 François et 20.000 étrangers, avec soixante pièces d'artillerie ; je vous laisse à penser à quel point seront réduites mes affaires[118].

Devant ces préparatifs, il y eut comme un affolement dans le royaume. Les ordres et corps de l'Etat furent éperdus. La France se trouva en combustion. Craignant l'enlèvement des convois sur les routes, les receveurs particuliers et les receveurs généraux des finances n'envoyèrent plus le produit des impôts et, à Paris, le Trésor n'eut plus d'argent[119]. Il fallut emprunter ; les officiers avancèrent leurs soldes aux troupes[120]. Sur le point d'aller rejoindre l'armée, Louis XIII dut solliciter des particuliers un prêt de 40.400 livres[121] ! L'état du gouvernement était misérable. L'exaspération publique parvenait à son comble. Le nonce, ému, écrivait : Les esprits sont aussi irrités qu'on sauroit imaginer et en vérité ce sera un miracle s'il n'arrive quelque grand désordre. Chacun répétait : Cela ne peut pas durer ! Dieu veuille, ajoutait Bentivoglio, que la perte du maréchal n'entraîne pas celle de la reine, qui est bonne et a de bonnes intentions ![122]

Sous l'effet de la tourmente, Concini était devenu agité, inquiet. Ses violences redoublèrent. Les malheureux ministres, aux prises avec les troubles de l'Etat et lassés des brutalités du maréchal, étaient au bout de leur patience. Comprenant le désordre dans lequel on s'alloit, Richelieu se décida à abandonner la partie. Au cours de discussions avec Concini, celui-ci l'avait traité d'une manière si provocante que l'évêque s'était senti profondément blessé dans son honneur de gentilhomme. Il offrit sa démission ; la reine ne l'accepta pas ; cinq fois, dit-il lui-même, il revint à la charge, suppliant jusques aux larmes. Marie de Médicis lui fit fermer les portes jusques à ce qu'il lui eût promis de continuer l'exercice de sa charge[123]. A son tour, Barbin, trouvant que ce misérable maréchal n'étoit plus supportable, venoit lui aussi demander congé à la reine. La régente se courrouça contre lui d'appréhension de se voir abandonnée ; elle refusa[124].

La panique gagna les entours de Concini. Léonora ne se faisait pas d'illusion sur la ruine qui la menaçait elle et son mari : Madame, disait-elle à la reine, souvenez-vous qu'il se perdra et en se perdant il vous perdra, et moi, quant et quant ![125] Elle résolut de réaliser ses biens et de s'en aller en Italie. Elle chargea son écuyer Desdiguières de tâcher de lui vendre un domaine qu'elle avait à Lésigny-en-Brie et un hôtel qu'elle possédait rue de Tournon ; elle parla d'aller faire un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, afin d'expliquer son départ[126] ; par l'intermédiaire des banquiers Lumagne et Mascarani, elle plaça des fonds au delà des monts ; elle donna l'ordre d'emballer ses meubles[127]. Mais Concini lui déclara qu'elle ne partirait pas ; il ne voulait pas partir[128]. Et, cependant, lui-même ébranlé, avait fini par hésiter. Sous le coup des nouvelles alarmantes qui lui arrivaient de tous côtés, affecté par la mort de sa fille, qu'il perdit le 2 janvier 1611, il avait eu une heure d'affaissement. Segnour, je suis perdu ! Segnour, je suis misérable ! disait-il à Bassompierre, qui était venu le voir dans la petite maison du quai ; et, comme l'autre cherchait à le consoler : Ha ! Monsieur, reprenait-il, la ruine de moi, de ma femme, de mon fils, que je vois prochaine devant mes yeux et inévitable, me fait lamenter et perdre patience ! L'homme arrive jusques à un certain point de bonheur après lequel il descend ou bien il précipite, selon que la montée qu'il a faite a été haute et roide ! Et il racontait sa vie, partie de si bas, arrivée à un tel degré de puissance ; il avouait maintenant que la fortune se lassoit de le favoriser ; il fallait, par prudence, songer à la retraite ; il achèverait sa vie tranquillement en Italie, casant son fils, jouissant de ses biens ; et il énumérait avec candeur les richesses immenses qu'il avait ramassées. Seulement, ajoutait-il, sa femme ne voulait pas s'en aller ; il l'avait conjurée à genoux ; elle lui avait reproché sa lâcheté et son ingratitude de vouloir abandonner la reine[129]. Déguisait-il la vérité ? Léonora avait-elle reculé au moment où Concini se fut décidé ? Plus sûrement, ainsi qu'un joueur enivré par le succès, Concini ne voulait réellement pas quitter la partie ; il s'entêtait, lançant son quitte ou double et il prétendait, par dilettantisme de condottiere, savoir l'extrémité où ce bonheur pouvait le conduire : il le dit : Je veux voir jusques où la fortune peut pousser un homme[130]. Il s'acharna !

Alors, de toutes parts, dans le royaume, une clameur s'éleva. Elle monta cette fois jusqu'au trône. Que faisait donc le roi ? Lui qui avoit la charge et le soin de l'essaim raisonnable et civil de ses sujets, alloit-il demeurer insensible et impassible, sans sentir aucune passion du mal public ? S'il avait du jugement, n'avait-il donc pas de courage[131] ? Sa prudence n'était-elle que de la fétardise et sa longanimité de la poltronnerie[132] ? Il est temps, Sire, s'écriait-on, que vous commenciez à parler en roi, autrement tout s'en va en désordre[133]. La violence de leurs tyranniques déportements est montée à tel excès, proclamaient les princes, que leurs artifices ne peuvent plus empêcher que la voix et la doléance publique, ne frappent l'oreille de Votre Majesté, et n'émeuvent vivement votre compassion[134]. Et le duc de Bouillon, dans une lettre rendue publique, supplioit le prince d'appliquer aux plaies du royaume les remèdes que toute la France attendoit avec soupirs de sa main salutaire[135]. Le remède est en vos mains et en votre puissance, appuyaient les seigneurs en armes ; si vous n'en usez, le mal se rendra incurable ; il n'est que de votre seule parole[136]. Ne ressentez-vous point cette vigueur qui anime vos semblables d'un élan au delà du commun, cet aiguillon d'honneur et cette pointe de courage qui pique leur cœur ? Votre pauvre peuple à genoux, les yeux pleins de larmes, n'a, ni veut avoir recours qu'à Votre Majesté ![137] Et, par une démarche solennelle, les Etats de Guyenne assemblés disaient à Louis XIII : La France ne peut supporter, ni demeurer muette parmi une si horrible calamité. Nous venons, en vous parlant librement, dire à Votre Majesté que puisqu'elle a l'âge et le cœur d'acquérir des royaumes en faisant le roi, elle doit sauver celui-ci de la domination de ces étrangers[138]. La France en appelait au roi ! Le roi répondit.

Avec le sentiment élevé de sa dignité et la jalousie excessive qu'il avait de son pouvoir royal, il n'était pas possible que Louis XIII n'en arrivât pas à considérer comme nécessaire de revendiquer pour lui la direction de l'Etat et de chasser ceux qui gouvernaient odieusement le royaume en son nom. Anne d'Autriche confiait plus tard à madame de Motteville que, depuis sa majorité, le prince avoit témoigné en nombreuses occasions, — devant elle, — le dessein qu'il avoit de prendre connoissance des affaires[139]. Mais que pouvait-il faire ? Il essaya de hasarder auprès de sa mère des plaintes directes au sujet du maréchal d'Ancre : il fut mal reçu. De quoi s'occupait-il ? A de nouvelles tentatives, l'accueil fut si emporté qu'il renonça à les renouveler. Je ne peux rien dire à ma mère, avouait-il, parce qu'elle se met en colère[140]. Peu à peu, l'idée de réclamer le pouvoir envahit son esprit. Il verra ensuite dans cette pensée pressante une inspiration divine[141]. A mesure, l'idée se transforma en décision, puis en une résolution inébranlable. C'est Louis XIII qui a eu l'initiative du coup d'Etat[142].

Pénétré de ces sentiments, il était inévitable qu'il finît par les communiquer à ceux, en très petit nombre, qui, autour de sa personne, vivaient le plus familièrement avec lui. Parmi eux, celui qu'il aimait le plus, celui auquel il se confia le premier, fut M. Charles d'Albert de Luynes.

Grand, mince, assez joli de figure, l'air très doux, et charmant de manières, M. de Luynes était un gentilhomme du Comtat-Venaissin, âgé de trente-neuf ans[143], qui, ayant été élevé comme page chez M. de Lesdiguières, étant ensuite entré chez M. du Lude avec le titre de gentilhomme ordinaire[144], s'était trouvé, sur la recommandation de M. du Lude à M. de La Varenne, grand ami d'Henri IV, placé dans la volerie du roi, fonction ni plus ni moins brillante que toutes celles que les gentilshommes d'alors sollicitaient en cour[145]. Henri IV l'avait remarqué pour sa physionomie aimable, l’avait mis auprès de son fils le dauphin[146], et le petit prince, attiré par les qualités séduisantes d'un homme d'ailleurs dévoué, la complaisance même, s'était pris d'une véritable passion à l'égard de celui que son propre goût pour la chasse au vol, mettait perpétuellement en contact avec lui[147]. Devenu roi, roi négligé, Louis XIII s'attacha davantage à son ami fidèle. Il parvint à lui faire donner un petit gouvernement, celui d'Amboise[148]. Comme il voulait l'avoir près de lui, au Louvre, il le décida à acheter de M. de Fontenay la capitainerie du Louvre, une des fonctions conférant le droit de loger au château, et il lui attribua une chambre dans son pavillon royal, au-dessus de son appartement, en un endroit ensoleillé, où il pouvait se rendre aisément par les escaliers intérieurs sans être vu[149]. Il y montait de temps en temps, surtout le soir avant de se coucher. Si le prince était malade, Luynes descendait le veiller, se tenant dans la pièce voisine de la chambre du jeune roi, le cabinet de Sa Majesté, s'étendant sur une manière de lit de camp, des formes[150]. Concini, d'abord, ne s'inquiéta pas beaucoup de cette amitié. M. de Luynes donnait à tout le monde l'impression d'un homme de bonne et modeste nature, peu ambitieux, doué d'une intelligence ordinaire[151], et surtout dépourvu de courage[152]. Lorsqu'on voulait attirer son attention sur les dangers de cette intimité, Concini répondait, en haussant les épaules : Il y a si loin de M. de Luynes à moi que nous n'avons pas sujet de nous craindre ![153] Néanmoins, il n'était pas sans observer l'importance qu'avait acquise le gentilhomme dans la vie du roi. Irrité des sentiments peu dissimulés de Louis XIII à son égard, il finissait par incriminer M. de Luynes : M. de Luynes, lui disait-il, je m'aperçois bien que le roi ne me fait pas bonne mine, mais vous m'en répondrez ![154]

Richelieu et Fontenay-Mareuil s'accordent à trouver que Luynes était un esprit médiocre et un caractère pusillanime. Les confidences de Louis XIII à un ami d'aussi peu de ressources n'eussent pas abouti à de bien sérieux résultats s'il n'était intervenu entre eux un homme beaucoup mieux au courant du mécanisme de l'État, — par conséquent plus au fait de ce qu'il y avait de puissance dans le nom et un mot de la personne souveraine du roi, — puis inventif et audacieux, M. Déageant.

Sorti d'une ancienne famille dauphinoise, entré d'abord dans l'administration comme simple employé attaché à la maison et couronne de Navarre, avec le titre ordinaire de ces modestes sous-ordres, celui de secrétaire[155], puis promu conseiller et secrétaire du roi[156], M. Guichard Déageant était un homme intelligent, plein d'initiative, qui, pour des services signalés rendus à la régente dans les multiples affaires que causaient à cette princesse ses nombreux domaines, avait été récompensé de la charge de secrétaire ordinaire de Marie de Médicis. D'échelon en échelon, il était arrivé jusqu'à être premier commis au contrôle général, c'est-à-dire manière de directeur, et confident du ministre, Claude Barbin[157]. A beaucoup d'intelligence pratique, Déageant joignait de l'habileté, de la souplesse, et une ambition modérée, car c'était un modeste dans son genre[158]. Soit crainte de l'autorité la plus redoutable, soit application à ses fonctions, il avait ensuite un sentiment hiérarchique prononcé et croyait bien faire quand il demeurait fidèle à son premier devoir, celui qu'il avait envers le roi. Un intendant des finances qu'il connaissait beaucoup, M. Arnauld d'Andilly, le mit en relation avec M. de Luynes[159]. Par une disposition d'esprit naturelle chez ceux qu'une longue pratique de l'administration a assoupli aux convenances hiérarchiques, il pensa rendre service en confiant à Luynes quelques mots destinés au roi de ce qu'il savait par Barbin des intentions de Concini. Luynes en informa Louis XIII. Le roi vit dans Déageant un intermédiaire précieux pour être informé ; il l'admit auprès de lui à ses réunions du soir, en haut du pavillon du roi, dans la chambre de Luynes[160]. Une manière de conseil du prince s'ébauchait. A ces deux premiers confidents devaient bientôt, par suite de circonstances diverses, s'en adjoindre trois autres : un cousin de M. de Luynes, le baron de Modène ; M. Louis Tronson, homme de loi, fils d'un maître des requêtes, personnage judicieux, en qui M. de Luynes avait grande confiance, qu'il présenta à Louis XIII, lequel devait se prendre de sympathie pour Tronson en raison de son jugement équilibré et qu'il devait ensuite attacher à sa personne dans un poste exceptionnel de confiance ; enfin un dernier, plus effacé, M. de Marsillac[161].

Ce fut devant ce groupe, que peu à peu, comme le raconte Déageant lui-même, le roi dévoila sa pensée[162] : Il donna ses sentiments du déplaisir qu'il avoit de la forme dont on gouvernoit, spécialement du peu de compte que l'on tenoit de sa personne et de ce qu'on ne lai laissoit aucune part aux affaires importantes de son rovaume qui se soulevoit en divers endroits. Il ajouta qu'il fallait lui trouver les moyens d'y pourvoir. Le difficile était de trouver ces moyens. Le prince insistait qu'il vouloit tenter le plus doux plutôt que d'en venir aux extrêmes[163]. C'était le sentiment de M. de Luynes, inquiet d'entrer dans une aventure dont le roi, si elle échouait, se tirerait toujours, mais où les comparses paieraient cher leur complicité. Les autres relevaient son courage. Déageant était plein d'énergie, Tronson de confiance[164].

La première idée qui fut émise, le fut par M. de Luynes ; c'était celle de la fuite. Au cours de quelque excursion à Saint-Germain-en-Laye, il serait aisé de s'en aller à franc étrier soit à Amboise, gouvernement de M. de Luynes, soit à Rouen, bonne ville fidèle et là de mander ceux qui seroient les serviteurs du roi. Le projet ne se trouva pas applicable pour diverses raisons, entre autres l'objection sérieuse qui fut faite que si personne ne venait trouver Louis XIII, celui-ci demeurerait dans une situation fausse[165]. Le mieux serait que le roi se rendit dans une de ses armées, se mît au milieu du régiment des gardes françaises, flanqué de la compagnie sûre des chevau-légers de M. de la Curée, et là parlât haut et ferme. Justement pendant le mois de février, il fut question, autour de Marie de Médicis, de conduire le roi à l'armée de Champagne, afin d'intimider les princes révoltés contre lesquels on marchait. Lorsque Louis XIII apprit cette nouvelle, il parut extrêmement gai et content, pressant lui-même de jour à autre le partement[166]. Le départ avait été fixé pour le 1er mars[167] ; il fut retardé de jour en jour pendant trois semaines, puis décommandé[168]. Le roi se montra dépité. Concini avait paru un peu surpris de la hâte qu'avait manifestée Louis XIII à joindre ses troupes et Marie de Médicis avait précisément appréhendé ce qui devait se passer[169].

Force fut de trouver une autre combinaison. Le jeune roi était impatient. Depuis que la perspective s'ouvrait devant lui de sortir de la situation où il se trouvait, il témoignait un désir extrême de prendre en main le gouvernail de son État[170]. On agita la question de s'adresser directement ou indirectement à Marie de Médicis. Le roi, par exemple, notifierait officiellement à la reine mère qu'il vouloit prendre les rênes de l'Etat et il ordonnerait aux Concini de quitter sur-le-champ le royaume. Seulement, observa-t-on, le roi ne possédait qu'un titre, sans pouvoir effectif ; c'était se hasarder que de s'engager dans une pareille procédure si on n'était pas sûr de réussir. On délibéra alors d'envoyer quelqu'un à la reine afin d'appeler son attention sur la situation des affaires et la nécessité urgente de se débarrasser du maréchal d'Ancre. On fit choix pour cette démarche de l'évêque de Carcassonne, M. de l'Estang, alors à Paris, en raison des affaires du Languedoc dont il était député et que M. de Luynes connaissait personnellement[171]. Il ne fut pas dit au prélat, dans quelles conditions et par qui il était prié de parler. Il accepta de faire la démarche, exposa assez judicieusement à Marie de Médicis les raisons qu'elle avait de donner suite à la proposition ; mais le procédé n'aboutit pas. Marie de Médicis était assez bien entrée dans ses vues. Lorsque l'évêque se hasarda à aborder la question avec Léonora, celle-ci, qui emballait ses meubles, acquiesça ; quand Léonora transmit au maréchal la communication, Concini se mit en colère ; les choses n'allèrent pas loin[172].

On jugea dans l'entourage du roi, que l'évêque de Carcassonne n'avait pas assez explicitement indiqué à la régente les raisons qui devaient la décider à prendre un parti. Déageant avait déjà eu l'occasion de faire tenir à la reine des lettres anonymes dans lesquelles Marie de Médicis était formellement invitée à faire, sans plus de remise, agir le roi au maniement de ses affaires, que c'étoit chose qu'il désiroit, bien qu'il n'en fit aucun semblant[173]. Sur ses propositions, on redoubla les avertissements à la régente. On s'arrangea pour faire agir des gens d'honneur, de notables personnages, non seulement auprès de Marie de Médicis, mais encore auprès des ministres[174]. A la fin ceux-ci et Léonora s'inquiétèrent de toutes ces manœuvres ; ils prévinrent le maréchal d'Ancre, qui était toujours en Normandie : Concini crut comprendre que le coup venait du roi : il rentra immédiatement à Paris[175].

Ce brusque retour produisit une forte émotion. Le maréchal, était en proie à une fureur indicible, il se répandait en menaces. Il se fît donner la liste de toutes les personnes qui approchaient Louis XIII, parla d'en faire exiler ou emprisonner soixante à quatre-vingts, d'en faire tuer[176] ! Quant au roi, il allait le resserrer, le surveiller de près, lui interdire de sortir de Paris, la promenade des Tuileries étant suffisante[177]. Pour ce qui était des ouvertures et propositions contre ses desseins qui avaient été faites, il allait, dira le roi ensuite, me priver du pouvoir de les effectuer par des conseils que j'aime mieux taire que publier. Etait-ce une menace ? La vie du roi était-elle en danger, comme beaucoup le crurent ? Concini avait-il le projet de détrôner le prince et de mettre Gaston à sa place[178] ?

Le soir, au pavillon du roi, l'agitation fut vive. Louis XIII indiqua qu'à son avis le maréchal avait été averti par sa femme. Ses projets étant ébruités, il était décidé à prévenir Concini et à agir avant que celui-ci eût eu le temps de se reconnaître[179]. Déjà, dans des conversations précédentes, Déageant avait fait allusion aux deux solutions qui, à toute extrémité, se présenteraient d'elles-mêmes : ou faire tuer Concini, ou le faire saisir et le traduire devant le Parlement. Louis XIII avait écarté l'idée du meurtre, dont il ne voulait pas ; restait l'arrestation : il se trouverait bien dans les papiers de Concini des documents compromettants, attestant des relations criminelles avec l'étranger[180]. Luynes, troublé, proposa alors de revenir à l'idée de la fuite. Rien n'était plus aisé, affirmait-il, en pleine nuit, que de monter en selle et de courir se jeter dans l'armée du duc d'Angoulême qui assiégeait Soissons. En mars, même, une fois, prenant ses désirs pour des réalités, il avait, un soir, donné ordre aux officiers de la grande et de la petite écurie de seller et brider les chevaux pour minuit. Un palefrenier, surpris de cet ordre, l'avait communiqué à un lieutenant, ami de Mangot, qui était allé le rapporter au garde des sceaux. Heureusement que Déageant se trouvait avec Mangot au moment où la communication avait été faite ; il avait tranquillisé le ministre devenu perplexe et, courant chez de Luynes, était allé demander à celui-ci ce que cela signifiait. Luynes, gêné, avait d'abord nié avoir donné l'ordre ; puis, pressé de questions, avait fini par avouer, en tâchant de faire comprendre à Déageant que la fuite était nécessaire et qu'il fallait convaincre le roi de cette nécessité. Déageant, irrité, avait refusé de faire une semblable démarche et le roi, mis au courant, avait manifesté un vif mécontentement. Louis XIII ne voulait pas fuir. Il avait vu la solution : arrêter Concini, l'embastiller et le faire juger par le parlement ; de tous les conjurés, aucun ne montra alors tant de résolution pour en venir à l'effet que fît Sa Majesté[181].

Comment arrêterait-on le maréchal ? Le roi n'avait personne : les princes étaient loin de la cour ; les gardes-françaises se trouvaient aux armées : ce qui demeurait au Louvre était attaché à Concini par la crainte ou par la reconnaissance[182] : de plus, le maréchal n'allait nulle part sans être accompagné de soldats armés et de nombreux gentilshommes disposés à mettre l'épée à la main et en mesure d'avoir facilement raison de ceux qui chercheraient à l'attaquer[183]. Soit précaution, soit goût naturel, Concini, enfin, était peu à Paris et, quand il y était, ne sortait guère de sa petite maison du quai, sinon pour venir au Louvre ou se rendre, — rarement d'ailleurs, — à l'hôtel de la rue de Tournon. Tout compte fait, conclurent Déageant et Tronson, on ne pouvait l'arrêter que dans un seul endroit, le Louvre, et d'une seule façon, par surprise[184]. L'hypothèse de la résistance violente de Concini se posa alors. Déageant déclara qu'au cas où le maréchal tenterait de s'opposer par la force à l'exécution des ordres du roi, il faudrait le tuer. Louis XIII manifesta une vive contrariété. Si on arrêtait cependant le maréchal, on ne pouvait le prendre qu'au Louvre, dans un endroit resserré et étroit, brusquement, puisqu'on n'avait pas de monde sous la main. Si l'arrestation ne réussissait pas, du fait que l'entourage du maréchal se portait à la défense de celui-ci, les conséquences de l'échec étaient graves : mieux valait ne rien tenter ou aller jusqu'au bout. Louis XIII maintint qu'il donnait ordre d'arrêter le maréchal, et les confidents obtinrent un acquiescement muet à l'idée de tuer Concini si son insolence lui faisoit oublier son devoir et mépriser le commandement du roi[185].

Qui exécuterait ? Il sembloit qu'il eût été raisonnable, — MM. de Luynes et ses frères étant trois, — que ce fut à l'un d'eux que l'ordre fût donné. Mais ils se récusèrent[186]. Louis XIII, qui ne songeait toujours qu'à une arrestation, proposa de s'adresser à un magistrat, le lieutenant civil du prévôt de Paris, M. de Mesmes. On fît venir M. de Mesmes au Louvre sous un prétexte quelconque et, après quelques mots insignifiants, le roi lui demanda à brûle-pourpoint s'il n'étoit pas son serviteur. L'autre protesta qu'il l'était sans réserve. D'un air ambigu, Louis XIII ajouta qu'il voyoit beaucoup de choses qui ne lui plaisoient point, et Luynes, présent, insinua que le maréchal d'Ancre ne s'acquittoit pas bien de son devoir. M. de Mesmes comprit : on lui demandait d'arrêter le maréchal, mais le maréchal, ne pou vaut être mis en arrestation, il fallait, le cas échéant, le tuer ; il répondit loyalement qu'il avoit assez de courage et de moyens pour, non pas tuer le maréchal, ce n'étoit pas de sa profession, mais pour l'arrêter et lui faire son procès dès qu'il en auroit reçu l'ordre. Louis XIII parut satisfait. L'entourage vit qu'il n'y avait rien à faire avec le lieutenant civil et n'insista pas[187].

A ce moment, quelqu'un prononça le nom du marquis de Vitry. Nicolas de l'Hôpital, marquis de Vitry, capitaine des gardes du corps, était un diable d'homme de peu de sens, dit le cardinal de Retz, mais hardi jusqu'à la témérité. Fort, robuste, portant beau, le visage mâle, la voix hardie, le geste prompt, il présentait un type accompli de soldat emporté, même violent : on le disait vaniteux ; c'était à tout prendre un assez brave compagnon et très dévoué[188]. Pour le rejoindre, M. de Luynes parla d'un domestique du roi attaché aux soins des oiseaux de Sa Majesté, Dubuisson, qui avait été autrefois de la maison du père de Vitry et avait conservé des relations amicales avec le capitaine des gardes. Par M. Dubuisson. Vitry fut invité à venir voir le roi dans sa chambre, le soir, au moment du coucher du prince, tard. Vitry fut exact[189]. Louis XIII lui expliqua ce qu'il attendait de lui : arrêter le maréchal d'Ancre dans le Louvre. Le capitaine répondit qu'il était aux ordres du roi ; il demandait seulement la permission de s'adjoindre pour l'opération deux on trois hommes sûrs, son frère du Hallier[190], son beau-frère Persan[191], Fouquerolles. On avait dû attendre le 1er avril que Vitry, entrant en quartier, eût pris le commandement des gardes du corps de service au Louvre afin de lui parler. Vitry manda du Hallier, qui se trouvait à l'armée de Soissons[192], et le résultat de l'entretien des quatre hommes fut que le capitaine des gardes revint trouver le roi avec du Hallier et Fouquerolles et pria Sa Majesté de vouloir bien renouveler devant eux l'ordre qui lui avait été donné. Les deux comparses, surpris, avaient eu évidemment des scrupules. Louis XIII réitéra son commandement d'arrêter le maréchal. Sur quoi Vitry demanda : Mais, sire, s'il se défend, que veut Sa Majesté que je fasse ? Le roi garda le silence. Déageant, qui assistait à l'entretien, dit alors : Le roi entend qu'on le tue. Louis XIII continuait à se taire. Vitry s'inclina : Sire, j'exécuterai vos commandements[193]. On discuta les détails ; voici ce qui fut décidé : le dimanche 23 avril, — l'affaire était fixée pour cette date, — on ferait dire au maréchal d'Ancre que le roi l'invitait à aller voir dans son cabinet des armes de petits canons dont le prince se servait pour bombarder des fort élevés dans les Tuileries et un plan de Soissons ; quand le maréchal serait dans le cabinet, Vitry et les siens agiraient[194]. Il fallait prévoir un insuccès. Dans ce cas, le roi quitterait Paris et se séparerait de la régente. On tiendrait des chevaux bridés et sellés aux Tuileries ; Louis XIII irait à Meaux, capitale du gouvernement de M. de Vitry ; là, il manderait son armée, poursuivrait le maréchal dans les provinces, partout où besoin seroit en cas qu'il s'évadât et sortît de Paris[195]. Si l'opération réussissait, on mettrait en prison Concini et sa femme afin que le Parlement fit leur procès ; puis Louis XIII notifierait à la reine régente de trouver bon qu'il prît le gouvernement de son État et qu'il travaillât à le retirer du péril éminent auquel il étoit tombé par le mauvais conseil du maréchal et de sa femme. Afin que le roi eût le temps de prendre une ferme assiette en ses affaires, on prierait Marie de Médicis de sortir de Paris, quitte à la rappeler ensuite. Il était enfin reconnu impossible de garder les ministres actuels, difficile d'en choisir de nouveaux. Le mieux serait de rappeler les anciens ministres d'Henri IV naguère chassés[196] : Déageant avait tout précisé, même rédigé d'avance lettres, déclarations et proclamations. Tel était le plan arrêté entre le roi, Luynes, Déageant et Tronson. Tout était convenu, il ne restait plus qu'à procéder à l'exécution.

Mis en présence des derniers actes, Luynes eut un moment d'effroi indicible. Il branla au manche, dit Déageant ; il parla de changer de résolution pendant qu'il en était temps encore, d'attendre, de réfléchir[197]. Bien que son frère Cadenet lui dit, tout irrité de sa faiblesse, que, puisque M. de Vitry était prévenu, il n'y avait rien à faire qu'à laisser aller les événements, il ne cherchoit que les moyens de retarder[198]. Louis XIII demeura décidé. La voix du peuple contre le maréchal estoit le meilleur et le plus fidèle conseil qu'il pût avoir pour se résoudre à une action d'importance ; le temps et l'occasion sembloient favoriser cet arrêtement[199]. Le fait que rien n'avait transpiré dans une cour remplie des amis de Concini était un indice favorable.

Ce que le roi ne savait pas, c'est que Marie de Médicis n'était pas sans avoir appris que, depuis un grand nombre de jours, il y avait des réunions qui se tenaient dans les appartements du haut et qui duraient souvent jusqu'à minuit passé. Qu'y disait-on ? La régente, vaguement inquiète, l'ignorait[200]. Dans la nuit du 19 au 20 avril, elle eut un songe qui la réveilla sanglotante : Elle avoit rêvé qu'on lui faisoit son procès et que par arrêt elle étoit condamnée à mort ![201] Mais quoi ! Louis XIII continuait à vivre comme de coutume sans que rien décelât sur son visage impénétrable la moindre préoccupation ; il ne parlait plus de Concini et ne désirait plus être mis au courant des affaires ; il vaquait quotidiennement à ses occupations futiles, gardant, s'il avait un secret, une présence d'esprit, une dissimulation inadmissibles chez un enfant de seize ans. Et, de fait, tout le monde demeurera confondu, du sang-froid du prince[202]. Le samedi 22 avril, veille de l'exécution, le médecin Héroard notait qu'il avait le visage gai et bon, qu'il s'était levé à huit heures trois quarts, avait déjeuné à neuf heures et demie, s'était rendu chez Anne d'Autriche, chez Marie de Médicis, qu'il était monté en carrosse à une heure pour aller chasser au château de Madrid malgré la pluie ; qu'il était revenu à sept heures et demie du soir et s'était couché à dix heures, sans qu'il eût à relever dans cette journée, semblable à toutes les autres, quoi que ce soit de nature à attirer son attention[203]. Seul Richelieu, — et encore n'avait-il rien appris ni rien deviné, mais uniquement par prescience ou coïncidence fortuite, — avait envoyé, dans la semaine qui précéda le 24 avril, son beau-frère du Pont de Courlay prier M. de Luynes de dire au roi de sa part qu'il voyoit bien que les choses ne se passoient pas comme elles dévoient être et que Sa Majesté n'avoit pas sujet d'être satisfaite ; que s'il plaisoit à Sa Majesté de le vouloir considérer comme l'un de ses ministres, il n'y auroit rien, soit en sa charge, soit aux autres affaires venant à sa connoissance, qu'il ne lui en donnât un fidèle avis. Des offres de services ! Trois mois plus tôt, ils eussent été acceptés et Richelieu eût prit la place de Déageant. Maintenant, il était trop tard. La démarche trahissait seulement l'alarme du ministre du maréchal et montrait à quel degré les créatures de Concini jugeaient là ruine de leur maître prochaine[204].

Le dimanche 23 avril, Louis XIII se leva vers sept heures : il avait mal dormi ; depuis quatre jours il ne dormait plus[205]. Le temps était mauvais. La pluie, qui n'avait pas cessé de tomber pendant les deux semaines précédentes, continuait. A huit heures, le prince déjeuna. Suivant ce qui avait été décidé, on devait attendre que Concini vînt au Louvre, ce qu'il avait l'habitude de faire sur les neuf à dix heures, pour le prévenir que le roi le priait de passer au cabinet des armes. En attendant, Louis XIII se rendit dans sa petite galerie, où il se mit à jouer au billard : il n'irait à la messe que tard, lorsque l'affaire serait achevée. Pendant ce temps. Vitry, qui était venu de bonne heure, se préparait. Il avait convoqué des gentilshommes de ses amis qu'il avait placés dans la cour du Louvre, en leur recommandant de se promener isolément sans attirer l'attention ; sous leurs manteaux, qui les enveloppaient à cause de la pluie, les gentilshommes avaient des pistolets chargés. Prétextant que le roi pouvait partir d'un instant à l'autre afin d'aller à la messe, Vitry avait fait prendre les armes à la compagnie des gardes du corps de service, avec ordre de rester dans la cour comme pour faire escorte à sa Majesté. Dix heures, onze heures sonnèrent ; le maréchal ne venait pas. Depuis la veille au soir, on avait chargé Dubuisson de surveiller la maison au coin du quai et de prévenir dès que le maréchal sortirait. Dubuisson vint dire que durant toute la nuit il avait remarqué des allées et venues et qu'on ne s'était pas couché chez Concini. Louis XIII, énervé, s'impatientait ; voyant que midi approchait, il donna le signal du départ pour la messe : il alla l'entendre à deux pas, de l'autre côté de la rue d'Autriche, à la chapelle de l'Hôtel du Petit-Bourbon. Ce fut à la fin de la messe que Dubuisson, enfin accourant, annonça que le maréchal entrait au Louvre et qu'il se rendait dans les appartements de la reine mère. On se hâta pour aller dire à Concini que le roi l'invitait à passer au cabinet des armes. Mais pendant qu'on montait chez Marie de Médicis par un escalier, le maréchal descendait par un autre et s'en allait. Il était trop tard ; le coup était manqué ; le roi alla dîner[206].

Après le dîner, il y eut conférence. Décidément, l'idée de faire monter le maréchal au cabinet des armes était trop compliquée. Et s'il refusait de s'y rendre, par défiance ? D'autre part, déjà, une vingtaine de personnes se trouvaient dans le secret ; c'était miracle que celui-ci n'eût pas transpiré ! Il était impossible d'attendre. Vitry proposa d'arrêter le lendemain même, au matin, Concini à l'entrée du Louvre, dans l'espèce de souricière constituée par les deux portes du château. Vieille forteresse élevée jadis par Philippe-Auguste pour protéger Paris du côté de l'ouest, comme la Bastille le protégera du côté de Test, le Louvre avait conservé sur deux de ses quatre côtés son aspect rébarbatif du moyen âge : des tours massives, de grands murs, des fossés profonds[207]. L'entrée sur la rue d'Autriche, — du côte de Saint-Germain-l'Auxerrois, vers le milieu de la cour carrée actuelle, — était l'entrée non d'un palais, mais d'un château féodal : deux tours sombres, des deux côtés d'une porte basse et étroite, donnant accès a un passage voûté où un carrosse pouvait à peine passer ; a côté de cette porte, destinée aux charrois, une petite, dite le guichet, faite pour les piétons, avec un pont-levis spécial dénommé la planchette ; en avant de la porte, le pont-levis, long de six mètres, large de quatre ; puis, prolongeant le pont-levis sur le fossé, un pont fixe en bois, dit second pont du Louvre, ou pont de bois, de cinq mètres de long sur quatre de large ; et, enfin, terminant le pont fixe, une grande porte qui s'ouvrait sur la rue d'Autriche et qu'on appelait la grande porte de Bourbon[208]. La pensée de Vitry était que dès que Concini aurait passé cette grande porte, on la fermât derrière lui pour le couper de sa suite et que, d'autre part, l'autre porte basse demeurant close, le guichet à peine seul ouvert pour la circulation, Concini se trouvât ainsi pris sur le pont-levis[209]. Louis XIII approuva.

Le roi passa le reste de l'après-midi comme à l'ordinaire ; il alla faire sa visite quotidienne à Anne d'Autriche, à Marie de Médicis ; par la grande galerie se rendit aux Tuileries ; de là gagna les Feuillants, où il assista aux vêpres ; revint vers 4 heures, en carrosse, à cause de la pluie ; soupa à sept heures et demie ; de nouveau revit Marie de Médicis ; puis se retira dans sa chambre et se coucha vers dix heures[210]. M. Dubuisson avait repris sa garde rue d'Autriche, au coin de l'hôtel de Bourbon.

Au jour, le lundi 24 avril, il se trouva que la pluie qui durait depuis longtemps avait cessé. Le ciel était gris et bas : les rues pleines de boue. Louis XIII se leva de bonne heure ; on devait trouver ensuite qu'il était pâle, maigri et fatigué[211]. Dès qu'il fut habillé, il envoya donner l'ordre au premier écuyer de faire atteler un carrosse à six chevaux et de l'envoyer attendre au bout de la grande galerie, aux Tuileries, sous prétexte qu'il voulait partir à la chasse[212]. Les gentilshommes ordinaires et les chevau-légers furent prévenus d'avoir à se tenir prêts afin d'escorter le roi. Puis Louis XIII déjeuna. Pendant ce temps, Vitry prenait ses dernières dispositions.

Le coup à exécuter entre les deux portes du Louvre exigeant plus de monde que celui qui avait été combiné pour le cabinet des armes, le soir du dimanche, Vitry avait invité un certain nombre de ses amis à venir le rejoindre le lundi matin, vers huit à neuf heures, dans la cour du Louvre, pour une raison qu'il ne précisait pas[213]. Il se trouvait qu'à cette heure devait avoir lieu au château la réunion en chambre du Conseil des commissaires chargés de la revente des greffes, opération qui, d'ordinaire, amenait au Louvre un assez grand nombre d'intéressés. La présence de ce public attirerait moins l'attention sur les gentilshommes convoqués[214]. Le roi étant sur le point de partir, on ferma, selon le cérémonial, la vieille porte basse du château en ne laissant ouvert que le guichet : puis Vitry renforça le corps de gardes. Il donna la consigne au lieutenant de la porte, M. de Corneillan, dès que le maréchal d'Ancre aurait franchi la grande porte de Bourbon, de fermer immédiatement celle-ci[215]. Il prescrivit aux gardes du corps qui, selon l'usage, se tenaient pour le service d'honneur dans la grande salle du Louvre, au premier étage, de descendre au-dessous, dans la salle des gardes des Suisses — notre salle des Caryatides — afin de se joindre aux Suisses de garde, ce qui ferait une troupe plus compacte[216]. La compagnie des gardes-françaises de service, commandée par M. de Fourilles, eut à prendre les armes et à se tenir en réserve de l'autre côté du Louvre, dans la cour des cuisines[217]. Vitry distribua ses amis : Persan et du Rallier se tinrent dans la cour intérieure avec chacun, de leur côté, un groupe de trois ou quatre hommes ; La Chesnaye se plaça près de la porte d'entrée du Louvre avec un autre groupe ; quant à Vitry, il demeura dans la salle des gardes, tantôt assis sur un coffre de bois, tantôt marchant à grands pas, le chapeau à la main et surveillant par la porte centrale de la salle restée ouverte l'entrée du guichet du Louvre. Dubuisson et d'autres étaient toujours en observation rue d'Autriche[218].

On attendit ; neuf heures, neuf heures et demie, dix heures moins le quart : rien ne paraissait. Le roi, différant d'instant en instant son prétendu départ pour la chasse, s'était mis à jouer au billard ; il était distrait[219]. En bas, Vitry devenant nerveux, et s'imaginant que l'affaire pouvait être éventée, vu le nombre relativement considérable de gens au courant ou en éveil, allait proposer de rassembler Suisses, gardes du corps, gardes-françaises pour donner l'assaut au logis de Concini, lorsque, vers dix heures, du seuil de la salle des gardes où il se tenait, il aperçut à la porte du Louvre un remous de gens qui entraient, et l'on vint l'avertir que Concini, escorté d'une foule de soixante à quatre-vingts gentilshommes, sortait de chez lui[220].

Le moment était venu. D'un geste rapide, Vitry jeta son manteau sur l'épaule, prit en main son bâton de capitaine des gardes en quartier et, faisant signe à ceux qui étaient disséminés dans la cour, se dirigea à grands pas vers la porte, pendant qu'une quinzaine de personnes accouraient à ses côtés[221]. Concini, sorti en effet de sa maison, arrivait à pied dans la rue d'Autriche, suivant le mur du petit jeu de paume du Louvre[222] et lisant une lettre que venait de lui remettre un gentilhomme normand. M. de Cauvigny, seigneur de Colomby[223]. Il était habillé de hauts-de-chausses de velours gris foncé, à grandes bandes de Milan, d'un pourpoint de toile noire brodée d'or, d'un manteau de velours noir garni de passementeries de Milan ; il avait autour du cou une grande fraise blanche, sur la tête un feutre noir avec plumes, et, aux pieds, à cause de la boue, des galoches[224]. Pêle-mêle, sa suite l'entourait, tenant toute la rue, causant : elle s'était engagée sur le pont, puis dans le guichet, un à un. Dès que Concini eut passé la grande porte de Bourbon, le lieutenant, suivant l'ordre donné, la ferma, malgré les protestations de ceux qui se trouvaient derrière. A cet instant, Vitry arrivait. Il avait eu quelque peine, sous la voûte, à fendre la presse de ceux qui précédaient le maréchal : des amis l'avaient interpellé, l'arrêtant par le bras, lui demandant de ses nouvelles, plaisantant[225]. Dans sa hâte à se faire faire place, il dépassa sur le pont dormant, sans l'apercevoir, Concini, qui marchait lentement près de la balustrade droite du pont, absorbé dans sa lecture. Interpellant alors M. de Cauvigny, lequel suivait derrière à trois pas, Vitry demanda : Où est le maréchal ? — Le voilà ! fit l'autre. Vitry se retourna et, d'un mouvement brusque, posant la main sur le bras de Concini, lui dit : De par le roi, je vous arrête ! — A me ? (A moi ?) s'exclama le maréchal avec colère, reculant vivement vers la balustrade afin de se dégager et mettant la main à la poignée de son épée. Oui, à vous ! cria Vitry, et empoignant fortement le maréchal, il tournait à demi la tête pour faire un geste d'appel à ses compagnons, lorsqu'à l'instant, cinq coups de feu partaient : c'étaient du Hallier, Persan, Guichaumont, Morsains et Dubuisson qui, étant les premiers, avaient promptement relevé leurs manteaux en voyant le geste de défense de Concini, et de leurs pistolets, visant à la tête, avaient tiré à bout portant. Des cinq balles, deux se perdirent dans la balustrade, la troisième pénétra entre les deux yeux, la quatrième dans la gorge, la cinquième sous l'œil : la mort fut instantanée[226]. Le maréchal, sans pousser un cri, s'affaissa sur les deux genoux, le dos accoté à la balustrade, le chapeau roulant, il y eut un moment de stupeur. Puis ce fut un remous terrible, les conjurés se ruant aux cris de tue ! tue ! s'imaginant que le maréchal n'était pas encore mort, voulant l'achever ; la suite, un instant indécise, faisant mine de se précipiter au secours, mais arrêtée par le mot : De l'autorité du roi ! qu'on répétait, et reculant. Chacun voulut donner son coup : Sarroque enfonça son épée dans les côtes ; Taraud larda deux fois de sa dague. Vitry criait à tue-tête : Vive le roi ! D'un coup de pied, il fit rouler le cadavre, qui tomba la face sur le plancher de bois, une des galoches glissant au fond du fossé. Dans la presse, La Chesnaye, fut renversé tout du long sur le corps et eut de la peine à se relever. Puis ce fut le dépouillement rapide du cadavre : Sarroque enleva l'épée, Dubuisson le diamant du doigt qui valait 6.000 écus ; Boyer l'écharpe ; un autre le manteau de velours[227] ; des archers prirent le corps et le transportèrent sous la voûte de la porte d'entrée, à gauche, dans une petite chambrette dépendant du corps de garde[228] ; ils l'appuyèrent contre le mur : le visage était noirci de poudre, sanglant, boueux ; la fraise à demi brûlée, tellement les coups avaient été tirés de près ; un archer de la prévôté de l'hôtel, nommé Courtade, fut chargé de garder le maréchal[229].

Là-haut, Louis XIII, revenu dans sa chambre, attendait[230]. Le crépitement des pistolets était parvenu jusqu'à ses oreilles. Qu'était-il arrivé ? Quelqu'un entra précipitamment et dit que le maréchal était manqué, qu'il accourait avec les siens en armes par le grand escalier[231]. Le jeune roi fut maître de lui. Çà, Descluseaux, ma grosse Vitry, fit-il ; c'était une carabine que Vitry lui avait donnée et qu'il appelait ainsi du nom du capitaine. Descluseaux, ancien garde-française chargé du soin des armes du prince, tendit l'arme : le roi dégaina et, résolument, marcha droit, l'épée à la main, dans la direction de la grande salle, par son antichambre, décidé à aller à eux et à leur passer sur le ventre[232]. Derrière la première porte, il trouva M. d'Ornano, colonel des Corses, qui lui dit : Sire, c'est fait ! et M. de Cauvigny, qui suivait, affirmant que le maréchal était mort, qu'il s'en était assuré[233]. De l'escalier Henri II débouchaient des gentilshommes, le visage épanoui, joyeux, accourant complimenter le roi, et de la cour montait un bruit d'acclamations. Louis XIII s'approcha de la fenêtre, la fit ouvrir, se montra ; du bas s'éleva, dans une explosion, un grand cri : des mains, des chapeaux, des épées s'agitaient. A peine put-on entendre le mot que Louis XIII prononça : Merci, grand merci à vous, à cette heure, je suis roi ![234] De là, il se porta de l'autre côté de la salle, à une fenêtre donnant sur la cour des cuisines et, s'adressant aux soldats des gardes-françaises, inquiets du tumulte qu'ils entendaient, leur cria : Aux armes ! Aux armes, compagnons ![235]

Cependant, au bruit qui se passait dans la cour, une femme de chambre de Marie de Médicis, Catherine[236], avait ouvert une fenêtre de l'entresol où étaient les appartements de la reine et, surprise, avisant Vitry qui parlait avec animation au milieu d'un groupe, lui demandait ce qui se passait. Le maréchal est tué, fît le capitaine. — Par qui ? — Par moi et de l'ordre du roi ! Catherine referma précipitamment le châssis et courant à la chambre à coucher de la régente où celle-ci se tenait assise, pas encore habillée ni coiffée, revêtue d'un simple manteau de chambre[237], elle lui annonça la nouvelle. Marie de Médicis eut un saisissement : Elle se leva de dessus son siège, fit trois ou quatre pas, puis s'arrêta court. Son cœur battait : elle était suffoquée, incapable de dire un mot[238]. A ce moment accouraient près d'elle ses amies, madame de Guise, la princesse de Conti, dans leur tenue négligée du matin, la dame d'honneur, madame de Guercheville. Marie de Médicis se mit à arpenter à grands pas sa chambre, haletante, les cheveux défaits, battant des mains, comme folle. Les autres se taisaient. Un gentilhomme, M. de la Place, entra et hasarda qu'on ne savait comment annoncer à la maréchale d'Ancre l'événement. Marie de Médicis retrouva la parole pour répondre avec véhémence qu'elle avoit bien d'autres choses à penser et que si on ne pouvoit lui dire la nouvelle, qu'on la lui chantât ! Elle éclata, répétant en termes saccadés qu'on ne lui parlât plus de ces gens-là, qu'elle le leur avoit bien dit ! qu'il y avoit longtemps qu'ils dussent être en Italie ! La veille au soir, encore, elle avait prévenu le maréchal que le roi ne l'aimait pas, qu'il ferait beaucoup mieux de s'en aller ; mais il n'avait pas voulu, assurant que le roi lui faisait bonne mine. Maintenant, elle avoit assez affaire d'elle-même[239] !

Elle avoit assez affaire d'elle-même ! Marie de Médicis comprenait que le coup était dirigé contre sa personne. Après seize ans d'indifférence et de sévérités, Louis XIII, devenu le maître, allait durement faire expier à sa mère son manque de cœur et ses faiblesses !

Le premier écuyer de la reine, M. de Bressieux, étant entré, Marie de Médicis le pria d'aller trouver le roi et de lui dire, de sa part, qu'elle désirait lui parler. Louis XIII répondit sèchement qu'il avoit trop à faire, que ce seroit pour une autre fois[240] ! Il chargea le premier écuyer de déclarer à sa mère que dorénavant il était résolu à prendre en main le gouvernement de l'Etat, qu'elle voulût bien ne plus s'en occuper ; qu'il entendait être le maître. Provisoirement, il l'invitait à ne bouger de sa chambre et de ne se mêler de rien. Il verrait plus tard à ce qu'elle se retirât[241]. Une entrevue avec son fils, dans laquelle la mère retrouverait peut-être son ancien ascendant sur un enfant longtemps timide et craintif, était, pour Marie de Médicis, une dernière ressource. Elle demanda à M. de Bressieux de retourner près de Louis XIII et d'insister. Le roi répondit qu'il avait déjà fait connaître son sentiment. Une troisième fois, Marie de Médicis renvoya le premier écuyer. Louis XIII, impatienté, déclara à M. de Bressieux que, s'il le voyait une fois de plus, il l’enverroit en un lieu où il le trouveroit bien quand il le voudroit[242] ! La régente, supplia alors la princesse de Gonti de tenter la même démarche. Mais la princesse de Conti qui était venue en hâte de son appartement, ni habillée, ni coiffée, ne pouvait ainsi, en jupon, se rendre dans les salles du roi pleines de monde. Elle eut l'idée de faire demander M. de Luynes. M. de Luynes vint : il s'agissait d'un sentiment personnel du roi, très excité ; personne n'était en mesure de le faire changer d'avis. Sur de nouvelles instances de la reine, la princesse de Conti alla s'habiller et sollicita du roi une audience immédiate. Louis XIII lui fit dire que, si elle venait en son nom, il était prêt à l'accueillir mais que, si elle venait au nom de la reine sa mère, il refusait de la recevoir[243]. Marie de Médicis pria la dame d’honneur, madame de Guercheville, de chercher à se trouver sur le passage du roi, de se jeter à ses genoux et de faire appel ses sentiments filiaux. Madame de Guercheville devait parvenir à parler au roi dans ces conditions. Louis XIII répondit froidement qu'il reconnoissoit bien la reine pour sa mère, mais qu'il estoit roi et quelle ne l’avoit pas traité comme fils par ci-devant ; il la traiteroit néanmoins toujours comme mère : il ne la pouvoit encore voir qu'il n'eût donné ordre à ses affaires[244].

Entre temps, la jeune reine, Anne d’Autriche, chez qui Louis XIII s'était rendu, afin de la mettre au courant et la prier de ne se troubler de rien, ayant demandé au prince la permission d'aller consoler Marie de Médicis, le roi refusa[245]. La comtesse de Soissons, sollicitant une autorisation semblable, subit le même insuccès. Devant ces instances, Louis XIII fit dire qu’il défendait à qui que ce soit, jusqu'à son frère Gaston et aux princesses ses sœurs, d'aller voir la reine-mère[246]. Il commanda à Vitry de prendre les mesures nécessaires afin que l’isolement de la princesse déchue se trouvât complet. Le service d'honneur de celle-ci, fait par une compagnie de gardes du corps spéciale, portant les couleurs de la régente, fui supprimé et douze archers des gardes du corps du roi s'installèrent à l'entrée de l'appartement de Marie de Médicis, pour ne laisser pénétrer personne[247]. Des portes furent murées. Un petit pont jeté sur les fossés du Louvre faisait communiquer L'appartement de la régente avec le jardin du bord de l'eau ; des Suisses vinrent l'abattre : le bruit des coups de hache, qui dura trois heures, fut lugubre[248]. On n'eût jamais cru que le roi pût se montrer aussi impitoyable[249]. Il n'y eut de doute pour personne : Marie de Médicis était emprisonnée ! Tout devait confirmer ce sentiment. L'ambassadeur d'Espagne, Monteleone, arrivant au Louvre et se dirigeant vers l'appartement de la reine mère, fut interpellé par Vitry : Où allez-vous, Monsieur ? Ce n'est pas là qu'il faut aller maintenant ; c'est au roi ![250] Les autres ambassadeurs venant solliciter de Louis XIII l'autorisation de présenter leurs hommages à Marie de Médicis n'obtinrent qu'une réponse évasive : J'aviserai[251]. Le soir, tard, vers onze heures, par une porte dérobée, le résident florentin, Matteo Bartolini, put accéder jusqu'à la reine détrônée : il la trouva accablée. Après avoir exprimé son étonnement qu'il eût pu arriver jusqu'à elle, la princesse éclata en sanglots : Bartolini, aurais-tu jamais pensé me trouver en prison ! Et, parlant du roi qui refusait de la voir, qui interdisait à ses enfants de venir près d'elle, elle ajouta douloureusement : Qui eût dit, quand je l'ai eu, qu'à l'âge de seize ans il procéderait vis-à-vis de moi comme il le fait ! Elle aimait mieux mourir que de rester en prison[252]. Le public parla de son incarcération définitive à Vincennes ou ailleurs. Tout au haut du Louvre, chez Léonora Galigaï, les choses furent plus expéditives. Léonora était dans sa chambre lorsque, par la porte ouverte, elle aperçut les gardes du corps qui venaient l'arrêter. Elle fut étonnée. Un garde lui expliqua qu'il y avait eu dans le Louvre une querelle avec Vitry et des coups de pistolet : Comment, fit-elle, Vitry et des coups de pistolet dans le Louvre ? C'est contre mon mari ! — En effet, Madame, et il y de mauvaises nouvelles : M. le maréchal est mort ! — Il a été tué ? — Oui ! — C'est le roi qui l'a fait tuer ? — Oui ! Elle parut profondément surprise, mais elle ne versa pas une larme. M. de la Place étant arrivé sur ces entrefaites, elle l'envoya à la reine pour lui demander sa protection. M. de la Place, qui savait à quoi s'en tenir, s'adressa plutôt à la princesse de Conti, laquelle lui répondit qu'elle était désolée, mais qu'elle avoit les bras trop faibles. Mise au courant, Léonora désemparée, ramassa machinalement ses pierreries, les mit dans sa paillasse, se déshabilla, se coucha[253], disant en pensant à la reine : Pauvre femme ! je l'ai perdoua[254]. On vint ensuite la faire relever et habiller pour mettre ses pierreries sous séquestre, et, à la nuit, on l'enferma dans une chambre haute du Louvre. Elle continuait à paraître indifférente, convaincue d'ailleurs qu'elle allait être simplement reconduite à la frontière. Mais, du Louvre, elle devait aller à la Bastille, de la Bastille à la Conciergerie et de la Conciergerie à l'échafaud de la place de Grève[255] !

Les ministres de Concini s'évanouirent presque d'eux-mêmes. Un des premiers mots de Louis XIII, recevant dans son appartement, puis, en raison de l'insuffisance de celui-ci, dans la petite galerie, — la galerie d'Apollon, — le flot à toute minute montant des courtisans et des autorités qui s'empressaient de venir le féliciter, avait été qu'il destituoit Mangot, Luçon et Barbin[256]. Il donna même l'ordre de les faire arrêter[257]. Barbin, à la première nouvelle de l'événement, accourant au Louvre, rencontra quelques amis qui lui conseillèrent prudemment de ne pas s'aventurer. Assez inquiet, il se rendit rue des Poulies, à l'hôtel Combault, l'écurie de Marie de Médicis, où madame de Bressieux, la femme du premier écuyer, qui y habitait, le recueillit chez elle. Mangot, prévenu, vint le rejoindre. Richelieu, auquel on avait annoncé la nouvelle pendant qu'il faisait une visite à un recteur de la Sorbonne, s'empressa de venir en carrosse. Son premier mouvement, en apprenant qu'il était débarrassé de la tyrannie de Concini, avait été un mouvement de joie, il dit à Barbin, le visage fort content, qu'ils étoient maintenant en repos et à couvert. — Hé ! Monsieur, fit Barbin, irrité de cet optimisme, vous moquez-vous de ne juger pas que le contrecoup de tout ceci tombera sur nous ?[258] Ils causèrent. Il n'y avait rien à faire[259]. Pendant qu'ils échangeaient leurs impressions arriva une brigade d'archers qui, s'étant rendue à la maison de Barbin pour l'arrêter, ne l'y ayant pas trouvé et informée qu'il était rue des Poulies, venait s'assurer de sa personne. Barbin fut ramené chez lui. où, sous ses yeux, deux commissaires chargés de cet office tirent un rapide inventaire de ses papiers ; après quoi, il fut écroué au For-L'Évêque, ensuite à la Bastille ; il sera plus tard jugé et condamné au bannissement perpétuel[260]. On n'arrêta ni Mangot ni Richelieu. Des gardes furent envoyés au premier, puis rappelés ; on notifia au second l'ordre de ne pas sortir de chez lui : l'ordre ne le toucha pas et on ne le renouvela pas[261]. Mangot, Barbin parti, se hasarda à venir dans la cour du Louvre, où il se mit à se promener seul, mâchant quelque chose dans la bouche. Finalement, il trouva quelqu'un qui consentit à aller demander au roi si Sa Majesté consentait à le recevoir. Louis XIII répondit par un refus, mais il lui fit prescrire de rapporter immédiatement les sceaux au Louvre. Mangot alla les prendre chez lui dans leur bourse fermée à clef, et, il lui fut permis de gagner la grande salle, où il dut attendre que M. de Luynes vint chercher lui-même les sceaux ; après quoi, on l'enferma jusqu'au soir, cinq heures, dans la chambre de Vitry, puis on le relâcha[262].

Quant à Richelieu, très alarmé de la tournure que prenaient les événements, il vint aussi au Louvre. Chacun s'écartait, faisant semblant de ne plus le connaître[263]. Il monta, parvint, pressé dans la foule, jusque dans la petite galerie. Dès qu'il l'aperçut, Louis XIII lui cria avec colère : Eh bien, Luçon, me voilà hors de votre tyrannie ! Et, comme l'autre balbutiait : Allez ! Allez ! ôtez-vous d'ici ! Dans un remous, Richelieu put s'approcher de Luynes et, brièvement, lui rappela ce qu'il lui avait fait dire naguère par M. du Pont-de-Courlay touchant sa fidélité et ses offres de services. Luynes consentit à glisser quelques mots au roi qui, radouci, se tournant alors vers le prélat, lui dit, que, comme évêque et conseiller d'Etat, il pouvait rester, mais qu'il lui retirait sa charge de secrétaire d'État pour la rendre à M. de Villeroy et qu'il lui commandait d'aller prendre ses papiers afin de les porter au nouveau ministre qui tenait conseil dans le cabinet des livres[264]. Richelieu s'exécuta. Quand il parut à la porte du conseil, Villeroy, se leva vivement et le pria de sortir. Richelieu mortifié, demeura quelque temps derrière la porte à causer avec M. Miron, afin d'avoir une contenance ; il parlait avec animation de Concini, qu'il traitait maintenant de pendard[265].

Les secrétaires d'État du maréchal d'Ancre destitués, Louis XIII ordonna qu'on mandat au Louvre les anciens ministres renvoyés il y avait quelques mois : des gentilshommes allèrent trouver Villeroy, Jeannin, du Vair, Brulart de Sillery et les ramenèrent. En recevant le vieux Villeroy, serviteur déjà de tant de règnes, le jeune prince l'embrassa : Mon père, lui dit-il, je suis roi, à présent, ne m'abandonnez point ![266] Il les pria tous d'aller tenir conseil avec ses secrétaires, MM. de Gesvres, Charles de Loménie, de Sceaux, Pontchartrain, Châteauneuf, dans son cabinet des livres, afin de prendre les mesures que nécessitait la situation et de décider des déclarations et dépêches à envoyer[267]. Déageant, qui avait tout rédigé d'avance, fut admis aux délibérations[268]. On allait, par l'intermédiaire de l'introducteur des ambassadeurs, M. de Bonneuil, notifier officiellement aux envoyés étrangers que la régence était finie, que le roi avait pris le pouvoir, et, par une circulaire, informer les gouverneurs de provinces, les parlements et toutes les autorités de ce qui venait de se passer[269].

Le peuple de Paris l'avait su immédiatement. Le premier bruit qui s'était répandu dans la ville avait été qu'il venait d'y avoir un éclat au Louvre et que le roi était tué ou blessé. Les boutiques se fermèrent, la foule envahit les rues, se portant vers le Louvre, au palais. Sous le coup de l'émotion générale, les chambres du Parlement levèrent l'audience et les présidents s'assemblèrent au bureau des eaux et forêts afin de délibérer[270]. Du Louvre, le Conseil, prévenu, envoya dans Paris les enseignes et exempts des gardes du corps à cheval, accompagnés d'archers, criant partout Vive le roi ! Le roi est roi ! et le colonel d'Ornano fut chargé d'aller sans tarder au palais rassurer les esprits[271]. L'allégresse succéda immédiatement à l'inquiétude. De toutes parts on accourut au Louvre, ceux qui y avaient accès s'empressant d'aller complimenter Louis XIII.

Et ce fut au château le plus extraordinaire encombrement. On s'étouffait aux portes, on avançait à peine dans les escaliers ; la circulation était impossible à travers les salles[272]. Au milieu de la petite galerie, le roi, pressé par la foule avide de le voir, avait pris le parti, afin de se dégager, de monter sur le billard. Bien qu'un peu pâle et les traits tirés[273], Louis XIII était tout à la joie de sa délivrance. Il répondait avec empressement, ne dissimulant pas son bonheur, tantôt les larmes aux yeux, d'émotion, tantôt ne pouvant s'empêcher de rire de satisfaction, au point qu'il devait mettre sa main devant la bouche afin d'atténuer ce que cette hilarité avait d'excessif[274]. Il embrassait ceux qu'il connaissait. A tous, il répétait : Maintenant, je suis roi ! Oui, Dieu soit loué, me voilà roi ![275] Et, aux mots aimables qu'on lui disait, il répondait avec fermeté et présence d'esprit : L'on m'a fait fouetter des mulets dix ans durant aux Tuileries ; il est temps, maintenant, que je fasse ma charge. Au président Miron, qui le félicitait d'avoir eu l'énergie d'agir, il répliquait : J'ai fait ce que je devois ![276] Il s'entretint longtemps avec la délégation du Parlement, le premier président, M. de Verdun, les présidents d'Ons-en-Bray et Lescalopier, un certain nombre de conseillers : Je veux que vous me voyiez tous, leur disait-il, et chacun défilait devant lui, lui serrant la main. Servez-moi bien, je vous serai bon roi[277]. Il raconta à M. de Verdun les détails de ce qui s'était passé. Ce qui l'avait le plus frappé avait été la fidélité avec laquelle ceux qui étaient au courant avaient gardé le secret ; il en était touché : Je suis bien aimé des François ! disait-il. Il rappela au lieutenant civil la conversation qu'ils avaient eue ensemble il y avait quelque temps ; et à chacun il répétait le mot qui, pour lui, résumait l'événement du jour : A cette heure, je suis roi ! Dans l'après-midi, il monta à cheval, suivi de ses gardes du corps, d'une troupe de trois à quatre cents gentilshommes ; il se promena dans Paris, partout accueilli par des cris de Vive le roi ! et au milieu des acclamations frénétiques[278].

Le soir, au coucher, l'appartement du roi fut rempli. Quelqu'un émit l'idée qu'il y aurait lieu d'attribuer les charges laissées vacantes par la mort du maréchal d'Ancre, ainsi que ses biens, demeurés propriétés du souverain. Le roi acquiesça. Le premier à servir était celui qui, ayant eu le danger, avait l'honneur de l'événement : le marquis de Vitry. Sur sa demande, on lui donna la charge de maréchal de France, la baronnie de Lésigny, qui lui convenait spécialement en raison de la proximité de sa terre de Vitry-en-Brie, et l'hôtel de la rue de Tournon, avec les chevaux de l'écurie. Louis XIII ajouta 70.000 ducats qui seraient pris sur la fortune de Concini. Du Hallier fut fait capitaine des gardes à la place de son frère ; Persan capitaine de la Bastille[279]. On a dit que Luynes avait eu toutes les dépouilles du maréchal d'Ancre. Au moins pas sur le moment, où, au contraire, il manqua presque ne rien avoir. Il désirait la place de premier gentilhomme de la chambre ; le roi l'avait promise au fils du duc de la Force, M. de Montpouillan. Sur les instances de Luynes, Montpouillan consentit à y renoncer et Luynes fut fait premier gentilhomme[280]. Quant à la lieutenance générale de Normandie qu'on croit lui avoir été donnée à cette date, il ne l'a eue qu'un peu plus tard[281]. Un peu plus tard aussi d'ailleurs, il allait se faire livrer la maison de Lésigny[282], celle de la rue Tournon, et, après la mort de Léonora, se faire octroyer tous les biens de Concini[283]. De premier commis du contrôle général, Déageant fut promu intendant des finances ; il eut en son département tout ce qui touchoit les finances et dépenses de la maison du roi, situation nouvelle et de confiance, créée expies pour lui, le dernier échelon même avant le ministère[284].

Comme une traînée de poudre, la nouvelle de la mort du maréchal d'Ancre se répandit dans la France entière. Les princes révoltés déposèrent les armes et tirèrent des salves de coups de canon[285]. Ce fut comme l'avènement d'un nouveau règne : le roi était devenu le maître ! Il prenait possession de son royaume[286] ! L'allégresse et l'enthousiasme furent unanimes. Les moindres bourgades allumèrent de grands feux de joie. Tous nos canons et nos mousquets autour d'un feu de joie ont été mis en œuvre, écrivait d'Agen M. d'Estrades à Pontchartrain : Voilà des marques de la réjouissance générale[287]. Les cabarets, pleins de gens qui buvaient et dansaient, retentissaient de chants joyeux[288]. La satisfaction était universelle. Il semblait que le roi eût plus fait que s'il avoit gagné dix batailles[289]. Les folliculaires, exaltaient Louis XIII en des pages dithyrambiques. Ils le tenaient pour le plus grand roi de toute la terre ! Il fallait qu'on lui dressât un temple afin de célébrer son souvenir qui ne s'oublieroit jamais[290] ! Un tel généreux commencement ne faisoit-il pas concevoir les plus belles espérances ? — Il étoit grand, puisqu'il avoit sauvé son peuple ! Il était le restaurateur de la liberté, le libérateur de la République française ! Il n'y auroit jamais postérité si sourde, renommée si ingrate qui n'élevât dans le ciel un acte si glorieux ![291] Et un cri de Vive le roi ! alloit jusque dans les nues, cri répété par tous les sujets, même par les protestants[292] ! L'enthousiasme était général.

Vitry avait exécuté la pensée du roi ; Vitry fut associé par la reconnaissance populaire aux acclamations qui saluaient le prince. Dieu, ayant mis au cœur de Louis l'esprit de sagesse, avoit armé le bras de Vitry[293]. Que Vitry fut immortel de vie comme de renom, pour espérer de la postérité des guerdons assez dignes, assez, non jamais trop ! — Qu'on lui dressât une statue ! Lorsque Vitry vint au Parlement, un mois après la mort de Concini, pour faire vérifier ses lettres de maréchal de France, il y eut au palais une affluence énorme et l'ovation dont il fut l'objet attesta le sentiment de la foule ainsi que la popularité de celui qu'on regardait comme le seul auteur, avec le roi, du renversement de Conchine[294].

Au milieu de l'effervescence populaire, hélas ! le misérable Conchine ne devait même pas trouver de repos dans la mort. Le soir du 24 avril, de la petite chambrette du corps de garde, son corps avait été transporté dans la salle du jeu de paume du Louvre, rue d'Autriche, fouillé, dépouillé entièrement, mis, nu, par terre ; et, vers minuit, enseveli avec une grosse nappe sale, liée d'un ruban rouge par les deux bouts, on l'avait enterré à Saint-Germain-l'Auxerrois, sous les orgues, dans une fosse creusée rapidement et immédiatement comblée, les dalles maçonnées par-dessus[295]. Le lendemain, mardi 25 avril, vers neuf à dix heures du matin, des gens s'arrêtaient sous la tribune de Saint-Germain-l'Auxerrois, et, se montrant du doigt la place où le maréchal avait été enterré, piétinaient la pierre de mépris et crachaient par terre. Un attroupement se forma, des individus descellèrent les dalles, dont le mortier était encore humide, les enlevèrent, creusèrent. En vain le clergé, les gens de l'église étaient accourus afin d'engager la foule à se retirer. Celle-ci était trop compacte. Au bruit des cris, on découvrit les pieds du cadavre[296] ; les cordes des cloches descendues furent attachées aux jambes et, tout le monde tira le corps qui soulevait la terre encore meuble. Un public immense emplissait le porche, la rue, l'église, monté sur les bancs, sur les clôtures des chapelles, vociférant. Appelé en hâte, le grand prévôt était arrivé avec des archers, suivi d'officiers ; il lui fut impossible d'avancer. Les gens, traînèrent vivement le cadavre au milieu d'un concert de huées jusqu'au Pont-Neuf, à l'entrée duquel se trouvait une des potences élevées naguère par le maréchal dans Paris. Un grand laquais pendit le corps par les pieds, la tête en bas, et la foule se rua, chacun voulant frapper, enfoncer un couteau, détacher un bout de chair, pendant que le grand laquais, son chapeau à la main, quêtait pour avoir monté Concini à la potence. En un rien de temps, nez, oreilles et le reste, tout fut coupé, puis, avec des haches et des épées, on détacha les bras, on scia la tête. Une compagnie de gardes-françaises qui passait pour aller entrer en garde au Louvre n'intervint pas sous prétexte qu'elle n'avait pas d'ordre[297]. Au bout d'une demi-heure, on descendit ce qui restait du tronc et, avec des imprécations, on le traîna, à la place de Grève, à la Bastille, finalement rue de Tournon, où on le brûla en chantant.

Et, d'un bout de la France à l'autre, ce furent contre Concini des chansons[298], des feux dans lesquels on flambait des mannequins figurant le maréchal, des pamphlets violents, des pièces de théâtre, des romans à clef, des almanachs et des caricatures représentant le tyran abattu sous les traits d'un renard, d'un écureuil, d'un dragon[299]. Dans le nombre aussi, on ne ménageait pas l'ancienne reine régente. En traînant par les rues de Paris le cadavre exsangue de Concini, les manifestants du 20 avril n'avaient pas épargné les paroles indignes, insolentes et outrageuses contre l'honneur de la reine mère. L'opinion accabla Marie de Médicis[300].

Qu'allait-on faire d'elle, emprisonnée qu'elle était dans son appartement du Louvre ? Après avoir maintenu quelques jours ses rigueurs premières, Louis XIII avait fini par s'adoucir. Il avait autorisé ses sœurs, M. de Bressieux, M. Phélipeaux de Villesavin, — le secrétaire de Marie de Médicis, — à la visiter[301]. Le nonce, sur la prière de Richelieu, qui, dans la débâcle générale, avait résolu, pour sauver sa fortune, de s'attacher à celle de la reine mère, aujourd'hui tombée, mais demain peut-être relevée, avait offert au roi les services de l'évêque de Luçon, pour servir d'intermédiaire entre la mère et le fils, assurant le prince du grand zèle du prélat à seconder les intentions royales[302]. Déageant, dont Richelieu avait sollicité l'amitié, avait appuyé, et Louis XIII avait accepté. L'évêque de Luçon, autorisé à voir Marie de Médicis, allait être l'intermédiaire entre le roi et la reine. Le 1er mai, Marie de Médicis fit présenter au prince par le prélat cinq requêtes ; elle désirait : être autorisée à quitter Paris, à se rendre, par exemple, à Moulins, ville de son domaine ; avoir toute autorité, dans la ville où elle irait ; conserver ses revenus, apanages et appointements ; connaître quelles étaient les personnes que le roi l'autoriserait à emmener avec elle ; cinquièmement enfin, voir le roi avant de partir[303]. Louis XIII, répondit par écrit qu'il accordait tout ce qu'on lui demandait. En ce qui concernait les personnes qu'elle emmènerait avec elle, l'ancienne régente ferait ce qu'elle voudrait. Néanmoins, Marie de Médicis, ayant exprimé le désir d'avoir ses filles, le prince refusa, mais il consentit à ce qu'elle reprît une partie de ses gardes. Il se trouva que le château de Moulins, qui n'avait pas été habité depuis plus de vingt ans, était délabré et exigeait des réparations. Marie de Médicis proposa de se retirer à Blois, ce qui fut accepté. Elle avait hâte de s'en aller. Elle fixa au mercredi 3 mai, sans plus tarder, son départ[304]. Richelieu qui, par Luynes, avait obtenu du roi l'autorisation de la suivre avec la mission d'être chef de son conseil et d'avoir ses affaires entre les mains, négocia les détails de l'entrevue qui aurait lieu entre le prince et sa mère. Les préparatifs furent poussés activement[305].

Le mercredi 3 mai, veille de l'Ascension, à deux heures et demie de l'après-midi, eut lieu ce départ. La pluie, cessée depuis le 24 avril, avait repris. Une foule énorme remplissait la cour du Louvre et les abords. A l'heure fixée, Louis XIII, accompagné de son frère Gaston, du prince de Joinville, de M. de Luynes, de Bassompierre et de quelques autres, — on avait décidé que ni Vitry ni du Hallier ne seraient présents, — descendit par la montée du quartier de la reine régnante à l'antichambre de la reine mère, au rez-de-chaussée, où devait avoir lieu l'entrevue[306]. Il était habillé d'un pourpoint blanc, de chausses rouge écarlate, coiffé d'un feutre noir à plume blanche, botté et éperonné[307] ; son visage calme ne révélait aucune émotion[308]. Dans l'antichambre, une vingtaine de seigneurs, donnant comme mot de passe saint Louis, étaient entrés. Le roi avant pénétré, Marie de Médicis se fît attendre la longueur de deux Pater, puis elle apparut[309]. Elle était simplement vêtue[310] ; elle avait la mine basse. Louis XIII s'avança vers elle, le chapeau à la main, et, d’une voix posée, lui dit : Madame, je viens ici pour vous dire adieu et vous assurer que j'aurai soin de vous comme de ma mère. J'ai désiré de vous soulager de la peine que vous preniez en mes affaires ; il est temps que vous vous reposiez et que je m'en mêle : c’est ma résolution de ne souffrir plus qu'autre que moi commande en mon royaume. Je suis roi, à présent. J'ai donné ordre à ce qui est nécessaire pour votre voyage et commandé à La Curée de vous accompagner ; vous aurez de mes nouvelles étant arrivée à Blois. Adieu, Madame, aimez-moi et je vous serai bon fils[311]. Marie de Médicis avait les yeux pleins de larmes ; elle répondit : Monsieur, je suis très marrie de n'avoir gouverné votre Etat pendant ma régence et mon administration plus à votre gré que je n'ai fait, vous assurant que j'y ai néanmoins apporté la peine et le soin qu'il m'a été possible, et vous supplie de me tenir toujours pour votre très humble et très obéissante mère et servante. Puis, allant vers la fenêtre, elle s'accouda et pleura. Elle dit ensuite au roi : Je m'en vais ; je vous supplie d'une grâce en partant, que je veux me promettre que vous ne me refuserez pas, qui est de me rendre Barbin, mon intendant. La phrase n'était pas prévue. Louis XIII regarda sa mère sans rien répondre. Elle reprit : Ne me refusez point cette seule prière que je vous fais ! Et, comme il se taisait toujours, le regard fixé sur elle : Peut-être, fit-elle, est-ce la dernière que je vous ferai jamais ! Le roi ne répondait pas. Elle dit brusquement : Or sus ! et, se baissant, elle embrassa son fils. Louis XIII fit une révérence et tourna le dos. La suite présenta ses hommages. Comme Marie de Médicis retenait Luynes afin d'insister auprès de lui sur le sujet de Barbin, le roi se retourna : Luynes ! Luynes ! Luynes ! appela-t-il ; puis il sortit. Marie de Médicis, appuyée contre la muraille, entre les deux fenêtres, sanglotait[312].

Elle quitta son appartement avec M. de Bressieux. L'affluence de monde était telle qu'elle eut beaucoup de peine, malgré les gardes, à rejoindre son carrosse. Avec elle montèrent mesdames de Soissons, de Guise, de Longueville, destinées à lui tenir compagnie jusqu'à Bourg-la-Reine. Les chevau-légers du roi, commandés par M. de la Curée et qui devaient aller à Blois, entouraient la voiture. Le cortège était considérable[313] ; il allait tenir depuis le haut de la rue Dauphine jusqu'à l'entrée du Pont-Neuf, vers le Louvre. En tête s'avançait le carrosse de l'écuyer de la reine, dans lequel étaient M. Phélipeaux, le marquis de Thémines et Nicolas Roger, le fidèle valet de chambre. Puis venait le grand carrosse de Marie de Médicis, couvert de velours noir, traîné de six chevaux bais ; ensuite un petit carrosse de campagne, préparé pour la route, en cuir de Russie rouge, à fers dorés, recouvert d'une toile blanche, afin d'éviter la poussière, et traîné de six chevaux blancs harnachés de cuir rouge à fers dorés : il était vide ; le carrosse de Mesdames, les filles de la reine, qui avaient reçu l'autorisation d'accompagner leur mère jusqu'à trois lieues[314] ; les voitures de mesdames de Soissons, de Guise, de Longueville, destinées à ramener celles-ci ; celles de madame de Guercheville, de madame de Bressieux ; un dernier modeste, contenant les évêques de Luçon et de Chartres, en tout douze ou quinze carrosses. Un grand nombre de gentilshommes à cheval précédaient, escortaient et suivaient ; la foule, muette, regardait passer la souveraine déchue[315]. Lorsque le cortège fut engagé dans la rue Dauphine, Marie de Médicis, arrivée au bout du Pont-Neuf, fit tourner brusquement sa voiture à gauche et suivit le quai jusqu'à la rue Saint-Jacques, qu'elle remonta afin de gagner la grande route d'Orléans[316].

D'une des fenêtres de l'appartement de la reine régnante, sur la cour du Louvre, Louis XIII avait vu partir sa mère. Lorsqu'elle fut sortie, il se rendit au bout de la petite galerie, et, du balcon, impassible, regarda longtemps le défilé qui suivait le Pont-Neuf. Dès que le dernier cavalier eut disparu, il donna le signal du départ de la cour pour Vincennes[317]...

Dans la grande salle des Pas-Perdus du palais de Justice, les avocats, commentant entre eux les événements, disaient : Nous avons un roi ![318]...

 

 

 



[1] Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 282. — Lettre d'Horace Vere à Carleton, dans Calendar of state papers, Domestic séries, James Ier, 1611-1618, p. 461. — Lettre de Paulmier du 27 avril 1617, dans A. Blanchet, Un récit inédit de La mort du maréchal d'Ancre, Paris, 1900, in-8°, p. 1 : — Relation exacte de tout ce qui s'est passé à la mort du maréchal d'Ancre, dans la Collection des Mémoires de Michaud et Poujoulat, 2e série, t. V, p. 458. Nous allons souvent citer cette Relation. On l'attribue à Michel de Marillac. Nous ne savons sur quoi l'on se fonde pour faire cette attribution. D'après une note conservée dans les papiers de Richelieu aux Archives du ministère des Affaires étrangères (France 364, fol. 90 r°), ce texte serait du duc de Chaulnes, frère du connétable de Luynes. On trouvera le présent chapitre avec les références plus explicites dans la Revue historique, 1907, t. XCV, p. 292-308 ; 1908, t. XCVII, p. 27-77, 267-286.

[2] Le mot Coup d'État est du temps : Le Coup d'État présenté au roi à Fontainebleau, Paris, J. Guerreau, 1617, in-12° ; le Coup d'État de Louis XIII. Au Roy, Paris, 1631, in-8°. Cf. Heureux augure au roi se sa victoire, Paris, R. Dallin, 1617, in-12°, p. 6 ; le Fidèle sujet au roi, (s. l.), 1617, in-12°, p. 3.

[3] Le Limosin, (s. l. n. d.), in-12°, p. 5.

[4] Voir sur Concini : F. Hayem, Le Maréchal d'Ancre et Léonora Galigaï, Paris, 1910, in-8° ; F. Pouy, Concini, maréchal d'Ancre, son gouvernement en Picardie (1611-1617), Amiens, 1885, in-8° ; Pigallet, Étude sur Concini, dans Positions des thèses de l’École des chartes, année 1903, Mâcon, in-8° ; R. de Crèvecœur, Un document nouveau sur la succession de Concini, Paris, 1891, in-8° ; une Histoire du maréchal et de la maréchale d'Ancre lue chez M. Le Nain en 1725 (Arch. des Aff. Étrang., France 768).

[5] Voir entre autres : Le Songe, 1616, in-8°, dans E. Fournier, Variétés hist. et litt., t. IV, p. 23 et suiv. ; la Voix du peuple au roi, Paris, 1617, in-12°, p. 4 ; Dialogue du berger picard avec la nymphe champenoise sur la fortune et gouvernement du marquis d'Ancre en Picardie, Paris, 1617, in-12°, p. 10 ; la déposition du secrétaire de Concini, Ludovisi Vincente, au procès de Léonora Galigaï (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 197 r°) ; Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p. 150. Afin de ne pas compliquer les références, nous citerons uniformément l'édition Michaud et Poujoulat des Mémoires de Richelieu, dont le texte ne présente pas de différences appréciables avec celui de la nouvelle édition qui est publiée pour la Société de l'histoire de France.

[6] Voir notre livre : la Vie intime d'une reine de France au XVIIe siècle (Paris, Calmann-Lévy, 1906, in-8°, chap. VI).

[7] Richelieu a rédigé une note concernant ces faits, note (Arch. des Aff. Étrang., France 771, fol. 97 r°) écrite pour servir de matériaux aux Mémoires du cardinal et qui a été résumée dans ceux-ci en trois lignes (t. I, p. 168). Cf. Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 33.

[8] Bibl. nat., nouv. acq. fr. 9175, fol. 416 v°, 417 v° ; Cinq Cents Colbert 86, fol. 61 bis r° ; 87, fol. 12 r°, 32 r° ; Canestrini et Desjardins, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, Paris, 1859-1875, in-4°, t. V, p. 565, 566, 577.

[9] Mém. du maréchal d'Estrées, éd. Michaud, p. 379. Contrat d'acquisition du marquisat d'Ancre pour la somme de 330.000 livres du 16 septembre 1610 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 27 r°). Voir ce que dit Léonora à son procès (Ibid., fol. 327 r°). Cf. Chef du procès fait à la mémoire de Conchino Conchini, naguères maréchal de France, (s. l. n. d.), in-12°, p. 1, et B. Legrain, Décade commençant l'hist. du roi Louis XIII, Paris, 1619, in-fol., p. 414 ; Richelieu, Mém., t. I, p. 43.

[10] Bibl. nat., ms. fr. 7854, fol. 276 v° ; Cinq Cents Colbert 91, fol. 44 v° ; 89, fol. 212 r°. Cf. Mercure français, 1614, p. 312, et Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 72.

[11] J.-B. Matthieu, la Conjuration de Conchine, Paris, 1618, in-12°, p. 6 ; Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 223 ; B. Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, Richelieu ministre, Paris, 1899, in-8°, p. 36.

[12] Dép. de l'ambassadeur vénitien du 17 déc. 1616 (Bibl. nat., ms. italien, 1770, p. 184) ; Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 101 ; Matthieu, op. et loc. cit.

[13] Jean Sirmond, Simple consolation à M. le maréchal d'Ancre sur la mort de sa fille, 1617, in-12°, p. 2 ; Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 30.

[14] Richelieu, Mém., t. I, p. 99 ; Bassompierre, Journal de ma vie, éd. Chantérac, t. II, p. 100 ; R. de Crèvecœur, Un document nouveau sur la succession de Concini, p. 20.

[15] Déposition d'André de Lizza, abbé de Livry (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 110 r°).

[16] Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 220 v°, 380 v°. Les Particularités de la mort tragique du maréchal d'Ancre, 1617. in-12°, p. 7, et Propos dorés sur l'autorité tyrannique de Concino, 1617, in-12°, p. 31. Cf. Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. II, p. 314. Les courtisans discutaient qui avait la faveur, les uns vouloient que ce fût la femme, les autres le mari (Arch. des Aff. Étrang., France 771. fol. 97 v°).

[17] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 43 ; Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p. 169.

[18] Déposition de Ludovisi Vincente au procès de Léonora (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 194 v°).

[19] Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 181 v°.

[20] Léonora le déclare à son procès (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 219 v°). Voir aussi dans ce sens une note de Richelieu, Arch. des Aff. Étrang., France 771. fol. 99, r°, 100 r°.

[21] Chaulnes, Relation exacte, p. 467, et dépêche de l'ambassadeur vénitien du 11 avril 1617 (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 51).

[22] Déposition du médecin Alvarez au procès de la maréchale (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 380 v°) ; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 262.

[23] Cela ressort du dossier du procès et notamment des dépositions de Léonora (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221. fol. 217 r°, 221 r°, 231 v°, 232 r°, 326 v°, de celles de Balthazar Nardi, ancien camarade de Concini (fol. 374 r°), de Montaubert, son secrétaire (fol. 279 v°).

[24] Richelieu, Mém., t. I, p. 43, 150.

[25] Déposition du secrétaire de Concini, Ludovisi (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 195 v' J. 201 V, 202 r°).

[26] Le 30 mars 1616 : Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 47 ; Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 152 ; V. Siri, Memorie recondite, éd. de 1677, t. IV, p. 57.

[27] Déposition d'Antoine Montaubert (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 182 r°).

[28] Richelieu, Mém., t. I, p. 149, 150, 151, 152.

[29] Déposition au procès de Léonora, de Arnault, suivant les finances, gendre de la sage-femme de la reine, madame Boursier (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 396 v°, 397 r° et v°).

[30] Richelieu, Mém., t. I. p. 57.

[31] Richelieu, Mém., t. I. p. 149, 150, 152. Le commandeur de Sillery, écrit Richelieu (p. 149), m'a confessé qu'il avoit reçu plusieurs commandemens de ce genre de la reine.

[32] Dép. de l'ambassadeur vénitien du 18 avril 1617 (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 61). La reine donne des prétextes quelconques. Cf. B. Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, Richelieu, p. 169.

[33] Voir ces lettres tout à fait sèches : Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 86, fol. 86 r°, 115 v°, 212 r° ; 87, fol. 34 v°. On peut suivre, dans les Mémoires de Richelieu, Concini se trouvant d'année en année constamment mal avec Marie de Médicis (Mém., t. I, p. 48, 50, 57, 67, 95, 99, 132).

[34] Plaintes à la reine mère, 1617, in-12°, p. 3 : Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 9, 10. Elle était abusée par des arts magiques et inconnus ! (mots du premier président du Parlement de Paris au roi, le 25 avril 1617, dans Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 24 avril, Paris, 1617, in-12°, p. 6).

[35] Le Limosin, p. 5. Marie de Médicis après sa chute n'a jamais cherché à défendre Concini.

[36] Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 409 r°.

[37] Dépositions de Ludovisi (ibid., 202 r°), de l'écuyer Desdiguières (fol. 60 r°). Concini félicita sa femme d'avoir fait renvoyer du Vair (Chapitre du crime de lèse-majesté royale auquel sont recueillies les charges qui sont au procès fait à Conchino Concini, in-fol., p. 2). Pour l'éloge de du Vair, voir Fontenay-Mareuil (Mém., éd. Michaud, p. 105), le Mercure français (1616, p. 88), P. Andral (Éloge de Guill. du Vair, Paris, 1854, in-8°) ; et sa chute : N. Pasquier (Lettres, 1623, p. 552), Arnauld d'Andilly (Journal, 1857, p. 169), Mathieu Molé (Mém., éd. Champollion-Figeac, t. I, p. 139) ; Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 119 et suiv. ; Anecdotes de l'histoire de France tirées de la bouche de M. du Vair, dans Mém. de Marguerite de Valois, éd. Lalanne, p. 316 ; Brienne, Mém., éd. Michaud, p. 10.

[38] Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 409 r°.

[39] Bentivoglio, Lettere, Florence, 1863, t. I, p. 32.

[40] Richelieu, Mém., t. I, p. 131.

[41] Mot de Louis XIII dans la circulaire qu'il envoya aux provinces le lendemain du 24 avril (Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. II, p. 452).

[42] Manifeste du duc de Nevers, dans Mercure français, 1617, p. 36 ; Déclaration et protestation des princes, ducs et pairs, 1617, in-4°, p. 14.

[43] Nous résumons sur Barbin les jugements de Pontchartrain (Mém., p. 389), Brienne (Mém., p. 11), Arnauld d'Andilly (Journal, éd. Michaud, p. 426), Bentivoglio (Lettere, t. I, p. 165), Richelieu (Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 422), S. Dupleix (Hist. de Louis le juste, 1643, in-fol. p. 100).

[44] Voir les lettres qui sont adressées à Mangot par MM. d'Aumale et de Léon, Bibl. nat., ms. Clairambault 372, fol. 1 r° et 3 r° ; par N. Pasquier, Lettres, 1623, p. 454, 459, 530. Cf. ce que disent : les amb. vénitiens, Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 32 ; Richelieu (Mercure français, 1617, p. 63), J.-B. Matthieu (Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, 1831, t. II, p. 73). Arnauld d'Andilly explique comment les Concini liront la connaissance de Mangot (Journal, éd. Halphen, 1857, p. 175).

[45] Protestation des princes, ducs et autres vrais François, Paris, 1617, in-4°, p. 9.

[46] Dépêches d'O. Bon du 22 nov. 1616, Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 129 : de Contarini, Ibid., 1771, p. 507 ; Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 83.

[47] Réponse à un manifeste des princes, Mercure français, 1617, p. 63. Le document est visiblement de sa main.

[48] Tallemant, Historiettes, éd. P. Paris, t. II, p. 3 ; B. Legrain, La Décade du roi Louis le Juste, 1619, p. 313. Richelieu aurait eu la pensée de donner à Barbin en mariage sa sœur, celle qui devait être la maréchale de Brézé (M. de Morgues, Lumières pour l'histoire de France, 1643, in-12°, p. 44.)

[49] Lettres patentes de Louis XIII donnant la préséance en question, Bibl. nat., ms. Dupuy 92. fol. 39 r°. Ce fut Barbin qui sollicita cette préséance pour lui (Brienne, Mém., éd. Michaud, p. 11).

[50] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 156.

[51] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 43. Cf. Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 244 ; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 16 ; lettre de M. Péricard, agent diplomatique à Bruxelles, à Mangot, du 20 janvier 1617 (Bibl. nat., ms. Clair. 372, fol. 29 r°) : lettre de Concini à Richelieu du 20 mars 1617 (E. Charavay, Collection de lettres autographes du règne de Louis XIII, Paris, 1873, in-8°, p. 32).

[52] Propos tenu par Barbin aux commissaires Aubry et Le Bailleul (Chaulnes, Relation exacte, p. 469).

[53] Le Roi hors de page à la reine mère, Paris, 1617, in-12°, p. 15.

[54] Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 376.

[55] Mercure français, 1617, p. 76. Voir aussi ses instructions à M. de Schomberg (Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p. 234), et ses Mémoires (t. I, p. 168).

[56] Voir, par exemple, Mercure français, 1617, p. 54, 79.

[57] Dépêche de l'ambassadeur O. Bon, du 25 mars 1617 (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 39), Bentivogho, Lettere, t. I, p. 150.

[58] Nous connaissons les incipit et les dates de ces lettres : Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 254 v°. On en publia des extraits (Chapitre du crime de lèse-majesté royale auquel sont recueillies les charges qui sont au procès fait à Conchino, in-fol., p. 3 ; B. Legrain, Décade commençant l'histoire de Louis XIII, p. 411). Le procureur général réclamait la comparution de Richelieu. Nous avons le texte de ses conclusions (Bibl. nat., ms. ital. 1771. p. 242 ; cf. la dépêche de l'ambassadeur vénitien, Ibid., p. 231, et Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 352). Louis XIII voulait poursuivre. Le premier président, M. de Verdun, l'en dissuada (dépêche de l'ambassadeur vénitien du 16 juillet 1617, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 275). Voir le plaidoyer ébauché plus tard par Richelieu (Avenel, t. VIL p. 116) et ce qu'il dit dans ses Mém. (t. I, p. 181). Finalement, Louis XIII estima que des compliments avec soumission n'étoient pas des crimes (lettre à Richelieu, Arch. des Aff. Étrang., France 771, fol. 155).

[59] Discours sur l'arrivée de Monsieur le duc de Longueville, Amiens, 1617, in-12°, p. 3, et dépêche d'O. Bon du 11 oct. 1616 (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 58). Des gens protestaient (Discours contre les flatteries prodiguées au maréchal d'Ancre, par le sieur A., Bibl. nat., ms. Dupuy 501, fol. 5).

[60] Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 32.

[61] Il fit marcher des troupes contre la ville de Verneuil, dont le gouverneur avait oublié de lui rendre les honneurs qu'il attendait (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 209). Il fallut un arrêt du Conseil pour arranger l'affaire (Arch. nat., E. 55a, fol. 364 r°).

[62] Le 1er mai 1617, on élargit trente-quatre personnes arrêtées sur ses ordres sans plainte aucune ni information (Ibid., fol. 360 r°, 402 r°) ; puis soixante autres ensuite (Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 151 r°).

[63] Les villes réclamèrent ensuite le remboursement de ce qu'elles avaient payé (Bibl. nat., ms. fr. 18192, fol 63 r° ; Arch. nat., E 57, fol. 134r° ; 58a, fol. 94 r° et 202 r°). Il fallut des arrêts du Conseil pour redresser quelques-uns des abus de pouvoir de Concini ; (Arch. nat., E. 55e, fol. 227 r°).

[64] Par exemple le parlement de Rouen (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 32 ; Arch. nat., E. 55a, fol. 24 r°).

[65] Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 16-20.

[66] Dialogue du berger picard avec la nymphe champenoise, p. 12.

[67] Résumé des accusations portées par les commissaires Courtin et Delande contre Concini (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 300 v ). On cita au procès ses lettres en Espagne, en Flandre, en Allemagne (Ibid., fol. 23 r°, 272 v°, 279 r°, 283 r° ; Chapitre du procès fait à la mémoire de Concini, p. 2) ; cf. N. Pasquier, Lettres, 1623, p. 296.

[68] Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 24 avril, p. 5 ; Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 112 ; Pontchartrain, Mém., p. 380 ; Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 43.

[69] Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7797, fol. 90 r°.

[70] Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. II, p. 449.

[71] Recueil de Conrart, Bibl. de l'Arsenal, ms. 4113, p. 402. Cf. Rohan, Mém., éd. Michaud, p. 518-522.

[72] Dépêche d'O. Bon du 17 janvier 1617 (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 250).

[73] Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 127 v°.

[74] Le Limosin, p. 1 ; Le Fantassin qui passe partout, Paris, 1619, in-12°, p. 7 ; le Manifeste de la reine mère, Blois, 1618, in-12°, p. 11 ; Mathieu de Morgues, la Restauration de l'État, Paris, 1617, in-12°, p. 18.

[75] Voir la scène racontée par du Vair (Anecdotes de l'histoire de France tirées de la bouche de M. du Vair, dans Mémoires de Marguerite de Valois, éd. Lalanne, 1858, p. 298) ; Saint-Simon, Parallèle des trois premiers rois Bourbons, p. 9 : du même, Écrits inédits, t. VIII, p. 266.

[76] Journal d'Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025. fol. 282 v°. Nous citerons le manuscrit d'Héroard, plutôt que l'édition donnée par Soulié et Barthélemy (Paris, 1868, 2 vol. in-8°), en raison de l'insuffisance de cette publication.

[77] Pontchartrain, Mém., éd. Michaud, p. 378, 386, 388.

[78] Mercure français, 1617, p. 78.

[79] Pontchartrain, Mém., p. 386.

[80] N. Pasquier, Lettres, 1623, p. 556. Le duc de Rohan écrit (Mém., éd. Michaud, p. 511) : le mépris de la reine mère envers son fils étoit trop apparent !

[81] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 127, 28 février 1617.

[82] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 43.

[83] Amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 80, 24 avril 1617.

[84] Pontchartrain, Mém., p. 388 ; Beauvais-Nangis, Mém., éd. Monmerque, p. 110.

[85] Si conosce che il re e sensitivo e che ha gran mira di esser stimato. (Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 489).

[86] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 229 ; cf. V. Siri, Memorie recondite, éd. de 1677, t. IV. p. 64.

[87] B. Legrain, Décade commençant l'histoire du roi Louis XIII, p. 420 ; l'Anchre de la paix, Lyon, 1617, in-12°, p. 8 ; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 33, 260.

[88] Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 432.

[89] Pontchartrain, Mém., p. 389.

[90] Confession générale du seigneur Conchine trouvée après sa mort en son cabinet, Paris, T. Ménard, 1617, in-12°, p. 4.

[91] La Voix du peuple au roi, Paris, 1617, in-12°, p. 4.

[92] Journal d'Héroard, 12 novembre 1616 (Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 334 v°). Cf. Chaulnes, Relation exacte, p. 482.

[93] Dépêche d'O. Bon, du 7 février 1617, Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 318.

[94] L'après-midi du 24 avril, Louis XIII raconte lui-même ces détails (Chaulnes, Relation exacte, p. 463). Voir une lettre de Malherbe à Peiresc mentionnant un fait du même genre (Malherbe, Œuvres, éd. Lalanne, t. III, p. 373).

[95] Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 24 avril, p. 8-9. La lettre imprimée de Concini (Lettre écrite au roi par Monsieur le mareschal d'Ancre, Paris, J. Guerreau, 1617, in-12°) produisit un très mauvais effet dans le public (Mercure français, 1617, p. 156). L'indignation du roi frappa l'entourage (Pontchartrain, Mém., p. 383).

[96] Pontchartrain, op. et loc. cit. Ce trait ne fut pas le seul de ce genre (V. Siri, Memorie recondite, éd. de 1677, t. IV, p. 47). Concini venait de se faire donner 450.000 livres pour la perte qu'il avait subie par le pillage de sa maison de la rue de Tournon en 1616. On dit qu'il n'y a point d'argent à l'Épargne, s'écriait Louis XIII, lorsque je veux faire donner des ordonnances de 30 francs, mais on trouve bien 430.000 livres pour le maréchal ! (Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 222). Le roi après le 24 avril fera rapporter ce don (Arch. nat., E. 55e, fol. 348 r°).

[97] Pontchartrain, Mém., p. 383 ; Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 45 ; Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 104, dép. d'O. Bon du 8 novembre 1616.

[98] Matthieu (la Conjuration de Conchine, p. 261) cite d'autres incidents analogues. Voir aussi Bentivoglio, op. et loc. cit.

[99] L'ambassadeur vénitien nous tient au courant de cette crise du roi (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 61, 83, 104, 128). L'attaque épileptiforme du prince, le 31 octobre 1616, de laquelle nous avons une description précise flans le Journal d'Arnauld d'Andilly (éd. Halphen, p. 224), est exceptionnelle dans l'histoire de la santé de Louis XIII.

[100] Dépêche d'O. Bon du 29 oct. 1616 (Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 81, 85, 140) ; Chaulnes, Relation exacte, p. 458.

[101] Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 259. Cf. les propos tenus le 24 avril par Louis XIII à M. de Verdun (Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 24 avril, p. 7) et la Lettre du roi au parlement de Dijon, (s. l.), 1617, in-12°, p. 4.

[102] D'après le Journal d'Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 4025, par exemple fol. 277 v°). Les visites aux reines sont une formalité traditionnelle dans le protocole de la journée du roi (cf. H. La Ferrière, Lettres de Catherine de Médicis, t. II, p. 92).

[103] Les indications qui vont suivre sont extraites du Journal d'Héroard pendant les six mois qui précèdent le 24 avril 1617.

[104] Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 285 r°, 294 r°, 365 r°, 370 r°, 377 r°. Cf. le Roi hors de paye à La reine mère, p. 14, et Pontchartrain, Mém., p. 386.

[105] Déclaration et protestation des princes, ducs, pairs..., 5 mars 1617, in-4°, p. 20.

[106] Association de Messieurs les princes pour le bien public (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7797, fol. 88 r°).

[107] Lettre de M. le duc de Nevers au roi, du 31 janvier 1617, (s. l.), in-4°, p. 5.

[108] Protestation des vrais François unis pour le service du roi et la conservation de son État, (s. l. n. d.). in-4°, p. 1. Voir le manifeste du 4 février signé de César de Vendôme, Bouillon et du Maine (Arch. des Aff. Étrang., France 771, fol. 26 r° et suiv.). Les princes avaient pris pour cachet trois fleurs de lis avec la devise : Périclitante regno, regis vita, régis familia (Bibl. de l'Institut, coll. Godefroy, t. CCLXVIII).

[109] Pontchartrain, Mém., p.380 ; Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 286.

[110] Amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 185 et 207.

[111] Pontchartrain, Mém.. p. 378 ; Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 341 ; Mercure français, 1617, p. 115.

[112] N. Pasquier, Lettres, 1623, p. 556 ; Pontchartrain, Mém., p. 386 ; Comte de Souvigny, Mém., éd. de Contenson, t. I, p. 42 ; Mercure français, 1617, p. 164.

[113] Bibl. nat., ms. ital. 1770, p. 59.

[114] Lettre du roi au parlement de Dijon, 1617, p. 3 : Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 33 ; Confession générale du seigneur Conchine, Paris, 1617, in-12°, p. 5.

[115] Dépositions au procès de Léonora du secrétaire de Concini, Ludovisi Vincente (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert221, fol. 203 r°), de Balthazar Nardi, (fol. 374 r°) et du médecin Alvarez (fol. 378 v°). Cf. A. Danicour, Une révolte à Péronne sous le gouvernement du maréchal d'Ancre, l'an 1616, Péronne, 1885, in-8°.

[116] Afin de mieux tenir cette clef de la Seine (Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 166), il parla de faire rebâtir le fort Sainte-Catherine de Rouen (Mercure français, 1617, p. 161). Louis XIII, plus tard, fera démolir les fortifications de Quillebeuf (Lettres patentes de déclaration du roi, contenant le vouloir et intention dudit seigneur sur la démolition du fort de Quillebeuf, Rouen, 1617, in-8°). Un arrêt du Conseil du 14 juillet 1618 réglera l'opération (Arch. nat., E 59a, fol. 111 r°).

[117] Déposition de François Daquin, capitaine de la garnison d'Amiens (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 401 v°). Un certain Belgiojoso expédiait de Belgique hommes et armes par chariots à Concini (fol. 402 r°). Le roi garda les canons dont il paya le solde que Concini n'avait pas réglé au fondeur (Arch. nat., E. 55e, fol. 161 r°).

[118] B. Legrain, Décade commençant l'histoire de Louis XIII, p. 420.

[119] Arrêts du Conseil du 21 mars 1617 (Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 411 r°), du 6 avril (Arch. nat., E. 55B, fol. 217 r°, 286 r°). Les princes révoltés faisaient main basse sur les caisses publiques (Ibid., 55A, fol. 162 r° ; 56B, fol. 350 r°) ; ou les receveurs ne pouvaient pas percevoir les impôts (Ibid., 55B, fol. 211 r°). Il fallut transférer des sièges de recettes (Ibid., 55A, fol. 128 r°, 129 r°, 151 r°).

[120] Arrêts du Conseil ordonnant de les rembourser (Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 202 r° ; Arch. nat., E. 55a, fol, 299 r°).

[121] En mars 1617 (Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 262 r°). Les emprunts du gouvernement au début de 1617 sont nombreux (Arch. nat., E. 55A, fol. 7 r°, 115 r°, 133 r°, 310 r° ; E. 55B, fol. 354 r° ; Bibl. nat., ms. fr. 18191, fol. 353 r° etc.).

[122] Bentivoglio, Lettres, Paris, 1680, in-12°, p. 99 ; du même, Lettere, 1863, t. I, p. 166.

[123] Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 417, 418 ; Richelieu, Mém., t. I, p. 152 et 181. Passage inédit de la Relation de M. de Chaulnes, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 137 r°.

[124] Barbin, plus tard exilé, rappelle ces faits à Richelieu (lettre de Barbin à Richelieu du 22 janvier 1622, Arch. des Aff. Étrang., France, 775, fol. 121 v°). Cf. Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 195 ; Chaulnes, Relation exacte, p. 461 et 469 ; Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 292.

[125] N. Pasquier, Lettres, 1623, p. 558.

[126] Déposition de Desdiguières (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 60 r°).

[127] Nous avons indiqué ailleurs tous ses mouvements d'argent (la Vie intime d'une reine de France, p. 385). Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 287.

[128] Dépositions d'André de Lizza (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 407 r°), d'Alvarez (fol. 380 v°). Cf. Richelieu, Mém., t. I, p. 155, 170 ; Déageant, Mém., 1668, p. 42 ; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 261.

[129] Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 106 et suiv.

[130] Ce mot, qu'il dit pour la première fois à Magny en Normandie, un soir où, dans une auberge, il était demeuré assez longtemps rêveur, assis devant le feu (Chaulnes, Relation exacte, p. 463), il le répéta plusieurs fois. Tous les auteurs contemporains le mentionnent.

[131] N. Pasquier, Lettres, 1623, p. 563 ; Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p.46.

[132] Le Te Deum des Béarnais, Paris, 1617, in-12°, p. 38.

[133] Cité par Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p. 535-536.

[134] Lettre des princes au roi, Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 77 r°.

[135] Lettre de Monsieur le duc de Bouillon au roi, (s. l.), 1617, in-4°, p. 6.

[136] Remonstrance présentée au roi par les princes, ducs, pairs, anciens officiers de la couronne, (s. l.), 1617, in-4°, p. 2.

[137] Protestation des princes, ducs, pairs ri autres vrais François, (s. l. n. d.), in-4°, p. 4 : Déclaration et protestation des princes, 1617, in-4°, p. 19.

[138] Lettre de l'assemblée des États de Guyenne tenue en la ville d'Agen, (s. l. n. d.), in-4°, p. 2. Cf. la Restauration de l'État, (s. l.), 1617, in-12°.

[139] Mme de Motteville, Mém., éd. de 1723, t. I, p. 4.

[140] V. Siri, Memorie recondile, éd. de 1677, t. IV, p. 31 ; Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 229. Louis XIII, causant avec M. de Verdun, après le 24 avril, fait allusion à ces démarches infructueuses (Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 24 avril, p. 8). Cf. d'Arconville, Vie de Marie de Médicis, Paris, 1774, in-8°, t. II, p. 338.

[141] Lettre du roi au parlement de Dijon, (s. l.), 1617, in-12°, p. 6. Cf. : lettre de M. de Gramont au roi du 1er mai 1617 (Bibl. nat., ms. Clairambault 373, fol. 337 r°) ; Actions de grâces de la France au roi, Paris, N. Alexandre, 1617, in-12°, p. 9 ; P. d'Alboy, Panégyrique au roi sur la défaite de l'hydre de l'Arne, Paris, 1617, in-12°, p. 18.

[142] Voir la lettre de Louis XIII à M. de Béthune, du 23 mai 1617 (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7797, fol. 83 v°) ; le Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre, p. 5 ; Sully, Économies royales, éd. originale, t. II, p. 195 ; Boitel de Goubertin, Hist. mémorable de ce qui s'est passé en France, Rouen, 1619, in-8°, p. 323 ; les Particularités de la mort tragique du maréchal d'Ancre, Lyon, 1617, in-12°, p. 11.

[143] Il était né à Mornas. Sur sa carrière avant la faveur royale, nous avons une notice précise (Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 113 r°) que nous allons suivre. Voir aussi Bibl. nat., mss. de Baluze 214-210.

[144] Mém. de Fontenay-Mareuil, p. 121.

[145] Il succédait, aux oiseaux du cabinet, à M. de la Rochefoucauld (Journal d'Arnauld d'Andilly, 1857, p. 222).

[146] R. de Romany, le Tourment de l'envie courtisane, Paris, 1619, in-12°, p. 12. Marie de Médicis écrivait en 1619 à Luynes : Vous savez que je n'ai pas nui au commencement de votre fortune (Arch. des Aff. Étrang., France 772, fol. 209 r°). Luynes était filleul d'Henri IV (Mercure français, t. V, 1619, p. 192).

[147] R. de Romany, op. cit., p. 9 ; Plaidoyer pour M. de Luynes, Paris, S. Moreau, 1619, in-12°, p. 9 ; Le Te Deum des Béarnais, Paris, 1617, in-12°, p. 34.

[148] Bibl. nat., ms. Dupuy 92, fol. 113 r°.

[149] Fontenay-Mareuil, Mém., p. 107 ; Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 56. Le 19 octobre 1616, M. de Luynes acheta la charge de grand fauconnier, au prix de 45.000 écus (Ibid., p. 222).

[150] Héroard, Journal, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 330 v°, 341 v°.

[151] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 199, lettre du 26 avril 1617.

[152] Quand il avait une affaire d'honneur, c'était son frère qui devait se battre pour lui (Journal d'Arnauld d'Andilly, 1857, p. 212).

[153] Chaulnes, Relation exacte, p. 456.

[154] Chaulnes, Relation exacte, p. 463.

[155] N. Valois, Inventaire des arrêts du Conseil d'État sous Henri IV, t. II, p. 318, 480. Il avait épouse Elisabeth Toulouse (p. 714). Sur ses fonctions, voir : Bibl. nal.. ms. fr. 25136.

[156] Il fut nommé le 4 mars 1613 (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 91, fol. 81 v° : 93, fol. 271 r°).

[157] Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 383.

[158] De Bellemaure, le Portrait du roi, 1618, in-12°, p. 132.

[159] Journal d'Arnauld d'Andilly, éd. Michaud, p. 426 ; cf. Mém. de Déageant, éd. de 1668, p. 19. Le duc de Rohan croit à tort que c'est Luynes qui est allé trouver Déageant (Mém., éd. Michaud, p. 511).

[160] Ces faits résultent des témoignages concordants de Pontchartrain (Mém., p. 391), de Bentivoglio (Lettere, Florence, 1865, t. II, p. 29), de Matthieu (la Conjuration de Conchine, p. 297), de M. de Chaulnes (passage inédit de la Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 152 v°).

[161] Modène était du Comtat-Venaissin (Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 302). Tronson appartenait à une bonne famille parisienne de gens d'administration (Bibl. nat. ms., fr. 20251, fol. 327 ; Bibl. de l'Arsenal, ms. 756, p. 619 et suiv. ; Pierre de l'Estoile, Journal, éd. Brunet et Champollion, in-8°, t. XII, à la table). Richelieu dit de lui (Mém., t. I, p. 154) : Il avoit déshonoré sa maison pour s'enrichir et il portoit en la prostitution de ses sœurs les preuves de son infamie ! Il est possible que les sœurs de Tronson ne fussent pas des modèles de vertu (l'Estoile, Journal, t. X, p. 197), mais Tronson était un fort honnête homme, qui entra par son mariage dans la famille honorable de Sève (Bibl. nat., ms. fr. 32839, fol. 37), devint le père d'une nombreuse et respectable lignée, dans laquelle on compte Louis Tronson, le supérieur de Saint-Sulpice ; fut très estimé de Louis XIII (Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 384), nommé par lui un de ses quatre secrétaires du cabinet (Bibl. nat., ms. fr. 7854, fol. 2S0 v°) et chargé de missions de confiance (Bibl. Mazarine, ms. 2087, fol. 121-123 ; 2127, 2132).

[162] Déageant, Mém., 1668, p. 37 : Chaulnes, Relation exacte, p. 455. Il est difficile de savoir à quelle date se placent les premières confidences du roi ; les uns disent trois mois avant le 24 avril (Pontchartrain, Mém., p. 389), les autres six mois (Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 264).

[163] Déageant, Mém., p. 37 ; Pontchartrain, Mém., p. 379.

[164] Fontenay-Mareuil, Mém., éd., Michaud, p. 114.

[165] Louis XIII donna lui-même ces détails l'après-midi du 24 avril à ceux qui venaient le féliciter (Chaulnes, Relation exacte, p. 462 ; Pontchartrain confirme, Mém., p. 386).

[166] Pontchartrain, Mém., p. 383 ; comte de Souvigny, Mém., éd. de Contenson, t. I, p. 46 ; lettre de Richelieu à M. de Senecey de février 1617 (Catalogue of the collection of autographs letters of Morrison, in-fol., t. IV, p. 260).

[167] Dépêche du résident florentin Bartolini, dans B. Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 158.

[168] L'ambassadeur vénitien O. Bon note au jour le jour les retards (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 34). Pontchartrain indique les raisons officielles pour lesquelles on ne partit pas (Mém., p. 383).

[169] B. Legrain, Décade commençant l'hist. du roi Louis XIII, p. 384 ; Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 148 ; Pontchartrain, Mém., p. 383.

[170] Déageant, Mém., p. 40.

[171] M. de l'Estang avoit autrefois grandement assisté le père de Luynes en plusieurs de ses nécessités et continué les mêmes services envers ses enfants (Seconde partie et réponse à la Chronique des favoris, 1622, in-12°, p. 13). Voir aussi les Matines de la cour faites par un bon français, (s. l.), in-12°, p. 9.

[172] Déageant, Mém., p. 42.

[173] Déageant, Mém., p. 27 et suiv.

[174] Ces détails sont indiqués par Louis XIII dans une pièce officielle : Lettre du roi au parlement de Dijon, (s. l.), 1617, in-12°, p. 4, et par Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 260.

[175] Matthieu, op. cit. Marie de Médicis raconte le fait au résident florentin Bartolini en avouant qu'elle eût désiré que Concini ne revînt pas et qu'elle le lui dit (dépêche de Bartolini, dans B. Zeller, op. cit., p. 173). Concini rentra le 17 avril (Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 280).

[176] D'après ce que raconte Louis XIII à M. de Verdun (Récit véritable qui s'est passé au Louvre, p. 9). Voir aussi B. Legrain, Décade commençant l'hist. de Louis XIII, p. 387. Parmi les gens menacés se trouvaient Héroard (Propos dorés sur l'autorité tyrannique de Concino, 1617, in-12°, p. 31) et Luynes (Seconde partie et réponse à la Chronique des favoris, p. 10).

[177] Chaulnes, Relation exacte, p. 151.

[178] Lettre du roi au parlement de Dijon, p. 5 ; Mém. de M. Molé, éd. Champollion-Figeac, t. I, p. 145 ; Déclaration et protestation des princes, p. 15 : Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 256. Sur les menaces de complots et d'attentats contre le roi, le premier président du Parlement avait ouvert une enquête (Bibl. nat., ms. Dupuy, 92, fol. 24).

[179] Déageant, Mém., p. 59.

[180] Voir la discussion dans les Mém. de Déageant, p. 44.

[181] Déageant, p. 50. Fontenay-Mareuil fait allusion à la dénégation opposée par Luynes à l'idée qu'il aurait eue de tenir des chevaux prêts pour emmener le roi à Amboise (Mém., p. 119).

[182] Chaulnes, Relation exacte, p. 450.

[183] Montpouillan, Mém., dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 31 ; Mercure français, 1617, p. 196. Les princes révoltés songèrent aussi à se défaire de Concini et envisagèrent les mêmes difficultés (Richelieu, Mém., t. I, p. 118).

[184] Fontenay-Mareuil, Mém., p. 114.

[185] Déageant, Mém., p. 44. Il y a unanimité des témoignages sur le fait que Louis XIII n'a pas commandé de tuer Concini, mais de l'arrêter. Le roi le dit lui-même à M. de Verdun (Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre, p. 9) ; il le répéta officiellement (Lettre du roi au parlement de Dijon, p. 6). Voir : J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. II, p. 80 ; la dépêche du résident Florentin (dans Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 174) ; Fontenay-Mareuil (Mém., p. 118) ; Brienne (Mém. éd. Michaud, p. 12). Le public comprit qu'il n'avait pas été possible de ne pas tuer Concini (le Te Deum des Béarnais, p. 45) ; et les juristes trouvèrent les justifications nécessaires (P. de Lancre, le Livre des princes, Paris, 1617, in-4°, p. 405).

[186] Montpouillan, Mém., dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 25.

[187] Chaulnes, Relation exacte, p. 463.

[188] Brienne, Mém., éd. Michaud, p. 12 ; Journal d'Arnauld d'Andilly, 1857, p. 120, 142. Il frappera plus tard de coups de canne un archevêque de Bordeaux en l'appelant bréviaire et cagot (Bibl. nat., ms. fr. 6647, fol. 245. Cf. vicomte de Noailles, le Cardinal de la Valette, Paris, Perrin, 1906, in-8°, p. 117). Les Contrevérités de la cour, 1620, dans E. Fournier, Variétés hist. et litt., t. IV, p. 342.

[189] Chaulnes, Relation exacte, p. 452 ; J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. II, p. 78.

[190] François de l'Hôpital, seigneur du Hallier, n'était encore qu'enseigne de la compagnie d'hommes d'armes du roi (Arch. nat., E. 55B, fol. 25 r°).

[191] Henri de Vaudetar, baron de Persan, avait épousé Louise de l'Hôpital en 1607, Chaulnes, Relation exacte, p. 465.

[192] Fontenay-Mareuil, Mém., p. 114 ; Brienne, Mém., éd. Michaud, p. 12.

[193] Mém. de Montpouillan, dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 32.

[194] L'après-midi du 24 avril, Louis XIII donnera lui-même ces détails (Chaulnes, Relation exacte, p. 462).

[195] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 229 ; Pontchartrain, Mém., p. 387. Le père de Vitry, en 1596, s'était rendu adjudicataire du domaine de S. M. au comté de Meaux (Arch. nat., E. 64a, fol. 344 r°). Sur la situation de Vitry dans la Brie, voir : H. Cochin, Un conflit et un compromis au XVIe siècle, au sujet du château de Nandy, dans Bullet. de la Soc. de l'hist. de Paris et de l'Ile de France, 1908, p. 172.

[196] Déageant, Mém., p. 46. L'opinion publique réclamait leur retour (lettre des princes au roi du 2 février 1617, Bibl. nat., ms. Dupuy, 92, fol. 78 v° ; Remontrance présentée au roi par les princes, 1617, in-4°, p. 7).

[197] Déageant (Mém., p. 49) désigne Luynes sans le nommer, mais le témoignage de Chaulnes qui suit ne laisse aucun doute.

[198] Chaulnes, Relation exacte, p. 453. Chaulnes nous rapporte ses discussions avec son frère ; Montpouillan confirme que M. de Luynes en définitive n'a fait que proposer de fuir dans la préparation du coup d'État (Mém., dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 26). Cf. le Comtadin provençal, 1620, in-12°, p. 11.

[199] Mercure français, 1617, p. 196.

[200] Dépêche du résident florentin, dans B. Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 173.

[201] Passade inédit de Chaulnes (Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 127 v°).

[202] C'est une des choses qui ont le plus frappé les contemporains. Y a-t-il un prince qui ait jamais eu plus de puissance sur son visage. (Discours à M. de Luynes par le sieur Dryon, Paris, 1617, in-12°, p. 29). Cf. le Fidèle sujet au roi, (s. l.), 1617, in-12°, p. 5 ; Fontenay-Mareuil, Mém., p. 114 ; l'Anchre de la paix, Lyon, 1617, in-12°, p. 8 ; Lettre de Cléophon à Polémandre, 1618, in-4°, p. 16.

[203] Journal d'Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 391 r°.

[204] Chaulnes, Relation exacte, p. 453 : M. de Morgues, Lumières pour l'histoire de France, 1643, in-12°, p. 51. On voit par sa correspondance que Richelieu n'a rien soupçonné (ses lettres à Concini des 13 et 14 avril 1617. Avenel, Lettres, t. VII, p. 379, 381). Personne, d'ailleurs, ne s'aperçut de rien (dépêche de l'ambassadeur vénitien du 24 avril, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 80).

[205] Journal d'Arnauld d'Andilly, éd. Halphen, 1857, p. 283. Le roi le dit lui-même. Il ajouta, parlant à Chaulnes : Je ne sais ce que j'aurois à dire à mon premier médecin (Chaulnes, Relation exacte, p. 454). Héroard n'a rien remarqué.

[206] Chaulnes, Relation exacte, p. 455. Déageant ne parle pas de la journée du 23. Nous avons l'emploi de cette journée par Louis XII dans Héroard (Journal, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 391 r°). Le texte de Chaulnes se trouve confirmé.

[207] Sauf une petite gravure fantaisie de Saint-Igny, les imageries un peu fruste, françaises ou allemandes, composées à propos de l'assassinat de Concini, donnant l'entrée du Louvre, nous ne connaissons pas de dessin du temps figurant cette porte du Louvre.

[208] En 1866, on a pratiqué des fouilles dans la cour carrée du Louvre et on a mis à découvert les fondations des constructions dont nous parlons. Un plan de ces fondations relevées a été donné par Berty dans sa Topographie historique du Vieux Paris (le Louvre, t. II, p. 109). C'est d'après ce plan que nous établissons les dimensions que nous venons d'indiquer. Pour la grande porte de Bourbon et le pont de bois voir le Définiment de la guerre apaisée par la mort de Concino Concini, Paris, 1617, in-12°, p. 6 et la lettre de Simon Chabot, du 28 avril 1617, dans Bulletin de la Société des bibliophiles bretons, 2e année, 1878-1879, p. 62.

[209] Mercure français, 1617, p. 197.

[210] Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 391 r°.

[211] Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 234.

[212] Chaulnes, Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 128 r°.

[213] Arnauld d'Andilly donne les noms de ces amis (Journal, éd. Halphen, 1857, p. 281), ainsi que Matthieu (la Conjuration de Conchine, p. 265). Il y a six gentilshommes ordinaires du roi : La Chesnaye, du Fay, Boyer, Sarroque, etc., un exempt des gardes, Guichaumont, le porte-arquebuse du roi, Galeteau, dix gentilshommes domestiques.

[214] Sur cette revente des greffes, voir Arch. des Aff. Étrang., France 779, fol. 153 r°, et Déageant, Mém., p. 60.

[215] Déageant, op. et loc. cit. Comme récompense du service en question, M. de Corneillan aura l'idée de demander au roi le privilège de faire attourner et enjoliver les épousées qui seront dorénavant tant en la ville que faubourgs de Paris pour lui et les siens à perpétuité, en raison des droits d'argent à en retirer (arrêt du Conseil du 11 août 1617, Arch. nat., E. 53C, fol. 383 r°). Voir sur ce Corneillan : Arch. nat., E. 64B, fol. 288 r° ; et sur les officiers de la porte, Bibl. nat., ms. Clairambault 811.

[216] Montpouillan, Mém., dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV. p. 33.

[217] On la tint à l'écart, parce qu'on croyait M. de Fourilles partisan de Concini, ce qui était inexact (Déageant, Mém., p. 67).

[218] Chaulnes, Relation exacte, p. 457 ; Montpouillan, op. cit., t. IV, p. 34 ; J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, p. 79. Il y avait pas mal de gens dans la cour du Louvre, (lettre de Boucher de Guilleville, échevin d'Orléans, dans J. Doinel, Concini, récit de sa mort, Orléans, 1883, in-8°, p. 5).

[219] Chaulnes, Relation exacte, p. 457.

[220] N. Pasquier, Lettres, 1623, p. 561. Ce fut Beausse qui vint le prévenir (Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 265).

[221] Chaulnes, Relation exacte, p. 457.

[222] Mercure français, 1617, p. 197. Il tenait un bouquet à la main.

[223] Un des futurs quarante de l'Académie française. Voir de notes biographiques sur lui dans le recueil de Conrart, Bibl. de l'Arsenal, ms. 2667, 3e partie, p. 239. Concini était également suivi de Charles de Cauvigny, seigneur de Beaux-Amis gentilhomme tranchant du roi (Bibl. nat.. ms. fr. 7834, fol. 191 v°), dont le texte imprimé fautif de Chaulnes fait deux personnages distincts. Voir sur ces Cauvigny : Arch. nat., E 60A, fol. 335 r° ; Malherbe, Œuvres, éd. Lalanne, t. IV, p. 72 et suiv. ; N. Faret, Recueil de lettres nouvelles, Paris, 1627, in-12°, p. 100, 172 ; le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, t. XI, p. 238.

[224] Chaulnes, op. cit., p. 458. Concini portait le deuil de sa fille.

[225] Le texte manuscrit de Chaulnes (Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 664, r°) que nous suivons ici présente sur le texte imprimé l'avantage d'une rédaction plus correcte et de détails inédits, tels que celui-ci.

[226] Chaulnes, op. cit., Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 129 v°. Il fut impossible de savoir qui avait tiré le premier, ajoute Chaulnes, ce qui fait que chacun des acteurs du drame se vantera d'avoir tué le maréchal. Vitry n'avait pas d'armes en main. Son épée était demeurée en écharpe et son pistolet dans ses chausses (Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 265).

[227] Chaulnes, Relation exacte, p, 457 ; Mercure français, 1617, p. 198 ; Pontchartrain, Mém., p. 387 : Matthieu, op. et loc. cit.

[228] Bibl. nat.. ms. Dupuy 661, fol. 130 v° : Il s'agit des archers de la prévôté de l'hôtel, lesquels font le service de la porte, et qui achèveront de fouiller Concini (Discours sur l'arrivée du duc de Longueville, Amiens, 1617, in-12°, p. 11).

[229] Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 281. Ce Courtade (Gabriel était créancier de Concini pour la somme de 8.000 livres, conjointement avec l'exempt des gardes de la prévôté de l'hôtel François de la Rivière (Arch. nat.. B. 57, fol. 373 r° ; E. 58a, fol. 47 r°, 240 r°).

[230] Avec, lui se trouvaient Luynes et Déageant (V. Siri, Memorie recondite, 1677, t. IV. p. 54).

[231] Déageant, Mém., p. 65.

[232] Déageant laisse entendre que c'est lui qui donna le conseil au roi de dégainer et de marcher : on constata, dans la grande salle, que Louis XIII avait l'épée a la main, Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 282 ; Chaulnes, Relation exacte, p. 458.

[233] Fontenay-Mareuil, Mém., p. 118 ; Arnauld d'Andilly, op. et loc. cit., Pontchartrain, Mém., p. 387. Les fragments des Mémoires d'Ornano publiés dans le Bullet. de la Soc. dép. d'arch. et de stat. de la Drôme (t. VII, 1873, p. 207) ne fournissent rien sur notre sujet.

[234] Voir les textes cités plus haut et Brienne (Mém., éd. Michaud, p. 12). Il s'éleva dans la cour du Louvre, dit Boitel de Goubertin (Hist. mémorable de ce qui s'est passé en France, Rouen, 1619, in-8°, p. 325), une acclamation si grande de Vive le roi ! et une voix si éclatante et accordante du peuple dont la cour étoit remplie qu'il sembloit que tous eussent participé à cette exécution.

[235] Chaulnes, Relation exacte, p. 458.

[236] Sur cette Catherine, voir notre Vie intime d'une reine de France, p. 144-145.

[237] Chaulnes, op. et loc. cit.

[238] Arnauld d'Andilly, Journal, éd. Halphen, 1857, p. 283.

[239] Chaulnes, op. et loc. cit.

[240] Chaulnes, Relation exacte, p. 459. Arnauld d'Andilly assure que Marie de Médicis fit dire au roi par M. de Bressieux que, s'il eût fait entendre le sujet des mécontentements qu'il avoit contre le maréchal d'Ancre, elle eût été la première qui lui eût conseillé de faire ce qu'il avoit fait (Journal, éd. Halphen, 1857, p. 283). Cf. S. Dupleix, Hist. de Louis le Juste, 1643, in-fol. p. 100. M. de Bressieux a écrit ce qui lui est arrivé le 24 avril (Anecdotes de la cour de France tirées de la bouche de M. du Vair, dans Mém. de Marguerite de Valois, éd. Lalanne, p. 327).

[241] Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre depuis le 24 avril, Paris, 1617, in-12°, p. 4 ; Montpouillan, Mém., t. IV, p. 38. Marie de Médicis se considérera comme ayant été honteusement chassée le 24 avril (Extrait des raisons et plaintes que la reine mère du roi fait au roi son fils, Paris, 1619, in-12°, p. 3). Louis XIII expliqua dans un document officiel qu'il avoit supplié la reine nostre dite dame et mère de trouver bon que désormais il prît en main le gouvernail de son État afin d'essayer de le relever de l'extrémité où les mauvais conseils dont elle (la reine) s'étoit servie l'alloient précipiter (Lettre du roi au parlement de Dijon, 1617, in-12°, p. 6).

[242] Chaulnes, Relation exacte, p. 459.

[243] Elle accepta la condition imposée, eut l'audience et y reçu le meilleur accueil du monde (Chaulnes, Relation exacte, p. 462).

[244] Bouchet de Guilleville, Lettres, dans J. Doinel, Concini, récit de sa mort, Orléans, 1883, in-8°, p. 10.

[245] Bentivoglio, Lettres, p. 109 ; lettre du 26 avril 1617.

[246] Bentivoglio, Lettres, p. 109, et Chaulnes, Relation exacte, p. 462.

[247] Dépêche de l'ambassadeur vénitien du 24 avril 1617 (Bibl. nat., ms. ital. 1771. p. 81) : Pontchartrain, Mém., p. 388 ; Chaulnes, Relation exacte, p. 439 : Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 284.

[248] Chaulnes, op. cit., p. 404 : voir aussi Pontchartrain, Mém., p. 388 ; Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 286. Au dire de Mathieu de Morgues, on perquisitionna dans la chambre de la reine jusqu'à regarder sous son lit (M. de Morgues, les Deux faces de la vie et de la mort de Marie de Médicis, Anvers, 1643, in-4°, p. 23 : du même, Lumières pour l'histoire de France, 1643. in-12°, p. 40).

[249] Bentivoglio est étonné de cette dureté (Lettere, 1863, t. I. p. 195) ; de même, le résident florentin (Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 210). Un folliculaire traita Louis XIII de Néron (Galluzzi, Hist. du grand-duché de Toscane, t. VI. p. 164).

[250] Chaulnes, Relation exacte, p. 450. Monteleone raconte les événements en termes très brefs à Madrid (Arch. nat., K. 1473, n° 28).

[251] Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 202. Bassompierre, qui voulut aussi aller voir Marie de Médicis, reçut la même réponse (Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 124).

[252] Dépêche de Matteo Bartolini, dans B. Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 172.

[253] Chaulnes, Relation exacte, p. 458. On envoya l'exempt La Chaussée et huit archers occuper la maison de Concini, sur le quai (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert, 221, fol. 4 v°).

[254] Passage inédit de la Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 147 v°.

[255] Nous avons le procès qui fut fait à Léonora et à la mémoire de Concini (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, collection Moreau 778 ; Arch. nat., X2a 979). Léonora se croyait sûre d'être relâchée : elle le répétait constamment au cours de son procès (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 221, fol. 237 r°, 239 v°, 339 v°, 348 r° ; cf. Fontenay-Mareuil, Mém., p. 122). Elle poussa un cri strident en entendant qu'elle était condamnée à mort (amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 257). Mais elle mourut courageusement (Boitel de Goubertin, Hist. des choses plus mémorables de ce qui s'est passé en France, Rouen, 1620, t. II, p. 344 ; Mercure français, 1617, p. 231 ; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 320 ; B. Legrain, Décade, p. 419). Louis XIII, qui n'avait pas voulu être à Paris au moment de l'exécution (Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 338), fut ému des détails et n'en dormit pas (Héroard, Journal, Bibl. nat.. ms. fr. 4025, fol. 419 v°). Marie de Médicis parut affectée (Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 381 ; amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 202).

[256] Chaulnes, Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 134 v°. Cf. amb. vénitien, dépêche du 24 avril, Ibid., ms. ital. 1771, p. 81.

[257] Et l'annonça aux provinces : Nous avons fait arrêter sa femme (de Concini), ensemble ses susdits ministres (Lettre du roi au parlement de Dijon, 1617, p. 6). Rohan dit que Richelieu fut en effet arrêté, ce qui n'est pas exact (Mém., éd. Michaud, p. 511).

[258] Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 293.

[259] Ils envoyèrent toutefois Braguelonne à Marie de Médicis. Braguelonne parvint, on ne sait comment, jusqu'à la reine. La reine répondit qu'elle ferait pour Barbin ce qu'elle pourrait, mais que pour les deux autres elle ne savait que dire (Chaulnes, Relation exacte, p. 460).

[260] Pontchartrain, Mém., p. 391 ; Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre, p. 4. Ses meubles furent saisis par un huissier du Conseil d'État (Bibl. nat., ms. fr. 18192, fol. 32 v°). Il sera condamné au bannissement le 30 août 1618 comme criminel de lèse-majesté (Bibl. nat., ms. Dupuy, 92. fol. 125 r° ; Arch. des Aff. Étrang., France 772. fol, 16 r°). Il se retira en Franche-Comté, à Besançon, alors terre étrangère, d'où il écrivit lettres sur lettres pour implorer sa grâce. Il sollicitait l'appui de Richelieu, invoquant leur ancienne amitié, disant qu'il mourait de faim, n'avait pas un sou vaillant et était malade de la pierre (voir le dossier de ses lettres, arch. des Aff. Étrang., France 775, fol. 119 r° et suiv.). Richelieu s’occupa de lui mollement. Déageant, plus généreux, intervint en sa faveur (lettre de Déageant à Richelieu, Arch. des Aff. Étrang., France 771, fol. 119 v°). On se heurta à un refus de Louis XIII.

[261] Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I. p. 105 ; Mercure français, 1617, p. 200 ; Gaspart, Thrésor de l'histoire générale de notre temps, Paris, 1623, in-8°, p. 206 ; du Maillais, Hist. générale des rois de France, Paris, 1629, in-fol., t. II. p. 738 ; Fontenay-Mareuil, Mém., p. 118.

[262] Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 290 : Chaulnes, Relation exacte, p. 460.

[263] Lettre de Tantucci à Richelieu, du 21 février 1619, Arch. des Aff. Étrang., France 771, fol. 57 r°.

[264] Richelieu dit dans ses Mémoires (t. I, p. 156) qu'il a été très bien reçu par Louis XIII et il l'a raconté, le lendemain du 24 avril, au nonce (Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 195). Par contre, Chaulnes (Relation exacte, p. 461), Brienne (Mém., p. 12), B. Legrain (Décade, p. 391), C. Bernard (Hist. de Louis XIII, t. I, p. 79), assurent qu'il a été mal accueilli. On voit par Pontchartrain (Mém., p. 387) et Chaulnes (op. et loc. cit.) que les deux versions sont exactes, mais successives et telles que nous venons de le dire.

[265] Passage inédit de la Relation exacte de Chaulnes (Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 137 r°). Richelieu avoue avoir été éconduit du Conseil par Villeroy (Mém., t. I, p. 157).

[266] Pontchartrain, Mém., p. 387 ; lettre de Boucher de Guilleville, dans J. Doinel, Concini, récit de sa mort, p. 6. Cf. : Réjouissance de la France sur l'élection et rétablissement de Monseigneur du Vair, Paris, 1617, in-12°. Les lettres patentes rétablissant chacun des anciens ministres ne sont datées que du 30 avril (Arch. des Aff. Étrang., France 771. fol. 103 r° et suiv.).

[267] Le cabinet des livres est dans le pavillon du roi au Louvre (Héroard, Journal, Bibl. nat., ms. fr. 4025. fol. 358 r°) ; ses fenêtres donnent sur la cour (Ibid., 305 r°).

[268] Richelieu le dit lui-même (Mém., t. I, p. 157).

[269] Bibl. nat., amb. vénitien, ms. ital. 1771, p. 84 ; Lettre du roi aux gouverneurs de ses provinces, Paris, 1617, in-8°, 12 p. Cette circulaire fut traduite en allemand sous le titre de : Der königlichen Majestat in Franckreich Ludwigs des dreizenhenden an alle Officirer der Kron Franckreich Erklärung, in-4°. Voir encore la lettre envoyée à M. de Béthune, ambassadeur à Rome (Bibl. nat., nouv. acq. fr. 7797, fol. 62), et d'autres du même genre (Ibid., ms. fr. 23862, fol. 197 r°).

[270] Richelieu, Mém., t. I, p. 156 ; Mercure français, 1617, p. 199.

[271] Chaulnes, Relation exacte, p. 460 ; registre du conseil du Parlement, cité par R. de Crèvecœur, Un document nouveau sur la succession de Concini, p. 5 ; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 266.

[272] Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 283 ; Pontchartrain, Mém., p. 388.

[273] Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 234.

[274] Dépêche de l'ambassadeur vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 86. Cf. Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 283.

[275] Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 192. Voir les discours qu'on lui prête : le Roi hors de page à la reine mère, 1617, in-12°, p. 12.

[276] Chaulnes, Relation exacte, p. 462.

[277] Louis XIII avait reçu avant la délégation les deux avocats généraux, Servin et Lebret, et leur avait dit textuellement : Je suis roi, maintenant : je suis votre roi ; je l'ai été, mais je le suis et serai, Dieu aidant, plus que jamais ! Vous direz à ma cour de Parlement que Conchine a été tué ayant résisté à ceux à qui j'avois commandé de l'arrêter. Dites à mon Parlement que ce méchant a voulu attenter à ma personne et a entrepris sur mon État (rapport de Servin à la cour, dans Mathieu Molé, Mém., éd. Champollion-Figeac, t. I, p. 145).

[278] Dépêche de l'amb. vénitien du 2 mai (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 95).

[279] Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 92 ; Chaulnes, Relation exacte (Bibl. nat., ms. Dupuy 661 fol. 144 r°). Vitry fit prendre les chevaux à l'écurie de Concini dès le lendemain matin. Les 70.000 ducats furent prélevés sur les fonds du maréchal d'Ancre que détenait le banquier Lumagne. Ils donnèrent lieu à des contestations (Arch. nat., E 59a, fol. 58 r°).

[280] Montpouillan, Mém., dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 39 ; Castelnaut, Mém., ibid., t. IV, p. 95. Montpouillan fut gentilhomme ordinaire de la chambre du roi (Arch. nat., E. 61a, fol. 30 r°).

[281] En septembre 1617, dit le Mercure français (1617, t. II, p. 97), au moment, de son mariage avec mademoiselle de Montbazon.

[282] En juillet (amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 258).

[283] Les lettres patentes par lesquelles il est fait don à Luynes des biens de la maréchale d'Ancre sont d'août 1617 (Bibl. nat., ms. Dupuy 853, fol. 109) et l'arrêt du Conseil l'envoyant en possession, du 6 septembre (Arch. nat., E. 56e, fol. 66 r°). Sur cette succession des Concini, voir R. de Crèvecœur, Un document inédit sur la succession de Concini ; des arrêts du Conseil (Arch. nat., E. 55c, fol. 203 r°, 344 r°, 348 r°, 433 r°, 483 r° : E. 56a, fol. 3 r°) et d'autres documents (Bibl. nat., ms. Dupuy 550, fol. 64 ; ms. fr. 10726 ; ms. fr. 18192, fol. 21 r°).

[284] Lettre de Déageant à Richelieu du 24 mai 1617 (Arch. des Aff. Étrang., France 771, fol. 125 r°). Tronson fut fait secrétaire du cabinet (Bibl. nat., ms. fr. 7854, fol. 286 v°) : Modène deviendra grand prévôt de France (Arch. des Aff. Étrang., France 773, fol. 286 r°).

[285] Pontchartrain, Mém., p. 388 ; les Mémoires de ce qui s'est passé durant le siège de Soissons en cette présente année 1617 (par Fabri, Paris, 1617, in-4°). Louis XIII avait envoyé des gentilshommes aux princes pour les prévenir (Bulletin de la Soc. de l'hist. de France, 1853, p. 115).

[286] Sommation faite à Monsieur le duc d'Épernon en suite de la déclaration du roi, Tours, 1619, in-12°, p. 8 ; lettre de M. de Bourdeille à Louis XIII, du 4 mai 1617 (Bibl. nat., ms. Clair. 372 fol. 135 v°). Le pape envoya un bref de félicitations (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 177).

[287] Lettre du 30 avril 1617 (Bibl. nat., ms. Clair. 372, fol. 133 r°). Cf. Allégresse de tous les vrais fidèles François et serviteurs de Sa Majesté sur la mort du marquis d'Ancre, Nevers, 1617, in-12° ; Heureux augures au roi de sa victoire, Paris, 1617, in-12°, p. 14.

[288] Le Paysan de Ruel au roi, p. 12 ; le Passe-temps de Pierre Dupuis, Paris, 1617, in-12°, p. 3 ; le Réveil du soldat français, au roi, sur la juste punition du marquis d'Ancre, Paris, 1617, in-12°.

[289] La Voix du peuple au roi, Paris, 1617, in-12°, p. 5 ; l'Anchre de la paix sur le retour de Messieurs les princes, Lyon, 1617, in-12°, p. 3.

[290] Les Désirs de la France sur la mort de Conchine, Paris, 1617, in-12°, p. 3 ; la Disgrâce des favoris de la fortune présentée, au roi, Paris, 1617, in-12°, p. 8 ; la Merveille royale de Louis XIII, Paris, 1617, in-12°, p. 4 ; le Salomon de la France, Paris, 1617, in-12°, p. 7 ; Avis à Messieurs de l'Assemblée, (s. l.), 1618, in-4°, p. 27-28.

[291] Lettre de Cléophon à Polémandre, 1618, in-12°, p. 18 ; les Merveilles et coups d'essai de Louis le Juste, 1617, in-12°, p. 18 ; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 289.

[292] Le Te Deum des Béarnais, p. 4. La satisfaction des protestants fut grande (P. de Lescun, Apologie des églises réformées de l'obéissance du roi, Orthez, 1618, in-8°, p. 37 : Harangue faite au roi par les députés du synode national des églises réformées de France, le 27 mai 1617, La Rochelle. 1617, in-12°, p. 4 ; lettre du duc de Rohan à M. de la Force, du 15 mai 1617, dans É. Charavay, Collection de lettres autographes du règne de Louis XIII, Paris, 1873, in-8°, p. 33).

[293] Propos doré sur l'autorité tyrannique de Cocino, 1617, in-12°, p. 36 ; le Manifeste de la France à Monsieur le maréchal de Vitry, Paris, 1617, in-12°.

[294] Réception de Monsieur le baron de Vitry en la dignité de maréchal de France faite en Parlement le mardi 23 mai 1617, Paris, 1617, in-12° ; on célébrera son mariage comme un événement public (Boitel de Goubertin, Hist. tragique de Circé ensemble l'heureuse alliance du cavalier victorieux et de la belle Adrastée, Paris, 1617, in-12°).

[295] Mercure français, 1617, p. 205.

[296] L'Enterrement, obsèques et funérailles de Conchine, Paris, 1617, in-12°, p. 5. Les sources contemporaines abondent de détails sur l'incident ; nous résumons le récit circonstancié de Chaulnes (Relation exacte, p. 466). Voir aussi la lettre de Simon Chabot à Mathurin Chabot du 28 avril 1617 (Bull. de la Soc. des Bibliophiles bretons, 2e année, 1878-79, p. 62).

[297] Le roi passant par la galerie et ayant demandé quel bruit c'estoit (que celui qu'on entendait sur le Pont-Neuf) et lui estant répondu que c'estoit le peuple qui avoit pendu le corps du maréchal d'Ancre, témoigna d'être bien marri qu'on n'eut empêché ce désordre de bonne heure (passage inédit de Chaulnes, Relation exacte, Bibl. nat., ms. Dupuy 661, fol. 148 r°).

[298] Voir de ces chansons dans un recueil de pièces concernant Concini, Bibl. de l'Institut, 8a X 457a. On fit des chansons même à l'étranger (E. Le Blant, Une chanson hollandaise sur le meurtre du maréchal d'Ancre, dans Mém. de la Soc. des antiquaires de France, 4e série, t. VI, 1875, p. 259).

[299] Voir : la Juste punition de Lycaon, Florentin, surnommé marquis d'Ancre, Paris, 1617, in-12° ; la Descente du marquis d'Ancre aux enfers, 1617, in-12° ; Tragédie nouvelle de la perfidie d'Aman, mignon et favori du roi Assuérus, Paris, 1622, in-8° ; la Magicienne estrangère, Rouen, 1617, in-8° ; la Tragédie des rebelles, par Pierre de Brinon, Paris, 1622, in-12° ; Histoire des prospérités malheureuses d'une femme Cathenoise, grande sénéchale de Naples, Paris, 1617, in-12° ; voir aussi l'Argenis de Barclay (cf. A. Collignon, Notes sur l'Argenis de Jean Barclay, Paris, 1902. in-8°, p. 61), etc.

[300] Pontchartrain, Mém., p. 390 ; Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 202.

[301] Journal d'Arnauld d'Andilly, 1857, p. 285.

[302] Bentivoglio, Lettere, t. I, p. 203. Le 24 avril, Richelieu avait fait savoir à Marie de Médicis, par le valet de chambre Nicolas Roger, la douleur que je ressentois de son malheur auquel certainement je la servirais selon toute l'étendue de mon pouvoir (Richelieu, Mém., t. I, p. 150).

[303] Chaulnes, Relation exacte, p. 471. D'après l'ambassadeur vénitien (Bibl. nat., ms. ital., 1771, p. 96), Marie de Médicis demanda à décider elle-même de l'endroit où elle se retirerait. Arnauld d'Andilly dit (Journal, 1857, p. 287) : Elle désira de s'en aller... elle choisit Blois. Bentivoglio écrit : La reine mère a jugé pour le mieux de se retirer à Blois et d'y demeurer quelque temps (Lettres, Paris, 1680, p. 105). Il est donc inexact, comme Richelieu le prétend, que ce soit Luynes qui ait éloigné Marie de Médicis de Paris (Richelieu, Mém., t. I, p. 161).

[304] Chaulnes, Relation exacte, p. 471 ; Journal d'Arnauld d'Andilly, p. 287. Il était entendu que l'éloignement était temporaire (lettre du roi à sa mère, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert, 98, p. 24 ; Déageant, Mém., éd. de 1668, p. 46).

[305] Ce fut Richelieu qui demanda à aller avec la reine à Blois (M. de Morgues, Lumières pour l'hist. de France, 1643, in-12°, p. 52). Il voulut en avoir la permission écrite du roi (Richelieu, Mém., t. I, p, 171). Nous avons l'original de cette permission (Arch. des Aff. Étrang., France 244, fol. 1 r°). Elle est datée du 11 mai.

[306] Un des meilleurs récits est celui que donne Bassompierre, témoin oculaire (Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 126). L'heure et le lieu sont indiqués par Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 396 r°).

[307] Mercure français, 1617, p. 216.

[308] Amb. vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 97.

[309] Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 299.

[310] Richelieu, Mém., t. I, p. 164.

[311] Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre, p. 12 (récit officieux). Bassompierre résume ce discours (op. et loc. cit.). Richelieu donne un texte plus long (Mém., t. I, p. 163). C'était probablement celui qu'il avait préparé lui-même : il n'a pas été prononcé. Le mot Madame dit par le roi à sa mère est conforme au protocole royal du temps et n'a pas un sens blessant.

[312] Bassompierre, op. et loc. cit. ; Arnauld d'Andilly, Journal, 1857, p. 299.

[313] Le détail de la sortie de Paris est donné par Chaulnes, Relation exacte, p. 473.

[314] Elles l'avaient expressément demandé. Suivant Bentivoglio (Lettere, 1863, t. I, p. 211), ce fut le plus grand chagrin de Marie de Médicis que de ne pas emmener ses filles.

[315] Le peuple ne s'abstint néanmoins pas de plusieurs paroles irrespectueuses (Richelieu, Mém., t. I, p. 164). Louis XIII parle d'injures qu'on adressa à Marie de Médicis (lettre à sa mère, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert, 98, p. 24). Il parait que Marie de Médicis était très calme et qu'elle n'eut pas une larme (Richelieu, Mém., t. I, p. 163).

[316] Chaulnes, Relation exacte, p. 474.

[317] Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre, p. 13 ; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 311. Chaulnes (Relation exacte, p. 471), donne les raisons pour lesquelles Louis XIII partit pour Vincennes.

[318] Mercure français, 1617, p. 200. Le synode des protestants réuni à Vitré envoya à Louis XIII une adresse dans laquelle il lui disait : La France cognoist qu'elle a un roi (Ibid., 1617, t. V, p. 41).