LA VIE SOCIALE À ROME AU TEMPS DE CICÉRON

 

CHAPITRE III. — LES GENS D'AFFAIRES ET LEURS OPÉRATIONS.

 

 

A Rome, les hautes classes se partageaient à peu près en deux catégories, suivant que leurs membres entendaient ou non briguer des magistratures qui leur permissent de parvenir plus tard au Sénat. A l'ordre sénatorial appartenaient tous les sénateurs et tous les fils de sénateurs, qu'ils eussent ou n'eussent pas été élus auparavant à la questure, magistrature qui, à partir de Sylla, donna le droit d'entrer au Sénat. Mais en dehors de cet ordre, il y avait un bon nombre d'hommes riches et cultivés dont beaucoup étaient dans les affaires ; nous entendons par ces mots, non pas tant le commerce et les opérations mercantiles, que la banque, le métier de prêteur, les entreprises pour le compte de l'État et la ferme des impôts. On désignait les citoyens de cette classe par le terme assez étrange de chevaliers (Equites) que les historiens modernes de Rome emploient par malheur encore souvent. C'était en réalité à cette époque la partie la moins guerrière de la population. Voici l'origine de leur nom : on le donnait primitivement aux citoyens qui, propriétaires de leur cheval et payant un certain cens (equites equo privato). avaient par suite le droit de servir dans la cavalerie ; plus tard, on exigea le même cens des juges auxquels Caius Gracchus attribua la juridiction en matière de concussion, de sorte que la loi de Gracchus eut pour effet de constituer un ordre équestre à côté de l'ordre sénatorial[1], avec un cens de quatre cent mille sesterces, cent mille francs environ. Quiconque possédait ce capital pouvait se qualifier d'Eques, pourvu qu'il ne fût pas sénateur, même s'il n'avait jamais ni servi dans la cavalerie ni enfourché un cheval.

Ce qui doit nous occuper ici, ce sont les affaires de ces chevaliers, non l'histoire de leur rôle dans l'Etat. Nous les considérerons comme les représentants des capitalistes et nous étudierons les principaux usages auxquels ils employaient leurs capitaux à l'époque de Cicéron, car ce sont eux qui traitaient la plus grande partie des affaires d'argent de l'Empire, non pas toujours il est vrai pour leur compte personnel. Ils se faisaient souvent les prête-noms de personnages sénatoriaux et se chargeaient de placer leurs capitaux et de les faire valoir. La loi, à la prendre au pied de la lettre, n'autorisait pas un sénateur à s'occuper d'affaires qui le contraignissent à quitter l'Italie[2] ; on y avait besoin de ses services et, s'il eût vaqué à ses fonctions officielles avec zèle et énergie, il n'aurait jamais pu trouver le temps de voyager pour ses affaires personnelles. A l'époque dont nous parlons, il y avait bien des moyens de se soustraire à ses devoirs ; on en profitait trop souvent ; bien des sénateurs, sans aucun doute, chargeaient des chevaliers de leurs intérêts à l'étranger et il est donc juste de dire que ceux-ci avaient entre les mains la presque totalité des affaires monétaires de l'Empire.

Le cens en question nous paraîtra peut-être bien bas, mais il ne nous indique pas quelle pouvait être la fortune réelle d'un chevalier riche. Rien n'est plus étonnant, dans l'histoire du dernier siècle de la République, que l'énormité des capitaux dont quelques particuliers disposaient et des sommes prêtées ou empruntées pour leur compte par des hommes d'.Etat dont les noms nous sont familiers. On nous dit que les dettes de César, encore tout jeune homme, s'élevaient à sept millions de francs et que Crassus avait placé deux cents millions de sesterces — environ cinquante millions de francs — en biens-fonds seulement[3]. Cicéron, quoique ses affaires fussent parfois embarrassées, trouva toujours à emprunter les sommes considérables qu'il dépensait en maisons, en bibliothèques, etc. Ces personnages appartenaient à l'ordre sénatorial ; quant aux chevaliers proprement dits, qui s'occupaient surtout de prêts, nous n'en savons pas aussi long sur leur compte : ils n'étaient pas aussi en vue que les précédents. Par bonheur, en revanche, nous connaissons bien Atticus, le type de ce qu'il y avait de mieux et de plus distingué dans l'ordre équestre, grâce à la petite biographie que Cornélius Nepos, son contemporain et son ami, nous a laissée de lui et aux nombreuses lettres de Cicéron qui lui sont adressées. Il tenait de son père une modeste fortune de quatre cent mille francs. Il l'employa à l'acquisition de terres, non en Italie, mais en Epire, où les prix étaient probablement plus bas. Quant aux bénéfices de son exploitation, conduite par lui sans doute avec beaucoup de soin et d'intelligence, il les replaça autrement. Il prêta de l'argent à des villes grecques : à Athènes, sans réclamer d'intérêts ; à Sicyone, sans grand espoir de rentrer dans ses fonds ; mais nous pouvons croire qu'il fit avec beaucoup d'autres villes des opérations analogues et très fructueuses. Il entreprit aussi le métier d'éditeur, en achetant des esclaves habiles copistes, et en cela, comme en beaucoup d'autres choses, son amitié fut d'un prix inestimable pour Cicéron. Si nous nous rappelons qu'à cette époque tout homme vraiment cultivé possédait une bibliothèque et tenait à se procurer lé dernier livre paru, nous comprendrons combien cette entreprise put prendre d'extension et devenir profitable ; nous ne serons pas surpris de voir Cicéron demander à Atticus de veiller à ce qu'on pût se procurer à Athènes et dans les autres villes grecques des exemplaires de l'histoire de son consulat écrite en grec[4]. Cet habile homme plaça aussi des fonds dans l'élevage des gladiateurs qu'il louait ensuite avec bénéfice, comme il louait sans doute ses esclaves copistes[5]. Enfin, il possédait des maisons à Rome ; il a dû faire de l'argent de bien des façons différentes, dépensant peu pour lui-même, s'occupant personnellement de toutes ses affaires avec une attention infatigable, comme il le fit pour celles de Cicéron avec un entier désintéressement. Nous le regardons comme-le type le plus honorable de l'homme d'affaires romain ; ce n'est pas le millionnaire gorgé d'or qui passe sa vie au milieu d'un luxe grossier ; c'est un homme qui aima le travail pour son compte et pour celui de ses amis et qui avait acquis des hommes et des choses une connaissance si approfondie qu'il put faire sa fortune sans inquiétude ni pour lui-même ni pour les autres. Nous ignorons quels profits il réalisa dans ses diverses affaires, mais il s'en occupait depuis plusieurs années quand il dut à l'héritage d'un oncle la plus grande partie de sa fortune. Cet oncle, capitaliste et financier, était de naturel moins distingué et moins raffiné que son neveu. Cornélius Nepos le peint d'un trait comme un familier de L. Lucullus, riche et d'un caractère très difficile. Le neveu fut la seule personne qui pût s'entendre avec ce père Grandet de la société romaine et ce simple fait nous en dit autant sur le caractère et les sentiments d'Atticus que toute la correspondance de Cicéron. L'heureux résultat de ces bonnes relations fut que l'oncle légua à son neveu une somme qu'il est permis d'évaluer à deux millions cinq cent mille francs[6], et, à partir de ce moment, si Atticus n'est pas un archimillionnaire, on peut cependant le considérer comme un gros capitaliste dont les fonds, solidement placés, ne cessaient de s'accroître.

On ne peut donc douter ni de l'abondance des capitaux à Rome au dernier siècle A. C., ni des capacités financières de beaucoup de capitalistes, ni des moyens nombreux et profitables qu'ils trouvaient d'en tirer parti. Mais si nous voulons nous mieux renseigner sur l'histoire financière de Rome, ce qui est de la plus grande importance pour bien comprendre et caractériser avec précision non seulement l'état économique mais l'état social et moral de Rome à cette époque, il nous faut remonter au moins jusqu'à la guerre avec Hannibal.

Longtemps auparavant des particuliers eurent à leur disposition des capitaux surabondants ; c'est un fait bien connu et prouvé par l'ancienne législation romaine sur les dettes et par les renseignements traditionnels que nous possédons Sur les fâcheuses relations entre débiteurs et créanciers. Pour ne pas remonter trop haut, notons un fait frappant que nous rencontrons dès le début de cette terrible guerre. En 215 A. C. et l'année suivante, le trésor se trouva presque épuisé ; alors, pour la première fois, que nous sachions, des particuliers vinrent à la rescousse et prêtèrent à l'Etat des sommes considérables[7] ; les prêteurs appartenaient à des associations qui, lors des guerres précédentes, avaient fait de bonnes affaires dans des entreprises pour le compte de l'Etat. La présence d'Annibal en Italie contribua à tarir les ressources de l'État ; elle intercepta les approvisionnements en métaux précieux et força les Romains à réduire à une once le poids de l'as et, chose surprenante, à frapper pour la première fois de la monnaie d'or — mesure nécessitée sans doute par la disette d'argent — et à se servir de l'or en lingots appartenant au trésor ou à des particuliers. A la fin de la guerre, l'argent redevint abondant ; dès lors, tous les comptes se réglèrent en argent, et l'on cessa peu à peu de frapper de la monnaie d'or.

Quand Rome, après la défaite décisive de son ennemi mortel, eut le bonheur de pouvoir de nouveau respirer, on y vit affluer ces richesses dont le capitalisme du temps de Cicéron fut la conséquence directe. Les sources principales de ces richesses furent, du moins en ce qui concerne l'Etat, les indemnités payées par les peuples vaincus, par Carthage et par Antiochus de Syrie surtout, et le butin que ies généraux victorieux apportèrent à Rome. Tite-Live en a gardé un compte précis et le meilleur exemple à citer est peut-être celui du butin que Scipion l'Asiatique rapporta d'Asie Mineure en 189 A. C. Pline remarque que la première invasion du luxe en Italie vint de là[8]. On a calculé que le montant total des indemnités peut s'évaluer approximativement, pour la période des grandes guerres du second siècle A. C., à cent cinquante millions de notre monnaie et la valeur du butin à la même somme environ. Il faut tenir compte, en outre, du produit des mines d'argent de l'Espagne, dont les Romains s'emparèrent comme de toutes les autres possessions carthaginoises ; les plus riches étaient voisines de Carthagène ; Polybe nous apprend que, de son temps, on y occupait quarante mille mineurs et qu'elles donnaient d'énormes bénéfices[9].

Tout cela allait au trésor, sauf la part du butin distribuée aux soldats romains ou alliés, les premiers recevant régulièrement le double des seconds. Mais l'affluence de ces richesses dans la caisse de l'État ne tarda pas à affecter la prospérité de toute la communauté ; la meilleure preuve en est que, en 167 A. C., après la seconde guerre de Macédoine, l'impôt sur la fortune ne fut plus exigé de tous les citoyens. Dorénavant, le citoyen romain fut exonéré de toute charge ou peu s'en faut, sauf l'obligation du service militaire, et encore y avait-il déjà des signes évidents qu'il commençait à s'en lasser. Il voyait les grands personnages de son temps, enrichis à l'étranger, mener une vie fastueuse, et le goût du bien-être et de l'oisiveté le gagna bientôt lui aussi inévitablement. Polybe, il est vrai, qui écrit entre 140 et 130 A. C., se refuse à admettre que les Romains de marque fussent corrompus et rapaces[10], et ses amis, Paul-Émile et ses fils, se distinguaient par leur stricte probité ; mais la seule présence de ce mot probité dans les épitomés de Tite-Live qui se rapportent à cette époque est une preuve trop manifeste de la corruption générale. En 149 A. C., on édicta la première d'une longue série de lois destinées, mais en vain, à mettre un terme aux exactions des gouverneurs provinciaux et, comme cette loi institua pour la première fois une cour permanente chargée d'en connaître, on est en droit de conclure que les délits de cette espèce étaient fréquents et allaient en augmentant.

Un caractère remarquable de cette affluence de richesses est son extraordinaire soudaineté. Dans l'espace d'une seule vie, celle de Caton le Censeur, qui mourut âgé eu 149 A. C., la condition financière de l'Etat et des particuliers changea de fond en comble. Caton aimait à gagner de l'argent et savait très bien comment s'y prendre pour cela, ainsi que son traité d'agriculture le prouve clairement ; mais il ne voulait faire que des gains légitimes et entendait les employer utilement ; aussi n'épargna-t-il pas sa peine pour empêcher les autres de faire des profits malhonnêtes et des dépenses inutiles. Il sut voir que cette soudaine affluence troublait l'équilibre de la mentalité romaine et que ce désir de gagner de l'argent se substituait au sentiment des devoirs envers l'Etat. Il comprit qu'aucun Romain ne pouvait servir deux maîtres, Mammon et l'Etat, et que Mammon prenait la haute main dans la direction de la vie romaine. Si l'accumulation des richesses eût été graduelle et non soudaine, naturelle et non artificielle, le mal que nous signalons ne se fût pas produit ; comme en Angleterre à partir du XIVe, l'accroissement régulier du capital n'aurait causé aucun trouble moral, n'aurait engendré aucune fausse théorie économique, parce qu'il aurait été organique et aurait eu pour soutiens des principes économiques solides et naturels[11]. Comme l'historien français l'a dit avec un singulier bonheur d'expression[12] : L'or est comme l'eau d'un fleuve ; s'il inonde subitement, il dévaste ; s'il arrive par mille canaux où il circule lentement, il porte partout la vie. C'est à l'époque de ces grandes guerres si funestes  à la condition économique de Rome, que les gens d'affaires, c'est-à-dire les capitalistes qui n'appartenaient pas à l'ordre sénatorial, commencèrent à prendre une réelle importance. Au siècle suivant, tels que nous les connaissons d'après la correspondance de Cicéron, ils devinrent un des grands pouvoirs de l'Etat, non seulement à Rome, mais dans tous les coins de l'Empire. Voyons maintenant comment ils acquirent tant d'importance et de puissance -et comment ils surent tirer parti de leurs capitaux et des circonstances favorables. Les historiens omettent ordinairement de l'expliquer et cependant il est, sans cela, impossible de comprendre l'état de la société et de la vie publique à Rome à cette époque.

On peut distinguer deux classes de gens d'affaires selon le genre de leurs entreprises, soit pour le compte de l'Etat, soit pour leur compte particulier. Il ne s'ensuit pas que-ces deux classes s'excluent réciproquement ; on pouvait fort bien placer des fonds à la fois dans des entreprises particulières et publiques ; mais elles étaient parfaitement distinctes les unes des autres et portaient des noms spéciaux. L'entreprise publique se nommait publicum[13] et les entrepreneurs étaient les publicani ; l'entreprise particulière, negotium, et les hommes d'affaires qui la dirigeaient étaient des negotiatores (négociants). Les publicains formaient entre eux des sociétés par actions (societates publicanorum). Les simples hommes d'affaires pouvaient s'adjoindre un ou plusieurs associés[14], mais ils semblent en général avoir opéré seuls. Occupons-nous d'abord des publicains.

Dans le passage cité plus haut, Tite-Live nous dit que des sociétés de publicains firent des avances à l'Etat et il ajoute que trois d'entre elles concoururent pour obtenir l'adjudication de l'emprunt. Il est donc clair que l'adjudication des travaux publics fonctionnait en plein avant cette date et que les adjudicataires recouraient déjà à l'association pour diminuer les risques. Ce système est la conséquence de la nature des choses et il ne faut pas à l'historien beaucoup d'imagination pour en prévoir le développement. A mesure que Rome s'engagea dans des guerres qui lui assurèrent d'abord la conquête de l'Italie, puis, peu à peu, de vastes domaines d'outre-mer, il fallut équiper et approvisionner des armées et des flottes, ouvrir des routes, faire rentrer les revenus de l'Etat, ériger des bâtiments nouveaux à l'usage du public et du culte, se procurer des céréales pour ravitailler une population croissante, et avant tout percevoir les impôts en Italie aussi bien que dans les provinces, au fur et à mesure que chaque conquête[15]. Le gouvernement manquait de l'organisation nécessaire pour faire face à tous ces besoins ; il n'avait pas comme nous des départements ou bureaux, chacun avec son état-major d'employés permanents ; eût-il été mieux pourvu, qu'il eût encore trouvé plus commode, comme c'est le cas des gouvernements modernes, de charger des entrepreneurs des travaux nécessaires. Tous les cinq ans, les censeurs mettaient en adjudication diverses entreprises que des compagnies d'entrepreneurs devaient exécuter à forfait, quitte à tirer de l'affaire le profit qu'ils pourraient. Cela épargnait beaucoup de soucis au Sénat et aux magistrats à qui incombaient d'autres soins, et le système n'eut aucun inconvénient aussi longtemps que les Romains restèrent honnêtes et incapables d'agioter ou de négliger l'ouvrage. Le seul fait qu'ils s'associaient pour l'entreprise montre qu'ils se rendaient compte du risque qu'elle comportait et voulaient le diminuer autant que possible ; cela n'est pas une preuve de rapacité, mais du désir de sauvegarder le capital engagé.

A mesure que Rome étendit ses conquêtes, au second siècle A. C., et dut pourvoir à des besoins publics toujours croissants, on s'aperçut que, si les concessionnaires couraient quelques risques, ils pouvaient en revanche avec de l'habileté, de l'expérience et à condition de ne pas s'embarrasser de trop de scrupules, trouver dans ces affaires des placements parfaitement sûrs et profitables. Il en est ainsi surtout de la perception des impôts dans ces provinces, comme la Sicile et l'Asie, qui payaient en dîmes et ne s'acquittaient pas en un seul versement. On y faisait parfois de gros bénéfices, vu qu'il n'était pas nécessaire de se montrer trop délicat quant aux droits et aux réclamations des provinciaux. Dès le temps des Gracques, ces sociétés par actions étaient devenues le placement favori de tous ceux qui avaient à leur disposition quelques capitaux, et personne n'hésitait à en profiter. Polybe, qui vécut plusieurs années à Rome à cette époque, et qui connaissait à fond la vie romaine, nous a laissé, dans son VIe livre (chap. XVII), des renseignements précieux sur l'empressement universel du public à se procurer des actions de ces sociétés ; ce placement passait donc à la fois pour sûr et lucratif.

Ces sociétés étaient administrées par des hommes d'affaires connus, comme nos sociétés par actions le sont par des capitalistes influents. Polybe nous dit que ceux d'entre eux qui s'y intéressaient prenaient part aux adjudications des censeurs ; on les nommait mancipes, parce qu'ils levaient la main pour signifier qu'ils acceptaient l'adjudication[16]. D'autres, ajoute Polybe, s'associaient avec les mancipes et partageaient avec eux les responsabilités ; c'étaient les socii. Il était nécessaire, cela est évident, de fournir des garanties pour la bonne exécution du contrat et Polybe ne manque pas de mentionner aussi les prædes ou cautions[17]. Enfin, il dit que d'autres personnes encore engageaient leurs biens en faveur de ces membres officiels des compagnies, ou en leur nom, pour l'entreprise publique. Les derniers termes dont Polybe se sert prêtent à plus d'une interprétation, mais comme il ajoute que tous ceux qui avaient de l'argent le plaçaient dans ces entreprises, nous pouvons en inférer qu'il entend parler des participes ou actionnaires porteurs de petites actions (partes) ou de très petites actions (particulæ)[18]. Cicéron, dans une des Verrines (II, I, 55), semble bien distinguer les actionnaires des associés ; il y cite une disposition introduite illégalement par Verrès, en qualité de préteur, dans un cahier des charges (lex censoria) des censeurs qui de censoribus redemerit eues socium ne admittito, neve partent datocelui qui se sera fait adjuger une concession par les censeurs n'aura pas le droit ni de prendre un associé ni de donner une participation. S'il en est ainsi, nous pouvons regarder l'associé comme participant à l'administration de l'affaire et aux responsabilités, tandis que le commanditaire se bornait à y placer son argent[19]. La gérance appartenait à un directeur (magister) résidant à Rome, nommé pour un an comme les magistrats de l'Etat, et représenté, dans les provinces, par un promagister (sous-directeur) analogue au promagistrat, avec un état-major de nombreux assesseurs[20]. Les communications entre l'administration centrale à Rome et celle des provinces étaient assurées par des courriers (tabellarii) esclaves pour la plupart ; il est intéressant de noter, à ce propos, que ces courriers, souvent mentionnés dans la correspondance de Cicéron, se chargeaient aussi de transmettre les lettres particulières des personnes en relation avec leurs maîtres.

De pareilles affaires, dont dépendaient les intérêts d'un si grand nombre de citoyens, devaient rendre nécessaire un lieu de réunion analogue à la Bourse des temps modernes. En fait, les basiliques et les portiques que nous avons vus dans notre promenade à travers Rome, en tenaient lieu[21]. Le lecteur des lettres de Cicéron aura remarqué combien souvent il y est question du Forum comme centre de la vie romaine ; descendre au Forum était l'équivalent d'aller à la Bourse ou d'aller à la Chambre. Tous ceux qui avaient placé de l'argent dans les sociétés de publicains désiraient connaître les dernières nouvelles apportées des provinces par les courriers ; par exemple, l'état des récoltes en Sicile ou en Asie ; les dispositions de quelque gouverneur provincial envers les publicains de sa province ; l'approche de quelque ennemi, comme Mithridate ou Arioviste, qui, en pénétrant sur le territoire romain, risquait de ruiner les espérances fondées sur une entreprise prospère. Assurément, l'amour de Cicéron pour le Forum n'était pas dû seulement à des raisons politiques ; il l'aimait parce que c'était le théâtre de ses grands triomphes d'avocat, mais aussi sans doute parce qu'il avait des intérêts dans quelqu'une des compagnies qui y avaient installé leur quartier général. Quand il presse le peuple de donner à Pompée les pouvoirs extraordinaires qui permettront d'expulser Mithridate de l'Asie romaine à laquelle celui-ci avait causé des dommages incalculables, il insiste avec autant d'éloquence que de sagacité sur l'importance de cette province, non seulement pour l'Etat, mais pour un grand nombre de citoyens qui avaient compté sur ses ressources pour y placer leurs capitaux[22]. La ruine de quelques-uns, dit-il, entraînera celle de beaucoup d'autres. Sauvez l'Etat d'un pareil désastre ; et, croyez-moi,du reste, vous le savez aussi bien que moi,tout l'édifice de notre crédit, toutes les affaires financières qui se traitent ici au Forum, dépendent des revenus de la province d'Asie. Laissez-les tarir, et tout notre crédit s'écroulera avec fracas. Veillez-y ; n'hésitez pas un instant à poursuivre, avec toute l'énergie dont vous êtes capables, une guerre qui doit sauvegarder la gloire du nom romain, la sécurité de nos alliés, nos ressources les plus précieuses et la fortune de particuliers innombrables[23].

C'est là un bon exemple de la façon dont les intérêts financiers influaient sur les décisions du pouvoir politique ; il est d'autant plus frappant que, peu d'années auparavant Sylla avait fait tous ses efforts pour affaiblir la puissance des capitalistes envisagés comme formant une classe distincte de citoyens. Pompée quitta Rome muni de pouvoirs extraordinaires, et l'on peut le considérer comme le représentant provisoire des financiers ; en somme, le résultat de ces mesures fut heureux et les opérations de Pompée dans l'Est rendirent à l'Empire des services d'une utilité durable. Mais la constitution en fut ébranlée ; elle ne s'en remit jamais entièrement et tous les efforts de Pompée ne parvinrent pas à rendre à la malheureuse Province d'Asie son ancienne prospérité. Quatre ans plus tard, la société qui s'y était fait adjuger la perception des impôts demanda à résilier son bail. C'était une honte[24], comme Cicéron le dit lui-même expressément ; mais on peut admettre qu'elle eut beaucoup de peine à faire rentrer l'argent et qu'elle craignait de tout perdre[25] par suite de l'appauvrissement des provinciaux. Cette affaire fut la cause d'une nouvelle crise politique, car le Sénat, poussé par Caton, était disposé à refuser la faveur demandée, et cette alliance des sénateurs et des hommes d'affaires (ordinum concordia), que la politique de Cicéron avait eu pour but principal de consolider en concentrant toutes les forces de la propriété pour les opposer au socialisme et à l'anarchie, fut si sérieusement ébranlée qu'elle cessa désormais de jouer aucun rôle politique.

Ces compagnies et leurs agents devaient causer à Cicéron de perpétuels embarras lorsqu'il, devint, lui aussi, gouverneur provincial. Quand il fut chargé, en 51 A. C., du gouvernement de la Cilicie, il y trouva une population incapable de payer ses impôts et obligée de recourir aux prêteurs d'argent[26] pour obtenir d'eux les moyens de s'acquitter ; le voilà tiraillé entre ses sympathies pour ces infortunés provinciaux qui lui inspiraient une sincère pitié, et le souci des intérêts de la compagnie fermière et de ceux qui y avaient placé leurs fonds. Il avait essayé, par un édit qui précéda son arrivée dans la province, de tenir la balance égale entre ces intérêts opposés. Dans une lettre à Atticus, qui, en qualité de capitaliste, désirait fort apprendre ce qui se passait, il affirme qu'il soigne de son mieux les intérêts des publicains, qu'il les amadoue, les comble d'éloges, leur fait des concessions tout en ayant soin de les empêcher de commettre aucun méfait[27] ; ces derniers mots ne devaient pas être du goût de son ami. Tous les gouverneurs provinciaux, surtout dans les provinces de l'Est, qui avaient, pendant près de trois siècles, servi de théâtre à des guerres continuelles, se trouvèrent, quand ils étaient honnêtes, en proie aux mêmes difficultés. On les assiégeait sans cesse de sollicitations en faveur des compagnies fermières ou de leurs agents ; les solliciteurs ne tenaient aucun compte de la condition des provinces ni de leurs facultés productives, tant la passion du lucre avait pris possession des Romains. On trouve dans la correspondance de Cicéron bien des sollicitations de ce genre adressées par lui-même à d'autres gouverneurs provinciaux, même à l'époque où il administrait encore la Cilicie. Nous en donnerons deux exemples.

Le premier est une lettre à Publius Silius Nerva, propréteur de Bithynie, province récemment annexée à l'Empire par Pompée. Cicéron mande à son correspondant qu'il est lui-même en relations étroites avec les associés de la compagnie concessionnaire des droits de pâture dans la province, non seulement parce que cette société elle-même est ma cliente, mais parce que je suis intimement lié avec la plupart des associés. Pouvons-nous douter qu'il ne fût porteur d'actions ? Il presse Nerva de faire tout son possible en faveur de Terentius Hispo, promagister de la compagnie, et de lui assurer les moyens de traiter avec les communautés imposées ; il compte — nous sommes heureux de le reconnaître — sur le tact et la bonté du gouverneur[28].

Nous citerons en entier une autre lettre de Cicéron adressée à son gendre Furius Crassipes, questeur de Bithynie[29].

Je t'ai recommandé de vive voix et du mieux que j'ai pu, la compagnie bithynienne et, soit déférence de ta part, soit inclination naturelle, tu m'as paru tout disposé à tout faire pour lui être utile. Les intéressés se persuadent qu'une lettre de moi, où je consignerais de nouveau nies sentiments pour eux, avancerait beaucoup leurs affaires, et je m'empresse de me rendre à leur désir. Tu sais que j'ai toujours été porté de cœur pour l'ordre des publicains ; que je dois d'ailleurs de la gratitude aux services sans nombre que l'ordre équestre m'a rendus ; que j'aime tout particulièrement la compagnie bithynienne, et qu'enfin cette compagnie qui appartient à un ordre puissant et qui se compose d'hommes distingués, joue un grand rôle dans l'État. Elle est formée en effet de membres pris dans diverses sociétés et le hasard fait qu'ils sont presque tous mes amis, notamment l'homme qui en ce moment a le plus fort intérêt dans l'entreprise et y joue un rôle principal, P. Rupilius, son président. Les choses étant ainsi, je te recommande de la manière la plus instante Cn. Pupius, l'un des agents de la compagnie[30]. Veuille le seconder, le servir et faire, tant qu'il dépendra de toi, tout ce qu'il faut pour que ses opérations, tu le peux sans peine, répondent aux vues des mandataires. Je sais quelle est l'influence d'un questeur. Il t'est facile de défendre bien utilement et de faire prospérer les intérêts de la compagnie ; et c'est ce que je te supplie de faire. Tu me rendras personnellement fort heureux et tu apprendras en même temps ; je te le garantis par expérience, que les associés de la compagnie bithynienne gardent le souvenir du bien qu'on leur fait et savent en témoigner leur reconnaissance.

Que Cicéron, le plus compatissant des hommes publics romains, ait pu défendre avec tant de force et d'urgence les prétentions des compagnies et, comme dans cette seconde lettre, sans la moindre allusion aux intérêts de la province et de la population, cela nous permet de nous représenter comment d'autres, moins scrupuleux, ont pu se coaliser avec les capitalistes pour organiser le pillage dans des pays auxquels il ne manquait que la paix et un gouvernement bienveillant pour se remettre de siècles de misère. Une telle lettre est la plus forte critique que l'on puisse faire du pernicieux système de la ferme des impôts ; système qui allait être modifié, réglementé et réduit à l'impuissance par le gouvernement bienfaisant et éclairé du premier Empire.

Voyons maintenant comment s'exerçait l'activité de l'autre classe des gens d'affaires, de ceux qui s'occupaient de banque et de prêts d'argent (negotiatores).

En faisant un tour dans la cité, lors de notre première promenade, nous avons remarqué, au nord du Forum, du côté exposé au soleil, les échoppes des banquiers (tabernæ argentariæ).Ces banquiers ne furent à l'origine que des changeurs, comme leur nom l'indique ; ils ne tardèrent pas à former une classe spéciale de financiers qui répondit à un besoin nouveau dès que l'augmentation du commerce et l'extension de l'Empire firent affluer à Rome une quantité de monnaies étrangères. Les communautés italiennes qui n'appartenaient pas à l'État romain frappèrent leur propre monnaie jusqu'au moment où elles obtinrent le droit de cité après la guerre sociale ; cela prouve qu'on eut besoin d'hommes dont ce fut le métier de connaître le cours des monnaies sur le marché de Rome. Au moment où Rome fut impliquée dans les affaires d'Orient, il circula dans la ville des tétradrachmes d'Antioche et d'Alexandrie, des drachmes de Rhodes, des cistophores des rois de Pergame, frappés plus tard dans la province d'Asie[31]. Les bénéfices produits par le commerce des changes, certainement fructueux, formèrent un capital qu'on put utiliser à garantir des dépôts et à faire des avances ; à elle seule, la possession d'une réserve monnayée destinée aux opérations du change devait influer sur le développement de la profession de banquier. De même, les essayeurs des monnaies (nummularii), par les mains desquels il en Passait beaucoup, durent chercher à créer un commerce particulier outre leurs occupations officielles et publiques. Tous, argentarii ou nummularii peuvent être désignés par le terme général de feneratores, du mot fenus, intérêt qu'ils exigeaient dans leurs transactions. La profession passait pour honorable, l'honnêteté et l'exactitude dans les comptes étant nécessaire ; pour y réussir[32]. Si le lecteur veut bien se reporter au plaidoyer de Cicéron pour Cœcina (6, 16), il y verra que l'avocat s'en réfère à ces comptes ; cependant, selon toute apparence, on ne les produisit pas alors devant le tribunal ; mais, dans les Nuits attiques d'Aulu-Gelle (XIV, 2), un juge, qui raconte un procès civil où il siégea, cite au nombre des documents produits les comptes du banquier (mensæ rationes). Il semble que l'argentarius fût prêt à se charger de presque toutes les opérations qu'un banquier moderne exécute pour son client : à recevoir des dépôts d'argent, soit à la disposition du dépositaire, soit comme placement portant intérêt ; à effectuer des versements pour le compte d'autrui contre un mandat à ordre analogue à notre chèque[33] ; cet usage venait probablement de Grèce, car dans les Etats orientaux de la Méditerranée toutes les affaires de crédit et d'échange avaient été depuis longtemps organisées systématiquement. Enfin, si vous aviez besoin d'argent pour un voyage ou s'il vous fallait faire un versement à l'étranger, par exemple en Grèce ou en Asie, il arrangeait l'affaire en vous fournissant des lettres de crédit ou des traites sur un banquier daris les villes qu'il vous convenait de lui indiquer ; cela vous épargnait la peine d'emporter de lourdes sommes en espèces. Quand Cicéron envoya son fils à l'université d'Athènes, il voulut lui faire une généreuse pension — trop généreuse à notre avis, car elle se montait à seize mille francs — et il demanda à Atticus s'il lui serait possible d'effectuer les versements nécessaires par lettres de change[34] ; Atticus répondit affirmativement. De même, quand son bien-aimé secrétaire et affranchi Tiro tomba malade de la fièvre à Patras, Cicéron n'eut point de peine à y trouver un banquier prêt à lui avancer toutes les sommes dont il aurait besoin et à payer le médecin, Cicéron s'engageant à rembourser les avances à tout intermédiaire que le banquier lui indiquerait[35].

L'argentarius se serait chargé aussi de vous représenter ou de vous faire représenter par un agent aux adjudications publiques de nature à vous intéresser soit comme vendeur, soit comme acheteur ; de recevoir les paiements ou d'effectuer les versements à votre place, ce qui dut lui faire bien connaître le prix courant de toute espèce de valeurs et, par-dessus le marché, la nature humaine au point de vue des affaires. D'après le passage du pro Cæcina que nous venons de citer, une dame, Cæsennia, désirait acheter un domaine ; elle emploie un agent, Æbutius, sans doute recommandé par son banquier, et c'est à lui que le domaine est adjugé. Il se charge d'en faire verser le prix à l'argentarius du vendeur qui est présent à l'adjudication, Cæsennia l'acquittant en fin de compte, et le banquier passant écriture du versement.

La fonction la plus importante de ces financiers c'était de procurer de l'argent à ceux qui en manquaient, c'est-à-dire de faire des avances à intérêt. L'indigent pressé d'argent pouvait se fournir d'espèces chez l'argentarius, pour peu qu'il eût quelque garantie à offrir ; il risquait fort, il est vrai, de se prendre aux filets du prêteur, comme nous l'avons vu précédemment, et de s'y empêtrer sans espoir. Que le même argentarius s'occupât d'aussi petites affaires et en même temps d'ouvrir des crédits au riche, nous l'ignorons ; il peut se faire que les grands financiers comme Atticus se servissent des argentarii en qualité d'intermédiaires amenant ainsi de l'eau à leur moulin. Atticus se chargeait de procurer des sommes fort importantes à son ami Cicéron ; nous le savons par les lettres que celui-ci lui écrivit à l'époque où il voulait acquérir à tout prix un terrain pour y élever un tombeau à sa fille chérie[36] ; impossible de douter qu'Atticus eût été hors d'état de répondre efficacement aux instances importunes de Cicéron, s'il n'eût eu à sa disposition un grand nombre d'agents professionnels.

Ces mêmes lettres nous apprennent encore que trouver de l'argent ne signifiait pas nécessairement trouver des espèces sonnantes ; dans une société où tout le monde prêtait et empruntait, ce qui s'échangeait c'étaient surtout des nantissements, des hypothèques, des créances, et ainsi de suite. Fallait-il rembourser un ou deux millions, le rôle de votre agent était de décider votre créancier à accepter en paiement les créances contractées par d'autres en votre faveur, autrement dit de vous permettre de lui endosser les billets ou autres créances reçues par vous de vos propres débiteurs[37].

Il est clair que les prêteurs d'argent brassaient d'énormes affaires, même à Rome seulement ; ce n'était pas sans risques évidemment, mais ce n'était pas non plus sans profits. A Rome, l'on prêtait et l'on empruntait, et dans tout l'Empire aussi. Il faudrait un traité d'économie politique pour expliquer pourquoi les particuliers, les villes, les rois même avaient toujours besoin d'argent ; il en fallait pour faire face à la cherté toujours plus grande de la vie, aux exigences d'un luxe toujours croissant chez les hautes classes[38] ; il en fallait aux villes de la Grèce et de l'Orient pour réparer les dommages causés par trois siècles de guerre ; il en fallait aux provinciaux appauvris pour payer les impôts dont ni les publicains ni le gouvernement romain ne pouvaient attendre la rentrée ; il en fallait aux rois sur lesquels l'empire romain étendait son ombre fatale, pour suffire aux besoins de leur gouvernement, ou pour acheter les magistrats romains et obtenir d'eux quelque décret favorable. Cicéron à la fin de sa vie, revenant à son consulat de 63, dit qu'à aucun moment, autant qu'il s'en souvienne, le monde entier ne s'était trouvé aussi endetté[39], et, dans un fameux passage de la seconde Catilinaire, il nous a laissé une énumération pittoresque des diverses classes de débiteurs à Rome et en Italie à cette époque (Cat., II, § 18 sqq.) Il cite ceux qui sont riches et ne veulent pas payer ; ceux qui sont criblés de dettes et comptent sur une révolution pour les en débarrasser ; les vétérans de l'armée de Sylla établis dans les colonies comme Fiesole, qui se sont endettés jusqu'au cou pour mener une vie fastueuse ; les anciens débiteurs de la ville qui s'enfoncent de plus en plus et qui se sont joints aux conspirateurs pour courir une dernière fois la chance. Il y eut, en effet, dans cette année fameuse, une véritable fermentation sociale causée par des troubles économiques des plus sérieux ; on peut découvrir les germes du mal en remontant jusqu'à la guerre d'Annibal et aux conséquences qu'elle eut pour l'Italie, mais tous les symptômes en avaient été continuellement aggravés par la négligence et l'aveuglement du gouvernement, la guerre sociale et les guerres civiles de 90 à 82 A. C. les portèrent à leur Paroxysme. En 63, l'État échappa à une catastrophe économique grâce à la vigilance de Cicéron et à l'alliance des honnêtes gens sous sa direction. En 49 et encore en 48, il fut sauvé d'un désastre semblable par le bon sens de César et de ses agents, qui surent louvoyer adroitement entre Charybde et Scylla, et réussirent à sauver les débiteurs sans ruiner les créanciers[40].

On est stupéfait des sommes auxquelles se montaient les dettes et les prêts des grands personnages de l'époque, au dire des écrivains postérieurs, comme Plutarque, par exemple. On peut leur accorder quelque crédit et admettre qu'ils donnent une impression assez juste de la témérité des particuliers en matière de finance. Mais les seuls renseignements authentiques nous viennent des détails sur ses affaires personnelles qui sont échappés à Cicéron dans sa correspondance[41] ; encore y faudrait-il bien des explications que nous ne pouvons donner ici. Le fait certain, c'est que Cicéron ne put jamais compter que sur un très modique revenu et qu'il se trouva parfois très court d'argent, surtout, bien entendu, après son exil et la confiscation de ses biens ; cependant il n'éprouva jamais la moindre difficulté à se procurer toutes les sommes dont il eut besoin et nous ne le voyons jamais montrer la moindre inquiétude à propos de ses ressources. Sa profession d'avocat ne lui procurait que des profits indirects et de temps à autre seulement, sous forme de legs ou de cadeaux, la loi Cincia interdisant aux avocats de réclamer des honoraires ; ses travaux littéraires ne pouvaient guère lui rapporter d'argent ; ses biens héréditaires étaient médiocres ; ses villas n'étaient pas des fermes de rapport et l'on n'avait pas alors l'habitude de louer sa maison de campagne, comme nous le faisons de nos jours, quand on ne l'habite pas ; il refusa un de ces gouvernements provinciaux où l'on faisait fortune et quand enfin il fut forcé d'en accepter un, il n'en tira qu'une somme bien piètre, au jugement de ses contemporains, soit quelque cinq cent mille francs, qu'il mit en dépôt à Éphèse et qui furent saisis par les Pompéiens durant la guerre civile[42]. Et cependant, de bonne heure déjà, ses moyens lui permirent de subvenir aux dépenses électorales quand il brigua des magistratures successives, et de vivre sur le pied d'un homme public d'importance. Immédiatement après son consulat, il paya neuf cent mille francs la maison-de Crassus sur le Palatin, et c'est alors que nous voyons pour la première fois comment il opérait. Voici textuellement ce qu'il écrit à son ami, en décembre 62 A. C.[43] : J'ai acheté la maison pour trois millions cinq cent mille sesterces (soit près de neuf cent mille francs) ; me voilà si endetté que j'aurais envie de me faire conspirateur à mon tour si je trouvais personne pour se joindre à moi. L'argent abonde à six pour cent, et le succès de mes mesures (pendant son consulat) me donne du crédit.

Le fait est que les hommes d'affaires et les grands capitalistes regardèrent toujours Cicéron comme un homme auquel on pouvait prêter sans inquiétude ; d'abord parce que c'était un honnête homme qui n'aurait jamais songé à manquer à ses engagements, ensuite parce qu'il comptait beaucoup d'amis riches, outre le prêteur du moment, entre autres, le plus fidèle de tous, le prudent et infatigable Atticus. C'est par des emprunts dont il payait régulièrement l'intérêt qu'il parvenait à se procurer les sommes dont il avait besoin. Il se peut que de temps en temps il fît quelques profits dans la ferme des impôts ; nous avons vu qu'il possédait des actions des compagnies fermières. Mais il ne nous en dit rien dans ses lettres[44], tandis qu'il parle souvent de ses emprunts. Après son retour d'exil, malgré le dédommagement un peu maigre, il est vrai, que le Sénat lui accorda, pour la perte de ses biens, il se met immédiatement à emprunter et à bâtir. Je bâtis en trois endroits, écrit-il à son frère[45], et je répare les maisons qui me restent ; je vis en prodigue plus encore qu'auparavant ; mais il le faut. Nous apprenons aussi à qui il empruntait. C'était à ce frère qui évidemment ne pouvait pas plus que lui, moins même peut-être, compter sur des revenus assurés. Mais ce frère -avait pendant trois ans (61-58 A. C.) gouverné l'Asie non sans en tirer certainement de grosses sommes, malgré l'épuisement de cette province ; pour le moment, en qualité de légat de Pompée, il était chargé d'organiser les approvisionnements en blé, ce qui l'avait mis en contact avec l'un des plus gros capitalistes de l'époque. Tout ce que Marcus pouvait faire pour rembourser son frère, c'était d'emprunter à d'autres amis. Je suis très court d'argent. Pour m'acquitter envers mon frère, malgré ses refus répétés, j'ai dû avoir recours à mes amis, je ne pouvais pas rester sans le sou. Le lecteur naïf éprouverait quelque étonnement à voir, deux ans plus tard, Quintus à son tour endetté jusqu'au cou[46] ; mais s'il continue à lire la correspondance, son étonnement cessera. Grâce à la perspective d'un long séjour en Gaule sous les ordres de César, Quintus aurait trouvé autant de prêteurs qu'il aurait voulu ; le fait est qu'avec l'aide de César, qui leur abandonna une part du butin des guerres de Gaule, les deux frères se virent dans l'opulence. La guerre civile et l'obligation de rembourser César ruinèrent à peu près Marcus vers la fin de sa vie ; mais rien ne l'empêcha de se procurer de l'argent pour satisfaire ses fantaisies ; quand il eut le malheur de perdre sa fille, il lui plut d'acheter des jardins suburbains pour y élever à sa mémoire un tombeau digne — ce qui nous semble étrange — d'attirer l'attention du public, et il charge Atticus de lui trouver ce qu'il lui faut à tout prix. Arrange-toi comme tu voudras ; ne t'inquiète pas de ménager ma bourseje n'en ai pas souci ; inquiète-toi de ce qu'il me faut[47].

Telles étant les méthodes financières de Cicéron et de son frère, nous ne serons pas surpris de voir la nouvelle génération emboîter le pas. Le jeune Marcus, nous l'avons dit, touchait une grosse pension à Athènes et il semble s'en être assez bien contenté, malgré quelques légers embarras ; mais le jeune Quintus, son cousin, venant faire visite à son oncle, en 45, l'aborda d'un air mélancolique ; interrogé sur les causes de sa tristesse, il répondit qu'il allait accompagner César à la guerre contre les Parthes pour fuir ses créanciers et dans l'espérance de gagner de quoi les rembourser[48]. Il ne lui restait pas assez d'argent pour terminer son voyage. L'oncle n'offrit pas de lui en donner et ne semble pas avoir pris bien au sérieux les embarras de son neveu.

Encore un exemple des extraordinaires procédés de l'époque en matière de finance et nous en aurons fini. Par bonheur, l'histoire en est venue jusqu'à nous, grâce au plaidoyer de Cicéron pour un certain Rabirius Postumus, en l'an 54 ; ce personnage était mis en cause en vertu d'une loi de César sur la concussion (de pecuniis repetundis). Ce procès nous découvre de la manière la plus claire comment on s'y prenait aux derniers temps de la République pour gagner de l'argent et pour en faire usage.

Le père de ce Rabirius avait été, dit Cicéron, un membre distingué de l'ordre équestre et un publicain opulent et puissant point rapace et même très libéral pour ses amis. En d'autres termes, il n'était pas avare, car l'avarice était rare à cette époque, et il prêtait largement pour gagner de l'influence et de la considération. Le fils prit la suite des affaires paternelles et s'engagea dans de vastes opérations financières ; il spécula sur les actions des compagnies adjudicataires d'impôts ; il prêta de l'argent à des villes dans plusieurs provinces ; il en prêta à Ptolémée Aulète, roi d'Egypte, avant que celui-ci eût été chassé de son royaume par une sédition et plus tard quand il était à Rome, en 59 et 58, intriguant pour décider le Sénat à le rétablir sur son trône. Rabirius ne douta jamais de la restauration de Ptolémée ; il semble avoir été incapable de se rendre compte qu'une pareille politique ferait naître des contestations et des querelles, ce qui fut précisément le cas dans l'hiver de 57-56. Il prêta encore et persuada à ses amis de se joindre à lui[49] en leur représentant la cause du roi comme un bon placement, puis, comme un agent d'affaires de notre temps qui glisse si facilement de la négligence au crime, il fut obligé de prêter et de prêter encore, de peur que, s'il s'y refusait, le roi ne le traitât en ennemi. Il avait risqué sa fortune dans une entreprise désespérée. Le temps passait et Ptolémée n'était pas restauré et, sans les revenus de son royaume, il se trouvait, bien entendu, hors d'état de rembourser ses créanciers. A la fin de l'an 56, Gabinius, alors gouverneur de Syrie, fit exercer une pression sur lui par les créanciers, au nombre desquels étaient peut-être César et Pompée, pour le décider à rentrer en Egypte sans l'autorisation du Sénat. Ptolémée emmena Rabirius et, en garantie des remboursements, le nomma surintendant des revenus égyptiens[50]. Par malheur pour Rabirius, son rusé débiteur se retourna contre lui ; le malheureux créancier parvint, non sans peine, à s'enfuir d'Egypte et perdit tout. Quand Gabinius fut accusé de concussion (de repetundis) et reconnu coupable d'avoir accepté de Ptolémée des sommes énormes, Rabirius fut impliqué dans les mêmes poursuites, comme ayant pris sa part de l'argent ; Cicéron le défendit, non sans succès, semble-t-il, en plaidant que les chevaliers n'étaient pas passibles de poursuites, en vertu de la loi Julia. Vers la fin de son discours l'orateur peignit éloquemment les infortunes de son malheureux client et déclara qu'il aurait été forcé de quitter le Forum, — c'est-à-dire affiché à la Bourse et disqualifié, — si César n'était pas venu à son secours en mettant de grosses sommes à sa disposition.

Ce que Rabirius avait fait, c'était tout simplement de jouer sur un énorme enjeu et de trouver d'autres personnes pour tenir l'enjeu avec lui. La chance tourna contre lui et mal lui en prit. On dirait vraiment que les personnages riches et influents étaient possédés d'une extravagante passion pour les spéculations ; c'était la mode du jour et on n'y voyait point de mal, à condition de ne pas s'y ruiner. Ainsi les énormes capitaux extorqués aux provinces et aux royaumes limitrophes de l'Empire n'étaient presque jamais consacrés à des dépenses productives. Ils ne retournaient jamais aux pays d'où ils venaient, pour en développer les ressources ; le joueur n'avait pas la moindre idée de les faire servir — fût-ce même en Italie — à des entreprises industrielles. Ces villas sans nombre, dont nous reparlerons, étaient des demeures fastueuses et magnifiques, ce n'étaient jamais des centres d'industrie agricole. On peut croire, il est vrai, d'après certains indices, à une renaissance de l'agriculture en Italie, surtout s'il s'agit de la culture de l'olivier et de la vigne ; Varron, quelque vingt ans plus tard, revendique pour sa patrie le mérite d'être le pays le mieux cultivé du monde[51]. Il se peut que le tapage du Forum en délire et de ses furieuses spéculations nous ait empêchés d'entendre parler des silencieux efforts des campagnards pour employer leurs capitaux à des usages légitimes et productifs. Mais le centre de la vie sociale à Rome était le Forum, et le Forum ignorait à peu près tout de la mise en valeur prudente et scientifique des capitaux.

Des deux classes de gens d'affaires que nous venons d'étudier, fermiers des impôts et prêteurs d'argent, il est difficile de dire laquelle fit le plus de mal à l'Empire ; ils agirent de concert pour extorquer de l'argent aux provinciaux sans défense. Leur influence combinée eut un effet désastreux moralement et socialement sur les classes supérieures de la société à Rome. Les maladies économiques réagissent sur l'état moral et mental d'un peuple. Quand l'idée de gagner de l'argent pour lui-même ou pour le plaisir qu'on trouve à l'émotion de la lutte, l'emporte sur toute autre préoccupation chez la plupart des citoyens, la perception morale ne tarde pas à s'oblitérer. Le sens de la justice disparaît ; quand un homme est en proie à la fièvre du gain il ne s'arrête pas pour se demander si ses gains sont légitimes et, à cette époque, des lois, inefficaces pour la plupart, étaient la seule garantie des sujets de l'Empire contre les exactions. Bien des choses nous répugnent dans la poésie raffinée de Catulle, mais rien ne choque plus notre sentiment moderne que ses virulentes invectives contre un gouverneur provincial qu'il avait accompagné en Bithynie dans l'espoir d'y faire fortune, et dont l'administration équitable trompa ses espérances. Le sens des devoirs que la richesse nous impose, le sentiment qu'il faut savoir en user pour le bien général ou du moins en consacrer une partie à des œuvres utiles, se perd. Enfin, l'excitation de la lutte dans cette course à la fortune produit une singulière inquiétude et cette versatilité des caractères dont nous trou ; vous nombre d'exemples à l'époque que nous étudions. Inconstant comme l'onde, tu n'excelleras en rien, voilà une menace qui pourrait s'adresser à beaucoup de jeunes gens en relation avec Cicéron et à bien des femmes aussi.

Aucune opération hâtive ne pouvait guérir ces maux ; il y fallait l'art soigneux et patient d'un médecin avisé. Là, comme en maint autre cas, Auguste fit preuve de son merveilleux discernement de réformateur social. Le premier remède urgent, c'était d'établir une paix relativement durable, de créer une atmosphère salubre où le patient eût le temps de recouvrer sa vigueur native. Il fallait ensuite couper court à tout ce qui pouvait stimuler la passion des richesses et des dépenses illégales ou inutiles ; il fallait, en même temps, revivifier le sentiment du devoir envers l'État et le gouvernement. On rendit donc plus efficaces les responsabilités des gouverneurs provinciaux et un recensement, établi sur des bases scientifiques, fit connaître exactement la valeur imposable de la fortune provinciale ; on surveilla plus soigneusement les fermes des impôts qui finirent par disparaître. Il est vrai sans doute que, sous l'Empire, de grandes fortunes se firent et se perdirent, mais l'esprit d'agiotage, la furieuse témérité des spéculations financières, ne se rencontrent plus. Le Forum en délire se calme et l'Italie redevient le lieu d'élection d'une vie rurale heureuse et utile. L'égoïsme passionné et sans bornes d'un Catulle fait place, dans la génération suivante, à la calme douceur de l'optimisme virgilien ; en passant d'un poète à l'autre, nous voyons disparaître derrière nous une époque d'égoïsme ombrageux auquel succède une ère nouvelle où le devoir et l'honneur, le travail de la terre, le dévouement laborieux au service de l'État, passeront pour des biens plus propres à rendre la vie digne d'être vécue, que toutes les richesses accumulées par un Crassus.

 

 

 



[1] Voir GREENIDGE, Roman Public Life, p. 225.

[2] Lex Claudia ; TITE-LIVE, XXI, 63.

[3] PLUTARQUE, Crassus, 2 ; PLINE, N. H., XXIII, 134 : équivalent à environ 40.000.000 francs.

[4] CICÉRON, ad Att., II, I, 2.

[5] CICÉRON, ad Att., II, IV, 4.

[6] CORNELIUS NEPOS, Atticus, 5.

[7] TITE-LIVE, XXIII, 49.

[8] PLINE, N. H., XXXIII, 146 ; TITE-LIVE, XXXVII, 59.

[9] POLYBE, XXXIV, 9, cité par Strabon, p. 148. Cp. TITE-LIVE, XIV, 18, sur des mines fort riches, en Macédoine.

[10] POLYBE, XVIII, 35. Sur la mauvaise volonté des citoyens à servir. Voir TITE-LIVE, Epitomé, 48 et 55.

[11] CUNNINGHAM, Western civilisation (moderne), p. 162 sqq.

[12] DURUY, Hist. de Rome, vol. II, p. 224.

[13] CICÉRON, de Provinciis consularibus, V, 12.

[14] CICÉRON, pro Quinctio, 3, 12 ; bon exemple d'association pour une entreprise d'élevage et d'exploitation agricole en Gaule.

[15] Exemples dans TITE-LIVE, XXIII, 49 ; XXXII, 7 (droits de douane), XXXVIII, 35 (droits sur les blés), XLIV, 16 (armée) XLII, 9 (revenu de l'Ager campanus).

[16] FESTUS, p. 151, M.

[17] TITE-LIVE, XXII, 60 : prædibus et prædiis cavere populo.

[18] CICÉRON, dans son plaidoyer pro Rabirio Postumo, 2, 4, dit que le père de Rabirius avait eu de grandes parts (magnas partes) dans les affaires des publicains. Un certain Aufidius (VALÈRE MAXIME, VI, 9, 7) n'eut qu'une petite part (exiguam particulam) dans les fermes d'Asie. Comp. CICÉRON, in Vat., 12, 29.

[19] C'est la manière de voir de DELOUME : Les Manieurs d'argent à Rome, p. 119 sqq.

[20] MARQUARDT, Staatsverwaltung, II, p. 300 sqq.

[21] DELOUME, Manieurs d'argent, p. 317 sqq.

[22] Pro Lege Manilia, 7, 18.

[23] Pro Lege Manilia, 7, 19.

[24] Ad Att., I, 17, 9. Crassus sans doute gros actionnaire les poussait.

[25] Dans une lettre à son frère, alors gouverneur de cette province, Cicéron envisage la possibilité de soumissions faites à perte (ad. Q. Fratr., I, I, 133) publicis male redemptis. Dans une lettre d'introduction en 46, il fait allusion à de lourdes pertes subies de cette manière, ad Fam., XIII, 10.

[26] Ad Att., V, 16, 2.

[27] Ad Att., VI, 1, 16.

[28] Ad Familiares, XIII, 65.

[29] Ad Familiares, XIII, 9.

[30] Qui est in operis ejus societatis ; c'est-à-dire engagé comme agent subalterne. — MARQUARDT, Staatsverwaltung, II, p. 301.

[31] MARQUARDT, Staatsverwaltung, II, p. 35, sqq.

[32] Le grand-père d'Auguste était un argentarius, au dire de Marc-Antoine (SUÉTONE, Auguste, 2) et cependant son fils put épouser une Julia et se faire élire au Consulat dont la mort l'empêcha de remplir les fonctions.

[33] Le nom latin de ce chèque est perscriptio. Cp. CICÉRON, ad. Att., IX, 12, 3, viri boni usuras perscribunt, c'est-à-dire les gens de bien tirent les intérêts de leurs dépôts.

[34] CICÉRON, ad Att., XII, 24 et 27.

[35] CICÉRON, ad Fam., XVI, 4 et 9.

[36] CICÉRON, ad Att., XIII, contient un grand nombre de lettres intéressantes sur ce sujet.

[37] CICÉRON, ad Att., XIII, 2, 3. Comp. XII, 25. D'après ce dernier passage la femme de Cicéron, Terentia, après son divorce, veut acquitter une dette en transférant à son créancier une créance qu'elle avait sur Cicéron. On pouvait aussi se dispenser de rembourser le capital en payant l'intérêt de la somme empruntée.

[38] Bon exemple de ceci dans VELLEIUS, II, 10 (loyer).

[39] CICÉRON, de officiis, II, 24, 84.

[40] CÉSAR, de B. Giv., III, 1 et 20 sqq.

[41] DELOUME, dans ses Manieurs d'argent, a un chapitre sur cette question (p. 58 sqq.), mais les détails n'en sont pas parfaitement exacts. L'esquisse de BOISSIER dans Cicéron et ses amis l'est tout à fait, p. 83.

[42] Ad Fam., V, 20 fin.

[43] Ad Fam., V, 9.

[44] La tentative de Deloume pour prouver que Cicéron spécula et fit d'énormes profits me paraît manquer le but.

[45] Ad Q. Fratr., II, 4, 3. Comp. Ad. Att., IV, 2.

[46] Ad Q. Fratr., II, 14, 3.

[47] Ad Att., XII, 22. Voici, pour finir, un exemple topique de la négligence que nous avons notée. Decimus Brutus, en mars 44, possédait un capital de 8.000.000 francs ; cependant, l'année suivante, il écrit à Cicéron que, non seulement il avait des dettes, mais que ses amis en avaient contracté de leur côté pour lui venir en aide (ad. Fam., XI, 10, 5). Il est vrai que c'était pour entretenir des troupes.

[48] Ad Att., XIII, 42. Comp. XVI, 5.

[49] Ce roi avait réellement besoin d'argent ; c'était pour suborner le Sénat et se faire rétablir sur son trône. CICÉRON, ad. Fam., I, 1.

[50] CICÉRON, pro Rab. Post., 8, 22.

[51] VARRON, R. R., I, 2.