FRANÇOIS Ier ET LA RENAISSANCE. 1515-1547

TOME PREMIER

CHAPITRE II. — LES ÉTATS DE L'EUROPE À L'AVÈNEMENT DE FRANÇOIS Ier.

 

 

Importance de l'Italie. — Venise. — Florence. — Milan. — Gènes, — Naples. — La Sicile. — Les Papes. — L'Empire d'Allemagne. — La Pologne.La Hongrie. — Les Cantons suisses. — Les cités de Flandre. — Les Pays-Bas. — L'Angleterre. — L'Espagne. - Les Turcs. — Les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. — Forces militaires. — Marine. — Intérêts divers. — Motif de guerre. — Origine et développement de la politique italienne. — Les idées de Machiavel.

1450-1510.

 

Les révolutions politiques, qui élèvent ou brisent les États, ont privé l'Italie de sa puissance morale, de l'influence qu'elle exerçait sur la destinée du monde ; heureuse par son sol, riche de sa fertilité, grande encore dans son abaissement, elle n'occupe plus l'Europe que par ses magnifiques souvenirs ; ses ruines splendides retracent le passage d'une vaste civilisation, les empreintes de sa grandeur et de sa liberté agitée ; sur les fronts brunis de ses habitants, on lit d'ardentes pensées, de généreuses résolutions ; mais l'Italie, telle qu'elle est aujourd'hui, ne peut donner qu'une bien faible idée de ce qu'elle fut au XVe siècle, et de cette puissance qui semblait rappeler la Rome antique.

Le pèlerin qui visite Venise se sent mélancoliquement ému lorsqu'il parcourt ce palais du doge, cette place où brille le Lion de Saint-Marc, ces merveilles désertes, lorsqu'il salue à l'arsenal ce Bucentaure copié, vaine image d'une domination qui n'est plus[1]. Au XVe siècle, Venise était la première puissance maritime et commerciale : retranchée dans ses lagunes, elle s,était successivement étendue, comme les flots de la mer, sur la terre ferme. Elle hissait son pavillon sur l'Istrie, la Dalmatie, l'Illyrie ; Vérone était sa place forte ; elle avait des alliés, des sujets, et tant l'orgueil avait enivré le cœur de ses patriciens, qu'elle avait défié l'Europe tout entière, lors de la ligue de Cambrai. Son gouvernement était fort, car il n'y a que la dictature qui produise de grandes choses ; ses nobles, ses sénateurs, portaient avec eux-mêmes le patriotisme exalté qui n'hésite jamais devant les résolutions les plus énergiques, quand le salut public en impose le devoir. Si quelques-uns de ses doges voyaient comme Dandolo leurs images briller sur les places publiques, le corps ensanglanté de Marino Faliero roulait au pied de l'escalier des Géants[2]. Le gouvernement de Venise propageait tout exprès l'idée fort exagérée de sa police vigilante, de son bravo masqué, de ses plombs ardents, de ses cachots mystérieux sous le pont des soupirs, de ses bouches de fer dénonciatrices, de son terrible Conseil des Dix. C'est toujours par la terreur que les pouvoirs mènent les populations à l'obéissance, quand la dictature s'élève et qu'elle veut exercer sa force. Toutes les souverainetés appelaient l'alliance de Venise ou bien la combattaient à outrance, et la ligue de Cambrai pouvait donner une idée des jalousies qu'inspirait le diadème resplendissant de la reine des mers. La politique de Venise était de s'assurer la prépondérance politique sur l'Italie ; tel était le but de ses alliances ; et comme elle redoutait moins la France que les Allemands, elle avait tendu la main à Louis XII et inscrit son nom sur le livre d'or[3].

Florence devait son éclat à une de ces grandes races qui créent la nationalité d'un peuple ; dans une république toute marchande, où les tisseurs de laine élevaient des monuments de la grandeur et de la magnificence du Dôme[4], il était simple, naturel que la domination appartînt à une famille de commerçants, et telle était l'origine des Médicis ; jamais puissance morale ne s'était plus légitimement créée et transmise dans une succession d'hommes et de caractères éminents. Cosme de Médicis[5] avait mérité le titre de Père de la patrie, que le peuple lui donna spontanément dans une sorte de triomphe naïf. Laurent et Julien[6], ses petits-fils, saisirent une dictature plus ferme et plus visible. La conjuration des Pazzi éclata, Julien périt sous le poignard ; et le peuple, inquiet autour de cette robe ensanglantée, proclama l'absolu pouvoir de Laurent de Médicis, le protecteur des lettres et des arts ; puis, toujours capricieuse, la multitude frappa le pouvoir qu'elle avait créé ; Pierre de Médicis, fils et successeur du Père des muses, fut exilé de Florence, et il ne dut ce qui lui restait de grandeur sur la Toscane qu'à la politique habile et au crédit de l'illustre cardinal Jean de Médicis[7], qui porta si noblement la tiare sous le nom de Léon X.

Cette Toscane, terre si riche et si heureuse, voyait fleurir les arts, l'industrie la plus avancée ; si Venise était renommée pour ses ornements de perle, ses arabesques, ses ouvrages tissus d'or et de soie,' et pour ses premiers essais dans l'imprimerie, Florence était non moins célèbre par ses graveurs d'or, ses ciseleurs sur argent, ses étoffes de laine, et par cette école d'artistes qui s'appliquait depuis l'art de graver sur bois jusqu'aux nielles, depuis les fresques du Campo-Santo jusqu'aux tours suspendues de Pise qui penchent leur sommet sur vos têtes, image d'une grandeur morte, comme un saule pleureur sur des ruines.

A Florence, le génie du commerce a créé la souveraineté d'une race ; à Milan, ce fut la force de la guerre, l'énergie d'un condottiere. Giacomuzzo Sforza[8], d'origine agreste, avait jeté sa cognée dans un chêne pour savoir s'il serait soldat, et l'oracle répondit qu'il le serait grand et fort ; cette révélation de la destinée arrive à tous, et le meilleur oracle c'est la tête et le cœur[9]. Giacomuzzo Sforza se fit condottiere, métier lucratif et grand dans les guerres de république à république ; il servit donc tour à tour les Florentins, les Pisans, en Lombardie, en Toscane, à Naples. Vieux chef de guerre, on le vit partout sous sa pesante armure, et sa puissance fut si redoutée que les possédants fiefs se disputèrent à qui lui donnerait sa fille ; et le condottiere devint baron territorial comme cela c'était toujours produit à l'origine de la féodalité. Sa succession de terre et d'épée passa comme droit à son fils naturel et bâtard François Alexandre Sforza, qu'il avait eu dans le désordre de sa première vie ; enfant, il se jouait avec les arquebuses et les longues épées ; jeune homme, on le voit tour à tour à Naples, en Lombardie, dans la marche d'Ancône, portant des coups terribles de sa main de fer ; enfin, il devient si grand que, bâtard et simple condottiere, il épouse Blanche de Visconti, de cette noble race qui régnait sur le duché de Milan ; proclamé duc par la force et l'énergie de son caractère, il continua dans sa race celte souveraineté brillante sur le Milanais[10]. Quand on veut se faire une juste idée de cette famille de Sforza, de la grandeur de son génie ; de la puissance de son caractère, il faut consulter l'historien Guicciardini ; lui seul nous fait revivre ce Galéas Sforza, esprit supérieur ; ce Ludovic, surnommé le Maure[11], qui appela Charles VIII à son aide, trahison que l'histoire nationale flétrit à la face de la postérité. Après lui, Louis XII fut proclamé par le peuple duc de Milan ; beau lot pour la France, escarboucle brillante pour sa couronne ! On s'est toujours demandé quelle puissance d'entraînement avait poussé les conquérants milanais. Connaissez-vous quelque chose de comparable à la magnificence de cette terre qui s'étend depuis Florence jusqu'aux Alpes ? Quand on l'a vue une fois, on voudrait la voir toujours, et pour poser sur sa tête la couronne ducale, quel coup téméraire ne tenterait-on pas !

Gênes formait un gouvernement comme Venise ; mais par un de ces revers de fortune qui secouent les États, la république génoise avait vu sa décadence au moment où Venise grandissait. Ils étaient passés ces temps où les galères de Doria menaçaient Venise jusque dans ses lagunes ; où le lion de Saint-Marc humilié secouait tristement sa crinière sur sa colonne ébranlée ; les doges alors n'osaient se hasarder au delà du Lido et de la Giudecca, car les hardis matelots de Gênes s'étaient avancés un jour jusque dans le grand canal.

Depuis, le gouvernement génois s'était affaibli par les mêmes causes qui avaient glorifié la dictature vénitienne. Nulle grandeur n'est possible avec les petites jalousies de la démocratie, les luttes intimes de familles et de maisons. A Venise, il n'y avait qu'une pensée, qu'une force ; le Conseil des Dix, véritable institution de salut public, pouvait tout, même faire rouler la tête de ses doges au pied de l'escalier des Géants. A Gênes, dans un sénat incessamment divisé, chaque famille gardait sa force aux dépens de l'unité publique ; il y avait des caprices parmi le peuple comme parmi les grands. Venise, création factice, vaisseau jeté sur l'Adriatique avec l'ambition de s'assurer l'empire des mers, donnait beaucoup au pouvoir, parce que le pouvoir avait beaucoup, faire ; mais à Gênes la nature avait été trop prodigue pour que les hommes n'eussent pas un peu de mollesse dans le labeur politique. Lorsque les sénateurs passaient leur temps aux délicieuses villas qui couronnaient la cité, lorsque le jasmin, le citronnier se balancent amoureusement sous les arceaux des palais de marbre, au doux murmure des cascades, était-il possible de trouver dans le patriciat cette énergie que donne une nature sauvage, factice ou ingrate ? Les difficultés de Vivre créent la vigueur d'action, et le cœur qui étouffe, fait pour respirer des efforts inouïs, Gènes donc s'était ramollie par la naturelle influence de son sol et de son ciel ; divisée en mille partis, elle songeait à se placer sous la protection de la couronne de France, et les sénateurs signaient, en écrivant à Louis XII, nous les fidèles sujets du roi très-chrétien[12].

Cette mollesse de cœur sous un horizon bleu et les tièdes vents du golfe n'avaient jamais permis à Naples de se gouverner par lui-même ; sa couronne était disputée par les maisons d'Aragon, de Provence, tandis que les rois de France revendiquaient ce bel héritage. Le chevaleresque Charles VIII n'était-il pas parti en preux et noble chef pour la Pouille et la Sicile, comme aux temps des Robert ducs de Normandie, maîtres suprêmes des fiefs. Jamais souveraineté n'avait été plus disputée ; l'Empire, Rome, les rois de France prétendaient également dominer Naples, et étendre leur suzeraineté sur la Sicile. Un caractère à part se faisait remarquer parmi ces populations ardentes et affaiblies à la fois : presque toujours le vainqueur y était accepté avec enthousiasme ; quelques pièces de monnaie jetées aux lazzaronis, des Ornements donnés aux églises, des fêtes,  des pompes ou des spectacles faisaient saluer les conquérants ; quand le joug était long il pesait ; une certaine inquiétude se manifestait, et la révolte des populations ardentes en finissait avec le dominateur. Ainsi toujours avaient été les Napolitains et les Siciliens, image du feu qui éclate au Vésuve et sur le mont Etna. Au reste, les rois de France prétendaient à un droit de succession naturelle sur le royaume de Naples ; Charles VIII[13] l'avait invoqué par la conquête, Louis XII par son parlement, et les entraînements de François Ier pour le Milanais et l'Italie n'avaient-ils pas pour dernier but la conquête et la possession de Naples et de la Sicile ?

Quand on veut juger la papauté, si habile et si haute au XVe siècle, il faut voir dans cette grande dictature de la foi, deux caractères bien distincts : le souverain temporel des provinces d'Italie et le chef spirituel de l'Église. Sous ce premier aspect, la papauté se fait une immense idée d'elle-même et de sa destinée ; elle se pose comme la protectrice de la liberté et de la nationalité italiennes ; et, à cet effet, elle adopte le système de pondération qui la porte tour à tour à rechercher l'alliance des empereurs, des rois de France et des Vénitiens. La papauté est l'institution véritablement italienne avec toutes ses traditions, elle en perpétue la force ; quand elle voit les Allemands maîtres des Alpes prêts à se précipiter sur le midi de l'Italie, le Pape invoque l'alliance de la France ; lorsque, par contraire, ce sont les lances du Poitou, de l'Anjou ou du Parisis qui se montrent bariolées dans le duché de Modène, de Ferrare ou les légations, alors la papauté recourt aux Suisses, aux Allemands, parce qu'elle veut qu'avant tout l'Italie soit à elle-même sous l'aile des pontifes : la ligue de Cambrai est-elle autre chose qu'un grand mouvement pontifical, pour empêcher l'Italie de reconnaître ses maîtres dans les Vénitiens alors trop puissants, trop impératifs ? Le Pape est l'habile représentant de la liberté italienne et de sa nationalité ; comme les actes que cette position politique commande nuisent souvent au caractère grave, universel et religieux de la papauté, on ne s'expliquerait jamais la destinée du pontificat pendant la période du XIVe et au XVe siècle, si l'on ne se pénétrait d'abord de cette distinction nécessaire.

Les plus constants adversaires de la papauté, es conquérants les plus avides de l'Italie, les empereurs d'Allemagne conservaient leur caractère impératif. Si les papes avaient voué une haine profonde à la maison de Souabe, c'était moins de personne à personne que parce qu'ils savaient bien que les empereurs en voulaient à l'indépendance italique. Les querelles religieuses entre le sacerdoce et l'Empire touchaient moins la tiare et le sceptre que la domination de l'Italie. Chaque fois que l'Allemagne paisible pouvait disposer de ses forces, on voyait le sommet des Alpes couvert de ces Graffs et de ces Hersogs aux armures impénétrables, et cette nuée d'hommes de fer se précipitaient la lance haute dans les plaines du Milanais. A ce temps l'empereur n'était pas encore assez puissant, assez maître de l'Allemagne pour disposer seul des électeurs ; le corps germanique formait un groupe d'États sans unité : ici des évêques puissants comme les Graffs, là des électeurs qui traitaient à part avec les rois d'Angleterre et de France ; puis enfin ces margraves, ces burgraves féodaux qui cachaient leur puissance dans les châteaux aujourd'hui en ruine sur les sept collines du Rhin. Ces terres de Souabe, cette forêt Noire, si fertile en traditions, étaient remplies de vieux soudards qui prenaient service dans les lansquenets, rude infanterie aux guerres de princes ou de républiques, et dont nous voyons encore l'image dans les peintures d'Albert Durer, ou sur les vitraux des églises à Saint-Sébald de Nuremberg la ville des métiers.

C'était également comme rude infanterie couverte de fortes armures que les Suisses comptaient dans les armées d'Europe ; depuis leur terrible choc contre la maison de Bourgogne, ces fiers paysans s'étaient organisés en cantons, comme les confédérés de l'Empire. De toutes parts on recherchait leur alliance ; Louis XI les avait aidés et s'en était servi contre ses cousins de Bourgogne ; ils avaient tour à tour secondé et combattu Louis XII ; l'ambition était entrée au cœur de ces agrestes montagnards ; ils avaient vu le Milanais et l'aspect de ces belles terres si fertiles sans labour, sans travail, les avait séduits au point de leur en faire désirer la conquête ; les pics des montagnes, le bêlement des troupeaux conservaient bien encore leur charme sur ces imaginations simples ; mais rudes et avides paysans, ils aimaient le son des écus au soleil d'or en véritables condottieri, toujours au service de ceux qui les payaient le mieux ; tantôt pour les Sforzes de Milan, tantôt pour les empereurs, pour ou contre les rois de France ; et en ceci ils étaient bien ingrats, car ne devaient, ils pas leur affranchissement, le maintien de leur liberté au roi Louis XI, ennemi naturel de la maison de Bourgogne ? Chacun ménageait les Suisses, capricieux et intéressés, mais la meilleure infanterie ; leurs carrés de piques et d'arquebuses n'avaient pas encore éprouvé d'échec, surtout dans cette manière de se précipiter sur l'artillerie, d'enclouer les pièces en étouffant de leur masse les canonniers, puis se reformant en carrés de lances ou de piques[14]. Les Suisses résistaient comme un mur impénétrable aux charges de la cavalerie. Quelques gravures contemporaines nous reproduisent ces troupes d'Helvétie aux casques de fer, à l'arquebuse à rouet sur l'épaule ; leurs figures de soudard est terrible, leur longue barbe descend sur leur poitrine, leurs cils épais se mêlent à leurs moustaches souvent grises et crépues ; ils portent des justaucorps et de larges culottes, des fraises comme plus tard les Navarais de Henri IV ; puis leur mèche d'arquebuse est suspendue à leur ceinturon de cuir avec la gourde à poudre, au fermoir de cuivre.

Autant les Suisses étaient intéressés, amateurs de bons écus, autant il y avait de générosité et de noble chevalerie dans les deux nations de Pologne et des vieux Hongres ; pour eux la guerre était devenue une sorte de croisade contre les Turcs ; ils ne s'inquiétaient ni de subsides, ni de conquêtes ; jetés comme une barrière sur les limites de la chrétienté, ils se chargeaient de la défendre contre les hordes aux cimeterres étincelants. Il y avait eu là bien des saints couronnés et des martyrs. Qui aurait jamais dit que les Hongrois, la terreur des Églises au Xe siècle, convertis par saint Etienne j deviendraient les plus zélés défenseurs de la chrétienté. Ainsi Dieu avait changé la face du monde ; les Polonais et les Hongrois les plus nobles troupes de cavalerie, chargeaient fièrement les janissaires, et ces deux peuples préservèrent alors l'Europe de l'invasion des Barbares ; sans eux, qui aurait pu résister à ces myriades d'enfants du prophète débordant sur l'Allemagne ?

La puissance turque était parvenue à son apogée de grandeur ; de nation asiatique, elle aspirait à devenir européenne en campant sur le Danube. Il y a dans ce vaste fleuve qui roule ses eaux majestueuses à travers tant de peuples, quelque chose de providentiel ; il fut l'obstacle opposé à la barbarie ; les chaînes suspendues en trophées à l'arsenal de Vienne[15] constatent que le génie de la destruction ne put jamais captiver ses flots tourmentés et rapides. À ce moment, cette puissance musulmane n'est point encore entrée dans le mouvement diplomatique européen ; déchaînée par la conquête, rien ne la comprime on ne l'arrête ; on cherche à la combattre, à la vaincre y mais non encore à l'appeler comme aide et appui dans la marche des intérêts. Les premières relations avec la Porte Ottomane datent de François Ier ; elles ne remontent pas au delà ; la ferveur religieuse ne fut plus dès lors un obstacle aux desseins de la diplomatie, l'esprit du moyen âge se transforme !

Cette ferveur de religion et de chevalerie était gardée chaste et pure par de braves chevaliers qui devaient bientôt braver dans Rhodes toute la puissance de l'Asie. L'esprit des croisades n'était pas entièrement éteint, il survivait dans quelques-uns de ces ordres nés en Palestine sous la domination de la France ; les Templiers avaient disparu sous un coup de sceptre de Philippe le Bel ; le choc fut rude, mais les hospitaliers héritiers de la mission des Templiers avaient saisi l'étendard de la croix, comme dans les batailles, lorsqu'un chevalier tombait le gonfanon au poing, un autre se levait pour le porter haut. Réfugiés à Rhodes, les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem avaient à soutenir un siège terrible ; toutes les forces du croissant allaient se réunir pour les dompter. Rhodes succomba ; mais on peut reporter à dette époque le véritable réveil de l'Europe chrétienne contre la puissance ottomane. Souvent il arrive qu'un dernier coup de résistance, de gloire et de désespoir change l'esprit des empires et fait naître d'autres héroïsmes. L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem sauva l'Europe au XVe siècle, et cette Europe ingrate les laissa tomber à une période d'égoïsme et de personnalité.

Il faut distinguer, dans le mouvement de l'islamisme contre la chrétienté, deux époques très-séparées : la première, irruption brisée par Charles Martel à Poitiers, toute sarrasine et mauresque, se termine en Espagne par l'expulsion des Maures et les édits de Ferdinand et d'Isabelle. Le second âge, celui de l'invasion ottomane subit son point d'arrêt au siège de Rhodes. Règne ferme et brillant que celui de Ferdinand et d'Isabelle[16], véritable origine de l'unité espagnole ! On ne peut refuser à la splendide époque du gouvernement des Maures une certaine action sur la science et les arts ; j'ai lu, voyageur enthousiaste, ces vers de poètes écrits sur l'Alhambra qui rappellent la gloire et les grandeurs du califat ; les almacens de Valence, de Grenade et de Cordoue respirent le souvenir d'une civilisation avancée. Mais avec l'empire sarrasin l'unité espagnole aurait disparu. Si les vieux chrétiens n'avaient conservé leur foi et leur force nationale dans les montagnes des Asturies, l'Espagne n'aurait été qu'un fief de l'Afrique, et les riches cités auraient obéi aux fils du prophète.

C'est donc aux fermes mesures de Ferdinand et d'Isabelle que l'Espagne dut sa délivrance ; l'inquisition surtout fut le plus énergique et le plus patriotique instrument pour assurer le triomphe de la nationalité espagnole. Si l'inquisition avait été admise en France, elle aurait préservé la patrie (en conservant l'unité de la foi), de ces guerres civiles du XVIe siècle où tant de sang fut répandu. Dans les crises on a besoin de ces moyens extraordinaires ; le signe de chrétien était celui de la patrie ; en Espagne, l'homme qui ne s'agenouillait pas devant les églises était un traître, un ami des Maures ; on devait le proscrire et le frapper. C'est donc Ferdinand, Isabelle et l'inquisition qui firent les destinées de l'Espagne et préparèrent le règne immense de Charles-Quint.

L'Angleterre s'était dévorée dans les guerres civiles de la rose rouge de Lancastre et de la rose blanche des York. Ces guerres de couleurs et de symboles se reproduisent à tous les temps ; le vert, le bleu, le rouge n'étaient-ils pas des signes de factions à Constantinople ? et lorsqu'on parcourt aujourd'hui les rues de Florence et de Pise, le blanc et le noir ne bariolent-ils pas encore ces églises qui virent les partis en armes ? Dès que l'Angleterre ne déborda plus sur le continent par la guerre, elle s'agita jusque dans ses abîmes les plus profonds ; enfin, comme le dit un vieux poète anglais : les deux roses s'étaient formées en bouquet, et de cette tige réunie était né Henri VIII[17] l'homme de chair et de sang. L'Angleterre disposait de grandes forces ; sa chevalerie, d'origine normande et saxonne, était ferme au champ de bataille ; rien n'égalait les archers du pays de Galles quand ils se déployaient aux champs ; leurs arbalètes lançaient des dards vigoureux. Depuis que la poudre avait changé les combinaisons de la guerre, les Anglais avaient apporté une attention active et profonde à l'artillerie ; les premiers, ils s'étaient servis de canons : quel ravage les longues coulevrines n'avaient-elles pas fait dans les rangs pressés de la chevalerie ? Pour combattre et anéantir cette influence de l'Angleterre, la France avait servi les haines si antiques des Écossais contre les Saxons et les Normands ; plus d'une fois les Anglais avaient essayé la domination de l'Ecosse, alors sous le gouvernement des Stuarts[18], race mélancolique unie à la France par une vieille affection de peuple et par les services que les Écossais avaient rendus sous Charles VII, quand la couronne de France, violemment ébranlée par les Bourguignons et les Armagnacs, était tombée aux mains des Anglais. Une compagnie écossaise servait comme garde personnelle du roi autour du drapeau fleurdelisé.

Le moyen âge fut le temps des franchises de villes et de la liberté municipale quand il n'existait aucun système de centralisation, aucune force supérieure autour de laquelle toutes les autres vinssent se grouper ; les villes municipales formaient comme une fédération, et ce qui existait en Italie, ce faisceau de villes indépendantes y républicaines, se produisait également en Allemagne, en Flandre, comme aux bords de la Baltique.

L'Europe aux XIIIe et XIVe siècles, offrait deux idées également puissantes en face l'une de l'autre, la féodalité et la municipalité ; elles marchaient ensemble sans se heurter comme la vassalité et la corporation. A côté des châteaux qui couronnaient les montagnes, se plaçaient les villes libres avec les corporations marchandes : Graffs et syndics, barons et maîtres, toutes ces idées se mélangeaient dans l'organisation sociale et politique. En Flandre surtout, le grand système des franchises communales existait dans sa force ; les bourgeois admettaient bien la souveraineté de leur duc ou comte, mais nul syndic de Gand, de Courtray, de Bruxelles n'eût sacrifié les privilèges de la ville à son suzerain féodal ou à sa dame, car femme succédait au fief de Flandre[19]. Qui n'avait alors souvenir des glorieuses défenses de Lille et de Courtray contre les ducs de Bourgogne ? c'est qu'avant tout, les corporations tenaient à leur liberté, à leurs privilèges, à leurs bannières. On trouvait de ces statuts dans les villes hanséatiques comme dans l'île de Wisby, dans les cités libres de Cologne comme au pied des Pyrénées où les Ricoshombres d'Aragon et de Navarre étaient si fiers de leurs fueros, avant l'énergique joug de Charles-Quint.

Cependant on ne pouvait se dissimuler que l'état social tendait à se modifier par de grandes causes ; le siècle paraissait profondément agité. Les vastes découvertes destinées à remuer les générations ne produisent pas d'abord tous leurs effets ; il y a pour elles un temps d'arrêt qu'elles consacrent à se perfectionner et à s'organiser ; puis elles débordent apportant avec elles-mêmes leur principe de bien et de mal. Depuis le XIIIe siècle, la science de la guerre était en possession de la poudre ; le génie de la destruction s'était emparé de cette force, décrite déjà par Bacon, comme un principe terrible[20]. On ne renonça pas d'abord à l'arc vigoureusement tendu, à la lance, à l'arbalète ; mais dans chaque corps de bataille, on arma les compagnies de pied de lourds tubes, sortes d'arquebuses à rouet ; les longues coulevrines vinrent ensuite, telles qu'elles sont reproduites aux manuscrits du XVe siècle[21].

La vieille tactique militaire dut alors se modifier ; les corps de combat se formaient de masses de fer pressées, chevaux et hommes sous le gonfanon du souverain ; au-devant de ces masses, et pour engager la bataille, on plaçait des compagnies d'archers agiles, vigoureux, qui lançaient des traits ou flèches. Ces troupes très-fortement exercées dans les comtés de Sussex et de Cambridge, avaient presque toujours assuré la victoire aux Anglais. Depuis que l'arquebuse avait succédé à l'arc, on dut modifier l'ordre des combats. Les corps de chevaliers bardés de fer furent conservés (la féodalité n'était point morte encore, et tout noble voulait servira cheval). Mais comme les coulevrines ne respectaient ni casques, ni hauberts, ni cuirasses, on dut opposer artillerie à artillerie, et organiser une infanterie d'arquebusiers destinés à s'élancer sur les canons immobiles comme leurs affûts ; là fut tout l'art et le courage des lansquenets suisses. Quand la bataille commençait, ils s'attachaient à faire bonne prise des canons en courant vers l'artillerie ; une fois maîtres de ce moyen décisif des batailles ; la cavalerie pouvait donner à l'aise et ses fortes lances jetaient partout le désordre[22].

L'invention de la boussole, le passage à travers le Cap des tempêtes décrit par Camoëns, la découverte de l'Amérique, tendaient également à bouleverser tous les rapports de puissances et de relations. Avant ces merveilleuses conquêtes de l'homme, tout le commerce se concentrait dans le double bassin de l'Adriatique et de la Méditerranée, les croisades avaient jeté les idées, les émotions et les intérêts vers l'Orient, De là étaient nées les puissances de Venise, de Gènes, d'Amalfi, et même la grandeur des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Les destinées de l'Empire Ottoman, la puissance des États barbaresques, se rattachaient aussi à cette direction de toutes les pensées vers l'Orient. Les Turcs n'étaient-ils pas les maîtres du vaste littoral qui séparait l'Europe de l'Asie ? Rien ne pouvait s'accomplir que par eux.

Les nouvelles découvertes déplacèrent les idées et les intérêts ; Gènes et Venise n'étant plus sur la route des grandes destinées de la génération, tôt ou tard elles devaient s'éteindre. Le diadème des deux mondes rayonnait sur la tète des vieux rois de Castille, à peine délivrée du joug des Maures ; les siècles bouleversent ainsi les puissances, les élèvent ou les abaissent tour à tour. La loi du perfectionnement et du progrès continu est une de ces chimères d'or qu'il faut laisser comme distraction et orgueil aux peuples pour leur faire oublier la tristesse de leurs destinées, qui est de rouler incessamment et sans espoir le rocher de Sisyphe. Cependant au XVe siècle les choses n'en sont point complètement arrivées là, l'Italie, l'Empire Ottoman, sont encore de grandes puissances en jeu dans le mouvement politique. Il faut da longues années pour déplacer les rapports de peuples ; on ne s'élève ni on ne tombe dans un seul jour ; la providence de Dieu n'est pas aussi pressée que l'impatiente vanité des hommes.

La réforme de Luther donna également sa direction désordonnée à la politique ; elle fit pénétrer une lutte religieuse dans les questions de prépondérance civile. Le corps germanique, déjà si divisé, se morcela dans des querelles intimes ; les intérêts protestants et catholiques se placèrent en face pour combattre ; les idées du moyen âge s'affaiblirent profondément. Les masses renoncèrent aux fraternités de corporations et de confréries ; et, s'il se forma des associations, elles furent turbulentes et dévastatrices à la manière des anabaptistes. Le principe d'autorité et d'obéissance ne reposa plus désormais sur une idée morale ou religieuse, sur des rapports mystiques et touchants, mais sur la force matérielle ; les rois, s'affranchissant de tout devoir de famille, ne respectèrent plus ni les lois domestiques ni celles des propriétés, et les sujets se révoltèrent par la raison qu'ils étaient les plus forts. Le droit public se modifie entièrement ; il commence à se former une école diplomatique qui balance tous les intérêts pour les invoquer au profit des nationalités égoïstes ; devant la politique la fraternité chrétienne s'affaiblit et tombe[23].

Cette école diplomatique a l'Italie pour berceau ; rarement les puissances superbes recourent aux négociations ; elles imposent leur volonté par cela seul qu'elles ont le glaive en main. La force n'a pas besoin de s'assouplir ; en Italie, il n'y avait aucune puissance qui possédât une plénitude de moyens suffisants pour imposer sa loi ; toutes devaient donc chercher leur crédit dans une certaine sphère de négociations, et c'est ce qui donna la vie active à la diplomatie que Machiavel[24] mit en précepte. Il arrivait en Italie ce qui se manifeste toujours là où il y a peu d'énergie ; il se révélait un besoin de trahison, de manœuvres secrètes, un perpétuel changement dans les alliances, les traités, de manière que la parole humaine n'était plus qu'un jeu. Le génie de Machiavel n'inventa rien de neuf ; il raconta, fidèle historien, les faits qu'il avait sous les yeux ; et les prenant comme éléments d'une théorie, il en fit Sortir quelques principes généraux qui paraissent odieux parce qu'on en détache les événements contemporains. Il ne faut jamais lire les livres de Machiavel isolés, sans les rapprocher et les comparer à la poésie du Dante qui en est comme la clef. Dante a peint le sens moral de l'Italie ; il a révélé ses plaies de corruptions, ses actes atroces, les trahisons de ses gouvernants et de ses peuples ; son enfer n'est que la peinture fatale de sa patrie. Quand on s'est bien pénétré de cette douleur énergique, quand on a parcouru les dédales de ce poème, où brille d'une sombre lueur la tour d'Ugolin, alors on peut lire Machiavel, et le trouver moins théoricien que politique d'application.

En toute circonstance, les livres de Machiavel sont les plus importants morceaux d'histoire à côté des magnifiques compositions de Guichardin. C'est donc en Italie, et au XVe siècle, qu'on doit reporter l'origine d'une véritable école diplomatique, qui s'est agrandie depuis en s'appuyant sur des principes plus larges et plus justes ; car les États et les peuples forts d'eux-mêmes ont moins besoin de supercheries. Eu toute hypothèse, l'Italie devait se défendre par sa finesse et son habileté ; n'était-elle pas le champ de bataille où la force faisait incessamment ses appels aux armes et donnait ses cartels ?

 

 

 



[1] Cependant l'arsenal de Venise contient de beaux et d'antiques souvenirs de ces guerres contre les musulmans.

[2] L'escalier des Géants est la partie la mieux conservée du palais ducal à Venise.

[3] L'origine des négociations entre Venise et la France remonte aux conquêtes de Charles VIII à travers l'Italie.

[4] La corporation des marchands de laine, si renommée dans les statuts des villes, fit élever le dôme de Florence. Les corporations formulent le moyen âge.

[5] Cosme de Médicis, fils de Jean de Médicis, tige de cette maison féconde, et de Picarde de Bueri, mourut à Florence, le 1er août 1464, âgé de 75 ans, laissant de Contesine de Bardi, sa femme, Pierre de Médicis qui, l'an 1460, fut pourvu de la charge de gonfalonier.

[6] Laurent et Julien, après la mort de Pierre, leur père (1472), furent déclarés princes de la république de Florence. Julien fut assassiné le 26 avril 1478.

[7] Jean de Médicis, né à Florence le 11 décembre 1475, était fils de Laurent le Magnifique ; nommé cardinal à 13 ans, par Innocent VIII, il ne reçut cependant les premiers ordres que quatre ans après.

[8] Giacomuzzo Sforza, né le 10 juin 1369, dans la Romagne, se noya dans le fleuve Pescara, à peine âgé de 54 ans, en voulant le traverser pour secourir la ville d'Aquila.

[9] Consultez les admirables livres de Guicciardini, que je considère comme notre maître à tous : j'ai eu le bonheur de me procurer une vieille édition contemporaine (Florence 1571). Je le place à côté de Tacite dans mes études.

[10] François Alexandre Sforza, né en 1401, épousa en 1444 Blanche, fille naturelle de Philippe Visconti, duc de Milan ; le duc mourut sans héritiers, et, en 1447, les Milanais se formèrent en république dont Sforza devint le chef ; mais trois ans après, il se fit proclamer lui-même duc de Milan, et mourut le 8 mars 1466. Galéas, son fils, né en 1444, lui succéda et mourut assassiné le 26 décembre 1476.

[11] Ludovic Marie Sforza, né en 4451, était frère de Galéas, mort assassiné, en laissant le duché à son fils Jean Galéas, âgé de 8 ans ; Ludovic exerça alors la régence avec la plus grande autorité, mais son neveu qu'il tenait enfermé dans le château de Pavie étant mort en 1494, il lui succéda. Ludovic, fait prisonnier en 1500, fut envoyé en France, où il mourut en 1510.

[12] Voyez, dans la collection Fontanieu (MSS. Bib. Royale), les lettres du sénat à Louis XII, n° 4.

[13] J'ai toujours pensé que ce serait un admirable sujet d'histoire épique que l'expédition de Charles VIII à Naples.

[14] Les bas-reliefs du tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne, à Saint-Denis, peuvent donner une idée de la manière de combattre des Suisses ; on peut les comparer avec les autres bas-reliefs du mausolée de Maximilien, à Insprück ; ils appartiennent à la même manière et au même temps.

[15] Ces chaînes tiennent presque toute la cour de ce bel arsenal de Vienne. Bonaparte fit également l'expérience de tous les dangers qu'offre le Danube, dans sa campagne de 1809, à l'île de Lobau. Voyez mon travail sur l'Europe pendant règne de Napoléon.

[16] Ferdinand V le Catholique, né le 10 mars 1452 de Jean II, roi de Navarre et d'Aragon, monta sur le trône dé Castille, en 1474, après la mort de Henri IV, du chef d'Isabelle, sœur de ce roi, née en 1464, qu'il avait épousée (1469). Jean II, son père, étant mort (1479), Ferdinand réunit au royaume de Castille celui d'Aragon. Isabelle mourut en 1504, et Ferdinand beaucoup plus tard.

[17] Henri VIII, fils d'Henri VII et d'Élisabeth d'Angleterre, était né en 1492.

[18] Jacques IV, fils de Jacques III, lui succéda au royaume d'Écosse, le 11 juin 1488, âgé de quinze ans, et épousa, en 1503, Marguerite d'Angleterre, sœur de Henri VIII. Ce fut par ce mariage que la couronne d'Angleterre passa dans la maison des Stuart, en 1603, après la mort de la reine Elisabeth.

[19] Le droit féodal était ici en toute sa vigueur.

[20] Voyez mon travail sur le siècle de Philippe Auguste, t. IV de la 2e édition in-8°.

[21] Voyez les mss. à miniatures de la Bibliothèque Royale.

[22] Les bas-reliefs d'Insprück, je le répète, me paraissent bien remarquables pour l'histoire militaire du XVIe siècle.

[23] J'ai raconté cette grande révolution dans mon travail sur la Réforme.

[24] Nicolas Machiavel, né à Florence, le 3 mai 1469, y mourut le 22 juin 1527.