HISTOIRE ANCIENNE DES PEUPLES DE L'ORIENT

 

LES SARGONIDES ET LE MONDE ORIENTAL JUSQU’À L’AVÈNEMENT DE CYRUS

CHAPITRE XI - LES DÉBUTS DE LA MÉDIE.

 

 

Les Mèdes et les Perses : Déiôkês.

Les Sargonides avait fondé sur les débris des royautés partielles un grand empire sémite. Araméens, Juifs, Phéniciens, les gens de l'Assyrie, même quelques tribus arabes, tout ce qui parlait un dialecte sémitique entre l'isthme de Suez et l'embouchure de l'Euphrate, reconnaissait un même chef et était réuni pour la première fois sous une même domination : les peuples conquérants d'autrefois, Égyptiens, Élamites, clans de la Chaldée, avaient succombé tour à tour. Mais le triomphe de la race sémitique sur ces vieilles races civilisées de l'ancien monde avait été acheté chèrement. Nous avons vu quel avait été le sort de Babylone et des Araméens d'Orient pendant les dernières guerres ; les Sémites occidentaux avaient souffert encore plus que leurs cousins de Mésopotamie et de Chaldée. La Syrie, jadis si riche et peuplée si dru, était en pleine décadence : Qodshou n'existait plus que dans le souvenir confus des scribes égyptiens ; Gargamish, Damas, Hamath, perdaient chaque jour de leur importance politique ou commerciale. La Cœlé-Syrie, écrasée par dix siècles de combat, restait inerte à la merci du premier ennemi ; Moab, Ammon, les Philistins, étaient plus qu'à moitié ruinés, Israël avait disparu : les Phéniciens et les Juifs conservaient encore quelques signes de vie, mais leurs révoltes et leurs intrigues ne nuisaient plus qu'à eux-mêmes, et le jour où le puissant souverain de Ninive se lasserait d’avoir à les réprimer, il n'aurait qu'à lever le doigt pour les précipiter de l'état de tributaires autonomes à l'état de sujets.

Et pourtant, au moment même où il semblait qu'Assourbanabal n'eût plus qu'à jouir en paix du fruit de ses victoires, le peuple se levait et s'organisait qui, dans l'espace d'une génération, allait détruire son oeuvre et celle de ses ancêtres. Le pays à l'Est de l'Assyrie se divise assez naturellement en deux zones : l'une de montagnes, qui sépare le bassin du Tigre de celui de la Caspienne, l'autre de plaines, qui s'en va, au Sud vers l'Océan Indien, à l'Est vers l'Helmend. La partie montagneuse s'appuie contre un massif à peu près triangulaire, élevé sur les côtés, creux au centre les eaux, descendues au fond de la dépression, s'y amassent en un lac sans issue[1], situé, comme la Mer Morte, bien au-dessous du niveau de l'Océan et tellement saturé de sel que nul poisson n'y vit. L'Elbourz se détache de ce plateau à l'Est, et, après avoir côtoyé la Caspienne, il va rejoindre au loin l'Indou-Koush ; un de ses sommets, le Demavend, s'élance en pyramide à prés de vingt mille pieds dans les airs, et il passe pour le pic le plus haut de cette région[2]. Sur le côté opposé, cinq ou six rangées parallèles courent, bien connues des géographes grecs et romains sous les noms de Khoatras et de Zagros. Elles s'inclinent en général du N.N.O. au S.S.E. et elles étreignent une contrée entrecoupée de torrents et de ravins profonds, de crêtes presque inaccessibles et de vallées fertiles, qui débouchent sur l'Assyrie ou sur l'Élam et qui versent leurs fleuves dans le Tigre. Derrière ces lignes naturelles, comme derrière les murs d'un vaste camp retranché, s'étale un plateau ondulé légèrement dont la lisière, bien arrosée par de nombreux cours d'eau, nourrit une population nombreuse ; mais, à mesure qu'on s'enfonce dans l'intérieur, les rivières se tarissent et la sécheresse règne en maîtresse. Le sol, sans approcher celui de l'Égypte ou de la Chaldée, abonde en ressources. Les montagnes renferment du cuivre, du fer, du plomb, un peu d'or et d'argent, plusieurs espèces de marbre blanc et coloré[3], des pierres précieuses et surtout un lapis-lazuli fort estimé des anciens[4]. Nues par endroit, elles se revêtent le plus souvent d'épaisses forêts dont les pins, les chênes, les peupliers, s'associent au plane oriental, au noisetier, au saule. Les flancs du Zagros et les rives de l'Ouroumiyéh sont de véritables vergers où prospèrent la poire, la pomme, le coing, la cerise, la pêche, l'olive. Le plateau est plus pauvre et de moindre apparence : des arbres en petite quantité, au voisinage des rivières et des étangs ; du froment, de l'orge, du seigle et des légumes excellents, dans les cantons où l'eau ne manque pas. On y trouvait, à côté des bêtes féroces appartenant aux espèces les plus redoutables, le lion, le tigre, le léopard[5], l'ours, beaucoup d'animaux domestiques ou susceptibles de le devenir, l'âne sauvage, le buffle, la chèvre, le chien, le dromadaire et le chameau à deux bosses, alors presque inconnu en Assyrie et en Égypte, même plusieurs races de chevaux, dont une, la niséenne, était renommée pour sa force, sa taille et son agilité[6]. Les premiers conquérants assyriens, Tougoultininip et Tiglatphalasar 1er, ne franchirent pas la barrière du Zagros et du Khoatras. Leur effort porta presque entièrement sur les tribus à demi civilisées qui s'agitaient entre le Tigre et le plateau de l'Iran, et, s'ils se hasardèrent quelquefois au delà, ce fut comme au hasard et sans idées de conquête sérieuse. Assournazirabal eut trop d'occupation en Syrie et en Arménie pour rien entreprendre à l'est ; Salmanasar, plus libre que son prédécesseur, pénétra probablement jusqu'à la lisière du désert, et son fils Shamshiadad s'avança à trois reprises assez loin vers l'orient pour qu'on puisse le soupçonner d'avoir été en contact avec le peuple des Mèdes[7].

Les Mèdes se qualifiaient eux-mêmes d'Ariens[8] : vers le Ve siècle avant notre ère, ils se partageaient en six tribus, les Buses, les Parétacènes, les Strouchates, les Arizantes, les Budiens et les Mages[9]. Ils avaient conservé vaguement le souvenir de l'époque où, réunis à d'autres nations de même souche, ils erraient dans L'Airyanêm–Vâedjô[10]. Les historiens modernes ont placé d'abord cette contrée mythique sur les bords de l'Oxus et de l'Iaxarte, non loin de ce prétendu plateau de Pamir qu'ils regardaient comme le point de départ des races indo-européennes. Ils conjecturèrent qu'une partie des tribus descendit vers le sud dans le bassin de l'Indus et de ses affluents, tandis que d'autres mettaient en culture les oasis fertiles du Margou et du Hvârazmi[11]. Les rédacteurs des livres sacrés de l'Iran prétendaient même connaître les étapes de la route que les Mèdes et les Perses parcoururent avant de s'enraciner sur le sol de l'Iran[12]. Ils assuraient que leurs ancêtres avaient habité des régions diverses qu'Ahouramazdâ, le dieu bienfaisant, créait pour eux, mais d'où les manoeuvres du mauvais principe, Angrômaïnyous, les chassaient toujours. Forcés par le froid de déserter l'Airyanêm-Vâedjô, ils se répandirent sur la Çoughdhâ[13] et la province de Moûrou[14]. Les guerres civiles et les incursions des nomades voisins les contraignirent à s'exiler et ils se détournèrent vers l'est, dans Bâkhdhi, le pays des hautes bannières[15], puis vers le sud-est, dans la contrée de Niçâya qui est entre Bâkhdhi et Moûrou[16]. A partir de Niçâya, ils pénétrèrent sur le plateau de l'Iran par l'Harôyou[17] et ils débordèrent sur le Vaêkereta-Douhzaka[18], où ils se séparèrent en plusieurs corps de nation[19]. Les uns traversèrent l'Haraqaïti[20], l'Haêtoumat[21], et débouchèrent dans l'Heptahendou[22] ; les autres inclinèrent à l'ouest par l'Ourvâ[23], le Khnentâ-Vehrkanâ[24],  Rhagâ[25], le Tchakhrâ[26],  jusqu'au Varena et aux rives occidentales de la mer Caspienne[27]. Ce ne sont là que des légendes inventées après coup. Il est vraisemblable que les Iraniens vinrent d'Europe à travers le Caucase, et que leur pays traditionnel d'origine, l'Aryanêm-Vaêdjô, doit être cherché vers les plaines de l'Araxe et du Kour[28].

Les Mèdes conquirent pied à pied le sol de leur nouvelle patrie. L'histoire a perdu le détail de leurs premières luttes contre les maîtres anciens du pays, mais les traditions persanes ont conservé jusqu'au moyen âge le récit des exploits fabuleux qui les signalèrent et les noms des héros légendaires qui y furent engagés. Dés l'antiquité, les Perses, ne pouvant admettre qu'un peuple de leur race eût joué si récemment encore un rôle insignifiant dans l'histoire du monde, composèrent pour cette époque une sorte de roman glorieux, dont Ctésias de Cnide recueillit et consigna dans ses livres les inventions principales. Il plaça vers 788 la révolte d'Arbakès, la prise de Ninive, la fondation d'un vaste empire mède qui se prolongea sans interruption jusqu'à Cyrus. Les noms de ces prétendus rois manquaient, ainsi que les années de leur règne : il créa une dynastie de toutes pièces un Arbacès, un Mandaukas, un Sosarmos, et cinq autres à la file[29]. Les monuments assyriens nous ont donné la preuve de cette fraude. Lorsque Tiglatphalasar III effleura la Médie, dans les années qui correspondent au règne du prétendu Mandaukas, le pays était réparti entre un grand nombre de chefs indépendants qui exerçaient l'autorité chacun sur son canton, et qui ne relevaient d'aucun pouvoir supérieur : il se borna à opérer quelques razzias productives. Vingt ans plus tard, vers 783, Sargon monta sur le plateau même, s'empara de la plupart des villes, les annexa à l'Assyrie, et construisit des forteresses sur plusieurs des points importants. Fidèle aux traditions de la politique assyrienne, il déporta des Mèdes dans les provinces occidentales de son empire, à Hamath, dans la Cœlé-Syrie, et il sema la Médie de colonies syriennes : une partie des Juifs de Samarie y fut exilée de la sorte[30]. Comme tribut enfin, il exigea chaque année le don d'un certain nombre d'étalons niséens. Il régnait en souverain sur tous les chefs de la région, sur celui d’Allabria et sur celui d'Ellibi[31], sur les princes d'Agazi, d'Ouriakkou, d'Ambanda, de Zikartou, et sur vingt autres dont nous ne savons où placer les domaines. Deux ou trois noms de chefs ont la forme iranienne, Pharnês, Ariya, Vastakkou, et le seul district dont on puisse dire qu'il était à coup sûr occupé par les Ariens, celui de Partakanou, figure le dernier et le plus lointain sur la liste des tributaires. Un seul nom tranche sur la masse, celui d'un Dayaoukkou, dont la légende s'empara bientôt pour lui attribuer la fondation de l'empire mède[32].

Hérodote nous raconte, on effet, que vers 708, c'est-à-dire au moment où Sargon était tout-puissant, les tribus éparses de la Médie s'étaient réunies en un corps de nation et que les principautés isolées s'étaient fondues en un royaume unique. Il y avait chez les Mèdes un homme sage, à qui était nom Déiôkès, le fils de Phraortès. Ce Déiôkès, enamouré du pouvoir, fit comme il suit : Les Mèdes vivaient par bourgades ; lui qui était, dés avant cela, des plus considérés dans la sienne, mit de plus en plus son étude à la pratique de la justice ; et il en agissait ainsi quand le désordre était grand par toute la Médie, sachant combien l'injustice est ennemie du juste. Les Mèdes de sa bourgade, voyant ses manières, le choisirent pour leur juge, et lui, comme il courtisait le pouvoir, était droit et juste. Agissant de la sorte, il eut louange non petite de ses concitoyens, à ce point qu'apprenant ceux des autres bourgades qui avaient été jusqu'alors frappés d'injustes sentences, comment Déiôkès était le seul homme qui jugeât selon le droit, dés qu'ouïrent la chose, tout contents accoururent vers Déiôkès et, jugés eux aussi, à la fin ne s'adressèrent plus à aucun autre. Comme la foule des clients augmentait toujours à mesure qu'on se persuadait de l'équité de ses jugements, voyant Déiôkès que tout reposait sur lui, plus ne voulut s'asseoir au lieu où s'asseyant jusqu'alors avait rendu justice, et assura qu'il ne voulait plus juger ; car point ne trouvait son compte à négliger ses propres affaires pour juger tous les jours celles d'autrui. Les rapines et le désordre revenant dans les cantons plus qu'ils n'avaient fait auparavant, les Mèdes s'assemblèrent en un même lieu et se consultèrent entre eux, parlant pour ce qu'il convenait faire. Selon ce que je pense, les amis de Déiôkès parlèrent plus que tous les autres : Nous ne pouvons continuer d'habiter le pays dans l'état où nous sommes. Allons, établissons un d'entre nous comme roi, et ainsi le pays sera bien gouverné et nous retournerons à nos affaires, et nous ne serons pas maintenus par l'injustice dans un état de trouble perpétuel. Parlant à peu près ainsi, ils se persuadèrent qu'ils voulaient un roi. Et sur-le-champ on examina qui on élirait roi  Déiôkès fut proposé et fort loué par un chacun, si bien qu'ils convinrent de l'élire roi[33]. Une fois maître, Déiôkès se construisit un grand palais et s'entoura d'une garde royale. Il commanda ensuite à ses sujets d'abandonner leurs villages et de s'assembler auprès de lui, dans les murs d'une grande capitale. Les Mèdes, dociles à ses ordres, bâtirent cette ville immense et bien fortifiée qu'on nomme Acbatana. Ses enceintes sont excentriques et construites de telle sorte que chacune dépasse l'enceinte inférieure seulement de la hauteur de ses créneaux. L'assiette du lieu, qui s'élève en colline, favorisa cet arrangement. Il y avait en tout sept enceintes, et dans la dernière le palais et le trésor du roi. Le pourtour de la plus grande égale à peu prés le pourtour d'Athènes. Les créneaux de la première sont peints en blanc ; ceux de la seconde en noir ; ceux de la troisième en pourpre ; ceux de la quatrième en bleu ; ceux de la cinquième sont d'un rouge orangé. Aux deux dernières, les créneaux sont argentés pour l'une et dorés pour l'autre. Toutes ces fortifications, Déiôkès les fit élever pour lui-même et pour son palais ; il commanda au peuple de se loger hors de la citadelle. La ville terminée, il posa le premier en règle que nul n'entrerait chez le roi, mais que toutes les affaires s'expédieraient par l'entremise de certains officiers qui les rapporteraient au monarque ; qu'il serait indécent de regarder le prince en face, de rire ou de cracher en sa présence. Il établissait ce cérémonial autour de lui pour ne pas donner à ses contemporains élevés avec lui, aussi bien nés et aussi bien doués que lui, l'occasion de s'aigrir à sa vue et conspirer contre lui : il pensait qu'en se rendant invisible à ses sujets, ils finiraient par le considérer comme un être d'une nature différente[34].

Deux ou trois faits à peu prés positifs se détachent sur ce fond de légendes. Il est vraisemblable que le Dayaoukkou des textes assyriens, le Déiôkès d'Hérodote, se créa réellement une principauté importante aux pieds de l'Elvend et qu'il y fonda Ecbatane la Grande, ou du moins qu'il l'éleva au rang de capitale. Il ne devint jamais le souverain vénérable que la postérité s'imagina qu'il était, et le territoire soumis à son autorité représente à peine la moitié de ce qu'était la Médie à l'époque classique. Il n'en réussit pas moins - et c'est ce qui lui valut sa renommée par la suite - à fournir aux tribus Mèdes un centre autour duquel elles se rallièrent peu à peu. L'oeuvre de concentration était à peine commencée sous Sennachérib, et ce n'est pas sans raison que la légende considérait le long règne de Déiôkès comme une époque de paix. Le demi-siècle de durée qu'elle lui assigne correspond au moment de la plus grande puissance assyrienne : sous Sennachérib, sous Asarhaddon, sous Assourbanabal, la Médie, trop faible encore pour se rendre indépendante, relevait des gouverneurs installés à Kharkhar et elle leur versait son tribut avec résignation[35].

La tradition assignait un certain Phraortès[36] pour successeur au pacifique Déiôkès. Il monta sur le trône vers 655, en un temps où l'étoile d'Assourbanabal était encore dans l'ascendant, et il ne semble pas qu'il ait essayé tout d'abord de secouer le joug assyrien. Il débuta par l'annexion des petits États les plus proches, puis il s'attaqua à l'autre branche de la race, celle qui, par le nombre et par la valeur militaire de ses clans, était seule capable d'entrer en compétition avec son propre peuple[37]. Les Perses, concentrés à l'origine dans les vallées étroites qui coupent le plateau iranien, vers le sud, avaient pris occasion des embarras de l'Élam et de ses luttes avec l'Assyrie, pour se développer à ses dépens, depuis la fin du VIIIe siècle. Ils choisissaient leurs rois dans la famille d'un certain Akhamanish, l'Achéménès des Grecs, lequel, au temps de l'invasion iranienne, aurait été le chef de la principale des tribus persanes, celle des Pasargades. Achéménès aurait eu pour successeur un Téispès, qui régnait pendant les années où Assourbanabal consomma la ruine de Suse : il acquit la partie orientale de l'Élam et il s'intitula roi d'Anshân[38]. La Perse, telle qu'elle se trouva constituée par cette annexion, s'étendait depuis l'embouchure de l'Oroatis, le Tab des modernes, jusqu'à l'entrée du détroit d'Ormuzd. La région des côtes, dont les alluvions ont grandement modifié le tracé depuis l'antiquité, est formée de bancs de sable et d'argile rangés parallèlement : elle est stérile et mal arrosée. Le reste du pays est coupé par plusieurs chaînes de montagnes qui vont s'élevant toujours, de la mer au plateau : il est infécond par places, surtout au Nord et à l'Est, mais boisé ailleurs et riche en céréales. Quelques rivières seulement, l'Oroatis, l'Araxès (Bendamir) et le Kyros (Kourab) rompent la barrière côtière jusqu'à la mer : la plupart des eaux n'ont pas d'écoulement et elles s'accumulent au fond des vallées, en lacs qui varient de surface selon les saisons. Les dix ou douze tribus, en lesquelles les Perses se divisaient, se répartirent ce territoire assez inégalement. Les Pasargades, parmi lesquels on élisait les rois, les Maraspiens et les Maspiens, dont les chefs appartenaient aux sept familles les plus nobles de la nation, se cantonnèrent sur le rebord du plateau, autour de la ville de Pasargades. Les Panthialéens, les Derusiéens et les Carmanes menaient la vie sédentaire dans les régions de l'Est, tandis que les Daens, les Mardiens, les Dropiques et les Sagartiens séjournaient, à l'état nomade, dans les districts les plus rapprochés de la Susiane. Les Perses étaient une race intelligente et fine, dure à la fatigue, belliqueuse d'instinct. Ils étaient hauts et minces de taille, larges d'épaules et de hanches, avec une tête petite et une abondance de cheveux et de barbe bouclée, un nez droit, une bouche ferme, un oeil perçant et alerte. Phraorte triompha d'eux, malgré leur vaillance, et, renforcé de leurs contingents, il réussit à conquérir tous ses voisins[39].

Ce succès l'enivra au point qu'il se crut de taille à affronter les Assyriens. Cela se passait vers 635, une dizaine d'années après la chute de l'Élam, et il n'est pas probable que l'Assyrie eût décliné sensiblement pendant cet intervalle de temps. Assourbanabal, vieilli et saoul de victoires, se tenait partout sur la défensive, et il ne se mettait en mouvement qu'à la dernière extrémité, sur la menace d'une révolte à l'intérieur ou d'une agression étrangère. Il employait ses loisirs à construire des temples ou à décorer des palais et à recueillir dans les bibliothèques sacrées, surtout dans celles de Babylone, les vieux livres qui renfermaient la littérature, les sciences, les arts, l'histoire de la Chaldée ancienne. Il les faisait transcrire par ses scribes et, de ces copies, il formait à Ninive une bibliothèque dont les débris sont arrivés jusqu'à nous[40]. C'est ce moment de prospérité unique que Phraorte choisit pour le défier. Nous n'avons aucun renseignement sur la marche de la guerre : nous savons seulement que les Mèdes furent vaincus et que leur roi tomba sur le champ de bataille avec la plus grande partie de ses troupes[41]. Son fils Cyaxare n'abandonna point la partie, mais, avant de reprendre l'offensive, il réforma le recrutement et l'organisation de son armée. Jusqu'alors, celle-ci n'avait été qu'une assemblée hétérogène de milices féodales : chaque tribu fournissait son contingent, qui agissait séparément sous les ordres du roi. Cyaxare en rompit l'unité, et il rangea, d'après les affinités, les éléments dont ils se composaient, groupant les cavaliers avec les cavaliers, les archers avec les archers, les piquiers avec les piquiers, selon l'ordonnance assyrienne. Nul danger ne pouvait être plus sérieux pour l'Assyrie que l'établissement d'une grande puissance militaire sur ses marches orientales. Une agression lancée d'Égypte ou d'Asie-Mineure avait à traverser l'empire dans toute sa largeur avant d'atteindre les bords du Tigre. La distance était moins longue à parcourir pour un ennemi venant de l'Ourartou ou de l'Élam, mais les obstacles naturels opposés par les montagnes et par les rivières étaient presque insurmontables. Il n'en était pas de même lorsque la Médie était le point de départ : une fois forcée la chaîne de forteresses qui couvrait la frontière, l'attaque tombait droit sur Ninive par une route courte et facile, et elle frappait l'empire au coeur. Cyaxare défit les généraux d'Assourbanal, et pour la première fois depuis un siècle, l'Assyrie propre connut les horreurs de l'invasion étrangère. Les Sargonides, prévoyants de l'avenir, avaient transformé lentement le triangle compris entre le confluent du petit Zab et du Tigre en un vaste camp retranché, dont le front nord était couvert d'une ligne de châteaux forts et à qui Ninive et Kalakh servaient de réduits. Les obstacles y étaient accumulés avec une telle profusion que Cyaxare aurait dû reculer devant les difficultés de l'entreprise. L'idée que les trésors de Susa, de Babylone, de la Syrie, de l'Égypte, étaient là, presque à portée de se main, derrière les murailles, stimula son courage : il refoula les restes des vaincus dans Ninive et il commença le blocus de la place[42].

La Judée : la renaissance de l'Égypte

Le bruit de ce désastre dut produire un mouvement d'attente et de surprise dans toutes les provinces et chez les vassaux, qui s'étaient habitués à considérer leurs maîtres comme vraiment invincibles. Ils pensèrent sans doute que l'heure de la délivrance était proche ; étaient-ils eux-mêmes en état de profiter des circonstances et de faciliter sa tâche au Mède qui les vengeait ?

La Babylonie était trop fortement sous l'impression de sa dernière défaite, mais les petits royaumes encore indépendants de la Syrie, les Phéniciens, les Juifs, les gens de Moab et d'Ammon, relégués aux extrémités de l'Empire, avaient la partie belle. Le désastre que Sennachérib avait éprouvé dans le désert d'Égypte avait été l'occasion d'un grand triomphe pour les prophètes hébreux. Isaïe et le petit cercle qui l'entourait, Ezéchias lui-même et ses proches, avaient attribué la délivrance à un miracle, et ils s'étaient sentis confirmés dans leur piété par la destruction soudaine des bataillons vainqueurs. La preuve était faite du pouvoir de Jahvé et de son aversion pour tout ce qui était culte idolâtre ou alliance avec l'étranger. Samarie avait suivi les anciens errements et elle avait imploré le secours de Pharaon, malgré les avertissements répétés d'en haut[43] : elle avait succombé sans espoir de relèvement. Jérusalem s'était repentie au bon moment et elle avait surmonté la rage de son adversaire ; Sennachérib avait vu la vierge fille de Sion le mépriser, la fille de Jérusalem hocher la tête derrière lui[44]. La joie d'échapper au danger ne fut pas cependant assez vive pour faire oublier à Ezéchias combien la puissance de l'Assyrie restait redoutable. Non seulement il respecta les conditions de la paix, mais tout semble montrer qu'il se renferma jusqu'à sa mort dans une réserve complète, et qu'il s'appliqua à ne pas provoquer un retour offensif par quelque manoeuvre inconsidérée. Cette prudence, que la politique mondaine lui conseillait, Isaïe et les prophètes ne cessaient de la lui recommander au nom de Dieu.  Sans doute Jahvé est tout-puissant et s'il promet de détruire les ennemis, comme je l'ai résolu, ainsi cela sera ; - comme je l'ai arrêté, ainsi cela s'accomplira ! - J'écraserai l'Assyrien dans son pays, sur mes montagnes je le foulerai aux pieds. - pour que son joug ne pèse plus sur eux, - pour que son fardeau soit ôté de leurs épaulés ![45] Mais le peuple n'est pas encore mûr pour la religion idéale. Il regrette au fond du coeur les hauts lieux, les bois mystiques, la pompe des holocaustes, les joies bruyantes et les voluptés des fêtes d'autrefois ; avant d'être complètement digne de sa destinée, il doit périr presque entier ; et les désastres récents de Damas et de Samarie, ces deux rivaux héréditaires de Juda, laissent assez comprendre quel sort l'Assyrien préparait au reste des douze tribus, le jour où le roi de Ninive, fatigué des révoltes du peuple de Dieu, songerait sérieusement à la vengeance. Le massacre, l'exil, la déportation en pays lointain étaient procédés habituels de la politique orientale. Juda les avait vu appliquer à ses voisins trop souvent pour ne pas pressentir le jour où on les lui appliquerait à lui-même. Mais il ne saurait être mauvais tout entier, sinon, Dieu l'aurait-il choisi pour être son peuple ? Il porte en lui une « semence sainte[46] » qui ne germera que dans l'exil, au milieu du remords et de l'angoisse. Si Jérusalem est brûlée, si le temple est rasé, si Juda est emmené en servitude, ce ne sont qu'épreuves passagères : Dieu veut purifier Sion par la douleur et par le sang. Lorsque les jugements dont il accable toutes les nations, les fortes aussi bien que les faibles, seront accomplis, quand, dans Juda, le criminel et le pécheur, le serviteur des idoles et le faux prophète, auront disparu, quand il aura lavé la souillure des filles de Sion, et qu'il aura essuyé le sang de Jérusalem d'au milieu d'elle[47], quand le reste d'Israël et les débris de la maison de Jacob seront convertis au Dieu fort et puissant[48], des ruines de la Jérusalem coupable une Jérusalem parfaite sortira, gouvernée par un roi idéal, dont ta gloire se répandra partout. Or il arrivera, sur la fin des jours, - que la montagne de la maison de l'Éternel - se dressera à la tête des montagnes et s'élèvera au-dessus des collines. - Et toutes les nations y afflueront, et des peuples nombreux viendront et diront - Allons monter à la montagne de Jahvé, - à la maison du Dieu de Jacob, - pour qu'il nous instruise dans ses voies et que nous marchions dans ses sentiers ! - Car c'est de Sion que viendra l'enseignement, - et la parole de l'Éternel de Jérusalem. - Et il sera l'arbitre des générations, - et à de nombreux peuples il dictera ses arrêts, - et de leurs épées ils forgeront des socs de charrue, - et de leurs lances des serpettes : - une nation ne lèvera plus l'épée contre l'autre, - et elles ne sauront plus rien de la guerre. - Maison de Jacob ! allons, marchons dans la lumière de l'Éternel ![49] Ainsi s'exprimait un prophète inconnu, et plus d'un parmi les gens de l'entourage d'Ezéchias devait partager son sentiment, car Isaïe et Michée ont recueilli ses paroles et les ont insérées dans leurs propres prédictions. On n'en était déjà plus, comme au temps d'Amos, à crier malheur contre ceux qui désiraient le jour de Jahvé, ce jour qui est ténèbres et non lumière. L'espoir certain d'un bonheur éternel dans un Juda nouveau rendait la vue des misères présentes presque supportable[50].

Les vieilles idées et leurs défenseurs, les prophètes et les prêtres de l'ancienne école, s'étaient tus tant qu'Ezéchias régna. Lorsque son fils Manashshèh monta sur le trône, à l'âge de douze ans, ils relevèrent la tête et, remontés au pouvoir, ils rétablirent le culte de Jahvé tel qu'il avait été au temps d'Achaz. Ils rouvrirent les chapelles locales, ils remirent les images sur pied, ils replantèrent les bois sacrés, ils bâtirent des autels à toute l'armée des cieux dans les deux parvis de la maison de l'Éternel. Le Baal et l'Astarté phénicienne furent adorés sur la montagne de Sion ; la vallée de Hinnom, où Achaz avait déjà sacrifié un de ses enfants, vit s'allumer de nouveau le bûcher. Manashshèh passa son fils par les flammes, pronostiqua les temps et observa les augures, dressa un oracle de démons et de diseurs de bonne aventure ; il fit de plus en plus ce qui déplaît à Jahvé pour l'irriter[51]. C'étaient là des scandales en Israël, mais la plus grande partie du peuple ne s'en offusqua point. Il y eut, comme devant, autant de dieux qu'il y avait de villes[52], et, en multipliant les lieux d'adoration, on crut, d'accord avec le dogme antique,  multiplier les liens qui rattachaient Jahvé aux siens. Si, au temps de Sennachérib, la campagne avait été ravagée tandis que Jérusalem était épargnée, n'était-ce point que les sanctuaires provinciaux avaient été renversés par Ezéchias et que le temple restait seul debout ? Où Jahvé avait des autels, il veillait sur son peuple : sa protection ne couvrait point les places où on ne lui offrait pas de sacrifices. La réaction ne fut pas sans rencontrer quelque résistance parmi les prophètes et leurs fidèles. Manashshèh répandit une grande abondance de sang innocent jusques à en remplir Jérusalem d'un bout à l'autre[53]. D'après les traditions rabbiniques, le vieil Isaïe périt pendant la persécution : le roi, importuné de ses conseils et de ses anathèmes, le fit enfermer dans un tronc d'arbre évidé et scier en deux. Un prince absorbé par les préoccupations religieuses n'était guère à craindre pour l'Assyrie : le fils du rival de Sennachérib resta l'humble vassal d'Assourbanabal sa vie durant, et il mérita par là de mourir en paix sur le trône (640)[54].

Le règne d'Amon ne fut que le prolongement de celui de Manashshèh. Il se termina par un crime : Amon fut assassiné (638), remplacé par Josias, un enfant de huit ans, et le parti de la réforme l'emporta de nouveau. Un royaume en minorité, divisé entre des sectes religieuses, n'eût pu songer à profiter de ce qui se passait en Assyrie que s'il y eût été incité par son voisin puissant, par l'Égypte, or l'Égypte, rendue méfiante par l'expérience du passé, demeurait dans l'expectative et ne se bâtait pas de renouer les fils de sa politique syrienne. Le récit de la manière dont Psammétique y devint seul maître nous est parvenu sous la forme d'un roman populaire[55]. En ce temps-là, disait-on, la vallée était partagée entre douze princes confédérés ; mais un oracle avait prédit qu'elle appartiendrait entière à celui des douze qui verserait une libation au dieu Phtah dans une coupe d'airain. Un jour qu'ils étaient au temple de Memphis, le grand-prêtre leur présenta les coupes d'or dont ils avaient accoutumé de se servir ; il se trompa sur le nombre, et Psammétique n'en eut point. Alors il ôta le casque d'airain qu'il avait sur la tête et il en usa pour faire la libation. Les autres s'en aperçurent : ils se rappelèrent l'oracle et ils exilèrent le suspect dans les marais du Delta, avec défense de jamais en sortir. Là donc, la déesse de Bouto lui prédit que la vengeance lui viendrait de la mer, le jour où les hommes d'airain en sortiraient. Il crut d'abord que les prêtres se raillaient de lui ; mais, peu de temps après, des pirates cariens et ioniens descendirent à terre revêtus de leurs cuirasses. L'Égyptien qui en apporta la nouvelle n'avait jamais vu un soldat armé de toutes pièces : il raconta que des hommes d'airain, sortis de la mer, pillaient la campagne. Psammétique reconnut aussitôt que l'oracle était accompli il courut à la rencontre des étrangers, les enrôla à son service et renversa les onze rois[56].

Ecartons de ce récit ce qu'il renferme de merveilleux. Quand Psammétique reprit les projets ambitieux de sa famille, il avait devant lui les barons du Delta, commandés sans doute encore par ce même Paqrourou qui était leur chef principal depuis la mort de Néchao. Vaincu une première fois et contraint de se réfugier dans les marais, il enrôla des bandes de mercenaires ioniens et cariens que le hasard avait amenés en Égypte, et il implora l'assistance de Gygès le Lydien qui venait de vaincre les Cimmériens[57]. C'était le moment où Shamashshoumoukîn cherchait des alliés pour l'aider dans sa révolte contre l'Assyrien, et envoyait des ambassadeurs partout afin de s'assurer l'appui des mécontents[58]. La certitude d'une diversion puissante sur le Tigre et sur l'Euphrate encouragea le Saïte à tenter la fortune. La bravoure de ses auxiliaires cariens et grecs lui assura la victoire : les confédérés, battus près de Momemphis, furent détrônés ou réduits à la condition de vassaux[59]. S'il y avait encore des troupes assyriennes en garnison dans les places fortes, elles furent entraînées dans la défaite des roitelets égyptiens, et Assourbanabal, empêché par la révolte de Babylone, ne fit rien pour ressaisir la province qui lui échappait. Le Delta délivré, la Thébaïde, qui depuis longtemps déjà ne pesait plus d'aucun poids dans les destinées du pays, se soumit sans résistance. Sabacon en avait jadis confié le gouvernement à sa soeur Amenertaïs, et celle-ci épousa un certain Piônkhi dont nous avons quelques monuments. De cette union était née une fille,  Shapenouapît, en qui s'incarna le droit héréditaire des vieilles dynasties. Psammétique l'obligea à adopter comme héritière une de ses filles, qui prit le nom de Shapenouapît, et cette adoption prêta à son autorité le caractère de légitimité qui lui manquait. Jusqu'alors il n'avait été qu'un usurpateur heureux : il fut désormais le seul roi légal au Sud comme au Nord[60]. On ne sait pas exactement  en quelle année cet événement s'accomplit. Psammétique faisait dater son avènement officiel de la mort de Taharqou (666). L'expulsion des Assyriens, la  dernière conquête éthiopienne, les guerres contre les petits princes, remplirent au moins une dizaine d'années. Ce fut en 658 que l'adoption eut lieu, et qu'il resta seul maître du pays situé entre la première cataracte et les côtes de la Méditerranée[61]. Le but que ses ancêtres avaient poursuivi sans défaillance depuis un siècle était enfin atteint.

L'Égypte était dans un état déplorable de misère et d'abandon. Toutes les grandes villes avaient plus ou moins souffert. Memphis avait été assiégée et pillée à plusieurs reprises, Thèbes saccagée et brûlée deux fois par les Assyriens : de Syène à Tanis il n'y avait pas une bourgade qui n'eût été maltraitée par l'une ou par l'autre des invasions. Les canaux et les routes, réparés sous Sabacon, avaient été négligés après lui ; les campagnes avaient été dévastées et la population décimée périodiquement. Psammétique évoqua une Égypte nouvelle des ruines de l'ancienne. Il rétablit les canaux et les routes, rendit la tranquillité aux campagnes, favorisa le développement de la population, exécuta les travaux nécessaires à l'achèvement et à la restauration des édifices sacrés. A Memphis, il construisit les propylées du temple de Phtah, qui sont à l'orient et au midi[62], et la grande cour où l'on nourrissait l'Apis régnant[63]. L'Apis mort eut, lui aussi, à se louer de ses bons offices. Depuis que Ramsès II avait creusé le grand souterrain du Sérapéum pour les taureaux défunts, tous les princes qui avaient commandé à Memphis s'étaient fait un point d'honneur d'entretenir soigneusement la tombe commune et d'y célébrer en pompe les rites de l'enterrement divin. Taharqou avait encore enseveli un taureau la dernière année de son règne, au moment même où les Assyriens le menaçaient le plus sérieusement[64] : Psammétique n'eut garde de dédaigner cette partie importante de ses devoirs royaux. Il se contenta d'abord d'agir comme ses prédécesseurs, mais, un éboulement s'étant produit dans la partie de l'hypogée où le dernier Apis, décédé en l'an XX, avait été déposé, il ordonna aux ingénieurs, en l'an LII, d'entamer une galerie nouvelle dans une veine de calcaire plus solide. Ce fut le point de départ d'une restauration complète. Les caveaux des anciens Apis furent inspectés un à un, les maillots et les coffres des momies réparés, la chapelle remontée et pourvue des bois, des étoffes, des parfums, des huiles indispensables aux cérémonies funèbres[65]. A Thèbes, il releva les portions du temple de Karnak détruites pendant l'invasion assyrienne. La vallée du Nil devint comme un vaste atelier où l'on travailla avec une activité sans égale, et les arts, encouragés par le roi lui-même et par les hauts fonctionnaires, ne tardèrent pas à refleurir. La peinture et la gravure des hiéroglyphes atteignirent une finesse admirable ; les belles statues et les bas-reliefs se multiplièrent. L'école saïte est caractérisée par une élégance un peu sèche, par l'entente du détail, par une habileté merveilleuse dans la façon d'assouplir les matières les plus rebelles au ciseau. Les proportions du corps s'amincissent et s'allongent ; les membres sont traités avec plus de souplesse et de vérité. Ce n'est plus le style large et quelque peu réaliste des époques memphites, ce n'est pas la manière grandiose et souvent rude des monuments de Ramsès II : c'est un faire doux et pur, plein de finesse et de chasteté[66]. Il excelle surtout dans les sujets de petite dimension, amulettes en terre émaillée ou en lapis-lazuli, statuettes en bronze, en argent et en or, bagues, bijoux : jamais on n'a su mieux donner une allure libre et puissante à des figures dont beaucoup ont à peine quelques centimètres de haut.

Ce ne fut pas seulement dans les arts que l'avènement de la vingt-sixième dynastie marqua une renaissance véritable ; la politique extérieure redevint ce qu'elle avait été au temps des rois thébains, large et intelligente. L'Égypte n'était plus comme jadis entourée de petits Etats ; au sud et au nord-est, elle touchait à deux empires conquérants, l'Éthiopie et l'Assyrie ; même à l'est, la fondation de Cyrène par les Grecs (entre 648 et 625 av. J.-C.) avait prêté quelque consistance aux populations flottantes de la Libye. Il s'agissait avant tout de fortifier les points vulnérables du pays, les débouchés de la route de Syrie à l'est, les environs du lac Maréotis à l'ouest, et au sud ceux de la première cataracte. Contre les Assyriens, Psammétique fortifia Daphné, prés de l'ancienne forteresse de Zarou. Des garnisons nombreuses, cantonnées prés d'Abou et Maréa, protégèrent la Thébaïde et les régions occidentales du Delta contre les Libyens et les Éthiopiens[67]. En Syrie, les souvenirs de sa jeunesse ne devaient pas lui inspirer le désir de se mêler aux affaires : la moindre intervention de sa part aurait risqué d'attirer des représailles terribles, et une défaite l'aurait exposé à être traité en vassal rebelle. Il se serait pourtant laissé tenter peut-être à profiter de l'occasion que la victoire de Cyaxare semblait lui offrir, si une révolution accomplie récemment à l'intérieur de son royaume ne l'eût privé d'une partie de ses ressources.

A l'imitation des grands Pharaons d'autrefois, il avait attiré les étrangers auprès de lui. Après la chute de Samarie et les guerres de Sennachérib, un grand nombre de Juifs et de Syriens s'étaient réfugiés dans le Delta. A côté de ces populations sémitiques toujours croissantes il voulut placer des tribus de race différente : il concéda des terres le long de la branche pélusiaque aux Cariens et aux Ioniens, dont les services lui avaient été utiles[68]. Il eut soin de séparer les Ioniens des autres par toute la largeur du Nil : la précaution n'était pas superflue, car leur réunion sous un même drapeau n'avait pas éteint leurs haines nationales et ne suffit pas toujours à prévenir les hostilités entre mercenaires d'origine diverse[69]. Les colons milésiens, encouragés par leur exemple, abordèrent avec trente navires à l'entrée de la branche bolbitine, et y fondèrent un comptoir qu'ils nommèrent le Camp des Milésiens[70]. D'autres bandes vinrent successivement les renforcer, et le roi leur confia des enfants auxquels ils enseignèrent la langue grecque[71]. Le nombre des interprètes s'accrut rapidement, à mesure que les relations de commerce et d'amitié devenaient plus fréquentes ; ils formèrent dans les villes du Delta une véritable classe, dont la fonction unique était de servir d'intermédiaire entre les deux peuples[72]. En mettant ses sujets en contact avec une nation active, industrieuse, entreprenante, pleine de sève et de jeunesse, Psammétique espérait sans doute se faire bien voir d'eux. Il se trompait : l'Égypte avait trop souffert depuis deux siècles des étrangers de toute nature pour être disposée à les bien accueillir sur son territoire, même quand ils se présentaient comme alliés. Elle tolérait les peuples qu'elle connaissait depuis longtemps, et dont les moeurs n'étaient pas trop éloignées de ses usages, les Phéniciens, les Juifs, même les Assyriens : elle refusa d'accepter les Grecs. Les Grecs, au contraire, frappés d'étonnement à la vue de cette civilisation si forte encore et si imposante dans sa décadence, s'enamourèrent d'elle : ils rattachèrent à ses dieux l'origine de leurs dieux, à ses races royales la généalogie de leurs familles héroïques. Mille légendes naquirent dans les marines du Delta sur le roi Danaos et sur son exil en Grèce après une révolte contre son frère Armaïs[73], sur les migrations de Kékrops et sur l'identité d'Athênê avec la Nît de Saïs[74], sur la lutte d'Hercule contre le tyran Busiris, sur le séjour d'Hélène et de Ménélas à la cour du roi Protée[75]. En retour de tant d'admiration l'Égypte ne rendit à la Grèce que mépris et défiance. L'Hellène fut pour elle un être impur, à côté duquel on ne pouvait vivre sans se souiller. Les gens des classes inférieures refusaient de manger avec lui, d'employer son couteau ou sa marmite[76]. Les gens des hautes classes le traitaient comme un enfant sans passé et sans expérience, dont les ancêtres n'étaient que des barbares quelques siècles auparavant[77].

Sourde au début, l'hostilité contre les Septentrionaux ne tarda pas à se manifester ouvertement. Psammétique avait comblé de ses faveurs les Ioniens et les Cariens qui avaient travaillé à l'introniser roi : il avait fait d'eux sa garde du corps et il leur avait confié le poste d'honneur à l'aile droite de l'armée. Les Grecs avaient là ce qu'ils prisaient si fort, l'honneur et le profit : au titre de garde du corps était attachée une haute paye considérable[78]. Quand les Mashouasha et les soldats indigènes se virent dépouillés par les nouveaux venus des avantages qui leur avaient été réservés jusqu'alors, ils commencèrent à murmurer. Une circonstance fâcheuse mit le comble à leur mécontentement : les garnisons établies à Daphné, à Maréa et dans l'île d'Abou ne furent pas relevées une seule fois dans l'espace de trois ans. Ils résolurent donc d'en finir, et, comme une tentative de révolte leur parut présenter peu de chances de succès, ils prirent le parti de s'exiler. Deux cent quarante mille d'entre eux s'assemblèrent avec armes et bagages et se dirigèrent vers l'Éthiopie. Psammétique, averti trop tard de leur projet, se lança à leur poursuite avec une poignée de monde, les atteignit en les supplia de ne pas abandonner les dieux de leur patrie, leurs femmes, leurs enfants. L'un d'eux lui répondit, avec un geste brutal, qu'ils étaient sûrs de se créer une famille partout où ils iraient. Le roi de Napata les accueillit avec joie ; il les enrôla à son service et il leur accorda la permission de conquérir pour son compte un territoire occupé par ses ennemis. Ils s'établirent dans la presqu'île que le Bahr-el-Azrek et le Bahr-el-Abyad forment à partir de leur réunion, et ils s'y multiplièrent au point de devenir un peuple considérable. En souvenir de l'insulte qui leur avait été faite, ils s'appelèrent eux-mêmes les Asmakh, les gens à la gauche du roi[79]. Les voyageurs grecs leur donnèrent tour à tour les noms d'Automoles et de Sembrites, qu'ils conservèrent jusque vers les premiers siècles de notre ère[80].

Cette désertion en masse, au moment où l'Égypte avait plus que jamais besoin de toutes ses ressources, ne lui permettait pas d'intervenir utilement en Syrie ni d'y fomenter les intrigues qui auraient pu y susciter des révoltes décisives. Assourbanabal put concentrer ses forces pour repousser l'irruption des Mèdes. Le siège se prolongea, et le moment semblait si proche où Ninive allait subir enfin le sort qu'elle avait infligé à ses rivales, qu'une voix de prophète s'éleva en Judée pour l'annoncer. Malheur à la cité sanguinaire, cria Nahoum l'Elkoshite, toute de fraudes, pleine de crimes et qui ne cesse ses rapines ! – Ecoutez ! le fouet ! Ecoutez ! un bruit de roues, un galop de chevaux et de chars qui bondissent ! les cavaliers se ruent, l'épée brille, la pique étincelle. Quelle multitude de tués ? quelle masse de cadavres ! Des morts à n'en pas finir, on butte partout contre leurs corps ! Et tout cela pour les intrigues de cette cité perverse, de cette belle et artificieuse enchanteresse, qui séduisait les nations par ses caresses et les peuples par ses enchantements ! Me voici ? c'est ton tour, dit Jahvé Sabaoth ; je relèverai ta jupe sur ton visage pour montrer ta nudité aux nations, ta honte aux royaumes. Je jetterai des ordures sur toi, je te conspuerai, je t'exposerai en spectacle et quiconque te verra fuira en disant : Ninive est ruinée ! Qui voudra la plaindre ? Où te chercherais-je des consolateurs ? Thèbes, la cité d'Amon, n'a pas échappé à la ruine, pourquoi Ninive serait-elle soustraite au sien ? Puise de l'eau pour le siège ! Refais tes remparts ! Foule l'argile et corroie la glaise ! Répare le four à briques ! Malgré tout le feu te dévorera, l'épée t'exterminera, elle te rongera comme la sauterelle, fusses-tu en masse comme la sauterelle et comme le criquet ! Tes marchands étaient nombreux comme la sauterelle ! - La sauterelle dépouille, puis s'envole. Tes soldats étaient comme des sauterelles, et tes officiers comme des essaims d'insectes campés dans des haies par un jour de froid ; le soleil paraît-il ? ils partent et l'on ne sait plus la place où ils sont. Tes bergers sommeillent, roi d'Assyrie ; tes capitaines sont au repos ; ton peuple est dispersé sur les montagnes et il n'y a plus personne pour le rassembler ! - Point de remède à ta blessure, ta plaie est mortelle. Tous ceux qui entendent parler de toi applaudissent à la destinée : car sur qui ta méchanceté n'a-t-elle pas passé ?[81]

L'invasion scythe : Josias et Néchao. La chute de Ninive (608).

Assour échappa, pour peu de temps encore, à la désolation que le prophète lui annonçait. Si l'on en croyait la tradition courante deux siècles plus tard dans l'Asie Mineure, une horde de Scythes qui s'était lancée à la poursuite des Cimmériens franchit le Caucase par les Portes Caspiennes, et se heurta contre les Mèdes dans le bassin de Gyms ; elle les battit et leur défaite obligea Cyaxare à lever le siège de Ninive[82]. Le hasard ne joua probablement aucun rôle dans cette crise. Depuis quatre-vingts ans bientôt que les Assyriens étaient entrés en rapport avec les Scythes, ils avaient toujours essayé d'entretenir de bons rapports avec eux, et Asarhaddon avait donné une de ses filles en mariage à leur roi Bartatoua. Je ne sais si Madyès, fils de Bartatoua avait, pour mère la princesse en question et s'il n'était pas le propre neveu d'Assourbanal : il me paraît certain que, puisqu'il intervint aussi opportunément dans la lutte, ce ne fut point par aventure, mais pour répondre à un appel du roi d'Assyrie. Il prit la Médie à revers, et Cyaxare ne put faire autrement que de lâcher sa proie et de courir à la rencontre de cet adversaire inattendu. Le choc eut lieu, soit sur les bords de l'Araxe inférieur, soit en tout cas au nord du lac d'Ouroumiyéh, dans la région habitée jadis par les Mannaï. Vainqueur, Madyès ne s'arrêta pas au point où son allié l'aurait souhaité, mais, après avoir mis à sac le territoire des Mèdes, il se rua sur Assourbanabal et sur ses vassaux. L'Assyrie propre fut la première à souffrir des barbares. Elle était épuisée par ses longues guerres contre l'Élam, contre la Chaldée, contre la Médie, et elle n'avait plus la vigueur nécessaire pour réagir : elle fut dévastée tout entière, et, si Ninive échappa, les autres villes royales, Kalakh, Assour, furent brûlées et saccagées de fond en comble. Comme les Huns dix siècles plus tard, les Scythes n'épargnaient ni l'âge ni le sexe. Ils détruisaient les moissons, ils abattaient ou ils volaient les troupeaux, ils incendiaient les villages, pour le seul plaisir de détruire ou d'effrayer ; les habitants qui n'avaient pas réussi à se sauver dans la montagne ou à s'enfermer dans les citadelles étaient massacrés ou ravis en esclavage. Trop ignorants en l'art de la guerre pour mener un siège selon les règles, ils laissaient d'ordinaire les villes fortes en repos moyennant un léger tribut ; si les richesses que l'une d'elles renfermait leur faisaient espérer un riche butin, ils la bloquaient jusqu'à ce que la famine la contraignît a se rendre. Mainte vieille cité où les trésors s'étaient accumulés fut mise à feu et à sang ; maint canton fertile et populeux fut ruiné et désolé. Le royaume d'Ourarti disparut dans la tourmente. Les Mouskhi et les Tabal, qui avaient, huit siècles durant, résisté avec succès aux armes des Assyriens, n'échappèrent à la destruction qu'en très petit nombre. Ils sont descendus au tombeau et tout leur monde avec eux, - et leurs sépulcres sont autour d'eux, - incirconcis tous, égorgés par l'épée, - pour avoir répandu la terreur dans le séjour des vivants. - Mais ils ne reposent pas avec les guerriers -tombés d’entre les incirconcis, - qui sont descendus dans le tombeau avec leurs armes, et à qui on a mis leurs épées sous la tête[83]. - Leurs crimes sont restés sur leurs ossements, - parce qu'ils ont semé la terreur dans le séjour des vivants[84]. Leurs débris furent refoulés vers le Nord, dans les montagnes de Pont-Euxin, où les Grecs connurent leurs descendants, les Mosques et les Tibarènes[85]. Les Cimmériens eurent le même sort que leurs voisins. Après quelques succès partiels, près de Zéla[86] notamment, leur roi Kôbos, dont la tradition ancienne inscrivait les exploits sur la même ligne que ceux de Sésostris, fut fait prisonnier par Madyès[87]. Ses sujets, incorporés aux hordes scythiques, s'associèrent désormais à leurs incursions, et les nations civilisées de l'Asie, qui avaient appris à les redouter de longue date, appliquèrent leur nom à leurs maîtres[88]. Scythes et Cimmériens, ils s'en allèrent de province on province, de la Mésopotamie à la Syrie du Nord et à la Phénicie, de la Syrie du Nord et de la Phénicie au pays de Damas et à la Palestine[89].

Il y avait douze ans déjà que Josias régnait sur Jérusalem, quand le péril scythe se leva sur l'horizon de la Judée. Lorsque les prophètes apprirent coup sur coup et la défaite de Cyaxare et l'humiliation de l'Assyrie et le malheur de tant d'États puissants, ils commencèrent à se demander si ce n'étaient pas les signes de la colère de Dieu et si le jour de Jahvé n'était point proche. Un arrière-petit-fils d'Ezéchias, un certain Zéphaniah, surgit pour l'annoncer : Je vais effacer complètement toute chose de dessus la face de la terre, dit Jahvé, je vais consumer homme et bête ; je vais consumer les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, et les criminels et les méchants, et je retrancherai l'homme de dessus la face de la terre, dit Jahvé. EL j'étendrai ma main sur Juda et sur tous les habitants de Jérusalem... Car ce jour est un jour de colère, un jour de trouble et de détresse, un jour de ravages et de désolation, un jour de ténèbres et d'obscurité, un jour de nuages et de ténèbres épaisses, un jour de trompettes et d'alarmes contre les cités murées et contre les hautes murailles. Et j'amènerai la misère aux hommes, si bien qu'ils marcheront comme des aveugles, parce qu'ils ont pêché contre Jahvé, et leur sang sera répandu comme de la poussière, et leur chair comme de l'ordure. Ni leur or, ni leur argent ne les pourra sauver le jour de la colère de Jahvé, mais tout le pays sera dévoré par le feu de sa jalousie, car il en finira, oui, terriblement, avec tous ceux qui habitent en ce pays[90]. Une autre voix plus puissante retentit sous le coup de l'émotion, celle de Jérémie, fils de Hilkiah, qui devait être l'un des plus grands parmi les prophètes d'Israël. Lorsque Jahvé lui ordonna d'aller proclamer sa parole, il s'écria, plein de terreur : Eh ! Seigneur Dieu, vois, je ne puis parler, je ne suis qu'un enfant ! Mais Jahvé le rassura, et touchant ses lèvres, il lui dit : Vois, j’ai mis mes paroles dans ta bouche ; ce jourd'hui, je t'ai élevé sur les nations et sur les royaumes, pour arracher et pour briser, pour détruire et pour renverser, pour bâtir et pour planter. Le prophète aperçut donc une chaudière bouillante dont la forme se montrait vers le Nord, car voici le mal qui fondra du Nord sur les habitants du pays[91]. Déjà l'ennemi approche : Voici, il viendra comme une nuée et ses chars seront comme des tourbillons, et ses chevaux seront plus rapides que des aigles. C'est à peine si les Scythes ont été annoncés et déjà ils menacent Jérusalem, et le prophète s'évanouit presque d'horreur au bruit de leur approche : Mes entrailles, mes entrailles ! Je souffre au fond même de mon coeur et mon coeur est inquiet en moi : Je ne puis me tenir en repos, car tu l'as entendu, ô mon coeur, le son de la trompette, le tumulte de la guerre. On crie partout destruction sur destruction, car tout le pays est dévasté, et c'est à moi dans un moment. Combien de temps encore verrai-je les étendards et entendrai-je le son de la trompette ?[92] Il est probable que les montagnes sauvèrent Juda des attaques mais l'impression de terreur fut si vive qu'elle n'était pas encore effacée plus de quarante ans après, et qu'elle fournissait au prophète Ezéchiel les traits les plus énergiques : C'est à toi que j'en veux, Gog, prince de Rosh[93], de Meshekh et de Toubal ! Je vais te faire marcher, toi et toute ton armée, chevaux et cavaliers, tous dans le plus bel accoutrement, une foule immense avec boucliers et rondaches, tous l'épée à la main… Gomer avec tous ses bataillons, ceux de Togarmah, du fond du Nord, avec tous leurs bataillons des peuples nombreux, tes alliés ! … tu t'avanceras, tu viendras comme l'ouragan, comme la nuée orageuse pour couvrir le pays, toi et tous tes bataillons et des peuples nombreux avec toi ![94]

Le flot de l'invasion expira aux frontières de l'Égypte : Psammétique 1er écarta les Scythes par de riches présents. Ils revinrent sur leurs pas et ils ravagèrent le pays des Philistins. Gaza sera déserte, disait vers ce temps le prophète Zéphaniah, et Ascalon en ruines ; Ashdod, on la chassera en plein midi, et Égron sera dévastée. Malheur aux habitants du pays de la côte, au peuple des Crétois ! Le district de la côte ne sera plus qu'une steppe à huttes de pâtres et à parcs de moutons[95]. Ils pillèrent au passage le temple de Derkéto, près d'Ascalon, mais, à partir de ce moment, leur pouvoir ne cessa de décliner, et les générations suivantes virent dans leur chute un châtiment de la déesse dont ils avaient violé le sanctuaire[96]. Il n'y avait pas besoin d'inventer des causes surnaturelles pour expliquer leur affaiblissement. Engagés chaque année dans des entreprises nouvelles, ils comblaient difficilement les vides que la victoire creusait dans leurs rangs ; les excès de toutes sortes les décimèrent, leur nombre diminua et leur empire s'écroula aussi vite qu'il s'était élevé. On ne voit trop ce qu'il advint d'eux en Syrie et dans l'Asie Mineure : les Mèdes portèrent le coup mortel au gros de la nation. Ils avaient réparé leurs pertes assez promptement, mais, avant d'affronter la lutte ouverte, ils voulurent se débarrasser de Madyès. Hérodote raconte que Cyaxare l'invita lui et ses principaux officiers à un grand banquet ; après les avoir enivrés, il les tua et, dès le lendemain, prit la campagne[97]. Malgré la trahison qui les avait privés de leurs généraux, les barbares tinrent bravement tête à l’orage : ils ne furent expulsés qu'après une guerre longue et sanglante, dont la légende ne nous a pas conservé les détails. Selon son habitude, Ctésias de Cnide a brodé sur ce thème toutes sortes d'aventures merveilleuses ou romanesques. Les Scythes unis aux Parthes étaient, dit-il, commandés par la reine Zarinæa, qui battit les Mèdes plusieurs fois et traita enfin avec eux à conditions égales ; la paix signée, elle se retira dans sa capitale Roxanaké et elle y termina ses jours[98]. Le seul fait certain, c'est que Cyaxare chassa les Scythes de Médie : ce qu'ils devinrent ensuite, nul ne le sait. Une bande rentra, dit-on, en Europe par le Caucase[99] ; une autre erra quelque temps entre l'Araxe et l'Halys, cherchant un canton vide où s'établir. Hérodote affirme qu'ils dominèrent vingt-huit ans en Asie, depuis leur première victoire jusqu'au soulèvement des Mèdes[100]. Il semble que leur pouvoir dura une vingtaine d'années au plus, de 634 à 614.

Ce cours espace de temps suffit à changer la face du monde asiatique. Les vieux États, qui jusqu'alors avaient joué le rôle principal dans l'histoire, avaient été bouleversés ou même supprimés. Le vieil Assourbanabal était mort en 625, terminant dans la misère un des règnes les plus glorieux de l'histoire. Son fils Assourétililâni essaya vainement de réparer le désordre. Sur les ruines des palais somptueux élevés à Kalakh par ses ancêtres, il rebâtit à la hâte une sorte de maison grossièrement façonnée et plus grossièrement décorée. Ce sont des pièces de petites dimensions, dont les murs en briques crues sont revêtus jusqu'à la hauteur d'un mètre environ de dalles en calcaire à peine dégrossies, sans sculptures et sans inscriptions : au-dessus, il n'y a qu'un enduit de plâtre mal plané[101]. On ne sait combien de temps il demeura sur le trône, mais vers 620, on trouve à sa place un de ses frères, Sinsharishkoun, le Saracos des Grecs, qui d'abord régna sur Babylone comme sur Ninive. Toutefois la Chaldée ne lui obéissait plus que par la force de l'habitude, et un prétexte s'offrit à elle, vers 611, de rompre le lien qui l'attachait à l'Assyrie. Elle avait, pour la gouverner, un Chaldéen d'ancienne race, un certain Nabopolassar, qui prit le titre de roi à la mort d'Assourétililâni, tout en restant le vassal de Saracos. La tradition rapporte qu'une armée immense de barbares venue on ne sait d'où débarqua soudain aux embouchures du Tigre et de l'Euphrate ; peut-être faut-il comprendre qu'il s'agit d'une révolte du Bît-Iâkim et des districts maritimes, analogue à celles qui causèrent tant de soucis à Sargon, à Sennachérib, et même à Asarhaddon. Saracos ordonna à Nabopolassar de marcher contre ces barbares, ce qu'il fit ; toutefois, au lieu de les attaquer, il négocia avec eux et, quand il se fut assuré leur appui, il se déclara indépendant. Affaiblie qu'était Ninive, elle inspirait encore une terreur telle que les cités du Bas Euphrate lui demeurèrent fidèles. Saracos se mît en mesure de châtier son vassal insolent, et peut-être y aurait-il réussi, si Mardouk, qui jamais n'abandonne ses dévots, n'avait point suscité du secours à Nabopolassar et ne lui avait gagné un allié[102].

Les yeux de l'Asie étaient tournés vers Cyaxare depuis qu il avait brisé pour toujours le pouvoir des Scythes. C'est à Cyaxare que Nabopolassar s'adressa, et celui-ci lui promit son aide : on dit que, pour cimenter l'alliance, un mariage fut arrangé entre la fille du roi Mède, Amytis, et l'héritier du trône de Babylone, Nabuchodorosor[103]. Il semble que, même alors, le prestige assyrien demeurait si vivant que nul des sujets de l'empire n'osa se joindre à l'attaque suprême. Nabopolassar lui-même se borna à réduire les garnisons qui détenaient les villes de la Chaldée méridionale, et il laissa aux Mèdes la gloire d'en finir avec l'ennemi commun. Sinsharishkoun fut vaincu en rase campagne, et s'enferma dans le triangle assyrien avec le reste de ses troupes. Il y tint longtemps, plusieurs années dit-on, et l'énergie de sa résistance fit espérer jusqu'au bout qu'il finirait par lasser la patience des Iraniens et par reprendre l'ascendant : l'histoire de Josias en est la preuve. L'invasion des Scythes écoulée, Psammétique 1er s’était hasardé enfin à mettre le pied en Syrie, et il avait rétabli la vieille autorité de l'Égypte, sinon sur la Philistie entière, au moins sur l'une des grandes cités philistines, Ashdod[104]. Peut-être avait-il tenté de négocier avec Juda, mais le parti prophétique s'était déclaré hostile à toute alliance avec lui, et il n'avait pas insisté. Il avait employé les dernières années de sa vie à refaire ses milices désorganisées par la défection des Mashaouasha et à équiper une flotte. Mais lorsqu'il mourut en 511, après un règne de cinquante-quatre ans, son successeur, qui s'appelait Néchao comme son grand-père, passa outre aux considérations qui l'avaient arrêté. C'était, autant qu'on en peut juger un roi actif et hardi, taillé sur le modèle des grands Pharaons thébains, et à qui il ne manqua, pour égaler les succès des Thoutmosis et des Ramsès, que de disposer de ressources égales aux leurs. Psammétique lui avait légué une armée solide ; il acheva de la mettre sur le pied de guerre. Ninive, toujours assiégée par Cyaxare, était aux abois : il voulut avoir sa part des dépouilles, et il se jeta sur la Syrie. Il pensait bien que les petits Etats syriens l’accueilleraient comme un libérateur, et il avait raison en ce qui concernait Tyr et la Phénicie : l'événement lui montra qu'il s'était trompé en escomptant le bon vouloir de Josias. Celui-ci n'avait pas souffert de l'invasion scythe ; mais l'impression qu'il en avait reçue avait redoublé sa ferveur religieuse. Juda, déclaraient les prophètes dont il s'entourait, Juda n'avait plus de refuge qu'en Jahvé seul, et tout espoir de salut lui était ravi, s'il persistait dans les doctrines qui avaient enflammé la colère de Jahvé contre les infidèles : il fallait briser les idoles, réformer les rites, concentrer le peuple autour de l'autel unique et du temple de Salomon, en un mot, en revenir à l'observance stricte de la Loi telle que les ancêtres l'avaient connue. Mais, comme cette Loi vénérable ne se trouvait dans aucun des Livres sacrés qui avaient cours en Israël, on se demandait, non sans anxiété, si elle existait encore et dans quelle cachette elle reposait, oubliée de tous.

Dans la dix-huitième année de son règne (623), le roi Josias envoya au temple Shaphan, fils d'Açalijahou, fils de Meshoullam, pour recevoir du grand prêtre Hilqiah l’argent recueilli aux portes et qui servait à l'entretien de l'édifice. L'affaire achevée, Hilqiah dit : J'ai trouvé dans le temple le livre de la Loi, et il donna le livre à Shaphan, qui le parcourut. De retour au palais, le scribe présenta son rapport : Tes serviteurs ont versé l'argent qui s'est trouvé au temple, et l'ont réparti entre les directeurs des travaux ; puis il ajouta : Le prêtre Hilqiah m'a remis un livre, et il le lut devant le roi. Lorsque Josias entendit les paroles du livre de la Loi, il fut saisi d'anxiété et il déchira ses vêtements ; puis, se sentant incapable de prendre une décision par lui-même, il envoya Hilqiah, Shaphan et d'autres officiers royaux consulter Jahvé pour lui et pour le peuple. Ceux-ci, au lieu de s'adresser aux prophètes officiels, recoururent à une prophétesse Houldah, qui demeurait à Jérusalem, au deuxième quartier, et qui était attachée à la cour par un office que son mari y exerçait. Elle leur répondit au nom de l'Eternel : Voyez, j'amène une calamité sur ce lieu et sur ses habitants, tout ce qui est dans le livre que le roi de Juda vient de lire, parce qu'ils n'ont abandonné et ont encensé d'autres dieux. Quant au roi lui-même, puisque son coeur est docile et qu'il s'est humilié devant Jahvé en entendant ce que j'ai dit contre ce lieu et contre ses habitants, et qu'il a déchiré ses vêtements et qu'il a pleuré devant moi, moi aussi j’écoute, dit Jahvé, et pour cela, vois-tu, je te réunirai à tes pères, et tu iras les rejoindre dans ton sépulcre en paix, et tes yeux ne verront pas tous les malheurs que l'amènerai sur ces lieux. Alors le roi convoqua tous les cheikhs de Juda et de Jérusalem, puis il monta au temple, et, avec lui, la population entière, les prêtres, les prophètes, et on lut en leur présence les paroles du Livre de l'alliance[105].

On sait ce que les Orientaux entendent dire lorsqu'ils affirment que tel ou tel livre a été découvert dans le temple d'un dieu : la formule marque simplement que l'auteur, pour prêter plus d'autorité à son oeuvre, le place sous la protection divine ou en attribue l'origine à une révélation d'en haut. Les prêtres égyptiens prétendaient avoir reçu de la sorte les chapitres les plus vénérés de leur Livre des Morts et les traités les plus importants de leur littérature scientifique. Le rédacteur inconnu du Livre de la loi était allé chercher, bien loin dans le passé d'Israël, le nom du chef qui passait pour avoir délivré le peuple, au temps de la captivité d'Égypte ; il supposait que Moïse, déjà maître de Galaad et sentant sa fin approcher, voulut promulguer les lois et les ordonnances que l'Éternel lui avait dictées pour les Hébreux. Les idées depuis si longtemps prêchées par les prophètes sont exprimées dans une langue large et pleine de mouvement. Dès le début, l'unité de Dieu est proclamée bien haut : Moi, Jahvé, je suis ton dieu, qui t'a délivré du pays d'Égypte, de ce lieu de servitude : tu n'auras point d'autre dieu en face de moi. -Tu ne te fabriqueras point d'idole, ni aucune figure de choses qui sont au ciel en haut, ou sur la terre en bas, ou dans les eaux plus bas que la terre ; tu ne te prosterneras pas devant elles ni ne les adoreras. Car moi, Jahvé, ton dieu, je suis un dieu jaloux, punissant la faute des pères sur les fils, sur la troisième et la quatrième génération de mes ennemis, et accordant ma grâce à la millième génération de ceux qui m'aiment et gardent mes commandements[106]. C'est à ce Dieu seul qu'il faut rendre un culte. Les sanctuaires consacrés aux dieux des nations doivent être renversés impitoyablement, et s'il se présente un prophète ou quelqu'un qui aurait un songe, si votre frère, le fils de votre mère ou votre fils ou votre fille ou la femme de votre sein, ou votre ami intime voulait vous séduire secrètement en vous disant : Allons servir d'autres dieux ! Vous n'aurez pas pitié de lui, ni ne l'épargnerez, ni ne le cacherez, au contraire, vous devrez le livrer à la mort[107]. Et ce Jahvé n’est pas le Jahvé d'une place spéciale, le Jahvé de Béthel ou de Dan, celui de Mizpah, de Geba ni de Beersheba ; il est simplement Jahvé. Toutefois, l'endroit où son culte lui sera rendu ne lui est pas indiffèrent : il entend ne le recevoir qu'au lieu choisi par Jahvé lui-même pour y établir son nom, c'est-à-dire, et bien que le nom ne soit pas prononcé, à Jérusalem. Une partie des règlements détermine la condition des divers membres de la communauté juive les uns par rapport aux autres. Le roi se rapprochera autant que possible du prêtre idéal : il n'exaltera pas son coeur au-dessus de ses frères, et il ne placera pas la grandeur dans la possession de chariots, de chevaux et de femmes, mais il méditera la Loi de Dieu et il la lira chaque jour. A la guerre, il ne se confiera pas en ses soldats ou en sa bravoure, mais en l'aide de Jahvé ; il consultera toujours et partout le prêtre intermédiaire entre les armées terrestres et le Dieu des armées. La loi met d'ailleurs les pauvres, les veuves, les esclaves sous la protection divine : tout Juif devenu la propriété d'un compatriote sera libéré au bout de la sixième année, et recevra de son maître un petit pécule qui lui permettra de vivre pendant quelque temps. Joignez à cela des prescriptions destinées à procurer la bonne administration de la justice, à prévenir les rixes et les vengeances privées ; ce sont moins des lois proprement dites que des exhortations à remplir les devoirs de l'honnête homme.

Les ordonnances relatives au culte ne sont pas conçues d'après cet esprit minutieux et tracassier qui devint plus tard comme la marque de la législation hébraïque. Sans doute on insiste sur la nécessité de concentrer le culte dans un temple unique, mais on ne fait pas de ce temple une sorte de vaste abattoir géré par une caste privilégiée. Les grandes fêtes ne sont qu'au nombre de trois : la plus importante, la Pâque, se célébrait en Abîb, au mois des épis, et l'on s'était habitué à la considérer comme une commémoration de la sortie d'Égypte ; mais les deux autres, celle des semailles et celle des Tabernacles, se rattachaient simplement aux phases de l'année et avaient lieu, la première sept semaines après le commencement de la moisson, la seconde lors de la rentrée des dernières récoltes. Le prêtre prend sa part de la victime offerte en ces circonstances diverses et de la dîme annuelle ou triennale que le législateur impose sur le blé, sur le vin, sur les premiers-nés du bétail, et dont le produit était consacré à une sorte de fête de famille célébrée dans le lieu saint. Il est donc assimilé aux pauvres de Dieu, à la veuve, à l'orphelin, à l'étranger, et son pouvoir n'est guère plus grand qu'il n'était au début de la monarchie. C'est en effet au prophète qu'appartient le devoir de diriger le peuple dans tous les cas non prévus par la loi. Je mettrai mes ordres en sa bouche, dit Jahvé, pour qu'il proclame ce que je lui commanderai. Et si quelqu'un devait ne pas écouter mes ordres qu'il proclamera en mon nom, je lui en demanderai compte. Mais un prophète qui aurait l'audace de proclamer en mon nom des ordres que je ne lui aurais pas donnés, ou qui parlerait au nom d'autres dieux, ce prophète-là doit mourir. Et si vous vous dites en vous-mêmes : Comment saurons-nous quel est l'ordre que Jahvé n'aura point donné ? Si un prophète parle au nom de Jahvé et que la chose n'arrive pas et ne s'accomplit pas, c'est un ordre que l'Éternel n'aura point donné : le prophète aura parlé dans sa présomption, vous ne devez pas en avoir peur[108].

Le code soi-disant mosaïque existe encore, au moins dans ses parties principales. Il a été intercalé plus tard dans ce qu'on appelle aujourd'hui le Deutéronome, et il en forme la section législative[109]. La lecture achevée, Josias, se plaçant sur l'estrade, proclama le pacte avec Jahvé, savoir de suivre Jahvé de coeur et d'âme, de garder ses commandements, préceptes et ordonnances, et de valider ainsi les paroles de ce pacte, telles qu'elles  étaient écrites dans ce livre. En terminant la rédaction de son code, l'auteur avait adopté une fois de plus le ton menaçant des prophètes à l'égard de Juda. Si vous n'obéissez point à Jahvé, si vous ne pratiquez point ses commandements et ses lois que je vous prescris aujourd'hui, toutes les malédictions vous frapperont et s'accompliront sur vous. Vous serez maudits à la ville, maudits à la campagne. Maudit sera votre panier et votre pétrin, maudit le fruit de vos entrailles et le fruit de vos champs ; vos vaches et vos brebis seront stériles. Vous serez maudits dans toutes vos entreprises… Le ciel au-dessus de vos têtes sera d'airain, et la terre sous vos pieds sera de fer : Jahvé fera que la pluie qu'il faut à votre terre soit du sable et de la poussière qui tombera du ciel jusqu'à ce que vous soyez ruinés… Quand vous vous fiancerez à une femme, un autre la possédera ; quand vous habiterez une maison, vous n'y demeurerez pas ; quand vous planterez une vigne, vous n'en goûterez pas le fruit… Vos fils et vos filles seront livrés à d'autres peuples ; vos yeux le verront et ne cesseront de se consumer de regrets, et votre main sera impuissante… Jahvé fera lever contre vous un peuple venant de loin, de l'extrémité de la terre, et fondant sur vous avec la rapidité de l'aigle ; un peuple dont vous ne comprendrez point la langue, un peuple au regard farouche, qui ne respectera pas le vieillard, ni n'aura pitié de l'enfant… Il vous assiégera dans vos villes, jusqu'à ce qu'il ait abattu dans tout le pays vos plus hautes et vos plus fortes murailles, dans lesquelles vous mettez votre confiance, et, quand il vous assiégera dans toutes les villes du pays que Jahvé votre Dieu vous donne, vous en viendrez, dans la détresse et l'angoisse où vous réduiront vos ennemis, à manger le fruit de vos entrailles, la chair de vos fils et de vos filles que Jahvé vous aura donnés… Et Jahvé vous dispersera parmi toutes les nations d'une extrémité de la terre à l'autre, et vous y servirez d'autres dieux inconnus à vous et à vos pères, du bois et de la pierre. Et chez ces nations vous n'aurez ni repos, ni place tranquille où vous mettrez le pied… Votre vie vous apparaîtra comme suspendue à un fil, vous n'en serez jamais sûrs, mais vous serez en larmes nuit et jour. Le matin vous direz: Que n'est-il déjà soir ! et le soir vous direz : Que n'est-il déjà matin ! par suite des terreurs qui vous hanteront et du spectacle que vous aurez sous les yeux[110]. L'invasion, récente encore, des Cimmériens avait rempli les esprits d'épouvante : le peuple s'humilia et la persécution commença contre les païens et les partisans du vieux culte. Les dieux étrangers furent détruits, les hauts lieux souillés à plaisir, les prêtres des Baalim égorgés sur leurs propres autels. Quand tout fut fini, Josias ordonna de célébrer la Pâque en la manière qu'il est prescrit au Livre de cette alliance. - Et certes jamais Pâque ne fut célébrée, ni au temps des Juges, qui avaient jugé en Israël, ni au temps des rois d'Israël et des rois de Juda, comme cette Pâque qui fut célébrée en l'honneur de Jahvé, dans Jérusalem, la dix-huitième année du roi Josias[111].

Le premier enthousiasme une fois calmé, la réaction se fit sentir, dans les hautes classes, comme dans le peuple, et de vrai, le spectacle que l'Asie présentait était de nature à provoquer le doute parmi les fidèles. L'Assyrie, cette Assyrie que leurs prophètes leur avaient montrée comme l'instrument irrésistible des vengeances du Très-Haut, non seulement elle avait été culbutée du rang qu'elle occupait parmi les nations, mais elle agonisait sous l'étreinte de Cyaxare. Et d'autre part, cette Égypte dont ils leur avaient prédit la destruction sous les coups de l'Assyrie, elle sortait de ses ruines plus vigoureuse que jamais. Si elle se décidait à reparaître au-delà de l'isthme, quelle attitude Juda devrait-il adopter entre ce pouvoir rajeuni et l'Assyrie moribonde ? La crise éclata au printemps de 608. Ninive, assiégée par les Mèdes, était sur le point de capituler, et l'ouverture de sa succession n'était plus qu'une question de jours : si Néchao tardait plus longtemps à saisir sa part, il risquait de voir la succession se régler sans lui et de trouver un autre en possession. Il quitta Memphis, et une fois de plus une armée égyptienne s'achemina sur la route traditionnelle de l'Euphrate. Ce n'était plus, comme un siècle auparavant, un assemblage aventureux de bandes éthiopiennes et de contingents féodaux, condamnés à la défaite par la haine et les méfiances qui 1e8 divisaient. Tous les éléments qui la constituaient, Égyptiens, Libyens, Grecs, Cariens, étaient bien dans la main de leur chef et s'avançaient en une masse compacte et irrésistible comme le Nil ; ses flots roulent en avant ainsi qu'une rivière. Il dit : Je me lève, j'inonde la terre, je vais noyer cités et peuples ! Chargez chevaux, chars, élancez-vous au galop ! Que les guerriers marchent, l'Éthiopien et le Libyen bien abrités sous son bouclier, l'Égyptien tendant son arc[112]. Sitôt que Josias l'apprit, il n'hésita pas : il convoqua ses troupes et il se prépara a repousser l'attaque. Néchao affecta de dédaigner cet ennemi : Qu'ai-je à faire avec toi, roi de Juda ? lui demanda-t-il. Je ne viens pas contre toi aujourd'hui, mais contre la maison avec qui j'ai guerre, et Dieu m'a commandé de me presser. Abstiens-toi de provoquer Dieu qui est avec moi, de peur qu'il ne te détruise[113]. Il pensa que son message serait écouté, et il poussa au Nord sans attendre la réponse ; mais si bas que Ninive fut déchue, Josias ne se crut pas délié des serments qu'il lui avait prêtés. Confiant dans l'aide de Jahvé, il marcha parallèlement à l'envahisseur et il alla l'attendre à Mageddo, dans l'endroit même où neuf siècles plus tôt Thoutmosis III avait vaincu les Syriens confédérés. Les Juifs plièrent sous le choc et se débandèrent ; Josias fut percé d'une flèche, et Néchao, sans plus s'inquiéter de lui, continua sa course. Il s'arrêta à l'Euphrate, sous les murs de Carchémis, puis, après avoir placé des garnisons dans quelques postes importants, il redescendit vers le Sud. Il séjourna quelque temps à Riblah pour y recevoir les hommages des princes syriens, et là il apprit que les Juifs, sans consulter son bon plaisir, avaient proclamé roi Joachaz, fils de Josias, qu’ils jugeaient sans doute disposé à suivre la politique de son père. Il le déposa après trois mois de règne, et il le remplaça par son frère aîné Éliakim, auquel il imposa le nom de Joïakîm : la Judée fut frappée d'une amende de cent talents d'argent et d'un talent d'or. De retour à Memphis il voulut glorifier la mémoire des mercenaires grecs qui l'avaient aidé, et il consacra dans le temple d'Apollon Branchides, à Milet, la cuirasse qu'il avait portée durant la campagne[114]. Après cinq siècles de faiblesses et de discordes, l'Égypte se retrouvait une fois encore maîtresse de la Syrie[115].

Tandis qu'elle triomphait, Ninive achevait de succomber : Sinsharishkoun, à bout de ressources, agit comme tant de rois orientaux, et il se brûla dans son palais plutôt que de tomber aux mai us de Cyaxare (608). Les Babyloniens ne participèrent pas au pillage des temples par respect pour les dieux qui étaient identiques aux leurs, mais les Mèdes n'éprouvèrent point les mêmes scrupules : Leur roi, l'intrépide, détruisit entièrement les sanctuaires des dieux d'Assour et des cités d'Accad qui s'étaient montrées hostiles envers lui et ne lui avaient point prêté assistance. Il détruisit leurs livres saints sans en laisser subsister un seul. Il ravagea leurs cités et il les dévasta comme si elles n'avaient jamais existé[116]. Ninive à bas, l'empire s'effondra du coup : au bout de quelques années, son histoire n'était qu'un thème de légende ; moins de deux siècles après, on ne connaissait plus d'une manière certaine le site de sa capitale, et une armée grecque passa presque à l'ombre de ses tours démantelées, sans soupçonner qu'elle avait devant elle ce qui demeurait de la cité, où vingt générations de monarques tout puissants avaient résidé dans leur gloire[117]. Certes les autres grandes nations de l'Orient, l'Égypte et la Chaldée, n'avaient pas épargné les vaincus aux jours de leur prospérité : les Pharaons des dynasties thébaines avaient foulé l'Afrique et l'Asie sous leurs sandales et emmené en esclavage des populations entières. Mais du moins, à côté de leur oeuvre de colère, ils avaient accompli une oeuvre de civilisation. C'est d'Égypte et de Chaldée que les arts et les sciences de l'antiquité sont venus ; l'Égypte et la Chaldée nous ont légué les premières connaissances sérieuses qu'on ait eues en astronomie, en médecine, en géométrie, dans les sciences physiques et naturelles ; si les monuments de la Chaldée ont péri sans retour, ceux de l'Égypte sont encore debout pour nous prouver à quel degré de perfection les premiers-nés des hommes avaient haussé l'architecture. Et si maintenant nous demandons à l’Assyrie autre chose que des conquêtes, elle ne possédait rien en elle qu'elle n'eût emprunté à ses voisins. Elle emprunta ses sciences à la Chaldée, ses arts à la Chaldée et un peu à l'Égypte, son écriture à la Chaldée, sa littérature scientifique et religieuse à la Chaldée ; la seule chose qui lui appartienne en propre, c'est la férocité de ses généraux et la bravoure de ses soldats. Du jour qu'elle surgit dans l'histoire, elle ne vécut que pour la guerre et pour la conquête ; le jour où l'épuisement de sa population ne lui permit plus les succès du champ de bataille, elle n'eut plus sa raison de vivre et elle disparut[118].

 

 

 

 



[1] Aujourd'hui le lac d'Ouroumiyéh.

[2] L'Ararat n'atteint que 17.000 pieds et le plus haut pic du Caucase n'en dépasse pas 18.000.

[3] Entre autres le marbre de Tebriz.

[4] On ne trouve plus aujourd'hui de lapis-lazuli dans ces contrées.

[5] Le lion, le tigre et le léopard ont presque disparu aujourd'hui.

[6] G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 251-305.

[7] Delattre, le Peuple et l'empire des Mèdes, p. 57-74, a fort bien résumé et commenté le passage des textes assyriens relatifs aux rapports de Ninive avec la Médie.

[8] Hérodote, VII, lxii.

[9] Hérodote, I, ci.

[10] La « demeure des Aryens ».

[11] Merv et le Kharîsm.

[12] Sur les migrations iraniennes telles qu'elles sont représentées au premier fargard du Vendidad (James Darmsteter, The Zend Avesta, t. I. p. 1-10), voir M. Bréal, Fragments de critique zende : de la Géographie de l'Avesta (Extrait du Journal asiatique, 1862, et dans les Mélanges de mythologie et de linguistique, p. 487, sqq.), et Spiegel, Eranische Alterthumskunde, t. I. p. 190-196.

[13] La Sogdiane des auteurs classiques.

[14] La Margiane, le Margous des inscriptions achéménides ; aujourd'hui le canton de Merv.

[15] C'est-à-dire « le siège de ta royauté ». Bâkhdhi est la Bâkhtris des textes perses, la Bactriane.

[16] La NisaÛa de Strabon et de Ptolémée (VI, 10, 4).

[17] Haraïva des Perses, Aria ou Ariana des auteurs classiques.

[18] D'après Lassen et Haug, le Seïstan actuel, où se trouve la ville ruinée de Doushak (Djellabad), sur la rive orientale du lac Hamoun, au sud des embouchures de l'Helmend.

[19] Le Vendidad-Sadé n'indique en cet endroit que deux directions vers la Médie et vers l'Inde.

[20] Arachosia des géographes grecs.

[21] Position incertaine.

[22] Le Pendjab actuel.

[23] D'après Lenormant, l'Ourivân des monuments assyriens, l'Apavarctisene d'Isidore, § 13, l'Apavortene de Pline, vi, 18.

[24] Le Vârkana des inscriptions perses, l'Hyrcanie des Grecs et des Romains, aujourd'hui le Djouardjân.

[25] Rhagæ, « la plus grande ville de Médie », au dire d’Isidore, § 7.

[26] Karkh, à l'extrémité nord-ouest du Khorasan, d'après M. Haug.

[27] Peut-être la Khorènè de Strabon (I, XI), la Khoarinê d'Isidore, § 8, la Choara de Pline, VI, 17.

[28] Spiegel, Eranische Alterlhumskunde, t. 1, p. 194, 211-212 ; J. Darmstelter, The Zend-Avesta, t. I, p. 3 et le Zend-Avesta, t II, p. 5, note 4.

[29] Volney a découvert la méthode dont Ctésias s'est servi pour fabriquer sa dynastie. Plaçant la liste qu'il donne des rois mèdes à côté de celle que fournit Hérodote :

Hérodote

 

Ctésias

Interrègne

x

 

Arbakès

28

Déiôkês

53

 

Mandaukas

50

 

 

 

Sosarmos

30

 

 

 

Artykas

50

Phraortès

22

 

Arbianès

22

 

 

 

Artæos

40

 

 

 

Artynès

22

Kyaxarès

40

 

Astybaras

40

on voit que, tout en changeant les noms d’Hérodote, Ctésias répète ses nombres deux à deux :

A la place des quatre premiers rois, Hérodote indiquait Déiôkès et un interrègne de longueur indéterminée : Ctésias prit pour les cinquante-trois ans de Déiôkès le nombre rond de cinquante ans, et substitua à l'interrègne un règne qu'il évalua à la durée moyenne d'une génération humaine. Il appliqua à ce nouveau couple royal le procédé de reproduction dont il s'était servi pour le couple précédent :

La substitution de vingt-huit pour trente au règne d'Arbakès n'est la que pour donner à tout le catalogue un air de vraisemblance (cf. Volney, Recherches sur l'histoire ancienne, t I, p. 144, sqq. ; G. Rawlinson, Herodotus, t. I, p. 329-330). Selon Oppert (le Peuple et la langue des Mèdes, p. 17 sqq.), les noms d'Hérodote représenteraient « les formes aryanisées des noms touraniens, dont Ctésias nous a donné la traduction perse ».

[30] II Rois, xvii, 6 ; xviii, 11.

[31] Sur l'Ellibi, voir livre 3, la note 302.

[32] Delattre, le Peuple et l'empire des Mèdes, p. 99-125.

[33] Hérodote, I, xcvi-xcviii.

[34] Hérodote, I, xcviii-xcix.

[35] Maspero, les Empires, p. 324-328, 446-454.

[36] Hérodote, I, cii. Un passage de l'inscription de Béhistoun (ii, l. 14) nous fait connaître la forme originale du nom, Frawarti ou Fravartish : il signifie le croyant, celui qui proclame sa loi en Ahouramazda (Justi, Eranisches Namenbuch, p. 105).

[37] Hérodote, I, cii.

[38] Hérodote dit formellement que Téispès succéda à Achéménès (vii, xi), et son témoignage est confirmé par celui du roi Darius (inscription de Behistoun, col. I, l. 56).

[39] Hérodote, I, cii.

[40] Maspero, les Empires, p. 459-464.

[41] Hérodote, I, cii.

[42] Hérodote, I, ciii. Pour la mise en oeuvre du témoignage d’Hérodote et des autres documents, v. Maspero, les Empires, p 467-471.

[43] Isaïe, xxxi, 1-5. « Malheur à ceux qui en appellent au secours de l'Égypte … Les Égyptiens sont des hommes, et non Dieu, leurs chevaux sont chair et non esprit ».

[44] Isaïe, xxxvii, 22.

[45] Isaïe, xiv, 24-25 (trad. Reuss).

[46] Isaïe, iv, 13.

[47] Isaïe, x, 20-21.

[48] Isaïe, v, 4.

[49] Isaïe, ii, 2-12 ; cf. Michée, iv, 1-4.

[50] Kuenen, Religion nationale et religion universelle, p. 98-99, 111, etc.

[51] II Rois, xxi, 1-9 ; cf. Kuenen, The religion of Israel, t. II, p. 2-6.

[52] Jérémie, II, 26-30 ; cf. xi, 45, où il compare le nombre des autels à celui des rues de Jérusalem.

[53] II Rois, xxi, 16.

[54] Je n'ai pas cru devoir parler de sa captivité en Assyrie, cet événement ne nous étant connu que par le témoignage des Chroniques (II Chron., xxxiii, 11-13). Cf. cependant le mémoire de J. Halévy, Manassé, roi de Juda, et ses contemporains, dans les Mélanges de critique et d'histoire relatifs aux peuples sémitiques, p. 24-37, et Schrader, Die Keilinschriften und des Alte Testament, 1883, p. 366-372.

[55] Pour l'indication des monuments relatifs à la XXVIe dynastie, cf. Wiedemann, Geschichte Ægyptens von Psametich Ibis auf Alexander den Grossen, Leipzig, 1880.

[56] Hérodote, II, cxlvii-clii. Selon Polyen, Strat., l. VII, § 3, l'oracle avait conseillé au roi d'Égypte, Témenthès, de se méfier des coqs. Psammétique apprit que les Cariens avaient les premiers piqué des aigrettes sur leurs casques et prit un grand nombre d'entre eux à sa solde.

[57] G. Smith, History of Assurbanipal, p. 66.

[58] G. Smith, History of Assurbanipal, p. 158, où par Miloukhkhi il faut nécessairement entendre l'Égypte (cf. Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 286 sqq., note 4).

[59] Diodore, I, 66.

[60] Legrain, deux stèles trouvées à Karnak et Erman, Zu den Legrain’schen Inschriften, dans la Zeitschrift, t. xxxv, p. 16-19, 24-29.

[61] Diodore fait durer la dodécarchie quinze années après la retraite des Éthiopiens (I, 66)

[62] Hérodote, II, clx ; Diodore, I, 67.

[63] Hérodote, II, clii.

[64] Louvre, Sérapéum, st. n° 190, publiée par Mariette, Renseignements sur les soixante-quatre Apis trouvés dans les souterrains du Sérapéum, dans le Bulletin archéologique de l'Athénéum français, août et septembre 1856, et dans le Sérapéum de Memphis, III. pl. 56 ; Lepsius, Königsbuch.

[65] Louvre, Sérapéum, st. n° 239, publiée par Mariette, Renseignements, dans le Bulletin archéologique, août et septembre 1856.

[66] Voyez au Musée du Caire la statue de la reine Amenertaïs ; au Musée du Louvre, les statues A 85, 84, 86, 88, 94, 91, 94, les sarcophages D 8, 9, 40 ; le naos D 29 ; les stèles d'Apis S 2240, 2243, 2244, 259, et le beau lion de Sérapéum.

[67] Hérodote, II, 30.

[68] Hérodote, II, cxlv.

[69] L'observation est de Kenrick, Ancient Egypt under the Pharahos, l. II, p. 223.

[70] MilhsÛvn teäxow, Strabon, l. XVII, 1.

[71] Hérodote, II, cxliv.

[72] Hérodote, II, cliv.

[73] Manéthon, édit. Unger, p. 158, 195-198.

[74] Diodore, I, 14.

[75] Hérodote, II, cxii-cxxi ; cf. Odyssée, IV, 82 sqq. ; Clém. d'Alex., Strom., I, p. 326, a.

[76] Hérodote, II, xli.

[77] On sait l'apostrophe un prêtre égyptien à Platon.

[78] Hérodote, II, clxviii.

[79] Cf. J. de Horrack, dans la Revue archéologique, 1864.

[80] Hérodote II, xxx ; Diodore, I, 67 ; Eratosthène dans Strabon, I, xvii, 2 ; Pline l. VI, 30 ; Ptolémée, IV, 7. Malgré l'exagération des nombres et la bizarrerie de certains détails, je tiens le fond du récit d'Hérodote pour véritable, contrairement à l'opinion de M. Wiedemann, Geschichte Ægyptens, p. 134-138.

[81] Nahoum, III, 2-7, 12-19.

[82] Hérodote, I, ciii-civ ; les détails empruntés par Justin (II, 5) et par Jordanès (de Origine Getarum, 6) à Trogue Pompée dérivent probablement de Dinon.

[83] Cela signifie sans doute que les Tabal ont été assez complètement vaincus pour n'être plus en état de donner à leurs guerriers morts sur les champs de bataille une sépulture honorable, l'épée sous la tête et les armes sur le corps.

[84] Ezéchiel, XXXIII, 26-27.

[85] Fr. Lenormant, les Origines de l'Histoire, t. II, p. 458-461.

[86] Strabon, XI, VIII, 4, où la défaite des Saces est attribuée à des Perses.

[87] Strabon, I, III, 21.

[88] Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 150 ; Fr. Lenormant, les Origines de l’Histoire, t. II, p. 547 sqq.

[89] Hérodote, I, cv ; Justin, II, 3.

[90] Zéphaniah, I, 2-7.

[91] Jérémie, I, 4-14.

[92] Jérémie, IV, 15-16, 19-21.

[93] Cf. Lenormant, les Origines de l'histoire, t. II, p. 453 sqq., où le pays de Rosh est identifié au pays de Rashi des inscriptions cunéiformes.

[94] Ezéchiel, XXVIII, 1-9.

[95] Zéphaniah, II, 4-6.

[96] Hérodote, I, cv ; d'après Trogue Pompée (Justin, II, 3, 14) les marais seuls auraient arrêté les Cimmériens.

[97] Hérodote, I, cv. Pour des exemples analogues empruntés à l'histoire moderne de l'Asie, cf. Nöldeke, Aufsätze zur Persischen Geschichte, p. 8, note 2.

[98] Diodore, II, 34, d'après Ctésias de Cnide (cf. Ctésias, Medica, fr. 26-27, édit. Müller-Didot, p. 44-45) ; Nicolas de Damas, fr. 12, dans les Fragm. H. Græc., t. III, p. 364-365; Anonymus declaris mulieribus, § 2.

[99] Hérodote, IV, i.

[100] Hérodote, I, cvi.

[101] Layard, Nineveh and Babylon, p. 655.

[102] Cylindre de Nabonide, col. II, l. 1-12.

[103] Syncelle, p. 596, note. Les sources classiques la donnent pour la fille d'Astyage, ce que la comparaison des dates rend impossible à admettre.

[104] Hérodote, II, clvii, où il est dit, d'après un récit de drogman, que le siège de la ville dura vingt-neuf ans.

[105] II Rois, XXII-XXIII.

[106] Deutéronome, V, 6-10.

[107] Deutéronome, XIII, 1-13.

[108] Deutéronome, XVIII, 18-22.

[109] Les chapitres iv, 44-xxvi et xxxviii (Kuenen, The Religion of Israel, t. II, p. 15-17 ; Reuss, la Bible : l'Histoire sainte et la Loi, t. I, p. 160).

[110] Deutéronome, XXVIII.

[111] II Rois, XXXII-XXXIII ; II Chron., XXXIV-XXXV. Pour l'histoire de Josias et de sa réforme religieuse, voir Kuenen, The Religion of Israel, t. II, p. 6-42 ; Reuss, la Bible : l'Histoire sainte et la Loi, t. I, p. 154-211.

[112] Jérémie, XLIV, 7-9, où cette description est donnée de l'armée vaincue à Carchémis, mais qui était identique à celle-là pour la composition.

[113] II Chroniques, XXXV, 20-22.

[114] II Rois, XXIII, 29-35 ; cf. II Chroniques, XXXVI, 1-4. Hérodote, II, clix, nomme Magdolos la ville où la bataille fut livrée.

[115] Hérodote, II, clix. Le gros scarabée du Musée du Caire, déjà publié par Mariette, Monuments divers, pl. 48 c, est le seul monument connu jusqu'à présent des victoires de Néchao.

[116] Cylindre de Nabonide, Col. II, l. 2-41.

[117] Xénophon, Anabase, III, iv, § 4, où les citées ruinées de Mespila et de Larissa ne sont autres que Kalakh et Ninive.

[118] Voici, autant qu'on peut le rétablir, le tableau de la dynastie des Sargonides :

Sharoukîn (721-704) - Sargon II

Sinakhéïrba (704-680) - Sennachérib

Ashbouranhéiddin (680-667) - Asarhaddon

Ashshourbanapal (667-625) - Sardanapale

Ashshourétilinani (625-620)

Sinsharisukoun (620-608) - Saracos