HISTOIRE ANCIENNE DES PEUPLES DE L'ORIENT

 

L’ASIE ANTÉRIEURE AVANT ET PENDANT LA DOMINATION ÉGYPTIENNE

CHAPITRE IV – LA CHALDÉE.

 

 

Les populations primitives de la Chaldée.

Au nord et à l'est de l'Afrique, sur l'immense étendue de territoire comprise entre la Méditerranée, la mer Noire, le Caucase, la Caspienne, l'Indus et les mers qui baignent les côtes méridionales de l'Asie, s'agitaient confusément des nations d'origine diverse, pour la plupart inconnues aux premiers Pharaons. Séparée d'elles par le désert et par la mer, l'Égypte ne s'était jamais jusqu'alors entremise dans leurs affaires : tout au plus avait-elle poussé ses colonies minières sur le revers du Sinaï et bâti quelques forteresses afin de protéger les colons. Pour le reste, une muraille, tirée en travers de l'isthme et garnie de postes crénelés, lui servait de barrière contre tout ce qui la menaçait de Syrie et lui permettait de suivre à l'abri des invasions du Nord le cours de ses destinées.

Quelques-unes de ces nations sans nom encore et sans histoire appartenaient sans doute à cette humanité primitive qui couvrait le sol à des époques si reculées, qu'il appartient au seul géologue d'en rechercher la date. La plupart se rattachaient à des races plus fortes et plus nobles, répandues des bords de la mer Caspienne à ceux de la mer Méditerranée. Elles venaient, à ce qu'il semble, des steppes de l'Asie septentrionale, et elles en descendirent vers le sud, à la recherche de climats plus doux et de contrées plus fertiles. Une partie des émigrants occupa les districts montagneux qui s'étendent au sud de la Caspienne et qui bordent le plateau de l'Iran. Au pied même de la montagne, le pays est bien boisé et bien arrosé ; à mesure qu'on avance vers l'intérieur, les rivières diminuent de volume. Elles finissent par se perdre dans les sables, à l'exception de deux ou trois qui tombent dans le grand lac Hamoun. Sauf la bande de terre qui court le long de leurs rives, le reste du pays n'est qu'un vaste désert salé, dont le sol est formé, tan tôt de gravier, tantôt d'un sable fin et mouvant que le vent ballotte en immenses vagues longitudinales, tantôt d'une argile durcie et cuite au soleil. La masse de la nation s'établit solidement sur la lisière occidentale du plateau, dans la région à laquelle on attribua plus tard le nom de Médie. Plusieurs tribus allèrent à l'ouest, en Atropatène, en Arménie, et jusqu'en Asie Mineure. D'autres gagnèrent vers le sud, et se fixèrent au delà des montagnes, dans les plaines de la Susiane et sur les bords du Tigre et de l'Euphrate[1].

Le Tigre[2] et l'Euphrate[3] prennent leur source en Arménie, au mont Niphatés[4], la plus haute des chaînes qui se développent entre le Pont-Euxin et la Mésopotamie, la seule qui atteigne en quelques endroits la limite des neiges éternelles. Ils coulent d'abord parallèlement l'un à l'autre, l'Euphrate de l'est à l'ouest jusqu'à Malatiyéh, le Tigre de l'ouest vers l'est, dans la direction de l'Assyrie[5]. Au delà de Malatiyéh, l'Euphrate dévie brusquement au sud-ouest, se fraye un chemin à travers le Tauros, comme s'il voulait rallier la Méditerranée[6], puis il tourne vers le sud-est, dans la direction du golfe Persique. Au débouché des montagnes, le Tigre incline au sud sans hésiter et se rapproche graduellement de l'Euphrate : au voisinage de Bagdad, les deux fleuves ne sont plus divisés l'un de l'autre que par quelques lieues d'un terrain bas et uni. Toutefois, ils ne se mêlent pas encore ; après avoir filé presque de conserve l'espace de vingt à trente milles, ils s'écartent de nouveau pour ne se rejoindre qu'à prés de quatre-vingts lieues plus bas, former le Shatt-el-Arab et se jeter dans le golfe Persique. Dans sa partie moyenne, l'Euphrate reçoit sur la gauche deux affluents assez considérables, le Balikh[7] et le Khabour[8], qui lui versent les eaux du Karadjah-Dagh[9] : depuis son confluent avec le Khabour jusqu'à son embouchure, il n'a plus aucun tributaire. Le Tigre au contraire se grossit sur la gauche des apports du Bitlis Khaï[10], des deux Zab[11], de l'Adhem[12], du Divâléh[13]. Aussi les deux fleuves sont-ils navigables sur une grande partie de leur cours, l'Euphrate dés Souméîsat, le Tigre prés de Mossoul : au moment de la fonte des neiges, vers le commencement ou le milieu d'avril, ils se gonflent, débordent et ne rentrent dans leur lit qu'en juin, au temps des plus fortes chaleurs[14].

Le bassin du Tigre et de l'Euphrate n'avait pas à toutes les époques l'aspect qu'il présente aujourd'hui. Au commencement de notre période géologique, les deux fleuves se traînaient, l'espace d'environ cinq degrés, dans une grande plaine ondulée, de formation secondaire, sillonnée par les quelques cours d'eau qui lui tombent du mont Masios[15]. C'est un territoire fertile au bord des rivières et dans les endroits où jaillissent des sources, stérile et nu partout ailleurs[16]. L'extrémité méridionale servait de rivage à la mer, et les deux fleuves aboutissaient à quelque vingt lieues l'un de l'autre, dans un golfe fangeux, le Nâr-Marrâtou[17], borné à l'est par les derniers contreforts des monts de l'Iran, à l'ouest par les hauteurs sablonneuses qui marquent la limite du plateau d'Arabie. Toute la partie inférieure de la vallée n'est qu'un terrain d'origine relativement moderne, créé par les alluvions du Tigre, de l'Euphrate et des rivières comme l'Adhem, le Gyndês, le Khoaspès, qui, après avoir été longtemps indépendantes et avoir contribué à combler la mer dans laquelle elles se perdaient, ont fini par devenir de simples affluents du Tigre. Aujourd'hui encore le Delta du Shatt-el-Arab avance rapidement, et l'accroissement du rivage monte à prés d'un mille anglais par soixante-dix ans[18] ; dans les temps anciens, le progrès des boues était plus sensible et il devait représenter à environ un mille par trente ans[19]. Il est donc certain qu'au moment où les colons s’implantèrent dans la vallée, le golfe Persique pénétrait à quarante ou quarante-cinq lieues plus haut qu'il ne fait aujourd'hui[20] : le Tigre et l'Euphrate se terminaient à quelque distance l'un de l'autre, et ils ne confondirent leurs lits que plusieurs milliers d'années plus tard.

La région des alluvions, et surtout la moitié de cette région qui confine aux côtes du golfe Persique, furent l'asile des premiers colons. C'était une immense plaine basse, dont aucun accident de terrain ne rompait la monotonie. L'Euphrate, était encaissé entre ses rives, lançait à droite et à gauche des branches, dont les unes ralliaient le Tigre, et dont les autres s'écoulaient dans les marais. Une partie du sol, toujours privée d'eau se durcissait aux rayons d'un soleil brûlant : une autre partie disparaissait presque en entier sous les monceaux de sable qu'apporte le vent du désert ; le reste n'était qu'une lagune empestée, encombrée de joncs énormes, dont la hauteur varie entre douze et quinze pieds[21]. Le pays, même en cet état, ne manquait nullement de ressources. Il renferme peu d'espèces d'arbres utiles, car il ne possède ni le figuier, ni la vigne, ni l'olivier[22] ; en revanche, il produit naturellement le froment[23] et la datte. Le sol y est si favorable aux céréales, qu'elles y rendent habituellement deux cents pour un, et, dans les terres d'une qualité exceptionnelle, trois cents. Les feuilles du blé et de l'orge y sont larges de quatre doigts. Quant au millet et au sésame, qui pour la grandeur deviennent là de véritables arbres, je ne dirai pas leur hauteur, bien que je la connaisse par expérience, sachant bien, qu'auprès de ceux qui n'ont pas été en terre babylonienne, ce que j'en raconterais ne rencontrera qu'incrédulité. On ne se sert nullement d'huile d'olive, mais on extrait de l'huile du sésame[24]. - Le palmier fournit à tous les autres besoins de la population. On en extrait une sorte de pain, du vin, du vinaigre, du miel, des gâteaux et toute espèce de tissus ; les forgerons utilisent ses noyaux en guise de charbon ; ces mêmes noyaux concassés et macérés sont appliqués à la nourriture des boeufs et des moutons qu'on engraisse. On dit qu'il y a une chanson perse où sont énumérés trois cent soixante emplois différents du palmier[25]. Les poissons abondent, surtout le barbeau et la carpe : ils comptent encore pour beaucoup dans l'alimentation des habitants modernes[26]. Sur un point seulement la Chaldée est inférieure à l'Égypte : elle ne possède ni calcaire compact, ni marbre, ni basalte, ni granit, ni aucune des pierres dures dont les artistes égyptiens surent tirer si bon parti pour leurs travaux. Les architectes chaldéens furent réduits à puiser dans le sol même les matériaux de leurs constructions, et ils poussèrent aussi loin que possible l'usage de la brique : aussi leurs oeuvres n'ont pas résisté au temps avec succès et elles se sont déformées au point de n'être plus souvent que de véritables monceaux d'argile[27].

Dés le jour de leur arrivée au bord de l'Euphrate, les Shouméro-Accadiens, constitués en corps de nation, connaissaient l'écriture[28] et les principales industries nécessaires à l'humanité; ils avaient une législation et une religion complètes. Leur écriture était hiéroglyphique à l'origine, comme celle de l'Égypte. Chaque signe y notait l'image de la chose même qu'on voulait exprimer, ou de l'objet matériel qui paraissait offrir le plus d'analogie avec l'idée abstraite qu'il s'agissait de rendre. Ainsi, pour marquer l'idée de dieu, on prenait la figure du ciel divisée en ses huit maisons principales  ; pour celle de roi, on avait recours à l'abeille . La maladresse du graveur et de l'écrivain altéra ces deux signes et leur substitua des équivalents plus ou moins informes :  puis  au ciel, ,  et  à l'abeille. L'image primitive s'altéra de pins en plus, si bien qu'il devint impossible de discerner, dans l'ensemble de traits ou de clous qui forme un groupe, le type que ces traits étaient le sommaire. Par bonheur, au moment où cette modification s'accomplit, on n'avait déjà plus besoin de reconnaître l'objet pour lire le caractère. Le signe du ciel   rappelait machinalement aux yeux l'idée de dieu, et l'idée de dieu éveillait dans l'esprit du lecteur le mot qui lui répond, an. Aussi l'hiéroglyphe , tout en conservant le sens symbolique de dieu, à l'état isolé, représenta la syllabe ÂN dans une foule de mots qui n'ont aucun rapport avec la divinité. Groupant ensemble plusieurs signes, on parvint à figurer des mots dont le son se composait en partie de la prononciation d'un signe, en partie de la prononciation d'un autre signe.  représente trois gouttes d'eau, signifie eau, se lit a ; joint au signe  qui correspond au ciel, signifie dieu, se lit an, il forme un groupe , A + AN, AAN, qui veut dire pluie. Ce système offre de graves inconvénients. Nombre de signes peuvent avoir plusieurs valeurs et se lire de beaucoup de façons différentes.  rend les idées de finir, vieillir, achever, mourir, ouvrir, sang, cadavre, et il se lit, selon l'idée qu'il rend BE, BAT, TIL, PAGAR, OUS, etc. : en un mot, c'est un polyphone. Entre tous ces sens et toutes ces prononciations dissemblables le lecteur choisissait, d'après la marche générale de la phrase et la position du signe, le sens et la lecture qui lui paraissaient convenir le mieux. L'obscurité résultant de cette polyphonie est telle, que les modernes ont employé des années de recherches pénibles avant de s'y orienter de manière satisfaisante et d'achever le déchiffrement du syllabaire. Aussi bien les Assyriens et les Babyloniens eux-mêmes s'y perdaient quelquefois, malgré la pratique journalière qu'ils avaient du système. Nous n'en voulons pour preuve que le nombre des fragments de syllabaires et de vocabulaires grammaticaux, tracés sur des tablettes d'argile, et destinés à révéler les arcanes du système graphique national, qu'on a recueillis en telle abondance dans les ruines de Ninive. Une bonne moitié de ce que nous possédons de monuments de l'écriture cunéiforme se compose de guide-ânes, qui peuvent nous servir à déchiffrer l'autre moitié, et que nous consultons exactement comme le faisaient, il y a deux mille cinq cents ans, les étudiants de l'antique pays d'Ashshour[29].

Le progrès matériel de la civilisation fut rapide dés le début. Les signes des métaux usuels et des métaux précieux sont au nombre des hiéroglyphes les plus anciens, et prouvent que les premiers habitants de la Chaldée pratiquaient l'art du fondeur et celui de l'orfèvre. Les plus vieilles tombes qu'on ait ouvertes renferment déjà des objets en or, en bronze, même en fer, des couteaux, des hachettes, des faux, des bracelets, des boucles d'oreilles ciselées[30]. A côté se trouvent encore, et concurremment employés, des instruments et des armes en silex taillé et poli, têtes de flèches, haches et marteaux. Le métal le plus répandu est le bronze ; c'est en bronze que sont tous les instruments métalliques. Quant au fer, il est plus rare et semble avoir encore le caractère d'un métal précieux par la difficulté de la production ; au lieu d'en faire des outils, on en fabrique des bracelets et autres parures grossières[31]. Tous les autres arts domestiques ou industriels étaient aussi développés qu'ils l'étaient dans l'Égypte primitive, le tissage des étoffes, la céramique, la vannerie, la menuiserie. Il semble que, dès le début, le peuple des cités et des campagnes fût divisé en clans dont tous les membres prétendaient être issus d'une souche commune : tous ne jouissaient pas de la même position sociale, mais les uns s'étaient haussés aux premiers rangs, tandis que les autres s'étaient abaissés aux derniers étages de la société. Les familles qui se rattachaient à un même clan avaient une organisation des plus solides. Il est possible qu'au début la femme y ait occupé la position la plus importante, mais de bonne heure l'homme demeura le chef de la communauté, auquel tous obéissaient, les épouses, les concubines, les enfants, les serviteurs, les esclaves. Son autorité était absolue dans l'ordre civil comme dans l'ordre religieux : il offrait seul le sacrifice aux dieux, il gérait seul la fortune patrimoniale, il avait le droit de vie et de mort sur ses enfants, et aucun d'eux ne pouvait contracter mariage sans son autorisation. Le mariage était enregistré dans un contrat civil, grâce auquel la dot de la femme passait avec elle des mains du père à celles du mari, puis il était sanctionné par une bénédiction religieuse ; une fois contracté, il n'y avait que la mort ou le divorce qui pût soustraire l'épouse à son seigneur ou maître, encore le divorce n'était-il un droit que pour l'homme. Toutefois les dames de la classe noble jouissaient d'une certaine indépendance elles conservaient la libre disposition de leurs biens, elles pouvaient acheter, vendre, commercer, faire l'usure en leur propre nom. La maternité était le premier devoir de toutes ; les stériles étaient considérées comme des possédées ou comme des maudites, et souvent on les expulsait de la maison de peur que leur présence n'y devînt une cause de malheur. Les enfants pullulaient donc dans chaque ménage, et, lorsqu'ils venaient à manquer pour quelque cause fortuite, on suppléait à leur absence par l'adoption d'un nouveau-né qui, recevant le nom générique, empêchait la race de s'éteindre. Le fils ou la fille qui reniaient leurs parents étaient punis sévèrement : ils étaient bannis ou vendus comme esclaves. La population servile était énorme, et elle comprenait des prisonniers de guerre, des Chaldéens d'origine déchus de leur condition pour leurs crimes, des esclaves de naissance, dont les ancêtres n'avaient pas connu la liberté depuis plusieurs générations. La vie qu'ils menaient était rude et la loi les laissait entièrement à la merci de leurs maîtres ; toutefois ils étaient parfois traités avec douceur dans les familles où ils servaient, et ils pouvaient acquérir par leur industrie un pécule dont ils usaient ensuite pour se racheter. Les affranchis prenaient rang parmi les citoyens de la ville où ils s'installaient, et leurs enfants arrivaient aux mêmes dignités que ceux des personnages de vieille race libre.

Le commerce et l'industrie étaient très actifs entre les habitants d'une même ville et ceux des cités différentes : le grain, les dattes, les étoffes, le bétail, les esclaves faisaient l'objet de spéculations assez importantes, pour qu'il eût été jugé nécessaire de les régulariser par des contrats de teneur très variée. Non seulement les particuliers prêtaient de l'argent, mais les temples utilisaient de la même manière le plus gros de leurs revenus, et la plupart des sacerdoces tenaient de véritables maisons de banque. C'est par dizaines de mille que l'on compte aujourd'hui les contrats de prêt et de louage, les quittances de loyer, les reçus d'intérêts ou de sommes versées, les listes de biens hypothéqués, toutes les pièces au moyen desquelles la propriété mobilière ou immobilière se maintient, se transmet, s'accroît, circule de mains en mauls. Elles sont rédigées selon des formulaires qui s'altèrent et qui se complètent d'âge en âge, et dont les termes sont empruntés aux codes de lois promulgués à diverses époques par plusieurs souverains. Nous connaissons l'un d'entre eux, qui fut compilé au xxiiie siècle avant notre ère par l'un des rois les plus célèbres de Babylone, Hammourabi, mais dont les éléments constitutifs remontent à une antiquité beaucoup plus reculée. Il comprend, en deux cent quatre-vingt-deux paragraphes d'une rédaction brève et nerveuse, le droit privé tel qu'il résultait des coutumes et des législations antérieures. La condition des magistrats et celle des officiers publics y est définie avec soin, et des peines sévères y sont portées contre la corruption et contre les méfaits de tout genre auxquels un juge peut se laisser aller c'est l'amende, c'est la destitution solennelle, c'est la mort selon les cas. L'affermage des terres, l'irrigation, la pâture des troupeaux, l'aménagement des champs en jardins, les violences exercées contre les personnes et contre les animaux domestiques, toutes les questions de droit rural, si complexes dans un pays de culture intense tel que l’était la Chaldée, fournissent la matière de dispositions nombreuses, dont nous ne saisissons pas toujours la tendance, faute d'être renseignés suffisamment sur les mœurs des populations campagnardes : on y sent partout le désir d'assurer l'inviolabilité de la petite propriété foncière et de la protéger contre les tentatives d'usurpation dont elle était l'objet de la part des puissants. Les articles suivants traitent du commerce par eau et du nolis des barques fluviatiles, de la location des hommes et des bêtes pour l'agriculture, pour le commerce ou pour l'industrie, du tarif des salaires, et ils sont remarquables par la sollicitude avec laquelle le législateur veille à ce que la partie qui loue et celle qui est louée exécutent le contrat aussi fidèlement l'une que l'autre. Le mariage n'étant en quelque sorte qu'un achat ou une location de la femme par l'homme, on ne s'étonnera pas de voir survenir à ce point tout un ensemble de titres sur l'union entre époux de la même condition ou de conditions disparates, non plus que sur les enfants qui accroissent du mariage, les droits des parents sur eux et leurs droits sur les parents, le partage des successions, l'état civil des esclaves et leur place dans la famille. Il y a des clauses curieuses sur les responsabilités qu'encourent à l'égard de leurs clients les médecins et les architectes : leurs salaires sont mesurés largement, mais lorsqu'un accident arrive par suite de leurs manœuvres, ils subissent la peine du talion, jusqu'à la mort inclusivement, s'ils ont occasionné mort d'homme. D'autres matières relatives à la religion, à la sûreté publique, à la guerre, à la condition des étrangers ne sont pas abordées du tout ou sont touchées à peine en passant : elles faisaient sans doute l'objet d'autres codes, dont nous découvrirons un jour les exemplaires complets[32].

Il serait curieux de pouvoir pénétrer dans une des cités soumises à ces lois  elles nous apparaîtraient certainement fort semblables à ce qu'étaient les cités égyptiennes. Çà et là de grands temples se dressaient, ces temples que l'on nomma des Ziggourat, et qui, devisés sur plan carré ou rectangulaire, ne comptaient pas moins de trois, de quatre, de sept étages superposés, en retrait les uns sur les autres, et reliés par des escaliers ou par des rampes ménagées le long de leurs faces. Du haut de la chapelle qui les couronnait, le dieu patron veillait sur sa ville, et les prêtres abritaient, dans les édifices qui se rattachaient à la pyramide, les trésors du dieu ainsi que les habitations de leur famille. Une de ces Ziggourat accompagnait d'ordinaire la résidence du souverain ou du gouverneur. Le palais était juché toujours sur une butte de terre artificielle, sur une motte, qui était destinée à le préserver des attaques du peuple révolté ou des armées étrangères  on y parvenait par des escaliers fortifiés, et on y voyait, à côté des salles d'audience où le public avait accès ; les appartements privés du maître, son harem, les casernes de ses gardes, les logis des fonctionnaires de la cour, les arsenaux, les magasins, le Trésor de l'État. Les pièces d'apparat étaient décorées de bas-reliefs sur pierre appliqués aux murailles, ou de statues d'un art un peu lourd mais énergique et précis. Le peuple logeait dans des maisons construites en grosses briques de terre crue, tantôt pressées les unes contre les autres le long de ruelles étroites, tantôt séparées l'une de l'autre par des jardins ou par des canaux. Le mobilier en était fort simple pour les chambres à coucher, des nattes jetées sur le sol, ou, chez les plus riches, des lits bas, formés de cadres en bois posés sur quatre pieds et tendus d'un lacis de sangles ou de cordelettes, des tabourets, des fauteuils, des vases à eau ; pour les autres chambres, des coffres ou des armoires en bois qui contenaient le linge, la vaisselle, les provisions de bouche, les ustensiles en métal précieux, toutes les richesses de la famille. L'homme et la femme du peuple vivaient peu dans leurs appartements : ils restaient à l'atelier, au magasin, et les femmes circulaient librement par la ville, le buste et le visage au vent, pour l'exercice de leur profession ou pour les besoins de leur ménage. Les femmes riches se montraient peu au dehors, et quand elles sortaient, c'était pour aller prier aux temples, ou pour visiter chez les harems voisins, voilées et entourées d'un cortège d'esclaves qui les cachait aux yeux de la foule : la plupart du temps, elles demeuraient cloîtrées chez elles, oisives ou occupées à des ouvrages d'aiguille, et sans autres distractions que les bavardages de leurs amies ou de leurs esclaves. Aussi l'influence de la femme ne se manifesta que rarement au grand jour, comme c'était le cas en Égypte : elle s'exerça sourdement par des crimes d'intérieur, analogues à ceux qui déshonorèrent plus tard l'empire Perse des Achéménides.

Les religions et les dieux de Chaldée.

Le même mélange de races et de langues qui caractérise l'antique civilisation perce partout dans les religions de la Chaldée. Là encore, on constate l'existence à côté l'un de l'autre d'éléments souvent contradictoires, dont la présence ne s'explique que par la superposition de plusieurs peuples, mais auxquels il n'est pas toujours facile d'assigner une provenance certaine.

Il semble bien que les premiers Chaldéens se fissent de notre monde une idée analogue à celle que les Égyptiens en avaient conçue. Toutefois, au lieu que ceux-ci se le figuraient comme une boîte rectangulaire, les Chaldéens l'imaginaient comme une barque retournée et creuse par dessous[33], non pas une de ces barques oblongues en usage parmi nous, mais cette espèce d'auge entièrement ronde que les bas-reliefs nous montrent si souvent, et dont les tribus du bas Euphrate se servent encore aujourd'hui. Dans le creux inférieur était caché l'abîme, séjour des ténèbres et de la mort. Sur les pentes de la surface convexe s'étalait la terre proprement dite, enveloppée de tous côtés par le fleuve Océan (Abzou). Bien loin au delà du Tigre la montagne des pays se dressait, Kharsag Kalamma, la montagne sainte, la montagne des dieux, qui formait comme le nombril du monde. Anna, le ciel, avait l'apparence d'une vaste calotte hémisphérique, dont la lisière inférieure reposait sur les extrémités de la barque terrestre, au delà du fleuve Océan : elle était entourée d'eau de tous côtés, l'eau primordiale d'où l'univers était sorti au moment de la création. Le firmament, déployé au-dessus de la terre ainsi qu'une couverture, tournait comme sur un pivot autour de la montagne, et il entraînait dans sa course perpétuelle les étoiles fixes dont sa voûte était semée. Entre ciel et terre circulaient d'abord les sept planètes, sortes de grands animaux doués de vie, puis les nuages, les vents, les éclairs, la foudre, la pluie. La terre reposait sur l'abîme, le ciel sur la terre  l'imagination des premiers Chaldéens n'allait pas jusqu'à se demander sur quoi l'abîme reposait.

Cet univers en trois zones était peuplé d'une foute d'êtres et de races diverses, les unes renfermées, comme les hommes et les animaux, dans une petite portion du grand tout, les autres répandues indistinctement à travers toutes les régions du monde, comme les esprits et les dieux. Les esprits, les Zi, analogues dés l'origine aux doubles Égyptiens[34], comprennent, outre l'âme matérielle des morts, toutes les forces bonnes, mauvaises ou indifférentes de la nature : ils font le bien et le mal à leur gré, règlent l'ordre et la marche des corps célestes, partant des saisons, soufflent le vent et versent la pluie, germent le grain et lèvent la moisson, protègent ou tuent ce qui a vie. Les dieux (an, dingir, dimir) sont les doubles de haut rang qui animent les différentes maisons du monde ou qui produisent les phénomènes de la nature. A chacune des trois zones de l'univers commande un double, un dieu suprême : Zi-ana, l'esprit du ciel, Zi-kia, l'esprit de la terre, Enlil, le maître des démons au fond de l'abîme. Zi-ana, ou plus simplement Ana, était à la fois le corps et l'âme du ciel, le ciel matériel et l'intelligence qui régit la matière céleste. Zi-kia, qui à Endon s'appelait Éa, règne sur la surface terrestre et sur l'atmosphère, mais sa demeure favorite est le fleuve Océan ; il est appelé souvent le grand poisson de l'Océan, le poisson sublime, et il parcourt son empire sur un vaisseau symbolique, manœuvré par les dieux ses enfants, comme chez les Égyptiens la barque solaire par les fils de Râ. Sa compagne Damkina ou Davkina est la personnification de la terre : le dieu se répand sur elle, la féconde, et de leurs embrassements naissent les eaux matérielles qui font tout verdir. Enlil et sa forme féminine Ninlil siègent dans l'abîme infernal et y reçoivent les survivances humaines à l'instant de la mort. Transportées au delà du fleuve éternel, les âmes chaldéennes arrivent, de même que les égyptiennes, au pied de la grande montagne d'Occident, derrière laquelle le soleil se couche, et elles pénètrent dans le Kournoudê, le pays immuable, dans la contrée d'où l'on ne revient pas, la demeure où l'on entre sans en sortir, le chemin qu'on descend sans jamais rebrousser, la demeure où l'on entre toujours plus avant, la prison, le lieu où l'on n'a que la poussière pour la faim et la boue pour aliment, où l'on ne voit plus la lumière et où l'on erre dans les ténèbres, où les ombres, comme des oiseaux, remplissent la voûte. Il n'y a là ni récompense pour les justes, ni châtiment pour les impies : la rémunération du bien et du mal commence et finit sur la terre[35]. Pourtant, dans un des recoins de l'abîme une source de vie jaillit, que les génies infernaux dissimulent à la vue des mânes : seuls les dieux peuvent en autoriser l'accès et renvoyer dans les cités terrestres les âmes qu'ils ont abreuvées de ses eaux.

Au-dessous des grands dieux s'agitait un peuple innombrable de dieux moindres et d'esprits, toujours en lutte les uns contre les autres. Le dieu du soleil diurne, Outou, Babbar, fait évanouir les mensonges, dissipe les mauvaises influences et déjoue les complots méchants. - Soleil, dans le plus profond des cieux, tu brille ; tu ouvres les verrous qui ferment les cieux élevés, tu ouvres la porte du ciel. Soleil, vers la superficie de la terre tu tournes ta face ; soleil, tu tires au-dessus de la superficie de la terre, comme une couverture, l'immensité des cieux. Le feu, Bilgi ou Gishbar, supérieur au soleil même, est le pontife suprême à la surface de la terre, soit qu'il brûle dans la flamme du sacrifice, soit qu'il flambe au foyer domestique. Je suis la flamme d'or, la grande, la flamme qui surgit des roseaux secs, l'insigne élevé des dieux, la flamme de cuivre, la protectrice qui darde ses langues ardentes ; je suis le messager de Mardouk. Mardouk ou Asari, celui qui dispose le bien pour les hommes, est le fils d'Éa, l'intermédiaire entre son père divin et l'humanité souffrante. C'est par lui qu'Éa publie ses décrets et révèle son nom réel, le nom mystérieux qui met les démons en fuite. Devant sa grêle, qui se soustrait ? Sa volonté est un décret sublime que tu établis dans le ciel et sur la terre… Seigneur, tu es sublime : qui t'égale ?

Les démons et les mauvais esprits sont échappés de l'enfer. Ils s'insinuent partout et se dissimulent sous toutes les formes pour nuire aux bons esprits et aux hommes. Les uns ont rang de demi-dieux et sont connus sous les noms de mas, combattants, lamas, colosse ; les autres sont classés hiérarchiquement par clans de sept, les alal, destructeurs, les telal, guerriers, les maskim ou tendeurs d'embûches, qui se cachent au plus profond de l'abîme et dans les entrailles de la terre, ni mâles ni femelles, n'ayant pas d'épouses et ne produisant pas d'enfants. Certains d'entre eux s'attaquent à l'ordre général de la nature et ils s'efforcent de le bouleverser. D'autres se mêlent aux hommes pour le mal : de maison en maison ils pénètrent ; dans les portes, comme des serpents, ils se glissent. Ils empêchent l'épouse d'être fécondée par l'époux ; ils ravissent l'enfant sur les genoux de l'homme ; ils font fuir la femme libre de la demeure où elle a enfanté … ils font fuir le fils de la maison du père. Ils gîtaient de préférence dans les lieux déserts, et ils n'en sortaient que pour harceler les hommes et les animaux. Ils s’introduisaient dans les corps et ils y fomentaient les maladies graves. La peste et la fièvre, le fantôme, le spectre, le vampire, les incubes et les succubes étaient autant d'êtres distincts appartenant à cette engeance redoutable. Sans cesse en hutte à leurs assauts, l'homme était sur la terre comme un voyageur égaré dans une contrée inconnue, au milieu de tribus sauvages. Pour se défendre, il devait se ménager des alliés parmi les dieux et les esprits, se munir d'armes offensives ou défensives contre les démons, en un mot, avoir recours à la magie. Le culte des premiers habitants de la Chaldée est une véritable magie, où les hymnes à la divinité prenaient tous la tournure d'incantations : le prêtre y est moins un prêtre qu'un sorcier[36].

A côté de ce peuple étrange, une autre race florissait, de tempérament et de tendances opposés. La langue qu'elle parlait est apparentée à l'hébreu, à l'arabe et aux autres idiomes sémitiques. Ses origines sont obscures : tandis que la plupart des savants l'amènent du Nord et de l'Orient et se l'imaginent cantonnée d'abord en Arménie, au pied de l'Ararat, entre le cours supérieur du Tigre, de l'Euphrate et du Cyrus, d'autres en placent le siège primitif très loin vers le sud, dans la péninsule Arabique[37]. Les monuments les plus anciens nous la montrent établie déjà sur le Tigre, sur l'Euphrate et sur le golfe Persique. Une portion, la plus importante, séjournait dans l'intervalle compris entre les deux fleuves, côte à côte avec les premiers possesseurs, et elle devint plus tard l'élément prépondérant des populations mésopotamiennes. D'autres tribus, répandues aux confins du désert Arabique et dans les marais qui avoisinent l'embouchure du Tigre, de l'Euphrate et de l'Ulæus, étaient connues sous le nom générique d'Araméens[38]. Une troisième branche s'implanta sur la côte occidentale du golfe Persique et dans les îles prochaines, Sour et Arad[39], Dilmoun ou Tilvoun, qui sont à quelque distance des bouches du Tigre[40] ; une tradition antique, recueillie par Bérose[41], mettait là les débuts de la civilisation chaldéenne. La religion des nouveaux venus différait sensiblement de celle des anciens maîtres. Ceux-ci adoraient le dieu Lune comme être suprême et ils y admettaient, à proprement parler, qu'une seule déesse, lshtar, la reine de l'amour et de la guerre, la maîtresse de la Lune et de la planète Vénus : il y avait autant d'lshtar que de centres religieux. Les Sémites exaltaient le Soleil au-dessus des autres dieux, et ils réunissaient en une personne les deux principes nécessaires de toute génération, le principe mâle et le principe femelle. Anou, le roi du ciel, se dédoublait en Anat ; Bîlou, Bel, le seigneur, en Belît ou Bèltis, Mardouk en Zarpanit. La fusion entre les idées religieuses des Sémites et celles de leurs prédécesseurs s'opéra lentement et dans des circonstances encore inconnues. Les Sémites adoptèrent en bloc le vieux Panthéon. Quelques-unes des divinités principales furent identifiées l'une avec l'autre : Outou, le soleil diurne, se fondit en Shamash, Enlil en Bîlou, Asari en Mardouk. La plupart ou gardèrent leur nom antique ou ils le modifièrent à peine. Quant aux dieux inférieurs, ils furent relégués parmi les trois cents esprits du ciel et les six cents esprits de la terre, sans presque rien perdre de leur signification première. La religion ainsi modifiée ne fut plus qu'un mélange souvent incohérent de notions contradictoires, empruntées, d'une part, au rituel des esprits et aux conceptions magiques des tribus non sémitiques, de l'autre, aux cultes solaires et aux théories astronomiques des Sémites[42].

Au début, les dieux n'étaient pas encore groupés et distribués selon une hiérarchie régulière. Ils coexistaient sans se commander, et chacun d'eux était fêté de préférence aux autres dans une ville ou par un peuple, Anou dans Ourouk, Bel à Nipour ; Sin à Ourou, Mardouk à Babylone. L'ordre et la préséance des cultes divins s'altéraient au hasard de la politique, et celle des villes qui était la plus forte imposait son dieu aux autres dieux : Sin, le dieu Lune, eut le pas au temps de la suprématie d'Ourou, Shamash, le dieu Soleil, au temps de la suprématie de Larsam. De même qu'en Égypte, l'unification du pouvoir politique paraît avoir amené celle des concepts religieux : les dieux tendirent à ne plus être que les forces et les aspects variés du dieu adoré dans la cité souveraine. Certaines écoles, celles d'Éridou entre autres, proclamèrent l'unité absolue de la divinité et adressèrent leurs prières au dieu unique. Leurs doctrines ne prévalurent pas et disparurent assez tôt[43]. Près de quatre mille ans avant notre ère, sous Shargina 1er, roi d'Agadé, et sous son fils Naramsin, les prêtres avaient déjà un système savant, où les dieux, au lieu d'être tous en ligne sur le même rang, étaient subordonnés les uns aux autres. Aux cultes indépendants avait succédé une sorte de religion officielle, qui régna sans rivale sur la Chaldée, au moins à partir de Hammourabi[44].

Au sommet de la hiérarchie trône la triade suprême : Anou, Bîlou (Bel), Èa. Sur les monuments, Anou, le ciel, l'antique, le père des dieux, le seigneur du monde inférieur, le maître des ténèbres et des trésors cachés, a la figure d'un homme à queue d'aigle, coiffé d'une tête de poisson monstrueuse, dont le corps lui retombe sur l'épaule et sur les reins. Bel, le démiurge, le seigneur du monde, le maître de toutes  les contrées, le souverain des esprits, est un roi assis sur un trône. Il a deux formes secondaires : Bel-Mardouk, le deuxième démiurge, à Babylone, et Bel-Dagan au corps de poisson surmonté d'un buste humain. Èa, le guide intelligent, le seigneur du monde visible, le maître des sciences, de la gloire, de la vie, l'Esprit porte sur les eaux, est un génie muni de quatre ailes éployées comme les chérubins. Chacun de ces dieux projette hors de lui une divinité femelle, qui est son doublet passif et comme son reflet, Anat (Anaïtis), Bélit (Bèltis, Mylitta) et Davkina (Daukê). Anat, Bélit et Davkina, moins vivaces que leurs associés mâles, se perdent aisément les unes dans les autres, et elles se réunissent le plus souvent en une seule déesse, qui prend le nom de Bélit et qui représente le principe féminin de la nature, la matière humide et féconde[45].

Cette première trinité ne renferme que des êtres d'un caractère vague et indéterminé ; la seconde contient des personnages nettement définis, émanations et symboles des précédents. Elle se compose du dieu-lune Sin, du dieu-soleil Shamash, et de l'atmosphère Adad. Les Chaldéens, astronomes avant tout, accordaient le pas au dieu-lune sur le dieu-soleil ; Sin, l'illuminateur (Nannarou), était pour eux le chef, le puissant, l'étincelant, et aussi le seigneur des trente jours du mois. Shamash est le grand moteur, le régent, l'arbitre du ciel et de la terre. Adad (Mermerou)[46], le ministre du ciel et de la terre, le distributeur de l'abondance, le seigneur des canaux, a des fonctions à la fois bienfaisantes et terribles : chef de la tempête, du tourbillon, de l'inondation, de l’éclair, il brandit, comme une épée flamboyante, la foudre au quadruple dard. Après cette seconde triade, viennent cinq dieux que l'on accordait comme protecteurs aux planètes : Ninip (Saturne), Mardouk (Jupiter), Nergal (Mars), Ishtar (Vénus) et Nabou (Mercure). Ninip fut considérée plus tard comme une des incarnations du Soleil, le soleil destructeur de midi : c'est lui que les bas-reliefs du Louvre figurent sous les traits d'un géant qui étouffe un lion entre ses bras. Aussi lui prodigue-t-on les titres les plus énergiques  il est le terrible, le seigneur des braves, le maître de la force, le destructeur des ennemis, celui qui châtie les désobéissants et extermine les rebelles, le maître du fer. Mardouk fut élevé au rang de dieu principal par les Babyloniens et il s'allia avec Bel. Nergal s'intitule le grand héros, le roi des mêlées, le maître des batailles, le champion des dieux ; il a le corps d'un lion avec la tête ou le buste d'un homme. Ishtar, de même qu'Anat et Bèltis, personnifie la nature. Dans un de ses rôles, elle est guerrière, reine de Victoire et juge des exploits de la guerre ; comme telle, on la voit debout sur un lion ou sur un taureau, coiffée de la tiare étoilée, armée de l'arc et du carquois. Elle est aussi la déesse de la volupté et de la génération, et elle reçoit le surnom de Zirbanit, productrice des êtres, ou Zarpanit : alors elle s'étale de face, nue et les deux mains pressées contre la poitrine. Nabou, enfin, est le capitaine de l'univers, l'ordonnateur des oeuvres de la nature, qui fait succéder au lever du soleil son coucher ; on le proposait comme le type de ce qu'il y avait d'excellent sur la terre, et comme le modèle auquel les rois devaient s'efforcer de ressembler[47].

Les dieux des cinq planètes, unis à ceux des deux trinités et au dieu souverain, composaient le grand conseil des douze dieux, les chefs redoutables qui présidaient aux douze mois de l'année et aux douze signes du zodiaque[48]. Leur culte était général par tout le pays, et il faisait le fond de la religion officielle ; mais la piété populaire vénérait à côté d'eux nombre de divinités inférieures. Quelques-unes d'entre elles n'étaient en réalité que de simples doublets des noms divins, auxquels la tradition locale prêtait une existence distincte : ainsi Bélit-Balati, la dame de vie, est une épithète animée de Bélit. D'autres étaient de véritables personnes indépendantes, et elles exerçaient des fonctions d'importance, dirigeant des constellations comme Ashmoun et Koummout, ou s'intéressant aux récoltes ; Baou était le Chaos, Martou, fils d'Anou, l'Occident, et Shoutou le Sud. Plusieurs avaient été empruntées à des peuples voisins, aux Cosséens ou aux Susiens par exemple. Les trente-six décans étaient autant de dieux, qu'on nommait les dieux secondaires. De ces dieux secondaires, la moitié habite au-dessus, l'autre moitié au-dessous de la terre pour la surveiller : tous les dix jours, l'un d'eux est envoyé en qualité de messager de la région supérieure à l'inférieure, et un autre passe de celle-ci dans celle-là par un invariable échange[49]. Cette organisation savante et méthodique ne suffisait pas à la foi superstitieuse des populations chaldéennes. Les pratiques du vieux culte des esprits, éliminées peu à peu par celles des cultes nouveaux, subsistèrent dans la magie et formèrent, à côté de la religion officielle, une sorte de religion populaire non moins solidement organisée que l'autre. Le sacerdoce magique comprenait trois classes : les conjurateurs, les médecins, les théosophes. Il essayait de détourner le mal et de procurer le bien, soit par des purifications, soit par des sacrifices ou des enchantements[50]. Les rites et les incantations qu'il employait nous ont été conservés en partie dans plusieurs ouvrages dont les débris sont au Musée Britannique.

L'un d'eux se divisait en trois livres. Dans le livre des Mauvais Esprits on lit les prières dirigées contre les démons ; le second livre est rempli d'exorcismes contre les maladies ; le troisième contient des hymnes mystérieux, destinés à évoquer les dieux. La plus efficace des formules préservatrices empruntait sa puissance au grand nom suprême de la divinité, qu'Èa seul connaît et dont il communique la science à Mardouk. L'incantation avait pour compléments nécessaires les talismans de diverses espèces, bandes d'étoffe attachées aux meubles et aux vêtements, fétiches de bois, de pierre ou de terre cuite, statuettes de monstres et de génies. Le porteur ou le possesseur d'amulettes était inviolable même aux dieux ; car le talisman était une borne qu'on n'enlève pas, une borne que les cieux ne franchissent pas, borne du ciel et de la terre qu'on ne déplace pas, qu'aucun dieu n'a déracinée; une barrière qu'on n'enlève pas disposée contre le maléfice ; une barrière qui ne s'en va pas et qu'on oppose au maléfice. On peut voir au Louvre une statuette en bronze qui représente un démon au corps de chien, aux pieds d'aigle, aux bras armés de griffes de lion, à la queue de scorpion, à la tète de squelette et aux cornes de chèvre : quatre grandes ailes déployées ombragent son dos. C'est un talisman. Une inscription tracée le long des reins nous apprend que ce joli personnage est le démon des vents du Sud-Ouest, et qu'il suffisait d'en afficher l'image à la porte ou à la fenêtre d'une maison pour éloigner les mauvais génies.

A côté du magicien d'action bienfaisante, il y avait  l'enchanteur  qui évoque les démons dans une intention criminelle, le charmeur, la charmeuse, le jeteur de sorts, le faiseur de philtres. Le sorcier chaldéen, comme son confrère moderne, vendait des poisons, envoûtait, déchaînait par ses imprécations les esprits de l'abîme. L'imprécation agit sur l'homme comme un démon mauvais … l'imprécation de malice est l'origine de la maladie. Tout malade était réputé ensorcelé et ne pouvait être guéri que par l'effet d'une conjuration contraire à la conjuration qui l'avait frappé. Aussi n'y avait-il pas à proprement parler de médecins à Babylone[51] : il y avait des prêtres sorciers qui vendaient des philtres et des brevets contre les maladies. Sans doute l'expérience des siècles leur avait révélé les vertus d'un certain nombre de plantes et de substances médicinales  leurs breuvages et leurs poudres magiques étaient souvent de véritables remèdes vraiment efficaces contre les maladies. Mais poudres et breuvages n’allaient jamais sans l'incantation : si le malade guérissait, l'incantation et non le remède avait l'honneur de la cure[52].

La création, le déluge ; histoire fabuleuse de la Chaldée. Les premiers rois historiques.

En se fondant, les races qui peuplaient la Chaldée perdirent la mémoire de leurs migrations : elles transplantèrent le lieu de leur naissance au pays même qu'elles croyaient avoir occupé de toute éternité. Au temps où ce qui est en haut ne s'appelait pas encore ciel, au temps où ce qui est en bas ne s'appelait pas encore terre, Apsou, l'abîme sans limites, et Moummou Tiâmat, le chaos de la mer, s'unirent[53] et procréèrent Lakhmou et Lakhamou, des êtres fantastiques, semblables à ceux dont nous apercevons la silhouette sur les monuments, à des guerriers au corps d'oiseau du désert, des hommes avec des faces de corbeau, des taureaux à tête humaine, des chiens à quatre corps et à queue de poisson[54]. Le ciel et la terre naquirent ensuite, Anshar et Kishar, puis longtemps après, les maîtres du ciel, de la terre et de l'eau, Anou, Bel, Èa, qui à leur tour engendrèrent les dieux moindres du sol, du firmament et des astres. Cependant Tiâmat, voyant son domaine se restreindre de plus en plus sous l'effort des divinités plus jeunes, suscita contre elles les bataillons de ses monstres : elle leur fabriqua des armes terribles, les plaça sous les ordres de son mari Kingou, et les lança à l'assaut du ciel. Les immortels eurent d'abord le dessous : Anou, puis Èa, envoyés à la rescousse par Anshar, pâlirent à l'aspect des ennemis et n'osèrent pas les attaquer. Mardouk, choisi enfin par ses pairs pour être leur champion, provoqua Tiâmat en combat singulier ; il l'assaillit avec l'orage et la tempête, il l'emmailla dans un filet, puis il la perça de sa lance et il la démembra. Il la fendît en deux comme un poisson qu'on sèche, et il suspendit l'une des moitiés bien haut, si bien qu'elle forma le ciel, tandis qu'il déploya l'autre moitié sous ses pieds pour en créer la terre. Il assigna alors leurs places définitives aux astres, traça les routes du soleil, de la lune et des planètes, institua l'année, les mois et les jours ; après quoi il ordonna à son père Èa de lui trancher la tête, pour que l'homme naquît vivant de son sang mêlé au limon.

Les hommes étaient au début assez misérables : ils vivaient sans règle à la manière des animaux. Mais, dans la première année, apparut, sortant de la mer Rouge, à l'endroit où elle confine à la Babylonie, un animal doué de raison, nommé Oannés[55]. Il avait tout le corps d'un poisson, mais, par-dessus sa tête de poisson, une autre tête qui était celle d'un homme, ainsi que des pieds d'homme qui sortaient de sa queue de poisson : il avait la voix humaine, et son image se conserve encore aujourd'hui. Cet animal passait la journée au milieu des hommes, sans prendre aucune nourriture ; il leur enseignait la pratique des lettres, des sciences et des arts de toute sorte, les règles de la fondation des villes et de la construction des temples, les principes des lois et la géométrie, leur montrait les semailles et les moissons ; en un mot, il donnait aux hommes tout ce qui contribue à l'adoucissement de la vie. Depuis ce temps, rien d'excellent n'a été inventé. Au coucher du soleil, ce monstrueux Oannés se plongeait de nouveau dans la mer et passait la nuit sous les flots : car il était amphibie. Il écrivit sur l'origine des choses et de la civilisation un livre qu'il remit aux hommes[56]. Un long intervalle s'écoula entre cette manifestation du dieu mystérieux et la constitution d'une dynastie mythique. Le premier roi fut Alôros, de Babylone, Chaldéen, duquel on ne conte rien, si ce n'est qu'il fut choisi de la divinité même pour être pasteur du peuple. Il régna dix sares, ce qui fait trente-six mille ans, car le sare est de trois mille six cents ans, le nére de six cents ans, le sôsse de soixante ans. Alôros étant mort, son fils Alaparos commanda trois sares durant ; après quoi, Amillaros[57], de la ville de Pantibiblia[58], régna treize sares. C'est sous lui que sortit de la mer Érythrée le second Annêdôtos, très rapproché d'Oannés par sa forme semi-divine, moitié homme, moitié poisson. Après lui, Amménon, aussi de Pantibiblia, Chaldéen, commanda l'espace de douze sares : sous lui parut, dit-on, l'Oannés mystique. Ensuite Amélagaros, de Pantibiblia, commanda dix-huit sares. Ensuite Davos, pasteur, de Pantibiblia, régna dix sares : sous lui sortît encore de la mer Érythrée le quatrième Annêdôtos, qui avait la même figure que les autres, mélangée d'homme et de poisson. Après lui régna Évèdoranchos, de Pantibiblia, pendant dix-huit sares ; de son temps sortit encore de la mer un autre monstre, nommé Anôdaphos. Ces divers monstres développèrent point par point ce qu'Oannés avait exposé sommairement. Puis régnèrent Amempsinos de Larancha[59], Chaldéen, pendant dix sares, et Obartès[60], aussi de Larancha, Chaldéen, pendant huit sares. Enfin, Obartès étant mort, son fils Xisouthros[61] tint le sceptre pendant dix-huit sares. C'est sous lui qu'arriva le grand déluge, de sorte que l'on compte en tout dix rois, et que la durée de leur pouvoir monte ensemble à cent vingt sares[62].

Les écrivains classiques se sont moqués du chiffre fabuleux d'années que les Chaldéens assignaient à leurs premiers rois[63]. Il semble en effet que du commencement du monde au déluge on admettait un intervalle de six cent quatre-vingt-onze mille deux cents ans, dont deux cent cinquante-neuf mille deux cents s'étaient terminés à l'avènement d'Alôros, et quatre cent trente-deux mille étaient répartis généreusement entre lui et ses successeurs immédiats[64]. Aussi quelques historiens modernes se sont-ils accordés à revêtir ces dix rois d'un caractère astronomique et à reconnaître en eux la personnification de dix des signes du zodiaque[65]. La durée de quatre cent trente-deux mille ans attribuée à l'ensemble de leurs règnes, soit quarante-trois mille deux cents ans pour chacun d'eux, a été calculée évidemment de manière à entrer dans une période astronomique de douze fois quarante-trois mille deux cents ans dont l'existence paraît prouvée, bien que l'origine et la raison en soient inconnues. Les temps qui précédent le déluge étaient comme une période d'essai pendant laquelle l'humanité encore barbare eut besoin des secours d'en haut pour surmonter les difficultés qui l'assaillaient. Ils sont remplis par six manifestations civilisatrices de la divinité, qui sans doute répondaient au nombre de livres sacrés dans lesquels les prêtres voyaient l'expression la plus complète de la loi révélée[66].

Cependant les hommes étaient devenus méchants, et Bel, dans sa rancune de leur ingratitude, résolut de les détruire. Il en manda avis à Xisouthros : Homme de Shourippak, fils d'Oubaratoutou, bâtis un vaisseau, abandonne tes biens, sauve ta vie, jette tes biens loin de toi, sauve ta vie, et place dans ce vaisseau la semence de vie de tous les êtres pour les conserver. Il lui commanda d'enfouir les livres, ceux qui contenaient le commencement, le milieu et la fin, dans la ville de Sippara, et de partir sitôt achevés ses préparatifs. Comme Xisouthros lui demandait : Où aller ? il répondit : Vers les dieux, et ajouta qu'il fallait prier pour qu’il arrivât du bien aux hommes. Xisouthros obéit et se construisit un navire enduit de bitume. Tout ce que je possédais j'en emplis ce navire ; tout ce que je possédais d'argent, je l'en emplis ; tout ce que je possédais d'or, je l'en emplis ; tout ce que je possédais de la semence de vie de toute espèce, je l'en emplis. Je fis entrer dans le vaisseau ma famille et mes serviteurs mâles et femelles ; les animaux domestiques des champs, les animaux sauvages des champs je les fis entrer. Cependant Shamash lui avait donné un signe : lorsqu'au soir, le dieu de la pluie fera tomber une pluie abondante, entre dans le vaisseau et ferme ta porte. Le signe se produisit : un soir, le dieu de la pluie fit tomber une pluie abondante. Aussitôt je craignis la venue du jour, je craignis la lumière du jour, j'entrai dans mon navire et je fermai ma porte ; puis, pour guider le vaisseau, je le confiai, avec tous les êtres qu'il renfermait, au pilote Bousour-bel.

Sitôt que le matin parut, un noir nuage s'éleva des fondements du ciel. Adad tonnait au milieu du nuage, Nébo et Mardouk s'avançaient en tête, comme deux porteurs de trône, sur les montagnes et sur les plaines ; Nergal déchaîna les tourbillons ; Ninip bondit et commença l'attaque ; les Génies levèrent leurs torches et balayèrent la terre de leurs éclairs ; la tempête d'Adad escalada le ciel, changea la clarté du jour en ténèbres et inonda la terre ainsi qu'un lac… Le frère ne vit plus son frère, les hommes ne se reconnurent plus ; les dieux mêmes craignirent le déluge au ciel, et, cherchant un refuge, ils montèrent jusqu'au firmament d'Anou ; comme des chiens, ils hurlèrent sur le rebord, et Ishtar cria ainsi qu'une femme en travail, et les dieux ainsi que les esprits pleurèrent avec elle… Six jours et six nuits, le vent, la tempête et l'ouragan régnèrent en maître. A l'aube du septième jour, la pluie s'interrompit et la tempête, qui avait mené bataille comme une armée puissante, s'apaisa. La mer baissa, le vent et la tempête prirent fin. Je parcourus des yeux la mer en pleurant, car l'humanité entière était retournée au limon, et l'on ne distinguait plus ni champs, ni bois. J'ouvris la fenêtre, et, quand la lumière frappa mon visage, je m'affaissai, je m'accroupis, je pleurai, et les larmes ruisselèrent sur ma face.

L'arche qui abritait ainsi les destinées de la race humaine s'était échouée au pays de Nizir, sur le sommet des monts Gordyæens. Après six jours d'attente, je mis dehors une colombe, et la lâchai. La colombe partit, voltigea çà et là, et, ne trouvant point de place où se reposer, elle revint. Je mis dehors une hirondelle, et la lâchai. L'hirondelle partit, voltigea çà et là, et, ne trouvant point de place où se reposer, elle revînt. Je mis dehors un corbeau, et le lâchai. Le corbeau partît, et il vit que les eaux baissaient, il revint au vaisseau, battant des ailes et croassant, puis il s'éloigna et ne revint plus. Alors je lâchai dehors les animaux aux quatre vents. Je versai une libation, je bâtis un autel sur le pic de la montagne. L'odeur du sacrifice monta jusqu'aux dieux ils accoururent : comme des mouches et ils se réjouirent, Bel excepté qui, furieux de voir que tous les hommes n'avaient pas péri, voulait massacrer les survivants. Les prières de Xisouthros calmèrent enfin sa colère : il consentit à laisser vivre ce que l'arche avait sauvé de l'humanité et à ne jamais renouveler le déluge. Quand sa résolution fut prise, Bel entra au milieu du vaisseau, il saisit ma main et me conduisit dehors ; il conduisit ma femme dehors et il la mit à côté de moi. La légende ajoutait que Bel avait alors rendu cet oracle : Jusqu'ici Xisouthros a été un homme, désormais sa femme et lui seront honorés à l'égal de nous dieux, et il nous enleva et il nous mena dans les régions lointaines à l'embouchure des fleuves. Lorsque Xisouthros fut disparu, ceux qui étaient restés à bord, ne le voyant pas rentrer, débarquèrent et se mirent en quête de lui, l'appelant par son nom. Il ne se montra pas lui-même, mais une voix vint du ciel qui leur ordonna d'être pieux envers les dieux : car lui, en récompense de sa piété, il allait habiter avec les dieux, et sa femme, sa fille et le pilote partageaient le même honneur. Il leur dit de retourner à Babylone ; qu'il leur était réservé à eux, partis de Sippara, de déterrer les livres et de les remettre aux hommes ; enfin, que la terre où ils se trouvaient était la terre d'Arménie. Après avoir entendu ces paroles, ils sacrifièrent aux dieux et s'en allèrent à pied à Babylone. Une partie de cette arche qui s'était arrêtée en Arménie subsiste encore dans les monts Gordyæens d'Arménie quelques pèlerins raclent l'asphalte qui la recouvre et s'en servent comme d'amulette pour détourner les maléfices[67]. Arrivés à Babylone, les compagnons de Xisouthros déterrèrent les livres de Sippara, écrivirent beaucoup de livres, construisirent des temples et fondèrent de nouveau Babylone[68].

La race qu'ils engendrèrent fut une race monstrueuse. La légende chaldéenne connaissait le nom des géants rebelles Étana ou Titan, Ner et d'autres également redoutables[69]. On raconte que les premiers hommes, enflés de leur force et de leur grandeur, méprisèrent les dieux et se crurent supérieurs à eux : ils élevèrent donc une tour très haute, à l'endroit où est maintenant Babylone. Déjà elle approchait du ciel, quand les vents, accourus au secours des dieux, renversèrent la construction sur les ouvriers : les ruines en sont appelées Babel. Jusqu'alors les hommes n'avaient eu qu'une seule langue : mais les dieux les forcèrent à parler désormais des idiomes différents[70]. La même histoire s'est introduite, à peu prés sous la même forme, dans les livres sacrés des Hébreux[71]. Une des versions mettait la Tour des Langues dans le voisinage d'Ourou, l'une des plus anciennes, sinon la plus ancienne parmi les métropoles de la Chaldée méridionale[72] : mais la tradition le plus généralement accréditée la place non loin de Babylone ou dans Babylone même. Non que l'étymologie biblique Babel, de belel, confondre, soit conforme à l'orthographe réelle du mot : Babel, Bab-ilou, signifie simplement la porte du dieu Ilou. Quant à la tour elle-même, les Chaldéens l'identifiaient avec la ziggourat de Borsippa, qui, au témoignage du roi Nabuchodonosor, était inachevée de temps immémorial[73]. Elle se composait de sept terrasses superposées, consacrées chacune à un dieu diffèrent et peintes de la couleur propre à son dieu. Chaque terrasse formait un carré parfait et était en retraite sur la terrasse inférieure, si bien que l'édifice affectait l'aspect d'une vaste pyramide à gradins, très large à la base, très étroite au sommet. Le tout reposait sur un soubassement rectangulaire qui portait à huit le nombre des étages superposés. Les faces de l'édifice, et non les angles, étaient orientées d'après les quatre points cardinaux, contrairement à l'usage babylonien[74].

Aussitôt après le déluge et la confusion des langues, la première dynastie humaine commença à régner. Au dire de Bérose, elle était chaldéenne et comptait quatre-vingt-six rois, qui avaient exercé le pouvoir pendant trente-quatre mille quatre-vingts ans : les deux premiers d'entre eux, Évêkhous et Khomasbêlos, étaient restés sur le trône deux mille quatre cents et deux mille sept cents ans. D'après le Syncelle, elle ne se composait que de six monarques : Évêkhous, Khomasbêlos, Pôros, Nékhoubas, Nabios, Oniballos et Zinziros, et n'avait régné que deux cent vingt-cinq ans[75]. Il ne faut chercher à ces noms aucune valeur historique, ni essayer de ramener à la vraisemblance les chiffres qui les accompagnent. Les Chaldéens avaient rempli les époques primitives de leur histoire de fables épiques, dont la légende et les inscriptions nous ont gardé quelques débris. Au nord, selon les Hébreux, sévit Nimrod, qui commença d'être puissant sur la terre. Il fut un puissant chasseur devant l'Éternel ; c'est pourquoi l'on dit jusqu'à ce jour : Comme Nimrod, le puissant chasseur devant l'Éternel. Et le commencement de son règne fut Babel, Érekh, Accad et Calnèh, au pays de Sennaar[76]. Josèphe lui attribuait la construction de la Tour des Langues[77]. Les interprètes chrétiens l'identifiaient avec Bêlos[78]. La légende musulmane prétend qu'il jeta Abraham le Juif dans une fournaise ardente, et qu'il tenta de monter au ciel sur un aigle[79]. Aujourd'hui encore, au pays de sa gloire, l'imagination populaire attache son nom à toutes les ruines importantes de la haute et de la basse Chaldée[80]. Cependant les monuments sont jusqu'à présent muets sur son compte ses successeurs sont inconnus ; la Bible ne dit pas combien de temps lui survécut son empire, ni même si son empire lui survécut.

Presque tous les traits que la tradition hébraïque attribue à Nemrod, la chaldéenne les reportait sur Gilgamès, roi d'Ourouk, dont un poème composé au plus tard au xxiiie siècle avant notre ère nous a conté les exploits. La protection de Shamash lui avait prêté pour confident et pour ami un être monstrueux, une sorte de satyre du nom d'Éabani. Le premier de leurs exploits délivra Ourouk de la tyrannie qu'exerçait sur elle le roi d'Élam, Khoumbaba, mais leur triomphe même suscita contre eux des dangers mortels : la déesse Ishtar, émerveillée de leur bravoure et de la beauté du héros, tomba amoureuse de lui. Elle lui parla donc ainsi : Viens, Gilgamès, et sois mon mari ; ton amour donne-le moi en guerdon, et tu seras mon mari et je serai ta femme… Alors te seront soumis rois, seigneurs et princes ; ils t'apporteront les tributs des montagnes et des plaines. L'amour de la déesse  était  meurtrier pour qui s'y livrait, et ses amants en avaient fait la triste épreuve : Gilgamès refuse avec des paroles insultantes l'honneur périlleux qu'elle lui propose. Offensée dans son orgueil, elle dépêche contre lui un urus gigantesque qui dévasta le territoire d'Ourouk, mais Éabani vainquit sa force, car Éabani perça son corps : il saisît le taureau céleste par la tête et il lui enfonça son arme dans la nuque. Ishtar en conçut une rage nouvelle, et pour se venger elle couvrit de lèpre de la tête aux pieds celui qui la dédaignait. Il n'y avait qu'un moyen de guérison, aller au pays où jaillit la fontaine de Jouvence et où pousse l'arbre de vie : Gilgamès et son ami tentèrent l'aventure, mais Éabani périt en route sous la griffe d'un tigre, et Gilgamès résolut d'aller demander à son ancêtre Xisouthros les moyens de le rappeler à la vie. Un songe lui révèle la route périlleuse qu'il doit suivre. Après avoir parcouru le pays de Mâshou, dont l'entrée est gardée par les hommes-scorpions qui président au Lever comme au Coucher du Soleil, il atteint le bord de l'Océan, construit un vaisseau et s'embarque avec le pilote Aradéa. Une traversée d'un mois et demi les conduit près d'une île située au milieu des marais, où demeure le vieux roi divinisé : ils l'aperçoivent à distance, endormi auprès de sa femme, mais ils ne peuvent franchir le bras de mer qui les sépare du paradis. Xisouthros s'éveille à leur voix, leur raconte comment sa piété l'a sauvé du déluge[81], et enseigne à Gilgamès les cérémonies expiatoires qui lui assureront une place perpétuelle parmi les dieux. Tels étaient les récits merveilleux dont les poètes chaldéens avaient embelli les débuts de leur histoire nationale[82].

Les peuples de la Chaldée se divisaient de toute antiquité en deux groupes principaux de principautés indépendantes Shoumir au sud, Accad au nord. Parmi les cités du sud, Ourou est celle dont l'histoire nous est le moins obscure. Située sur la rive droite de l'Euphrate, non loin de l'ancienne embouchure, elle était l'entrepôt principal du commerce maritime de ces premiers temps : ses vaisseaux naviguaient au loin, sur le golfe Persique et jusque dans la mer des Indes[83]. Elle s'étalait au milieu d'une plaine basse, coupée çà et là de collines sablonneuses. Au centre se dressait un temple à trois étages, construit en briques revêtues de bitume et consacré au dieu local, Sin ; tout autour des murs règne une ceinture de tombeaux, que les voyageurs ont largement exploités au profit de la science[84]. Au sud, et plus rapprochées encore de la mer, florissaient Éridou, la ville du dieu Èa[85], et Bab-sahmêti, le port méridional de la Chaldée[86] ; au nord, on rencontrait Ourouk[87], Larsam, Gishkhou[88] et Lagash ou Zirpourla[89]. Ces villes formaient l'une des deux divisions principales du pays, celle qu'on désignait au protocole des rois sous le nom de Shoumir[90]. Un peu plus loin dans la plaine, à l'endroit où le Tigre et l'Euphrate ne sont plus séparés que par un isthme de largeur médiocre, un autre groupe de cités avait constitué dés l'origine le domaine d'Accad. C'était Nippour, sur la droite du Shatt-en-Nil[91], presque à mi-chemin entre Babylone et Ourouk ; Barsip, la seconde Babylone[92], et surtout Babylone. Babylone consistait de deux parties, situées chacune sur une rive de l'Euphrate, Kadimirra, la porte de Dieu, et Dintirra, le site de l'arbre de vie[93]. Kouti à l'est[94], puis la ville double de Sippar et enfin la mystérieuse Agadê[95], complétaient cet ensemble, qui reçut plus tard le nom de Kardouniash[96]. Plus loin encore, Harran entre le Balikh et l'Euphrate, et Assur sur le Tigre, servaient comme d'avant-garde aux populations babyloniennes contre les peuples descendus de l'Ararat et du Taurus. Chacune de ces cités paraît avoir eu ses rois particuliers et ses dynasties locales, qui, tantôt étaient vassales des rois voisins, tantôt les rangeaient sous leur domination.

En face d'elles, sur la rive orientale du Tigre, un État puissant s'élevait contre lequel elles eurent à se défendre de toute antiquité. L'Élam[97] commence aux bords du fleuve par une riche terre d'alluvions, aussi fertile que la Chaldée elle-même. Le froment et l'orge y rendaient cent et parfois deux cents pour un[98] ; le palmier et le dattier y croissaient abondamment, surtout dans le voisinage des villes ; d'autres espèces d'arbres, l'acacia, le peuplier, le saule, étaient répandues à la surface du pays[99]. Bientôt cependant le sol s'élève gradin à gradin vers le plateau de Médie ; le climat se refroidit de plus en plus, le sol devient moins productif. Des montagnes coulent nombre de rivières, dont les plus grosses, l'Ouknou (Khoaspès), le Pasitigris, l'Oulaï (Eulæos), sont aussi larges que le Tigre et l'Euphrate dans leur partie inférieure. Ce territoire était habité pour la meilleure part par des peuples de race sémitique, apparentés aux Sémites de la Chaldée, partie aussi par des tribus de race et de langue encore mal définies. Au confluent de deux des bras du Khoaspès, sur la lisière de là région basse, à huit ou dix lieues des montagnes, les rois d'Élam avaient bâti Suse[100], leur capitale. La forteresse et le palais s’étageaient sur les penchants d'un monticule qui dominait au loin la plaine : à ses pieds, et dans la direction de l'Orient, s'étendait la ville, construite de briques séchées au soleil[101]. Plus haut sur le fleuve, on rencontrait Madaktou, la Badaca des auteurs classiques ; puis, c'étaient de grandes cités murées, Naditou, Khamanou, qui s'arrogent, pour la plupart, le titre de villes royales[102]. La Susiane était en effet une sorte d’empire féodal, divisé en petits États, les Habardip[103], les Houssi[104], les Nimê, indépendants l'un de l'autre, mais souvent réunis sous l'autorité d'un même prince, qui résidait de préférence à Suse. Elle était le siège d'une civilisation florissante, antérieure peut-être à celle de la Chaldée. Le peu que nous savons de sa religion par les documents d'époque postérieure nous transporte dans un monde nouveau, plein de noms et de figures étranges. Au sommet de la hiérarchie divine trônaient, ce semble, un dieu et une déesse suprêmes, nommés à Suse Shoushinak et Nakhounté : la statue de Nakhounté, inaccessible aux profanes, se dissimulait au fond d'un bois sacré, dont Assourbanabal la tira au viie siècle avant notre ère. Viennent ensuite six dieux de premier ordre, rangés en deux triades et dont le plus connu, Houm, Oumman, est peut-être le Memnon des Grecs[105]. Pour le reste, la civilisation susienne paraît avoir présenté des analogies frappantes avec la civilisation chaldéenne ; Élamites et Chaldéens avaient à peu prés les mêmes moeurs, les mêmes usages militaires, les mêmes aptitudes industrielles et commerciales. Leurs rapports se perdent dans la nuit des temps. Nous avons vu plus haut qu'un des premiers exploits de Gilgamès fut de délivrer Ourouk de la domination élamite. La vie entière des deux peuples ne fut qu'une série d'entreprises pour s'asservir et pour secouer le joug l'un de l'autre : tantôt la Chaldée l'emportait sur l'Élam et tantôt l'Élam sur la Chaldée, sans que nul d'entre eux réussît à maintenir son autorité de façon durable.

L'histoire positive des pays du Bas Euphrate commence par nous montrer les petits royaumes sumériens en lutte l'un contre l'autre, chacun d'eux essayant, à un moment donné, d'établir sa suprématie sur la contrée entière, mais sans y réussir. Trois surtout semblent avoir joué un rôle important dans ces luttes, ceux de Kish, de Lagash et de Ghishkhou. Vers 2900, ces deux derniers, las de se battre sans cesse pour des questions de frontières, soumirent leur querelle au roi de Kish, Mésilim, et lui, après avoir consulté les dieux, il marqua par des stèles[106] et par un canal profond la limite de leurs domaines. Quelques générations plus tard, entre 2750 et 2700, Oush, vicaire de Ghishkhou, reprit soudain l'offensive et se rendit maître d'un canton de Gouêdin, qui était situé probablement sur la rive orientale du Shatt-el-Ha : il fut défait bientôt, et son successeur Enakalli contraint de restituer à Énannadou de Lagash le territoire contesté. Énannadou paraît ne pas s'en être tenu là. Il exerça son hégémonie sur tout le pays de Shoumir et sur une portion de l'Élam ; lui mort, Ourloumma, fils d'Enakalli, attaqua son frère Énannadou 1er qui l'avait remplacé. La lutte se termina, aprés des vicissitudes diverses, par la victoire complète des gens de Lagash. Pendant trois générations au moins, sous Énannadou II, Enlitarzi et Lougalbanda, Ghishkhou demeura la vassale de sa rivale, tant qu'enfin la fortune changea de camp une fois encore : Lougalzaggizi, vicaire de Ghishkhou et roi d'Ourouk, vainquit Ouroukagina et affaiblit Lagash pour longtemps[107]. Après avoir imposé son autorité aux régions du Sud et fixé sa résidence à Ourouk, il porta ses armées du Golfe Persique au lac de Van. Shoumir triomphait avec lui, mais sa puissance ne dura pas, et bientôt les Sémites groupés autour d'Agadé la renversèrent vers 2680.

Leur chef, celui qui réalisa vraiment l'unité politique de la Chaldée, était un certain Sharroukîn, dont l'histoire nous est peu connue encore. Ses deux premiers successeurs, Manishtoushou et Ouroumoush, maintinrent la suprématie d'Agadé sur la Chaldée et sur l'Élam ; mais Ouroumoush ayant péri dans une révolution de palais, fut remplacé sur le trône par un homme nouveau, Shargânisbarrî, dont les prouesses firent oublier celles de ses prédécesseurs. Il était fils d'un certain Dâtienlîl, qui n'appartenait pas à la famille royale, et son origine obscure servit plus tard de thème à tout un cycle de légendes populaires. Une statue, qu'on lui éleva à l'époque assyrienne, portait l'inscription suivante : Ma mère était de basse extraction, et je ne connus pas mon père ; le frère de mon père vivait dans les montagnes. Ma ville fut Azoupirânou, qui est située sur les bords de l'Euphrate. Ma mère, la vassale, m'y conçut ; elle me mit secrètement au monde ; elle me déposa dans une corbeille de joncs, dont elle ferma le tissu avec du bitume, et elle me lança ainsi au fleuve, dont l'eau ne pénétra pas jusqu'à moi. La rivière m'emmena jusque vers Akki, le tireur d'eau. Akki, l'ouvrier tireur d'eau, dans la bonté de son coeur, me recueillit ; Akki, l'ouvrier tireur d'eau, m'éleva comme son propre fils ; Akki, l'ouvrier tireur d'eau, m'établit comme jardinier ; dans ma profession de jardinier, lshtar me regarda avec amour, et, durant [quarante]quatre années, je détins le pouvoir royal. C'est l'histoire populaire des fondateurs de religion ou d'empire : l'histoire de Moise confié aux eaux et recueilli par la fille de Pharaon, l'histoire de Cyrus et de Romulus exposés et nourris par un berger jusqu'à l'adolescence. Shargânisbarrî réunit sous ses lois la Babylonie entière, Ourouk, Ghishkhou, Lagash, Nippour, puis il se jeta sur l'Élam et il le conquit. Il parcourut ensuite en vainqueur le pays des Goutim et celui des Khatti, l'Adiabène et la Syrie septentrionale. La tradition voulait que ses expéditions n'eussent exigé que trois années, au bout desquelles il serait rentré dans ses États et il aurait employé pacifiquement ses butins à y restaurer les vieux temples ou bien à en bâtir de nouveaux. Sur la fin de ses jours, il se serait remis en campagne et il aurait pénétré au Magan, dans l'Arabie orientale plutôt qu'au Sinaï, où il se serait heurté aux établissements égyptiens ; mais, rappelé par la révolte des Chaldéens et bloqué longuement dans Agadé, il aurait réussi à se dégager et à regagner l'ascendant[108]. Son fils Naramsin, qui lui succéda vers 2400, hérita de sa puissance et sut la maintenir intacte. Il eut, lui aussi, à châtier l'Élam, enleva la ville d'Apirak aux bords de l'Euphrate, tua le roi Rishadad, et emmena le peuple en captivité. L'un des rares monuments qui nous soient parvenus de lui nous le montre en lutte contre les montagnards du Zagros : tandis qu'il abat leur chef, ses soldats escaladent les pentes derrière lui, balayant tout sous leur effort[109]. Une autre de ses campagnes fut dirigée contre le Magan : il y défit le roi Manoudannou et il en apporta des blocs de diorite dans lesquels il se tailla des statues[110]. Il fut un constructeur assidu, et il travailla aux principaux temples de la Chaldée, à ceux de Nipour, de Sippar, d'Agadé. Les fragments que nous possédons de ses constructions originales montrent une rare perfection. Les reliefs sont fins, délicats, et ils semblent trahir une influence de l'art égyptien, ce qui n'a rien d'étonnant si l'on songe que la guerre le mit en contact avec l'Égypte memphite.  Il  semble toutefois que son empire ne lui survécut  pas  longtemps : Agadé disparut une soixantaine d'années après lui, et la suprématie repassa du Nord au Sud, des  Sémites aux Sumériens.

Après  une période d'indécision, qui fut assez courte, Ourou où passa au premier rang un peu avant l'an 2300. Elle avait eu jadis ses vicaires, qui relevaient du souverain du moment : elle est maintenant souveraine à son tour, et elle a ses rois, dont le plus illustre est pour nous le fondateur même de la dynastie, Ourengour. Son domaine comprenait Shoumir, Akkad, la meilleure partie de l'Élam : Suse, en effet, était demeurée sous l'autorité des Mésopotamiens depuis Naramsin, et ses chefs Kariboushashoushinak, Khoutrantepti, Khalroukhouratir, les deux Idadou, n'avaient que le titre de vicaires[111]. Les débris des édifices construits par Ourengour à Larsam, à Ourouk, à Nippour, à Sippar, aussi bien que dans la capitale même, sont des ziggourat de proportions gigantesques, dont les quatre angles étaient orientés sur les quatre points cardinaux du ciel. Les débris du plus grand d'entre eux, celui d'Ourouk, forment un monticule d'environ soixante-dix mètres de côté et trente-cinq mètres de hauteur ; plus de trente millions de briques ont dû entrer dans la maçonnerie[112]. Les autres, bien que de moindres prétentions, présentent encore des dimensions considérables : leur nombre et leur grandeur suffisent, en l'absence de tout autre document, à nous donner une idée magnifique de ce qu'était le prince qui les devisa. Doungi, qui succéda à Ourengour, fut peut-être plus puissant encore que n'était son père : nous savons qu'il pilla Babylone pour enrichir les dieux d'Ourouk et d'Eridou[113], et qu'il commandait à Lagash comme à l'Élam.

Lagash s'était relevée assez lentement de son désastre, et elle était devenue comme la métropole des antiques populations sumériennes, mais ses vicaires ne jouaient dans la politique du temps qu'un rôle secondaire. Le plus prospère d'entre eux se recommande à notre attention, surtout comme constructeur : il rebâtit à grand luxe les temples et, pour se procurer les matériaux, il envoya chercher les bois, les métaux, le diorite et le granit aux régions les plus lointaines, dans l'Amanos, dans le Liban, au Magân. Ses dépouilles ornent aujourd'hui nos galeries du Louvre, inscriptions sur pierre, cylindres, barils de terre cuite, bas-reliefs, statues. De ces statues, les unes sont debout, tandis que les autres le représentent assis, tenant sur ses genoux le plan des édifices qu'il avait dessinés. Les têtes qu'on a retrouvées à leurs côtés, et qui, malheureusement, ne leur appartiennent pas, sont bien étudiées et d'une expression très fière. Les corps n'ont pas l'élégance et la finesse qu'on admire chez les statues égyptiennes antérieures ou contemporaines, mais ils sont modelés avec une franchise et avec tine vigueur merveilleuses. Somme toute, ces monuments témoignent d'un art un peu provincial d'accent, si on les compare aux monuments de Naramsin, mais puissant et fort la Chaldée, en ce qui concerne la sculpture, pouvait presque rivaliser avec l’Égypte[114]. Ses successeurs ne la maintinrent pas à ce degré de perfection, et leur ville, épuisée par l'effort qu'elle avait déployé, tomba dans une décadence irrémédiable sous la domination des rois d'Ourou.

Ceux-ci ne surent pas perpétuer l'unité du royaume, et quarante ans après la mort de Doungi, Ourou tomba au second rang. Elle  garda pourtant assez de prestige pour qu'on la considérât longtemps encore pour la métropole de la contrée. Nul ne pouvait passer pour le maître légitime de Shoumir et d'Accad s'il ne l'avait rangée sous sa loi ; pendant plusieurs siècles, il n'y eut roitelet ambitieux qui ne combattît pour l'acquérir et s'y introniser. Vers 2187, ce furent les princes d'Ishîn, Ishbioura, Gimililishou, Idindagân, Ismidagân ; mais ils furent dépossédés vers 2100 par Goungounoum de Larsam, dont le descendant le plus puissant fut Siniddinam. La série de ces princes est mal déduite sur bien des points, et il est vraisemblable que le progrès de la découverte nous obligera à la bouleverser plus d'une fois encore, avant que nous arrivions à la déterminer avec certitude. Cependant l'Élam supportait avec impatience le joug des Chaldéens, et ses vicaires aspiraient au moment où, libérés enfin du joug étranger, ils domineraient à leur tour sur leurs anciens maîtres. Vers 2000, Koutournakhoûnté, roi de Suse, envahit la Mésopotamie et la parcourut triomphalement d'un bout à l'autre ; Babylone elle-même dut plier le genou devant lui. Il emmena comme trophées les statues des divinités ennemies, entre autres celles de la déesse Nanâ, la patronne d'Ourouk, qu'il déposa dans un des temples de Suse. Poussa-t-il jusqu'à la Méditerranée, ainsi que Sharginasharrî et Naramsin ? On l'ignore ; mais la Chaldée entière ne fut plus, après sa retraite, qu'une dépendance de l'Élam.

L'invasion Cananéenne et les Pasteurs en Égypte.

Il semble que l'invasion élamite coïncide avec des mouvements de peuples considérables, dont l'un au moins atteignit la Syrie. Les historiens qui recueillirent plus tard le vague écho des traditions asiatiques inscrivaient, vers ce temps, dans leurs Annales, une irruption des Scythes : un roi scythe, nommé d'une manière invraisemblable Indathyrsês, aurait couru en vainqueur l'Asie entière et pénétré même en Égypte[115]. La conquête de l'Égypte fut en effet comme le dernier terme d'une migration comparable à celles qui consommèrent, au quatrième et au cinquième siècle de notre ère, la chute de l'empire romain.

Une grande partie des tribus sémitiques dont nous avons parlé déjà s'était concentrée, dès la plus haute antiquité, sur la rive occidentale et méridionale du golfe Persique. Favorisées par la nature des lieux, elles avaient appris l'art de la navigation, et s'étaient enrichies par le commerce. Leurs caravanes cheminaient, à travers le désert d'Arabie, jusque vers les côtes de la mer Bouge et de là en Afrique ; c'est pour cela sans doute que le nom national d'une des tribus, Pouanîti, Pœni, Puni, fut appliqué par les Égyptiens à l'Arabie et au pays des Somâl[116]. Une première aventure avait jeté Koush dans le bassin du Nil : une seconde conduisit les gens du Pouanit au nord de l'Égypte. La tradition classique attribuait leur départ à de violents tremblements de terre : il me semble que la descente des Élamites en Chaldée ne dut pas y être étrangère. Ils quittèrent leur patrie et se dirigèrent vers l'Occident, entraînant à leur suite les peuples qu'ils rencontrèrent sur la route. Selon une version, ils auraient longé le cours de l'Euphrate, se seraient reposés aux environs de Babylone, au bord du grand lac d'Assyrie, puis se seraient introduits en Syrie par la voie du Nord[117]. D'après les historiens arabes, ils traversèrent la gorge de la péninsule Arabique, de l'embouchure de l'Euphrate à la vallée du Jourdain[118]. A leur arrivée, ils culbutèrent sans peine les nations à demi barbares, Réphaïm, Néfilim, Zomzommim, que la tradition leur oppose, et ils s'emparèrent du pays tout entier, depuis la rivière d'Euphrate jusqu'à l'isthme de Suez. Leur marche en avant ne s'arrêta pas là plusieurs de leurs tribus, attirées sans doute par le renom de richesse de l'Égypte, franchirent le désert qui divise l'Afrique de l'Asie et se ruèrent sur la vallée du Nil[119].

Les circonstances étaient particulièrement favorables à une invasion. Comme à toutes les époques troublées de son histoire, l'Égypte était partagée alors en petites principautés toujours en lutte l'une contre l'autre, toujours en révolte contre le souverain légitime. La quatorzième dynastie, reléguée à Xoïs, au centre du Delta, achevait de s'éteindre au milieu du désordre et des guerres civiles; elle ne soutint pas le choc et fut rapidement renversée par les conquérants. Il nous vint un roi nommé Timæos. Sous ce roi donc, je ne sais pourquoi, Dieu souffla contre nous un vent défavorable ; et, contre toute vraisemblance, des parties de l'Orient, des gens de race ignoble, venant à l'improviste, envahirent le pays et le subjuguèrent aisément et sans combat[120]. Ce fut comme une nuée de sauterelles qui s'abattit sur l'Égypte. Villes et temples, tout fut ruiné, pillé, brûlé. Une partie de la population fut massacrée, le reste, avec femmes et enfants, réduit en esclavage. Memphis soumise et le Delta conquis en son entier, les barbares élurent roi un de leurs chefs nommé Shalati (Salatis, Saïtês)[121]. Shalati établit parmi eux un commencement de gouvernement régulier : il choisit Memphis pour capitale et il frappa d'un impôt ses sujets égyptiens.

Deux périls le menaçaient. Au sud, les princes thébains, saisissant la direction des affaires après la chute des Xoïtes, avaient refusé de lui prêter le serment de fidélité et organisaient la résistance. Au nord, il devait contenir la convoitise des tribus cananéennes qui étaient demeurées en Syrie et l'ambition des conquérants élamites de la Chaldée[122]. Shalati prit ses mesures en conséquence. Les Égyptiens, divisés et abattus par leurs revers, n’étaient plus à craindre pour le moment il se contenta de semer aux points stratégiques de la vallée, des postes fortifiés, dont la possession lui assurait l'obéissance des nomes environnants, il concentra le gros de ses forces sur la frontière de l'isthme. Les immigrations pacifiques, si fréquentes au temps de la douzième dynastie, avaient déjà introduit dans le Delta oriental des populations asiatiques. Il fonda au milieu d'elles, et sur les ruines d'une ancienne ville, Hâouârou (Avaris), dont la légende se rattachait au mythe d'Osiris et de Typhon, un vaste camp retranché, capable de recevoir deux cent quarante mille soldats. Il s'y rendait chaque année en été pour assister aux exercices militaires, payer la solde et régler les distributions de vivres. Cette garnison permanente mit le nouveau royaume à l'abri des invasions et devint pour les successeurs de Shalati une pépinière inépuisable d'excellents soldats, avec lesquels ils achevèrent la conquête de l'Égypte. Il fallut plus de deux cents ans pour abattre les princes de Thèbes : cinq rois, Bnôn, Apachnas, Apôpi 1er, Iannas, peut-être le Khayâni des monuments, Assès, usèrent leur vie à mener une guerre perpétuelle, désirant arracher jusqu'à la racine de l'Égypte[123]. Enfin Assès renversa la quinzième dynastie et demeura seul maître de la vallée entière.

Les Égyptiens prêtaient aux tribus nomades de la Svrie le nom de Shous, Shasou, pillards, voleurs, qui convenait, alors comme aujourd'hui, aux Bédouins du désert. Ils l'appliquèrent à leurs vainqueurs asiatiques : le roi des pays étrangers Hiq-satiou, se changea dans leur bouche en roi des Shasou, Hiq-shasou, dont les Grecs ont fait Hykoussôs, Hyksôs[124] ; quant au peuple, on l'appela d'une manière générale Menatiou, les pasteurs, ou Satiou, les archers. Le souvenir de leurs cruautés resta longtemps vivant dans la mémoire des Égyptiens et il exaltait encore, à vingt siècles de distance, le ressentiment de l'historien Manéthon. La haine populaire les chargea d'épithètes ignominieuses et les qualifia de maudits, de pestiférés, de lépreux[125]. Pourtant ils se laissèrent apprivoiser assez rapidement. S'ils gardaient la supériorité dans l'ordre militaire et politique, ils se savaient inférieurs à leurs sujets en culture morale et intellectuelle. Leurs rois comprirent bientôt qu'il y avait plus de profit à exploiter le pays qu'à le piller, et, comme aucun des envahisseurs n'aurait pu se débrouiller au milieu des complications du fisc, ils enrôlèrent des scribes indigènes au service du Trésor et de l'administration. Une fois admis à l’école de l'Égypte, les barbares entrèrent rapidement dans la vie civilisée. La cour des Pharaons reparut autour des rois Pasteurs, avec toute sa pompe et tout son cortège de fonctionnaires petits et grands ; le protocole royal des Kheops et des Amenemhaît fut adapté aux noms étrangers d'Iannas et d'Apôpi. La religion égyptienne, sans être adoptée officiellement, fut tolérée, et la religion des Cananéens subit quelques modifications, pour ne pas blesser outre mesure la susceptibilité des adorateurs d'Osiris. Soutkhou, le guerrier, le dieu national des conquérants, fut identifié avec le Set égyptien. Tanis, élevée au rang de capitale, rouvrit ses temples et augmenta le nombre de ses palais. Un moment, Mariette crut y avoir retrouvé dans les ruines des sphinx et des statues, qui nous enseignaient ce que fut la sculpture au temps des Pasteurs. Les yeux sont petits, le nez est vigoureux et arqué en même temps que plat, les joues sont grosses en même temps qu'osseuses, le menton est saillant et la bouche se fait remarquer par la manière dont elle s'abaisse aux extrémités. L'ensemble du visage se ressent de la rudesse des traits qui le composent et la crinière touffue qui encadre la tête, dans laquelle celle-ci semble s'enfoncer, donne au monument un aspect plus remarquable encore[126]. Des recherches postérieures ont démontré que ces monuments sont l'oeuvre d'une école locale purement pharaonique, et que certains d'entre eux représentent Amenemhaît III de la douzième dynastie.   Si l'on y lit parfois les cartouches d’un Apôpi, c’est qu'ils furent usurpés par ce souverain[127]. Les rares monuments qui leur appartiennent, le sphinx de Bagdad, la statue de Khayâni, sont du style ordinaire[128]. Cette civilisation nouvelle, moitié égyptienne, moitié sémitique, se développa sous une seconde dynastie des rois Pasteurs, que les historiographes nationaux se résignèrent à adopter et à considérer comme la seizième de leurs dynasties nationales[129].

Si, du temps des Pharaons indigènes, les Syriens étaient accourus en foule sur cette terre d'Égypte, qui les traitait en sujets, peut-être en esclaves, l'attrait qu'ils éprouvaient pour elle dut être plus considérable du temps des rois Pasteurs. Les nouveaux venus trouvaient établis sur les bords du Nil des hommes de même race qu'eux, tournés en Égyptiens, il est vrai, mais non pas au point d'avoir perdu tout souvenir de leur langue et de leur origine. Ils furent accueillis avec d'autant plus d'empressement que les conquérants sentaient le besoin de se fortifier au milieu d'une population hostile. Le palais des rois s'ouvrit plus d'une fois à des conseillers et à des favorites asiatiques; le camp retranché d'Hâouârou hébergea souvent des recrues syriennes ou arabes. Invasions, famines, guerres civiles, tout semblait conspirer à jeter en Égypte, non pas seulement des individus isolés, mais des familles et des nations entiéres. La Bible raconte qu'une famille d'origine sémite avait quitté Our en Chaldée, sous la conduite de Tharé, et s'était cantonnée sur la rive gauche du fleuve, prés de Harrân en Mésopotamie. Bientôt après, elle avait franchi l'Euphrate avec Abram ou Abraham, et parcouru la Syrie dans toute sa longueur du nord au sud. Les gens venus avec Abraham auraient peuplé la partie méridionale du pays. Les uns aux ordres d'Abraham lui-même se seraient fixés, après maint~ aventure, aux alentours de Kiriath-Arba et ils auraient rayonné de là sur la terre de Canaan. Les autres auraient filé par delà le Jourdain avec Lot, le neveu d'Abraham, et engendré les tribus de Moab et d'Ammon. D'autres encore se seraient enfoncés dans le désert méridional, où ils se mêlèrent aux Édomites. Le plus gros des bandes aurait adopté le nom d'Enfants d'Israël[130], et, après avoir promené ses tentes à travers les plaines et les montagnes de Canaan, serait descendu en Égypte avec les biens de la tribu.

D'après la légende, le patriarche Jacob avait douze fils. Le plus jeune, Joseph, excita la haine de ses frères pour la préférence que son père lui témoignait. Ils le vendirent à une caravane de marchands qui se rendait en Égypte, et ils persuadèrent à leur père qu'une bête fauve avait dévoré son enfant bien-aimé. Mais l'éternel était avec Joseph et le faisait prospérer. Vendu à l'un des grands officiers de la couronne, nommé Pètéphrê, il devint bien tôt l'intendant du maître et le premier ministre de Pharaon. Une année que ses frères, rongés par la famine, étaient venus acheter du blé en Égypte, il se découvrit à eux et il les amena devant le roi. Alors celui-ci dit à Joseph : Dis à tes frères : Faites ceci : chargez vos bêtes et partez pour vous en retourner au pays de Canaan ; prenez votre père et vos familles et revenez vers moi ; je vous donnerai du meilleur du pays d'Égypte, et vous mangerez la graisse de la terre[131]. Israël s'exila donc avec tout ce qui lui appartenait, et les enfants d'Israël mirent Jacob, leur père, et leurs petits enfants et leurs femmes, sur les chariots que Pharaon avait envoyés pour les porter. Ils amenèrent aussi leur bétail et leur bien qu'ils avaient acquis au pays de Canaan, et Jacob et toute sa famille avec lui vinrent en Égypte[132]. Ils s'installèrent entre la branche sébennytique du Nil et le désert, au pays de Goshen, où ils multiplièrent outre mesure[133]. La tradition assure que leur voyage eut lieu sous un des rois Pasteurs qu'elle appelle Aphôbis[134], évidemment l'un des Apôpi, peut-être celui-là même qui embellit Tanis et qui grava son nom sur les sphinx d’Amenemhaît III.

Sous la domination de ses rois étrangers, comme sous celle de ses rois indigènes, l'Égypte avait continué d'être administrée féodalement. Les Pasteurs possédaient le Delta avec Memphis, Hâouârou et Tanis, mais, au sud de Memphis, leur autorité directe ne paraît pas s'être propagée plus loin que le Fayoum. La Haute Égypte et la portion de la Nubie qui s'y rattachait étaient, comme au temps de la onzième dynastie, entre les mains de tyrans locaux astreints au tribut annuel. Thèbes, toujours prépondérante depuis Amenemhaît 1er, exerçait sur eux une sorte d'hégémonie, qui faisait de ses maîtres les rivaux naturels des souverains du Delta. Plus d'une fois pendant la durée de la seizième dynastie, les Thébains durent essayer de secouer le joug, mais sans aucun succès : ce fut seulement après deux siècles de vasselage qu'une révolte décisive éclata. Apôpi régnait alors à Tanis, et le maître de Thèbes, Saknounrî[135] Tiouâa 1er, qui plus tard fut roi (soutonou), n'était encore que prince (hiqou) des cantons du Midi. Les débuts de la rébellion ne nous sont pas connus, et les Égyptiens eux-mêmes paraissent n'avoir pas été beaucoup mieux renseignés que nous à cet égard. L'imagination populaire s'empara plus tard de l'événement et l'accommoda à sa guise, en y mêlant des éléments purement mythiques. On contait couramment, dès la dix-neuvième dynastie[136], que la guerre avait eu pour motif une querelle religieuse. Voici que le roi Apôpi se prit Soutkhou pour maître, et il ne servit plus aucun dieu qui était dans la Terre entière, si ce n'est Soutkhou, et il construisit un temple en travail excellent et éternel, à la porte de son palais, et il se leva chaque jour pour sacrifier des victimes quotidiennes à Soutkhou, et les chefs vassaux du souverain étaient là, avec des guirlandes de fleurs, exactement comme on faisait pour le sanctuaire de Phrâ-Harmakhis. Le temple terminé, il songea à imposer le culte de son dieu au prince de Thèbes, mais, au lieu d'employer la force, il recourut à la ruse. Il convoqua ses scribes et ils lui donnèrent le conseil que voici. Qu'un messager aille vers le chef de la ville du Midi pour lui dire : Le roi Râ-Apôpi t'envoie dire : Qu'on chasse sur l'étang les hippopotames qui sont dans les canaux du pays, afin qu'ils ne troublent plus mon sommeil la nuit et le jour. Il ne saura que répondre ni en bien ni en mal : alors tu lui enverras un autre messager : Le roi Râ-Apôpi te fait dire : Si le chef du Midi ne peut pas répondre à mon message, qu'il ne serve d'autre dieu que Soutkhou ! Mais s'il y répond et qu'il fasse ce que je lui dis de faire, alors je ne lui prendrai rien, et je n'adorerai plus d'autre dieu du pays d'Égypte qu'Amon-Râ, roi des dieux et divinité nationale des Thébains. Le message nous paraît bizarre, mais la tradition orientale en met de pareils dans la bouche d'autres rois. C'est ainsi que le Pharaon Nectanebo mandait par ambassadeur à Lycérus, roi de Babylone : J'ai des cavales en Égypte qui conçoivent au hennissement des chevaux qui sont devers Babylone. Le Babylonien, pour ne pas demeurer en reste, avait un chat qui allait étrangler les coqs à Memphis et qui revenait au matin[137]. Les hippopotames du lac de Thèbes, qu'il faut chasser pour que le roi de Tanis puisse dormir, sont proches parents des chevaux dont le hennissement s'entend jusque vers Babylone, et du chat qui accomplit en une nuit le voyage d'Égypte aller et retour. Le conte est malheureusement mutilé : Saknounrî se tirait sain et sauf de l'épreuve, et Apôpi, pris à son propre piège, était contraint de renoncer à Soutkhou pour adopter le culte d'Amon-Râ. Très probablement, il refusait de se soumettre à la loi que lui-même avait proposée, et il déclarait la guerre à son rival heureux[138].

La guerre, une fois commencée, dura sans interruption pendant plus d'un siècle. Tiouâa 1er se proclama roi et fonda la dix-septième dynastie (diospolitaine). Les chefs égyptiens se prononcèrent pour lui, et unirent leurs troupes aux siennes. Les Pasteurs furent débusqués successivement des positions qu'ils occupaient dans la Moyenne Égypte et refoulés sous Memphis. Après une lutte acharnée, un roi, que Manéthon appelle Alisphragmouthosis, délivra cette ville ; les barbares, expulsés de la partie occidentale du Delta, furent enfin acculés à leur camp retranché d'Hâouârou. Ils y résistèrent longtemps encore malgré les efforts des Thébains : Saknounrî III Tiouâken, Kamôsis et leurs vassaux vinrent échouer contre la forteresse des Pasteurs. Ahmôsis 1er, successeur de Kamôsis, fut plus habile : dans la cinquième année de son règne, il réussit à s'emparer d'Hâouârou. Les débris de l'armée vaincue se retirèrent en Syrie, où les Égyptiens les poursuivirent et les forcèrent dans leurs derniers retranchements, près de Sharouhana[139], après une lutte de six années. Après six siècles et plus de domination étrangère, l'Égypte était libre, des cataractes aux abords de la Méditerranée[140].

La guerre de l'indépendance avait duré plus de cent cinquante ans, elle avait désorganisé entièrement le pays et couvert le sol de ruines : Ahmôsis dut s'occuper avant tout de mettre l'ordre dans l'administration des affaires. Les petits princes qui l'avaient aidé furent réduits à la condition de gouverneurs héréditaires des nomes ; pour les consoler, on leur laissa les honneurs et le titre de roi, que beaucoup d'entre eux s'étaient arrogés et qu'ils continuèrent de porter jusqu'à leur mort[141]. La Nubie n'avait jamais cessé de faire partie de l'empire, au moins nominalement ; mais ses chefs ne se résignèrent pas à reconnaître du premier coup l'autorité directe de Pharaon. Tandis qu'Ahmôsis s'attardait encore en Asie, les tribus du Khonthonnofri envahirent l'Égypte et pénétrèrent jusqu'à une localité du nom de Tentoâ ; elles furent battues à grand'perte et elles rentrèrent dans le devoir, mais leur invasion eut son contrecoup à l'intérieur. Les seigneurs féodaux ne devaient pas considérer sans inquiétude cette exaltation soudaine du roi de Thèbes : ils n'avaient pas chassé les Pasteurs pour accepter sans regimber le joug d'un de leurs pairs. La rébellion éclata au Sud, et un chef nommé Titi-ânou fit échec pendant quelque temps aux flottes royales[142]. Vaincu et prisonnier, la résistance tomba avec lui : Ahmôsis put se livrer désormais aux travaux de la paix. Les rois des dynasties précédentes, trop affaiblis ou trop embarrassés, n'avaient pas continué à Thèbes les constructions commencées par leurs ancêtres de la douzième et de la treizième dynasties : il répara le sanctuaire d'Amon et il jeta les fondations de plusieurs autres édifices religieux moins importants[143]. Memphis, disputée longtemps entre les Égyptiens et les Pasteurs, avait souffert et ses temples tombaient en ruines : l'an XXII, il rouvrit en grande pompe les carrières antiques de Tourah et il entreprit la restauration du temple de Phtah[144]. Naturellement les prisonniers de guerre pasteurs et nubiens furent condamnés aux travaux de manoeuvres qu'ils étaient sous Apôpi, les Égyptiens passèrent contremaîtres, tandis que les Asiatiques se remettaient à tirer la pierre et à mouler la brique comme avant l'invasion. Manéthon rapportait que le roi, pour se débarrasser des restes de l'armée vaincue, lui avait accordé une capitulation aux termes de laquelle elle s'était retirée en Syrie[145]. Le gros de la nation, installé entre le désert et les branches orientales du Nil, préféra l'esclavage sur la riche terre d'Égypte aux chances de liberté que lui offrait une émigration. Les Pasteurs, et avec eux les tribus juives et syriennes auxquelles ils avaient accordé l'hospitalité, restèrent sur le sol, mais non plus en maîtres. Leur camp retranché d'Hâouârou fut détruit. La place de Zarou fut fortifiée, autant pour les contenir que pour servir d'avant-poste à l'Égypte contre un retour offensif des populations asiatiques. Tanis, la capitale d'Apôpi, fut traitée en ennemie et laissée dans l'état de désolation où la guerre l'avait mise : pendant plusieurs siècles, elle disparut entièrement de l'histoire[146].

Ahmôsis 1er, le libérateur, demeura toujours en grand honneur auprès des Égyptiens : ils le proclamèrent dieu et fondateur d'une dynastie nouvelle, la dix-huitième[147]. Il avait eu ses droits à la couronne du chef de sa femme Nofritari, fille du roi Kamôsis et de la reine Ahhôtpou 1re[148] : elle partagea les honneurs divins qu'on lui rendit, et elle le supplanta même dans la vénération des fidèles[149]. Leur fils Aménôthès 1er (Amanhatpou)[150] ne s'écarta point de la politique paternelle. On ne sait guère ce qu'il osa du côté de la Syrie, mais, au Sud, il élargit les frontières de son empire. Une série d'expéditions heureuses conduisit les armées égyptiennes au coeur de l'Ethiopie et en acheva la conquête[151]. Désormais les Pharaons n'eurent plus de guerres sérieuses à diriger contre les régions du Midi : il leur suffit de quelques razzias rapides pour maintenir les tribus du désert dans une demi obéissance et pour approvisionner Thèbes d'esclaves noirs en nombre convenable. La civilisation égyptienne recouvra et dépassa même de ce côté le terrain que l'invasion lui avait fait perdre depuis la quatorzième dynastie ; elle remonta le Nil jusqu'à Napata et plus haut peut-être. Des colons s'installèrent à demeure sur les deux rives du fleuve, des villes et des temples s'élevèrent partout où la nature du terrain le permettait ; la langue, les moeurs, le culte des Thébains, s'enracinèrent solidement entre la première et la quatrième cataracte[152]. L'Égypte couvrit réellement la vallée du Nil depuis les plaines de Sennaar jusqu'à la côte du Delta.

Mais la guerre de l'indépendance et les expéditions qui l'avaient suivie avaient éveillé dans la nation l'esprit militaire, dans les princes l'amour de la conquête. Par une sorte de réaction contre l'oppression brutale qu'elle avait subie pendant tant de siècles, l'Égypte fut saisie d'une force d'expansion qu'elle n'avait jamais eue, et elle sentit le besoin d'opprimer à son tour. Du côté du Sud, l'oeuvre de colonisation était terminée, mais vers l'Orient, dans ces contrées asiatiques dont les soldats du premier empire thébain avaient à peine entamé la lisière, il y avait matière à des exploits profitables en même temps que glorieux. Les légions égyptiennes s'ébranlèrent lourdement sur les chemins de l'Asie, que les débris des Pasteurs leur avaient ouverts : elles ne les oublièrent plus. Dès lors ce ne fut plus, des sources du Nil Bleu aux sources de l'Euphrate, sur toute l'Éthiopie et sur toute la Syrie, que bataille et pillage perpétuels. Un jour, on apprenait à Thèbes la défaite des nègres du Soudan, l'arrivée solennelle du prince de Koush, de son butin, de ses soldats : des processions fantastiques de girafes menées au licol, de cynocéphales enchaînés, de panthères et d'onces apprivoisés, s'allongeaient indéfiniment dans les rues. Le lendemain, victoire remportée à l'occident du Delta sur les Libyens et leurs alliés les barbares du Nord, coiffés de casques étranges ou la tête encadrée dans le mufle d'une bête fauve dont la peau flottait sur leurs épaules, étalaient aux yeux des Égyptiens brunis leurs grands corps blancs ornés de peintures et de tatouages. Puis c'était un succès sur les Routonou, et la prise d'une place forte, entrepôt du commerce syrien. Le défilé recommençait aux fanfares du clairon et aux roulements du tambour ; les acclamations de la multitude et les chants des prêtres saluaient partout le cortège triomphal de Pharaon. C'était le temps des fortunes rapides : le fils d'un fellah s'en allait simple soldat et revenait général. Il fallut cinq siècles de guerres pour calmer l'humeur belliqueuse des Égyptiens. Jeter les Pasteurs sur l'Égypte, et par contrecoup l'Égypte sur l'Asie, tel fut donc le résultat de l'invasion qui renversa le premier empire chaldéen. Avec l'entrée des Égyptiens en Syrie, une nouvelle époque s'ouvre dans les destinées des nations antiques : l'histoire des peuples isolés finit, l'histoire du monde commence.

 

 

 

 



[1] Sur la parenté des tribus non sémitiques de la Chaldée avec les Susiens et ceux des Mèdes qui n'étaient pas Aryens, voir Oppert, Etudes sumériennes, p. 83-85 ; Lenormant, la Magie chez les Chaldéens et les Origines Accadiennes, p 515, sqq. ; Sayce, The Languages of the Cuneiform inscriptions of Elam and Media dans les Transactions of the Society of Biblical Archæology, t. III, p. 465-485 et, pour ces derniers temps, aux divers mémoires de Weissbach et de Hüsing.

[2] En accadien, Idigna ou Idignou, le fleuve aux hautes berges ; la forme sémitique est Idiklat ou Diklat (Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p. 171). L'étymologie classique qui donnait au nom du Tigre le sens de flèche, soi-disant à cause de sa rapidité (Pline, H. N., VI, 127 ; Q. Curce, IV, 9,16 ; Strabon, XI, 14, 8) est d'origine iranienne.

[3] En accadien, Poura-nounou, le grand fleuve, abrégé en Poura et devenu Pourat, Pouraton, dans l'idiome sémitique de la Chaldée (Delitzsch, op. l. p. 169-170).

[4] Aujourd'hui le Keleshin-Dagh.

[5] Genèse, II, 14

[6] Pomponius Mela, De Situ Orbis, III, 8 : Occidentem petit, ni Taurus obstet, in nostra maria venturus.

[7] En assyrien, Balikhi : le Bilichos des Grecs.

[8] Aborras ou Chaborras des écrivains classiques.

[9] Le Masios des Grecs (Strabon, XI, 12, 4 ; 14, 2).

[10] Le Kentritès des Grecs (Xénophon, Anabase, IV, 3,1).

[11] Le Zab supérieur portait en assyrien le nom de Zabou êlou, et le Zab inférieur celui de Zabou shoupalou (Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p. 186) : chez les Grecs, Lycos et Kapros.

[12] Chez les Assyriens, Râdânou (Delitzsch, op. l., p. 186).

[13] Le Gyndês ou Tornadotus ; en assyrien, Tournât.

[14] Layard, Nineveh and Babylon, p. 297; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 11-13. Le témoignage des modernes est contraire à celui d'Hérodote (I, cxciii), d'après lequel la rivière ne se répand pas d'elle-même, comme en Égypte, sur les terres ensemencées, mais y est répandue au moyen de machines.

[15] G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 3-4.

[16] G. Rawlinson, ibid., t. I, p. 182.

[17] Ce golfe et le golfe Persique, avec lequel il communiquait, s'appellent aussi la mer du Soleil Levant (Schrader, die Namen der Meere in den Assyrischen Inschriften, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, 1877, p. 176-177).

[18] Loftus, Chaldœa and Susiana, p. 282.

[19] H. Rawlinson, Journal of the Geographical Society, vol. XXVI, p. 186.

[20] Loftus, Journal of the Geographical Society, vol. XXVI, p. 142 ; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 4-5.

[21] Tous les traits de ce tableau sont empruntés à l'état moderne de la contrée, mais s'appliquent fort bien au passé. Cf. Loftus, Susiana and Chaldœa, p. 14 sqq.

[22] Hérodote, I, cxciii.

[23] Bérose, Fragm., I, édit. Lenormant, p. 6.

[24] Hérodote, I, cxciii, cf. Théophraste, Hist. Plant., VIII, 7, et Pline, H. N., XVIII, 17, 45.

[25] Strabon, XVI, I, xiv ; cf. Théophraste, Hist. Plant., II, 2, et Pline, H. N., XIII, 4.

[26] Layard, Nineveh and Babylon, p. 567.

[27] Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité, t. II, p. 113-138.

[28] Cela a été prouvé par M. Oppert (Rapport adressé à Son Exc. M. le Ministre de l'instruction publique et des cultes, mai 1856, p. II sqq.).

[29] Fr. Lenormant, Essai sur la propagation de l'alphabet phénicien, I, p. 48. M. Halévy a publié plusieurs mémoires considérables, Recherches critiques sur l'origine de la civilisation babylonienne, in-8°, 1876, extrait du Journal asiatique (1874-1876) ; Étude sur les documents philologiques assyriens (1878) ; les Nouvelles inscriptions chaldéennes et la question de Sumer et d'Accad (1882) ; Observations sur les noms de nombres sumériens (1883), dans les Mélanges de critique et d'histoire relatifs aux peuples sémitiques (in-8°, Paris, 1884) ; Documents religieux de l'Assyrie et de la Babylonie (in-8°, Paris, 1883), etc., afin de prouver que le shouméro-accadien n'existe pas : les textes où les assyriologues ont cru reconnaître une langue seraient rédigés dans l'idiome sémitique des inscriptions ordinaires, mais écrits avec un syllabaire hiératique soumis à des règles spéciales. Ce système a rallié de nombreux adhérents en France et à l'étranger. Il me parait néanmoins, jusqu'à nouvel ordre, que les faits mis en lumière par les recherches de ces dernières années s'accordent mieux avec l'hypothèse des deux races et des deux langues qu'avec celle de la race et de la langue unique.

[30] G. Rawlinson, The five great Monarchies, t I, p. 98-99.

[31] Fr. Lenormant, les Premières Civilisations, t. I, p. 118-119.

[32] Ce document, précieux entre tous, a été découvert à Suse par M. de Morgan : il a été publié et traduit par le P. Scheil, dans les Mémoires de la Mission en Perse, t. IV, p. 11-162.

[33] Diodore de Sicile, II, 29 ; le fond de nos idées sur le sujet, établi d'abord par François Lenormant (la Magie chez les Chaldéens, p. 141-144), a été précisé et développé par Jensen dans son bel ouvrage sur die Kosmologie der Babylonier, publié en 1890.

[34] Voir dans le premier livre, ch. 1, L’Égypte avant l’histoire : les dieux et les dynasties divines. Cf. sur cet animisme Sumérien, Sayce, The Religions of  Ancient Égypt and Babylonia, p. 276.

[35] Voir la représentation de l'Enfer, d'après Clermont-Ganneau, l’Enfer assyrien (Revue archéologique, t. XXXVIII, pl. XXV).

[36] Fr. Lenormant, la Magie chez les Chaldéens et les Origines Accadiennes, in-8°, Paris, 1874 ; Sayce, The Religions of Ancient Égypt and Babylonia, p. 405 sqq.

[37] Sprenger, Leben und Lehre des Muhammad, I, 241 sqq. et Alte Geographie Arabiens, p. 293-295, surtout la note de la page 294 ; cf. Schrader dans la Zeits. der Morgenl. Gesells., t. XXVII.

[38] Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p. 237-251, 257 sqq.

[39] Tyros ou Tylos et Arados. Cf. Androsthènes dans Théophraste, De caus. plant., II, 5, 5 ; fr. 3, dans l'édition d'Arrien, de Didot, p. 73.

[40] Fr. Lenormant, Essai sur un document mathématique, p. 123-145 (cf. Essai de commentaire, p. 220-222), identifie l'île avec Bender-Dilloun. Delitzsch (Wo lag das Paradies ? p. 229-230) propose une île située près de l'embouchure actuelle du Shatt-el-Arab, et qui aurait été englobée dans les alluvions postérieures. Oppert (le Siège primitif des Assyriens et des Phéniciens, dans le Journal asiatique, 1880, t. XV, p. 90-92 et 349-350) lit Tilvoun et reconnaît dans cette île la Tylos de Pline, Samak Bahréin des cartes modernes.

[41] Bérose, Frag., I, édit. Lenormant.

[42] Sayce, The Religious of Ancient Égypt and Babylonia, p. 348 sqq.

[43] Sayce, The Ancient Empires, p. 391.

[44] Fr. Lenormant, la Magie chez les Chaldéens et les Origines Accadiennes, p. 113-124 ; les Dieux de Babylone et de l'Assyrie, p. 19 sqq. ; Sayce, The Religions of Ancient Égypt and Babylonia, p. 265 sqq.

[45] Sur ce rôle secondaire des déesses, cf. Sayce, The Religious of Ancient Égypt and Babylonia, p. 302 sqq.

[46] Ou Mérou (Pognon, Inscription de Mérou-Nérar 1er, dans le Journal asiatique, 1883, t. II, p. 372, 404) le dieu dont on a lu longtemps le nom Rammâm ; cf. Sayce, The Religions of Ancient Égypt and Babylonia, p. 319 sqq.

[47] Fr. Lenormant, Essai de commentaire, p. 95-124.

[48] Diodore de Sicile II, 30.

[49] Diodore de Sicile, II, 30.

[50] Ibid., II, 29.

[51] Hérodote, I, xccvii.

[52] Fr. Lenormant, la Magie, p. 11-20.

[53] Les textes relatifs à la création ont été découverts et traduits par G. Smith, Chaldœan Account of Genesis, Londres, 4876, p.62 sqq. ; traduction allemande par Fr. Delitzsch, 1876, p. 295 sqq., et seconde édition anglaise par Sayce, 1880. p. 57 sqq. Ils ont été traduits en dernier lieu par Fr. Delitzsch, das Babylonische Weltschöpfungs epos dans les Mémoires de l'Académie de Saxe, t. XVII ; cf. Sayce The Religions of Ancient Égypt and Babylonia, p. 575 sqq.

[54] Bérose, Fragm., I, édit. Lenormant.

[55] Helladius (dans Photius) l'appelle ƒY®w ; Hygin (Fabula, cclxiv), Euhanes.

[56] Bérose, Fragm., I. édit. Lenormant.

[57] Var. Almelôn.

[58] Sippara, ou plutôt, d'après les recherches de Fr. Lenormant (la Langue primitive de la Chaldée, p. 341-342), Ourouk.

[59] Larsam, ou, s'il faut admettre la correction proposée par M. Lenormand (la Langue primitive, p. 342) au texte de Bérose, [Sou]r‹[p]xa pour [Da]r‹[g]xa, Shourippak.

[60] Var. Otiartès.

[61] Var. Sisithés.

[62] Bérose, Frag., IX, X, XI, éd. Lenormant.

[63] Cicéron, De Divinatione, I, 19 ; African., ap. Sync., p. 17.

[64] Fr. Lenormant, Essai d'interprétation, p. 226-240.

[65] Movers, Die Phœnizier, t. I, p. 405 sqq., Lenormant, Essai, p. 236-240.

[66] Movers, Die Phœnizier, t. I, p. 95 sqq.

[67] On a trouvé, en effet, des amulettes babyloniens de basse époque, faits d'un morceau de bitume sur lequel sont gravés des mots cabalistiques en lettres grecques.

[68] Bérose, Fragm., XV-XVI, édit. Lenormant. Le récit du déluge est emprunté partie aux fragments de Bérose, partie aux tablettes assyriennes traduites pour la première fois par G. Smith. The Chaldœan Account of the Deluge, dans les Transactions of the Society of Biblical Archœology, t. I, p. 215-234, puis publiées par Haupt, das Babylonische Nimrodepos, et traduites en dernier lieu par Jeremias, Isdubar-Nimrod, et par Zimmern dans Gunckel, Schöpfung und Chaos, p. 425-428.

[69] Les fragments du récit de la lutte d'Étana contre Èa se trouvent dans G. Smith, The Chaldœan Account of Genesis, p. 142-146 ; l'identification d'Étana avec Titan est due à Sayce, Babylonische Literatur (trad. Friederici), p. 23.

[70] Bérose, Fragm., XVII, XVIII.

[71] Genèse, XI, 1-9.

[72] Isaïe, IX, 40 (version des LXX).

[73] W. A. I., I, 51, 1 ; Oppert, Études assyriennes, p. 91-132, et Fr. Lenormant, Essai d'interprétation, p. 361-352, Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, 1883, p. 124-127.

[74] Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 168-482, 200-216.

[75] Bérose, Fragm., dans Müller. H. Gr. Fragm., t. II.

[76] Genèse, X, 8, 10.

[77] Ant. Jud., 1, 4, § 2.

[78] Moïse de Khoren, Trad. ital., p. 23. I. I. ch. vii.

[79] Le Coran, sourate 29, v. 23 ; Yakout, Lexic. geog., s. v. Niffer.

[80] G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 154.

[81] Ici se place le récit du déluge analysé plus haut.

[82] Le nom du héros, lu d'abord Istoubar, est Gilgamès ainsi que l'a découvert Pinches (Exit Gistubar dans le Babylonian and Oriental Record, t. IV, p. 264). Les débris du poème ont été publiés par P. Haupt, Das Babylonische Nimrodepos, in-4°, 1884-1892, et dans les Beitrage zur Assyriologie, t. I, p. 48-79, 94-152. Ils ont été analysés par A. Jeremias, Isdubar Nemrod, 1891. Les représentations relatives aux divers épisodes ont été recueillies par J. Ménant, Recherches sur la glyptique orientale, Ie partie, Cylindres de la Chaldée, p. 43-44, 63 sqq., 77-81, 84-102, etc.

[83] G. Rawlinson dans le Journal of the Geographical Society, t. XXVII, p. 185.

[84] G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 15-16. La ville porte aujourd'hui le nom de Mughaïr, la Bituminée.

[85] La Rata de Ptolémée ; cf. Oppert, Expédition de Mésopotamie, t. I, 3e partie, p. 77. Aujourd'hui Abou-Shahréin (cf. Taylor, Notes on Abou-Shahrein and Tel-el-Lahm dans le Journal 0f the R. Asiatic Society, t. XV, p. 412).

[86] Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p.228-229.

[87] Dans la langue primitive, Ounou, Ounoug. C'est l'Erekh de la Bible (Genèse, XIV, 1), l'Orchoé des classiques (Strabon, XVI, I ; Ptolémée, V, 20), aujourd'hui Warkah.

[88] Dans la langue primitive, Babbar-Ounou ; cf. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p. 223-224.

[89] Aujourd'hui Tell-Loh.

[90] Sur la position des deux pays de Shoumir et d'Accad, cf. Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p, 197 sqq. ; Hommel, Die Semitischen Völker, p. 246-266.

[91] La Nopher du Talmud, aujourd'hui Niffer.

[92] Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p. 216-217.

[93] Fr. Delitzsch, Wo lag des Paradies ? p. 212-216.

[94] Aujourd'hui Tell-Ibrahim.

[95] Fr. Lenormant, les Premières Civilisations, t. II, p. 105 ; Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p. 209-212.

[96] Fr. Delitzsch, Wo lag das Paradies ? p. 209-212.

[97] Le nom Ilamtou, Élam, est sémitique et signifie le Haut pays (Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, 1882, p. 111-112).

[98] Strabon, I, XV, 3.

[99] Loftus, Chaldœa and Susiana, p. 270-346.

[100] Shoushin ou Shoushoun, dans les textes susiens, Shoushân dans les textes assyriens :  Oppert, les Inscriptions en langue susienne, dans les Mémoires du Congrès des orientalistes de Paris, t. II p. 179 ; Etudes Sumériennes, p. 83).

[101] Oppert, les Inscriptions, p. 347.

[102] Finzi, Ricerche per lo studio dell' antichità assira, p. 293-304.

[103] Les Amardi de Strabon (Oppert, les Inscriptions, p. 179, 183).

[104] Les Ouxii des géographes grecs, le Khouzistan des modernes (Oppert, op. laud., p. 183).

[105] Lenormant, la Magie, p. 137-323.

[106] Obélisque de Manishtoushou dans Morgan-Seheil, Mémoires de la Délégation en Perse, t. II, pl. I-X et p. 1-52

[107] La plupart de ces événements nous sont connus par les inscriptions d'Entéména et d'Ouroukagina, qui furent trouvées à Telloh par M. de Sarzec et par le capitaine Gros, et qui sont conservées au Musée du Louvre.

[108] L'ordre des événements et des dynasties a été rétabli par King, a History of Sumer and Akkad, p. 4-251, par Scheil, Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1911, p. 606 sqq. et par Thureau-Dangin, Revue d’Assyriologie, 1912, p. 53-37.

[109] J. de Morgan, Mémoires de la Délégation en Perse, t. I, p. 144, 158, et t. II, p. 5, 53-55.

[110] Opert, Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 273, t. Il, p. 527; Morgan-Scheil, Mémoires de la Délégation en Perse, t. II, p. 5.

[111] Morgan-Scheil, Mémoires de la Délégation en Perse, t. II, ou les monuments de ces personnages sont publiés.

[112] Loftus, Chaldæa and Susiana, p. 467 sqq.

[113] Hall-King, Égypt and Western Asie, p. 191.

[114] L'histoire de Zirpourla-Lagash nous est connue par les documents que M. de Sarzec et le capitaine Gros ont rapportés des fouilles qu'ils ont faites à Telloh de 1881 à 1908, et qui ont été publiés et mis en lumière, surtout dans Heuzey-Sarzec, Découvertes en Chaldée.

[115] Strabon, 1. XV, c. i, Indica, 5-6.

[116] Mariette, Sur une découverte récemment faite à Karnak, dans les Comptes rendus, 1874, p. 247-249, et les Listes géographiques des pylônes de Karnak, p. 60-66. Dés la quatrième dynastie, il est fait mention d’Hathor, dame de Pouanit.

[117] Justin, 1. XVIII, c. iii, § 2. Le lac d’Assyrie peut être soit le Bahr-i-Nedjif, soit le lac de Bambyce (Gutschmid, Beitrœge zur Geschichte des alten Orients, I, 1858, p. 26). L'identification avec le lac de Mérom (Hitzig, Urgeschichte und Mythologie der Philistœer, p. 181-183) est impossible à soutenir.

[118] Caussin de Perceval, Histoire des Arabes, t. I, p. 58 sqq. Sur le manque d'authenticité des traditions recueillies par les historiens arabes, cf. Th. Nöldeke, Ueber die Amalekiter, p. 54 sqq.

[119] L'origine phénicienne des rois Pasteurs et de leur peuple est attestée par Manéthon, édit. Uuger, p. 140 sqq., et par d'autres chronographes. Cf. le passage de Conon, dans les Mythographes grecs de Westermann, p. 141 : oÛ d¢ FoÛnixew tñte m¡ga te, Éw lñgow, àsxuon, xaÜ poll¯n t°w ƒAsÛaw xatastrefñmenoi, tò BasÛleion ¤n Y®baiw taÝw AÞguptÛaiw §xon. Cette théorie de l'origine des Hyksos a été adoptée par Lepsius, Nubische Grammatik, Einleitung, cviii, sqq., et par Hommel, Die Semitischen Völker, t. I, p.425 sqq. ; pour Mariette (Aperçu de l’histoire d'Égypte, 1864, p. 50) et pour le P. di Gara (Gli Hyksôs di Egitto, p. 175-177 et Gli Hethei-Pelasgi, t. I, p. 5, 6) ce sont des Hittites.

[120] Manéthon, édit. Unger, p. 140.

[121] On a cru retrouver le nom de Shalati dans le cartouche brisé du Sphinx de Tell-Mokhdam (Ebers, Ægypten und die Bücher Moses, p. 202 ; Ed. Mayer, Set-Typhon, p. 56 ; Lauth, Manetho, p. 249) ; mais Naville y a reconnu le nom Nahsiri d'un Pharaon de la xive Dynastie (le roi Nahasi dans le Recueil de Travaux, t. XV, p. 97-101).

[122] Manéthon les appelait improprement Assyriens.

[123] Manéthon, édition Unger, p. 141. Devéria a cru retrouver leurs noms dans un fragment du papyrus royal de Turin (Lettre à M. Auguste Mariette sur quelques monuments relatifs aux Hyq-Sôs, dans la Revue archéologique, 1861, t. III. p. 253-256;  cf. Lauth, Ægyptische Chronologie, p. 436 sqq.).

[124] Manéthon, ibid., p. 142. Hyksôs répond au singulier Hiqshôsou, le roi des Shasou, Hykoussôs au pluriel Hiqou-shosou, les rois des Shasou.

[125] Chabas, Mélanges égyptologiques, 4e série, p. 28-41.

[126] A. Mariette, Lettre à M. le vicomte de Rougé, sur les fouilles de Tanis, p. 9. Fr. Lenormant a découvert à Rome les fragments d'une statue égyptienne, qui lui a paru se rattacher au même type (Frammento di statua di uno dei re pastori di Egitto, extrait du Bolletino delta Commissione Comunale di Roma, 1877).

[127] Maspero, Guide du Visiteur au Musée de Boulaq, p. 64-65, n° 407, et Archéologie Égyptienne, p. 246-247, Golénischeff, Amenemha III et les Sphinx de San, dans le Recueil de Travaux, t. XV, p. 131-136.

[128] Naville, Bubastis, pl. XII, XXV a et p. 23-26 qui lit le nom Rayan.

[129] A cette époque appartient probablement l'Apôpi Aousirri dont le nom se lit sur deux tablettes en bois du Musée de Berlin (Eisenlohr, An Historical Monument, dans les Proceedings of the Society of Biblical Archœology, 1881, p. 97-98). Ce prince serait le même que l'Aousirri, dans la trente-troisième année duquel fut copié le traité de Mathématiques du papyrus Rhind (Eisenlohr, Ein Mathematisches Handbuch, p. 7, 28).

[130] Israël, celui qui lutte contre Dieu. C'est le surnom que Jacob prit, selon la légende, après sa lutte avec Dieu (Genèse, XXXII, 24-32).

[131] Genèse, XLV, 17-18.

[132] Ibid., XLVI, 5-6.

[133] Sur l'étendue du pays de Goshen, consulter, avec quelques restrictions, l'ouvrage de G. Ehers, Durch Gosen zum Sinaï.

[134] Jean d'Antioche, fr. 59, dans Müller, Fragm. H. Gr., t. IV.

[135] Sur la lecture de ce nom, voir Maspero, Études égyptiennes, t. I, p. 199, note 2.

[136] Le Papyrus Sallier n° I, qui nous a conservé le début de ce conte, a été écrit vers le milieu ou vers la fin de la dix-neuvième dynastie.

[137] La vie d'Ésope le Phrygien, traduite par La Fontaine (Fables de La Fontaine, édit. Lemerre, t. I, p. 41-45).

[138] G. Maspero, Études égyptiennes, t. I, p. 195-216 ; les Contes populaires de l'Ancienne Égypte, p. 185-196. Je n'ai pas tenu compte du roi Noubîti, l'Ombite, dont parle une inscription de Tanis (Mariette, la Stèle de l'an 400), et dont tous les égyptologues font un roi Pasteur : j'ai indiqué ailleurs que je reconnaissais, dans le passage où il est nommé, une allusion au dieu Typhon, considéré comme souverain de l'Égypte au temps des dynasties divines (cf. Revue critique, 1880, t. I, p. 467).

[139] Probablement la ville de Sharoukhen, dans la tribu de Siméon, Josué, xix, 6. C'est à Piehl (Proceedings de la Société d'Archéologie Biblique, t. XV, p. 258) que nous devons l'explication de cette dernière partie de la guerre.

[140] Pour l'étude de cette époque, voir Lepsius, Chronologie ; Brugsch, A History of Égypt under the Pharaons, t. I, p. 498 sqq. ; Maspero, Revue critique, 1870, p. 116, et Une Enquête judiciaire à Thèbes, p. 71-81 ; Erman, Zur Chronologie der Hyksos, dans la Zeitschrift, 1880 ; L. Stern, Die Hyksos, dans la Deutsche Revue, t. VII. Chabas avait réuni dans un ouvrage spécial à peu près tout ce qu'on sait des Pasteurs, les Pasteurs en Égypte, Amsterdam, 1868, in-4° ; le P. di Cara a repris le sujet vingt ans plus tard dans Gli Hyksôs o Re Pastori di Egitto.

[141] Birch, le Papyrus Abbott, p. 175b. Les plus illustres de ces princes, ceux qui régnaient à Nekhahît, n'ont pas pris le cartouche ; leurs tombeaux sont comparables pour la finesse du dessin aux meilleurs tombeaux de Béni-Hassan. Les autres sont connus par de petits monuments ou par les listes conservées dans les tombeaux des domestiques de la nécropole thébaine (Lepsius, Denkm., III, pl. 2).

[142] Lepsius, Auswahl, t. XIV, et Denkm., III, 57, l.17-22 de l'inscription d'Ahmôsis Si Abina.

[143] E. de Rougé, Étude sur les monuments du massif de Karnak, dans les Mélanges d'archéologie égyptienne, t. I.

[144] Lepsius, Denkm., III, pl. 71 ; cf. Brugsch, Zeitschrift, 1867, p. 89-93.

[145] Manéthon, édit. Unger, p. 150-151.

[146] Mariette, Notice des monuments, p. 272-275.

[147] Le cercueil et le corps du roi, de sa femme Nofritari, d'un de leurs fils et d'une de leurs filles morts en bas âge, ainsi que de plusieurs princes et princesses de leur famille, ont été découverts en 1881, dans la cachette de Déir-el-Bahari, et sont aujourd'hui au Musée du Caire (Maspero, Guide du Visiteur au Musée du Caire, p. 317 sqq.).

[148] Nofritari est quelquefois représentée avec la face noire (Champollion, Notices, t. I, p. 520-525, 846 et p. 554), et l'on en a conclu qu'elle était la fille d'un prince nègre, qu'Ahmôsis aurait épousée pour s'assurer un allié contre les Pasteurs. Mais cette coloration noire, d'ailleurs assez rare, et qui échange quelquefois avec la couleur bleue (dans le tombeau de Kasa à Déir-el-Mèdinéh, Wiedemann, Ægypische Geschichte, t. I, p. 315), est donnée à la reine dans son rôle de déesse, et n'a qu'une valeur mythologique.

[149] Maspero, Rapport sur une mission en Italie dans le Recueil, t. III, p. 109-110, etc.

[150] La forme Aménophis, adoptée généralement, est la transcription grecque du nom Amenemopit : la transcription grecque d'Amanhatpou, Amenhotpou, est Aménôthès (Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire, dans la Zeitschrift, 1882, p. 128-129).

[151] Lepsius, Auswahl,. t. XIV, et Denkm., III, 87, l. 23-25 de l'inscription d'Ahmôsis Si Abina. Une stèle en bois du Musée de Turin proviendrait, dit-on, de Méroé (Gazzera, Descrizione dei Monumenti Egizii, pl. I, 8), et semblerait montrer qu'Aménôthès 1er avait porté ses armes jusque-là.

[152] Lepsius, Ueber die widderköpfigen Götter Ammon und Chnumis, dans la Zeitschrift, 1877, p. 8 sqq.