LA MONARCHIE FRANQUE

 

CHAPITRE III. — EXISTAIT-IL DES ASSEMBLÉES DU PEUPLE FRANC ?

 

 

Durant l'époque précédente, c'est-à-dire dans la Gaule romaine, nous avons vu deux sortes d'assemblées : celles qu'on appelait concilia, qui étaient la réunion des grands personnages d'une province, et qui émettaient des vœux, des avis, ou des réclamations, sans jamais prendre part elles-mêmes au gouvernement[1] ; et celles qu'on appelait conventus, où venait toute la population d'une contrée, mais qui ne délibéraient sur rien, n'avaient aucune action, et ne faisaient que recevoir les ordres du gouverneur rendant la justice au milieu d'elles[2].

Il y avait eu dans l'ancienne Germanie d'autres assemblées véritablement nationales et souveraines qui avaient discuté et décidé sur tous les intérêts généraux[3].

Les assemblées romaines, surtout les concilia, qui avaient déjà perdu leur vigueur dans les derniers temps de l'empire et qui n'étaient plus qu'une institution morte, disparurent tout à fait à l'époque des invasions. Les rois francs ne les firent pas renaître. Quant aux assemblées germaniques, nous avons à chercher si les Francs en ont apporté l'usage avec eux, et s'ils les ont conservées dans la période mérovingienne. C'est une recherche qui ne doit pas être faite par des raisonnements, mais par les textes exactement observés.

Il faut éviter toute équivoque. Nous rencontrerons beaucoup de grandes réunions d'hommes ; mais toute réunion d'hommes n'est pas une assemblée nationale On entend par assemblée nationale la réunion régulière d'un peuple organisé ou de ses représentants, réunion qui se forme légalement, qui a des attributions déterminées par les lois ou par des usages traditionnels, réunion qui délibère, qui discute, qui décide des intérêts de ce peuple. Quelque chose de semblable existait-il chez les Francs au temps de Clovis et dans le siècle qui a suivi ? Plusieurs historiens modernes l'ont pensé. L'un des plus récents, Junghans professe qu'au temps de Clovis le peuple franc prenait une assez grande part aux affaires politiques et qu'il exerçait ce droit dans des assemblées populaires[4]. Il importe de vérifier l'exactitude de cette opinion.

Grégoire de Tours fait le récit d'une réunion de Francs sous Clovis ; mais ce qu'il montre n'est pas un peuple, c'est une troupe de soldats. Nous traduisons littéralement : Le roi ordonna à toute la phalange de venir près de lui en tenue de guerre, pour montrer en champ de Mars si ses armes étaient en bon état[5] ; il passa les hommes en revue, et, arrivé près de l'un d'eux, il lui dit : Personne n'a ses armes aussi mal tenues que les tiennes ; ni ta lance ni ton épée ni ta hache ne sont en état de servir. Il lui prit sa hache et la jeta à terre ; puis, tandis que l'homme se baissait pour la ramasser, il leva sa hache et lui fracassa la tête. Il n'y a assurément dans ce récit aucun trait qui convienne à une assemblée nationale. Nulle question d'intérêt public n'est posée ni discutée. C'est une simple revue des armes. Nous n'avons là que la phalange, et non pas un peuple. Même, ce qui est bien significatif, c'est que ces soldats, que l'imagination moderne se représente comme des caractères fiers et farouches, laissent égorger l'un des leurs sans aucune forme de procès, sans aucune faute commise, et ne font entendre aucune protestation. Le roi leur donne l'ordre de s'en aller, et ils se retirent saisis de crainte[6]. Se peut-il voir soldats plus soumis, et cela ressemble-t-il à un peuple libre ?

Voici un autre récit, qui se rapporte à l'année précédente. Ces mêmes soldats, après une victoire et le pillage de plusieurs églises, s'étaient réunis à Soissons pour partager le butin[7]. Car, suivant un usage commun aux Germains, aux Romains, et à beaucoup d'anciens peuples, le butin devait être distribué entre tous, et les lots devaient être assignés par le sort entre les chefs et les soldats[8]. Le roi dit aux siens : Je vous prie, vaillants guerriers, de m'accorder outre ma part le vase que voici. Les plus sensés répondirent : Glorieux roi, tout ce qui est ici t'appartient, et nous-mêmes nous sommes soumis à ta puissance[9] ; fais donc ce qui le plaît, car personne ne peut te résister[10]. Mais l'un d'eux, levant sa hache, en frappa le vase et dit : Tu n'auras que ce que le sort te donnera. Voilà une grande liberté de langage, mais chez un homme seulement. Elle trouva peu d'imitateurs ; car, voyant cela, les autres furent stupéfaits, et ils laissèrent le vase à Clovis, qui le rendit à l'évêque de Reims[11]. Comment a-t-on pu voir dans ce récit une assemblée nationale ? Ce n'est qu'une troupe de soldats, et même de soldats fort dociles.

Voici un troisième récit : Saint Remi engageait Clovis à renoncer aux idoles ; Clovis lui dit : Je t'écouterais volontiers, très saint père ; la seule chose qui m'arrête est que le peuple qui me suit ne veut pas abandonner ses dieux ; mais je vais leur parler. Il se rendit alors vers les siens, et avant même qu'il eût parlé, la volonté divine fit que tout le peuple s'écria : Nous rejetons les dieux mortels et nous voulons suivre le Dieu que Remi prêche[12]. Tel est le récit qui précède le baptême de Clovis. Nous y voyons bien que Clovis, avant de prendre une détermination infiniment grave, consulte les siens, s'assure de leur opinion et ne veut pas être en désaccord avec son peuple. Mais c'est aller beaucoup trop loin que de voir en cela une assemblée nationale qui délibère de plein droit, qui discute, qui vote, et qui décide souverainement qu'on changera de religion[13]. Grégoire de Tours a décrit là une réunion tumultuaire et exceptionnelle, non pas une assemblée régulière et normale. Un fait isolé ne prouve pas une institution. Notez encore que cette réunion ne discute, ne délibère, ni ne vote. Elle n'impose pas sa volonté au roi ; elle adhère à la sienne. On peut même douter que ce soit vraiment le peuple franc tout entier qui soit ici réuni ; car on remarquera que ce que Grégoire appelle populus dans cette phrase, il l'appelle exercitus quelques lignes plus loin[14], et l'on sait en effet que dans la langue du temps les deux mots étaient souvent pris l'un pour l'autre[15].

Junghans écrit encore que pour entreprendre une campagne le roi franc a besoin de l'assentiment du peuple. Mais où a-t-il vu cette règle ? Il n'y est pas fait la moindre allusion dans les guerres contre Siagrius, contre les Alamans, contre les Burgundes[16]. Il se trouve seulement qu'au début de la guerre wisigothique Grégoire met quelques paroles dans la bouche de Clovis s'adressant aux siens ; aussitôt Junghans suppose une assemblée des guerriers qui décide l'expédition, et il écrit : Lorsque tous ont approuvé la proposition du roi de soumettre les Ariens, il va de l'avant[17]. C'est étrangement fausser le texte de Grégoire de Tours. Voici ce texte : Le roi dit aux siens, suis : Il me déplaît que ces Ariens occupent une partie des Gaules ; marchons, avec l'aide de Dieu, et réduisons leur pays en notre pouvoir. Ces paroles plurent à tous ; alors il ordonna la levée de l'armée, exercitus, et il se porta vers Poitiers[18]. On aurait dû remarquer dans ce petit récit la distinction si nette que Grégoire établit entre les siens et l'armée. Ce n'est pas à l'armée que Clovis s'est adressé, puisque l'armée n'a été levée qu'après ; c'est seulement aux siens. Les siens, c'est apparemment l'entourage immédiat du roi, ce sont les hommes à lui, ses fidèles, ses grands, ses conseillers. L'adjectif sui ne désigna jamais un peuple souverain. Avec ces hommes il a délibéré sur cette guerre, si l'on peut appeler délibération une scène où le roi seul a parlé, où il a déclaré sa volonté, et où les assistants n'ont eu qu'à approuver. Quant à l'armée, c'est-à-dire à ce qui représenterait peut-être le peuple franc, elle n'est convoquée qu'ensuite, et personne ne la consulte. Le roi lui donne l'ordre de marcher, et elle marche. Il n'y a rien de plus dans le passage de Grégoire de Tours.

Je sais bien qu'il ne faut pas accorder une foi absolue à ces récits. Grégoire les tenait de la tradition, et surtout de la tradition ecclésiastique. Mais nous n'avons que ces récits pour nous renseigner sur les usages d'alors et sur les idées des hommes. Dès que l'on se sert d'eux, il faut s'en servir avec exactitude. Il ne faut pas les altérer pour leur faire signifier autre chose que ce que l'auteur y a mis. Il ne faut pas non plus y substituer d'autres récits qui ne seraient que le fruit d'une imagination moderne. L'histoire est une science qui se fait avec les documents qu'on a, non pas avec les impressions personnelles que chacun de nous voudrait y porter.

Il n'y a pas d'indice que Clovis ait en aucun cas consulté ses soldats. Le champ de Mars que Grégoire de Tours nous a décrit n'était qu'une réunion militaire, une revue d'inspection faite au printemps[19], soit que le roi voulût conduire immédiatement ses soldats en campagne, soit que, faute de. guerre cette année-là, il les renvoyât chez eux[20]. Encore moins voyons-nous qu'il ait jamais consulté un peuple, et qu'il ait demandé à une assemblée nationale l'autorisation d'entreprendre une guerre.

De ce qu'on a vu quelquefois les rois francs haranguer leurs soldats, on a cru qu'on se trouvait en face d'un usage particulièrement germanique. Pareilles harangues ont été en usage partout, même dans l'empire romain. Sans remonter jusqu'à Tacite, Ammien Marcellin en rapporte plusieurs. Il dit, par exemple, que l'empereur Constance harangua ses soldats et leur demanda s'il leur convenait qu'il fit la paix avec les Germains[21]. Il les consulta même sur l'élévation de Julien au rang de César[22]. L'historien ajoute cette particularité que les armées romaines, dans ces sortes d'assemblées, exprimaient leur approbation en faisant résonner le bouclier sur la genouillère, et leur mécontentement en frappant de la pique sur le bouclier[23]. L'habitude germanique différait peu de cette habitude romaine[24]. Il faut se garder d'attribuer à une seule race les usages qui appartiennent à la nature humaine.

Sous les successeurs de Clovis, je cherche en vain, pendant tout un siècle, une assemblée du peuple franc. Les documents ne me montrent pas une seule fois ce peuple s'assemblant, soit pour élire ses rois, soit pour régler les partages du royaume, soit pour accorder ou refuser les impôts, soit pour décider de la paix ou de la guerre.

Quand les fils de Clovis portent la guerre chez les Burgundes, ce n'est pas une assemblée de la nation franque qui les a poussés[25]. C'est le roi Thierri seul qui décide la guerre contre les Thuringiens, bien qu'il ne se mette en marche qu'après avoir excité l'ardeur de ses soldats par une harangue[26]. Les Francs qui menacent Thierri de le quitter et de se donner à ses frères s'il ne leur procure une guerre et du butin, ne sont pas une assemblée nationale ; ils sont une bande de guerriers avides[27]. Si Childebert fait une expédition en Italie, ce n'est pas parce que la nation l'y a autorisé[28]. Nous pourrions énumérer une longue suite de guerres sans y trouver le moindre indice de la volonté d'un peuple.

On dira peut-être que Grégoire de Tours a pu ignorer les actes du peuple franc. C'est une erreur. Grégoire connaissait les Francs, fréquentait les rois, était au courant de ce qui se faisait autour d'eux. Il est inadmissible qu'il ait ignoré un usage tel que celui d'assemblées franques, et, le connaissant, il est inadmissible qu'il n'en ait pas parlé en mainte occasion. Qu'on ne dise pas non plus qu'il n'a pas compris les idées des Francs ; les historiens du dix-neuvième siècle, en les comprenant autrement que lui, sont-ils sûrs de les comprendre mieux ?

L'institution même du champ de Mars, c'est-à-dire de l'inspection des soldats au printemps, paraît être] tombée en désuétude. Grégoire, qui l'a décrite une fois sous Clovis, ne la mentionne pas une seule fois sous ses successeurs. Les faits de guerre sont nombreux dans ses livres. Il montre souvent une armée réunie autour du roi. Il n'a jamais un mot qui indique que cette armée soit consultée sur quoi que ce soit, même sur la guerre qu'on entreprend. Cette armée est parfois peu docile ; un jour, elle menace le roi. Thierri ; un autre jour, elle s'insurge contre le roi Clotaire[29]. Mais ces actes d'indiscipline, qui d'ailleurs sont assez rares[30], n'ont rien de commun avec le droit qu'auraient les hommes de voter librement sur la guerre. Ils impliquent même l'absence de ce droit.

Quant aux traités de paix, nous constatons par de nombreux exemples que les rois francs les concluent quand ils veulent, avec qui ils veulent, sans jamais prendre l'avis d'un peuple. Le traité d'Andelot, ou pour l'appeler de son vrai nom le pacte d'Andelot[31], était un acte qui décidait du sort de deux royaumes et des intérêts matériels d'un grand nombre de Francs. Il ne fut pourtant soumis à aucune assemblée nationale. Il fut conclu dans une conférence entre les très puissants seigneurs rois Gontran et Childebert et la très glorieuse dame Brunehaut, lesquels, en présence d'évêques et de grands, et de Dieu même, sont convenus, par un sentiment de charité, de se conserver mutuellement entre eux trois une foi et une amitié sincères[32]. Qu'on lise le long texte de cette convention, texte qui est celui que le roi Gontran a mis sous les yeux de Grégoire, on n'y trouvera pas la mention d'une assemblée, ni l'indice d'une volonté populaire.

Ainsi, l'usage des assemblées nationales, telles quel Tacite les avait décrites en Germanie, n'a pas été transporté en Gaule par les Francs. Il n'y a pas eu au sixième siècle d'assemblées franques[33].

Au siècle suivant, au septième, on voit apparaître des assemblées d'un genre nouveau. Les textes les appellent du nom de conventus generalis populi. Elles ne ressemblent ni aux anciens concilia romains, ni aux anciennes assemblées germaniques. Ni Grégoire de Tours, ni la Chronique dite de Frédégaire, ne les mentionnent jamais. On ne les voit que dans les cent dernières années de la période mérovingienne. C'est donc plus loin que nous les étudierons et que nous en observerons la nature.

Jetons maintenant un regard, hors de la Gaule, sur les autres États germaniques. Si nous y cherchons l'institution du champ de Mars, nous ne la trouvons pas. Que l'armée s'insurge, qu'elle nomme un nouveau roi, c'est ce qui se voit quelquefois ; mais que l'armée ait ses réunions légales et qu'elle soit régulièrement consultée par les rois, c'est ce qui ne se voit jamais dans aucun des États germaniques. Quant à des assemblées nationales ou populaires qui se réunissent périodiquement et de plein droit, qui discutent sur les affaires publiques, qui décident des intérêts généraux, il n'en existe pas un seul exemple, ni chez les Wisigoths, ni chez les Lombards, ni chez les Alamans, ni chez les Bavarois. Ni les lois n'énoncent le principe d'une souveraineté populaire, ni les faits n'en montrent la pratique. Visiblement, la vieille institution germanique de l'assemblée nationale est oubliée. Ce qui a pris sa place, et dans tous ces États, c'est une réunion des grands autour du roi. Celle-ci délibère réellement et exerce une grande action. Pour comprendre le rôle de cette réunion, il faut voir d'abord quels sont ces grands qui la composent.

 

 

 



[1] Voyez Paul Guiraud, les Assemblées provinciales dans l'empire romain, 1888.

[2] Voyez plus haut, tome Ier, 3e édition, liv. II, c. 11, § 5.

[3] Tacite, Germanie, c. 11.

[4] Junghans, Histoire de Childérich et de Chlodovech, traduction Monod, p. 124. — C'est aussi l'opinion de Sohm, Reichs und Gerichts Verfassung, p. 58, 55, 55, 295.

[5] Grégoire, II, 27 : Jussit omnem cum armorum apparatu advenire phalangem, ostensuram in campo Martio suorum armorum nitorem....

[6] Grégoire, II, 27 : Quo mortuo, reliquos abscedere jubet, magnum sibi per hanc causam timorem statuens. — Le récit de Grégoire a été reproduit avec tous ses traits essentiels dans l'Historia epitomata, c. 16, dans les Gesta regum Francorum, dans la Vita Remigii, par Flodoard, Hist. Rem. Eccl., I, 13. — Nul ne peut affirmer que ce récit soit d'une vérité absolue ; il montre au moins que c'est ainsi que les hommes se sont figuré une réunion de l'armée franque.

[7] Grégoire, II, 27 : Sequere nos usque Suessionas, quia ibi cuncta quæ acquisita sunt, dividenda erunt. Cumque mihi vas illud sors mihi dederit....

[8] Junghans commet ici plusieurs inexactitudes graves (page 126 de la traduction Monod) : Dans cette réunion du peuple frank, dit-il, le roi se trouve réduit à une égalité complète vis-à-vis de ses compagnons ; les mêmes fatigues guerrières donnent lieu à une part égale. 1° Le récit de Grégoire ne parle pas d'un peuple, mais d'une armée. 2° Grégoire ne dit pas non plus qu'il y eût égalité entre le roi et les soldats. De ce qu'il y a partage de butin et tirage au sort, il ne suit pas nécessairement que les parts fussent égales ; tout cela est de l'imagination de l'érudit moderne.

[9] Grégoire, II, 27 : Omnia, gloriose rex, quæ cernimus, tua sunt, et nos ipsi tuo sumus dominio subjugati. Quod tibi placitum videtur facito, nullus enim potestati tuæ resistere valet.

[10] Sans doute, on ne peut pas affirmer que de telles paroles aient été réellement prononcées. Mais on ne doit pas non plus affirmer hardiment contre Grégoire de Tours qu'elles ne l'ont pas été. M. Monod, traducteur de Junghans, page 128, note, fait cette réflexion : Voilà des paroles qui ne sont pas vraisemblables dans des bouches germaines. C'est-à-dire que M. Monod se fait une idée préconçue de l'esprit de liberté des Germains, et que les paroles de Grégoire de Tours contredisent cette idée qu'il a. Mais sommes-nous bien sûrs de l'esprit de liberté des Germains ? Savons-nous quelle était leur discipline militaire ? Il n'y a nulle impossibilité à ce que ces paroles ou des paroles semblables aient été prononcées. Il est très dangereux en histoire de substituer nos impressions aux textes ; c'est ce qu'on appelle la méthode subjective. Le plus sage est d'accepter le texte de Grégoire ; il montre au moins quelle idée Grégoire se faisait de ces guerriers, et notez qu'il a connu leurs petits-fils.

[11] Ibidem : Ad hæc stupefactis omnibus... rex acceptum urceum nuntio ecclesiastico reddidit. — Historia epitomata, ch. 16 : Posita sorte acceptum urceum.

[12] Grégoire, II, 51 : Libenter te, sanctissime pater, audiam ; sed restat unum quod populus qui me sequitur non patitur relinquere deos suos ; sed vado et loquar eis juxta verbum tuum. Conveniens autem cum suis, priusquam loqueretur, præcurrente potentia Dei, omnis populus adelamavit : Mortales deos abjicimus.

[13] C'est ce que dit Junghans, trad. Monod, p. 124. Ce petit livre du jeune professeur allemand est un des exemples les plus dangereux de la méthode subjective appliquée à l'histoire.

[14] Grégoire, II, 31 : POPULUS adclamavit... rex baptizatus est, de EXERCITU ejus baptizati sunt tria millia.

[15] Ainsi, au chapitre suivant, II, 32, l'armée de Gondebaud est appelée d'abord exercitus, ensuite populus. — Autre exemple, II, 37 ; IV, 45, l'armée de Mummolus est désignée dans la même phrase par les mots exercitus et populus.

[16] Voyez Grégoire, II, 27 ; II, 50 ; II, 32.

[17] Junghans, trad. Monod, p. 125.

[18] Grégoire, II, 37 : Rex ait suis : Moleste fero quod hi Ariani partem teneant Galliarum.... Cumque placuisset omnibus hic sermo, commoto exercitu Pictavis dirigit. — Dans la langue de Grégoire de Tours, commovere exercitum, expression très fréquente, est le terme propre pour signifier la convocation et la levée de l'armée.

[19] C'est bien le sens des mots de Grégoire : phalangem ostensuram in campo Martio suorum armorum nitorem. Il est difficile de dire le senst exact de l'expression campus Martius ; elle est toute latine, mais il es possible qu'elle traduise une expression germanique. — Toutefois il est bon de noter que le mot campus avait déjà dans la langue latine le sens particulier de champ où se réunit une armée, même celui de champ de bataille. Sidoine Apollinaire dit que les troupes de Majorien restent maîtresses du champ de bataille, campum retinent (Panegyr. Majoriano, v. 439). Grégoire de Tours écrit campum pugnæ (II, 27). Notons encore qu'Ammien Marcellin, longtemps avant Clovis, employait une expression bien semblable à celle de Grégoire de Tours, en parlant d'un général romain et de troupes romaines : edicto ut cuncti convenirent in campo. Ammien, XX, 5, 1. Tout cela fait qu'on peut se demander si l'on est en présence d'un usage romain ou d'un usage germanique, ou d'un usage commun aux deux races et même commun à toutes les armées du monde.

[20] C'est le cas dans l'exemple que cite Grégoire, II, 27 : Abscedere jubet. — Sur les champs de Mars, on lira avec fruit une bonne étude analytique de M. Wilhelm Sickel, Die Merovingische Volksversammlung.

[21] Ammien Marcellin, XIV, 10, § 10-16 ; XVII, 15 ; XX, 4 ; XX, 5 ; XXIV, 3 ; XXVI, 2. Que dirait-on de l'historien qui, raisonnant d'après tant de harangues, prétendrait que les armées romaines étaient des assemblées délibérantes ? Et c'est ce qu'on dit des armées franques, en raisonnant sur une seule harangue de Clovis.

[22] Ammien Marcellin, XV, 8. La chose se passe en Italie : Advocato omni quod aderat commilitio (noter cette expression, qui ne peut s'appliquer qu'aux légions et à des troupes toutes romaines), tribunali ad altiorem suggestum erecto, quod aquilæ circumdederunt (encore un trait qui dénote de vraies troupes romaines), hæc peroravit....

[23] Ammien Marcellin, XV, 8, § 5 : Post hæc, militares omnes horrendo fragore scuta genibus illidentes, quod est prosperitatis indicium plenum ; nam contra, cum hastis clypei feriuntur, iræ documentum est.

[24] Tacite, Germanie, 11 : Si displicuit sententia, fremitu aspernantur ; si placuit, frameas concutiunt ; honoratissimum assensus genus est armis laudare.

[25] Grégoire, III, 6 : Chrotechildis regina Chlodomerem vel reliquos filios suos alloquitur : Patris matrisque meæ mortem vindicale. Hæc illi audientes, Burgundias petunt.

[26] Grégoire, III, 7 : Theudericus non immemor perjurii Hermenefridi regis Thoringorum, Chlotacharium fratrem in solatium suum evocat, promittens partent prædæ. Convocatis igitur Francis dicit ad eos....

[27] Grégoire, III, 11 : Franci qui ad eum adspiciebant dixerunt : Si cum fratribus tuis in Burgundiam ire despexeris, le relinquimus et illos satius sequi præoptamus.... At ait ille : Me sequimini et vos inducam ubi aurum et argentum accipiatis.... His promissionibus hi inlecti suam voluntatem (la volonté de Thierri) facere promittunt.

[28] Voyez Grégoire, IX, 29 ; X, 5.

[29] Grégoire, III, 11 ; IV, 14.

[30] On en compte trois ; mais il faut placer en regard plus de quarante exemples où l'on voit les armées mérovingiennes marcher où le roi leur ordonne d'aller, avec une singulière docilité. Nous citerons ces exemples plus loin.

[31] Grégoire l'appelle pactio.

[32] Grégoire, IX, 20 : Cum præcellentissimi domni Guntchramnus et Childebertus reges et gloriosissima domna Brunichildis regina Andelaum caritatis studio convenissent id inter eos, mediantibus sacerdotibus atque proceribus, Deo medio, caritatis studio complacuit ut fidem et caritatem puram sibi debeant conservare. — Notons le sens de quelques mots ; sacerdotes, au sixième siècle, se disait des évêques ; mediantibus, medio, signifient simplement qui est au milieu. De même nous lisons mediante februario, au milieu de février. Ce mot ne comportait nullement l'idée que nous attachons aujourd'hui au mot médiation. La phrase veut dire qu'avant de conclure chacun des trois souverains a pris l'avis de quelques évêques, de quelques grands, et de Dieu lui-même.

[33] Cependant un savant écrivain, M. Glasson, dans son Histoire du droit et des institutions de la France, t. II, p. 521-325, affirme qu'il y a eu au sixième siècle une série d'assemblées nationales, et il annonce des textes. Il faut vérifier ces textes. Nous allons donner tous ceux qu'il allègue. 521 : L'armée, dit-il, fut régulièrement convoquée tous les ans au champ de Mars ; or l'auteur qu'il cite là-dessus est Hincmar, évêque du neuvième siècle, et il eût fallu écarter au moins de son texte ce qu'il dit des posteriores Franci, c'est-à-dire des Francs de l'époque carolingienne. Le fait unique rapporté par Hincmar est simplement l'histoire du vase de Soissons sous Clovis, et Hincmar ne le présente nullement comme une assemblée. Après Clovis, ni Hincmar ni Grégoire de Tours ne mentionnent un seul champ de Mars ; dès lors, est-on en droit de dire que l'armée fut régulièrement convoquée tous les ans en champ de Mars ? — Cet usage persista, dit M. Glasson, et, pour prouver cette persistance, il cite la decretio Childeberti de 596, laquelle pourtant ne mentionne ni champ de Mars ni assemblée populaire ; mais M. Glasson a été trompé par l'expression calendis martiis. Les calendes de mars sont une date, elles ne sont pas une assemblée. Qu'on se reporte aux termes mêmes de cette decretio (dans l'édition Borétius, p. 15), on verra bien que Childebert a délibéré au milieu de ses optimates, et non pas au milieu d'un peuple ou dans un champ de Mars. — Page 522 : Le roi consultait l'armée, non seulement au début de la campagne, mais aussi dans d'autres circonstances ; ici aucun texte n'est cité, aucun exemple. — Page 525 : L'armée ou la nation est consultée, et parfois prend les devants ; et sur cela M. Glasson cite les deux anecdotes si connues des guerriers obligeant Thierry et Clotaire à leur fournir une campagne et du butin ; mais quel rapport cela a-t-il avec un champ de Mars ou avec une assemblée nationale ? Deux actes d'indiscipline constituent-ils une institution ? Pourquoi ne pas s'en tenir aux textes de Grégoire de Tours, IV, 11 et 24, qui raconte les deux faits et qui n'imagine pas de leur donner le caractère d'une institution normale. — Page 525 : Le roi Gontran, dans plusieurs circonstances, réunit ses peuples ; ici, il cite Grégoire, VII, 54 et 58 ; qu'on se reporte aux deux passages indiqués, on n'y trouvera pas un mot de cela ; qu'on lise Grégoire tout entier, on n'y trouvera pas que Gontran ait réuni un peuple une seule fois. — Page 325 : Le prétendant Mundéric convoque le peuple, parce que ses droits sont contestés ; c'est jouer sur les mots ; Grégoire dit bien, III, 14, populum suum ; mais reportez-vous à ce passage, et vous verrez qu'il ne s'agit pas du peuple franc, mais de la population de quelques cantons de la Champagne, et Grégoire ajoute même que ce n'était là qu'une rustica multitudo, un ramassis de paysans ; encore cette foule n'est-elle pas convoquée en assemblée délibérante, mais seulement pour prêter le serment dû par les sujets. Transformer cela en un peuple franc et en une assemblée nationale est étrange. — Page 323 : Ces assemblées tranchent les questions les plus diverses ; nul exemple. Elles fixent même les limites entre les royaumes ; et ici M. Glasson cite Frédégaire, 37, qui dit justement le contraire. Dans ce chapitre, le chroniqueur raconte que deux rois mènent leurs armées au combat sans les avoir consultées, puis que, renonçant au combat, l'un d'eux cède à l'autre le territoire contesté, sans consulter encore aucun peuple. — Page 525 : Le roi consulte ses peuples pour la nomination d'un fonctionnaire ou en matière d'impôts ; sur cela, aucun texte, aucun exemple. — On voit pourquoi, ayant lu attentivement la théorie de notre savant confrère, nous ne pouvons pas nous rallier à elle. Il n'y a pas un seul texte qui signale soit un champ de Mars, soit une assemblée nationale pendant le sixième siècle.