MŒURS ROMAINES

 

LIVRE VI — LES SPECTACLES.

CHAPITRE III. — L’Amphithéâtre.

 

 

Dans les jeux du cirque, le grand public des spectateurs, échauffé par l’esprit de parti, prenait un si vif intérêt au spectacle, qu’il y participait en quelque sorte comme acteur et que, là, un luxe de moyens comparativement médiocre suffisait pour tenir le peuple en baleine. Il était d’autant plus difficile d’occuper son désœuvrement et de, satisfaire sa curiosité dans les autres spectacles, auxquels il assistait dans une attitude plus passive. C’est à l’amphithéâtre qu’on faisait les plus grands efforts dans ce but. Quelque émouvants que fussent déjà de leur nature les spectacles qu’on y donnait, on était encore obligé de recourir à des décorations d’une magnificence vraiment féerique, à une succession de surprises et de changements à vue continuels, ainsi qu’à tout le charme de l’infini, du bizarre et du monstrueux, pour remplir et dépasser l’attente, ou du moins répondre aux prétentions du public, dans une capitale aussi exigeante et aussi blasée. C’est dans l’arène des amphithéâtres qu’avaient lieu, sous l’empire, pour la célébration de chaque fête, ces fameux combats de gladiateurs et de bêtes féroces, où le sang coulait à flots, mais qui, plus anciennement, se donnaient au cirque ; c’est dans la même arène, submergée, qu’on organisait en outre, à grands frais, les prodigieuses représentations nautiques connues sous le nom de naumachies.

 

§ 1. — Origine et propagation des amphithéâtres.

L’usage des jeux de l’amphithéâtre, comme on le verra bientôt, avait de longtemps précédé la conception du genre d’édifices auquel ils empruntèrent leur dénomination collective, et dont il faut commencer par dire un mot ici. De faibles commencements ces jeux étaient arrivés, dans le cours des siècles, à affecter des proportions de plus en plus grandioses. Il fallut alors, dans l’intérêt de la commodité des spectateurs et pour complaire à leurs fantaisies, songer à des dispositions nouvelles et à des embellissements qui marchèrent de front avec la mode des spectacles de l’espèce. Dans les derniers temps de la république, le peuple se pressait encore sur des échafaudages de bois, élevés à la hâte au Forum[1], jusqu’à ce qu’on eut l’idée de pourvoir à ses aises par l’appropriation d’un bâtiment spécial. L’architecture hellénique fournit lei éléments de la combinaison et du perfectionnement de l’édifice à construire.

En passant de l’hémicycle du théâtre grec à la circonférence du cercle entier, renfermant une arène elliptique, on constitue, l’amphithéâtre, qu’Ovide encore appelle structum utrinque theatrum[2]. En l’an 53, C. Scribonius Curion fit dresser, au rapport de Pline l’Ancien, deux théâtres mobiles en bois, placés l’un contre l’autre. Dans la matinée, on donnait sur tous les deux des représentations de jeux scéniques, puis on les faisait tourner sur leurs pivots avec tous les spectateurs ; les deux hémicycles de bois se rejoignaient de manière à former le cercle, et, les deux scènes disparaissant, on donnait le même jour, après midi, dans l’amphithéâtre ainsi improvisé, des jeux de gladiateurs[3]. Le premier amphithéâtre véritable de Rome fut peut-être celui que Jules César y construisit en bois, en l’an 44 avant J.-C. Un autre, bâti en pierre par Statilius Taurus, quinze ans plus tard, disparut probablement dans l’incendie néronien. Néron encore ne fit reconstruire au Champ de Mars qu’un amphithéâtre en bois. La dernière période décennale du premier siècle de notre ère seulement vit l’achèvement du colossal amphithéâtre des Flaviens, dans les ruines duquel nous admirons encore le débris le plus imposant de tout un monde écroulé.

Cependant, à mesure que tout subit l’influence et reçut l’empreinte de la civilisation romaine, la mode des spectacles de l’amphithéâtre se répandit aussi loin que s’étendait la domination du grand empire. De Jérusalem à Séville, de la Bretagne insulaire à l’Afrique septentrionale, il n’était certainement pas une ville considérable dont l’arène ne fût ensanglantée, tous les ans, par de nombreuses victimes. Outre les mentions qu’en ont faites incidemment les auteurs anciens, des monuments divers, mais surtout les ruines des amphithéâtres mêmes, dans les pays qui étaient alors des provinces de l’empire, permettent de suivre jusqu’à un certain point le mouvement de propagation de ces spectacles.

Ils étaient naturellement le plus communs en Italie, dans le pays qui possède encore aujourd’hui beaucoup plus de ces ruines que tous les autres. Il n’y avait là guère de petite ville ; quelque chétive et pauvre qu’elle fût, où l’on ne vît se produire, de temps en temps, quelques gladiateurs ambulants, ou qui ne se divertît à voir tuer des sangliers et des ours. Dans les localités plus importantes, on ne craignait pas de faire, pour ces spectacles, des dépenses qui doivent nous paraître excessives, en comparaison de celles que comportent chez nous, avec nos idées, ces réjouissances populaires. Souvent ils duraient deux[4], trois[5], quatre[6] jours et plus encore : jusqu’à huit jours[7] à Préneste, par exemple.

On n’y chassait et tuait pas seulement des taureaux, des cerfs, des lièvres, des sangliers et des ours, espèces communes dans l’Apennin, mais aussi des panthères[8] et des autruches[9], que le peuple appelait plaisamment des moineaux d’outre-mer, et Pline l’Ancien dit que l’on voyait déjà de son temps, dans les municipes, les bestiaires avec des armures d’argent, luxe qui, un siècle auparavant, avait fait grande sensation dans les spectacles donnés à Rome par Jules César[10]. Dans les petites localités réputées chétives et pauvres, on faisait combattre trois[11] ou quatre[12], dans celles de plus d’importance, vingt[13], trente[14] et jusqu’à cinquante[15] paires de gladiateurs.

A Pompéji, un certain A. Clodius Flaccus, investi pour la seconde fois du duumvirat, qui était la plus haute dignité municipale de l’endroit, fournit seul pour les jeux, entre autres dons de sa munificence, trente paires d’athlètes et cinq de gladiateurs ; plus, conjointement avec son collègue, trente-cinq autres paires de gladiateurs, avec tout ce qu’il fallait pour des combats de taureaux et une tuerie d’ours, de sangliers et d’autres animaux[16]. Des mentions de l’espèce ont été gravées sur les socles de statues et sur d’autres monuments commémoratifs, ainsi que sur des mausolées, pour transmettre à la postérité le souvenir et l’éloge de la magnificence et de la libéralité des donateurs de fêtes. Ces inscriptions montrent quels efforts communes et particuliers faisaient, dans ces occasions, pour que leur ville y paraît avec le plus d’éclat possible[17]. Or, on jugeait de l’éclat des fêtes d’après le nombre d’hommes qui y étaient immolés. Sur le piédestal d’une statue, érigée en l’an 249 à un citoyen qui avait rempli toutes les charges et donné de magnifiques spectacles, on lit : Il a fait paraître en quatre jours, à Minturne, onze paires de gladiateurs qui n’ont cessé le combat qu’après que la moitié d’entre eux, tous des plus vaillants de la Campanie, furent restés sur le carreau ; il a de plus fait traquer à outrance dix terribles ours ; vous vous en souvenez bien, nobles concitoyens[18].

Après l’Italie, ce sont les Gaules et l’Afrique septentrionale qui présentent le plus d’amphithéâtres, et c’est sans doute dans ces provinces, comme en Espagne, que les combats de gladiateurs étaient le plus répandus. Dans les pays septentrionaux, où les amphithéâtres manquent entièrement, ces jeux doivent avoir été plus rares, mais uniquement par la raison que là une population clairsemée, la pauvreté et la rudesse des habitants, ainsi que l’isolement des villes romaines, formaient encore plus généralement obstacle à la propagation des usages romains.

C’est seulement en Grèce que l’instruction plus avancée et les mœurs plus polies du peuple opposèrent positivement à l’introduction des jeux de gladiateurs une résistance assez forte pour empêcher que cette mode n’y devînt jamais aussi générale que dans les provinces d’Occident.

Cependant on ne tarda pas à s’y habituer, même en Orient. On y avait déjà vu ce que peut l’habitude, à l’époque où le roi Antiochus Épiphane monta le premier des jeux de gladiateurs, en Syrie et probablement aussi en Grèce. Dans les commencements, l’effroi l’emportait sur le plaisir qu’on y trouvait ; mais, à force de multiplier les représentations, dans lesquelles on se borna d’abord à ne faire durer les combats que jusqu’au premier sang, puis jusqu’à la chute du premier homme dans l’arène, ce prince fit tant que le public y prit goût et que des volontaires ne tardèrent même pas à s’offrir comme champions, pour un modique salaire[19]. Les jeux de gladiateurs durent plus facilement trouver accès en Grèce quand, après la soumission de cette contrée, ses relations avec la métropole conquérante se furent multipliées comme aussi devenues plus intimes, et qu’avec le temps les mœurs romaines se naturalisèrent de plus en plus en Grèce. Le foyer de cette propagande d’influences étrangères était, dans le pays même, Corinthe ressuscitée par César sous la forme d’une colonie romaine. Comme il y avait peu de l’esprit hellénique dans le caractère de cette colonie et de sa population, il était naturel que les jeux de gladiateurs trouvassent leur meilleur terrain précisément dans une riche et opulente cité maritime et marchande, où s’agitait, on n’en peut douter, une populace nombreuse et corrompue. Aussi cette ville est-elle la seule de la Grèce qui ait possédé réellement un amphithéâtre, mais non toutefois avant le deuxième siècle de notre ère. Les ruines en subsistent encore. Ce genre de spectacles fut également introduit à Athènes, parce qu’on y était jaloux de ne rester, pour quoi que ce fût, en arrière des Corinthiens[20].

Ils y avaient pénétré du temps de Dion Chrysostome[21], qui vécut sous Nerva et Trajan. Mais, si Philostrate fait adresser aux Athéniens par Apollonius de Tyane, sous Néron déjà, une lettre de réprimande au sujet des jeux de gladiateurs donnés chez eux[22], il anticipe et commet un anachronisme, ou plutôt il invente pour le besoin de son roman biographique. Un fait certain, c’est que, sous le règne de Trajan, ces spectacles n’étaient plus rares en Grèce, bien qu’il y eût quelques localités, comme Rhodes par exemple, qui les repoussaient encore. Plutarque[23] recommandé aux hommes aspirant à la direction des affaires publiques, dans leurs communes, d’en bannir les combats de gladiateurs, ou, s’ils voyaient l’impossibilité d’arriver à une suppression complète, de les restreindre du moins et de : tenir tête à la masse demandant ces spectacles. Mais ses lamentations sur la trivialité des riches qui ne reculaient pas, dans, le choix des moyens vils, devant cette ignoble complaisance même, pour se faire une position plus influente dans leur ville,. et corrompaient ainsi le peuple, montrent bien qu’il désespérait lui-même de voir fructifier ses conseils[24]. Toujours ce ne fut, en Grèce, que la lie du peuple qui prit goût à ces réjouissances barbares. Quant aux gens bien élevés, ils y étaient, comme il parait, unanimes pour les condamner. De même que Plutarque[25], Dion Chrysostome, Lucien[26] et d’autres parlent avec horreur des jeux de la gladiature, qu’ils appellent une coutume brutale, bestiale, meurtrière et non moins détestable en ce qu’elle enlève au pays ses hommes les plus vaillants. On rapporte que le philosophe Démonax, à l’époque même où les Athéniens crurent devoir adopter aussi ce spectacle, leur dit de commencer plutôt par renverser l’autel qu’ils avaient élevé à la Pitié[27].

Les jeux de gladiateurs eurent beaucoup moins de peine Maire leur chemin dans les provinces de l’Asie Mineure, auprès d’une population mixte d’origine semi orientale, et plus encore dans l’Orient proprement dit, la Palestine exceptée. Dans l’Asie Mineure Strabon déjà connaissait un amphithéâtre à Nysa en Carie ; un autre fut construit, en l’an 79, à Laodicée sur le Lycus. Alexandrie en Égypte aussi eut son amphithéâtre, déjà sous le règne d’Auguste. Nous reviendrons à la fin du chapitre sur le nombre et l’importance monumentale des édifices de ce genre, dans les différentes parties de l’empire romain, en procédant à l’énumération des débris qui en restent.

 

§ 2. — Jeux de la gladiature.

Les combats de gladiateurs, originaires de l’Étrurie[28] et de la Campanie, où il parait même qu’ils formaient ; dans les grands festins, un des divertissements dont on régalait les convives[29], étaient primitivement inconnus dans le Latium. Outre certains passages de Valère Maxime, de Nicolas Damascène et de Tertullien, qui se fonde sur l’autorité de Suétone, une peinture représentant des jeux de gladiateurs, dans un tombeau à Tarquinies[30], atteste qu’ils étaient en usage chez les Étrusques. Enfin, le mot lanista, qui, dans la langue de ce peuple, signifiait bourreau[31], et le personnage également étrusque de Charon, qui figurait avec Mercure, le conducteur des âmes, aussi parmi les masques de l’amphithéâtre[32], militent en faveur de la même thèse.

A Rome, ces jeux n’apparaissent pour la première fois que près de cinq siècles après la fondation de cette ville. Jusqu’à la dernière période de la république, on n’y recourut que polir la célébration d’obsèques, sans jamais les faire servir, comme les courses et les représentations scéniques, dans les fêtes données par l’État. Rares d’abord, ces combats devinrent de plus. en plus fréquents dans- la suite. A mesure qu’ils se multiplièrent, on renchérit sur la magnificence des apprêts de ce genre de spectacles, et on y prodigua la vie des hommes. C’est en l’an 490 de Rome (264 avant notre ère), lors des obsèques de Brutus Pérus, que ses fils, Marc et Dèce, firent les premiers combattre trois paires de gladiateurs sur le marché aux bœufs[33]. Ces jeux grandirent tellement, en moins d’un demi-siècle, que l’on vit aux prises vingt-deux paires, de combattants au Forum, lors des funérailles de Marc-Émile Lépide, dès l’an de Rome 538 (216 avant notre ère) ; vingt-cinq à celles de Marcus Valérius Lévinus (an de Rome 554, ou 200 avant notre ère), et soixante aux obsèques de P. Licinius (an de Rome 577, ou 183 avant notre ère). Dans l’année de Rome 580 (174 avant J.-C.) ; il y eut plusieurs petits jeux de gladiateurs, éclipsés par celui que donna T. Flaminin pour solenniser les funérailles de son père, et dans lequel soixante-quatorze hommes combattirent trois jours de suite[34]. Un jeu de même durée de trente paires, que, suivant Pline l’Ancien[35], G. Térence Lucain fit combattre au Forum., en mémoire d’un aïeul maternel qui l’avait adopté, paraît se rapporter au sixième siècle de l’ère datant de la fondation de Rome, sinon, comme le pense Mommsen, au commencement du septième. Toujours est-il que l’ardeur avec laquelle on briguait la faveur de la plèbe et les manœuvres des démagogues poussèrent les donateurs de fêtes à se surpasser de plus en plus.

Jules César acheta, pour les spectacles qu’il avait l’intention de donner comme édile, en l’an de Rome 689 (65 avant J.-C.), tant de gladiateurs que ses adversaires en prirent ombrage, et qu’un sénatus-consulte, rendu sur cette proposition, défendit à tout particulier d’en avoir plus d’un certain nombre. Or, bien que cette mesure obligeât César à réduire de beaucoup l’effectif de la troupe qu’il voulait employer à ses fêtes, il n’en fit pas moins combattre encore trois cent vingt paires[36].

Auguste, en l’an de Rome 732 (22 avant J.-C.), décréta que les préteurs ne pourraient donner des jeux de gladiateurs que deux fois par an, ni y faire combattre chaque fois plus de cent vingt hommes[37]. Dans les spectacles offerts par des particuliers cependant, il ne parait pas que cent paires aient été, à cette époque déjà, une chose insolite.

Heredes Staberi summam iucidere sepulcro,

Ni sic fecissent, gladiatorum dare centum

Damnati populo paria atque epulum arbitrio Arri.

Ce témoignage d’Horace[38] est, au surplus, confirmé par celui de Perse (IV, 48), dans les deux vers suivants :

Dis igitur genioque ducis centum paria ob res

Egregie gestas indico . . . . . . . . . .

Tibère se crut même obligé de fixer un maximum du nombre de paires admissible[39], pour les jeux des particuliers sans doute, puisque, pour les jeux publics, le maximum avait déjà été fixé par son prédécesseur. Aux spectacles donnés par Auguste, pendant son règne, avaient combattu dix mille hommes en tout, d’après sa propre indication[40]. Il paraît qu’on n’en vit pas moins dans l’arène aux seules fêtes données à Rome par Trajan, en l’an 106 de notre ère, après la soumission des pays du Danube, et qui durèrent quatre mois[41]. Les spectacles dus à des particuliers étaient parfois tout aussi grandioses. Le premier Gordien, dans l’année de son édilité, donna mensuellement un jets de gladiateurs, dans lequel ne parurent jamais moins de cent cinquante, quelquefois même jusqu’à cinq cents paires de combattants[42] ; d’où l’on peut conclure à une réquisition totale de quatre à cinq mille hommes dans l’année.

Avec le nombre des gladiateurs on vit s’élargir le plan et se compliquer les apprêts des jeux. Déjà au deuxième siècle avant Jésus-Christ on évaluait, d’après ce qui a été dit plus haut, les frais d’un brillant jeu de gladiateurs à 30 talents ou plus de 184.000 fr.[43] A celui que Jules César donna comme édile, l’attirail nécessaire était d’argent[44] ; à un autre, donné par Néron, il était d’ambre[45], ou du moins en marqueterie d’ambre. Plus l’empire prenait d’extension et conquérait de pays nouveaux, moins on regardait aux distances dans la réquisition des hommes qu’on traînait à home pour se procurer le spectacle de les voir s’entre-égorger dans l’arène. Sous la république, on y avait vu combattre des Samnites et des Gaulois, habitants de provinces et districts limitrophes, ou des Thraces venus d’une côte relativement peu éloignée ; sous l’empire, on y amena des sauvages tatoués de l’île de Bretagne[46], de blonds Germains des contrées rhénanes et des bords du Danube, des Suèves et des Daces[47], des Maures basanés, tirés des bourgades de l’Atlas, des nègres de l’Afrique intérieure et des nomades de quelque steppe de la Russie actuelle. Ainsi combattirent, après le triomphe de Probus, trois cents paires de gladiateurs, parmi lesquels figuraient des Blemmyes, des Germains, des Sarmates et des brigands de l’Isaurie[48]. Au quatrième siècle, on mentionne aussi des Saxons parmi les combattants de l’amphithéâtre[49]. Le sort d’une partie des captifs, appartenant aux tribus les plus diverses, qui figurèrent dans le cortége triomphal d’Aurélien, avait été probablement aussi d’être égorgés dans l’arène[50].

Avec l’emploi de gladiateurs issus des pays étrangers, on vit s’introduire également l’usage de leurs armes, de leurs costumes et de leurs diverses manières de combattre, comme par exemple celui des petits boucliers ronds des Thraces, des grands boucliers carrés des Samnites, des cottes de mailles des Parthes[51] et des chars de combat des Bretons. Aux spécialités d’armement et de combat propres à chaque peuple on imagina d’ajouter des inventions de pure fantaisie, pour varier de plus en plus le spectacle. Les gladiateurs parurent couverts des. armures et munis des armes les plus disparates, avec lesquelles on les faisait combattre homme contre homme ou en troupes (gregatim). Ils se livraient aussi des batailles en règle, où se mêlaient des milliers d’hommes parfois, et après lesquelles le sol était jonché de cadavres. On vit même des batailles navales, célèbres dans l’histoire ; représentées exactement comme elles avaient eu lieu, tantôt sur de grandes pièces d’eau, tantôt dans l’arène submergée de l’amphithéâtre.

Mais à la fin ni l’émotion produite par ces combats sanglants, ni même le merveilleux éclat de la misé en scène ne suffirent plus pour chatouiller les nerfs émoussés d’une haute société complètement avilie et d’une populace abjecte ; il fallut recourir aux inventions les plus étranges, les plus extravagantes et les plus monstrueuses pour rendre plus palpitants ces spectacles, dignes d’un peuple de cannibales. Domitien joignit des tueries d’animaux aux jeux de gladiateurs qu’il donnait la nuit ; les épées y étincelaient à la lumière des lampes et des candélabres[52]. Aux Saturnales de l’an 90, il fit combattre des nains et des femmes[53]. A l’un des spectacles, que Néron donna à Pouzzoles au roi des Parthes, Tiridate, on ne vit paraître que des nègres des deux sexes et de tout âge[54]. Il n’était pas rare, d’ailleurs, que des personnes du sexe combattissent dans l’arène, même des femmes de haute naissance[55], comme en 64 sous le règne de Néron ; aussi fallut-il, en l’an 200 encore, rendre une défense qui leur interdît d’y paraître[56].

Les gladiateurs étaient soit des criminels condamnés, des prisonniers de guerre ou des esclaves, soit des engagés volontaires. La condamnation d’un homme à mourir parle glaive des gladiateurs, ou par la dent des bêtes féroces, constituait une aggravation de la peine capitale prononcée, contre lui[57]. La seconde de ces deux formes du supplice n’était appliquée qu’aux personnes n’ayant pas droit de citoyens romains[58], et, suivant une pratique adoptée dans les temps postérieurs de l’empire, à des gens de bas étage[59]. Mais la simple condamnation à l’internement dans une école de gladiature n’était pas absolument un arrêt de mort ; car il restait, dans ce cas, aux criminels les chances d’obtenir au bout de trois ans, avec la baguette (rudis), qui tenait lieu de fleuret moucheté, la dispense de reparaître dans l’arène, et au bout de cinq ans, avec le chapeau, leur affranchissement complet. On n’infligeait ces peines que pour des crimes tels que le brigandage à main armée[60], l’assassinat, des actes incendiaires, le sacrilège[61], la mutinerie dans les rangs de l’armée[62]. Cependant le bon plaisir impérial franchissait aussi parfois cette limite des dispositions de la loi, quand on manquait d’hommes pour l’arène. De pareils actes d’arbitraire ont été surtout vivement reprochés à Caligula[63], à Claude[64] et à Néron[65]. Le nombre des prétendus criminels, figurant dans les arènes de l’époque, est d’ailleurs si grand qu’il inspire des doutes sur la justice des arrêts qui les avaient condamnés. Ainsi le roi des Juifs Agrippa fit une fois paraître dans celle de Béryte quatorze cents malheureux, tous accusés d’avoir mérité la mort[66], et Adrien en fit combattre trois cents dans une autre circonstance[67]. Cependant il paraît qu’assez souvent aussi on gracia des condamnés d’après le désir du peuple, s’intéressant à eux pour le courage dont ils avaient fait preuve dans le combat, ou pour quelque autre motif[68]. Les prisonniers de guerre, à l’issue d’une campagne heureuse, étaient également transportés par centaines dans les écoles impériales de gladiature, les spectacles de l’amphithéâtre offrant la plus belle occasion de se débarrasser d’eux.

Ainsi les Bretons faits prisonniers furent exterminés en masse, à Rome, lors des jeux triomphaux de l’an 47 de notre ère[69], et l’on voua au même sort, en les livrant aux amphithéâtres des provinces, après la fin de la guerre de Judée, ce qui restait des prisonniers juifs, dont bon nombre (2500 suivant Josèphe) venaient d’être immolés à Césarée, dans les jeux[70]. Les Bructères vaincus, que leur perfidie ne permettait pas d’employer au service militaire, ni leur sauvagerie d’utiliser comme esclaves, furent jetés en si grand nombre aux bêtes féroces, qu’elles se lassèrent du carnage. Comprend-on, après de pareilles atrocités, le langage de panégyristes félicitant hautement l’empereur d’avoir fait tourner cette grande extermination des ennemis de l’empire à l’amusement du peuple, le plus beau triomphe que l’on pût imaginer ![71] Constantin le Grand encore ne procédait pas autrement.

Dans les armées d’esclaves des grands, sur la fin de la république, il n’y avait probablement pas manque de gladiateurs déjà formés en bandes. Ils servaient à leur maître de gardes du corps et de bravi[72], ou étaient employés aux spectacles qu’il donnait à ses frais ; souvent aussi il les prêtait et les louait pour des jeux donnés par autrui. On voit Cicéron s’informer avec beaucoup d’intérêt d’une bande achetée en 56 avant Jésus-Christ par son ami Atticus ; il avait appris que ces gladiateurs se battaient admirablement, et que, si Atticus avait pu se résoudre à les donner à louage, deux spectacles l’eussent fait rentrer dans son argent[73]. Plusieurs des grands de cette époque avaient des écoles de gladiateurs qui leur appartenaient en propre, notamment à Capoue, où ils en faisaient élever et dresser des centaines. C’est à Capoue que se trouvait l’école (ludus) de C. Aurelius Scaurus (an de Rome 648 = 106. av. J.-C.)[74], ainsi que celle de Lentulus, où 200 gladiateurs avaient comploté leur évasion, et de laquelle Spartacus, avec 70 de ses camarades, s’était échappé à main armée[75] ; enfin, l’école de Jules César[76], qui, d’après Suétone[77], se fit soumettre le plan d’une semblable à Ravenne.

Dans la guerre contre Catilina, on eut l’idée d’interner les gladiateurs de Rome à Capoue et dans d’autres municipes[78], Catilina comptant sur eux, au dire de Cicéron, bien qu’ils fussent mieux pensants que bien des patriciens[79], éloge qui doit paraître très équivoque, accompagné d’une pareille mesure.

Nous avons déjà vu qu’en l’an 65 avant J.-C., comme la multitude de gladiateurs achetés de tous côtés par César inquiétait ses adversaires politiques, un sénatus-consulte limita, pour les particuliers, la possession de gladiateurs à un maximum[80]. Mais, dans la suite, Caligula permit d’outrepasser cette limite[81], à laquelle avait trait probablement aussi un rapport adressé, par Domitien au sénat, et dont Pline le Jeune a fait mention[82]. Pour le reste, rien ne paraît avoir changé sous l’empire, quant au régime de la possession de gladiateurs par des particuliers, à cela près que, dans la ville même, l’usage de sortir avec un pareil cortége était tombé sans doute. Cependant Néron ne s’en départit point, et Tacite présente Junius Blésus, qui commandait les légions de Pannonie, entouré de ses gladiateurs, au camp, en l’an 14[83]. Nous les voyons toujours figurer en grand nombre parmi les esclaves des maisons opulentes ; on cite même des femmes qui en possédaient, comme par exemple une certaine Hécatée, dans l’île de Thasos[84]. Comme toute autre propriété, ils passaient de main en main[85], par achat, vente et enchère, et formaient parfois même une propriété indivise entre plusieurs copropriétaires[86]. Suétone nous montre Caligula faisant adjuger, dans une de ces enchères, 13 gladiateurs à un personnage prétorien, pour une somme de 9 millions de sesterces[87].

Dans le premier siècle de l’empire déjà, le droit des maîtres de vendre leurs esclaves pour l’arène était illimité ; ainsi, comme on l’a déjà vu, Vitellius, exaspéré par la pruderie de son esclave favori Asiaticus, l’avait vendu à un chef de gladiateurs ambulants[88]. Adrien fut le premier qui défendit toute vente non motivée d’une esclave à un entremetteur ou d’un esclave mâle à une école de gladiature[89] ; Marc-Aurèle rendit une défense pareille, touchant la vente d’esclaves pour les combats avec les bêtes féroces[90], acte qu’antérieurement déjà une loi pétronienne avait fait dépendre d’une sentence de juge. On n’est pas fixé, toutefois, sur l’époque à laquelle fut promulguée cette loi antérieure. Si le récit bien connu de l’histoire du lion d’Androcle, dans Aulu-Gelle, est exact, cette loi devait déjà exister du temps de Tibère, car Androcle dit de son maître : Is me statim rei capitalis damnandum dandumque ad bestias curavit. Mais il est possible aussi qu’Aulu-Gelle ait prêté gratuitement le régime en vigueur de son vivant à l’époque de ce règne. A part cette limitation de l’autorité pénale des propriétaires d’esclaves, on ne voit pas qu’il y ait eu d’autres restrictions à l’emploi et à l’exploitation de leurs talents pour la gladiature. Les jurisconsultes examinèrent, au deuxième siècle, la question de savoir s’il y avait présomption de vente ou de location dans un contrat d’après lequel il y aurait eu, par exemple, à payer vingt deniers au maître, pour l’emploi d’un gladiateur, si celui-ci se tirait du combat sain et sauf ; mille, s’il y était tué ou mutilé[91]. Les esclaves, cherchant à se soustraire aux peines encourues par eux, pour un détournement ou quelque autre délit, en s’offrant eux-mêmes pour combattre les animaux dans les spectacles de l’arène, devaient, d’après un édit d’Antonin le Pieux, être rendus à leurs maîtres, qu’ils eussent ou n’eussent pas encore pris part à ces combats[92]. On rapporte comme un exemple de la dureté de Macrin, qu’il destinait, sans autre forme de procès, aux combats de la gladiature les esclaves fugitifs que l’on parvenait à saisir[93]. L’affranchissement délivrait les esclaves ayant servi comme gladiateurs de l’obligation de reparaître dans l’arène, tandis que les affranchis des autres catégories n’en restaient pas moins en partie obligés de continuer leur service habituel auprès de leurs anciens maîtres[94]. Cependant il paraît que même des affranchis combattirent souvent encore. dans l’arène, pour complaire au désir de leurs patrons, et que le public faisait plus de cas de ces volontaires que des esclaves dans le métier de gladiateur[95]. Du reste, il n’est pas douteux qu’on faisait aussi la presse d’hommes libres pour ce métier sanglant. Déjà au commencement de l’empire, on se plaignait des riches qui, abusant de l’inexpérience des jeunes gens pour les tromper d’une manière infâme, faisaient enfermer à l’école des gladiateurs les plus beaux sujets et les plus propres au service militaire[96].

Les engagements volontaires d’hommes libres paraissent avoir été fréquents, à toutes les époques de l’empire, et n’étaient certainement pas rares dans les derniers temps de la république même. Parmi les atellanes du temps figure l’Engagé (Auctoratus) de Pomponius, ainsi qu’une autre pièce intitulée le Butor engagé (Bucco auctoratus). Dans un document de la même période, un citoyen de Sassina fait don à sa ville natale d’un lieu de sépulture, du bénéfice duquel il n’exclut que les gens qui se seraient engagés comme gladiateurs, pendus eux-mêmes ou déshonorés par l’exercice d’une profession vile[97]. Il pouvait bien aussi, quelquefois, arriver qu’un motif n’ayant rien d’ignoble palissât dans une école de gladiateurs, sous l’empire de la fatalité, un malheureux dépourvu de tout autre moyen d’existence. Cependant, l’homme qui s’engage pour rendre les derniers honneurs à son père (auctoratus ob sepeliendum patrem[98]), et le gladiateur par enthousiasme guerrier (vir fortis gladiator[99]) ; qui figurent parmi les thèmes sur lesquels on déclamait alors et revenait sans cesse, avec une complaisance frisant la senti-mentalité de certains littérateurs que l’on voit s’étendre, de nos jours, sur les vertus dès dames aux camélias, n’existaient probablement guère dans la réalité. L’histoire du Scythe qui, dans Lucien[100], se décide à combattre comme gladiateur pour 10.000 drachmes, afin de sauver un ami d’une grande détresse, paraît être également de cette famille romanesque. Car une bonne partie, sinon la grande majorité des gens qui prêtaient le terrible serment exigé des gladiateurs engagés volontaires ; de se laisser frapper de verges, brûler au vif et immoler par le fer[101], étaient des hommes désespérés ou abjects, pour lesquels il n’y avait plus de place dans une société bien réglée. Or, cette formule n’était pas une vaine phrase ; car il paraît qu’en effet les gladiateurs nouvellement enrôlés étaient obligés de subir, pour leur début dans l’arène, une épreuve de leur constance, en se laissant passer aux verges[102]. Cependant, le nombre de ceux que la passion pour le métier des armes amenait seille chez les gladiateurs, ne laissait pas d’être assez considérable aussi, et ceux-là certainement n’étaient point de la lie du peuple[103]. Quand Septime Sévère commença à recruter dans les provinces la garde prétorienne, dans laquelle les Italiens seuls avaient eu jusque-là le privilège de servir, tout ce qui, dans la jeunesse d’Italie, se sentait propre au métier des armes se jeta en masse dans la gladiature, ou s’adonna au brigandage de grand chemin. Deux siècles auparavant déjà le poète Manilius[104] avait dit :

Nunc caput in mortem vendunt et funus arenæ,

Alque bostem sibi quisque parat, cum bella quiescunt.

La gladiature doit, positivement, avoir eu beaucoup d’attrait pour les braves de tempérament ; car elle avait ses avantages, ses profits et sa gloire. Les vainqueurs étaient largement récompensés[105] ; des gladiateurs éprouvés pouvaient élever des prétentions très hautes, et Tibère paya cent mille sesterces à des gladiateurs émérites leur coopération à l’un de ses spectacles[106]. Les pièces d’or que recevaient les vainqueurs leur étaient présentées sur des plateaux (lances ou disci), comme on le voit par la mosaïque des jeux du cirque de Lyon[107], et le don de ces plateaux, qui étaient souvent d’un grand prix[108], entrait dans la récompense. Les armés riches et magnifiquement ornées, les casques surmontés de panaches ondoyants, de plumes de paon[109] et d’autruche[110], les habits de couleurs éclatantes et brodés d’or[111], les rameaux de palmier et les chaînes d’honneur des vainqueurs[112] ne devaient pas manquer non plus de produire leur effet. On trouve encore dans le musée bourbonien, à Naples, beaucoup dé ces armes de gladiateurs, provenant surtout des fouilles de Pompéji[113]. Elles sont en partie travaillées avec beaucoup d’art et ornées de ciselures en relief, et comprennent non seulement des casques, avec ou sans visière, et des glaives, mais aussi des baudriers, des brassards et des cuissards, ainsi que d’autres pièces d’armure.

Les héros de l’arène n’étaient pas, à Rome, moins populaires que ceux de l’hippodrome ; comme ceux-ci, ils ne vivaient pas seulement dans la bouche du peuple, mais avaient leurs disciples, leurs admirateurs et leurs émules dans les régions plus élevées de la société. Plusieurs empereurs même, comme Titus[114], Adrien[115] et d’autres encore, s’appliquèrent à se rendre habiles dans le maniement des armes de la gladiature, bien que Commode fût le seul qui alla jusqu’à se produire publiquement dans les combats de l’arène[116]. Domitien se plaisait à la chasse des bêtes féroces, sur l’Albanum[117] et son exemple ne resta pas sans imitation[118]. Lucius Verus mena de front, en Syrie, la chasse et les exercices de la gladiature[119], et l’on fit un reproche à Didius Julianus de son habileté dans ces derniers[120]. A l’instar de Caligula[121], Caracalla et Geta, n’étant encore que Césars, frayaient avec des gladiateurs et des cochers du cirque[122]. Ce dilettantisme avec, les armes de la gladiature était d’ailleurs un goût que l’empire avait hérité de la république. Cicéron[123] cite, d’après Lucilius, un certain Quintus Vélocius comme un bon Samnite[124], et Jules César préposa des chevaliers et des sénateurs romains à la direction des exercices de ses gladiateurs[125]. Il y eut même des femmes qui supportaient bravement la pression de la visière du casque et des autres pièces de l’armure sur leurs formes délicates, et qui s’essoufflaient à porter, avec l’observation de toutes les poses et règles prescrites par l’escrime, d’après le commandement du professeur, des coups d’estoc et de taille contre un poteau[126]. Les bonnes fortunes des gladiateurs n’étaient pas bornées au cercle des femmes de leur condition[127] ; le fer, comme nous l’avons déjà dit, avait pour les plus grandes dames un irrésistible attrait, qui leur faisait voir un hyacinthe dans chaque combattant de l’arène[128]. Les gladiateurs étaient chantés par les poètes[129] ; ils voyaient briller leurs portraits sur des vases[130], des lampes[131], des verres[132] et des chatons de bagues[133], à la montre de tolites les boutiques ; des oisifs s’amusaient à griffonner, avec du charbon ou des clous, leurs exploits sur tous les murs[134]. A Rome et dans les provinces les artistes étaient sans cesse occupés à orner les théâtres, les tombeaux, les palais et les temples de sculptures, de mosaïques et de peintures qui devaient porter, et ont, en effet, transmis à la postérité les noms à beaucoup de gladiateurs[135]. L’usage d’exposer publiquement des images de jeux de gladiateurs remonte au temps de la république, et date en particulier d’un certain L. Térence Lucain, qui exposa son tableau dans le bois de Diane[136].

On s’explique très bien, ainsi, non seulement la propagation du goût pour ce métier, sanglant, mais aussi que ce goût pût aller jusqu’à la passion. Le danger n’y formait, pour des hommes audacieux, qu’un attrait de plus ils pouvaient espérer de sortir d’une suite de combats heureux, avec la liberté et de la fortune. S’il y en eut beaucoup aussi qui, après avoir obtenu leur congé, étaient réduits à gagner leur vie en mendiant et vagabondant dans les rues, comme prêtres de Bellone[137], d’autres, plus favorisés par le destin, terminaient leurs jours comme propriétaires d’une bonne et belle maison de campagne[138], pendant que leurs fils avaient des places de chevaliers au théâtre[139]. Les gladiateurs finirent sans doute aussi par trouver, sans trop de difficulté, moyen de passer dans dés carrières plus honorables, bien que la nomination de Sabinus au commandement des Germains, gardes du corps de Caligula, fût certainement une exception[140]. N’affirmait-on pas, d’après un bruit du temps, que l’empereur Macrin avait été gladiateur[141] ? Ainsi la note d’infamie que la loi avait attachée il cette profession s’effaça jusqu’à un certain point ; et, avec la participation active de personnes des classes supérieures aux combats de l’arène, condescendance qui affaiblit le sentiment de ce qu’il y avait de vil, au fond, dans le métier de gladiateur, les barrières qui séparaient du reste de la société des hommes autrefois méprisés et repoussés par elle, tombèrent de plus en plus.

Avec la masse de gladiateurs qu’il fallait chaque année, pour les spectacles, en Italie et dans les provinces, le trafic d’esclaves aptes à cette profession ne portrait manquer d’être une spéculation très lucrative.

Et fellator es et lanista. Miror

Quare non habeas, Vacerra, nummos,

dit Martial[142]. Mais quelque peu déshonorant qu’il fût de louer ou de vendre des gladiateurs, pour les hommes des hautes classes, qui en possédaient des bandes nombreuses, l’exercice professionnel de cette espèce de traite n’en était pas moins réputé infâme[143]. Ces trafiquants, maîtres d’escrime pour la plupart, étaient les uns sédentaires, les autres ambulants[144].

Non seulement ils achetaient et vendaient des gladiateurs, mais se chargeaient aussi de former et de lancer ceux d’autrui, comme il va sans dire moyennant une indemnité ; pour l’entretien et l’instruction des hommes qui leur étaient confiés, ou une part dans le bénéfice des représentations[145]. Ils faisaient métier de louer eux-mêmes leurs gens à des entrepreneurs de jeux, ou bien ils donnaient des spectacles pour leur propre compte, en faisant payer une entrée, ce qui passait toutefois également pour un profit sordide[146]. Les bandes de cette sorte doivent avoir été nombreuses à Rome, déjà sous le règne d’Auguste : cela résulte du fait que ; lors de la disette des années 6 à 8 de notre ère, qui motiva l’expulsion des étrangers et des trafiquants de familles d’esclaves, on trouve ces bandes expressément nommées sur la liste des bannis[147].

Il ne paraît pas qu’il y eût des écoles de gladiature à Rome, antérieurement à l’empire, puisque les conjurés, dans le complot contre Jules César, avaient dû réunir leurs gladiateurs, sous le prétexte d’exercices, au théâtre de Pompée[148]. Mais probablement déjà Caligula en eut une à Rome[149]. Ce fut toutefois Domitien qui fonda et fit construire les quatre écoles impériales, connues sous les noms de la Grande École, de l’école Gauloise, de celle des Daces et de celle des Bestiaires, où l’on formait aux combats contre les animaux : toutes les quatre bâties après l’achèvement de l’amphithéâtre Flavien, autour duquel elles paraissent avoir figure ; un hémicycle, sur le mont Célius. Elles comprenaient des bâtiments spacieux, parmi lesquels on cite l’arsenal, la forge des armuriers et la chambre mortuaire (armamentarium, samiarium, spoliarium), et avaient un nombreux personnel d’administration, notamment de maîtres d’escrime, de médecins, de comptables et d’inspecteurs des bâtiments ou des établissements auxiliaires. Le directeur général était un procureur pris dans l’ordre équestre. On avançait à ce poste soit des officiers en retraité, notamment des tribuns de légions[150], soit des fonctionnaires de l’ordre administratif[151], jusqu’à des hommes ayant déjà précédemment figuré à la tête de l’administration fiscale de toute une province[152]. C’était un marchepied pour les hauts emplois de finance, en particulier pour celui d’administrateur de l’impôt sur les successions. Même la place de procureur adjoint d’une école impériale était encore un emploi considérable[153]. Hors de Rome aussi il y avait des écoles impériales de gladiature, dont trois nous sont connues : celles de Capoue[154], de Préneste[155] et d’Alexandrie. Cette dernière existait déjà sous Auguste[156]. Elles avaient chacune son administration distincte, comme d’autres encore peut-être.

Mais, en général, le nombre des gladiateurs impériaux n’était pas assez grand dans les provinces pour nécessiter, dans chaque école, la surintendance spéciale d’un procureur attitré.

Le gouvernement de toutes les familles de gladiateurs de la Gaule, de l’Espagne, de la Germanie, de l’île de Bretagne et de la Thrace reposait dans la main d’un fonctionnaire unique, ainsi que celui des familles de toute l’Asie Mineure et de l’île de Chypre[157]. Ces officiers faisaient sans doute, de temps en temps, des tournées dans leur ressort, pour prendre les mesures nécessaires, notamment aussi pour le choix du contingent d’élite requis pour les spectacles à Rome[158] ; aussi devaient-ils entretenir une correspondance suivie avec les procureurs de la capitale.

Il est probable qu’en leur absence des procureurs adjoints se chargeaient de l’expédition des affaires courantes, dans chaque province. Les gouverneurs n’avaient le droit de requérir des gladiateurs et des bestiaires que dans la circonscription de leur province même ; pour le transport de ces gens d’une province à l’autre, il fallut, depuis le troisième siècle du moins, une permission impériale[159]. En l’an 57 déjà, un édit de Néron avait défendu aux magistrats et procureurs des provinces de donner, de leur autorité propre, des spectacles de gladiateurs, de combats d’animaux ou de tout autre genre[160] ; mais il y a lieu de croire que cette première défense n’était pas restée longtemps en vigueur.

A Rome même, le nombre des gladiateurs impériaux fut très considérable dans tous les temps. Ceux qui, d’après Josèphe[161], accoururent en masse au camp, avec les pompiers (vigiles) et les gens de la flotte (classiarii), après le meurtre de Caligula, ne peuvent avoir été que des gladiateurs impériaux.

Après la mort de Néron, Othon renforça son armée de deux mille de ces gladiateurs[162] ; et deux siècles plus tard, sous Gordien III, on n’en comptait pas moins ; que l’empereur Philippe fit combattre tous, à la fête millénaire de la fondation de Rome[163]. Ils figurèrent pour mille deux cents hommes dans une procession solennelle de l’empereur Gallien[164], pour mille six cents dans le cortège triomphal d’Aurélien[165]. Or, comme les gladiateurs impériaux entretenus tant en Italie que dans les provinces, pouvaient être promptement réunis à Rome, rien n’y était plus facile que d’en faire paraître tel nombre que l’on désirait, dans les occasions extraordinaires.

On peut se faire une idée de l’organisation de ces écoles de gladiateurs, par une esquisse de la Grande École sur un fragment, parvenu jusqu’à nous, d’un plan de la ville de Rome, gravé dans le marbre, du temps des Sévères ; et bien mieux encore depuis la découverte qu’une place de Pompéji, dans laquelle on avait cru d’abord reconnaître un quartier de soldats ou un marché, contient, en réalité, les restes d’une école de gladiateurs, comme le prouvent surabondamment les casques à visière qu’on y a trouvés[166]. Là, comme à l’école de Rome mentionnée plus haut, il y a un espace rectangulaire (de 473 pieds de long sur 139 de large) entouré de portiques. Plus de soixante-dix colonnes d’ordre dorique de 11 pieds de haut, en maçonnerie, finement marbrées, peintes en rouge et cannelées dans leur partie supérieure, y sont encore debout. Dans tout le pourtour, ce portique est bordé d’une suite de petites pièces carrées, de 10 à 12 pieds de côté chacune, sans fenêtres et s’ouvrant sur la colonnade, au nombre de soixante-six en tout, comme il paraît : c’étaient là les cellules des gladiateurs. Il y avait de plus un étage supérieur. Les murs et les colonnes étaient couverts d’inscriptions et de dessins, relatifs à la gladiature. Le mur extérieur offrait, entre autres particularités, l’affiche d’un jeu de gladiateurs. Deux peintures, représentant des trophées d’armes de gladiateurs, se sont conservées. On les voit actuellement au musée Bourbonien.

Pour tenir en bride des bandes entièrement ou du moins en partie formées de criminels et de prisonniers de guerre, c’est-à-dire d’hommes désespérés et capables de tout, il fallait naturellement un régime de fer, appuyé des mesures les plus vigoureuses. Hors de l’arène, les gladiateurs étaient complètement désarmés, tenus dans une claustration plus ou moins sévère et gardés par des soldats dans les écoles impériales. Il en était déjà ainsi sous la république, du temps de Spartacus[167]. La discipline était maintenue avec la rigueur la plus barbare, comme l’indique assez le serment rapporté plus haut, que l’on exigeait des gladiateurs lors de leur engagement. Outre les peines de la flagellation et de la marque avec un fer rouge, appliquées aux mutins, on les chargeait de chaînes. Dans une cellule de l’école d’escrimé de Pompéji, on a trouvé quelques squelettes ayant les fers aux pieds. Ces malheureux ont été enterrés vifs, sous la pluie de cendres qui les enveloppa peu à peu. Le régime des gladiateurs ne différait qu’en un point de celui des criminels condamnés. On était plein d’attention et de sollicitude pour le bien-être physique des premiers. Les écoles particulièrement furent toutes établies dans des localités renommées pour leur salubrité, comme l’étaient Capoue, avec son climat paradisiaque, Préneste, avec l’air si pur de ses montagnes, Ravenne et Alexandrie, où les vents de mer tempéraient la chaleur de l’été. Le régime alimentaire tendait aussi à favoriser, chez les gladiateurs, un développement extraordinaire des muscles ; on les engraissait en quelque sorte[168] ; la préparation des mets et les rations qu’on leur délivrait étaient soumises à des prescriptions réglementaires[169]. C’est ainsi, dit Sénèque[170], qu’ils mangeaient et buvaient ce qu’ils devaient restituer plus tard sous forme de sang. Des chirurgiens éprouvés guérissaient leurs blessures[171], et des médecins surveillaient minutieusement leur diète[172].

De même que les esclaves, et particulièrement ceux de la maison impériale, eurent souvent la permission de former entre eux des associations ou collèges[173], il était aussi permis aux gladiateurs de s’associer pour le culte de leurs divinités tutélaires et peut-être même à d’autres fins. Il paraît y avoir eu d’ailleurs des liens de camaraderie entre les gladiateurs des différentes armes[174], qui avaient aussi chacune, comme il va sans dire, ses maîtres particuliers[175].

Les novices dans la gladiature (tirones) commençaient à s’exercer, avec des fleurets mouchetés, contre un mannequin de paille ou un poteau. Les armes dont on faisait ensuite usage, pour l’exercice, étaient plus pesantes que les armes de combat. Peut-être les armes d’un si grand poids, que l’on a trouvées à l’école de Pompéji, ne servaient-elles que pour l’exercice. Les écoles avaient une espèce d’organisation militaire. Les noms sonores et propres. à capter la faveur du public étaient bien accueillis, et ceux qui avaient déjà été portés par dés gladiateurs célèbres, volontiers repris par leurs successeurs. Les Triumphus, les Carpophore, les Pacidéjanus et d’autres noms encore se retrouvent sur des inscriptions et des médailles d’époques différentes. Un Pacidéjanus s’était fait un nom du vivant de Lucilius, qui dit de lui :

. . . . . . . . . . Optumu multo

Post homines nalos gladiator qui fuit unus[176].

Un homonyme de ce gladiateur paraît avoir marqué au temps d’Horace, qui crut devoir également l’honorer d’une mention[177].

Quand les novices avaient soutenu publiquement leur première épreuve, dans un combat sérieux, on leur délivrait, comme il parait, une plaque de forme rectangulaire, avec la date de leur début, espèce de marque distinctive qu’ils portaient probablement au cou[178]. Ultérieurement, une suite de combats les poussait, dans leur arme, à des grades plus élevés, auxquels était probablement uni un commandement sur les simples gladiateurs[179]. Ils passaient ainsi vétérans[180] et, finalement, obtenaient leur congé avec la remise de la baguette[181]. Cependant, on voyait aussi des gladiateurs, retirés du service de l’arène, y faire leur rentrée pour de bons gages, ou fonctionner comme professeurs.

Il y avait, certainement, nombre de gladiateurs qui n’auraient échangé leur profession contre aucune autre. Parmi les gladiateurs impériaux, dit Épictète[182], il en est beaucoup qui sont mécontents quand on ne les laisse pas combattre dans l’arène. Ils adjurent les dieux et pressent les procureurs de leur permettre de se produire. Sous le règne de Tibère, alors que les jeux étaient rares, Sénèque entendit un mirmillon se plaindre d’être condamné à perdre ainsi ses plus belles années[183]. Les gladiateurs avaient leur point d’honneur professionnel ; ils regardaient comme une honte de combattre avec des collègues reconnus moins forts qu’eux[184]. Une bravoure sauvage et la certitude que l’attachement à la vie était le dernier de leurs titres à la pitié des spectateurs, les remplissaient d’un souverain mépris de la mort[185]. Les blessures les plus graves ne leur arrachaient pas le moindre cri[186]. Épuisés par la perte de leur sang, ils faisaient encore demander à leurs maîtres s’ils devaient cesser le combat ou mourir[187] ; les moins braves même savaient garder une certaine dignité en succombant[188]. Employés par les chefs de parti dans les guerres civiles, ce qui arriva mainte fois encore sous l’empire, ils ont le plus souvent combattu et même fait, campagne vaillamment. On les a vus porter jusqu’au sacrifice le dévouement à la personne du maître qui les engraissait pour l’arène. Quand, après la bataille d’Actium, princes et peuples se détournaient de la cause perdue de Marc-Antoine, les gladiateurs qu’il avait fait réunir à Cyzique, pour fêter les victoires sur lesquelles il comptait, lui restèrent fidèles : Ils se mirent en route de leur propre mouvement, avec la détermination de pénétrer jusqu’à lui en Égypte, sans se laisser arrêter par les remontrances, ni par les obstacles. N’ayant pu, néanmoins, forcer le passage, et désespérant de la possibilité de rejoindre leur maître, ils lui envoyèrent un message, avec la prière de venir les trouver lui-même en Syrie, et ne renoncèrent à son drapeau qu’à défaut de toute réponse de sa part[189]. C’est contre ces mêmes gladiateurs qu’Hérode prêta son appui à Didius, légat d’Auguste[190].

Mais malheur à celui que poursuivait, au milieu de cette société abrutie, abjecte et misérable, le regret d’un passé heureux, d’une patrie lointaine[191] ! La vie pour lui devenait un insupportable tourment ; il désirait et cherchait la mort, comme le seul bonheur auquel il pût encore aspirer. En pareil cas, la surveillance la plus rigoureuse ne servait à rien. Quand on croyait avoir retiré à ces malheureux tous les moyens de se suicider, ils n’en poursuivaient l’accomplissement de leur dessein fatal que d’une manière plus héroïque. On n’a, comme il va sans dire, que des rapports isolés sur de pareils exemples ; mais il ne s’ensuit pas que ceux-ci fussent rares. On peut se faire une idée des horreurs qui se passaient dans ces affreuses tanières, sans qu’il en transpirât rien, d’après un rapport d’Asinius Pollion à Cicéron, sur les forfaits du questeur Balbus, à Gadès. Ce monstre fit enterrer et brûler vif, dans l’école des gladiateurs, un soldat de Pompée et citoyen romain, Fadius, qui, cédant à la force, avait combattu deux fois comme gladiateur, mais refusait obstinément de s’engager pour l’arène[192]. Sénèque[193] parle, comme d’un fait récent, de deux suicides héroïques de bestiaires. L’un des deux, que l’on menait dans l’arène, assis sur une charrette entre deux gardes, fit semblant d’être vaincu par le sommeil, et laissa ainsi de plus en plus pencher la tête, jusqu’à ce qu’il parvint à la glisser dans les interstices de la roue, qui lui rompit le cou en tournant, ce qui s’explique très bien avec la hauteur des roues dont sont, encore aujourd’hui, munies les charrettes romaines. Les conspirations, les mutineries, les évasions à main armée, étaient probablement encore assez fréquentes dans les écoles de gladiateurs, bien qu’il ne s’y retrouvât plus de Spartacus. La tentative des gladiateurs de Préneste de se mettre en liberté causa, en l’an 611, de vives inquiétudes à Rome, mais fut déjouée par la vigilance du poste militaire qui avait la consigne de les surveiller[194]. A Rome même, sous le règne de l’empereur Probus, quatre-vingts gladiateurs réussirent à s’évader, et l’on ne parvint qu’avec beaucoup de peine à triompher de leur résistance[195]. Symmaque mentionne en passant, dans une de ses lettres, un événement bien plus horrible encore que tous les faits déjà signalés. Une partie de ces intrépides Saxons qui s’aventuraient, à cette époque, sur de petites barques, de la mer du Nord dans l’Océan, et répandaient, comme pirates, la terreur sur les rivages, des Gaules, par leurs descentes accompagnées de pillage, étaient tombés entre les mains des Romains. Un certain nombre d’entre eux devaient paraître comme gladiateurs aux jeux de Symmaque. Mais, dès le premier jour, vingt-neuf de ces prisonniers s’étaient mutuellement étranglés de leurs propres mains[196].

Les jeux de gladiateurs étaient annoncés au public au moyen d’affiches, que les donateurs de la fête faisaient peindre en couleur, par des écrivains (scriptores) attitrés, sur les murs des maisons particulières et des édifices publics, voire même sur ceux des mausolées bordant des deux côtés la grande route, devant les portes des villes ; aussi, certaines épitaphes contiennent-elles une prière, à l’adresse de ces écrivains, de respecter le tombeau. Il s’est conservé plusieurs affiches de l’espèce en divers endroits de Pompéji, comme par exemple celle-ci : La famille des gladiateurs de l’édile A. Suettius Curius combattra le 31 mai à Pompéji. Il y aura une chasse d’animaux, et on sera parfaitement à l’abri, sous un toit de tenture[197]. Sur d’autres affiches, on promettait en outre de bien arroser, pour obvier à l’excès de la poussière et de la chaleur. Au lieu d’une indication de date précise, il y a une fois : Quand le temps le permettra ; une autre fois : Incessamment. Ces affiches donnaient souvent les noms des principaux champions, rangés par paires, suivant l’ordre dans lequel ils devaient combattre les uns contre les autres, et, en pareille circonstance, les donateurs de la fête, afin de piquer sans cesse la curiosité du public, avaient soin, d’habitude, de répartir sur tous les jours de la fête l’entrée en scène de nouvelles paires de gladiateurs galon n’avait pas encore vus. On faisait aussi de ces listes (libelli) des copies, que l’on vendait dans les rues et envoyait au dehors[198]. La veille du spectacle, on donnait publiquement aux gladiateurs et aux bestiaires ce qu’on appelait le festin gratuit ; on les y régalait avec la plus grande munificence de mets exquis et d’excellentes boissons. Il était permis aux curieux d’y assister. Pendant qu’à ce banquet les abrutis du métier se livraient à la ripaille, sans le moindre souci du lendemain, on voyait pourtant aussi d’autres de ces malheureux prendre congé des leurs, recommander leurs femmes à des amis, donner la liberté à leurs esclaves ; comme où voyait des chrétiens, condamnés à verser leur sang dans l’arène pour leur foi, célébrer dans ce repas une dernière agape.

Le spectacle commençait par une marche de parade des gladiateurs, en grande tenue, à travers l’arène. Peut-être le salut à l’empereur : Ave, Cæsar imperator ; morituri te salutant, dont il est fait mention dans une circonstance analogue, était-il le salut d’usage. On invitait alors le donateur de la fête à examiner les armes. Une espèce d’épées de gladiateurs, des plus tranchantes, portait le nom du fils de libère, Drusus, qui, suivant un penchant inné pour la cruauté, avait l’habitude de procéder à cet examen avec une rigueur extrême[199]. Marc-Aurèle, au contraire, ne permettait de combattre qu’avec des armes émoussées[200]. On commençait par un combat simulé, dans lequel on lançait notamment aussi des javelots, et qui avait même lieu quelquefois, comme il paraît, avec accompagnement de musique.

Le son lugubre des trompes donnait ensuite le signal du combat avec les armes tranchantes, et une lutte plus sérieuse s’engageait, au milieu des fanfares de trompettes et de cors, ainsi que des modulations aiguës des fifres et des flûtes[201]. On voit figurer des bandes de musiciens sur beau-coup d’anciennes images, représentant des jeux de gladiateurs. Les scènes les plus variées se succédaient, sans interruption, dans cette mêlée. Les Rétiaires, figures à demi nues, se mouvant avec une prodigieuse agilité, presque sans armure défensive et munis seulement d’un filet, d’un trident et d’un poignard, s’avançaient isolément ou en troupe. Tantôt poursuivis par les secutores, légèrement armés d’un casque à visière, d’un bouclier et d’une épée, tantôt voltigeant eux-mêmes, comme un essaim, autour des Gaulois et des Mirmillons, gladiateurs pesamment armés, qui les attendaient à demi accroupis et la visière baissée, ils cherchaient à les envelopper de leur filet, pour porter ensuite, avec le trident ou le poignard, le coup mortel à leurs adversaires. Les Samnites, couverts de grands boucliers carrés de hauteur d’homme, croisaient leurs petites épées, courtes et droites, avec les sabres des Thraces, mieux équipés, mais seulement munis d’un petit bouclier rond. Les hommes d’armes (Hoplites), tout bardés de fer comme des chevaliers du moyen âge, visaient, en portant leurs coups, aux joints et au défaut de la cuirasse, dans l’armure de l’adversaire. Les cavaliers se ruaient les uns contre les autres, armés de longues lancés ; les Essédaires combattaient du haut de chars de combat bretons, dont les attelages étaient dirigés par un guide, qui se tenait debout à côté du champion. On distinguait encore diverses autres espèces de gladiateurs, mais les mentions qui les concernent sont trop rares et trop superficielles pour donner une idée précise de leur équipement et de leur manière de combattre[202].

L’un des deux champions était-il vaincu en combat singulier, et à la merci de son adversaire, le donateur de la fête abandonnait, ordinairement, aux spectateurs le soin de décider s’il fallait ou non tuer le malheureux. Le gladiateur blessé, demandant grâce pour sa vie, levait un doigt[203]. Les spectateurs consentaient-ils à lui accorder sa grâce, ils agitaient leurs mouchoirs ou levaient aussi le doigt peut-être. Du moins voit-on sur un bas-relief, découvert depuis peu à Cacillargues et représentant le combat d’un Samnite avec un Rétiaire, quatre spectateurs, dont une femme ; qui tous lèvent le pouce. Le pouce tourné, au contraire, équivalait à l’ordre de porter le coup mortel. De vaillants et fiers champions déclinaient bien, quelquefois, l’intervention du public, en signifiant du geste que leurs blessures étaient sans gravité ; c’étaient là ceux auxquels on s’intéressait le plus, tandis que les poltrons ne faisaient qu’irriter le peuple, qui ressentait comme une offense la crainte de la mort chez un gladiateur[204]. On poussait au combat, avec des fouets et des fers rouges, les hésitants et les timides. Des rangs des spectateurs courroucés on entendait crier partout : Tuez, le fouet, le fer chaud ! Pourquoi celui-ci aborde-t-il si timidement le glaive ? Pourquoi celui-là craint-il tant d’achever son adversaire ? Ou cet autre meurt-il de si mauvaise grâce ? Auguste avait défendu les spectacles dont le programme, n’admettant pas que l’on fit grâce aux gladiateurs blessés, voulait que le combat durât jusqu’à ce que l’un des deux champions fût étendu sur la place[205]. Mais on voit par une inscription de Minturne, de l’an 249[206], que cette défense ne fut pas observée partout, ni en tout temps. Il paraît même. que, très souvent, on se hâtait d’opposer au vainqueur, pour remplacer l’homme mis hors de combat, un autre adversaire, désigné par le sort, et ainsi de suite un troisième ou même un quatrième[207]. Dans les pauses du combat, on retournait avec des pelles la terre ensanglantée de l’arène[208], sur laquelle des esclaves noirs répandaient ensuite du sable frais[209]. Les morts étaient recueillis par des hommes portant le masque de Mercure, dieu des enfers. D’autres, sous le masque du démon étrusque Charon, venaient, avec des fers rouges, s’assurer de la vérité, si la mort, chez l’un ou l’autre de ces malheureux, n’eût été que feinte. Des bières étaient prêtes pour les cadavres, qu’elles servaient à transporter à la chambre mortuaire, par la porte de la déesse de la Mort. Là, on achevait ceux dans lesquels il restait encore une étincelle de vie.

Bien qu’il dût se former, à l’amphithéâtre aussi, des partis parmi les spectateurs, ils n’y ont jamais pris une importance qui approchât de celle des factions du cirque, soit que l’intérêt de parti fût déjà complètement absorbé par celles-ci, soit qu’il manquât aux partis de l’amphithéâtre, avec la base des corporations, les éléments d’organisation nécessaires.

Indépendamment des adhérents particuliers de tels célèbres et vaillants gladiateurs, il y avait, à l’amphithéâtre, des partis tenant pour les différentes armes de la gladiature, ou du moins un antagonisme entre les personnes qui étaient pour les grands boucliers, autrement dit les Mirmillons et les Samnites, et les partisans des petits boucliers, c’est-à-dire des Thraces. Ces partis aussi avaient des ramifications dans toutes les classes de la société. Dans Quintilien, un professeur d’éloquence, auquel on demande s’il est pour Théodore ou pour Apollodore, répond : Je suis pour les petits boucliers[210].

Les empereurs, eux-mêmes s’intéressaient à ce mouvement, comme à celui du cirque. Caligula[211] et Titus[212] favorisaient le petit bouclier ; Domitien, le grand[213]. Aussi Martial, en bon courtisan, ne se fit-il pas faute de dire du mal du petit bouclier (parma), dans ces vers, par exemple :

Hæc quæ sæpe solet vinci, quæ vincere raro (Souvent vaincue, et rarement victorieuse - XIV, 213.)

ou bien

Vincenti parmæ cura sua turba favet (Les clameurs frénétiques des partisans d'un gladiateur victorieux - IX, 69.)

L’impartialité ne reparut à l’amphithéâtre qu’avec Trajan[214]. Marc-Aurèle[215] se félicitait d’être resté également étranger aux deux partis.

De grands combats de masses, pour lesquelles l’arène de l’amphithéâtre n’offrait pas un espace suffisant, avaient lieu en divers autres endroits ; mais ces spectacles, naturellement, étaient rares. Jules César, lors des jeux par lesquels il célébra son triomphe, fit représenter une bataille au cirque, où l’on avait établi deux camps pour la circonstance, après avoir fait enlever les colonnes terminales. Cinq cents fantassins, trois cents cavaliers et vingt éléphants, surmontés de tours garnies d’hommes armés, y combattirent de chaque côté[216]. En l’an 7 avant Jésus-Christ, un combat sur une grande échelle fut représenté en l’honneur d’Agrippa (mort en l’an 12), dans les clos (septa) qu’il avait fait construire[217]. A un spectacle donné par Agrippa de Judée, à Béryte en Syrie, il y eut aussi sept cents hommes d’engagés de chaque côté[218]. Claude, après la conquête dé l’île de Bretagne, en l’an 44 de notre ère, fit représenter au champ de Mars, avec une exactitude parfaite, la prise et le sac d’une ville de cette contrée, ainsi que l’acte de la soumission des chefs qui y commandaient[219]. Lui-même y présida, drapé du manteau de général. En 57, Néron ordonna, dans l’arène de l’amphithéâtre, un combat sur une moindre échelle, entre deux troupes de fantassins en nombre égal[220], et Domitien, lors des jeux de son triomphe, en fit représenter de plus de conséquence, avec mêlée de cavaliers et de fantassins[221].

 

§ 3. — Combats d’animaux, bestiaires et pantomimes de l’amphithéâtre.

La première chasse d’animaux connue, à Rome, fut celle qu’y donna, en l’an 568 de la fondation de cette ville, ou 486 avant J.-C., c’est-à-dire environ quatre-vingts ans après l’introduction des jeux de gladiateurs, Marcus Fulvius Nobilior, le vainqueur de l’Étolie[222]. Mais on avait, auparavant déjà, vu des criminels déchirés par les bêtes féroces[223]. Plus tard, ces spectacles qui, sous la république, se donnaient le plus souvent au grand cirque, comme il arriva quelquefois encore dans les temps postérieurs, devinrent fréquents et furent montés avec. une magnificence de plus en plus grande. Tantôt on se bornait à montrer seulement les animaux, tantôt on les chassait et les tuait, en les faisant combattre alternativement entre eux et avec des hommes. Ceux-ci, généralement connus sous le nom de bestiaires, n’étaient pas seulement des condamnés pour crimes et des prisonniers de guerre, mais en partie des gens loués expressément pour ces représentations, ou des engagés volontaires[224], et ce métier, bien qu’il ne fût pas réputé moins infâme que la gladiature, avait aussi son charme particulier[225]. Il y avait des troupes ou familles de bestiaires comme il en existait de gladiateurs[226]. On ouvrit, pour l’éducation des premiers, comme pour celle des seconds, des écoles spéciales, et l’une des quatre écoles impériales bâties par Domitien était, exclusivement ou principalement, destinée à former des bestiaires. Dans un sens plus restreint cependant, cette dénomination parait n’avoir été communément appliquée qu’aux criminels condamnés à combattre avec les animaux ; aussi faisait-on de leur bravoure dans l’arène moins de cas que de celle des plus mauvais et plus vulgaires gladiateurs[227], et le goût pour les combats dans lesquels ils figuraient comme acteurs était-il taxé de barbare[228]. Vêtus ordinairement d’une simple tunique, parfois avec une écharpe autour du bras droit, ou des bandages aux jambes[229], sans casque, bouclier ni cuirasse, ils n’avaient pour arme que la lance, munie d’une pointe à crochets sur la mosaïque de Borghèse, ou bien aussi, mais plus rarement, l’épée. On distinguait des bestiaires, et appelait chasseurs (venatores), une classe plus relevée et mieux armée d’hommes adonnés volontairement, sans doute, ainsi que formés, par l’éducation et l’exercice, à cette profession[230]. Les Parthes étaient justement renommés pour l’habileté avec laquelle ils savaient tuer les animaux à coups de flèches, talent dont leur roi Tiridate donna personnellement des preuves au public italien[231], et qui, dans la suite, détermina Commode à se faire enseigner les secrets de cet art par des Parthes, pendant que des Maures lui apprenaient celui de se servir de la lance à leur manière[232] ; aussi les chasseurs de l’arène, comme on le voit par les monuments, empruntaient-ils souvent aux Parthes leur armement, et les imitaient-ils même dans l’emploi du cheval. Outre ces archers (sagittarii)[233], on distingue, comme des spécialités relatives aux combats de taureaux, les taurocentæ et les taurarii[234], ainsi que les succursores ou successores, dont l’emploi parait avoir été de harceler le taureau, tout en fuyant devant cet animal[235].

Quand on représentait des combats d’animaux conjointement avec d’autres jeux, on commençait ordinairement par les premiers, et cela dès l’aurore[236]. Dans Martial (VIII, 67), les chasses (venationes), qui faisaient partie des jeux floraux, n’étaient pas terminées à la cinquième heure du jour. Avec l’accroissement territorial de l’empire romain les chasses avaient grandi sans cesse, à mesure que chaque pays nouvellement conquis envoyait à Rome ses animaux les plus rares et les plus sauvages. L’introduction de ce genre de spectacles y datait d’une époque où le territoire africain de Carthage était déjà tombé sous la dépendance des Romains, bien qu’il ne fût réduit en province romaine que quarante ans plus tard. Les animaux sauvages de cette contrée furent les premiers d’espèces étrangères à l’Europe et demeurèrent, pendant plus d’un siècle, les seuls de ces espèces que l’on vît au cirque. Déjà pour la première chasse mentionnée plus haut, on avait pu réunir un si grand nombre et une telle variété de lions et de panthères, que le spectacle, dans la pensée de Tite Live, ne devait pas avoir beaucoup à envier aux grandes véneries du temps d’Auguste. Dix-sept ans après ce premier spectacle, en l’an 585 de Rome ou 169 avant J.-C., parurent, ce qui montre bien la splendeur croissante de ces fêtes, dans les jeux donnés au cirque par les édiles curules Scipion Nasica et P. Lentulus, soixante-trois animaux d’Afrique, comprenant des panthères, des léopards et probablement aussi dés hyènes, avec quarante ours et plusieurs éléphants. Déjà Plaute avait vu, dit-il, des autruches parcourir le cirque comme au vol. A part ces animaux exotiques, ou chassait au cirque des chevreuils, des lièvres et des cerfs, des sangliers, des ours et des buffles, provenant des forêts de la Pouille et de la Lucanie, des marais Pontins et de l’Apennin, et il n’est pas douteux que souvent tout le spectacle dut se borner à la chasse de ces animaux indigènes. A la fête de Flore, qui eut depuis l’an de Rome 571 (183 avant J.-C.) un caractère fixe, il était même de règle de ne chasser absolument que du gibier inoffensif.

Les spectacles, au dernier siècle de la république, témoignent assez du fait que la puissance romaine s’étendait, dès lors, aux contrées les plus lointaines du monde connu, et qu’il n’y avait plus rien d’impossible pour elle. Les treize années écoulées de 58 à 46 avant J.-C. montrent fine succession rapide de trois spectacles d’une. magnificence inouïe, dans lesquels on présenta au people des animaux qui, jusque-là, devaient être à peine connus à Rome, même de nom, et dont la capture était sujette à d’énormes difficultés : ainsi les monstres du Nil, le crocodile et l’hippopotame, aux fêtes de Scaurus en l’an 58 ; puis une espèce de singe africain, que l’on n’avait jamais vire auparavant et qui n’a jamais été revue depuis, le rhinocéros et le lynx de la Gaule, aux véneries de cinq jours que Pompée donna, en l’an 55, pour l’inauguration de son théâtre ; enfin, la girafe, aux véneries, de cinq jours aussi, que César organisa, en l’an 46, pour la célébration de ses triomphes. Il est vrai que, même au moyen âge, on revit en Europe quelques girafes, données en cadeau par des émirs d’Égypte à des princes chrétiens : en dernier lieu celle qui fut envoyée, en 1486, à Laurent de Médicis ; mais, depuis cette époque jusqu’au dix-neuvième siècle, il n’en vint plus, et Buffon dut se contenter d’en donner la description, sans accompagnement de figure[237]. Le premier hippopotame venu en Europe, depuis l’antiquité, fut probablement celui dont, il y a quelques années, le jardin zoologique de Londres fit sonner si haut l’acquisition[238]. Toute l’influence d’un consul d’Angleterre auprès du pacha d’Égypte avait à peine suffi pour obtenir cet animal, dont la capture occupa tout un détachement de troupes, et dont le transport, du Nil Blanc au Caire seulement, fut une affaire de cinq à six mois. Or, ces deux animaux, si rares et si curieux pour la science, avaient reparu plusieurs fois dans la suite à Rome, où l’on était en mesure d’en montrer, beaucoup plus que de nos jours, et même d’en tuer pour l’amusement du public. Commode, au rapport de Dion Cassius, témoin oculaire du fait, tua de sa main, en un jour, cinq hippopotames et, en différents autres jours, deux éléphants, une girafe et quelques rhinocéros. Le tigre même, bien qu’il eût paru tout à fait impossible à Varron de jamais le prendre vivant, fut amené à Rome dès l’année 11 avant J.-C., et plus tard on revit assez souvent des tigres, sauvages et même apprivoisés, dans cette capitale.

Ce que l’on rapporte du nombre, de la diversité des espèces d’animaux, réunis pour les grands spectacles, parait incroyable. Dion Cassius (XLIII, 22), sans doute, a raison quand il relève l’exagération dont tous ces chiffres étaient empreints ; mais, quoi que l’on en rabatte, et fût-ce la moitié, ils n’en restent pas moins énormes. Sous ce rapport, il est vrai, les jeux de Pompée et de César ne furent pas surpassés, ni même égalés, dans la suite. Aux premiers figurèrent, dit-on, 17 ou 18 éléphants, de 500 à 600 lions et 410 autres animaux d’Afrique ; aux seconds, 400 lions et 40 éléphants. Mais les rapports des historiens de l’empire aussi accusent des chiffres de 100, 200 et jusqu’à 300 lions, de 400 à 500 autres animaux d’Afrique et d’autant d’ours, sans parler d’un nombre souvent bien plus grand encore d’espèces communes, montrés ou chassés à un seul spectacle ; et de pareils témoignages, nous le répétons, ne sont pas rares du tout. Avec les animaux que l’on réunissait alors à Rome, pour l’objet d’une seule grande fête, on doterait, richement, aujourd’hui, tous les jardins zoologiques de l’Europe. Au rapport d’Auguste lui-même, qui trouvait particulièrement plaisir au spectacle d’une multitude et d’une grande variété d’animaux rares ou peu connus[239], on en tua, des espèces d’origine africaine seulement, environ 3.500 dans les jeux donnés par lui[240]. A la fête de cent jours que donna Titus, en l’an 80 de notre ère, pour l’inauguration de l’amphithéâtre Flavien, il paraît que 5.000 animaux sauvages, de toute espèce, furent montrés en un jour[241], et que l’on n’en tua pas moins de 9.000, tant apprivoisés que sauvages, dans tout le cours des fêtes[242]. Aux fêtes ordonnées en l’an 106 par Trajan, pour la célébration de son second triomphe de Dacie, et qui durèrent quatre mois, on en compta même 11.000[243]. Cette vogue des spectacles d’animaux ne fut, du reste, pas tout à fait sans utilité pour l’histoire naturelle et l’anatomie, même à cette époque, ainsi que l’atteste Galien. Elle servait naturellement aussi l’art ; en offrant aux artistes de grandes facilités pour les études d’après nature[244].

Comme il y eut, sous l’empire, des véneries tant à Rome que dans toutes les autres grandes cités et même dans beaucoup de petites villes, il faut supposer que l’on s’occupait continuellement, pour la fourniture des animaux nécessaires, d’organiser des chasses sur la plus grande échelle, non seulement dans les provinces, mais même au-delà des frontières de l’empire, pour le compte des empereurs comme pour celui des particuliers. Dans cette dernière catégorie figuraient, avec les donateurs de fêtes, aussi des trafiquants d’animaux[245]. L’empereur Macrin avait été, dit-on, lui-même chasseur de profession en Afrique[246]. Ces chasses, continuant pendant des siècles, eurent pour effet, dans beaucoup de contrées, de refouler les bêtes féroces de plus en plus au fond des steppes et des déserts, et de faire gagner ainsi du terrain à l’agriculture et à la civilisation. Elles servirent à transformer, dans l’Afrique septentrionale, les repaires des lions et des panthères en pâturages pour le bétail[247], tout comme elles avaient déjà permis, du temps d’Auguste, aux tribus, nomades jusque-là, des terres si fertiles qui s’étendent de Carthage aux Colonnes d’Hercule, de tourner leur activité vers le labour[248]. Ces populations, devenues agricoles, y exterminèrent peu à peu tous les éléphants et délivrèrent, de même, les champs ensemencés de l’Égypte des ravages causés par les hippopotames, qui venaient encore fréquemment y paître la nuit, au sud de la préfecture. de Saïs, du vivant de Pline[249], mais se trouvaient déjà généralement refoulés en Nubie au quatrième siècle[250]. Cependant, si le butin de ces chasses diminuait en Afrique, les ressources des contrées asiatiques, en animaux sauvages, demeuraient inépuisables. Encore au temps d’Ammien (XVIII, 7, 4), d’innombrables lions rôdaient entre les massifs de roseaux et les jongles de la Mésopotamie, et l’Hyrcanie regorgeait de tigres et d’autres bêtes féroces (XXIII, 6, 50). Les rois et les satrapes de la Perse avaient de grands parcs d’animaux[251]. Gratien aimait à chasser dans ces parcs[252]. Dioclétien[253] et Théodose[254] reçurent des présents d’animaux. des rois de Perse. A la frontière de l’empire romain, on percevait un droit d’entrée sur les animaux destinés pour les spectacles, notamment sur les lions, les panthères et les léopards[255]. Symmaque[256] parle aussi d’un droit de port de 2 ½ p. 100 sur les ours, mais dont les donateurs de fêtes de rang sénatorial étaient alors exempts. Le droit de chasse était en général illimité, sur le territoire de l’empire romain ; l’animal y appartenait au chasseur, qu’il l’eût pris sur son propre fonds ou sur les terres d’autrui[257].

Cependant la possession d’éléphants était le privilège exclusif des empereurs. Le premier particulier qui put, après la chute de la république, se vanter de posséder une pièce de ce bétail impérial[258], fut Aurélien. Il l’avait, n’étant pas encore empereur, reçue en cadeau du roi des Perses, et l’on vit dans ce présent un pronostic de sa grandeur future[259]. Aussi, la chasse aux éléphants ne pouvait-elle avoir lieu que par ordre ou avec la permission de l’empereur[260]. Les empereurs se réservèrent de même, exclusivement, du moins dans les temps postérieurs, la chasse aux lions. Nulle personne qui tue un lion, lisons-nous dans un édit des empereurs Honorius et Théodose, de l’an 414, ne saurait avoir à craindre d’être actionnée pour ce fait, attendu que le bien de nos sujets doit nécessairement passer avant notre plaisir personnel, et que celui-ci n’en souffre pas du reste, puisque nous avons seulement permis de tuer tes animaux, mais non de les chasser et de les vendre[261]. Les livres sibyllins ayant prescrit dans une occasion, sous le règne d’Aurélien, des sacrifices qui devaient être célébrés avec une solennité toute particulière, l’empereur écrivit au sénat : Quælibet animalia regia non abnuo, sed libens offero[262]. On peut juger de la richesse des ménageries et des parcs impériaux, à Rome, en animaux rares et de prix, par l’inventaire de leur effectif, à l’époque du règne de Gordien III. Il y avait 32 éléphants, 10 élans, 10 tigres, 60 lions et 30 léopards apprivoisés, 10 hyènes, 1 rhinocéros, 1 hippopotame, 10 maîtres lions, 10 girafes, 20 onagres ou ânes sauvages, 140 chevaux sauvages et d’innombrables animaux des autres espèces ; que l’empereur Philippe employa tous, aux jeux millénaires de l’an 248[263]. Il y avait déjà un parc d’animaux près de la maison d’or, de Néron[264]. Procope[265] mentionne une ménagerie près de la porte de Préneste, et l’on a cru reconnaître les traces d’une autre dans les souterrains de l’église de Saint-Jean et Saint-Paul. L’entretien des ménageries dévorait tous les ans des sommes importantes, et demandait un personnel d’administration considérable[266]. Dans un moment où la viande était très chère, Caligula eut la sanguinaire idée de faire jeter des criminels en pâture aux animaux de sa ménagerie[267]. Aurélien, pour ne pas trop grever le fisc, se débarrassa en cadeaux des bêtes qui avaient paru à son triomphe[268].

Il est probable que les empereurs faisaient souvent présent à leurs amis, ou à d’autres sénateurs favorisés, d’animaux pour les spectacles de l’amphithéâtre. Symmaque[269] mentionne un cadeau de plusieurs léopards. Du reste, la possession de domaines en Asie et en Afrique devait, dans bien des cas, faciliter beaucoup aux glands de Rome les moyens de se procurer des animaux, d’autant plus que, d’ordinaire, ils avaient encore la ressource de pouvoir mettre en réquisition, pour cela, les bons offices des gouverneurs de provinces. Cependant, les contributions en argent et en animaux sauvages, pour les spectacles qu’avaient à donner les amis des gouverneurs, ne figuraient plus, comme jadis au temps de la république, parmi les redevances fixes imposées aux provinciaux. Les lettres échangées en l’an 51 avant J.-C., au sujet d’une fourniture d’animaux sauvages, entre Marcus Célius, alors édile, et Cicéron, proconsul en Cilicie à la même. époque, montrent combien les hauts fonctionnaires romains s’étaient habitués à regarder ces fournitures comme une affaire de complaisance, toute naturelle de la part des gouverneurs de provinces. Patiscus ayant envoyé 10 panthères à Curion, écrit Célius, ce serait une honte pour Cicéron de ne pas lui en expédier, à lui, un bien plus grand nombre, puisqu’il n’y avait qu’à donner les ordres nécessaires, toutes les mesures étant prises d’avarice, pour assurer le transport et la nourriture de ces animaux[270]. Un gouverneur refusait d’autant moins de rendre ces petits services, qu’il pouvait se trouver, bientôt, dans le cas d’en demander lui-même de pareils à son obligé du moment[271].

Ainsi, des milliers de hardis chasseurs bravaient, tous les ans, les plus grands périls, afin de pouvoir livrer, en nombre suffisant, les animaux dont on avait partout besoin pour les spectacles. C’est afin de procurer les moyens de célébrer chaque grande fête avec la magnificence à laquelle. on était habitué dans la capitale, que l’Hindou dressait ses éléphants apprivoisés pour la chasse des bêtes féroces[272] ; que les habitants des bords du Rhin tendaient leurs filets autour des marécages, hérissés de roseaux, dans lesquels se tenait le sanglier[273] ; que les Maures, sur les chevaux infatigables du désert, chassaient l’autruche, en resserrant de plus en plus le cercle autour de cet oiseau[274], et qu’ils guettaient le lion[275], auprès des fosses creusées pour le prendre au piège, dans les affreuses solitudes de l’Atlas. Les détails sur la manière dont procédaient lés anciens, dans leurs différentes, chasses, ne nous manquent pas. Nemesianus[276] a décrit des filets, dans le tissu desquels entraient des plumes, pour prendre des ours, des laies, des cerfs, des loups et des renards ; Élien[277], la manière de prendre les panthères, en Mauritanie, dans des piéges où l’on mettait de la viande gâtée pour appât ; Oppien (IV, 320), la capture du même animal par une autre méthode ; l’Alexandrin Achille Tatius (IV, 2, etc.), la manière d’attirer l’hippopotame dans des fosses ; Diodore (I, 35), la même chasse, au harpon[278], ainsi que la manière de saisir le crocodile avec des filets ; Pausanias (X, 13, 2), la chasse au bison, et Arrien[279], la capture de l’onagre, en Numidie, par des cavaliers, qui lui jetaient des lacets. Dans Pline l’Ancien[280], on trouve un récit fabuleux de la chasse au tigre, d’après lequel les chasseurs, à cheval, enlevaient les jeunes du repairé de l’animal, puis les laissaient tomber, l’un après l’autre, pour arrêter la mère dans sa poursuite[281]. Oppien (III, 353, etc.), finalement, raconte cette chasse d’une autre manière.

Ces périlleuses poursuites étaient-elles même couronnées du plus beau succès, le transport des animaux exigeait un nouveau déploiement d’activité. La hache retentissait, la scie du charpentier criait, l’usine du forgeron se chargeait de vapeur, jusqu’à ce qu’il ne restât plus, aux terribles prisonniers qu’à tourner leur vaine fureur contre les barreaux de leurs cages. Claudien, dans son panégyrique en vers de Stilicon, chante un combat d’animaux donné par ce ministre. Le poète fait, en l’honneur de son puissant protecteur, chasser Diane elle-même avec ses nymphes dans les forêts, les déserts et les montagnes du monde entier ; les charpentiers ne peuvent suffire à façonner les poutres nécessaires pour tant de cages ; on, les construit avec les troncs du hêtre et de l’orme, encore tout verts du feuillage dont on n’a pas eu le temps de les dépouiller entièrement[282]. Le transport s’effectuait en partie par mer[283], et, dans ce cas, les navires. retenus par des vents contraires arrivaient souvent trop tard[284], quand ils ne faisaient pas naufrage, avec leurs précieuses cargaisons[285] ; ou bien aussi l’on voyait arriver par terre d’interminables convois de lourdes voitures, chargées de cages et traînées par des taureaux[286]. Avec l’énormité des distances que ces convois avaient en grande partie à franchir, ils restaient souvent en route des mois entiers, et, dans ce cas encore, il était fort à craindre que les animaux, s’ils ne périssaient pas tous[287], n’arrivassent au lieu de leur destination tout à fait hors d’état de servir[288]. Il résulte d’un édit des empereurs Honorius et Théodose, de l’an 117, que l’entretien des animaux faisant partie des convois impériaux était à la charge des villes de leur itinéraire, pendant tout le temps qu’ils y passaient, et, selon toute probabilité, il en avait été de même antérieurement déjà. On peut juger des abus qui s’ensuivaient par l’édit même, d’après lequel un de ces convois, au lieu de ne stationner qu’une semaine, comme il le devait, à Hiérapolis, qui était alors la capitale de la province de l’Euphrate, avait fait un séjour de trois à quatre mois. Les conducteurs étant allés dans leurs exigences, contre tous les précédents, jusqu’à requérir des cages, les empereurs, pour y mettre ordre, défendirent à tout convoi de s’arrêter, désormais, plus de sept jours dans une ville[289]. Aux spectacles de l’amphithéâtre, on ne se bornait pas, comme nous l’avons déjà dit ailleurs, à faire la chasse aux animaux et à les lâcher pour le combat les uns contre les autres, ou contre des hommes, mais on les exhibait aussi, notamment ceux d’espèces rares et inoffensives. A cet effet, on les parait, d’après lé goût du temps ; on les couvrait surtout de larges écharpes bariolées, de plaques en métal (bracteæ), de feuilles d’or et d’autres oripeaux ; on les peignait même en couleur. Aux spectacles, nomme dans les processions et les sacrifices, figuraient des animaux ainsi arrangés, et dont beaucoup de monuments ont conservé des images[290]. On voyait là des bœufs tout peints en blanc[291], des moutons de couleur pourpre ou écarlate[292], des autruches teintes avec du cinabre[293] et des lions à crinière dorée[294].

Il n’y avait pas moins de prodige dans le nombre des animaux apprivoisés et dressés, offerts en spectacle dans l’amphithéâtre[295], que dans l’adresse extraordinaire et les tours de force de leurs dompteurs[296]. Déjà sous Auguste, on poussait si loin la virtuosité, dans cet art, que Manilius[297] crut devoir le ranger parmi les professions pour lesquelles des hommes nés sous certaines constellations ont une vocation toute particulière. Depuis que Jules César s’était fait éclairer jusqu’à sa demeure par des éléphants portant des flambeaux[298], et Marc-Antoine traîner, avec la danseuse Cythéris, sur un char attelé de lions[299], l’usage d’entretenir, dans les palais des empereurs et des grands, des lions, des panthères, des ours, des sangliers, des loups tant sauvages qu’apprivoisés, était notoirement devenu très fréquent[300]. Chez les Romains, les dompteurs d’animaux semblent avoir, précisément, pris à tâche de dresser les bêtes pour les choses les plus contraires à leur instinct naturel. Des taureaux sauvages laissaient danser de jeunes garçons sur leur dos[301], se posaient sur leurs pieds de derrière[302], trottaient dans l’eau en compagnie des chevaux[303], et se tenaient immobiles, comme des cochers, sur des voitures à deux chevaux, lancées à grande vitesse[304]. Des cerfs apprenaient à obéir au frein[305], des panthères à marcher sous le joug[306]. Des grues décrivaient des cercles en courant[307] et se battaient entre elles[308]. De paisibles antilopes s’entrechoquaient avec leurs cornes, jusqu’à ce que l’une de ces pauvres bêtes, ou toutes les deux, restassent mortes sur la place[309]. On amenait des .lions jusqu’au dernier degré de la docilité du chien. Dans les spectacles de Domitien, l’on en vit qui prenaient des lièvres dans l’arène, les tenaient entre leurs dents sans les mordre, puis les lâchaient et les ressaisissaient de nouveau[310].

Des éléphants s’agenouillaient sur un signe de leurs instructeurs nègres[311], exécutaient des danses, avec accompagnement de cymbales agitées par l’un d’eux[312], se mettaient à table, portaient à quatre un cinquième en litière, comme une femme en couches, marchaient sur la corde tendue[313], et écrivaient du latin[314]. Pline assure même que, dans une, compagnie d’éléphants, que l’on dressait ensemble, l’un des élèves, apprenant plus difficilement que les autres, ce qui lui valait souvent des menaces de coups, fut surpris une nuit répétant lui-même sa leçon pour s’exercer[315]. Les Romains avaient une espèce de tendresse pour les éléphants, dans la douceur et l’intelligence desquels ils retrouvaient quelque chose d’humain. Aux spectacles de Pompée, où l’on tua un assez grand nombre de ces animaux, ils excitèrent la compassion du peuple à un tel point que l’impression tourna presque au contraire de l’effet qu’on avait voulu produire[316].

Avec les représentations d’animaux apprivoisés. ou savants, alternaient les combats d’animaux sauvages, poussés les uns contre les autres : tels ceux du rhinocéros avec l’éléphant[317], l’ours ou le buffle, de l’éléphant avec le buffle et ainsi de suite. On s’ingéniait à surexciter encore, par toute sorte de moyens, la férocité naturelle des bêtes. On les animait avec des claquements de fouet[318], on les blessait avec des aiguillons[319] et des tisons[320] ; on leur jetait des mannequins de paille, enveloppés de chiffons de couleur[321], que, dans leur rage, ils relançaient dans l’air[322].

At me (toga velat) quæ furias passa est et cornua lauri

Noluerit dici quam pila prima suam[323].

Ce n’était pas tout : on les attachait aussi deux par deux à des longes, et le peuple ne se connaissait plus de joie quand, rendus furieux par cet accouplement forcé, ils s’entredéchiraient.

Puis paraissaient des chasseurs éprouvés et bien armés qui, avec des chiens parfaitement dressés[324], de race britannique, écossaise surtout, savaient tenir tête, isolément ou en troupe, aux bêtes les plus féroces. Les chiens écossais étaient recherchés déjà du temps de Strabon[325], et pour les spectacles de Symmaque encore on en fit venir dans des cages de fer[326]. L’arc, le javelot et la lance, dans le maniement desquels, comme nous l’avons déjà vu, les Maures et les Parthes étaient surtout maîtres[327], triomphaient même du lion et de la panthère, de l’ours et de l’ure[328]. On voyait aussi quelquefois, dans l’arène, des bestiaires tuer l’ours d’un coup de poing, habilement asséné sur la tête[329], et vaincre le lion sans difficulté, après l’avoir ébloui en lui jetant un manteau sur les yeux[330]. Les combats de taureaux, très à la mode en Grèce et particulièrement en Thessalie[331], puis également, introduits à Rome par Jules César[332], s’y renouvelèrent souvent dans la suite. On opposait des hommes, combattant soit à pied[333], soit à cheval, à ces animaux farouches, qu’on ne faisait qu’irriter de plus en plus en leur présentant des morceaux d’étoffe rouge[334]. Les cavaliers pourchassaient le taureau, à la manière thessalienne, jusqu’à-ce qu’il fût harassé de fatigue, puis le terrassaient en le saisissant par les cornes. Claude fit combattre un détachement de sa garde prétorienne à cheval, sous le commandement de ses officiers, contre des panthères d’Afrique ; Néron, des cavaliers du même corps, contre quatre cents ours et trois cents lions[335].

Mais qu’était-ce que ces spectacles de l’amphithéâtre, à côté de ces terribles exécutions capitales où, dans l’arène aussi, des condamnés, attachés à des poteaux, complètement sans défense[336], ou pourvus d’armes, ce qui ne servait qu’à prolonger leurs tourments, étaient livrés aux bêtes féroces, quelquefois dressées tout exprès pour dévorer des hommes[337] ? Que ne devait-on pas éprouver en voyant ces misérables, les membres lacérés et tout couverts de sang, implorer, non leur grâce, mais simplement la suspension de leur martyre jusqu’au lendemain[338] !

Or, qu’était-ce de prêter encore à d’aussi horribles réalités le déguisement d’une scène de théâtre ? Croyait-on rendre ainsi moins repoussant ce spectacle inhumain ? Quant à notre sentiment, il se révolte doublement à l’idée de cette intervention du machiniste et du décorateur, pour prolonger l’agonie des délinquants et les entourer de tout l’éclat de la mise en scène.

Strabon déjà mentionne un exemple d’une exécution ainsi donnée en spectacle. Un brigand, Sélurus, surnommé le fils de l’Etna, parce que ce mont avait été le théâtre de ses exploits, fut condamné à périr par la dent des bêtes féroces. A cet effet, on avait dressé au Forum un échafaud, sur lequel on plaça le condamné ; tout à coup les planches se séparèrent, et il tomba dans les cages des bêtes féroces, qui le mirent en pièces[339].

A l’amphithéâtre Flavien, on avait pourvu de la manière la plus grandiose à ces mises en scène, par dès décorations et tout un appareil de machines diverses. De même qu’aux amphithéâtres de Pouzzoles et de Capoue, qui servaient probablement aussi, tous les deux, à la représentation de spectacles impériaux, le parquet de l’arène, au Colisée ; reposait sur de vastes souterrains d’une structure très compliquée et pratiquée de telle façon que l’on pouvait y introduire, par des portés situées en dehors du bâtiment et sans que les spectateurs s’en aperçussent, hommes, bêtes et machines. Suivant Dion Cassius (LXIX, 4), l’architecte Apollodore proposa même de relier les souterrains du temple de Vénus et de Roma à ceux de l’amphithéâtre, comme moyen de gagner plus d’espace pour le déploiement de l’appareil scénique des spectacles. A l’amphithéâtre de Capoue, qui égale à peu près le Colisée en grandeur, il y avait, dit-on, place pour un millier d’hommes dans les souterrains. Cela permettait de faire, subitement ; sortir de terre et disparaître de même toute la scènerie, avec acteurs et animaux, comme en général de produire les changements à vue les plus surprenants. Les machinistes romains avaient poussé leur art à un très haut degré de perfection ; faisant, à volonté, monter et descendre leurs pièces de décoration ou de coulisse par dés trucs, ils les disloquaient et les rajustaient avec la même facilité[340]. Aux spectacles de Septime Sévère, en l’an 202, on avait transformé l’arène en un vaisseau qui, crevant soudain, se déchargea d’une multitude d’animaux des espèces les plus diverses. Des ours, des lions, des panthères, des autruches, des ures, se mêlèrent et se pressèrent, en courant dans tous les sens ; sept cents animaux furent ainsi montrés au public et tués, pendant ces fêtés, qui durèrent sept jours[341]. D’après Dion Cassius[342], un vaisseau pareil avait, antérieurement déjà, servi de modèle pour la construction du navire dans lequel Agrippine devait trouver la mort. Au spectacle décrit par le poète Calpurnius, le parquet s’entrouvrit plusieurs fois, et l’on vit s’élever de ses trucs une forêt magique d’arbres tout resplendissants d’or, avec des jets d’eau parfumés, qui se remplit aussitôt de monstres, originaires de zones lointaines, sortis des mêmes profondeurs[343].

On donnait aussi dans l’arène, des représentations théâtrales proprement dites, du genre pantomime surtout ; seulement les acteurs n’y étaient autres que des criminels condamnés. On les instruisait et exerçait spécialement pour leur rôle, dans lequel ils ne feignaient pas de subir, mais souffraient bien réellement la mort et les tourments. Ils paraissaient couverts de tuniques somptueuses et brochées d’or, ainsi que de manteaux de pourpre enguirlandés d’or, quand soudain s’échappaient de ces magnifiques vêtements, comme de ceux de Médée, des flammes destructives qui consumaient les malheureux, au milieu d’horribles souffrances[344]. Dans la bouche du peuple ce genre de tuniques inflammables s’appelait tunica molesta[345]. Des chrétiens furent obligés de subir le martyre en costume de prêtres de Saturne, c’est-à-dire enveloppés aussi de manteaux d’écarlate et de pourpre[346], des chrétiennes, travesties en prêtresses de Cérès[347]. Il n’y avait guère de forme de torture et de supplice, mentionnée avec effroi par l’histoire ou la littérature, qui ne fût employée, pour l’amusement du peuple, à ces représentations. On y voyait Ixion avec sa roue[348], Hercule périssant dans les flammes au mont Œta[349], Mucius Scævola tenant sa main sur le brasier jusqu’à ce qu’elle fût consumée[350], le brigand Lauréolus, héros d’une farce connue du temps, mis en croix et déchiré dans cet état par les bêtes féroces. Un témoin oculaire raconte comment tous les membres tombaient en lambeaux de ce corps ruisselant, hideux et informe ; et, ajoute-t-il, comme pour calmer son effroi, celui qu’on martyrisait ainsi devait être certainement un parricide, un incendiaire, ou un sacrilège[351]. Au même spectacle, un autre condamné sortit d’un caveau souterrain, comme Orphée, revenant des enfers. La nature entière semblait subjuguée par le charme de son jeu arbres, et rochers avançaient vers lui ; les oiseaux planaient sur sa tête ; de nombreux animaux se groupaient autour de sa personne ; mais, dès qu’il parut que ce spectacle commençait à ennuyer, un ours vint y mettre fin, en déchirant la victime[352]. Ces exécutions, à Rome, avaient généralement lieu de bon matin, et nous savons, par Philon[353], qu’il n’en était pas autrement à Alexandrie.

Les exécutions et les supplices, sans mise en scène, étaient d’ailleurs aussi fréquents à l’amphithéâtre. On y brûlait des condamnés[354] ; on y flagella des délateurs sous Titus[355] et sous Trajan[356], ainsi que des banqueroutiers sous Adrien[357].

On variait aussi ces horribles scènes mythologiques par d’autres, d’un genre folâtre et même obscène, telles que celles d’Europe avec son taureau, ou de Pasiphaé avec le sien[358]. Élien[359] dit positivement qu’on dressait les taureaux à porter des femmes. De jeunes garçons, figurant probablement des amours, voltigeaient jusqu’au toit de tenture qui recouvrait l’espace occupé par les spectateurs[360]. Avec cela on se permettait les licences les plus baroques ; dans la représentation de fables connues. Ainsi, par exemple, on mentionne un Dédale déchiré par un lion[361], un Hercule porté au ciel par un taureau[362]. Puis, l’arène se couvrait subitement d’une nappe d’eau ; le beau Léandre, se rendant chez la belle Héro, y nageait ; des groupes pittoresques de dieux marins et de nymphes, avec rames, ancres et tridents, se jouaient autour de barques voguant à voiles déployées, et des étoiles brillaient au-dessus de la tête des Dioscures[363].

 

§ 4. — Naumachies[364].

L’amphithéâtre avait encore une autre destination, déjà indiquée. En inondant l’arène, on la faisait servir à la représentation d’un genre de spectacles non moins admiré, celui des naumachies ou combats de navires flottants. Cela s’était déjà vu, vers l’an 57[365] ou 58, dans l’amphithéâtre construit par Néron au Champ-de-Mars, à un spectacle qui fut alors donné, peut-être pour l’inauguration de cet édifice. Des poissons et des monstres marins parcouraient le bassin, en nageant dans tous les sens ; on représenta ensuite un combat naval entre les Athéniens et les Perses, et finalement, après avoir fait écouler les eaux, on procéda ; sur l’arène remise à sec, à des combats de gladiateurs et au simulacre d’une bataille de terre ferme[366]. De même, à une fête de l’an 64, un combat de terre ferme succéda à la bataille navale dans la même arène, que l’on finit par inonder de nouveau, pour terminer la fête par un banquet somptueux sur l’eau[367]. Les grands bassins et les canaux, par lesquels l’arène de l’amphithéâtre Flavien pouvait être transformée en lac[368], étaient achevés dès l’an 80, puisque Titus, lors de la fête d’inauguration, put y organiser, indépendamment d’autres spectacles nautiques, un combat naval entre les Corcyréens et les Corinthiens[369]. Domitien aussi fit représenter une bataille navale à l’amphithéâtre[370].

Jules César le premier avait organisé une grande naumachie à ses jeux triomphaux, en l’an de Rome 708 (46 avant J.-C.), et fait creuser, à cet effet, dans le Champ-de-Mars, probablement aux environs du palais Farnèse, un lac[371] sur lequel une flotte tyrienne et une flotte égyptienne, comprenant des navires à deux, trois et quatre rangs de rames, et montées par mille soldats de marine et deux mille rameurs, combattirent l’une contre l’autre[372]. En l’an de Rome 711, on combla ce lac[373], dans la crainte que ses émanations n’eussent contribué à produire une épidémie, qui sévissait alors.

La seconde grande naumachie fut donnée par Auguste, en l’an 752 de Rome, ou 2 avant J.-C., à l’inauguration du temple de Mars vengeur, sur un lac creusé dans les jardins de César ; de l’autre côté du Tibre. Ce lac avait, d’après les indications laissées par l’empereur lui-même, 1.800 pieds de long sur 1.200 de large ; trente birèmes et trirèmes rostrales, sans compter les petits bâtiments, plus nombreux encore, avec un équipage de trois mille soldats probablement, y simulèrent une bataille navale entre les Athéniens et les Perses[374].

Sur ce bassin avait été établi un pont (pons naumachiarius), qui brûla sous Tibère, mais fut ensuite reconstruit[375]. Dion Cassius (LV, 10), encore vit des traces de cette naumachie. Mais ces deux spectacles, comme tous ceux du même genre des temps postérieurs, s’effacent devant la gigantesque bataille navale que l’empereur. Claude fit représenter, pour la célébration de l’achèvement d’un ouvrage de plusieurs années c’est-à-dire des travaux du canal d’échappement construit pour conduire les eaux du lac Fucin (Lago de Celano), à travers la montagne, dans le Liris (Garigliano)[376]. Deux flottes, composées de trirèmes et de navires à quatre rangs de rames, avec un équipage armé de dix-neuf mille hommes, l’une sicilienne et l’autre rhodienne, s’y trouvaient en présence[377]. Un triton d’argent, sortant de l’eau, donna le signal du combat, avec la trompette[378]. Le lac, au rapport de Tacite, était bordé de radeaux garnis de détachements, à pied et à cheval, des cohortes prétoriennes. On voulait par là enlever aux combattants tout espoir de se sauver. Cependant, il y avait assez d’espace pour le libre jeu des rames et du gouvernail, pour le combat naval en ligne et pour l’abordage. Sur les radeaux on avait établi des parapets munis de catapultes, desquels toute la surface de l’eau, qu’ils commandaient par enfilade, pouvait être couverte de projectiles. Le reste du lac fut occupé par des soldats de la flotte, logés dans des bâtiments couverts. Les bords du lac, les collines et les revers des montagnes environnantes étaient remplis, comme un théâtre, d’une foule innombrable, attirée des villes et campagnes voisines, ou même jusque de Rome, par l’appât du spectacle ou le désir de voir l’empereur. Claude en personne, revêtu d’un superbe manteau de général, et, auprès de lui, Agrippine, drapée d’un surtout entièrement tissu d’or, présidaient à la fête. Les combattants, quoique tous, appartenant à la catégorie des criminels, montrèrent le courage de vaillants hommes, et furent soustraits à la mort, tout criblés de blessures. Mais quand, après la fin du spectacle, il s’agit de faire écouler les eaux, on reconnut que les travaux exécutés ne suffisaient pas et qu’il fallait rendre les canaux encore plus profonds. Ce complément d’ouvrage terminé, on invita de nouveau la foule, en l’an 52 de notre ère, au spectacle d’un combat pédestre de gladiateurs, pour lequel on avait jeté des ponts sur l’eau. Le banquet, organisé à l’endroit de l’échappement des eaux fut interrompu par un accident de la violence du courant, qui emporta une partie des constructions en bois et jeta partout l’épouvante.

L’emplacement de la naumachie d’Auguste fut utilisé par Néron pour un banquet[379], et par Titus, lors des fêtes de cent jours qu’il donna en l’an 80, pour des spectacles splendides[380]. Le premier jour, il y eut sur le bassin d’eau, recouvert de poutres, un combat de gladiateurs et une tuerie d’animaux ; le second, une course de chars ; le troisième, sur l’eau même, un combat naval entre les Athéniens et les Syracusains. Puis les premiers, en étant sortis vainqueurs, abordèrent une petite île et prirent d’assaut des fortifications, qu’on y avait élevées. Domitien, jaloux de surpasser son frère en tout, ne se borna pas à faire représenter comme lui un combat naval, simplement à l’amphithéâtre, mais fit creuser, au-dessous du Vatican, un nouveau lac d’une grande étendue[381], dont l’emplacement conserva, longtemps encore, le nom de naumachie, suivant la tradition de l’histoire ecclésiastique. Sur ce lac, il fit représenter une bataille navale, avec tant de navires que l’on croyait avoir sous les yeux une flotte véritable, tout armée en guerre[382]. Il paraît que, là aussi, des jeux du cirque et de l’amphithéâtre succédèrent au combat naval. Cette fête devait, au dire d’un poète de cour, faire oublier toutes les fêtes antérieures, sans oublier celle du lac Fucin[383]. Bien qu’une averse tombât au milieu du combat naval, ou ne permit ni aux combattants de suspendre le spectacle, ni aux spectateurs de s’éloigner, ou de changer seulement d’habits, ce qui valut de graves maladies et la mort à plus d’un[384]. Enfin, il paraît que l’empereur Philippe l’Arabe aussi ordonna, aux fêtes du millénaire de la fondation de Rome, une naumachie[385], pour laquelle on se serait toutefois contenté de remettre en état l’un des deux lacs creusés par Auguste et Domitien.

 

§ 5. — Considérations sur les spectacles et suppression des jeux de l’amphithéâtre.

Rien ne fait plus vivement ressortir l’énorme différence entre la manière de voir et de sentir, dans l’antiquité romaine et dans notre Europe moderne, que la divergence d’opinion de la classe bien élevée d’alors et d’aujourd’hui, sur les spectacles de l’amphithéâtre. C’est à peine si, dans toute la littérature des Romains, on rencontre une seule fois l’expression de cette horreur profonde qu’inspire aux modernes l’idée de ces réjouissances barbares.

En général, les anciens parlent des jeux de la gladiature avec la plus grande indifférence. Les enfants, chez eux, jouaient aux gladiateurs[386] ; la jeunesse adulte vouait à cette profession un intérêt passionné[387], et c’est en devisant suc les héros de l’arène qu’on remplissait souvent les vides de la conversation, dans la société des gens même les plus instruits[388]. Bien plus, Ovide ne voyait pas le moindre mal à recommander particulièrement, comme très propice au succès des intrigues d’amour, le spectacle dans lequel on allait repaître ses yeux de l’aspect du meurtre et du carnage. Celui qui, dit-il[389], en causant avec sa voisine, lui touche la main, la prie de lui passer le programme de la représentation et fait des paris sur l’issue du combat, souvent ne tarde pas à se sentir blessé lui-même ! Désapprouve-t-on ces spectacles, ce n’est pas toujours parles raisons qui nous portent à les condamner aujourd’hui ; souvent on en fait l’apologie, ou on les exalte. De la part des poètes habitués à chanter tout ce qui venait du gouvernement, l’éloge ne saurait étonner, il est vrai. Stace et Martial, qui abusèrent de leur talent pour célébrer, en vers enthousiastes, le règne de Domitien, n’ont pas été chiches de poésies sur ses spectacles. Martial trouvait que les exploits des bestiaires surpassaient les travaux d’Hercule (V, 65). Stace comparait à des amazones les femmes qui trouvaient goût à s’escrimer publiquement, dans l’arène, et la vite de malheureux nains s’entre-déchirant n’était pour lui qu’une de ces bonnes farces devant lesquelles le vieux Mars et la sanglante déesse de la Valeur devaient se tenir les têtes de rire[390]. Mais des défenseurs prévenus et bornés des vieilles idées romaines se firent aussi, hautement, les avocats de ces jeux, en partie, peut-être, par antagonisme contre la culture hellénique. Cicéron lui-même, à qui ces boucheries grossières répugnaient au fond, se range, dans l’occasion, du côté de ces apologistes. Les jeux de gladiateurs, dit-il[391], apparaissent inhumains et cruels à quelques personnes et le sont, peut-être, de la manière dont les choses s’y passent maintenant. Mais, à l’époque où des criminels combattaient encore à outrance avec l’arme blanche, s’il pouvait y avoir pour l’oreille un meilleur enseignement du mépris de la douleur et de la mort, il n’y en avait certes point qui parlât davantage aux yeux. Pline le Jeune loue un ami de l’intention d’ordonner, en mémoire de sa femme décédée, un brillant jeu de gladiateurs avec nombre de panthères, à Vérone[392], et il fait honneur à Trajan d’avoir également accordé au peuple ce genre de divertissements, qui n’est pas de la catégorie de ces spectacles efféminés, bons seulement pour énerver et amollir les âmes, mais est essentiellement propre à enflammer le courage, par le mépris des blessures glorieuses et de la mort, en montrant aux hommes que l’amour de la gloire et le désir de vaincre, peuvent se loger jusque dans les corps d’esclaves et de criminels[393]. Ce n’en est pas moins avec raison que l’historien anglais de la décadence de l’empire appelle cette manière de voir un vain et cruel préjugé, aussi noblement réfuté par la valeur de la Grèce antique que par celle de l’Europe moderne[394].

Voici comment Cicéron se prononce contre les chasses de l’arène : Quel plaisir, dit-il[395], cela peut-il faire à un homme bien élevé de voir un faible homme déchiré par un animal d’une force gigantesque, ou un superbe animal perforé d’une javeline ? Marc-Aurèle, qui arrêta, autant qu’il dépendit de lui, l’effusion du sang, dit seulement, dans ses méditations[396], de l’amphithéâtre, qu’y voyant toujours la même chose on se lassait, à la fin, de la monotonie du spectacle. Tacite lui-même, en blâmant la volupté cruelle avec laquelle Drusus, fils de Tibère, se complaisait au carnage, et lui reprochant de témoigner trop de plaisir à la vue du sang répandu, semble presque admettre, comme une circonstance atténuante, que ce n’était là toutefois qu’un sang vénal[397]. Nous avons encore de l’un des derniers représentants du vieil esprit romain, de Symmaque, un propos très caractéristique pour la manière dont les Romains envisageaient ce point de morale. Au sujet du suicide, déjà mentionné, des prisonniers saxons à l’école des gladiateurs, il dit : On voit que même une surveillance toute spéciale n’eût pas retenu les mains scélérates de ce peuplé désespéré. Il déclare ces Saxons plus odieux même que Spartacus et ses affidés, et termine par le conseil de prendre cet accident avec la résignation philosophique qui formait la consolation habituelle de Socrate, dans ses déceptions[398].

Parmi les écrivains romains dont les œuvres sont parvenues jusqu’à nous, le seul qui se soit élevé, dans l’appréciation de. ce sujet aussi, jusqu’à la hauteur du sentiment humanitaire est Sénèque, le philosophe ; encore n’est-ce peut-être que sous l’influence d’une impression dû moment, ou seulement dans les dernières années de sa  vie. Dans une composition de son âge mûr, il compte les jeux de gladiateurs parmi les distractions futiles, par lesquelles on cherche vainement à bannir le chagrin[399]. Mais, dans un de ses derniers écrits[400], il s’est prononcé sur le caractère révoltant d’un spectacle d’une atrocité toute particulière, il est vrai, en termes assez vifs pour que l’on ne puisse mettre en doute sa sincérité, malgré la teinte de rhétorique dont ce passage est empreint. Il raconte que le hasard le conduisit Lire fois à l’amphithéâtre vers l’heure de midi, à laquelle s’éloignaient d’habitude la majeure partie des spectateurs. C’était le moment même où, pour amuser tant bien que mal les personnes qui restaient, on forçait à s’entre-égorger des criminels sans expérience dans l’art de l’escrime, dépourvus d’armes défensives et dont, par conséquent, les combats n’auraient pas suffisamment intéressé la masse du public. Comparativement à cette scène, dit Sénèque, tous les combats précédents sont une plaisanterie ; maintenant on ne joue plus, tout n’est que meurtre. Les malheureux n’ont rien pour se garantir des blessures ; toutes les parties du corps étant à découvert, chaque coup d’estoc ou de taille porte. C’est ce que la plupart préfèrent même à des duels en règle, organisés sur demande. Et pourquoi pas ? Ici le casque et le bouclier ne protègent pas contre les atteintes du fer. Pourquoi ces armes défensives ? Pourquoi les artifices de l’escrime ? Ce ne sont évidemment là que des moyens dilatoires, en face de la mort. Le matin on jette les hommes en proie aux lions et aux ours ; à midi on les livre aux spectateurs. On les pousse à coups de fouet contre le fer qui les déchire, et c’est la poitrine nue et complètement découverte qu’ils reçoivent leurs blessures, de part et d’autre. Il y a pause dans le spectacle. Qu’on égorge vite des hommes, dans l’entr’acte, pour qu’il n’y ait point de temps perdu.

Quant aux déclamations du temps, elles ne contiennent rien que l’on puisse interpréter comme un blâme de, ce qu’il y avait de barbare dans les jeux de la gladiature.

Si l’expression d’un sentiment de dégoût, si naturel à nos yeux, apparaît tellement isolée dans la littérature des Romains, il faut bien admettre que ces spectacles semblaient alors, même aux meilleurs et aux plus instruits des hommes, beaucoup moins répréhensibles.

Les raisons de cet immense contraste, entre l’appréciation morale du temps de l’empire romain et celle du nôtre ; peuvent être ramenées à trois principales : la séparation de l’humanité en deux moitiés, l’une jouissant de droits, l’autre privée de ces droits ; la force de l’habitude et l’appareil grandiose, la magnificence éblouissante et enivrante de là mise en scène. des spectacles.

L’idée des droits de l’homme manquant à l’antiquité romaine, le respect du caractère sacré de la vie humaine et la tendre sollicitude pour sa conservation y faisaient défaut, par la même raison. Le faible développement du droit des gens, l’institution de l’esclavage, avant tout, établissaient un large et infranchissable abîme entre les hommes jouissant de droits et ceux qui en étaient privés, entretenaient, chez les premiers, l’habitude d’appliquer une mesure particulière au traitement des autres, un suprême dédain pour l’existence même, ainsi qu’une indifférence profonde pour les souffrances et l’écrasement de ces derniers. Les combattants de l’arène n’étaient-ils pas des ennemis de l’empire, des barbares, des criminels, des esclaves ou des hommes perdus ? Leur existence était ou indifférente à la société, ou pouvait même encore lui nuire. C’est à une époque de mœurs rudes et guerrières que Rome avait emprunté aux Étrusques ce genre de spectacles ; rares d’abord, ils étaient devenus peu à peu d’un usage plus fréquent, mais n’avaient passé entièrement et régulièrement dans les habitudes qu’après des siècles. Mais cette coutume, passant comme un héritage de génération à génération, gagna insensiblement des racines de plus en plus profondes et finalement un irrésistible empire. Il n’y en eut jamais de plus monstrueuse que celle-ci, arrivée à faire un délassement d’horreurs qui, dans l’origine, n’avaient inspiré que de la répulsion. Mais personne n’a le pouvoir de se soustraire complètement à l’influence de l’esprit dont le temps dans lequel il vit se trouve imbu.

Il ne faut pas oublier, enfin, que l’amphithéâtre, mérite abstraction faite des combats de l’arène, devait naturellement exercer une grande attraction, car c’est là, et là seulement, qu’on trouvait dés spectacles d’un aspect plus grandiose et plus imposant que jamais, ni dans le passé ni dans l’avenir. Si, à l’époque de l’empire romain, quelque chose pouvait encore évoquer le rêve de l’ancienne grandeur romaine, c’était l’aspect du peuple réuni à l’amphithéâtre Flavien. La conscience d’appartenir à une nation qui paraissait encore si puissante, jusque dans sa décadence, devait gonfler d’orgueil mainte poitrine. Dès l’an 58 de notre ère, époque à laquelle cet amphithéâtre n’existait pas encore, on avait conduit des envoyés de Germanie au théâtre de Pompée, pour leur donner une idée de la grandeur du peuple romain[401]. L’édifice construit par les Flaviens frit ajouté, avec raison, par les contemporains, à la liste des merveilles du monde[402]. Fondé sur quatre-vingts puissantes arches, il s’élevait, à quatre étages, jusqu’à une hauteur de 450 pieds, et pouvait contenir 87.000 spectateurs. La galerie la plus rapprochée de l’arène, à l’intérieur, immédiatement au-dessus de celle-ci, était le siége des sénateurs. Là s’asseyaient les chefs des anciennes familles princières, les dignitaires de l’empire dans leur costume officiel, les collèges des prêtres, couverts de leurs ornements sacerdotaux, et les vestales ; au milieu de ce cercle brillant, à une place découverte, ou dans une loge magnifique, l’empereur avec sa maison et sa suite. Parfois aussi, un prince d’Orient, coiffé d’un bonnet élevé et drapé d’amples vêtements couverts de pierreries, y attirait les regards[403] ; ou un chef de tribu germanique, en habits collants, excitait l’admiration par sa taille de géant, et l’envie des dames romaines par sa blonde chevelure. Car c’était là, comme on vient de le dire, la place des rois et des ambassadeurs étrangers[404], et l’on ne manquait pas, dans ces occasions, d’y montrer également au peuple des prisonniers de distinction[405]. Le grand public des autres classes couvrait, par milliers, les sièges de marbre qui s’élevaient par degrés, en formant des cercles de plus en plus larges, au-dessus de la galerie sénatoriale. Cette foule comprenait un mélange des formes, des couleurs et des costumes particuliers à toutes les races et à toutes les nations. Tous les citoyens romains étaient revêtus de la toge blanche et portaient des couronnes, par égard pour la présence de l’empereur comme en l’honneur de la fête[406]. Dion Cassius (LXXII, 21) fait aussi mention des couronnes de lauriers des sénateurs, qui ne manquaient certainement jamais de s’en parer dans les grandes solennités.

Les places des femmes étaient dans les galeries supérieures de l’amphithéâtre, les vestales et les dames de la famille impériale ayant seules le privilège de contempler les scènes sanglantes de l’arène de la galerie la plus voisine. Aux places les plus élevées, se pressait la multitude de ceux que leur basse condition ou leur mise déguenillée et malpropre excluait des sièges inférieurs[407]. A l’œil, se promenant sur ce vaste espace, la distribution de cette masse de peuple énorme apparaissait sous un aspect aussi simple qu’imposant. Toutes les lignes d’architecture étaient relevées par de riches ornements d’art[408], qui mettaient le cadre enharmonie avec le grandiose du tableau même. Au-dessus de tout l’espace ménagé pour les spectateurs, on pouvait, pour les garantir des rayons du soleil, dresser un immense toit de tenture, dont les panneaux bariolés faisaient tomber sur l’intérieur du bâtiment tous les reflets de leurs diverses couleurs[409]. De l’arène, des fontaines jaillissantes lançaient, jusqu’à des hauteurs prodigieuses, leurs jets d’eau parfumée, qui rafraîchissaient l’air et le remplissaient de senteur. Une bruyante musique couvrait le vacarme des combats. Tout se réunissait pour plonger les sens dans un état d’ivresse, aussi propre à ouvrir l’âme aux impressions du nec plus ultra sur le domaine du prodigieux et du monstrueux, qu’à endormir et frapper d’insensibilité le sens moral. Au milieu d’une pareille foule aussi passionnément agitée, l’indépendance d’esprit de l’individu était momentanément suspendue jusqu’à un certain point, le vertige général emportant ceux-là même qui eussent voulu y résister. Une histoire, racontée par saint Augustin, histoire d’autant plus instructive qu’elle est certainement celle de milliers d’hommes, en donne un mémorable exemple[410]. Un de ses amis, nommé Alypius, jeune homme de bonnes mœurs, faisait ses études de droit à Rome. Un jour il rencontra quelques amis qui l’entraînèrent, bien malgré lui et presque de force, à l’amphithéâtre. Chrétien, il s’écria plusieurs fois qu’ils pouvaient bien l’entraîner de corps à ce spectacle, mais qu’il n’y assisterait point en âme ; qu’il s’y tiendrait les yeux fermés comme une personne réellement absente. Ainsi fit-il, mais une clameur immense, occasionnée par quelque accident du combat, ayant soudain frappé son oreille, il céda à la curiosité et ouvrit les yeux. A ce moment, dit saint Augustin, son âme fut atteinte d’une blessure plus grave que celle du corps de l’homme qu’il voulait regarder, et il succomba plus tristement que celui dont la chute avait soulevé ce cri, car, avec la vue du sang, le malheureux s’inocula le venin de la barbarie ; il ne détourna pas les yeux du spectacle, mais y fixa son regard, comme enivré de cette volupté sanguinaire. Que puis-je dire de plus ? Il vit, il cria, il s’alluma et emporta de ce lieu une démence qui devait l’exciter sans cesse à revenir.

C’est peu à peu seulement que le christianisme parvint à déshabituer le monde ancien des spectacles meurtriers de l’arène[411]. L’édit rendu le 1er octobre 326 à Béryte, par Constantin, qui désapprouve ces spectacles sanglants comme jurant avec le calme de la paix, et ordonne de substituer, dans les condamnations, le travail des mines aux jeux de la gladiature[412], ne devait probablement s’appliquer qu’à un rayon limité, car, d’après une inscription d’Hispellum[413], un rescrit de date postérieure, du même prince, ordonnait aux prêtres couronnés (sacerdotes coronati) de l’Ombrie de donner désormais à Hispellum (Flavia Constans) leurs jeux scéniques et de gladiature, et indiquait pour cela Volsinies (Bolsène) à leurs confrères de la Toscane. Dans tous les cas, l’édit de 326 n’est pas resté longtemps en vigueur, car une loi du règne de Valentinien, de l’an 365, défend seulement de condamner des chrétiens à l’internement dans une école de gladiateurs[414]. Honorius, que Prudence[415] avait vainement conjuré de ne plus laisser servir la peine de mort à l’amusement du peuple, passé pour avoir le premier, en l’an 404, aboli à Rome les jeux de gladiateurs, après qu’un moine d’Asie, Télémaque, qui s’était jeté au milieu des combattants pour les séparer, eut été mis en pièces par une populace furieuse de cette interruption du spectacle[416]. En Orient, ces combats avaient cessé dès la fin du quatrième siècle. Saint Jean Chrysostome, qui condamne plusieurs fois, dans ses sermons, la fréquentation dû cirque et du théâtre comme un péché funeste, ne fait jamais mention des spectacles de l’amphithéâtre, contre lesquels il aurait eu certainement raison de tonner bien plus fortement encore. Mais il ne manque pas, non plus que d’autres prédicateurs chrétiens, de s’élever avec véhémence contre les tueries d’animaux, dans lesquelles il voit une école d’insensibilité et de cruauté[417]. Or, les égorgements de l’espèce se sont maintenus, en Orient comme en Occident, pour le moins jusqu’au sixième siècle. En 469, les empereurs Léon et Anthémius ne défendirent les grandes chasses (venationes), ces spectacles qui faisaient verser tant de larmes, que le dimanche[418].

En 536 encore, Justinien prescrivit expressément aux consuls, entrant en charge, de donner, entre autres spectacles, aussi des combats d’animaux[419]. Deux années auparavant, il avait dû exprimer, dans une lettre à l’archevêque de Constantinople, son déplaisir du fait que certains ecclésiastiques ne s’abstenaient pas même de la fréquentation de ce spectacle[420]. A la même époque, Cassiodore admirait à Rome la prestesse et l’agilité avec lesquelles les bestiaires savaient se dérober aux attaques des bêtes féroces, ainsi que l’habileté déployée dans les dispositions multiples que l’on prenait pour les garantir, et que nous voyons encore en partie figurées sur les tablettes, en ivoire sculpté, des invitations que les consuls envoyaient, pour convier à leurs spectacles. Ainsi l’on s’appliquait du moins alors, à Rome, à rendre la vénerie moins sanglante, sinon à y interdire l’effusion du sang[421].

 

§ 6. — Ruines des principaux amphithéâtres.

Il existe encore des ruines d’amphithéâtres dans presque toutes les parties de l’empire romain. C’est, comme nous l’avons déjà dit au commencement de ce chapitre, en Italie et dans la Gaule méridionale qu’elles frappent le plus, par leur, nombre et la grandeur des proportions ; on en voit le moins en Grèce et dans les autres provinces d’Orient.

L’état de conservation de ces édifices diffère beaucoup, selon la nature des vicissitudes qu’ils ont eu à traverser. Quelques amphithéâtres menaçaient déjà ruine dans l’antiquité, à l’époque de la suppression des jeux de gladiateurs, ce qui fit songer à en utiliser la pierre dans la construction de nouveaux bâtiments, comme cela eut lieu à Vérone sous Gallien, à Catane sous Théodoric, avec la permission expresse de ce prince.

Dans la plupart des localités, ce vandalisme des habitants a persisté durant tout le moyen age, et jusque dans lés temps modernes. Il est certain qu’il a fait disparaître complètement nombre d’amphithéâtres, et n’a laissé subsister de beaucoup d’autres que de faibles traces, à peine reconnaissables. Dans les lieux abandonnés, ils se sont écroulés lentement par l’action continue des forces de la nature, et la végétation parasite, en se déployant sur leurs ruines et poussant ses racines dans toutes leurs fissures, a consommé l’œuvre de la destruction.

Dans les pays désolés par des guerres ou de sanglantes luttes intestines, au milieu des tempêtes de la première partie du moyen âge surtout, nombre d’amphithéâtres furent transformés en forteresses. Les Arabes notamment en disposèrent souvent ainsi. Avait-on conçu l’idée d’y chercher un abri pour se défendre, on les fortifiait par l’adjonction de tours et de fossés, tandis que, du côté des assaillants, on faisait tonner les béliers, ou voler les tisons et les flèches contre les portes de ces mêmes arcades, par lesquelles voguait jadis une multitude joyeuse et parée. Avec le retour de temps plus calmes, les amphithéâtres subirent de nouvelles dégradations. Ce fut alors la pauvreté qui dressa ses huttes dans ces vieux murs. En beaucoup d’endroits ils échurent à la prostitution, qui en fit le théâtre de ses plus grossières orgies. Ces voûtes et ces galeries à demi écroulées et tout obstruées de décombres offraient au rebut de la société les repaires qu’il cherchait, et plus d’un crime fut commis à l’ombre de leurs recoins mystérieux. On fouillait les décombres, dans l’espoir d’y trouver des trésors cachés, d’y découvrir des restes de l’ancienne splendeur de ces monuments, au milieu des ruines lugubres et mal famées desquels les sorciers comme les exorcistes devaient naturellement aussi se plaire à exercer leurs ténébreuses pratiques. Il suffit de rappeler à ce sujet ce que Benvenuto Cellini a raconté des sorcelleries dont il fut témoin au Colisée.

Dans quelques endroits l’arène, au temps de la chevalerie, était encore utilisée de préférence pour la mise en scène des jugements de Dieu, des tournois et des carrousels. Ailleurs, la charrue prenait à tache de sillonner ce sol imprégné de sang, ou l’amphithéâtre, se couvrant de verdure, disparaissait sous les plantations de vignes et d’oliviers.

Comme il arrive de toutes les ruines d’un passé lointain, la légende s’est emparée de ces vieilles murailles, et y a logé des fantômes de la superstition populaire ; aussi les appelle-t-on encore aujourd’hui grottes de fées, dans quelques localités. Ainsi, l’amphithéâtre de Pola, parfaitement conservé à l’extérieur, mais dont l’intérieur est tout en ruines, passe chez le peuple des environs pour l’œuvre inachevée d’une fée, qui s’était, suivant la croyance de ces bonnes gens, trop légèrement engagée à bâtir un palais dans une seule nuit, sans compter avec l’aube du jour et le chant du coq, qui n’avaient pas tardé à rendre sa peine illusoire pour toujours[422].

Il y a possibilité de suivre, à travers le moyen âge et les temps modernes, au moins dans les phases principales, l’histoire de quelques-unes de ces ruines.

Quand les Francs de Clovis pénétrèrent, en 508, dans la Gaule méridionale, les Visigoths fortifièrent l’amphithéâtre de Nîmes[423]. A cet effet, ils l’entourèrent d’un large fossé, le flanquèrent de deux tours carrées, qui n’ont été démolies qu’en 1809, et établirent des logements pour une garnison dans l’intérieur, ce qui valut à tout ce corps de bâtiments le nom de château des Arènes (Castrum arenarum).

De 720 à 737, il servit également de forteresse aux Sarrasins, que Charles Martel en expulsa cependant, malgré leur vigoureuse résistance. Sa tentative de le détruire par le feu avait échoué. L’amphithéâtre forteresse demeura, jusqu’à la fin du quatorzième siècle, en possession d’une espèce d’ordre militaire, dont les membres prirent eux-mêmes le titre de chevaliers du château des Arènes (milites castri arenarum). Plus tard, il fut abandonné aux classes les plus infimes de la population, qui en couvrirent l’intérieur de misérables huttes ; il forma ainsi, durant plusieurs siècles, un quartier à part, celui des Arènes, dont la population, qui compta jusqu’à 2.000 âmes, se distinguait par un accent particulier.

En 1533, François Ier ayant visité Nîmes, fut frappé d’admiration à la vue de ces débris de l’antiquité romaine. On le vit s’accroupir et se mettre à genoux sur les pierres, pour déchiffrer les inscriptions qu’elles portaient, et les frotter avec son mouchoir, pour enlever la poussière dont elles étaient couvertes. La ville lui fit cadeau d’un modèle en argent de l’amphithéâtre ; mais on n’exécuta pas l’ordre, qu’il avait donné, de démolir les maisons construites dans l’enceinte des Arènes.

Le déblaiement de celles-ci n’eut lieu qu’en 1809. Aujourd’hui, il s’y tient des carrousels, des luttes d’athlètes et des combats de taureaux, spectacles tous fort goûtés des Nîmois. Ce bâtiment peut contenir encore jusqu’à 15.000 personnes[424].

L’amphithéâtre de la ville voisine, d’Arles, a eu des destinées semblables. Déjà Henri IV avait voulu le faire déblayer et lui rendre l’ornement d’un obélisque, enfoncé dans la vase du Rhône. On croit qu’il pouvait contenir jusqu’à 25.000 spectateurs[425].

L’amphithéâtre de Vérone subit sa première dégradation dès l’antiquité. Il se trouve des pierres distraites de cet édifice dans le mur que l’on construisit à la hâte, sous Gallien, pour protéger la ville contre une invasion imminente des barbares. Une description de la cité véronaise, du temps de Pépin, appelle l’amphithéâtre de cette ville un labyrinthe de galeries, duquel il n’est possible de trouver une issue qu’avec le secours d’une lampe ou d’un fil conducteur ; pour l’évêque Rather, c’est un cirque qualifié d’arène. Au dixième siècle, et plus tard, on en parle souvent comme d’une forteresse. Il servit ensuite de champ clos pour les combats judiciaires, et probablement aussi pour d’autres duels. D’après un témoignage de 1263, quelques membres de la famille des Visconti avaient encore, à cette époque, le droit de percevoir pour chaque combat singulier qui devait y avoir lieu une somme de vingt-cinq lire, moyennant laquelle ils s’engageaient à faire garder la place par des hommes armés et à en écarter la foule. Souvent aussi, on décapita dans l’arène des condamnés gens d’importance, notamment aux temps des Scaliger. Depuis le commencement jusqu’à la fin du quinzième siècle, les voûtes de l’amphithéâtre servaient de logement à des prostituées, qui payaient un loyer à la ville pour avoir le droit de s’y livrer à leurs ébats. Comme dans tolites les villes pourvues d’amphithéâtres, on n’avait pas cessé d’employer comme matériaux de construction les pierres de celui de Vérone aussi. Cependant, cette ville se distingua de bonne heure de toutes les autres, par sa sollicitude pour la conservation d’une aussi magnifique ruine. Dans un statut de l’an 1228 déjà, le podesta promet d’allouer pour la restauration de l’arène, dans le premier semestre de son administration, 500 lire sur les fonds de la caisse communale, somme considérable pour le temps. Un second statut, antérieur à 1376, ordonne de fermer l’arène et d’en remettre les clefs à la garde dé la commune, attendu que beaucoup de méfaits y étaient commis et pourraient, sans cette précaution, s’y renouveler. Des peines furent portées en même temps contre qui tenterait de forcer les portes et d’endommager les murs du bâtiment, ou d’y déposer des immondices. Un troisième statut, de 1475, sévit de même contre qui enlèverait des pierres et des marches de l’édifice. Cependant, ces dernières avaient en majeure partie disparu dès lors. En 1480, un poète décrit l’arène dénuée de gradins (gradibus vacua). L’œuvre de la restauration commença avec le seizième siècle. A partir de 1545, il y eut, de temps en temps, élection d’un bourgeois chargé de veiller à la conservation de la ruine ; en 1568, on fit une collecte, pour le rétablissement des gradins ; en 1579, on établit une taxe à percevoir tous les quatre ans, pour l’entretien du bâtiment. En outre, le quart du produit des amendes devait être affecté au même objet. Le conseil des Dix et celui des Cinquante prirent, plusieurs fois, dés résolutions semblables. Au dix-septième siècle ; on nomma deux conservateurs du bâtiment, les présidents de l’arène. A cette époque, il s’y donnait souvent des tournois : ainsi en 1622 et en 1654 ; mais il y en avait déjà eu quelquefois dans les siècles précédents, puisque l’on en mentionne positivement un de l’année 1222. En 1716, on y organisa un carrousel en l’honneur de l’électeur de Bavière. Le noble Véronais auquel nous sommes redevable de cet historique du monument le plus remarquable de la ville de ses pères, le marquis Maffei, invite, à la fin de l’écrit dont nous parlons, la jeunesse patricienne de Vérone à profiter, de temps en temps, de ce théâtre unique et incomparable, pour montrer son courage et exercer sa vaillance[426].

Cet amphithéâtre avait, au temps de sa splendeur, quatre étages sur une hauteur de cent dix à cent vingt pieds véronais. On y comptait, d’après Maffei, vingt-deux mille places pourvues de sièges, et dans ses parties les plus élevées il y avait l’espace nécessaire pour contenir, en outre, un nombre presque égal de spectateurs, qui étaient néanmoins obligés de s’y tenir debout. Il y avait soixante-douze entrées, toutes numérotées. Le mur du podium était orné de marbres précieux, dont il reste encore des fragments. L’écoulement des eaux de pluie et des immondices se faisait par dès canaux souterrains, qui n’étaient pas toutefois disposés de manière à permettre la submersion de l’arène.

Mais, parmi ces ruines, la plus imposante de beaucoup c’est celle de l’amphithéâtre Flavien, le fameux Colisée (Colosseum), nom que lui valurent, selon toute probabilité, ses dimensions colossales[427]. Bien que la cupidité et un excès de zèle religieux l’eussent dépouillé, de bonne heure, de tous ses ornements, ses murs restèrent intacts pendant plusieurs centaines d’années, même après la chute de l’empire d’Occident, et inspirèrent au huitième siècle de notre ère, à un de ses admirateurs, les paroles suivantes : Tant que le Colisée sera debout, Rome subsistera ; mais quand le Colisée tombera, Rome tombera, et avec la chute de Rome périra le monde[428].

La première dévastation notable du Colisée n’eut lieu peut-être qu’en 1084, année dans laquelle Robert Guiscard ravagea la majeure partie de la ville entre le mont Célius et le Capitole[429]. D’autres ravages y furent occasionnés par les querelles intestines du douzième siècle et du treizième, pendant lesquels il servit le plus souvent de forteresse aux Frangipani, capitaines de la région du Colisée, qui formait un des treize quartiers de Rome à cette époque[430]. Au commencement du quatorzième siècle, il fut adjugé au sénat et au peuple de Rome, qui y organisèrent, le 3 septembre 1332, un grand combat de taureaux. Tous les barons des environs y furent invités, trois grandes dames y eurent l’office de conduire les dames de la ville à leurs places. On connaît même les noms des champions qui furent désignés par le sort, ainsi que leurs couleurs et leurs devises. Dix-huit de ces champions restèrent sur le carreau ; neuf autres furent blessés, et il y eut onze taureaux de tués. Les corps des paladins tombés dans le combat furent inhumés en grande pompe, au milieu du concours général de la population, dans les églises de Sainte-Marie-Majeure et de Saint-Jean-de-Latran[431]. En 1381, le sénat et le peuple firent don d’un tiers du Colisée à la confrérie de la chapelle Sancta Sanctorum, en reconnaissance de ses bons services au point de vue du rétablissement de l’ordre dans le quartier, où cette ruine servait d’asile à tant de malfaiteurs qu’elle était devenue comme un repaire de brigands[432]. Suivant Marangoni, cette confrérie avait installé au Colisée même, dans quelques corridors des étages supérieurs, après avoir fait murer à cet effet les arcades du dehors, un hôpital qui fut réuni plus tard à celui du Latran. Avec l’affluence croissante des fidèles venant, d’Italie et de l’étranger, porter le tribut de leur vénération à ce sol imprégné du sang des martyrs, on employa le produit d’aumônes à l’érection d’une chapelle au haut de l’ancien podium, à côté de laquelle on établit une case pour loger un ermite. Au-dessus de la chapelle se trouvait une scène, fermée par des murs de séparation, sur laquelle était représenté chaque année, le vendredi saint, un jeu de la Passion, souvent mentionné dans des écrits du quinzième siècle et du seizième[433]. La suppression de ce jeu eut lieu sous Pie III. Dans l’intervalle, on n’avait jamais cessé d’exploiter la ruine pour en utiliser la pierre. Déjà ait commencement du quinzième siècle, Poggio se lamentait de voir la majeure partie des débris du Colisée réduite à l’état de chaux par la sottise des Romains[434]. Paul II se servit des blocs de travertin qui s’y trouvaient pour la construction du palais de Saint-Marc, dit palais de Venise ; le cardinal Riario, pour la chancellerie bâtie par Bramante ; Paul III, pour le palais Farnèse[435]. Le plan de Sixte-Quint d’établir au Colisée une manufacture de drap, avec des logements pour les ouvriers, fut déjoué par la mort de ce pape[436]. Dans l’année du Jubilé, 1675, on mura les arches de l’entrée, pour couper court à ces profanations et empêcher qu’on n’abusât davantage d’un pareil monument[437]. Une concession faite en 1671, pour deux ans, à deux compétiteurs, pour y donner des combats de taureaux, était restée sans effet[438]. En 1727, on permit à l’ermite du Colisée d’affermer l’herbe qui y croissait[439]. Cependant, toutes les mesures adoptées se trouvèrent insuffisantes, jusqu’à ce que Benoît XIV, en partie déterminé par une tentative d’assassinat sur la personne de l’ermite en 1741, fit de la conservation et de l’entretien convenable du Colisée l’objet d’une sollicitude majeure et durable[440].

Avec Pie VII commença la période de la restauration effective, qui malheureusement se ressentit beaucoup, par la manière dont furent conduits lés travaux, du manque, si fréquent en Italie, d’intelligence et de ménagements pour la forme originaire et le caractère primitif de l’édifice à restaurer[441]. Le Colisée ne présente plus, aujourd’hui, l’aspect qu’il offrait, alors que la puissante imagination de lord Byron conjurait les esprits des morts, qui avaient abreuvé cette arène de leur sang, à reparaître au milieu de ses débris, au clair de là lune. La verdure qui foisonnait sur les murs, épaisse comme une forêt, a disparu ; les nouvelles bâtisses en uriques forment, avec les anciens blocs de travertin, un contraste qui fait peine. Au-dessus de la crête la plus élevée des murs court un fil télégraphique. A l’entrée, une sentinelle française est en faction. Deux fois par semaine, dans l’après-midi, le sermon d’un capucin édifie, dans l’arène, un certain nombre de dévots, des plus basses classes pour la plupart, et les vieilles arches retentissent d’hymnes et de cantiques.

 

 

 

 



[1] Vitruve, X, préface 3 : Nec solum id vitium in ædificiis sed etiam in muneribus, quæ a magistratibus foro gladiatorum scenisque ludorum dantur, quibus nec mora neque exspectatio conceditur, sed necessitas finito tempore perficere cogit.

[2] Métamorphoses, XI, 25.

[3] Ces théâtres mobiles n’ont rien d’invraisemblable. Les Romains avaient des moyens techniques très puissants et très perfectionnés. Ainsi l’érection d’un obélisque dans la Rome pontificale, en 1586, comme au dix-neuvième siècle encore celle de l’obélisque de la place de la Concorde, fut regardée comme une difficile et mémorable entreprise par les ingénieurs mêmes, tandis que personne des contemporains n’a pris la peine de nous dire comment on procéda pour dresser les obélisques, si nombreux pourtant, de l’ancienne Rome.

[4] Mommsen, I. R. N., 1501 (Bénévent).

[5] Cicéron, à Atticus, II, 8, 2 (Antium). — I. N., 6036 (Minturne). — Pétrone, Satiricon, XLV.

[6] I. N., 4060 (Capoue) ; 2578 (Pouzzoles).

[7] Cicéron, à Atticus, XII, 2.

[8] I. N., 4678 (Allifæ) ; 5789 (Amiternum). — Pline, Lettres, VI, 31 (Vérone).

[9] I. N., 2569 (Cumes).

[10] Hist. nat., XXXIII, 49.

[11] I. N., 6036 (Minturne).

[12] Ibid., 2560 (Cumes) ; 5789 (Amiternum).

[13] Ibid., 4768 (Allifæ). — Henzen, 6151 (Tibur, en 184 après J.-C.).

[14] I. N., 4768.

[15] Ibid., 2627 (Capoue).

[16] Ibid., 2378.

[17] I. N., 40470 (munus... secundum dignitatem coloniæ). — Voir aussi 5789.

[18] Ibid., 6036.

[19] Tite-Live, XLI, 20.

[20] Lucien, Démonax, 57.

[21] Orat. XXXI, éd. Dindorf, p. 380.

[22] Apollonius de Tyane, IV, 21.

[23] Præc. ger. rep., c. XXX, 4.

[24] Ibid., V, 14, et XXIX, 1 ; De cupid. divit., V.

[25] Non posse suaviter vivi, XVII, 6, et De esu carnium, II, 3.

[26] Anacharsis, chap. XXXVII.

[27] Lucien, Démonax, 57.

[28] Henzen, Explicatio musivi Borghesiani, dans les Dissertazioni della ponlif., Acad. Rom. di archeol., XII, p. 74 (1852).

[29] Strabon, V, 4, p. 250, C.

[30] Canina, Etruria maritima ; tav. 85 ; Micali, Storia dell’ Italia, etc., p. 53.

[31] Isidore de Séville, Orig., X, p. 247.

[32] Dion Cassius, LXXII, 19. — Tertullien, Apologétique, chap. XV.

[33] Valère Maxime, II, 4, 7. — Tite-Live, Épitomé, 16.

[34] Tite-Live, XXIII, 30 ; XXXI, 50 ; XXXIX, 46 ; XLI, 28.

[35] Hist. nat., XXXV, 52.

[36] Suétone, César, chap. X. — Plutarque, César, chap. V.

[37] Dion Cassius, LIV, 2.

[38] Satires, II, 3, 84.

[39] Suétone, Tibère, chap. XXXIV (paribusque gladiatorum ad œrtum numerum redactis).

[40] Monument d’Ancyre, éd. Franz et Zumpt, tab. IV, 31.

[41] Dion Cassius, LXVIII, 15.

[42] Les trois Gordiens, chap. III.

[43] Polybe, XXXII, 4, 5.

[44] Pline, Hist. nat., XXXIII, 3, 14.

[45] Ibid., XXXVII, 3, 45.

[46] Dès 47 avant J.-C., d’après Dion Cassius, LX, 30.

[47] Dès l’an de Rome 725, d’après le même, LI, 27.

[48] Vie de Probus, chap. XIX.

[49] Symmaque, II, 46.

[50] Vie d’Aurélien, chap. XXXIII.

[51] Voir les descriptions qu’en a données Ammien, XXIV, 4, 15 ; 6, 8 ; puis XXV, 1, 12. — Henzen (Expl. mus. Borgh.) a parfaitement reconnu une armure parthe sur le bas-relief de Torlonia.

[52] Suétone, Domitien, chap. IV. — Dion Cassius, LXVII, 8.

[53] Dion Cassius, ibid. — Stace, Silves, I, 6, 51, etc.

[54] Dion Cassius, LXIII, 3.

[55] Ibid., LXI, 17, et LXVI, 25. — Tacite, Annales, XV, 32. — Livre des spectacles, 6 b.

[56] Dion Cassius, LXXV, 16. — Voir aussi Nicolas Damascène, dans Athénée, IV, p. 154 A.

[57] Ulpien, in collat. leq. mos., XI, 7 ; Paul, Sent. rec., V, 17, § 3, c. 1 ; Code Théodosien, ad. l. Fab., 9, 19.

[58] Voir aussi Dion Cassius, LX, 28.

[59] Paul, Sent. rec., V, 23, § 1, 15, 16, 17 ; fr. 3, S 5. — Ulpien, IX, de off. proc. (Digeste, XLVIII, 8, S.12). — Marcien, II, Reg. (Ibid., XLIX, 19, 3.)

[60] Callistrate, liv. VI, de cognit. (Digeste, XLVIII, 28, § 15, aux mots Nonnulli etiam ad bestias hos damnaverunt.)

[61] Quintilien, Declam., 9, 21 : In ludo fui... morabar inter sacrilegos, incendiarios et homicidas. — Voir aussi le Livre des spectacles, 7, 7 à 10.

[62] Hist. Auguste, Vie de Claudien, chap. XI.

[63] Dion Cassius, LIX, 10.

[64] Suétone, Claude, chap. XIV : In majore fraude convictos legitimam pœnam supergressus ad bestias condemnavit (il condamnait aux bêtes ceux qui étaient convaincus de fraudes exorbitantes).

[65] Le même, Néron, chap. XXXI.

[66] Josèphe, Antiquités judaïques, XVII, 7, 5.

[67] Vie d’Adrien, chap. XVII. — Voir aussi surtout cela Tacite, Annales, XII, 56.

[68] Fronton, ad Marcum Cæsarem, II, 4 : Qui bestias strenue interfecerint, populo postulante ornatis aut manumittitis, nocentes etiam homines aut scelere damnatos ; sed populo postulante conceditis. — Suétone, Néron, chap. XII : Neminem occidit ne noxiorum quidem.

[69] Dion Cassius, LX, 30.

[70] Josèphe, Guerre des Juifs, VI, 9, 2 ; VII, 2 ; 1 et 3, 1.

[71] Panégyrique, VIII, 23, 3 ; VI, 12, 3.

[72] Dion Cassius, XXXIX, 7, etc. — Cicéron, Pro Sulla, 19, 54 ; Pro Sext., 39, 85.

[73] Cicéron, à Atticus, IV, 46 et 8 a.

[74] Valère Maxime, II, 3, 2.

[75] Florus, III, 8 (III, 20).

[76] Jules César, Bell. civ., I, 14.

[77] César, chap. XXXI.

[78] Salluste, Catilina, chap. XXX, 7.

[79] Cicéron, Catilinaires, II, 12 ; Pro Sext., 4, 9.

[80] Suétone, César, chap. X.

[81] Dion Cassius, LIX, 14.

[82] Panégyrique de Trajan, chap. LIV (relatio de ampliando numero gladiatorum).

[83] Annales, XIII, 25 ; I, 22, etc.

[84] C. I. G., 2164.

[85] Dion Cassius, LIX, 14.

[86] C. I. G., 2511, et Add., II, p. 1028.

[87] Caligula, chap. XXXVIII.

[88] Suétone, Vitellius, chap. XII. — Voir aussi Pétrone, Satiricon, XLV.

[89] Hist. Auguste, Vie d’Adrien, chap. XVIII.

[90] Digeste, XLVIII, 8, 11 : Servo sine judicio ad bestias dato non solura qui vendidit pœna, verum et qui comparavit, tenebitur. — Voir aussi Wallon, Histoire de l’esclavage, III, p. 61.

[91] Gaius, Institutes, III, § 146.

[92] Digeste, XI, 4, l. V. — Wallon, III, p. 245.

[93] Vie de Macrin, chap. XII.

[94] Callistrate, livre III, edict. monitor. — Digeste, XXXVIII, 1, 38.

[95] Pétrone, Satiricon, XLV, dit : Et ecce habituri sumus munus excellente in triduo, die festa, familia non lanistitia, sed plurimi liberti (N'allons-nous pas avoir dans trois jours une fête magnifique, un combat où figureront non seulement des gladiateurs, mais un grand nombre d'affranchis). — Voir aussi Dion Cassius, LX, 30.

[96] Sénèque, Controv., V, 33.

[97] Mommsen, C. I. L., 1418.,

[98] Quintilien, Declam., 9 et 302.

[99] Calpurnius, 50.

[100] Toxaris, 58.

[101] Lipsius, Saturn., II, 5.

[102] Sénèque, Lud., chap. IX, 3 : Quis contra hoc S. C. deus factus dictus (fictus ?) pictusve fuerit, eum dedi larvis etproxinm munere inter novos auctoratos ferulis vapulare placet. — Tertullien, ad mart., chap. V : Alii inter venatorum taureas scapulis patientissimis inambulaverunt. — Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 1. Passio S. Felicit. et Perp., chap. XVIII, 33 : Ad hoc populus exasperatus flagellis cos vexari pro ordine venatorum postulavit.

[103] Tertullien, ad mart., chap. V : Quot otiosos adfectatio armorum ad gladium locat ?

[104] IV. 523. — Voir aussi Dion Cassius, LXXIV, 2.

[105] Suétone, Claude, chap. XII.

[106] Le même, Tibère, chap. VII. — Néron, chap. XXX : Spiculum myrmillonem triumphalium virorum patrimoniis ædibusque donavit (Il donna au gladiateur Spiculus les biens et les maisons de citoyens qui avaient eu les honneurs du triomphe).

[107] Et aussi dans Juvénal, VI, 204. — L’auteur du Livre des spectacles (26, 9) dit de l’empereur, à propos de son refus de laisser partir deux vaillants gladiateurs avant que le sort du combat ne fût décidé : Quod licuit, lances donaque sæpe dedit.

[108] Digeste, XII, 1, 11 ; XXX, 51 ; XVI, 3, 26, § 2.

[109] Scoliaste de Juvénal, III, 158. — Lucilius, Sat., 3, 22.

[110] Pline, Hist. nat., X, 1, 2.

[111] Voir le Scoliaste de Juvénal, VIII, 207, et, parmi les monuments, la mosaïque de Borghèse.

[112] Parmi les objets de la succession de Commode que Pertinax fit vendre, le biographe de ce dernier, au chap. VIII, cite : Arma gladiatoria gemmis auroque composita et machæras Herculaneas et torques gladiatorias (Casques et armes de gladiateurs rehaussés de gemme et d’or, des épées dignes de celles d’Hercule et des colliers de gladiateurs).

[113] Le musée des Antiques de Madrid et d’autres collections en possèdent également. — Voir aussi Adr. de Longpérier, Revue archéologique, VIII, planche 165, et le monument de Marc-Antoine Exochus, dans Fabretti, col. Traj., 256.

[114] Dion Cassius, LXVI, 15.

[115] Vie d’Adrien, chap. XIV : Gladiatoria quoque arma traclavit (Il savait se servir des armes des gladiateurs).

[116] Vie de Commode, chap. VIII et XI. — Voir aussi Clodius Albinus, chap. VI, et Dion Cassius, LXXII, 17, etc.

[117] Suétone, Domitien, chap. XIX.

[118] Juvénal, IV, 99.

[119] Vie de Marc-Antonin, chap. VIII : Verus armis se gladiatoriis et venatibus exercuit (Verus s’adonna aux combats de gladiateurs et aux exercices de la chasse).

[120] Vie de Didius Julianus, chap. IX : Quod armis gladiatoriis exercitus esset (Il se serait exercé aux armes des gladiateurs).

[121] Dion Cassius, LIX, 5. — Suétone, Caligula, chap. LIV.

[122] Dion Cassius, LXXVI, 7.

[123] De oratore, III, 23, 86. — Voir aussi Pro Sext., IV, 9.

[124] Gladiateur armé comme l’étaient les Samnites.

[125] Suétone, César, chap. XXVI.

[126] Juvénal, VI, 246, etc.

[127] Martial, V, 24, 10 : Hermes cura laborque ludiarum (Hermès est l'objet de l'amour et de la jalousie des femmes de théâtre).

[128] Juvénal, VI, 78-113. — Pétrone, chap. CXXVI : Arenarius aliquas accendit, aut perfusus pulvere mulio, aut histrio (L'une se consume pour un gladiateur, l'autre pour un muletier tout couvert de poussière, ou pour un acteur). — Plutarque, Galba, chap. IX, 1. — Vie de Marc-Antonin, chap. XIX : Faustinam, Marci uxorem, quum gladiatores transire vidisset, unius ex his amore succensam (Faustine, épouse de Marc, voyant un jour défiler des gladiateurs, se pris de passion pour l’un d’eux). — Ibid. : Satis constet apud Cajetam condiciones sibi nauticas et gladiatorias elegisse (Il est patent qu’à Gaète Faustine rechercha la fréquentation des marins et des gladiateurs).

[129] Martial, V, 24.

[130] On voit au musée de Leyde beaucoup de rétiaires (espèce de gladiateurs) et de représentations de spectacles, sur des pots de terre rouge. (Revue archéologique, IX, p. 71.)

[131] Sur les lampes destinées à éclairer les tombeaux, les figures de gladiateurs reviennent fréquemment. — Voir Henzen, Expl. mus. Borgh., p. 82. — La Revue archéologique (XVI, 371) mentionne une de ces lampes, trouvée à Constantine. La collection d’antiques de Madrid, enfin, en comprend une autre sur laquelle on voit le combat d’un gladiateur avec quatre sangliers.

[132] Pour les verres, voyez Henzen. — Trimalcion, dans Pétrone (chap. LII), avait in poculis Hermerotis pugnas et Petraitis [J'ai sur des coupes le combat d'Herméros et de Pétracte] (ou peut-être Tetraitis lequel pourrait bien être, dans ce cas, le Tetraitès de Pompéji, dont on mentionne le combat avec Prudès, autre gladiateur).

[133] Pour les gravures sur pierres fines, voyez Lippert, Dactyliothèque.

[134] Horace, Satires, II, 7, 96. — On trouve à Pompéji des cloisons, des colonnes et des murs couverts de pareils griffonnages.

[135] Plusieurs bas-reliefs, à Pompéji, représentent des scènes de gladiateurs. Quant au bas-relief de Torlonia, avec des scènes de combats d’animaux, Henzen le suppose, avec assez de vraisemblance, originaire du théâtre de Marcellus.

La plus belle mosaïque du genre est celle de Borghèse, extraite du parquet d’une villa de Tusculum, et éditée par Henzen. — Il en existe aussi en Allemagne, à Augsbourg (avec des scènes de jeux du cirque) et près de Trèves, ainsi qu’à Bignor, dans le comté de Sussex en Angleterre. (Archœol. Britann., XVIII, 1, p. 203.) Celle de Reims, découverte en 1860, est du temps de Caracalla à Constantin ; elle reproduit surtout des chasses d’animaux.

[136] Pline, Hist. nat., XXXV, 52.

[137] Scoliaste de Juvénal, VI, 105 : Qui ut requiem gladiaturæ haberet, bellonarium se fecerat

[138] Juvénal, III, 158.

[139] Horace, Épître I, 1, 5 :

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Vejanius amis

Herculis ad postera fixis latet abditus agro.

(Véianius, ayant suspendu ses armes à la porte d'Herculès, se cache au fond des champs)

[140] Josèphe, Antiquités Jud., XIX, 1, 15. — Cependant Suétone (Caligula, chap. LV) dit : Threces quosdam Germanis corporis custodibus prœposuit (Il mit à la tête de sa garde germaine quelques gladiateurs thraces).

[141] Vie de Macrin, chap. IV.

[142] XI, 66, 3. — Le nom d’un certain Marcus Tullius Olympus, negotiator familiaræ gladiatorice, figure sur une inscription arlésienne. — Voyez Gruter, 333, 3, et Millin, Voyages dans le Midi, III, 610.

[143] Tables héracléennes, chap. VIII, ligne 49 : Quive lanistaturam fecerit.

[144] Suétone, Vitellius, chap. XII : lanistæ circumforaneo.

[145] Tel paraît du moins être le sens d’inscriptions comme celle de la Familia gladiat. (C.) Salvi Capitonis (I. R. N. 736), où sont énumérés des gladiateurs appartenant à différents maîtres.

[146] Tacite, Annales, IV, 62 : Ut qui... in sordidam mercedem id negotium quæsivisset (Aussi n'était-ce pas ... un sordide intérêt, qui lui avait suggéré cette entreprise).

[147] Suétone, Auguste, chap. XLII : Lanistarum familæ. — Dion Cassius, LV, 26.

[148] Dion Cassius, XLIV, t6. — Horace, Art poétique, 32 ?

[149] Pline, Hist. nat., XI, 144 : Viginti gladiatorum paria in Caii principis ludo fuere ; in his duo omnino qui contra comminationem aliquam non conniverent. — Ibid., 245 : Studioso Threci in Caii Cæsaris ludo notum est dexteram fuisse proceriorem. — Voir aussi Josèphe, Antiquités Jud., XIX, 4, 3.

[150] Henzen, 6520, 6158.

[151] Gruter, 411, 1.

[152] Henzen, 6947.

[153] Ibid., 6524.

[154] Vie de Didius Julianus, chap. VIII.

[155] Tacite, Annales, XV, 46. Cette école ayant eu une garde de soldats, il faut en conclure que c’était une école impériale.

[156] Gruter, 389, 7 ; Henzen, 6158.

[157] Gruter, 402, 4.

[158] Digeste, XLVIII, 19, 31 (Modestinus, libro III, de pœnis) : Ad bestias damnatos favore populi præses dimittere non debet, sed si ejus roboris vel artificii sint, ut digne populo Romano exhiberi possint, Principem consulere débet. § 1 : Ex provincia auteur in provinciam transduci damnatos sine permissu principis non licere Divus Severus et Antoninus rescripserunt. — Il s’agit ici de combats contre les animaux ; mais ces dispositions devaient naturellement aussi s’appliquer aux gladiateurs.

[159] Comparez le passage précité avec Dion Cassius, LXXVI, 10.

[160] Tacite, Annales, XIII, 31.

[161] Antiquités Jud., XIX, 4, 3.

[162] Tacite, Histoires, II, 11.

[163] Hist. Auguste, Vie de Gordien III, chap. XXXIII.

[164] Vie de Gallien, chap. VIII.

[165] Vie d’Aurélien, chap. XXXIII.

[166] Bechi, Mus. Borb, V, tav. XI (1829), et Carrucci, Bull. Nap., N. S. I., p. 99, etc.

[167] Appien, Bell. civ., 1, 88. — Pour s’armer, ses compagnons avaient dû voler des épées à Capoue (Velleius Paterculus, II, 30, 5), ou se munir de bâtons et de poignards enlevés à des voyageurs (Appien), ou se forger eux-mêmes des armes (Florus, 11, 8). Les suicides de gladiateurs racontés par Sénèque (Lettres, LXX, 17), furent commis sans armes par des hommes qui étaient parvenus à tromper la vigilance de leurs gardiens. — Voir également le récit de l’évasion de quatre-vingts gladiateurs à Rome, dans Zosime, I, 88.

[168] Lipsius, Saturn., II, chap. XIV. — Pline, Hist. nat., XVIII, 72 : Antiquissimum in cibis hordeum, sicut apparet.... et gladiatorum cognomine, qui hordearii vocabantur. Cependant, il se pourrait que ce ne fût là qu’un sobriquet faisant allusion à leur apparence vermeille et bouffie, dans le sens où l’emploie aussi Suétone, lorsqu’il dit, dans ses Rhéteurs célèbres, chap. II : Ordearium eum rhetorem appellat, deridens ut inflatum ac levem et sordidum. — D’après Galien, les gladiateurs de Pergame mangeaient journellement force purée de haricots, avec de l’orge mondé. — Dans S. Cyprien, Lettres, 2, on lit : Impletur in succum cibis fortioribus corpus, ut arvinæ toris moles robusta pinguescat, ut saginatus in pœnam carius pereat.

[169] Tacite, Histoires, II, 88 : Singulis ibi militibus Vitellius paratos cihos ut gladiatoribus saginam dividebat (Vitellius y distribuait à chaque soldat, comme à des gladiateurs qu'on engraisse, des viandes apprêtées).

[170] Lettres, 37, 2.

[171] Voir les prescriptions de divers chirurgiens, pour le traitement des blessures de gladiateurs, dans Scribonius Largus, De comp. medic., 102, 203, 207, 208, et Pline, Hist. nat., XXVI, 635.

[172] Il y avait même, dans les écoles de gladiature, des frotteurs spéciaux (unctores), pour opérer les frictions, dont la médecine des anciens aimait tant à faire usage.

[173] Mommsen, De collegiis, p. 102, 108 ; 78, 25. — Le plus connu de ces collèges est celui qu’avaient formé des gladiateurs de l’empereur Commode, Collegium Salvani Aureliani (Orelli, 2566). Henzen, 7209, mentionne encore un Collegium venatorum Deensium, qui ministerio arenario funguntur (id est qui in amphitheatro pugnare solent), et (ibid., 7210) un Collegium venatorum Pollentinorum.

[174] Borghesi, Bull. Nap., I, p. 95, rapporte l’inscription suivante : D. M. Macedoni Thr. tiro. Alexandrin. ben. mer. fec. armatura Thræcum universa. Vixit ann. XX, mens. VIII, dieb. XII. — Voir aussi Orelli, 2571 : Huic Delicatus coarmio fecit (scilicet monumentum).

[175] Doctor Thræcum (I. R. N., 6902) ; Doctor myrmillonum (Muratori, 2019, 6) ; Doctor secutorum (Fabretti, 234, 613) ; Doctor sagittariorum (Ibid., 616) ; Magister Samnitium (Cicéron, De orat., III, 23). — On appelait dictata les commandements du professeur d’escrime, à l’école. — Tertullien, Ad mort., chap. 1, dit : Et gladiatores perfectissimos non tantum magistri et præpositi sui sed etiam idiotæ et supervacui quique adhortantur de longinquo, ut sæpe de ipso populo dictata sugesta profuerint. — S. Jérôme, Lettres, 48, 112 : Delicata doctrina est, pugnanti ictus dictare de muro.

[176] Cicéron, Tusculanes, IV, 21, etc.

[177] Satires, II, 7, 97.

[178] Il y a du moins lieu de croire que tel était l’usage des marques appelées tesseræ consulares, bien que Mommsen (C. I. L., p. 195) ait élevé des objections contre cette version, généralement adoptée depuis le seizième siècle. Il est cependant difficile d’y admettre pour l’adjectif spectatus un autre sens que celui d’un homme qui a débuté.

[179] Prima ou summa et secunda rudis. — Voir Orelli, 2573-2575, ainsi que Dion Cassius, LXXII, 22. — Boissieu, Inscript. de Lyon, p. 7, etc. — Henzen, 6189. — Boissieu traduit les mots ci-dessus par premier baguettier ou baguettier maître, titre que prenaient les professeurs lanistes, suivant leur rang et leur habileté.

[180] Dans le Colleg. Silvani Aureliani (Orelli, 2566), la première décurie se compose entièrement de vétérans de six armes différentes ; dans la deuxième ne figure qu’un seul vétéran, qui la commande ; dans les autres, les novices prédominent, seulement.

[181] Les victores (Orelli, 2570 ; I. R. N., 2627) paraissent être au fond identiques avec les rudiarii. — Voir aussi Suétone, Tibère, chap. VII.

[182] Dissert., I, 29, 37.

[183] Sénèque, De provid., 4, 4.

[184] Ibid., 3, 4.

[185] Sénèque, Dial., II, chap. XVI, 2.

[186] Cicéron, Tusculanes, II, 20, 46.

[187] Ibid., II, 17, 41.

[188] Ibid. et Sénèque, Lettres, 30, 8.

[189] Dion Cassius, LI, 7.

[190] Josèphe, Antiquités Jud., XV, 6, 7 ; Bell. Jud., I, 20, 2. — Voyez aussi sur les gladiateurs de L. Antoine, Appien, Bell. Civ., V, 30, 33 ; Suétone, Auguste, chap. XIV ; sur ceux de D. Brutus et l’occupation du Capitole, Velleius Paterculus, II, 58, 2 ; Appien, Bell. Civ., III, 49 ; sur ceux d’Othon, Tacite, Histoires, II, 12, 23, etc., 34, etc., 43 ; sur ceux de Vitellius, ibid., III, 57, 76, etc. ; sur les armements postérieurs de gladiateurs, Hist. Auguste, Vie de Didius Julien, chap. VIII, et Hérodien, VII, 11. — Marc-Aurèle forma d’eux le corps des Obsequèntes. (Voir sa biographie, chap. XXI et XXIII.)

[191] Quintilien, Decl., IX, 7 : Namque et ratura redit in extremis tristis præteritæ voluptatis recordatio, et mihi cura generis conscientia, cum fortunæ conscius aliquando fulgor, cum liberales artes, cum omnia quondam honestiora munerario meo, domus, familia, amici ceteraque nunquam videnda in ultima mortis exspectatione succurrerent tenenti servilia arma et ignominiosa morte perituro, etc.

[192] Cicéron, ad fam., X, 32.

[193] Lettres, 70, 20.

[194] Tacite, Annales, XV, 46.

[195] Zosime, I, 71.

[196] Symmaque, Lettres, II, 46.

[197] Museo Borb., I, rel. dei scavi. — Garrucci, Bull. Napo., 1853, p. 115.

[198] On voit le dessin d’un libellus de l’espèce dans Garrucci, Graffiti di Pompeji, pl. X, p. 66.

[199] Dion Cassius, LVII, 13. — Voir aussi Lipsius, Exc. ad Tac., III, 37.

[200] Hist. Auguste, Vie de Marc Antonin, chap. XI. — Dion Cassius, LXXI, 29.

[201] Juvénal, III, 35.

Quondam cornicines et municipalis arenæ

Perpetui comites . . . . . . . . . .

Voir aussi C. I. G., 3675.

[202] Pour de plus amples détails sur le costume et l’équipement des gladiateurs de toutes les armes, nous renvoyons à l’annexe n° 1.

[203] Perse, scolie, V, 119. — Garrucci, Graffiti, pl. XI. — Voir aussi le monument de Scaurus, Mus. Borb., XV, tav. 27, etc.

[204] Sénèque, De ira, I, 2, 5. — Lactance, Inst. div., VI, 20.

[205] Suétone, Auguste, chap. XLV. — Le même, Néron, chap. IV : (Domitius) ...... munus etiam gladiatorium (dédit), sed tanta sævitia ut necesse fuerit Augusto clam frustra monitum edicto cœrcere ([Domitius] ...... y joignit aussi un spectacle de gladiateurs, mais il y apporta tant de barbarie qu'Auguste, qui lui en avait déjà fait secrètement d'inutiles reproches, jugea nécessaire de l'en blâmer par un édit).

[206] Mommsen, I. R. N., 4063.

[207] Lipsius, Saturn., II, chap. XIV. — Pétrone, chap. XLV (Tertiarius).

[208] Martial, II, 75, 5.

Nam duo de tenera, puerilia corpora, turba,

Sanguineam rastris quæ renovabat humum, etc.

(Deux enfants, munis de râteaux,

Renouvelaient l'arène : en rugissant de joie)

[209] Pétrone, chap. XXXIV : Duo Æthiopes cura pusillis utribus, quales solent esse qui arenam in amphilheatro spargunt (Alors entrent deux Éthiopiens à la longue chevelure, munis de petites outres comme celles dont se servent ceux qui arrosent l'amphithéâtre).

[210] Parmularius sum (II, II, 1).

[211] Suétone, Caligula, chap. XXIII, LIV et LV (Myrmillonum armaturas recidit — Il diminua l'armure des mirmillons).

[212] Le même, Titus, chap. VIII (Studium armatures Threcum præ se ferens — Il affectait une préférence pour les gladiateurs thraces).

[213] Suétone, Domitien, chap. X : Patrem familias, quod Thraecem myrmilloni parem, munerario imparem dixerat, detractum e spectaculis in harenam, canibus obiecit, cum hoc titulo: Impie locutus parmularius (Un père de famille avait dit au spectacle qu'un Thrace valait un mirmillon, mais qu'il était inférieur à celui qui donne les jeux, il le fit arracher du milieu des spectateurs et déchirer par les chiens, avec cet écriteau: Partisan des porte-bouclier, à la langue impie).

[214] Pline le Jeune, Panégyrique, chap. XXXIII (Securus favor, libera studia — Quelle liberté dans les suffrages publics, quelle sécurité dans les préférences).

[215] Comment., I, 5.

[216] Voir Appien, Bell. civ., II, 102 ; Dion Cassius, XLIII, 23 ; Suétone, César, chap. XXXIX, et Pline, Hist. nat., VIII, 22, qui rapportent toutefois diversement le fait.

[217] Dion Cassius, LV, 8.

[218] Josèphe, Antiquités Jud., XVII, 7, 5. — Les mots consummatio gladiatorum, dans le passage précité de Pline l’Ancien, paraissent également s’appliquer à des combats pareils.

[219] Suétone, Claude, chap. XXI.

[220] Dion Cassius, LXI, 9.

[221] Ibid., LXVII, 8.

[222] Tite-Live, XXXIX, 22.

[223] Valère Maxime, II, 7, 13, etc. — Tite-Live, Épitomé, 51 ; le même, XXVI, 2.

[224] Sénèque, Lettres, 87, 9 : Hic. . . cum maxime dubitat utrum se ad gladium locet an ad cultrum. — Voir aussi Apulée, Métamorphoses, IV, 72. — Symmaque, Lettres, V, 59. — Claudien, Cons. Mall., 293.

[225] Ulpien, lib. VI, ad Edict. (Digeste, III, 1, § 6), suivant lequel était déchu du droit d’actionner et qui operas suas ut cum bestiis depugnaret locaverit. — Tertullien, ad mart., V : Certe ad feras ipsas adfectatione descendunt, et de morsibus et cicatricibus formosiores sibi videntur.

[226] Henzen, 6178.

[227] Pétrone, chap. XLV.

[228] Suétone, Claude, chap. XXXIV.

[229] Comme, par exemple, dans le Bull. Nap., IV, tav. 1.

[230] On en voit sur le bas-relief de Torlonia.

[231] Dion Cassius, LXIII, 3.

[232] Hérodien, I, 15.

[233] Mommsen, I. R. N., 737.

[234] Ibid., 2378.

[235] Henzen, Mosaïque de Borghèse, p. 151.

[236] Suétone, Claude, chap. XXXIV : Bestiariis.... adeo delectabatur ut etiam prima luce ad spectaculum descenderet (Il avait tant de plaisir à voir les bestiaires, qu'il se rendait à l'amphithéâtre dès le point du jour, et qu'à midi, il restait assis pendant que le peuple allait dîner). — Lucien, Toxaris, chap. LVIII.

[237] [C’est de nos jours seulement que, par suite de l’établissement de relations beaucoup plus suivies avec l’Égypte, la girafe a reparu dans les principaux jardins zoologiques de l’Angleterre et du continent.]

[238] [Le Jardin des Plantes, à Paris, en a également reçu un depuis.]

[239] Aurelius Victor, Épitomé I, 25.

[240] Marbres d’Ancyre.

[241] Suétone, Titus, chap. VII. — Eutrope, VII, 21.

[242] Dion Cassius, LXVI, 25.

[243] Ibid., LXVIII, 15.

[244] Voir Pline, Hist. nat., XXXVI, 10.

[245] Symmaque, Lettres, V, 62 (ursorum negotiatores).

[246] Voir sa biographie, chap. IV.

[247] Anthol., éd. Jacobs, IV, 202.

[248] Strabon, II, 5, 34, p. 131 C.

[249] Hist. nat., XXVIII, 121.

[250] Ammien Marcellin, XXII, 15, 24. — Themistius, Orat. X, p. 140 a.

[251] Philostrate, Apollonius de Tyane, I, XXVIII, éd. K, p. 20. — Ammien, XXIV, 5, 1.

[252] Ammien, XXXI, 10, 19.

[253] Panég., I, 10.

[254] Ibid., XII, 22.

[255] Ælius Marcien mentionne un rescrit des empereurs Marc-Aurèle et Commode, où figurent, sur une liste des marchandises étrangères pour lesquelles il y avait des droits à payer, à la frontière : Indici leones (c’est-à-dire des lions d’Asie par opposition aux lions d’Afrique), leænæ pardi, leopardi, pantheræ. — (Digeste, XXXIX, 4, 16, § 7.)

[256] Lettres, V, 60 et 62.

[257] Institutes, II, 1, § 12 : Feræ igitur, bestiæ, volucres et pistes, id est omnia animalia, quæ terra, mari, cœlo nascuntur, simulatque ab aliquo capta fuerint, jure gentium statim illius esse incipiunt ; quod enim nullius est, id naturali ratione occupanti conceditur. Nec interest feras, bestias et volucres utrum in suo fundo quisque capiat an in alieno, etc.

[258] Juvénal, XII, 106.

Cæsaris armentum nulli servile paratum

Privato. . . . . . . . . . . . . . .

[259] Vie d’Aurélien, chap. V.

[260] Élien, Nat. anim., 10, 1.

[261] Code Théodosien, l. XV, titre XI, l. 11.

[262] Vie d’Aurélien, chap. XX. J’ignore s’il faut entendre par ces mots, non seulement des éléphants et des lions, mais d’autres animaux encore. Symmaque, priant (Lettres, VII, 122) ut aliarum ferarum Libycarum mihi emptio sacra auctoritate præstetur, n’entendait peut-être parler que de lions.

[263] Vie de Gordien III, chap. XXXIII.

[264] Suétone, Néron, chap. XXXI.

[265] Bell. Goth., I, 22 (Vivarium portæ Prenestinæ).

[266] Henzen, 6342 : Gami Aug. l. proc. aloricata. Borghesi croit que le mot loricata désignait un parc entouré de haies, tel que le décrit Ammien (XXIII, 5), dans le passage suivant : Loricæ ambitu circumclusum.... continens feras. — Orelli (2951) fait connaître un Ti. Claudius Spectator procurator Laurento ad helephantos ; Muratori (619, 2), un custos vivarii.

[267] Suétone, Caligula, chap. XXVII.

[268] Vie d’Aurélien, chap. XXXIII.

[269] Lettres, IV, 12 ; VII, 59.

[270] Cicéron, Ad fam., II, 11, 2 ; VIII, 9, 3. — Voir aussi Plutarque, Cicéron, chap. XXXVI.

[271] Symmaque, Lettres, IX, 125.

[272] Strabon, XV, 1, 42. — Pline, Hist. nat., VIII, 24 : — Arrien, Hist. Ind., chap. XIII.

[273] Claudien, Éloge de Stilicon, 3, 305.

[274] Élien, Hist. anim., XIV, 1.

[275] Claudien, Éloge de Stilicon, 3, 341. — Pline, Hist. nat., VIII, 54. — Xénophon, De venat., XI.

[276] Cyneg., III, 303 (Wernsdorf, Poet. min., I, p. 303, etc.). — Voir aussi Digeste, IX, 2, 28 (qui foveas ursorum cervorumque capiendorum causa faciunt, etc.).

[277] Hist. anim., XIII, 10.

[278] Voir aussi la mosaïque de Palestrina, X, 13, 2.

[279] De venat., chap. XXIV, 3.

[280] Hist. nat., VIII, 66.

[281] Pomponius Méla, III, 5. — Martial, VIII, 26.

[282] Claudien, Éloge de Stilicon, 3, 322.

[283] L’embarquement des éléphants d’Annibal, au passage du Rhône, a été décrit, d’après Polybe (III, 46) et Tite-Live (XXI, 28), par Silius Italicus (III, 460) et Élien (Nat. anim., X, 17). — Prasitèle, dans Pline l’Ancien (Hist. nat., XXXVI, 40), fit ses études in navalibus, ubi feræ Africanæ errant.

[284] Pline le Jeune, Lettres, VI, 34.

[285] Symmaque, Lettres, IX, 117.

[286] Claudien, dans l’Éloge précité.

[287] Apulée, Métamorphose, IV, 72.

[288] Symmaque, Lettres, II, 76.

[289] Code Théodosien, XV, titre XI, l. 2.

[290] Voir Henzen, Ann., d. I., 1840, p. 20, ainsi que la mosaïque de Borghèse.

[291] Hist. Auguste, Gallien II, chap. VIII : Præcesserunt etiam altrinsecus centeni albi boves cornibus auro jugatis et dorsualibus sericis discoloribus præfulgentes (De part et d'autre du cortège de tête s'avançaient cent bœufs blancs aux cornes torsadées d'or et recouverts de rutilantes soies multicolores). — Juvénal, X, 05 :

Duc in Capitolia magnum

Cretatumque bovem.

(Imitation d’un vers de Lucilius, d’après le scoliaste.)

[292] Pline, Hist. nat., VIII, 197.

[293] Hist. Auguste, Gordien III, c. III (Struthiones Mauri miniati ccc).

[294] Sénèque, Lettres, 41, 6 : Aliter leo aurata juba mittitur,... aliter incultus... hie... præfertur illi languido et bracteato. De benef., I, 6, 3 : Nec in victimis quidem, licet opimes sint, auroque præfulgeant (la beauté des victimes, ou les riches ornements qui les couvrent).

[295] Hist. Auguste, Gordien III, chap. XXXIII. — Gallien II, chap. VIII (mansuetæ feræ diversæ generis cc). — Sur les singes en particulier, voyez Cicéron, à Atticus, VI, 1, 25 (cynocephalus in essedo), et Luxor., de simiis canum dorso imposais. (Anthol. lat., éd. Meyer, 341.)

[296] Plutarque, De solert. anim., chap. V, 5, p. 963 C.

[297] IV, 234, etc. ; V, 700, — Voir aussi Sénèque, Lettres, 5, 41.

[298] Dion Cassius, XXXIX, 22 ; ou pour monter au Capitole, d’après le récit de Suétone (César, chap. XXXVII).

[299] Cicéron, Philippiques, 2, 24. — Plutarque, Marc-Antoine, chap. IX. — Pline, Hist. nat., VIII, 55.

[300] Voir, pour cette énumération d’animaux en possession de particuliers, l’Édit des Édiles dans le Digeste, XXI, 1, 40-42 ; puis Sénèque, De ira, III, 23 ; Juvénal, VII, 76 ; Plutarque, De cohib. ira, chap. XIV, etc., p. 462 F ; Pausanias (VIII, 17, 3) qui mentionne des sangliers blancs et des ours ; Épictète, Diss., IV, 1, 25 ; Dion Cassius, LXXVII, 7 ; Vie d’Héliogabale, chap. XXI, XXV, XXVIII.

[301] Martial, V, 31.

[302] Élien, Nat. anim., VII, 4.

[303] Dion Cassius, LXVI, 25.

[304] Pline, Hist. nat., VIII, 181.

[305] Martial, I, 104, 3, etc. — Il est aussi question de cerfs apprivoisés dans les Institutes, II, 1, 15.

[306] Martial, ibid.

[307] Pline, Hist. nat., X, 59.

[308] Dion Cassius, LXVI, 25.

[309] Martial, IV, 35 ; 74.

[310] Le même, I, 6 ; 14 ; 22 ; 48 ; 51 ; 104.

[311] Le même, I, 104 ; VIII, 74. — Sénèque, Lettres, 85, 41. — Caylus, Recueil d’antiquités, VI, pl. L.

[312] Élien, Hist. lud., XIV, 5, — Voir aussi Martial, I, 104 ; Pline, Hist. nat., VIII, 4, etc. ; Plutarque, De fort., III ; Élien, Nat. anim., II, 11.

[313] Pline l’Ancien, au passage précité ; Suétone, Galba, chap. VI. — Voir aussi la version différente de Dion Cassius, LXI, 17.

[314] Élien, Hist. anim., II, 11 ; Pline, Hist. nat., VIII, 6.

[315] Voir aussi Plutarque, De solert. anim., chap. XII, 3.

[316] Comparez là-dessus avec la simplicité du rapport de Cicéron (Ad fam., VII, 1), témoin oculaire, le récit de Pline l’Ancien (Hist. nat., VIII, 21), ou celui de Dion Cassius (XXXIX, 38), bien plus chargé encore.

[317] Dion Cassius, LV, 27.

[318] Sozomène, Hist. ecclés., VII, 29.

[319] Voir la Mosaïque de Borghèse avec le commentaire de Henzen. — Taurocentæ, I. R. N. 2377.

[320] Livre des spectacles, 19. — Ruinart, Acta mart., p. 171.

[321] Cicéron. Pro C. Cornelio de maj. or., 1 fr. : Videlicet homines fœneos in medium ad temptandum periculum projectos.

[322] Martial, Livre des spectacles, 9, 19, 27.

[323] Martial, Livre des spectacles, II, 43, 6.

(Le mien semble un débris des ballons en lambeaux

Qui des taureaux du cirque ont subi les assauts)

[324] Comme la chienne sur laquelle Martial (XI, 69) a fait ces jolis vers :

Amphitheatrales inter nutrita magistros

Venatrix, silvis aspera, blanda domi,

Lydia dicebar, domino fidissima Dextro.

(Dressée à la chasse par les maîtres des jeux, terrible dans la forêt, douce à la maison, je m'appelais Lydia. Fidèle à Dexter, mon maître)

[325] IV, 5, 2, p. 199. — Voir aussi Gratius Faliscus, Cyneg., 174, etc. ; Nemesianus, Cyneg., 1211, etc.

[326] Symmaque, Lettres, II, 77.

[327] Hérodien, I, 15.

[328] Livre des spectacles, 15, 27.

[329] Pline, Hist. nat., VIII, 34.

[330] Ibid., 54.

[331] Artémidore, Onirocr., I, 8, p. 15. — Voir aussi Anthol. Pal., éd. Jacobs, II, 192 (IX, 543). — Le Recueil des Inscr. gr. mentionne de ces combats à Milet (2858) et à Smyrne (3212) ; Aristide (Or. XXV, éd. Jebb., p. 324), à Pergame.

[332] Pline, Hist. nat., VIII, 182. — Appien, Bell. Civ., II, 102. — Velleius Paterculus, II, 56.

[333] Hist. Auguste, Gallien II, chap. XII.

[334] Ovide, Métamorphoses, XII, 103.

[335] Suétone, Claude, chap. XXI ; Dion Cassius, LXI, 9. — Nous réservons pour l’annexe n° 2 une notice plus détaillée sur les différentes espèces d’animaux que les Romains faisaient paraître et employaient dans leurs spectacles.

[336] Hist. Auguste, Aurélien, chap. XXXVII : Sane Mnestheus postea surrectus ad stipitem bestiis objectus est. — Ruinart, Acta mart., p. 171 : Qui nudis corporibus stabant et commotis manibus cas (feras) in semetipsos provocabant, id enim facere jubebantur. — Le recueil des monuments romains en Bavière, publié par l’Académie en 1808, représente, entre autres débris d’un magasin de poteries, trouvé probablement près de Pons Œni, nombre de tessons représentant des chasses (tab. V, VII), des hommes attachés tout nus à des poteaux avec des ours (tab. X), et (tab. VIII) des figures enveloppées de manteaux à capuchons, probablement des instructeurs (magistri). — Au moyen âge encore, on livrait des condamnés politiques en proie aux bêtes féroces.

[337] Dion Cassius, LX, 13 ; LXXI, 29. — Ammien, XXIX, 3, 9 : Habebat (Valentinianus) duas ursas sævas hominum ambestrices, Micam auream et Innocentiam (Je ne puis toutefois passer sous silence que deux ourses dévorantes étaient nourries de chair humaine dans des loges placées près de sa chambre à coucher ; que l'une avait nom Mie d'Or, et l'autre Innocence).

[338] Josèphe, Bell. Jud., VII, 8, 7. — Marc-Antonin, Commentaires, X, 8.

[339] Strabon, VI, 2, 6.

[340] Sénèque, Lettres, 88, 22.

[341] Dion Cassius, LXXVI, 1. — Voir aussi, pour la médaille frappée à ce sujet, Ekhel, D. N., VII, 152.

[342] LXI, 1. — Voir aussi Tacite, Annales, XIV, 5, etc.

[343] Calpurnius, Éclog., VII, 69, etc.

[344] Plutarque, De sera num. vind., IX. — Tertullien (Ad Mart., V) dit : Jam et ad ignes quidam sese auctoraverunt, ut certum spatium in tunica ardente conticerent (certains se sont voués aux flammes au point de parcourir une certaine distance dans une tunique en feu), ce qui paraît du reste à peine croyable. — Voir aussi le même, Ad nat., I, 18.

[345] Martial, X, 25. — Voir aussi Juvénal, I, 155 ; VIII, 235, et Nipperdey sur Tacite, Annales, XV, 44.

[346] Tertullien, De testim. animæ, II ; De pall., IV.

[347] Passio S. Felicitatis et Perpetuæ, XVIII.

[348] Tertullien, De pudio, XXII : Puta nunc sub gladio jam capite librato, puta in patibulo jam corpore expanso, putti in stipite jam leoni concesso, putti in axe jam incendio adstricto (Supposons que déjà le glaive soit suspendu sur sa tête, que ses membres soient étendus sur le gibet ; supposons qu'attaché au poteau, il soit déjà livré au lion ; que, fixé sur la roue, déjà on approche de lui la flamme).

[349] Le même, Apologétique, chap. XV : Vidimus (in cavea) aliquando castratum Atyn, illum deum ex Pessinunte (!), et qui vivus ardebat Herculem induerat (Nous avons vu naguère nous-même Attis mutilé, ce dieu fameux de Pessinonte, et un autre, qui jouait Hercule, brûlé vif). — Anthol. Pal., éd. Jacobs, II, 374 (XI, 184), où l’on brûle un voleur, travesti en Hercule.

[350] Martial, VIII, 30 ; X, 25.

[351] Livre des spectacles, 7.

[352] Martial, Livre des spectacles, 21, 21 b.

[353] In Flaccum, p. 529 M.

[354] Suétone, Caligula, chap. XXVII ; voir aussi Tibère, chap. LXXV.

[355] Le même, Titus, chap. IX.

[356] Pline le Jeune, Panégyrique, chap. XXXIV.

[357] Vie d’Adrien, chap. XVIII. — Voir aussi Casaubon et Saumaise. Cet usage se maintint à Constantinople (voir Suidas et Bock, sur l’amphithéâtre de Constantinople), où Justinien fit brûler des livres païens (Malalas, XVIII, p. 49, 1). — Voir aussi Interp. ad Ammian. Marc., XXVI, 3, 2.

[358] Suétone, Néron, chap. XII : Inter pyrrhicarum argumenta taurus Pasiphaen ligneo juvencæ simulacre abditam iniit, ut multi spectantium crediderunt (Parmi les sujets de ces pyrrhiques, un taureau saillit Pasiphaé, qui était, ainsi que le crurent beaucoup de spectateurs, renfermée dans une vache de bois). — Livre des spectacles, 5.

[359] Nat. anim., VII, 4.

[360] Juvénal, IV, 122.

[361] Livre des spectacles, 8.

[362] Ibid., 16, etc.

[363] Ibid., 25-26.

[364] On trouve ce mot déjà employé par Lucilius (fragm. de sat., éd. Gerlach, 14, 4), dans ces vers

Naumachiam licet hæc inquam alveolumque putare et

Calces : delectes te, hilo non rectiu vivas.

[365] Tacite, Annales, XIII, 31.

[366] Dion Cassius, LXI, 9.

[367] D’après un récit de Dion-Cassius (LXII, 15), qui confond peut-être le banquet de la fameuse fête organisée par Tigellin, sur l’étang d’Agrippa (stagnum Agrippæ), et que mentionne Tacite (Annales, XV, 37), avec la représentation de la naumachie et d’autres spectacles.

[368] Rucca, Dell’ uso de’ soterranei anfiteatrali (Naples, 1851), p. 15. L’aqueduc de l’amphithéâtre de Capoue aussi subsiste encore.

[369] Dion Cassius, LXVI, 25.

[370] Suétone, Domitien, chap. IV.

[371] Suétone, César, chap. XXXIX.

[372] Appien, Bell. civ., II, 102.

[373] Dion Cassius, XLV, 17.

[374] Monuments d’Ancyre, IV, 43. C’est à cette source que Suétone (Auguste, chap. XLII) a puisé. — Voir aussi Velleius Paterculus, II, 100 ; Dion Cassius, LV, 10 ; Tacite, Annales, XII, 56, avec les notes de Nipperdey ; Ovide, Art d’aimer, I, 71.

[375] Pline, Hist. nat., XVI, 190 et 200.

[376] Tacite, Annales, XII, 56, avec les notes de Nipperdey.

[377] Suétone (Claude, chap. XXI) ne mentionne que douze trirèmes de chaque côté, tandis que Dion Cassius (LXVI, 30) en compte cinquante, chiffre plus vraisemblable pour un équipage aussi nombreux.

[378] Suétone, ibid. C’est à l’occasion de ce spectacle que Suétone et Dion Cassius font mention du cri célèbre : Ave Cæsar, imperator, morituri te salutant.

[379] Dion Cassius, LXI, 20.

[380] Le même, LXVI, 25. — Suétone, Titus, chap. VII.

[381] Preller, Régions de la ville de Rome, p. 207. — Gregorovius, Histoire de la ville de Rome, III, 28, etc.

[382] Suétone, Domitien, chap. IV.

[383] Martial, Livre des spectacles, 24.

[384] Suétone, Domitien, chap. IV. — Dion Cassius, LXVII, 8.

[385] Aurelius Victor, Césars, 28.

[386] Épictète, Manuel, 29, 3.

[387] Dialogue des orateurs, chap. XXIX.

[388] Horace, Satires, II, 5, 44 ; Épîtres, I, 18, 19. — Epictète, Manuel, 33, 2.

[389] Ovide, Art d’aimer, I, 164, etc.

[390] Silves, I, 6, 51, etc.

[391] Cicéron, Tusculanes, II, 20, 46.

[392] Lettres, VI, 34.

[393] Panégyrique, chap. XXXIII.

[394] Gibbon, XXX (éd. de Bâle, 1787, vol. V, p. 171). — Hist. Auguste, Maximin et Balbin, chap. VIII : Alii hoc litteris tradunt, quod veri similius credo, ituros ad bellum Romanos debuisse pugnas videre et vulnera et ferrum, et nudas inter se cœuntes, ne in bello armatos hostes timerent aut vulnera et sanguinem perhorrescerent (D'autres rapportent dans leurs ouvrages — et cela ma paraît plus proche de la vérité — que les Romains prêts à partir pour une expédition militaire étaient tenus de voir des combats, des blessures, des armes, des hommes nus luttant entre eux afin qu'au cours de la guerre ils ne redoutent pas les ennemis en armes et ne soient pas terrifiés à la vue des blessures et du sang).

[395] Ad fam., VII, 1, 3.

[396] Commentaires, VI, 46.

[397] Annales, I, 76.

[398] Symmaque, Lettres, II, 46.

[399] Sénèque, Consol. ad Helviam malrem, XVII. — Sénèque, né, d’après Lehmann, vers 9, 8 ou 7 ans avant Jésus-Christ, composa ces consolations pendant son exil, soit après l’an 41 de notre ère.

[400] Lettres, 7, 2. — A son traité De tranq. animi, où il dit (c. II, 13) : Juvat jam et humano sanguine frui, Lehmann assigne une date postérieure à l’an 49.

[401] Tacite, Annales, XIII, 54.

[402] Livre des spectacles, 1.

[403] Suétone, Caligula, chap. XXXV : Edente se menus (Ptolemæum) ingressum spectacula convertisse hominum oculos fulgore purpureæ abollæ animadvertit (Ptolémée avait attiré les regards de l'assemblée par l'éclat de son manteau de pourpre).

[404] Voir les termes d’un rescrit de Jules César dans Josèphe, Antiquités Jud., XIV, 10, 6.

[405] Suétone, Auguste, chap. XLIII : Quodam autem muneris die Parthorum obsides tumc primum missos per mediam arenadi in spectaculum induxit superque se subsellio secundo collocavit (Un jour de spectacle, il fit traverser l'arène aux otages des Parthes, les premiers qu'on eût encore vus, et les plaça au-dessus de lui sur le second banc).

[406] Suétone, ibid., chap. LVIII : Patris patriæ cognomen detulerunt ei.... plebs... ineunti Romæ spectacula, frequens et laureata (Le surnom de Père de la patrie lui fut donné... une foule nombreuse et couronnée de lauriers lui offrit encore cette distinction à Rome, au moment où il entrait au spectacle).

[407] Calpurnius, Éclog., VII, 26 et 79.

[408] Ibid., 47.

[409] Lucrèce, IV, 75, etc. — Pline, Hist. nat., XIX, 29 : Vela nuper et colore cœli stellata per rudentis stetere etiam in amphitheatris principis Neronis.

[410] Confessions, VI, 8.

[411] Voir, sur la cessation des spectacles de l’amphithéâtre, Wallon, Histoire de l’esclavage, III, 421, etc., puis la relation moins complète de P. E. Muller, De gen. œvi Theodos., II, p. 80, etc.

[412] Code Théodosien, II, p. 80, etc., avec le commentaire de Gothofredus.

[413] Henzen, 5580.

[414] Code Théodosien, IX, 40, 8.

[415] In Symmachum, II, 1121, etc.

[416] Théodoret, Hist. ecclésiastique, V, 26.

[417] Muller, l. c., p. 87. — Wallon, p. 427.

[418] Code de Justinien, III, 10, 11 (10, 9).

[419] Just. Nov., CV, chap. I.

[420] Code de Justinien, I, 4, 34. — Voir aussi Anthol. Pal., IX, 581 (éd. Jacobs, II, 207).

[421] Cassiodore, Var. Lettres, V, 42.

[422] Stancovich, Anfiteatro di Pola, p. 10.

[423] Clérisseau, Antiquités de la France, p. 88, etc. — Millin, Voyage clans le midi de la France, IV, p. 220, etc. — Pelet, Description de l’amphithéâtre de Nîmes, p. 137, etc. (1853.)

[424] Revue archéologique, VII, p. 194.

[425] Estrangin, Études sur Arles. — On renvoie pour plus de détails sur ces deux ruines et tous les amphithéâtres, en général et en particulier, à l’annexe n° 31.

[426] Maffei, Verona illustrata, vol. V, p. 135-148 (2e édit., Milan, 1826).

[427] Maffei, Delle anfiteatri, 2e éd., p. 31.

[428] Bède le vénérable, Collecta, chap. III, de bell.

[429] Marangoni, Delle memorie sacre e profane dell’ anfileatro Flavio (1746), p. 46.

[430] Ibid., p. 49 à 53.

[431] Marangoni, p. 53-55.

[432] Ibid., p. 55, etc.

[433] Ibid., p. 58 à 60.

[434] Marangoni, p. 47. — Sallengre, Nov. thes. antiq. Roman., I, p. 502.

[435] Ibid., p. 40.

[436] Ibid., p. 60, etc.

[437] Ibid., p. 64.

[438] Ibid., p. 72.

[439] Ibid., p. 73.

[440] Ibid., p. 67, etc.

[441] Sur les dernières restaurations, il faut voir Canina, A. d. J., 1852, p. 258, etc.