CARTHAGE ROMAINE

 

LIVRE DEUXIÈME. — TOPOGRAPHIE

CHAPITRE II. — LES ALENTOURS DE LA VILLE.

 

 

Quand on arrive par mer devant Carthage, en venant de l'est, voici sous quel profil la côte se présente : au sud, une ligne qu'on a peine à distinguer au-dessus de l'eau ; bientôt, à mesure qu'on remonte vers le nord, apparaissent quelques collines isolées d'abord, ensuite groupées, qui s'élèvent progressivement et aboutissent à une falaise à pic ; au delà, le sol retombe assez vite, et la plaine, légèrement ondulée, court jusqu'à un dernier mamelon qui termine la presqu'île. La haute falaise en forme d'éperon (Cap Carthage) divise cette étendue de terre en deux parties sensiblement égales : celle du nord n'a, jusqu'à présent, révélé qu'une nécropole (Gamart et Djebel Khaoui) et des villas de plaisance, avec quelques constructions clairsemées (La Marsa) ; nous la parcourrons assez vite : celle du sud, au contraire, comme je l'ai rappelé dans les pages précédentes, était l'emplacement de la ville proprement dite ; nous y insisterons davantage. L'aspect n'en est point uniforme ; les collines succédant au sol plat y produisent une heureuse variété, et cette distribution naturelle en bas et hauts quartiers nous permettra d'introduire dans, notre étude topographique un plan très net. Mais, avant de pénétrer à l'intérieur de la cité, il convient d'en examiner les abords ; les faubourgs, qui sont le prolongement d'une ville, en complètent la physionomie ; ceux de Carthage possédaient du reste plusieurs monuments d'un intérêt majeur.

 

I. — L'ENCEINTE.

Depuis que les soldats de Scipion l'eurent démantelée, jusqu'au début du Ve siècle de l'ère chrétienne, la ville demeura ouverte. Dans quelle intention Rome la laissa-t-elle pendant si longtemps dans cet état ? Eprouvait-elle, sans se l'avouer, une terreur secrète à son seul nom, et voulait-elle éviter qu'elle pût une seconde fois la tenir en échec ? Malgré l'auteur des Chronica Gallica de l'année 452[1], qui a répandu cette opinion, je pense que la crainte des Carthaginois ne survécut pas longtemps à leur désastre. Ce sentiment, qui exista chez les contemporains de Scipion et leur fit transporter au Capitole le culte de la grande déesse de Carthage[2], aurait déjà paru puéril à Auguste, à plus forte raison à un Hadrien, à un Septime Sévère. S'il est donc vrai que, tout d'abord, on se refusa à relever les murailles par une réelle défiance, on ne s'en soucia pas davantage ensuite, parce que le besoin n'en était pas urgent. Sans ennemi sérieux qui la menaçât, défendue, en cas de nécessité, d'un côté par la mer, de l'autre par clos troupes solides, Carthage ne paraissait pas à la veille d'être prise d'un coup de main. Parler de l'enceinte romaine est donc une manière de s'exprimer inexacte, s'il s'agit des temps antérieurs à 425. Pour cette période, on peut seulement essayer de fixer d'une façon approximative les limites de la partie habitée.

Quoique tous les auteurs s'accordent à déclarer que la ville romaine était de proportions moindres que la ville punique, l'affirmation me semble prématurée, puisque nous ignorons encore les dimensions précises de cette dernière[3]. Les fouilles démontrent seulement que, sous l'Empire, les maisons et les édifices étaient pressés autour de Byrsa. Barth[4] pense qu'ils ne dépassaient pas une ligne tirée de la pente méridionale de Sidi Bou Saïd, dans la direction de La Malga et, de là, au moyen d'un angle vers la langue de terre (de La Goulette). Ce tracé, si on le rectifie un peu vers le nord, doit être assez voisin de la réalité, car il correspond aux sépultures païennes ou chrétiennes qui enserrent Carthage comme une ceinture[5]. Le cimetière de Damons el Narita dans la direction de Sidi Bou Saïd ; ceux des-esclaves et affranchis de la maison impériale de Bir ez Zitoun et de Bir el Djebbana, à côté de l'amphithéâtre ; des tombes isolées près de Bordj Djedid, de Douar ech Chott et du Kram, déterminent l'agglomération urbaine.

Les fortifications de 425 ne pouvaient pas s'écarter beaucoup de cette ligne. Je les suivrais volontiers depuis le bord de la mer, un peu au-dessus de Bordj Djedid, pour aboutir derrière les citernes de La Malga ; en cet endroit, le mur fait un angle obtus et se dirige vers l'amphithéâtre ; puis, après un second angle plus aigu, il passe au-delà du cirque et court dans la direction du Kram, où il rejoint la mer. Tissot dit en parlant de l'enceinte[6] : Nous ignorons complètement quels étaient son étendue et son tracé, et Maltzan assure qu'il n'en subsiste plus que des débris très problématiques[7]. Je recueille pourtant des assertions très nettes en sens contraire. Falbe, sur sa carte, a très bien indiqué, dit Beulé, une partie de ces fortifications (romaines)... depuis la maison de campagne du Sahab-taba[8] jusqu'à la route qui conduit aux citernes de Malga ; mais il en a omis la partie la plus considérable, que j'ai reconnue jusqu'au village de Douar el Schott et au delà Les Arabes ont jadis découvert cette muraille, qui était enterrée à peu de profondeur au-dessous du sol. Ils l'ont démolie pierre sur pierre... il est resté un fossé large de près de quatre mètres...[9] Si ce fossé existait bien réellement, il est regrettable que Beulé ne nous en ait point transmis un fidèle croquis.

Entre La Malga et la mer, un œil attentif observe certains renflements du sol, une suite de petites élévations, qui paraissent bien former un même ensemble. Barth, avec son exactitude ordinaire, n'a pas manqué de les signaler[10]. Avant d'avoir lu le voyageur allemand, j'avais moi-même été mis en éveil par cette particularité. Barth pense que ces ruines, aujourd'hui dissimulées sous une épaisse couche de terre, peuvent avoir appartenu aux murs de la ville des bas temps. Ces ruines, les officiers à qui nous devons la carte insérée au Corpus Inscriptionum Semiticarum ont cru les apercevoir, car ils ont marqué en rouge ; à partir de la mer, ait nord de Bordj Djedid, jusque vers Douar ech Chott, le. tracé probable des fortifications[11]. Je ne suis pas d'avis de le reculer vers le nord autant qu'ils le font, ni d'y englober Damons el Karita et les terrains de Bir el Djebbana ; mais leur opinion entre en ligne de compte. Vers 1887, une tranchée fut pratiquée en contrebas de Saint-Louis. Ce fossé, dit le P. Delattre[12], destiné à recevoir les tuyaux de fonte qui amèneront bientôt les eaux de Zaghouan dans les citernes du bord de la mer, traversait de l'ouest à l'est toute l'ancienne ville basse de Carthage, sur une longueur d'environ 2 kilomètres. Cependant, à part la détermination précise de l'enceinte de la ville du côté de l'ouest — enceinte beaucoup trop étendue vers le lac actuel, sur les plans de Falbe et de Daux —, ce fossé ne donna lieu à aucune découverte épigraphique intéressante. A quelle distance de l'enceinte telle que la conçoivent Falbe et Daux a-t-on rencontré les vestiges que mentionne le P. Delattre ? Quelle était la nature de ces vestiges ? En quoi leur révélation modifie-t-elle les idées courantes ? La tranchée, lorsque je l'ai vue en 1893, était comblée vers l'ouest : En opposant ces autorités[13] aux dénégations de Tissot, de Maltzan et de quelques autres, je n'entends pas avancer qu'il émerge encore des portions considérables de l'enceinte, mais que les fondements subsistent en divers endroits. Le temps n'a pas si bien nivelé ce sol qu'on ne les devine plutôt qu'on ne les voit.

Les remparts élevés au début du vu siècle n'empêchèrent pas les Vandales de s'emparer de Carthage ; Théodose II n'avait donc travaillé que pour ses ennemis. Leur incurie fut telle que ces murailles se délabrèrent rapidement ; lorsque Bélisaire se présenta, en beaucoup d'endroits on pouvait pénétrer sans peine clans la ville, car une grande partie de l'enceinte s'était écroulée[14]. Toutefois Procope ajoute que les Vandales fermèrent les portes[15] quand les troupes byzantines, victorieuses à Ad Decimum, parurent dans la plaine. La ruine n'était donc pas définitive ; avec un peu d'énergie on serait parvenu bientôt à tout réparer. C'est ce que fit Bélisaire, une fois maître de la situation. Son historien nous le montre pressant le peuple entier d'accomplir cette tâche, animant les ouvriers par sa présence, les encourageant par de hautes paies, veillant à ce que l'ouvrage fût promptement terminé. Au pied des remparts, on creusa un fossé muni d'une forte palissade, qui n'existait pas auparavant. En un mot, rien ne fut négligé pour mettre la ville à l'abri d'un retour offensif de l'ennemi ou des attaques futures des nomades du sud. Le travail était si parfait qu'il excita tout à la fois l'admiration et les regrets de Gélimer vaincu et ramené dans son ancienne capitale[16]. Après ce récit de l'historien grec, je m'étonne de voir Dureau de la Malle soutenir que les fortifications de Bélisaire n'étaient pas pour durer[17], et Tissot prétendre qu'elles furent achevées avec la précipitation et le peu de soin qui caractérisent toutes les œuvres de cette époque[18].

Du passage cité de Procope, il résulte que le général byzantin se borna à relever les murailles, sans en modifier la direction dans l'ensemble. Et, comme les auteurs ne mentionnent aucune restauration postérieure, il est à présumer que, depuis 425 jusqu'à 698, les limites de Carthage ne changèrent pas. La population put décroître, la ville ne fut point réduite. Falbe pourtant serait porté à croire que l'étendue de la cité vandale et byzantine était moins considérable encore que du temps des Romains[19] ; il reconnaît les traces de deux enceintes. S'il s'agissait des fortifications puniques d'une part et romaines de l'autre, je serais peut-être en partie d'accord avec lui ; sa distinction entre le mur romain et le mur byzantin est plus difficilement admissible, d'autant plus qu'il la fonde sur une erreur. Banduri, dit-il, qui parle d'une réparation considérable aux murs de Carthage, sous Dioclétien et Maximien, vient à l'appui de cette idée. Banduri parle des travaux d'embellissement accomplis au temps de ces deux empereurs[20] ; le terme mœnia, qu'il emploie dans le sens d'édifices, n'autorise en aucune façon la théorie de Falbe renouvelée d'Estrup.

Neuf portes donnaient accès dans l'intérieur, au dire de Corippus[21]. Sans être à même de déterminer la position de chacune d'elles[22], contentons-nous de renseignements approximatifs. Procope[23] rappelle celles qui étaient situées dans la direction de Ad Decimum, peut-être près du lac. Falbe[24] en signale une entre Sidi Bou Saïd et Bordj Djedid, tout près de la mer. Le n° 72 (de son plan) fut sans doute une porte d'entrée de la ville ; il y existe en effet une grande ouverture, et latéralement deux phis petites, entre quatre masses de murs dont les voûtes sont tombées. Deux murailles plus modernes partent perpendiculairement des deux extrémités de ces niasses et semblent former au dedans une place carrée de peu d'étendue. Est-elle punique ou romaine d'origine ? Falbe ne le décide pas. Maltzan en indique une autre dans les mêmes parages, au pied des rochers ; il la tient pour romaine, et, comme Barth[25] et Davis[26], il la dénomme porte de la mer : Quatre piliers séparés par un espace de 10 à 15 pieds de large la constituent... les deux du milieu peuvent avoir une largeur de 20 pieds ; on y remarque des ouvertures semblables à des fenêtres avec cintre[27]. Selon le cardinal Lavigerie[28] la basilique chrétienne de Damons el Karita était près de l'emplacement d'une des portes antiques, auquel les Arabes ont donné le nom de porte du Vent (Bab el Rih). Enfin les cimetières de Bir ez Zitoun et de Bir el Djebbana, suivant l'habitude roumaine, bordaient une route qui suppose évidemment une porte près de l'amphithéâtre.

Nous possédons un dernier texte relatif à la topographie générale de la ville. Dans un fragment de manuscrit latin de la Bibliothèque Nationale[29], Dureau de la Malle a copié les lignes suivantes : Carthago vero, quæ principatum Africæ tenet, stadiis decem porrecta videatur stadiique parte quarta... Cette phrase est extraite d'un discours emphatique, sans doute d'époque byzantine[30], où l'auteur anonyme, faisant l'éloge d'Alexandrie, comparait ses dimensions à celles des autres capitales du monde et concluait à sa prééminence. Carthage, avec ses 10 stades ¼, occupe le rang inférieur ; Babylone a 12 stades et 220 pieds ; Rome, 14 stades et 120 pieds ; Alexandrie, 16 stades et 365 pieds. L'orateur a beaucoup amoindri l'étendue de Carthage au profit d'Alexandrie. Entre Le Kram et Bordj Djedid, la distance est de plus de 2.700 mètres, d'après la carte de l'Atlas archéologique, et 10 stades ¼ ne font que 1.818m,35. Si le panégyriste a emprunté ces mesures à un ancien traité de géographie, comme le suppose Dureau de la Malle, ce guide était peu digne de foi. Mais a-t-il jamais existé  ? et, dans l'affirmative, l'anonyme ne pas modifié pour les besoins de sa cause ? De toutes façons, son renseignement est suspect ; je le tiens pour non avenu, afin de ne pas troubler sans motif sérieux les conclusions auxquelles nous a conduits l'étude des autres documents.

 

II. — LES FAUBOURGS ; PARTIE ÉLOIGNÉE DES REMPARTS.

Bien qu'il n'y ait pas eu, à proprement parler, de quartiers extra muros jusqu'en 425, je distinguerai cependant, d'une manière générale, les faubourgs et Carthage proprement dite. Il est bon, en effet, pour ne pas cheminer au hasard dans cette enquête topographique, d'établir une ligne de démarcation précise.

Tout au nord de la presqu'île se dresse, auprès du village de Gamart, le Djebel Khaoui ou montagne creuse. Aucun indice certain ne permet de penser que ce lieu ait jamais été habité, du moins par les vivants[31] ; on y logea les morts pendant une période que nous allons tenter de déterminer. La nature du sol était favorable à l'établissement d'une nécropole. Les couches inférieures sont composées d'un calcaire tendre ; on les a creusées de manière à former des souterrains. Le calcaire ainsi extrait était excellent, il donnait une chaux légèrement hydraulique, qui a servi à bâtir Carthage. Les carrières se transformaient en tombeaux[32]. Les Arabes tirent encore du calcaire de ces hypogées[33].

Les anciens Carthaginois enterraient-ils déjà leurs morts en cet endroit ? C'était naguère l'opinion la plus accréditée[34]. Beulé, qui a fait un examen assez minutieux des chambres sépulcrales, s'est persuadé que les soldats de Scipion, les colons de Gracchus, de César et d'Auguste, peut-être les Vandales et les chrétiens, à coup sûr les Arabes, ont tout violé, pillé, dévasté[35]. M. de Sainte-Marie confirme de tous points son témoignage[36]. Dans la partie qui regarde le village de Gamart se voit une esplanade soutenue par des murs ; là s'élevait, dit-il, une série de mausolées dont les ruines sont encore reconnaissables. Et il en tire cette conclusion que le paganisme punico-romain utilisa ce vaste espace jusque dans les derniers temps de Carthage[37].

J'ai cherché et je cherche encore, écrivait-il plus loin[38], s'il n'a point existé des catacombes chrétiennes clans le Djebel Khaoui. Ses investigations demeurèrent sans succès. Je me figure qu'il eût abouti au même résultat s'il les avait dirigées sur tout autre point de la presqu'île. Dès la fin du IIe siècle, au moment où le christianisme n'était pas encore très affermi en Afrique, Tertullien raconte[39] que les païens se ruaient sur les cimetières chrétiens, en vociférant : Areæ non sint ! brisant les dalles funéraires et saccageant tout ce qu'ils pouvaient rencontrer. Les expressions qu'il emploie ne conviennent en aucune manière à des catacombes, et le terme d'area désigne un espace en plein air[40]. La communauté carthaginoise ne connaissait donc pas les cimetières souterrains pendant les persécutions[41] ; quelle apparence y a-t-il qu'elle s'en soit servie dans la suite ? Et pourquoi les usages d'Afrique n'auraient-ils pas différé de ceux de Rome et d'Italie ?

Si elle ne renferme pas de catacombes, la montagne de Gamart offre cependant des traces de christianisme dans les inscriptions sorties de quelques tombes[42]. Est-ce une raison suffisante pour écrire, comme Maltzan[43] : Selon toute apparence, là était le lieu de sépulture de la Carthage chrétienne, car les niches funéraires très spacieuses conviennent bien à la déposition des corps, nullement à des ollæ placées dans les columbaria. Sans doute, au temps de Carthage punique, on mettait aussi les corps au tombeau sans les incinérer. Mais ni la forme des tombes, ni aucun indice particulier ne permettent d'assigner à ces hypogées une antiquité si hante. On y a trouvé plus d'une fois des emblèmes exclusivement chrétiens et absolument aucun d'origine païenne. Sur une tombe était ciselé le symbole du chandelier à sept branches du temple de Jérusalem ? La dernière observation du voyageur allemand confirme, avec plus de précision ce que Davis et Beulé, dix années plus tôt, avaient déjà soupçonné, sans saisir toute la valeur de leur découverte. Beulé remarquait des signes phéniciens gravés quelquefois sur le stuc poli, notamment ce signe qui ressemble aussi bien à mi chandelier à cinq branches qu'à une main ouverte[44]... Cette mention, qu'on lit aussi dans Davis[45], n'a point été perdue pour le P. Delattre. Reprenant les fouilles de Beulé, il a acquis la certitude que la nécropole en question date de l'époque romaine et était surtout destinée à la colonie juive[46]. M. de Voguë appuie cette opinion de sa haute compétence[47]. Le plan des chambres funéraires semblables à celles de Palestine, leur décoration, l'emploi fréquent du chandelier à sept branches, un morceau d'inscription hébraïque, tout la justifie.

Un doute subsiste cependant. La colonie juive était-elle si nombreuse. à Carthage qu'elle ait eu besoin d'un si vaste cimetière' ? Des juifs ont été enterrés au Djebel Khaoui ; je me persuaderais malaisément qu'on n'y ait enseveli personne avant eux ou avec eux. Le P. Delattre, en poursuivant l'étude de la nécropole, est arrivé à cette conclusion qu'elle n'est point aussi étendue et les tombeaux aussi nombreux[48], qu'on le croyait d'après le rapport de Beulé[49]. Il y a visité 103 chambres et croit qu'il n'y en avait en tout que 200 environ, c'est-à-dire 3.400 places pour les morts. C'est un premier résultat à enregistrer. J'irai plus loin : le P. Delattre a décrit lui-même plusieurs hypogées d'apparence chrétienne situés sur les flancs du Djebel Khaoui[50], et je citais, il n'y a qu'un instant, les inscriptions à formules chrétiennes qui en sont extraites. Dès lors, refuser d'admettre que des chrétiens ont plus d'une fois enseveli leurs morts sur cette colline, ce serait nier l'évidence. Peut-être M. de Voguë a-t-il fourni l'explication vraie : Il ne serait pas impossible que quelques-unes de ces tombes décorées fussent chrétiennes ; c'est dans les colonies juives que se rencontrèrent les premiers adhérents de la foi nouvelle, et la trace de ces premières conversions pourrait se trouver jusque dans les cimetières[51].

Entre le Djebel Khaoui et La Malga s'étend une plaine large et fertile, vers le milieu de laquelle s'épanouit le village da La Marsa. Ce territoire, à l'époque punique, s'appelait Megara. Les grammairiens anciens fournissent de ce nom d'abondantes explications[52] ; j'en retiens seulement que Megara (ou ses équivalents : Magara, Magalia, Mapalia) désignait des abris rustiques, quelque chose comme les gourbis actuels des indigènes. On appliqua donc le mot, par une extension assez naturelle, à cette portion de la première Carthage, moins peuplée que le centre de la ville, où les riches citoyens possédaient jardins et villas[53]. Megara, dit Appien, était planté de jardins et d'arbres qui produisent des fruits en été ; chaque domaine était séparé des autres par des murs, des haies vives formées de ronces, et par de nombreux et profonds ruisseaux au cours sinueux[54]. Cette description, qui donne assez l'idée d'une oasis, prouve combien Estrup faisait fausse route en plaçant Megara au village actuel de La Malga. Son opinion, conséquence de l'erreur initiale qui lui a fait établir à rebours toute la topographie de Carthage, se heurte de même au récit des autres historiens du siège ; par-dessus tout la nature accidentée du sol de La Malga y contredit formellement[55].

Megara n'a encore été exploré qu'à de rares intervalles. Les trouvailles auxquelles on a abouti, curieuses en elles-mêmes, ne permettent pourtant pas de dire si cette partie des faubourgs eut une réelle importance durant la période romaine[56]. Falbe a observé[57] que toute la plaine est sillonnée de chemins et de sentiers qui se coupent à angle droit et à intervalles égaux. Je vis clairement, ajoute-t-il, qu'a partir de la tour de Sidi Bou Saïd la ligne qui longe la face sud-est des grandes citernes tend directement vers le milieu de la ville de Tunis, et que la perpendiculaire qui s'élève sur cette ligne, du centre même du plateau de Byrsa, longe la face nord-est des mêmes citernes, et, après avoir traversé la plaine d'El-Mersa et suivi le pied de Gjebel-Khawi, va se perdre au-delà de Quamart, entre la Sebkha et les dunes. Les divisions qui se développaient ainsi peu à peu sont coordonnées à ces deux grandes lignes, et les carrés qu'elles forment présentent une dimension égale, sauf quelques légères irrégularités, provenant du fait des Maures, qui n'y ont point prêté attention dans leurs établissements modernes. Une pareille symétrie, surtout en arabe, ne saurait être l'effet du hasard ; elle révèle un plan concerté. Falbe se rappela la répartition faite aux colons romains par Auguste : les trois mille colons reçurent trois mille heredia ou trente centuriæ. L'heredium, qui équivaut à 2 arpents (jugera), formait un carré de 240 pieds romains de côté ; et la centurie, dont la superficie équivaut à 50ha,364, comptait 2.400 pieds de côté, c'est-à-dire environ 708 mètres[58]. Falbe mesura les onze carrés les plus voisins des citernes de La Malga ; leurs dimensions s'accordaient parfaitement avec ce qu'il devait trouver d'après son hypothèse. L'épreuve était concluante, et l'on peut présumer qu'elle eût donné le même résultat pour les autres. Il ne subsistait, à dire vrai, que vingt-huit d'entre eux au lieu de trente ; mais la place des cieux derniers est certaine pour Falbe, et nous aurions tort de nous étonner d'une disparition si explicable. Ce qui est merveilleux, au contraire, c'est qu'après les bouleversements de ce sol on puisse encore y toucher du doigt l'œuvre d'Auguste. Cette constatation, qui fait beaucoup d'honneur à la science topographique de son auteur, n'est plus aussi évidente pour le visiteur de Carthage aujourd'hui qu'en 1833. Les Européens sont venus qui ont remué la terre et changé, pour construire leurs maisons, les limites des domaines et le tracé des routes. Tout n'a pas disparu cependant, et on s'aperçoit vite, à parcourir la distance qui sépare La Malga du Djebel Khaoni, que Falbe avait le coup d'œil juste et l'esprit pénétrant.

Le même savant note, avec son soin ordinaire, les débris d'un petit temple[59] et ceux d'un pavé en mosaïque[60] à La Marsa. Maltzan, qui d'ailleurs ne donne pas l'endroit précis, y ajoute les restes de plusieurs maisons d'apparence romaine et d'une basilique chrétienne[61].

Un terrain appartenant à Sidi Salait Bey et voisin de son palais a produit, le 15 mars 1883, quatre des plus beaux morceaux de sculpture qui décorent le musée de Saint-Louis. Ce sont des plaques où un artiste de mérite a représenté des scènes familières de la vie d'une matrone, la toilette, la lecture, etc. Elles ornaient les gindres faces d'un cippe assez semblable à ceux de Bir el Djebbana, dans l'intérieur duquel étaient des cendres humaines et une lampe[62]. Un large caveau voûté se rencontra un peu plus tard, à quelques mètres de distance du cippe et dans le même groupe de constructions antiques. Il ne renfermait que de menus objets de toilette et était dépourvu d'inscriptions. Joignons-y une petite provision d'épitaphes[63], un beau sarcophage monolithe, en pierre appelée Kadel, trouvé dans la propriété Cesana[64], enfin une statue en marbre de Vénus marine retirée d'un puits dans le jardin potager du prince Taïeb Bev, à La Marsa, près de l'enclos du parterre de la résidence française[65].

Les découvertes de Bir Ftouha ou Bir el Bey — on appelle ainsi un puits situé près de la route de La Malga à La Marsa — sont d'un intérêt bien autrement vif. Le P. Delattre y a insisté à diverses reprises dans ses relations[66]. Il s'agit d'une grande basilique demi-circulaire décorée de mosaïques[67], avec un baptistère octogonal, mesurant 2m,83 de diamètre et 0m,95 de profondeur ; une mosaïque très dégradée en pavait le fond. Tout à côté apparut un second bassin en arc de cercle, dont les parois sont revêtues d'une mosaïque en chevrons. Ce qu'on a exhumé de ce sol, vases en cuivre, en plomb ou en terre cuite, avec symboles chrétiens, coupes, fragments d'épitaphes de quelques fidèles, mosaïques avec l'image du poisson, ne laisse aucune incertitude sur la destination des deux bassins. Un vaste tombeau out les restes de plusieurs cadavres étaient réunis, des auges funéraires en maçonnerie revêtues à l'intérieur d'un enduit blanc, et qui étaient encore en possession de leurs ornements, prouvent qu'on enterrait près des baptistères. Enfin une inscription[68] que M. de Rossi interprète : Hic sunt reliquiæ (ou memoriæ) sanctorum, nous avertit, si la restitution est exacte, que nous foulons un sol sanctifié par la présence d'un groupe de martyrs. De là à considérer ces ruines comme les vestiges d'une des nombreuses églises de Carthage, il n'y a qu'un pas. Ce qui ajoute du poids à l'hypothèse, c'est qu'on y a extrait beaucoup de belles pierres taillées, ainsi que des colonnes et des mosaïques à personnages, le tout aujourd'hui malheureusement dispersé ou très endommagé. Mais le P. Delattre va plus loin : s'autorisant de certains passages des actes du martyre de saint Cyprien, il se demande si nous ne sommes pas en présence de la basilique élevée dans l'ager Sexti, où le grand évêque fut mis à mort.

Si l'on suit la ligne des falaises qui dominent la mer depuis La Marsa jusqu'à Sidi Bou Saïd, on n'a presque aucun indice de monuments[69]. En 1893, on y a pourtant relevé, entre la route carrossable et le palais archiépiscopal, des sépultures romaines de date très reculée, et même des tombes puniques[70]. A Sidi Bou Saïd, Falbe remarque[71] une tour carrée qui a servi de vigie. Rien ne prouve qu'elle ne date pas du moyen âge ; cependant les hauteurs du cap Carthage étaient un si merveilleux poste d'observation pour surveiller la mer qu'on ne comprendrait guère que les Carthaginois de toute époque aient omis d'en tirer profit. Aujourd'hui, un phare, vigie pacifique, se dresse au sommet du promontoire, à 129 mètres au-dessus des flots[72].

Plusieurs textes funéraires païens et chrétiens ont été retirés des maisons du village. Ils y avaient été apportés par les Arabes et employés commue matériaux de construction ; ils ne signifient donc pas qu'il existait des nécropoles dans cette localité. Tous les textes trouvés in situ à Sidi Bou Saïd sont païens, et les tombeaux d'on ils sortent n'appartiennent pas à des cimetières communs, mais à des sépultures de famille. Le P. Delattre en conclut, avec raison, qu'à l'époque romaine ce sommet était garni de villas près desquelles on enterrait les défunts[73]. Des monnaies de même provenance sont de l'époque d'Auguste et nous reportent aux origines de la colonie, soit au début de l'ère chrétienne, soit même à la fin de l'ère précédente. Aucun de ceux qui ont respiré l'air pur de Sidi Bou Saïd et contemplé l'admirable panorama du cap Carthage ne sera surpris que les riches habitants v aient de bonne heure fixé leur résidence pendant la saison chaude.

Au pied de la montagne, à l'ouest, le général Baccouche a découvert près de sa maison de campagne, vers 1874, une belle mosaïque qui figura, en 1883, à l'exposition d'Amsterdam[74] ; elle représente les apprêts d'un festin. Une belle tète d'homme en marbre provient du même endroit[75].

 

III. — LES FAUBOURGS ; PARTIE VOISINE DES REMPARTS.

Rapprochons-nous maintenant de l'enceinte ; les documents vont devenir plus abondants et plus instructifs.

Saint Augustin raconte dans ses Confessions par quel stratagème il réussit, malgré les supplications de sainte Monique, à fuir de Carthage pour se rendre à Rome. Il feignit de reconduis e un ami qui s'embarquait et parvint à persuader à sa mère, tandis qu'il attendrait avec le voyageur que le vent s'élevât, de passer la nuit dans l'église de saint Cyprien (memoria beati Cypriani) toute voisine du rivage (in loco qui proximus nostræ navi erat). Au matin, Monique s'aperçut avec tristesse, en ne retrouvant pas son fils, de la ruse qu'il avait imaginée pour partir sans elle[76]. Procope, de son côté, parle du culte fidèle que les Carthaginois rendaient à saint Cyprien. Ils lui ont bâti, poursuit-il, un temple magnifique, hors de la ville, près du rivage de la mer[77]. Dans cette église, se célébrait, tous les ans, la fête dite cyprienne. Sous le règne d'Hunéric, les Vandales en chassèrent les prêtres catholiques et les remplacèrent par des ariens. Quand Bélisaire se fut emparé de Carthage, le sanctuaire, abandonné par les intrus, rentra, avec toutes ses richesses, en possession du clergé orthodoxe. Il est difficile de ne pas voir la memoria de saint Augustin dans le temple magnifique de Procope ; le texte des deux auteurs concorde de tous points. Saint Augustin ne dit pas, je l'avoue, que l'édifice où se retira sainte Monique était hors des murailles ; mais n'oublions pas qu'à la fin du IVe siècle (la scène se passe en 383) la ville : était ouverte. Le fait que le vaisseau d'Augustin mouillait dans le voisinage n'implique pas la proximité du port. Le mot vague locus me paraît employé à dessein au lieu de portos, pour laisser entendre que le bâtiment, par mesure de précaution peut-être, stationnait clans une petite anse, à l'écart, et non dans le port. Rien n'empêche donc, à mon avis, d'identifier l'église de saint Augustin et celle de Procope.

Le P. Delattre pense en avoir entrevu quelques restes non loin de Bordj Djedid. Sur le rivage, dit-il, se rencontrent les ruines d'un monument qui a la forme d'un hémicycle. A droite de l'entrée qui regardait la mer, on distingue encore un bassin carré dont les parois intérieures sont revêtues d'une mosaïque et clans lequel on descendait par plusieurs degrés qui existent encore. Quoique ce bassin soit carré et non octogonal, je me suis souvent demandé si ce ne serait pas un baptistère, et le monument auquel il appartient une basilique[78]. Il admettrait volontiers que celle-ci ne doit pas être confondue avec celles qu'on éleva en l'honneur de l'évêque martyr, d'abord au lieu de son supplice (ager Sexti), puis sur son tombeau (area Macrobii). Avant d'examiner à fond cette question des basiliques dédiées à saint Cyprien aux portes de Carthage, Tordre géographique que j'ai adopté exige que j'achève la description de ce quartier.

Un lieu dit Sainte-Monique ou Larmes de sainte Monique[79] y conserve les souvenirs que je viens de rappeler. Entre ce point et Bordj Djedid, le P. Delattre est en train de fouiller une nécropole punique qui a déjà livré des pièces fort instructives[80], coffrets funéraires, sarcophages sculptés, sarcophage anthropoïde, vases peints ou de métal, stèles, objets de toute sorte. dont l'étude comblera plus d'une lacune dans nos connaissances sur la ville punique. Cette nécropole diffère complètement de celle de Douïmès et ressemble beaucoup à celles de Byrsa[81].

Cette localité offre encore un autre intérêt, si les conjectures du P. Delattre sont confirmées par la suite des fouilles. Là, en effet, se serait élevé le temple de Cérès dans les deux Carthage. Une inscription punique en l'honneur d'Astoreth et de Tanit du Liban, récemment exhumée, semble indiquer que leurs sanctuaires se trouvaient à proximité[82]. Au-dessus de la nécropole, on a rencontré un mur à double face en opus reticulatum qui se dresse sur le roc entaillé et nivelé pour offrir une base à la construction, puis des fragments d'architecture en marbre, tronçons de colonnes, chapiteaux, pilastres, corniches, etc. quelques morceaux de statues qui peuvent se rapporter au culte de Cérès, enfin trois textes, dont l'un, où est mentionnée la confrérie des Cereales, appartient sans doute à la fin (hl iie siècle de notre ère. Ces documents, s'ils ne démontrent pas d'une façon irréfutable qu'il y avait en ce lieu un sanctuaire de Cérès, méritent néanmoins d'être pris en sérieuse considération[83].

A un quart d'heure environ du rivage et à deux cent cinquante pas hors de l'enceinte, lorsqu'on se rend de Saint-Louis à Sidi Bou Saïd par le plus court chemin, le P. Delattre a mené à bien l'une de ses plus belles fouilles, celle de la basilique aujourd'hui célèbre sous le nom de Damons el Karita[84]. Le sens de ce mot appliqué à un terrain doit émergeait une voûte en ruines reste problématique[85]. Les noms de Bab el Hill, la porte du vent, et de Bir er Roumi, le puits du chrétien, qui désignent deux autres terrains limitrophes, sont, au contraire, de bon augure pour le topographe ; car l'un fait mention du christianisme et l'autre conserve le souvenir d'une porte de la ville avec voie romaine.

L'édifice à l'ensemble duquel s'applique désormais l'appellation Damons el Karita se compose de trois parties : au milieu, la basilique proprement dite ; à gauche (pour le spectateur), l'atrium demi-circulaire avec un trichorum ; à droite, une seconde basilique renfermant le baptistère.

La basilique centrale est un vaste rectangle (65m * 45m) orienté du sud-ouest au nord-est, dont le côté sud-est s'arrondit au milieu en abside ; au sud-ouest, est une autre abside plus récente, tapissée d'une mosaïque. Huit rangées de douze piliers partagent l'intérieur en onze nefs, si l'on se tourne vers la vieille abside, en neuf, si l'on regarde la nouvelle. Dans les deux sens, la nef du milieu est beaucoup plus large (12m,80) que les autres ; les piliers sont coordonnés inégalement de chaque côté de la grande nef[86] dans le premier sens ; également, dans le second ce désaccord indique une certaine gaucherie dans la conception architecturale, s'il ne résulte pas de remaniements ultérieurs[87]. Une décoration assez riche (mosaïques, chancels de marbre blanc, etc.) revêtait les nefs majeures. Un ciborium soutenu par des colonnes de marbre vert en occupait le centre[88]. A l'extérieur, près de la porte d'entrée de l'ouest, on a sur sa droite une chapelle à trois niches (trichorum)[89] bâtie sur l'emplacement d'un columbarium païen, dont les urnes avec leurs ossements calcinés ont été trouvées en place. Le P. Delattre en déduit que l'area chrétienne primitive n'atteignait pas d'abord ce point, qui se trouva plus tard atteint et recouvert par la construction de la vaste basilique[90]. Des citernes romaines antérieures avaient été conservées, sans doute utilisées. A une époque assez basse, on érigea une troisième abside, à une dizaine de mètres en avant de l'abside la plus vieille, sans que le reste du plan fut d'ailleurs modifié. L'atrium à ciel ouvert, la plus ancienne partie de cet ensemble, est un espace demi-circulaire, autour duquel règne un portique ; une fontaine octogonale se dressait au centre. Il communique avec l'extérieur, au nord-ouest, par un corridor, d'où l'on a retiré cette inscription : [intro]itus aditus ad sacr...[91] Un mur percé d'une porte en son milieu sépare l'atrium de la basilique ; en face de cette porte, au point saillant de la courbe, s'enfoncent trois absidioles réunies en trèfle (trichorum), qui devaient contenir des tombes de martyrs (memoria martyrum). Ce lieu vénérable faisait vis-à-vis à l'abside du sud-ouest de la basilique centrale. Derrière cette abside, par conséquent tout à l'opposé de l'atrium, s'étend la basilique du baptistère, beaucoup moins considérable que la première (35m,75 * 24m,35). La piscine du sacrement, de forme hexagonale, est vers l'est ; au sud, une petite chapelle avec deux armoires, où se conservaient, pense le P. Delattre, les huiles saintes, les linges et les vases liturgiques dont on se sert pour administrer le baptême. Ces trois parties accolées ne constituent pas à elles seules tout l'édifice ; on aperçoit à l'est et à l'ouest des amorces de murs qu'on dégagera tût ou tard et qui conduiront peut-être à l'habitation du clergé et au secretarium.

Damons el Karita est un champ fertile en inscriptions. En 1892[92], le P. Delattre n'avait pas recueilli moins de quatorze mille fragments ; peu à peu il les rapproche par un travail de patience digne de tous éloges et parvient souvent à restituer le texte complet ; cette quantité de dalles brisées s'explique par la fureur avec laquelle les païens et les Vandales ont dit saccager les cimetières catholiques. On y lit des noms de chrétiens, des formules, des acclamations dont j'aurai à parler plus tard. Des sculptures, surtout des fragments de reliefs et de sarcophages, ont été aussi extraites des décombres : les pièces capitales sont une Adoration des Mages et une Apparition de l'Ange aux bergers, hauts-reliefs décoratifs d'un excellent style, que l'on a attribués tour à tour au IVe et au VIe siècle[93]. Pour déterminer l'âge de la basilique, de Rossi en a étudié minutieusement l'épigraphie et les symboles, et il a mis en lumière des indices du IIIe siècle et d'autres du VIe[94]. Admettons donc comme probable que, pendant trois cents ans environ, les chrétiens célébrèrent leur culte et enterrèrent leurs défunts à Damons el Karita, sans qu'on en doive conclure pourtant que l'église dont les ruines subsistent soit le monument primitif.

On a essayé d'identifier cette église. Le cardinal Lavigerie[95] incline à penser qu'il s'agit de la basilica major, où furent ensevelies les saintes Perpétue et Félicité, avec leurs compagnons martyrs[96]. Il se fonde sur un pavement de mosaïque en bon état de conservation, qui représente une femme à peine vêtue. L'attitude de ce personnage[97] lui parait conforme à celle qu'attribue à Perpétue la Passio où son supplice est raconté. Cette opinion a été reprise, en 1891, par M. l'abbé Pillet[98], qui ne garde plus les mêmes ménagements que le cardinal et croit d'une foi ferme que la mosaïque est bien l'image de la sainte africaine. Le P. Delattre, en 1883, se refusait à reconnaître un sujet païen dans cette mosaïque, qui occupait la partie principale de ce cimetière chrétien ; en 1892[99], il ne mentionne même plus l'objet du litige. De Rossi[100] réserve son jugement ; M. Allard admet l'hypothèse[101]. On a invoqué contre elle la demi-nudité de la jeune femme, et le P. Thédenat a pu dire que les attributs conviennent à Vénus[102] ; l'original, aujourd'hui au musée de Saint-Louis, donne en effet une impression de paganisme. N'oublions pas que l'édifice a été plus d'une fois remanié, bouleversé, qu'il fut probablement établi sur l'emplacement d'une villa païenne. Le P. Delattre publié de nombreux textes païens de Damons el Karita, pour la plupart funéraires, antérieurs à la construction de la basilique[103] ; il signale beaucoup d'ossements mêlés à la terre trouvés sous la fontaine octogonale. Ne sont-ce pas les restes de sépultures païennes plus anciennes[104] ? Il serait donc très possible que la mosaïque appartint à quelque villa, englobée tôt ou tard dans le monument chrétien. De toute façon je ne saurais y voir sainte Perpétue.

Mais il y a un autre argument à faire valoir en faveur du nom de basilica major. M. Gsell[105] a proposé très ingénieusement, à cause des remaniements et du changement d'orientation qu'à subis l'édifice, de le considérer comme étant la basilica restituta dont parle Victor de Vita[106]. Or la basilica major, la basilica restituta, la basilica Perpetuæ et la cathédrale ne sont qu'une seule et même église sous des dénominations diverses[107]. Si M. Gsell a vu juste, nous aurions donc là l'église métropolitaine d'Afrique, auprès de laquelle habitait l'évêque[108] : saint Augustin y prononça plusieurs sermons[109] ; dans le secretarium s'assemblèrent fréquemment les conciles à la fin du IVe siècle et au commencement du Ve[110].

Au sud de Damons el Karita ont été déblayées, en 1897, plusieurs tombes chrétiennes d'un modèle inédit en Afrique et les restes d'une chapelle pavée de mosaïque avec inscription dédicatoire : cette nécropole ne parait pas antérieure aux Ve-VIe siècles[111].

De Damons el Karita revenons vers les remparts et suivons-les en tournant le dos à la mer. En quelques minutes, nous atteignons le village arabe de La Malga, assis sur d'antiques citernes. C'est là qu'on indique d'ordinaire une des églises consacrées à saint Cyprien. Les soldats, disent les Actes officiels de son martyre[112], appréhendèrent Cyprien dans ses jardins. Puis on le fit monter sur un char... et on le conduisit au domaine de Sextus (ager Sexti), où le proconsul Galerius Maximus s'était retiré pour raison de santé. Le proconsul remit le jugement au lendemain, 18 des calendes d'octobre (14 septembre). Ce jour-là, une foule nombreuse vint assister au jugement de l'accusé ; après un bref interrogatoire, le magistrat rendit contre lui une sentence capitale, que le bourreau exécuta sur place. Pour soustraire le corps à la curiosité indiscrète des païens, on l'enterra tout près de là. Pendant la nuit, à la lumière des cierges et des torches, au milieu de l'allégresse générale, on l'emporta en triomphe jusqu'à l'area du procurateur Macrobius Candidianus, qui est située sur la route des Mappales, à côté des piscines[113].

Dans la suite, deux basiliques se bâtirent en l'honneur de l'évêque ; l'une, que saint Augustin appelle mensa Cypriani[114], au lieu de son supplice ; l'autre, sur son tombeau (memoria)[115]. Elles devinrent vite célèbres en Afrique et même par-delà les mers[116]. Les fidèles aimaient à se faire enterrer auprès du martyr ; l'existence d'un cimetière autour de la memoria nous est révélée par les Actes de saint Maximilien décapité à The-veste, en 295. Une matrone, Pompeiana, fit enlever son corps et l'emporta dans sa litière à Carthage, où elle le déposa aux côtés du martyr Cyprien, au pied de la colline, au-delà du palais. Au bout de treize jours, cette matrone mourut à son tour et fut mise au même endroit[117].

L'ager Sexti doit être cherché hors de l'enceinte de 425. Puisque le proconsul s'y était retiré pour rétablir sa santé, cette villa ne pouvait être qu'à la campagne. Victor de Vita[118] la dit en effet foris muro, ce qui explique pourquoi on y conduisit l'évêque dans un char. La description que le biographe de saint Cyprien nous en a laissée concorde avec l'affirmation de Victor. L'endroit où il subit le martyre est un vallon entouré de toutes parts d'arbres pressés. Beaucoup de spectateurs, que la foule empêchait de voir son supplice, étaient grimpés dans les branches pour n'en rien perdre[119]. D'un autre côté, si rager avait été très distant de Carthage, beaucoup de gens auraient reculé devant un trop long trajet, la foule ne serait pas accourue si nombreuse. Cette considération en particulier m'empêche d'accepter l'explication de Ruinart[120] : Hic locus sic videtur appellatus, quod sexto ab orbe lapide distaret ; les habitudes de langage des Romains y contredisent aussi[121]. Je croirais donc volontiers que rager Serti était situé au nord de Carthage, entre La Marsa et la ville propre, c'est-à-dire dans l'ancien quartier de Megara, dont on connaît la salubrité et l'agrément.

L'area Macrobii Candidiani n'embarrasse guère la plupart des commentateurs, qui en estiment la position éclaircie par ces mots des Acta proconsularia, areas quæ sunt in via Mappaliensi juxta piscinas. A les entendre, on ne saurait désigner d'une manière plus explicite le village de La Malga et les citernes qui en forment le sous-sol. La phrase des Actes de saint Maximilien : et sub monticulo juxta Cyprianum martyrem secus palatium condidit, et celle de Victor de Vita : qui locus Mappalia vocitatur, les affermissent dans leur opinion[122]. Mappalia, dit le cardinal Lavigerie, ne saurait âtre que La Malga[123] ; les piscines correspondent aux citernes de ce village, qui occupent un monticule, à quelque distance de Byrsa, oh se dressait le palais proconsulaire. Ces arguments sont très spécieux ; quelle en est la solidité ?

Avant tout, ne perdons pas de vue le texte si précis de Victor de Vita[124]. Outre les églises de la ville, Genséric s'empara de toutes celles qu'il voulut hors de l'enceinte, en particulier des deux belles et grandes basiliques du saint martyr Cyprien. Elles s'élevaient à l'endroit où il répandit son sang et à l'endroit où son corps fut enterré ; ce dernier lieu porte le nom de Mappalia. Ainsi, vers le milieu du Ve siècle, la basilique de l'area Macrobii, tout comme celle de l'ager Sexti n'était point en dedans du mur de Théodose II. Il en découle, selon moi, qu'elle n'était pas au sud des citernes, comme le pense Dureau de la Malle[125], ni entre la colline de Byrsa et les réservoirs de Maâlka, comme le voudrait Tissot[126], mais au nord d'une ligne tirée de Bordj Djedid à La Malga. Les citernes, en effet, et par conséquent La Malga, étaient comprises à l'intérieur des murs ; car Gélimer, lorsqu'il vint assiéger Carthage, coupa l'aqueduc d'Hadrien qui les alimentait, preuve évidente qu'elles servaient aux assiégés et qu'elles étaient dans la ville même. Si on les suppose en dehors, les envahisseurs n'avaient aucun motif de dégrader l'aqueduc qu'ils utiliseraient ensuite ; il suffisait d'investir les citernes, d'en interdire l'accès aux Carthaginois et de ne détruire que les branchements dérivés vers le cœur de la cité. Au contraire, il existait des piscines hors de l'enceinte ; Victor de Vita y fait allusion[127] : Hunéric ordonne de saisir tous les évêques qui s'étaient réunis à Carthage... on les dépouille de leurs vêtements et on les chasse tout nus hors des remparts... Pendant qu'ils gémissaient, couchés autour des murailles et exposés à toutes les intempéries, il arriva que ce roi impie sortit pour aller aux piscines. Ces piscines de la banlieue n'ont rien de commun avec les citernes de La Malga. On pourrait faire valoir, en guise de corollaire, qu'une visite du roi aux citernes est très imprévue ; 'sa sortie paraîtra moins étrange, si l'on entend par piscinæ des thermes[128].

Le cardinal Lavigerie traduit via Mappaliensis par rue de La Malga ; Mapal, écrit-il, est l'équivalent de Magal, d'où provient Malga par métathèse. Tout d'abord, je ne suis pas sûr que ce dernier mot, qui s'orthographie de diverses manières[129], comme la plupart des noms de lieu de Carthage, ne dérive pas plutôt de l'arabe moallaka, la suspendue[130], comme La Marsa de el mersa, le port. Mais, l'hypothèse du savant auteur fût-elle établie, les conclusions me semblent excessives. Il ne résulte pas nécessairement de l'identification de Magal et de Malga que les Magalia ou Mapalia (c'est-à-dire le quartier punique de Megara) fussent jadis sur l'emplacement de La Malga. La description d'Appien nous a permis de conclure que cette dénomination s'appliquait à tout le terrain qui sépare la ville propre du Djebel Khaoui, bien loin d'être réduite à un étroit espace. Habitée peut-être toujours depuis 698, La Malga aurait confisqué à son profit un nom qui ne lui appartenait pas en propre, qu'elle partageait tout au plus jadis avec le reste de cet immense territoire[131]. Le cardinal Lavigerie cite lui-même[132] une transformation tout à fait analogue. Les Arabes désignent sous le nom de Cartagenna les alentours des ports ; en conclura-t-on que Carthage ne s'étendit jamais au-delà de ces limites ? Qu'on rattache Malga à Magal ou à moallalia, rien n'autorise donc à traduire via Mappalliensis par : rue de La Malga ; c'est rue des Mappales qu'il faut dire. Le chemin traversait, j'imagine, toute la plaine pour aller aboutir vers le Djebel Khaoui[133].

Je me résume : les deux basiliques construites en l'honneur de saint Cyprien, au lieu de son supplice et au lieu de sa sépulture, étaient au nord de Carthage, hors des murailles ; on n'en connaît pas l'emplacement d'une manière certaine ; elles étaient distantes l'une de l'autre, car les Acta proconsularia parlent d'une procession triomphale qui se déroula entre l'ager Sexti et l'area Macrobii, cum voto et triumpho magno deductum est.

Voilà, semble-t-il, ce qu'on est en droit de considérer commue acquis ; combien d'incertitudes subsistent encore ! Par exemple, comment concilier avec ce qui vient d'être exposé le sub monticulo et le secus palatium des Actes de saint Maximilien ? La colline de La Malga représente, dit-on, le monticule, et le palais proconsulaire de Byrsa est indiqué par le second terme. Mais le palais n'occupait qu'une partie de Byrsa et faisait sans doute face à la mer au lieu de regarder La Malga ; dans ces conditions, il faudrait supposer, ce qui est improbable, que palatium s'entendait de l'ensemble de Byrsa. En mettant, comme je l'ai fait, les deux basiliques dans la banlieue, palatium désignerait-il une habitation de plaisance du gouverneur ? Ce serait une acception insolite de ce terme. Quant au monticulum, à moins de l'identifier avec l'une des falaises qui dominent la mer (je ne parle pas du Djebel Khaoui), on ne sait trop où le mettre. La difficulté d'interprétation de cette phrase ne saurait nous faire abandonner les résultats obtenus par la discussion qui précède. S'il nous semble malaisé de concilier ce témoignage avec ceux de Victor de Vita et des Acta proconsularia, il n'en serait pas moins illogique de sacrifier des textes parfaitement clairs à un autre dont le vague n'échappera à personne.

Pour en finir avec ce problème des basiliques cypriennes, il reste un point à élucider brièvement. Victor de Vita nous a parlé des églises de l'ager Sexti et de l'area Macrobii : étaient-elles les seules où l'évêque martyr fût honoré ? Le même historien mentionne duas (basilicam)... imam ubi sanguinem fudit, aliam ubi ejus sepultum est corpus... En employant aliam au lieu de alteram, pensait-il à une troisième basilique ou même à plusieurs autres ? Je ne le crois pas ; il s'est seulement exprimé, comme ses contemporains, d'une manière peu correcte. Je dirais plutôt : si Carthage avait possédé une autre église cyprienne, Genséric s'en fût sans doute emparé, et Victor n'eût pas omis de flétrir cette nouvelle intrusion. On a donc des raisons sérieuses de penser que les basiliques de l'ager Sexti et de l'area Macrobii seules étaient dédiées au grand évêque.

Il serait facile d'arguer de la situation extra muros des deux églises et de soutenir que les Carthaginois avaient voulu en avoir une aussi dans la ville ; ce n'est pas de cette façon que raisonnent ceux qui croient à une troisième basilique. J'ai dit que le P. Delattre avait soupçonné l'existence d'un monument chrétien au bord de la mer, non loin de Bordj Djedid ; il se demande si ce ne serait pas la memoria beati Cypriani dont parlent saint Augustin et Procope[134]. La conjecture est intéressante. Pourquoi ajouter que la situation près du rivage ne convient ni à l'ager Sexti, parce que ce lieu est entouré d'arbres épais, ni à l'areæ Macrobii, parce que cet emplacement est à La Malga[135] ? Trois basiliques de saint Cyprien hors de Carthage, le nombre est excessif ! Les raisons qui firent élever les deux premières se comprennent ; cette troisième, à quels besoins aurait-elle répondu ? L'ager Sexti n'était pas situé près de la mer, soit ; mais en dira-t-on autant de l'area Macrobii, que La Malga, nous l'avons vu, ne saurait revendiquer ? La basilique érigée dans l'area renfermait le tombeau du saint ; or saint Augustin dénomme la basilique du rivage memoria beati Cypriani, et, dans le langage ecclésiastique des premiers siècles, memoria est d'un usage courant au sens de tombeau[136]. Il se pourrait donc enfin que, sans y prendre garde, nous connussions depuis quelques années déjà l'area Macrobii[137]. Qui sait si un avenir prochain ne nous révélera pas que l'ager Sexti est aussi découvert ? Le P. Delattre, on ne l'a pas oublié, réclame en faveur de la basilique de Bir Ftouha. Cet emplacement satisfait aux conditions requises. Il est hors des remparts, dans une région salubre, à une distance moyenne de la cité[138].

Tout autour de La Malga, des débris de monuments chrétiens, surtout des inscriptions funéraires, puis des morceaux d'architecture et de sculpture, colonnes, plaques de marbre avec la croix, mosaïques, lampes à sujets symboliques, sont fréquemment exhumés. Ces trouvailles témoignent qu'il y eut jadis en ce quartier un centre chrétien important[139].

Les restes d'une tour de 29 mètres de diamètre, aujourd'hui détruite, subsistaient naguère à 27 mètres au nord du coude que dessine l'aqueduc du Zaghouan avant d'atteindre les citernes de La Malga. Elle était tapissée à l'intérieur d'une mosaïque blanche en opus reticulatum[140].

L'immense aqueduc qui alimentait Carthage franchissait les murailles au nord de La Malga pour venir se déverser dans les citernes. On a reconnu depuis longtemps que son point de départ était dans le massif montagneux du Zaghouan[141] et du Djouggar ; l'hypothèse de Falbe[142], qui ne le conduisait pas plus loin que les collines de L'Ariana (à l'ouest de Carthage), n'est plus soutenue par personne. Pour se faire une idée de ce grand ouvrage, il ne faut pas en chercher les traces aux environs de la ville. Transportons-nous au-delà de Tunis, dans la plaine de La Manouba, ou plus au sud encore, vers la vallée de l'Oued Méliane, à l'ouest d'Oudna (Uthina). Là se dresse la file des gigantesques arcades, victorieuses des siècles, qui ont provoqué l'admiration de tous les voyageurs[143]. Les conquérants arabes, dans leur étonnement, les comptèrent parmi les merveilles du monde. Sur ces énormes supports, le canal atteignait le Djebel Ahmar[144], qu'il traversait en souterrain ; puis, débouchant vers L'Ariana, il coupait dans toute sa longueur l'isthme qui rattache au continent la presqu'île de Carthage ; après avoir dépassé, près du village moderne de Sidi Daoud, la partie des faubourgs la plus pauvre en débris antiques[145], il aboutissait aux bassins de La Malga. Dans cette dernière portion de son parcours, où il a subi plus qu'ailleurs les atteintes des chercheurs de pierres, à peine les soubassements existent-ils encore, déplorables restes d'un monument grâce auquel, dit Beulé, l'abondance et la richesse furent amenées en triomphe sur des arcs hauts quelquefois de 40 mètres[146].

De Carthage au Zaghouan, la distance en ligne directe est d'une douzaine de lieues. Mais la configuration du sol obligea les ingénieurs à faire serpenter leur fleuve aérien en de multiples circuits. Ses dimensions s'accrurent donc beaucoup en raison de ces obstacles matériels ; et nous n'avons pas lieu d'être surpris s'il mesura 132 kilomètres de longueur[147], y compris toutes les ramifications qui lui apportaient le tribut de sources ou de ruisseaux voisins. M. Caillai, qui a publié sur l'aqueduc un travail technique, calcule qu'il amenait près de 32 millions de litres d'eau par jour, 370 litres par seconde, débit plus que suffisant même pour une population très dense, comme l'était celle de Carthage au ne siècle de l'ère chrétienne. Le canal où l'eau coule (specus) a 0m,82 environ de largeur et 1m,82 de hauteur ; il est enduit à l'intérieur d'un ciment d'excellente qualité, l'eau ne s'y élevait pas au-dessus de 1 mètre. Des regards facilitant le curage et les réparations s'ouvrent de 40 en 40 mètres[148]. Les piliers sont en blocage revêtu de belles pierres de taille que joint un lit de ciment ; une couche de ciment pur, sans pierres, garnit le blocage des arcs cintrés. La hauteur de ces piliers varie avec l'élévation du sol, ils atteignent parfois 40 mètres ; leur épaisseur, leur écartement ne sont pas uniformes. Çà et là, surtout à la hauteur d'Oudna, certaines parties trahissent une construction spéciale, qui rappelle de fort près les murs en pisé, si communs en Orient. Il est probable que nous avons affaire en ces endroits à des restaurations hâtives et maladroites accomplies par les Arabes[149]. L'appareil de l'aqueduc n'est pas punique ; l'examen des matériaux et de leur mode d'emploi nous amène an même résultat que les considérations historiques précédemment développées : l'aqueduc est l'ouvre des Romains, et il présente une singulière analogie avec ceux de la campagne romaine[150]. Bâti d'après les meilleurs principes de l'architecture romaine, il devait braver le temps ; ce qui en demeure atteste la science de ceux qui l'édifièrent ; il fallut le génie destructeur et l'acharnement des hommes pour le renverser. Coupé par Gélimer, lorsqu'il tenta de reprendre Carthage[151], Bélisaire le fit remettre en état. Plus tard, Hassan imita le roi vandale, quand il voulut réduire la capitale byzantine. El Kaïronani[152] note à deux reprises, comme un fait important, que le conquérant arabe détruisit les conduits qui amenaient l'eau dans la ville. Quelques écrivains, s'autorisant de ce que Carthage ne fut pas complètement privée d'habitants après 698, ont avancé que l'aqueduc, restauré une fois de plus, fonctionna pour la petite bourgade, comme jadis pour la cité populeuse[153]. La ruine définitive ne daterait que du XVIe siècle et serait imputable aux Espagnols. Pourtant la main des Arabes n'est guère visible dans les réparations qu'entre le Zaghouan et Tunis. D'ailleurs Marmol[154] déclare qu'on ne voyait plus, sous Charles-Quint, autre chose que les ruines de l'aqueduc. Il ne fut donc restauré, après la conquête musulmane, qu'au profit de Tunis ; la petite Carthage ne valait plus la peine qu'on s'en souciât. Heureusement rétabli, de 1859 à 1862, par un ingénieur français, M. Pierre Colin[155], l'aqueduc d'Hadrien sert encore aujourd'hui dans quelques parties pour amener à Tunis l'eau qui lui est nécessaire.

Le mur d'enceinte fait un angle, après La Malga, un peu au-delà de la station actuelle du chemin de fer (Saint-Louis-La Malga) et passe derrière l'amphithéâtre. Dans le voisinage de ce monument, le P. Delattre a dégagé quatre cimetières, deux païens et deux chrétiens, qui touchaient presque aux remparts[156]. Une des neuf portes de la ville s'ouvrait dans ces parages.

Le premier cimetière païen à la distance de deux jets de pierre du village actuel de La Malga[157], le second à cent cinquante pas au sud-ouest du premier[158], sont des deux côtés de la nouvelle route de Tunis[159] ; ces terrains s'appellent Bir ez Zitoun, le puits de l'olivier, et Bir el Djebbana, le puits du cimetière. Un cimetière arabe voisin a pu donner lieu à cette dernière désignation ; il ne serait pas impossible cependant qu'elle eût une origine plus reculée et fit allusion aux tombes romaines ; car, remarque justement le P. Delattre, en construisant le puits on en a détruit une certaine quantité. Les deux nécropoles, ensevelies sous une mince couche d'humus, étaient, au moment de la découverte, dans un heureux état de conservation. J'incline donc à penser, avec le cardinal Lavigerie, que les vents d'Afrique les avaient de bonne heure remplies de sable et que, lors de l'invasion des Arabes, peut-être déjà à l'arrivée des Vandales, elles avaient complètement disparu. Cette circonstance les préserva de la destruction. Voici en quels termes le P. Delattre dépeint celle de Bir el Djebbana : Qu'on se figure une aire rectangulaire ne mesurant pas plus de 1.000 mètres carrés[160] et complètement entourée d'un mur de 0m,55. Cet enclos est tout rempli de sépultures qui ont la forme particulière de cippes carrés avant ordinairement 1m,50 de hauteur et 0m,50 à 1 mètre de largeur. Deux ou trois seulement atteignent 1m,50 de côté[161]. La description convient en somme aux deux areæ. Ces cippes sont çà et là tellement pressés les uns contre les autres qu'il est impossible de passer entre deux ; plusieurs même sont collés ensemble[162] ; d'ordinaire, ils ont plus d'air et d'espace ; l'aspect général, si l'on fait abstraction de la forme et de la hauteur des tombes, produit une impression analogue à celle que l'on éprouve dans nos cimetières modernes. Les monuments ne paraissent pas avoir été disposés dans un ordre régulier, suivant un plan méthodique ; l'orientation n'en est pas uniforme.

Ces nécropoles furent réservées aux officiales ou employés des bureaux du procurateur impérial en résidence à Carthage. Par l'étude de leurs noms, de leurs fonctions et par l'examen du style épigraphique, M. Mommsen a pu établir que le cimetière le plus ancien était utilisé encore au début du IIe siècle de notre ère et que le second décèle plutôt l'époque d'Hadrien et d'Antonin le Pieux, c'est-à-dire le milieu de ce même siècle[163]. Ce dernier, plus à l'écart des murailles, vint en usage, selon les apparences, quand l'autre fut tout occupé. Un fait justifie encore ces conclusions, c'est que les marques des lampes retirées des tombeaux sont, sans exception, différentes dans les deux areæ[164]. L'abandon du cimetière postérieur,  vers la fin du IIe siècle, résulta-t-il de quelque modification dans le service des bureaux ? Il est probable qu'un certain nombre d'officiales embrassèrent dès lors le christianisme et se firent enterrer près des memoriæ martyrum ; mais ils ne constituaient assurément qu'une faible minorité. Si l'officium du procurateur a subsisté après Antonin le Pieux, avec sa hiérarchie de petites gens, presque tous affranchis ou esclaves, et si la plupart d'entre eux sont demeurés fidèles au culte des dieux et organisés en collège funéraire, nous sommes en droit d'attendre la découverte d'un ou même de plusieurs nouveaux cimetières, dans la zone qui entoure la ville proprement dite.

Tels sont les résultats de l'exploration conduite par le P. Delattre en 1S81 et en 1888. Tout récemment elle a été complétée avec beaucoup de succès par le même savant et par M. Gauckler, qui, reprenant les fouilles à Bir ez Zitoun, la plus ancienne nécropole (décembre 1895-août 1896), ont pu en poursuivre le déblaiement complet jusqu'à 7 mètres de profondeur et mettre au jour quatre couches superposées de tombeaux des premiers siècles avant et après notre ère[165].

A 1 ou 2 mètres au-dessous du sol se rencontrent les plus récents, dont quelques-uns sont très exactement datés par des monnaies du règne de Domitien. Ils ne semblent pas avoir été enfermés dans une enceinte dont il ne subsiste, en tout cas, plus de traces. Ils présentent des formes plus variées que dans la nécropole voisine (Bir el Djebbana) ; mais le type le plus usité reste toujours le cippe carré en forme d'autel, accosté parfois d'un caisson demi-cylindrique posé sur la tranche. Les dimensions des cippes sont très variables, mais dépassent rarement 1m,50 dans chaque sens. A mesure qu'on s'enfonce et qu'on atteint des sépultures plus vieilles, les inscriptions deviennent plus laconiques ; elles sont écrites sur des plaques de saouân, pierre africaine vulgaire, et non sur marbre. Enfin on a trouvé des poteries puniques au fond de la fouille[166] et, à côté des épitaphes, plusieurs de ces stèles anépigraphes sur la face desquelles a été sculptée une femme tenant la main droite levée. Ces stèles, que l'on a cru jusqu'à présent des ex-voto, paraissent de plus en plus être des monuments funéraires datant de la période transitoire entre l'époque punique et l'époque romaine[167]. Nous remontons ainsi facilement à la Carthage d'Auguste et de César, et même à celle de C. Gracchus.

Je ne veux donner ici qu'un aperçu sommaire des richesses de ces cimetières. Il en est sorti déjà plus d'un millier d'épitaphes[168]. Ces textes, fixés sur une face de chaque cippe, dans un cadre de maçonnerie, nous sont de précieux documents pour l'étude de l'administration romaine. Il n'est pas jusqu'aux patères, aux lampes et aux vases de toute sorte, modeste mobilier des tombes, qui n'apportent leur enseignement sur la technique industrielle et l'art vulgaire.

A 110 mètres au nord de Bir ez Zitoun[169], le P. Delattre a exploré un autre groupe de tombes, chrétiennes cette fois, comme le démontrent les inscriptions qui les accompagnent, et par conséquent postérieures à celles des officiales. Elles sont formées de plaques de mortier moulé, dressées côte à côte, de manière à composer une sorte d'auge de la longueur du corps, ou d'une double rangée disposée en faite. Beaucoup d'entre elles n'ont pas d'épitaphe[170]. Une série de dalles funéraires en mosaïque, semblables à celles d'Orléansville, de Tébessa, d'Utique, de Lemta et de Tabarka, fut dégagée en même temps. Des terres qu'il fallut remuer pour les mettre à nu on retira quantité de lampes à sujets chrétiens. Ce cimetière est entouré de murs ; l'un d'eux se dirige de l'est à l'ouest, on l'a suivi sur une longueur de 60 pas. C'est donc encore d'une véritable arec qu'il s'agit ici, et, dans sa forme générale (il n'en est pas de même des détails), elle ne diffère pas beaucoup de celles des officiales. Le cardinal Lavigerie[171] remarque, à propos d'une nécropole chrétienne de Cherchel, que l'area est dans le voisinage de cimetières particuliers appartenant à plusieurs collèges païens. Il en va de même pour celles qui nous occupent en ce moment. Il semble que les chrétiens d'Afrique, au lieu de se cacher comme ceux d'Italie, se soient volontiers rapprochés des sépultures païennes, sans cependant y mêler les leurs. Est-ce à ce voisinage que les fidèles enterrés près de Bir ez Zitoun durent d'échapper à la fureur des païens et des Vandales ? Un fait est constant du moins, c'est que le cimetière chrétien, protégé, comme les deux précédents, par une couche de terre assez mince, nous est parvenu intact lui aussi. L'état de conservation des lampes, des sculptures[172] et, par-dessus tout, des mosaïques nous est garant qu'il ne fut jamais ni violé, ni saccagé.

Pour déterminer rage de ce cimetière, on ne possède que des éléments d'appréciation assez contradictoires : la formule fidelis in pace se montre fréquemment, mais in pace n'est pas très rare non plus ; l'écriture et souvent l'orthographe sont défectueuses, mais le style des lampes, des mosaïques, ne trahit pas une très basse époque, et les tombeaux anépigraphes en pierres plates remontent encore au delà : Il y a donc apparence qu'on utilisa l'area pendant une assez longue période qui englobe peut-être le IVe siècle et le commencement du Ve. Le P. Delattre, d'après les caractères de deux tombes demi-cylindriques, drapées de mosaïques brillantes, reculerait cette période jusqu'au vie siècle. Trois circonstances me portent à considérer cette date comme trop récente : les deux tombes en cause sont décorées de riches emblèmes et de symboles qui manquent aux autres ; elles ont une forme en caisson très particulière ; elles n'étaient pas à l'intérieur de l'area, mais dans un terrain limitrophe. Elles appartiennent donc à un groupe différent, et leur existence ne saurait infirmer les conclusions que je propose[173].

Un bassin de 10 mètres de long et de 4m,80 de large se montra à 2 ou 3 mètres du cimetière[174]. On y descendait par plusieurs degrés ; dans le fond, garni d'une grossière mosaïque, une couche calcaire, épaisse de plusieurs millimètres, attestait un séjour prolongé de l'eau ; dix colonnes l'entouraient jadis dont les bases subsistent. Des fragments de tout genre, païens et chrétiens, en furent retirés. Le P. Delattre crut avoir dégagé la cuve baptismale d'une basilique. Peut-être était-ce la memoria de saint Cyprien ? On redoubla d'ardeur, et les travaux se poursuivirent rapidement. Des salles aux vives mosaïques apparurent bientôt ; la croix, souvent aperçue, indiquait une terre chrétienne ; des tombeaux des bas temps donnaient à penser qu'on approchait de la sépulture d'un martyr, autour de laquelle les fidèles seraient venus reposer par piété ; lorsque la découverte d'un hypocauste, en dissipant, les doutes, recula les espérances. On n'avait plus à faire à une basilique, mais à des thermes très luxueux, ainsi qu'il ressort des fines mosaïques et des peintures murales des deux salles qu'on nettoya ensuite. Sans prétendre identifier cet édifice, je me contente actuellement d'enregistrer la découverte, en constatant qu'elle fournit un commencement de preuve à l'appui du système que j'ai défendu à propos des basiliques cypriennes. Ces thermes, à l'ouest de La Malga, ne laissent guère de place de ce côté pour l'église de l'arca Macrobii.

S'il était encore besoin de démontrer que Bir el Djebbana et ses alentours ne faisaient pas partie de la ville propre, il suffirait de citer les ruines qui s'étendent un peu au sud de ce terrain. C'est la villa d'un personnage nommé Scorpianus, maison somptueuse, avec atrium entouré d'une colonnade, thermes et piscine pour les bains, toute tapissée de mosaïques qu'on admire maintenant au musée de Saint-Louis[175]. L'une d'elles, dont le cadre est rempli d'oiseaux et de fruits divers, représente plusieurs types champêtres, un moissonneur, un bouvier, un jardinier, un buveur, etc. ; au centre, un homme debout tient les rênes d'un quadrige. Une inscription, en cubes noirs sur fond rouge, nous apprend que ce conducteur de char n'est autre que le maitre du lieu : Scorpianus in adamatu, qu'on interprète : Scorpianus dans son domaine préféré[176]. Il s'était plu à embellir ce séjour. Une seconde mosaïque à figures recouvrait le sol d'une autre pièce ; Bacchus en occupe le milieu, et les quatre Saisons l'entourent. Peut-être faut-il attribuer encore à la villa un troisième morceau sur lequel l'artiste a reproduit des animaux marins. Des pavements plus simples, à dessins géométriques noirs sur fond blanc, égayaient les autres salles. De beaux verres irisés qui ornent les vitrines de Saint-Louis ont dû appartenir aussi à l'heureux Scorpianus, car ils ont été retrouvés entre sa villa et les cimetières des officiales[177]. Le P. Delattre n'a déblayé qu'une moitié de la maison, sur une longueur de 50 mètres environ. Ce qu'on en connaît atteste assez les goûts artistiques et la fortune du propriétaire. Enfin, à l'extrémité de Bir el Djebbana, écrit le P. Delattre[178], se voit un monticule appelé Koudiat Tsalli. Le mot arabe Tsalli éveille dans l'esprit l'idée de prière, et je ne serais pas étonné que ce fût l'emplacement d'une ancienne basilique. Le mot Tsalli rappelle aussi celui de Scili, pays d'origine des martyrs de Carthage connus sous le nom de martyrs scilitains. On leur dédia, hors de la ville, une basilique qui prit leur nom, ainsi que la voie sur laquelle elle était construite[179]. Il est vrai que les noms anciens à peine déformés ont souvent persisté à Carthage ; et je ne m'élèverais pas contre l'hypothèse du P. Delattre si le texte de Victor de Vita l'autorisait réellement. Mais cet historien se borne à citer la basilica Celerinæ vel Scilitanorum, et j'ai en vain cherché, dans l'unique passage où il en parle, une indication topographique même assez vague.

En nous dirigeant de là vers le lac de Tunis, le long de la ligne d'enceinte, nous rencontrons successivement les terrains nommés Damous Darouts et Bir el Djerab. Le premier renfermait jadis des ruines qui émergeaient du sol à la hauteur de 1m,50. Une rangée de piliers longue de 175 pas et des murs appartenant peut-être à divers monuments furent remis au jour ; les chercheurs de pierre ont tout fait disparaître. A Bir el Djerab, on a déterré des lampes chrétiennes en grande quantité[180].

Plus loin s'étend un monticule peu élevé, le Koudiat el Heurma, dont l'extrémité la plus rapprochée du cirque supporte un amas de ruines connu sous le nom d'El Gsour. Le P. Delattre a vu les Arabes en extraire par milliers des pierres de grand appareil[181] ; Fable a supposé que ces ruines pouvaient être romaines[182] ; Tissot[183] pense, d'après Daux, qu'il y avait là un bastion de l'enceinte punique.

Au sud de la ville, les environs de Douar ech Chott ont rendu un certain nombre d'épitaphes païennes[184] et chrétiennes[185], d'où l'on pouvait conclure sans témérité à l'existence de cimetières assez proches. Dans la suite, on a en effet rencontré huit tombeaux en forme d'auges au lieu dit Bir Sema, à 300 mètres environ de la gare du village, vers l'abattoir[186]. Ils sont certainement romains et sans doute païens, à en juger d'après les objets qu'ils contenaient. Un puits, dans la direction de La Goulette, porte le nom de Bir el Knissia (puits de l'église). Au dire des Arabes, les derniers débris d'un monument en pierres de taille qui s'élevait en ce lieu ont servi à la construction de Dar el Bey. S'il n'est pas certain qu'il y eût là une des nombreuses basiliques extérieures[187], du moins la présence des tombeaux à Bir Sema atteste, comme l'a bien vu le P. Delattre, que l'enceinte passait à une faible distance au sud de Douar ech Chott[188].

Une autre sépulture romaine païenne rencontrée à fleur de sol, au Kram, près de l'entrée de l'ancien hôpital militaire, doit marquer aussi dans cette direction les limites de la ville propre[189].

M. Gauckler veut bien m'annoncer[190] qu'on a découvert à Khérédine, le 14 juillet 1895, trois belles statues colossales de 2m,40 ; l'une d'elles est une Isis avec un diadème orné du croissant carthaginois, c'est la seule de son espèce jusqu'ici. Elle était accompagnée de deux femmes ou prêtresses drapées.

Quelques localités sont encore à chercher hors de l'enceinte, mais les indications trop sommaires des auteurs ne permettent pas de les discerner plutôt au nord qu'à l'ouest ou au sud de la ville proprement dite.

Nous lisons dans Procope, après le récit de la prise de Carthage par Bélisaire, que des soldats de l'armée byzantine, ayant dépassé les remparts, furent mis à mort par les Vandales, tandis qu'ils pillaient les villages d'alentour[191]. Lorsque la révolte éclata contre Solomon, les conjurés se répandirent aussi à travers les faubourgs, les dévastèrent et égorgèrent tous les habitants qu'ils pouvaient saisir[192]. Rien ne nous empêche de croire que l'endroit connu sous le nom d'Aclas, oui séjournait Bélisaire quand Gélimer vint se soumettre à lui, soit l'un de ces κώμαι ou de ces χωρία que cite l'historien, quoiqu'il le désigne spécialement comme προάστειον[193]. Tissot note les vestiges de deux petits centres suburbains[194], l'un, à 800 mètres vers l'ouest du Kram sa longueur est de 400 mètres, et il est traversé par la route qui conduit de Carthage à Tunis en longeant le lac ; l'autre, à 500 mètres environ de l'amphithéâtre, sur la route qui conduit à El Aouina, s'étend du nord-est au sud-ouest sur une longueur de près de 900 mètres.

On signale encore les traces de deux autres faubourgs, le premier, sur les bords de la sebkha de La Soukra, le second, un peu plus au sud. Celui-là aurait succédé au fortin construit par Manilius, lors du siège de 146, pour protéger les bâtiments qui approvisionnaient l'armée romaine par le nord[195]. On vient d'y découvrir, près du rivage, un petit édifice avec des fragments de colonnes et des chapiteaux, puis une importante installation hydraulique romaine... qui drainait les eaux douces de toute la plaine sablonneuse de La Soukra et les dirigeait sur Carthage par deux larges canaux percés de nombreux puits et regards, qui devaient servir surtout à l'irrigation des jardins. Sur la foi d'une inscription récemment trouvée en ce lieu, M. Gauckler dénomme La Soukra[196] Palmæ Aquenses.

Je ne sais pas où reconnaître la colline située πρό τής πόλεως, sur laquelle Bélisaire fit pendre le Carthaginois Lauros, convaincu de trahison[197], ni le couvent éloigné de 1 mille des faubourgs, que Dureau de la Malle[198] mentionne d'après un auteur grec anonyme.

La Goulette (Galabras ?)[199] enfin était-elle habitée dans les temps anciens ? Il est assez naturel de le supposer. La tænia (ταινία, γλώσσα)[200] défendait l'entrée du lac de Tunis ; il importait, à certains moments, d'en interdire l'accès aux vaisseaux ennemis ; de même, il fallait pouvoir empêcher des troupes, venant de Maxula (Rhadès)[201], de franchir à l'improviste l'étroit canal (Catudas ?)[202] qui réunit le lac à la mer. Un ouvrage a vanté eût rempli cet office. De cette construction probable il ne subsiste que deux témoignages : Cervantès dit que les Turcs, en 1574, ne purent faire sauter les murailles antiques de La Goulette[203], et Falbe indique sur son plan (n° 40) des citernes, antiques elles aussi. Il ajoute[204] qu'elles ont toujours continué à servir[205].

 

 

 



[1] Chron. min., I, p. 658, n° 98.

[2] Voir Gatti ; Aug. Audollent, Revue de l'histoire des religions, XXVIII, 1893, p. 148-150.

[3] D., Tun., p. 367.

[4] P. 86 ; cf. Falbe, p. 53 sq. Je signale pour mémoire l'étrange croquis où S. Marie (p. 151) marque les contours de la ville romaine.

[5] Les chrétiens, dit Beulé (Lettres, p. 43), avaient, comme à Rome, leurs cimetières auprès des basiliques, surtout des basiliques situées hors des murs. Le P. Delattre (Revue de l'Afrique française, IV, 1886, p. 243) ajoute, à propos de certaines inscriptions chrétiennes : Elles doivent provenir des divers cimetières dont nous avons constaté l'existence en dehors des remparts depuis le bord de la mer jusqu'au village de La Malga, puis à l'ouest au-delà, de ce village prés de l'amphithéâtre, et enfin au sud dans la région actuelle du Kram. Et, de son côté, le cardinal Lavigerie écrivait (p. 443) : Les cimetières chrétiens de Carthage se trouvaient sur les terrains qui bordaient les anciennes fortifications puniques et romaines, au nord, depuis l'est du village de Malga jusque sur les hauteurs mêmes qui surplombent la mer. Sur le développement extra muros des cimetières païens et chrétiens, cf. Tissot, G., II, p. 803-806 ; D., Epigr., p. 156 sq. ; Tun., p. 363-365 ; Miss. cath., 1883, p. 357 ; Cosmos, 8 juin 1895, p. 295.

[6] G., I. p. 662.

[7] P. 306.

[8] Maison du garde des sceaux, au pied de Sidi Bou Saïd.

[9] Fouilles, p. 80 sq. Le P. Delattre (Mélanges, XII, 1892, p. 258 sq. ; Cosmos, 27 janv. 1894, p. 276 sq.) indique derrière l'amphithéâtre une portion de muraille aujourd'hui détruite ; il y avait là, dit-il, une sorte d'arc de triomphe, ou du moins une porte monumentale. La description qu'il fait de cet ensemble conviendrait surtout à Carthage punique ; si les murs dont parle Beulé étaient réellement de la seconde période, il s'ensuivrait que le tracé, en cet endroit, était le même aux deux époques. Cf. Babelon, Carth., p. 144 ; Atlas C., 64 ; Meltzer, II, p. 184 sq., 534.

[10] I, p. 104.

[11] C I. S., I, p. 243 ; cf. carte de 1878, à 1/40.000.

[12] Revue de l'Afrique française, VI, 1888, p. 304.

[13] Voir encore la carte de 1882, à 1/20.000 ; C. R. Inscr., 1899, p. 21, et n° 15 de la carte ; D., Miss. cath., 1883, p. 344 ; Tun., p.363, 369 sq. ; Babelon, Carth., plan ; Atlas C. ; Petit guide, plan ; ce dernier tracé laisse à tort La Malga hors de l'enceinte.

[14] Procope, Bell. Vand., I, 21 ; De ædif., VI, 5.

[15] Bell. Vand., I, 20.

[16] Bell. Vand., I, 21, 23 ; De ædif., loc. cit.

[17] Dureau, p. 32 sq.

[18] Tissot, G., I, p. 662.

[19] Falbe, p. 53 sq.

[20] Banduri, Numismata imperatorum romanorum (1718), II, p. 56, n. 4 ; cf. 66, n. 1 : Imperantibus Diocletiano et Maximiano, cum varia ab his beneficia accepisse videtur (Carthago), tum novis cultisque mœnibus, et sumptuosissimis thermis... decorata est.

[21] Johan., I, v. 426 sq.

[22] On a parfois attribué à Carthage, en se fondant sur une phrase de Victor de Vita (I, 10), une porta Fornitana, d'où devait sortir la route conduisant à Furni. J. Schmidt (C. I. L., VIII, p. 1239 et 1435) suppose, d'après le contexte, que cette porte appartenait non à Carthage, mais à la civitas Urusitana (Henchir Soudga), en Byzacène ; elle aurait tiré son nom de Furni (Henchir Boudja, cf. ibid., p. 1241) distant seulement de 12 kilomètres. Ce système offre une grande apparence de vérité, car, d'un côté, Victor ne dit nullement que la porte en question fût à Carthage ; et, d'autre part, après avoir longtemps parlé de la capitale, il cite au même endroit plusieurs autres villes africaines.

[23] Bell. Vand., I, 18.

[24] P. 38 sq. ; Meltzer (II, p. 190) la croit punique.

[25] I, p. 104.

[26] P. 414, avec la gravure ; voir le plan en tête de l'ouvrage. Il y découvrit une mosaïque (Franks, p. 224, n° 2).

[27] Maltzan, I, p. 314.

[28] P. 445 sq. ; D., Miss. cath., 1883, p. 344 ; Tun., p. 373 sq. ; Atlas C., 80 ; Meltzer, Pun., p. 293.

[29] Fonds latin, n° 8319, f° 89.

[30] Dureau, p.39, n. 4.

[31] Davis (p. 469) suppose qu'il y avait, aux temps puniques, des villas dans cette région, et il se fonde sur deux mosaïques par lui déterrées : mais il n'a pas démontré que ces deux pavages appartinssent à des demeures particulières, ni qu'elles fussent préromaines. Cf. Franks, p. 226, n° 6-7.

[32] Lettres, p. 33. L'existence de ces carrières donnerait à penser, comme on l'a soutenu, que la région ne fit jamais partie de la ville cf. Miss. Cath., 1893, p. 20.

[33] Miss. cath., 1883, p. 120.

[34] Falbe, p. 43 sq. ; Dureau, p. 91-95 ; Davis. p. 487 : B., Lettres, p. 32 ; Fouilles, p. 419 sqq., pl. VI ; Tissot, G., p. 612 sq. Barth (I, p. 107) raconte seulement qu'il a vu en ce lieu les restes d'une nécropole, sans l'attribuer de préférence à aucune période. Vernaz (p. 138) dit que les tombes puniques par lui étudiées près des citernes du bord de la mer rappellent celles que Beulé fouilla au Djebel Khaoui.

[35] Lettres, p. 35 sq.

[36] S. Marie, p. 32-33.

[37] S. Marie, p. 41 sq.

[38] S. Marie, p. 41 sq. Davis n'a aucune hésitation et admet comme irréfutable l'existence de catacombes au Djebel Khaoui (p. 465, 411-414, 481, 484 sq.). Les chrétiens n'auraient fait qu'employer des catacombes préexistantes, dues aux premiers Carthaginois (p. 487).

[39] Ad Scapulam, 3.

[40] De Rossi, Roma sotterranea, I, p. 86-81 ; Lavigerie, p. 440-443 ; Miss. cath., 1883. p. 344.

[41] Les catacombes n'étaient pas totalement ignorées en Afrique ; on en connaît un exemple à Salakta (Sullecthum) ; voir Gsell, 1898, p. 95, avec les références.

[42] S. Marie, p. 33. Il indique aussi un symbole assez voisin du chandelier à sept branches dont il va être question plus bas. Cf. C. I. L., VIII, 14099, 14101 sq., 14104, 14106, 14108 ; D., Arch., p. 21.

[43] I, p. 307.

[44] Loc. cit.

[45] P. 486-489.

[46] D., Tun., p. 359 sq. ; Miss. cath., 1881. p. 119 sq., 344 ; 1890, p. 92 ; 1894. p. 589-591, 602 sq., 613-616. 625 sq. ; 1895. p. 9-11, 20-22 ; Cosmos, 7 avril 1888. p. 14-18 ; 4 janvier 1890, p. 131-133 ; Bull. arch, 1893, p. 118 sq. ; de Voguë, Rev. arch., XIII, 1889. p. 118-186 ; C. I. L., VIII, p. 1313 ; Gsell, 1893, p. 33 Babelon, Carth., p. 175-179 ; Atlas C., 116.

[47] C. R. Inscr., 1888, p. 464 sq. ; 1889, p. 15 sq. Rev. arch., loc. cit. On croit avoir retrouvé les traces d'un autre cimetière juif sur le Koudiat Zater, monticule voisin du palais archiépiscopal à La Marsa ; Cosmos, 24 mars 1888, p. 463 ; Babelon, Carth., p. 173 ; Atlas C., 113.

[48] Davis (p. 489) lui attribue 4 milles de tour.

[49] Cosmos, 4 janvier 1890, p. 131 ; Miss. cath., 1895, p. 20 sq.

[50] Miss. cath., 1883, p. 119. sq. ; 1893, p. 22 ; Cosmos, 7 avril 1888, p. 11 sq. : cf. Tissot, G., I, p. 613. Ce qui me frappe surtout, c'est qu'on y a rencontré la formule fidelis in pace, qui est une marque certaine de christianisme.

[51] Rev. arch., loc. cit., p. 184. Une chrétienne (fidelis in pace) enterrée à Gamart s'appelle Venus (D., Arch., p. 21). Il s'agit probablement d'une convertie qui avait gardé son nom antérieur : et l'on verra dans ce simple fait un argument à l'appui des idées de M. de Voguë. Cf. Cagnat-Saladin, p. 120.

[52] Salluste, Jugurtha, 21 : Ædificia Numidarum agrestium quæ mapalia illi vocant, oblonga, incurvis lateribus tecta, quasi navium carinæ sunt. Pline, H. N., V. 3 : Numidæ mapalia sua, hoc est domos, plaustris circumferentes ; Festus, De verb. signif., s. v. mapalia : Mapalia casæ Pœnicæ appellantur... Cato Originum libro quarto : Mapalia vocantur ubi habitant : ea quasi cohortes rotundas sunt ; Servius, Ad Æn., IV, v. 239 : Magalia Afrorum casas : et mapalia idem significant... Ibid., I, v. 421 : ...debuit inagaria dicere, quia magar, non magot Pœnorum lingua villam significat. Cato originum quarto magalia ædificia quasi cohortes rotundas dicit. Alii magalia casas Pœnorum pastorales dicunt... de his Sallustius quæ mapalia sunt circumiecta  civitati suburbam ædificia magalia ; Charisius, Instit. gramm., I, 11 (Keil, Gramm. lat., I, p. 31, l. 2) : Magalia καλύδαι Άφρών, Mapalia καλύδαι άγρών ; un grammairien anonyme (Keil, op. cit., IV, p. 583, l. 63) : Magale καλύβη. Pomponius Mela dit, en parlant des Africains de l'intérieur (Chorogr., I, 8 ; 41) : nullæ quidem urbes stant, tamen domicilia sunt quæ mapalia appellantur ; Claudien écrit (De cons. Stilich., III, v. 143 sq.) :

... Respirant pascua tandem ;

Agricolæ reserant jam tata mapalia Mauri.

Isidore, Etym., XV, 12, 4 : Magalia ædificia Numidarum agrestium oblonga, incurvis lateribus tecta, quasi navium carinæ sint, sive rotunda in modum furnorum. Et Magalia dicta, quasi magaria, quia Magar Punici novam villam dicunt, una littera commutata l pro r, magaria tuguria. Ce dernier texte n'autorise pas à conclure, comme Dureau de la Malle (p. 41, n° 2), Marcus (p. 322, cf. p. 611), le P. Delattre (Cosmos, 24 mars 1888, p. 463 ; Tun., p. 368) et M. Babelon (Carth., p. 172) paraissent disposés à le faire, que Νεάπολις des auteurs grecs est la traduction de Megara (cf. Meltzer, I, p. 71 sq. ; II, p. 191). Il est vrai qu'un seul quartier de Carthage punique porta ces deux noms ; mais le mot grec constatait simplement ce fait que la ville s'était étendue au point d'englober toute la région précédemment appelée Megara et formait là une sorte de nouvelle cité. Les anciens sont donc unanimes dans leur traduction du mot Megara (ou de ses succédanés magalia, mapalia ; cf. Hamaker, Diatribe, p. 33), sauf quelques divergences de détail ; ce qui n'empêche pas Davis d'écrire (p. 391) : The Mapales were a migratory people. Cf. les Mappalia Siga dans l'inscription d'Henchir Mettich (Toutain, L'inscription d'Henchir Mellich, p. 19 sq.).

Quatremère propose cependant une explication différente (Journal des savants, 1837, p. 134). D'après lui, ce mot vient de l'hébreu mearah (caverne). En effet, le sol sur lequel reposait Carthage était percé de profondes excavations, que l'industrie des habitants transforma, par la suite, en magnifiques citernes, destinées à conserver les eaux nécessaires pour les besoins de cette ville immense. Une partie de ces citernes existe encore de nos jours. On peut croire que, parmi les Tyriens débarqués sur une côte étrangère, quelques-uns, peut-être en grand nombre, allèrent chercher, dans ces cavités du sol, un asile frais et salutaire, en attendant qu'ils pussent se procurer des demeures plus commodes et plus dispendieuses. Quatremère ignorait la topographie de Carthage ; on s'en aperçoit assez aux lignes que je viens de transcrire. Les citernes sont entièrement construites de main d'homme ; il n'en existe pas de connues dans la plaine de Megara. Cette double constatation suffit pour ruiner tout le système.

J'ignore sur quoi se fondent le P. Delattre (Tun., p. 368) et M. Babelon (Carth., p. 60 ; cf. Atlas C.) pour distinguer deux faubourgs, Magalia et Megara.

[53] On pourrait peut-être y voir aussi, avec M. Babelon (Carth., p. 147), un souvenir des anciennes magalia ou mapalia des Libyens, qui venaient faire le commerce avec les premiers colons phéniciens.

[54] Puniques, 117. Falbe (p. 51) signale encore les haies qui bordent les maisons, les jardins et les plantations de toute la plaine d'El-Mersa.

[55] Cf. Dureau, p. 48.

[56] B., Fouilles, p. 83.

[57] P. 54-56 ; cf. D., Tun., p. 369 ; Babelon, Carth., plan ; Atlas C. ; Meltzer, II, p. 541.

[58] Exactement 709m,68 ; Tissot (G., I, p. 460) dit à tort 714 mètres. Cf. Wex, Métrologie (trad. Monet), p. 21 sq. ; Bouché-Leclercq, p. 512 ; Barth, I, p. 81.

[59] Falbe, p. 42, au n° 91 de sa carte, c'est-à-dire à l'ouest de Sidi Salah, marabout voisin du consulat de France, dans celle de Tissot.

[60] Falbe, p. 42, au n° 1 de sa carte, c'est-a-dire dans le deuxième carré à l'est-nord-est de Sidi Daoud, au bord du chemin, dans celle de Tissot.

[61] P. 305.

[62] Delattre, Bull. épigr., III, 1883, p. 291 sq. ; Cosmos, 24 mars 1888, p. 464.

[63] Bull. épigr., VI, 1886, p. 268 sq. ; Cosmos, ibid. ; Rev. Arch., XXVII, 1895, p. 403, n° 187.

[64] Cosmos, ibid., p. 466. Sur les découvertes de La Marsa, cf. Babelon, Carth., 172-115 ; Cat. Alaoui, p. 80, n° 916 ; p. 251, n° 381.

[65] D., Tun., p.374. Voir ci-dessous, liv. VI, chap. 2, § 1.

[66] Miss. Cath., 1883, p. 320-324 ; Cosmos, 24 mars 1888, p. 461 ; 19 mars 1892, p. 461 ; 15 et 29 juin 1895, p. 331 sq., 404 sq. ; Tun., p. 374 ; cf. Gell, 1896, p. 42.

[67] Gauckler, C. R., 1897, p. 8 ; Cat. Alaoui, p. 216, n° 64.

[68] Bull. crist., p. 121 ; C. I. L., VIII, 13231.

[69] Ce qui n'empêche pas S. Marie d'écrire (p. 147, 180) à propos de Sidi Bou Saïd : Tout autour les ruines romaines abondent.

[70] Delattre, Mélanges, XIII, 1893, p. 46 ; Lampes, p. 6-7 ; Gsell, 1899, p. 8.

[71] Falbe, p. 42 ; cf. p. 38.

[72] Atlas, III, La Marsa ; Meltzer, II, p. 163 sq. ; le Petit guide (légende du plan) donne 143 mètres. Estrup (p. 16) et, d'après lui, Ritter (III, 201) font mention de restes de murailles au pied des falaises du cap Carthage et le long de la mer au sud ; ils les attribueraient volontiers au temps de Dioclétien. Cette opinion ne repose que sur un contre-sens dans la traduction du terme mœnia. Dans les mêmes parages, un temple rond (?) de 60 pieds de diamètre, leur parait romain, et ils se demandent s'il ne fut pas dédié à Cælestis.

[73] Bull. épigr., IV, 1884, p. 29-31 ; VI, 1886, p. 265-268 ; Miss. cath., 1883, p. 337 ; Babelon, Carth., p. 172.

[74] Bull. épigr., IV, 1884, p. 31 ; D. Amst., p. 188, n° 2006 ; Babelon, Carth., p. 170 ; voir ci-dessous, liv. VI, chap. 3.

[75] Cat. Alaoui, p. 57, n° 79. pl. XV. M. Gauckler (C. R., 1898, p. 10) y signale encore un grand sarcophage chrétien à bas-reliefs.

[76] Conf., V, 8, 15.

[77] Bell. Vand., I, 21.

[78] Miss. cath.. 1883, p. 310. David (p. 412-414) a trouvé dans ces parages une mosaïque avec inscription peut-être vandale ; C. I. L., VIII, 1012add.

[79] Cosmos, 28 décembre 1889, p. 106 ; Petit guide, carte.

[80] C. R. Inscr., 1898, p. 96-100, 208, 210-216, 474 sq., 552-558, 617-630, 647 sq. ; 1899, p. 70 sq., 93-106 ; Gauckler, C. R., 1897, p. 7 ; Cat. Alaoui, p. 222, n° 55-60 ; Gsell, 1899, p. 9 sq.

[81] Voir Von Duhn, p. 87.

[82] C. R. Inscr., 1898, p. 99, 100, 153, 235-253 ; Gsell, 1899, p. 11 sq.

[83] J'extrais ces renseignements d'une note que le P. Delattre a écrite pour les Mém. Ant., LVIII (Sur l'emplacement du temple de Cérès à Carthage), et de l'appendice qu'y a joint M. Héron de Villefosse ; je dois communication des épreuves de ce double travail à la bienveillance de ce dernier. Cf. D., C. R. Inscr., 1898, p. 557, 629 ; 1899, p. 104 sq. ; Bull. Ant., 1898, p. 227 ; Monuments, p. 36 ; Dedreux (Esquisse) plaçait déjà ce temple presque au même endroit.

[84] D., Epigr. ; D., Basil. ; D., Arch., p. 15-20 ; D., Tun., p. 375 ; Miss. cath., 1883. p. 343, 356, 370, 371, 393, 403 ; 1886, p. 78, 85, 89, 101, 113, 129, 136, 148 ; Bull. épigr., VI, 1886, p. 180, 193 : Const., XXIV, p. 31-68 ; XXV, p. 279-395 ; XXVII, 1-53 ; Cosmos, 14 janvier 1888, p. 184-188 ; 28 décembre 1889, p. 104, 107, 131 ; 3 février 1894, p. 366 : 29 juin 1895, p. 405, sq. ; Bull. arch., 1886, p. 224-231 ; Lavigerie, p. 437, 451 ; de Rossi, Bull. crist., 1884-1885, p. 44-52, pl. I et II ; Pillet ; Gsell, 1891, p. 50-52 ; Gauckler, Arch., p. 48 sq. ; Babelon, Carth., p. 167-110 ; Atlas C., 105 ; Vellard, p. 82-86 : Cat. Alaoui, p. 37, n° 22 ; p. 42, n° 51-58 ; p. 58, n° 81 : p. 108, n° 576-518 : p. 194-207, n° 493-658 ; p. 246, n° 343 ; p. 259, n° 1 ; Stuhlfauth, 293-299 : Nuovo Bull. crist., IV, 1898, p. 219-226.

[85] Schwarze (p. 38) et Stuhlfauth (p. 293) y devinent une réminiscence du latin domus caritatis.

[86] 7 et 5 vers l'abside primitive ; 4 et 4 vers la seconde.

[87] Le P. Delattre (Const., XXVII, p. 6) et M. Gsell (1898, p. 222, n° 193) citent l'inscription mutilée d'un proconsul qui aurait peut-être restauré la basilique. Je remarque que l'inscription est opistographe ; l'épitaphe chrétienne a donc pu être gravée sur un fragment païen, et le proconsul n'a sans doute rien à voir avec l'église de Damons el Karita.

[88] M. Gsell veut bien me dire que, d'après ses observations, les piliers qui entourent le ciborium sont plus épais que les autres ; de plus la largeur de l'entrecolonnement diminue à mesure qu'on se rapproche de ce centre ; cette disposition indiquerait que l'architecte avait cherché à contre-butter une coupole appuyée sur les piliers du milieu ; les plans publiés jusqu'ici n'avaient pas signalé cette particularité.

[89] C'est le type de la chapelle de Ksar Mellal (C. R. Inscr., 1897, p. 5-7) et de plusieurs autres, dont M. Gsell (1892, p. 118, n° 140) donne la liste.

[90] D., Basil., p. 1.

[91] C. I. L., 13395.

[92] D., Basil., p. 10 ; cf. C. I. L., VIII. p. 1341 sqq. Quelques textes (ibid., 13393-13396), malheureusement fort mutilés, devaient se rapporter à l'aménagement de l'édifice. D'autres textes chrétiens proviennent du Saniat et Khodja, terrain situé au nord-ouest de Damons el Karita (Babelon, Carth., p. 150 sq.).

[93] De Rossi, Bull. crist., loc. cit., p. 51 ; Cagnat-Saladin, p. 119 ; Gsell. 1891, p. 51 ; Diehl, Afr., p. 391 ; Stuhlfauth, p. 298 sq. ; C. R. Inscr., 1899, p. 216. J'examinerai les deux hypothèses quand je m'occuperai de l'art chrétien (voir ci-dessous, liv. VI, ch. 2, § 2).

[94] De Rossi, loc. cit. ; Miss. cath., 1883, p. 351 ; J. Schmidt (C. I. L., VIII, p. 1311 : les n° 12521 et 15532 ne prouvent rien) répartit les inscriptions entre les IVe et VIe siècles. Une brique datée de 155 après Jésus-Christ (Miss. cath., 1886, p. 152) et un texte punique avec le mot sanctuaire (ibid., p. 80, 119 : C. I. S., p. 266 sq., n° 142) sortent des fouilles de Damons et Karita : la présence de ces deux objets en pareil lieu me parait toute fortuite, à moins qu'ils ne proviennent de constructions antérieures.

[95] P. 449 sq. C'est encore l'avis du P. Delattre (Cosmos, 28 décembre 1889, p. 106), de MM. Cagnat et Saladin (p. 119) et de M. Gsell (1893, p. 218, n° 184).

[96] Victor de Vita, I, 3.

[97] Loc. cit., n. 2. La jeune femme qui y est représentée est debout, dans l'attitude du triomphe. Sa main gauche tient une palme rouge. Ses lèvres semblent s'ouvrir pour un hymne d'actions de grâces. Sous ses pieds est un dragon qu'elle écrase. Sur un autel placé près d'elle est un miroir à moitié soulevé vers lequel elle se tourne à demi. Un seul détail, mais capital, est omis dans cette description, à savoir que le personnage est presque nu. Voir Miss. cath., 1881, p. 163 ; Toulotte, p. 74 sq.

[98] Miss. cath., 1883, p. 393, n. 1.P. 164. Pour moi, je me permettrai d'être plus affirmatif encore que le savant cardinal, et de dire : c'est bien là l'image de sainte Perpétue.

[99] Basil.

[100] Bull. crist., 1881-1885, p. 44, n. 3.

[101] Les lettres chrétiennes, juillet 1881, p. 291 sq.

[102] Bulletin critique, 15 juillet 1881, p. 90 sq., et 1er décembre 1881, p. 279 : Héron de Villefosse, Bull. épigr., I, 1881, p. 272 ; Beurlier, Compte rendu du Congrès scientifique des Catholiques, 1891, 2e section, p. 295 sq. ; Gauckler, Cherchel, p. 64, n. 5. M. Gsell (loc. cit.) croit soutenable l'opinion de M. G. Ficker (Theologische Literaturzeitung, 1891. p. 164) qui reconnaît dans cette mosaïque un hermaphrodite.

[103] Bull. épigr., VI, 1886, p. 190-194 ; C. R. Hipp., 1890, p. X-XVI.

[104] Miss. cath., 1886, p. 101, Davis ; (p. 414-420) en signale dans cette région.

[105] 1892. p. 61. n. 1.

[106] I, 15. On a trouvé à Damons el Karita un texte qui s'accorde assez avec l'hypothèse de M. Gsell ; il est ainsi conçu (C. I. L., VIII, 13905) : in [h]is pred[iis ?] restitu... Tillemont (Mém., VI, p. 129) interprétait le mot restituta comme indiquant la restitution de l'église confisquée par les ariens ; mais plusieurs basiliques de Carthage furent dans le même cas, et la langue épigraphique ne s'accommode pas bien du sens proposé. La formule in bis prædiis, qui n'est pas inconnue en Afrique (C. I. L., VIII, 9125 ; Bull. arch., 1894, p. 358, n° 68 ; p. 339, n° 10 ; 1898, p. 156, n° 3 ; Rev. arch., XXVI, 1895, p. 218, n° 30 ; Monuments Piot, III, p. 216, 218, 221), indiquerait peut-être que le cimetière et la basilique de Damons el Karita sont le développement d'une sépulture de famille, comme à Rome la catacombe de Domitilla est le développement du sepulchrum Flaviorum in prædio Flaviæ Domitillæ, et comme celle de Priscilla s'étendit dans le prædium des Acilii Glabriones.

[107] Ceci résulte du rapprochement des textes que voici : le concile de 390 se tint in basilica Perpetuæ restituta (Mansi, III, col. 691, 861) ; et Victor de Vita dit de cette église : basilicam majorem, ubi corpora sanctarum martyrum Perpetuæ atque Felicitatis sepulta sunt (1, 9) ; ecclesiam nomine Restitutam in qua semper episcopi commanebant (I. 15). Cf. Schwarze, p. 35, 107.

[108] Victor de Vita, loc. cit.

[109] Serm., XXXIV, CLXV, CCLVIII, CCXCIV ; De gestis Pelagii, XI, 25.

[110] Mansi, III, col. 691, 732, 752, 770, 810, 861, 880, 915, 967 sq., 979, 1023 ; IV, col. 435 sq., 482, 490, 503.

[111] Gauckler, C. R., 1897, p. 1 : Bull. arch., 1891, p. 439-445, 447.

[112] Acta proconsularia, 2 (C. S. E. L., III, 3).

[113] Acta proconsularia, 5 (C. S. E. L., III, 3).

[114] Sermo, CCCX, 2.

[115] Saint Augustin y prêcha à diverses reprises (Enarrationes in psalmos, XXXII, enarr. II, serm. I, 5 ; II, 9 (cf. P. L., IV, col. 219. note a ; XXXVIII col. 412, note a).

[116] Grégoire de Tours, De gloria martyrum, I, 94.

[117] Acta sancti Maximiliani, 3 (Ruinart, p. 301 sq.).

[118] I, 5.

[119] Vita Cypr., 18 (C. S. E. L., III, 3).

[120] Ils auraient dit Ad sextum.

[121] P. 217, n. 7.

[122] Dureau, p. 184. Ce récit net et précis fixe positivement l'area de Macrobe où fut enseveli saint Cyprien, près du prétoire ou palais, au bas du monticule où sont les piscines de Malga, et au sud de ce grand réservoir. Cf. Lavigerie, p. 416, 413 ; Tissot, G., I, p. 660 ; II, p. 804 ; D., Epigr., p. 144 ; D., Tun., p. 374.

[123] P. 416 sq. ; Miss. cath., 1883, p. 370.

[124] I, 5.

[125] Loc. cit.

[126] G., I, p. 661 ; cf. Schwarze, p. 37 : Babelon, Carth., p. 148.

[127] III, 15. Voir Vellard, p. 20.

[128] Ce sens du mot piscina n'est pas rare en Afrique ; cf. C. I. L., VIII, 828 ; Bull. arch., 1893, p. 209 sq., n° 12 et 13 ; Cagnat, Rev. arch., XXIV, 1894, p. 410, n° 31. La Piscina publica de Rome avait le même caractère ; Jordan (Topogr., II, p. 106 sq.) la qualifie de Badeteich ; M. O. Richter dit qu'elle servait zum Waschen (Topogr., p. 161 ; cf. Baumeister, Denkmæler, p. 1519 sq.). En tout cas on n'y saurait voir une citerne.

[129] Malqà (Falbe), Malqà et Malqa (Dureau), Moalkah (Davis), La Malqà (Beulé), Maàlka (Tissot). La Malka (S. Marie), Mallaka (id., p. 40).

[130] Amari, p. 121. n. 1 : Cosi chiamarono gli Arabi net X11 secolo un quartiere di Cartagine, abitato da alcuni Arabi et circondato di un riparo di terra... El Bekri non ne fa parola nella sua lunga descrizione di Cartagine ; ond'è verosimile che gli Arabi venuti d'oltre Nilo nel XII secolo siano stati quelli che ripopolarono per un momento, e di certo guastarono tanto più, le rovine di Cartagine. Cf. ibid., p. 164, 191, 220.

[131] O. Meltzer (Neue Jahrbücher, CXLIX, 1894. p. 63, n. 20) critique l'interprétation donnée à ces noms de lieux par le cardinal Lavigerie.

[132] P. 414.

[133] Cf. Davis, p. 390-392.

[134] Cf. Labarre, p. 19, n. 4.

[135] Miss. cath., 1883, p. 310.

[136] Voir les références dans Mélanges, X, 1890, p. 448-451.

[137] D'après ce système, la via Mappaliensis devrait longer le rivage pendant quelque temps au sortir de la ville ; y a-t-il là quelque impossibilité ?

[138] Le cardinal Lavigerie a fait élever sur le Koudiat Soussou, monticule qui se dresse au-dessus du village de La Malga, une colonne de marbre surmontée d'une croix. On y lit : Memoria sancti Cypriani episcopi et martyris Carthaginiensis ubi est sepultus (Cosmos, 7 décembre 1889, p. 20 ; cf. Petit guide, carte). Cette affirmation est pour le moins prématurée.

[139] Cosmos, 11 février 1888, p. 298 ; 7 décembre 1889, p. 19-21 ; 27 janvier 1894, p. 279 sq. ; D., Arch., p. 13 sq. ; Cat. Alaoui, p. 30, n° 153 ; p. 31, n° 154 ; p. 108, n° 583. Quelques-uns de ces morceaux sont païens.

[140] Babelon, Carth., p. 150 ; Atlas C., 78.

[141] Je sortirais de mon sujet en décrivant ici les ruines du château d'eau et du temple construits par les Romains sur les flancs de cette montagne ; je me borne à renvoyer à Tissot (G., II, p. 548-558) qui donne les références. On peut y ajouter : Dusgate, Appendice IV ; Guérin, II, p. 295-298 ; Caillat, p. 292 sqq. ; Toutain, Cités, p. 61. On trouvera des reproductions dans : Duruy, V, p. 55 ; Crapelet, p. 31 (Zaghouan), p. 32 (Djouggar) ; Caillat, loc. cit. S. Marie, p. 197, 199 (il reproduit Caillat) ; Graham, p. 38-40 ; Revue générale des sciences, 30 novembre 1896, p. 956 ; Gauckler, Arch., p. 21.

[142] P. 32 sqq., réfuté par Dusgate, p. 259-264.

[143] On n'en comptait pas moins de 314, à la suite l'une de l'autre, il y a quelques années encore ; cf. Tchihatchef, p. 494 (311, dit le P. Vellard, p. 20). Voir le tracé ou des reproductions partielles de l'aqueduc dans : Atlas, II, Oudna et Tunis ; Tissot, G., atlas, pl. VII, XVII, XIX ; Davis, frontispice (dessin reproduit par Duruy, I, p. 416) ; Revue générale des sciences, ibid., p. 957 ; Babelon, Carth., p. 90-91 ; S. Marie, p. 193 sq. ; Guérin, II, p. 276-281, 285-291 ; Gauckler, Arch., p. 21-23 ; Meltzer, Sueden. pl. 145 ; surtout le tracé de Caillat, dans S. Marie, plan des p. 192-193 ; id., Explor., p. 107.

[144] Atlas, III, El Ariana, 57, 61 ; Atlas C., 72-73.

[145] D., Arch., p. 12 sq. Tissot (G., I. p. 616 ; cf. p. 622) met à la hauteur de Sidi Daoud le camp de Manilius lors du siège de 146 ; il s'appuie sur Appien (Pun., 97), qui le place έν τώ αύχένι τής ές τήν ήπειρον όδοΰ.

[146] Lettres, p. 24.

[147] Caillat, p. 298 ; Reinach. p. 211 sq. ; cf. C. I. L., VIII. p. 113.

[148] Cf. Toutain, Cités, p. 66.

[149] J'analyse ici la description de Barth (I, p. 183 ; cf. Caillat, p. 300). Je ne sais à qui attribuer une réparation de l'aqueduc pour laquelle on employa des pierres déjà recouvertes d'inscriptions latines (C. I. L., VIII, 887-894, 10522, 12411, 12120).

[150] Cf. Toutain, Cités, p. 74 ; Marcus, p. 323 sq.

[151] Procope, Bell. Vand., II, 1.

[152] P. 16 et 53 ; cf. Moula Ah'med, p. 233.

[153] Caillat, p. 300 sq.

[154] II, p. 441.

[155] Caillat, loc. cit. ; Tchihatchef, p. 500 ; Vellard, p. 20 sq. On doit regretter qu'il ait fallu, pour accomplir économiquement ce travail, détruire une portion du canal ancien à la traversée de l'Oued Miliane (Guérin, II, p. 219 sq.). Plus soucieuse de conserver ces glorieux débris, la Direction des Antiquités de la Régence de Tunis vient de faire consolider les piles (Gauckler, C. R., 189, p. 7).

[156] Voir sur ces nécropoles : Lavigerie, p. 423-436 ; id., Miss. cath., 1881, p. 152-154, 164-166 ; D., Miss. cath., 1882, p. 268, 284, 334, 346 (cimetières païens) ; ibid., p. 111, et 1883, p. 93, 106, 142 (cimetières chrétiens) ; Bull épigr., II, 1882, p. 153. 293 ; VI, 1886, p. 270 sq. ; D., Cim. ; D., Sup. ; D., Tun., p. 361 sq. ; Cosmos, 27 janvier 1894. p. 279 ; Mommsen, dans les Mélanges Graux, p. 505-513 ; Ephem., V, p. 105-120 ; C. I. L., VIII, p. 1301-1335 ; C. R. Hipp., 1897, p. XLI-XLVIII, LVII-LXX ; Babelon, Carth., p. 141-147 ; Atlas C., 66 ; von Duhn, p. 81 ; Vellard, p. 11-13 ; Cat. Alaoui, p. 61, n° 112 ; p. 104-103, n° 535-541 ; p. 139, n° 61-68 ; p. 148, n° 13, p. 150. n° 24, 25. 27 ; p. 157-194, 233-235, 252, n° 393 sq. ; p. 259, n° 3 : Gsell, 1899, p. 33 sq. Pour le complément de la bibliographie, voir Gauckler, Mém. Ant., LVI, 1895, p. 83, n. 1.

[157] Lavigerie, p. 424. Gauckler, loc. cit., p. 84 : Il occupe un terrain situé juste en face de la gare de La Malga, de l'autre côté de la voie ferrée ; c'est la propriété d'un riche Arabe de Sidi Bou Saïd, qui la loue chaque année à des cultivateurs de La Malga.

[158] Miss. cath., 1882, p. 268.

[159] D., Sup., p. 82.

[160] Le premier cimetière occupe un terrain de 1 demi-hectare environ, Delattre, dans Lavigerie, p. 427.

[161] D., Cim., p. 6.

[162] Cf. D., Cim., fig. des p. 6-7 ; Sup., fig. des p. 215, 219, p. 220 ; Atlas C., 66, fig. 5 ; Babelon, Carth., fig. de la p. 144.

[163] C. I. L., loc. cit. ; cf. Cagnat, Bull. épigr., II, 1882, p. 230-234. Le P. Delattre (Sup., p. 84) pousserait peut-être jusqu'au IIIe siècle.

[164] Mommsen, C. I. L., VIII, p. 1335, n. 13 ; Miss. cath., 1882, p. 265.

[165] Gauckler, Mém., LVI, 1895, p. 83-123 ; Guide, p. 20 sq. ; C. R., 1896, p. 8 ; Bull. Ant., 1896, p. 265 ; Bull. arch., 1896, p. 152-155 ; D., Sup. ; cf. Gsell, 1898, p. 102-104. Il est fort regrettable que les Arabes aient pu, pendant plusieurs années, pratiquer dans la nécropole leurs fouilles en taupes et dépouiller les tombes de leurs épitaphes et de leurs ornements.

[166] Delattre, C. R. Inscr., 1898, p. 96 ; p. 211 sq. ; 627 sq. ; Sup., p. 84-86. M. Gauckler (Bull. arch., 1898, p. 171 sq.) vient de signaler dans une nécropole punique de Bordj Djedid des amphores identiques à celles de Bir ez Zitoun.

[167] Delattre, Bull. Ant., 1896, p. 126. 130, 218 ; C. R. Inscr., 1897, p. 7 sq. ; 1898, p. 555-557, 626 sq. ; Sup., p. 84 sq. ; Gauckler, ibid., p. 173.

[168] C. I. L., VIII, 12590-13214 ; D., Sup., p. 82 sq., 88-97. Les éditeurs du C. I. L. ont rangé sous la même rubrique un certain nombre de textes qui paraissent provenir du même endroit, bien que dispersés aujourd'hui dans plusieurs collections.

[169] Miss. cath., 1882, p. 118 ; 1883, p. 93, 106.

[170] Cependant le P. Delattre n'en a pas publié moins de 43 (ibid.) ; C. I. L., VIII, 14124 sqq.

[171] P. 440.

[172] Parmi les reliefs les plus curieux sortis des alentours immédiats, je citerai un agneau couché au pied de quelques arbustes ; D., Arch., p. 14.

[173] Si mes hypothèses sont fondées, il y aurait donc des réserves à faire sur une théorie que le P. Delattre (Tun., p. 364 sq.) exprime en ces termes : Il est curieux de constater que l'ordre chronologique des épitaphes chrétiennes de Carthage, à prendre les choses en gros, paraît correspondre dans ses  grandes lignes à un certain ordre topographique qui semble marquer le point de départ des sépultures chrétiennes dans le voisinage des citernes de La Malga, juxta piscinas... puis se continue à une petite distance des anciens remparts jusqu'à la mer.

[174] Miss. cath., 1883, p. 107 ; Bull. Épigr., 1853, p. 293.

[175] Vellard, p. 13 sq.

[176] In adamatum campum ou prædium, ou mieux peut-être, in adamato campo ou prædio ; C. I. L., VIII, 12589 ; C. R. Hipp., 1889, p. XXXV, n° 56.

[177] Cosmos, 11 février 1888, p. 298 ; 27 janvier 1894, p. 279. Près de la villa, on a découvert quelques tombes chrétiennes postérieures, sans épitaphe ; Vellard, p. 14.

[178] Cosmos, 11 février 1888, p. 279 ; cf. ibid., 15 juin 1895, p. 336.

[179] Victor de Vita, I, 9 : saint Augustin y prononça plusieurs sermons (Serm., XLVIII ; CLV ; CLXXIV).

[180] Babelon, Carth., p. 143; Atlas C., 64.

[181] Bull. épigr., V, 1883, p. 85.

[182] I, n° 75, 76.

[183] G., I, p. 578 ; cf. Babelon, Carth., p. 142 ; Atlas C., 61.

[184] Bull. épigr., VI, 1886, p. 142-144.

[185] Miss. cath, 1883, p. 154 ; D., Arch., p. 12.

[186] Cosmos, 20 janvier 1894, p. 248.

[187] A l'appui de cette opinion, je produirais volontiers une inscription trouvée en ces parages (Cosmos, 8 juin 1895, p. 294) et tracée sur une colonne de saouda, qui a été équarrie pour servir de linteau de porte. Le texte : Fac nobiscum, Domine, signum... ut videant qui me oderunt et confundantur, reproduit le verset 17 du psaume LXXXV. J'ignore pourquoi le P. Delattre (Tun., p. 375), nomme l'église de Bir el Knissia église du Mandracium.

[188] Cosmos, loc. cit. ; Miss. cath., loc. cit. ; Bull. épigr., loc. cit.

[189] Cosmos, loc. cit., p. 249. On enterra déjà au Kram à la fin de la domination carthaginoise ; voir Gsell, 1899, p. 8.

[190] Par lettre du 27 juillet 1898 ; cf. C. R., 1898, p. 8.

[191] Bell. Vand., I, 23.

[192] Procope, Bell. Vand., II, 14.

[193] Procope, Bell. Vand., II, 7. Hamaker, p. 222 : Aclas, vel Aclæ... est vox syriaca, ager consitus. Videntur designari horti urbi vicini... Sic in Punica Carthagine Megara eodem fere loto sita hortis plena erant.

[194] Géographie, I, p. 662 sq.

[195] Géographie, I, p. 616 sq. ; cf. Appien, Puniques, 100. Seule la carte de Tissot (et celle de Babelon, Enc., qui en est la reproduction) indique ces faubourgs.

[196] Bull. arch., 1891, p. 445 sq., n° 210 ; Cat. Alaoui, p. 65, n° 810 ; p. 86, n° 360, pl. XXI ; Monuments, p. 90 ; Atlas, III, La Marsa, 2 ; carte de 1882, à 1/20.000.

[197] Procope, Bell. Vand., II, 1.

[198] P. 220, où il cite : Incerti narratio auct. novissinuun a Combefis, p. 324 ; j'ai en vain cherché ce texte.

[199] Tissot, G., I, p. 110 sq. ; Babelon, Carth., p. 121 ; Atlas C., 3.

[200] C'est ainsi qu'Appien la désigne toujours : Victor de Vita (I, 17) aussi ligula. Cf. Meltzer, II, p. 161.

[201] Atlas, II, La Goulette ; de là son nom de Maxulitanum litus (Vict. Vit., loc. cit.)

[202] Tissot, G., I. p. 82, 171 sq., 568 ; Babelon, Carth., p. 120 sq. ; Atlas C., 2 ; ibid., II, La Goulette.

[203] Don Quichotte, trad. Viardot. I. p. 356.

[204] P. 31. Daux n'a pas manqué d'exercer sa fantaisie à propos de La Goulette (Voyages, p. 258) : Ce port, dit-il, protégeait dans l'antiquité les abords de trois cités, Carthage, Tunis et Adès, et surtout l'entrée du lac. Aussi les Carthaginois avaient-ils prolongé de 3.400 mètres, à partir de l'extrémité sud de leur ville, un mur qui, du côté de la mer, s'étendait jusqu'à la forteresse de La Goulette. Appien nous apprend ce détail : il ajoute qu'une série de blocs en brise-lames précédait le pied. Un fragment de ce mur se voit encore à Heur de sol. Il ne reste des fortifications carthaginoises que deux citernes. Sous l'occupation romaine on renversa la muraille ; mais on conserva avec soin la forteresse, dont l'étendue, bien plus considérable que celte du fort arabe actuel, était celle de la longueur du canal. On ignore le nom particulier de La Goulette pendant la période carthaginoise ; pendant la période romaine, on rappelait Oppidum Ligulæ, le Château de la langue de terre.

[205] Tous les faubourgs que je viens d'énumérer sont peut-être compris dans les quatre-vingt-trois castella qu'une inscription de Formies (C. I. L., X. 6104) mentionne autour de la capitale africaine.