LOUIS XIII ET RICHELIEU

DEUXIÈME PARTIE

 

LETTRES INÉDITES DE LOUIS XIII À RICHELIEU (1622-1642)

 

 

1634. — Sollicitude constante du roi à l'égard du cardinal. — Formation d'une nouvelle cavalerie. — Initiative de Louis XIII. — Le duc d'Orléans quitte la France. — Colère du roi. — Conditions qu'il met au retour de Monsieur. — Gaston signe un traité avec les Espagnols. — Indignation de Louis XIII. — Faiblesse de Monsieur. — Il traite avec le roi, s'échappe de Bruxelles et rentre en France. — Louis XIII journaliste. — Négociations avec la Hollande. — Traité du 8 février 1635. — Mauvaise foi des Espagnols. — Fêtes de cour. — Prise de Heidelberg par les Français.

 

Mon cousin, côme le jeune[1] est arivé jalois vous escrire pour vous tesmoigner encore la joye que je recuier en vous voyant et le contentement qui men est demeuré lequel ma recrôné la santé parfoicte je vous puis asurer que le feu de Versaile est plus enflamé que celuy de Ruel[2] et qui durera a jamois. — LOUIS. A Versaile, ce 28 janvier 1634. — (Ibid., fol. 40.) — (Original.)

 

Mon cousin, Saint-Simon[3] sen alant a paris je lay chargé de vous aseurer de mon afection il vous dira lestat de ma santé et a quoy je passe le tems celle cy nestant a aultre fin je vous aseureroy que je continuroy mes prières envers le bon Dieu afin qu'il vous tienne en parfaicte santé ainsi que le souhaite la persane du monde qui vous ayme le plus. — LOUIS. A Chantilly, ce 14 feuvrier 1634. — (Ibid., fol. 41.) — (Original.)

 

Les deux lettres qui précèdent, si pleines des sentiments d'affection qui animaient le roi à l'égard du cardinal, le cèdent encore, sur ce point, aux trois lettres qui vont suivre. Ici, Louis XIII semble chercher les termes les plus passionnés pour exprimer l'amitié que lui inspirait son ministre. Il sait que Richelieu se laisse facilement abattre, et c'est avec des protestations pleines de tendresse qu'il essaye de relever son courage et de faire renaître la confiance dans le cœur du cardinal.

 

Mon cousin, je ne changeroy poinct mon discours ordinaire qui a toujours esté de vous aseurer de mon afection je continuroy toute ma vie dans ceste volonté et si il estoit nésesaire de vous en doner des témoignages faicte moy cognoistre en quoy et vous verrés que je my.porteroy avec plus de chaleur que je noy jamais faict en atendant quoy je prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. — LOUIS. A Chantilly, ce XI mars 1634. — (Ibid., fol. 42. — Original.) (Ibid., 1634, six derniers mois, fol. 136. — Copie.)

 

Mon cousin, ce mot nest que pour vous assurer de la continuation de mon afection qui durera jusques a la mort, je suis en bone santé grâces au bon Dieu je le prie que la vostre soit telle que vous la souhaite la persône du monde qui vous ayme le plus[4]. LOUIS. A Chantilly ce 19 mars 1634. — (Ibid., t. V, fol. 43.) (Original.)

 

Mon cousin, jenvoye ce gentillome vers vous pour me raporter des nouvelles de vostre santé sans lesquelles je ne puis estre en repos je vous recommande davoir tousjours soing de vostre persône principalement à Paris[5] il est passé icy deux ouvriers qui viennent dalemagne qui sont alé trouver M. Boutilier je vous prie me mander les nouvelles qu'ils ont aportéeg en estant en impatiance je finiroy cette lettre en vous aseurant de mon afection qui sera tousjours telle que vous la pouvés désirer. — LOUIS. A Chantilly, a midy, ce 23 mars 1634. — (Ibid., fol. 44.) (Original.)

 

Mon cousin, je comenceroy cette lettre par vous dire que Renbure[6] ma fait voir le règlement que vous avés faict pour vos gardes qui est très bien[7], je vous atendroy mercredy avec impatience et finiroy cette lettre en vous aseurant de mon afection qui sera tousjours telle que vous la pouvés désirer priant le bon Dieu de tout mon cœur quil vous tienne en sa saincte garde. LOUIS. Fait à Fontainebleau, ce 29 avril 1634. — (Ibid., fol. 45.) — (Original.)

 

Mon cousin, je ne sorois vous tesmoigner la joye que jay daprandre quil nia rien a craindre pour vostre vieux mal[8] je prie que le bon Dieu vous drinera la santé parfaicte, la mienne va toujours de mieux en mieuxje vas aujourdhuy a la chasse pour esaier si je pouroy endurer le cheval — je vous conjure davoir plus de soins que jamais de vostre persône et croire que la mesure afection que jay eue pour vous et plus grande s'il se pouvoit jusques a ce moment durera éternellement[9] — priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en saincte garde. LOUIS. A Fontenebleau, ce 12 juin 1634. — (Ibid., fol. 45.) — (Original.)

 

La joie que Louis XIII exprime dans cette lettre était réelle et profondément ressentie. Ce n'est pas seulement à Richelieu qu'il témoignait son contentement de le savoir bien portant, et le désir qu'il avait de le voir toujours en bonne santé. Partout, à tout instant et à tout le monde, il exprimait les mêmes sentiments. Le même jour, 12 juin, Léon Bouthillier, dans une lettre à Richelieu, disait : Le roy est en parfaite santé, grâces à Dieu ; il tesmoigne tous les jours désirer plustost la vostre que la sienne propre, avec des tesmoignages d'une passion qui ne se peut exprimer[10]. Et c'était un des confidents intimes du cardinal qui écrivait cela ; un homme que Richelieu plaçait auprès du roi, pour être informé par lui de toutes les variations d'humeur du maître, et qui ne négligeait jamais, quand l'occasion se présentait, d'informer le cardinal des sujets de mécontentement qui auraient pu être donnés à Louis XIII par son ministre. Le 45 juin Léon Bouthillier écrivait de nouveau à Richelieu : Je me réjouis infiniment que vostre mal n'ait pas esté de telle conséquence que nous le craignions ; le roy en tesmoigne une extrême joye. Hier au soir M. le premier donna la collation à la reyne et aux filles, où le roi vinst ; il y fust beu bien authentiquement à vostre santé[11]. C'est là un témoignage précieux. Voulant surtout servir Richelieu, Léon Bouthillier devait être rempli de défiance à l'égard de Louis XIII. Comme le cardinal, le jeune secrétaire savait combien le roi était parfois dissimulé ; mais il vivait sans cesse avec lui, connaissait toutes ses actions, ne perdait aucune de ses paroles, épiait en quelque sorte ses pensées, et si Louis XIII n'eût pas été pénétré des sentiments affectueux qu'il exprimait à tout propos à l'égard de son ministre, Bouthillier l'eût deviné et en eût informé Richelieu.

 

Mon cousin, je pars demain matin pour aler coucher à Juvicy et après demain estre à Ruel à 4 heures du soir. — Je ne vous feroy response sur ce que avés escript à M. Boutilier parceque estant parti ce matin je nay osé ouvrir son paquet[12] — seulement vous aseureroije que jauroy tousjours la mesme afection pour vous que je vous ay promise et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. — LOUIS. A Fontainebleau, ce 18 juin 1634. — (Ibid., fol. 47.) — (Original.)

 

Mon cousin, viens de recevoir vostre billet si ce nestoit que jay cômancé aujourdhuy a prendre mes eaux et que je nose aler au chant je vous euse porté ma response moy mesme. Je vous diroy donc que vous pouvés mander le conseil demain à 3 heures après midy en ce lieu ou a Ruel si vostre santé ne vous permet de venir icy laquelle il vous fault préférer a toutes choses priant le bon Dieu quil vous la conserve telle que je la desire. — LOUIS. A Saint-Germain-en-Laye ce 27 juin 1634. — (Ibid., fol. 48.) (Original.)

 

Mon cousin, jay respondu à vostre mémoire à la marge[13] je vous aseureroy par celle cy de ma Mile disposition je prie le bon Dieu que la vostre soit de mesme atendant que je vous voye je vous aseureroy de mon afection qui sera tousjours telle que vous le pouvés désirer et prieroy le bon Dieu qu'il vous tienne en sa saincte garde. — LOUIS. A Chantilly, ce 15 juillet 1634. (Ibid., fol. 49.) — (Original.)

 

Mon cousin, vous mavés fait grand plesir de m'envoyer la depescheje vous avoue que jeuse esté toute ceste nuict en peine sans cela[14] je garderoy le paquet jusques a demain que le jeune vienne icy ou si il ne vient a midy je vous le renvoyeroy, je vous doneroy le bon jour par celle cy parceque je croy quelle ne vous sera randue que demain matin et prieroy le bon Dieu qu'il vous tienne en sa saincte garde. — LOUIS. Escript a onze heures du soir, ce premier aoust 1634. — (Ibid., fol. 51.) — (Original.)

 

12 août 1634.

Mon cousin, le porteur de ceste lettre apellé Sifredy est celuy a qui jay diiné la compagnie que j'avois reservée dans le régiment de Charnacé[15], il a esté cinq ans dans mes mousquetaires où il a très bien servy et de plus a 2 mil escus contant devant luy que son père luy a envoyé pour faire une bonne compagnie[16] je viens de prendre médecine pour ne pas perdre la journée de demain esperant aler à la chasse asures vous tousjours de mon afection qui sera a jamais telle que je vous la promise priant le bon Dieu quil vous tienne en sa saincte garde. — LOUIS. A Monceaux, ce 12 au soir 1634. — (Ibid., fol. 53.) — (Original.)

 

16 août 1634.

Mon cousin, je faisois estat de vous aler voir aujourdui[17] mais la goute mayant pris ceste nuit men empeschera a mon grand regret je esoyeroy sur le soir a voler un perdreau dans mon parc nosant aler plus loin de peur destre surpris par la douleur et avoir trop longue retraitte jay force petittes choses a vous dire que je vous diroy demain moymesme sil plaist au bon Dieu[18] je ne vous asureroy pas seulement de mon afection mais de la grande pasion que jay pour vous qui durera tant que jauroy une minute de vie. — LOUIS. A Chantilly, ce 16. — (Ibid., fol. 54.) — (Original.)

 

Mon cousin, jenvoye des Chapelles au jeune[19] afin quil lexpédie prontement et quil sen aile a Cirg[20] je lay chargé de ce mot pour vous asurer de la continuation de la grande affection que jay pour vous je me porte bien a ceste heure et me porteroy encor mieux quand je sauroy que vostre santé sera telle que la désire la persône du monde qui vous ayme le plus est moy qui priant le bon Dieu de tout mon cœur quil vous conserve aussi longtemps que je le désire. — LOUIS. Nanteuil ce 30 aoust 1634. (Ibid., fol. 55.) — (Original.)

 

Mon cousin, jay veu le marquis de la Force[21] et ses instructions il me semble qui luy faudroit un petit équipage ou pour le moins quelques munitions dartillerie de guerre suivant le mémoire que jenay dresse legtiel je vous envoye car si il trouve le moindre obstacle du monde savoir barricades ou traverses dans des chemins sans petites pièces il les forcera malaisement. Toutefois je remets le tout a ce que vous en jugerés à propos[22], je me porte bien graces au bon Dieu et suis en grande impatiance de vous voir pour vous aseurer de la continuation de mon amitié qui durera jusques a la mort. — LOUIS. A Monceaux, ce 4 septembre 1634. — (Ibid., fol. 60.) — (Original.)

 

Mon cousin, jay escrit les billet pour les surintendans lesquels je vous envoye[23], jay apostillé vostre mémoire lequel je vous renvoye dans ce paquet je finiroy ce billet en vous aseurant que lafection que jay pour vous augmente de jour en jour et durera éternellement. — LOUIS.

Jay escrit le tout dans mon lit qui est cause que que (sic) mon escriture est un peu plus difficile à lire[24]. — A Monceaux, ce 12 septembre 1634. — (Ibid., fol. 61.) — (Original.)

 

Richelieu avait adressé au roi, ce même jour, 12 septembre 4634, un mémoire dans lequel, après divers compliments et protestations de tendresse et de dévouement, il demandait l'avis de Louis XIII sur la formation d'une nouvelle cavalerie. Il lui disait, à ce sujet, qu'il pensait que les étrangers étaient préférables aux Français pour former cette cavalerie. En général, nous ne reproduisons pas ici les réponses que faisait Louis XIII en marge des rapports de son ministre, mais nous n'hésitons pas à donner celle qu'il rédigea à propos de ce mémoire de Richelieu, parce qu'elle montre bien que les questions d'administration n'étaient ni inconnues ni indifférentes à ce roi, qu'on a trop voulu représenter comme un roi fainéant. Le cardinal lui propose de lever de la cavalerie étrangère. Il est très-à-propos, répond-il, et croy qu'il faut qu'ils soient tous carabins, comme ceux de Miche, tant parce que la cavalerie estrangère n'est pas meileure, que ausi la nostre dès qu'elle a fait un voyage elle jette toutes les hautes et basses armes et ne luy reste plus que la cuirace, qui est l'arme du carabin, et pour M. de Bulion elle ne couste pas tant et me semble qu'il faut lever en Alemagne et Liége, parce qu'on tirera le tout de l'armée d'Espagne qui, par conséquent, s'affoiblira[25]. C'est là, il nous semble, parler en capitaine et en administrateur, et le cardinal prisait avec raison un maître qui examinait et contrôlait ses avis d'une façon semblable. La postérité, nous le savons, a été plus injuste que le grand ministre, mais nous ne désespérons pas de la voir réformer un arrêt rendu par la passion et répété par l'ignorance. En consultant les papiers de Richelieu, on pourra d'ailleurs se rendre compte que tous ses rapports sont annotés pareillement, ce qui démontre bien que si l'illustre cardinal peut retenir à son acquit la conception et la préparation des grandes choses qui ont illustré le règne, il n'a pas eu, comme on l'a dit, un maître indifférent à ces vastes projets, et qui ait subi leur auteur avec une impatience chagrine. On a vu, au contraire, et on verra de plus en plus que Louis XIII participait à tout, aux grandes comme aux petites affaires, et qu'aux unes et aux autres il prenait le plus vif intérêt.

 

Mon cousin, je vous prie que de la fère dont il est question persone n'en sçache rien que vous le jeune et le mareschal de Bresé lequel desire de faire un regiment a quoy je consens très volontiers[26]. LOUIS. A Monceaux ce 12 septembre 1634. — (Ibid., fol. 62.) — (Original.)

 

Mon cousin[27], jay veu la lettre Dargencourt[28] je trouve très apropos de mettre garnison à Charleville, vous choisirés le regiment[29] il me semble aussi bon de faire des magasins de foin et avoine dans les villes et faire comandement atoute la campagne daporter leurs grains dans les villes, jentens pour la Picardie et Champagne qui sont les lieux par ou lennemy peut entrer, je trouve bien estrange que nous nayons nules nouvelles Dalemagne et Holande, je vous prie que des quil y en aura que je les sçache promptement[30] je me porte bien de ma médecine. — Escrit a Monceaux, ce 14 septembre 1634. LOUIS. — (Ibid., fol. 65.) Original. — (Ibid., 1634, six derniers mois, fol. 146.) — (Copie.)

 

Pour mon cousin le cardinal de Richelieu, du 18 septembre 1634.

La dernière recrue des x homes de la cavalerie qui est venue en picardie et tardenois na reseu aucun argent ny montre ny surtaut[31] ces capitaines me sont venus pour men avertir et me dire quils ne les peuvent plus tenir sans argent vous parlerés aux surintendans pour leur en faire dôner vous aurés la sédition armée a Rouan a laquelle je crois qu'il faut remédier et ne pas soufrir telles choses je crois quil seroit bon de leur faire peur de restablir le fort Sainte Catherine et de faire avancer quelques regiments de ce costé.

Jay comandé a la Ville aux Clers[32] les provisions pour M. de Sully et la Meilerais[33] et feroy tousjours de bon cœur tout ce je cognoistroy que vous désirerés.

Moncaut me presse pour un régiment et ma dit que vous me laviés renvoyié je remets a vous a en faire ce que vous jugerés a propos je croy qu'il sera content que on le mette sur le roole de ceux qui en demandent pour lavenir. — (Ibid., t. V, fol. 67.) — (Original.)

 

Cette lettre n'est pas, comme tant d'autres, une réponse à un mémoire de Richelieu ; ici le roi a l'initiative, il informe son ministre de faits qui sont inconnus à celui-ci, lui donne des ordres et lui fait part des résolutions qu'il a prises. Aussi le cardinal, dans un rapport du 20 septembre[34], lui montre-t-il comment il a exécuté ses ordres, reconnaît la valeur de ses avis et le remercie de ses nouveaux bienfaits. Ainsi, sur le premier point de la lettre de Louis XIII, Richelieu répond : J'ay fait voir à MM. les surintendants la lettre de Vostre Majesté sur le sujet des dix hommes de la dernière recreue de la cavalerie qui n'a point été payée. Ils alèguent beaucoup de raisons qui ne me semblent pas bonnes, puisqu'il est vray qu'elles n'ont pas esté précédées du paiement nécessaire. En marge, le roi insiste sur les craintes qu'il avait manifestées dans sa lettre : Si on ne les paye, dit-il, je crains qui se débandent.

Quant à Moncaut, le cardinal répond seulement : J'ay dit à Moncaut qu'il serait sur le rôole de ceux qui seraient destinés pour lever à lavenir, mais que cestoit tout ce qu'il pouvoit attendre. Il répond d'une tout autre manière au paragraphe concernant La Meilleraie : Je rends un million de grâces à Sa Majesté, dit-il, pour le commandement qu'il lui a pieu de faire des expéditions de M. de Sully et de mon cousin de La Meilleraie ; j'en reçois tous les jours tant en toutes occasions, qu'il m'est impossible d'en rendre à Vostre Majesté des remerciements assez dignes. Ce à quoi Louis XIII réplique : Mon cousin, je vous prie d'estre aseuré qu'il ne se présentera jamais d'occasion de vous tesmoigner laffon, la grande affection que j'ay pour vous, que je ne le face de très-bon cœur. LOUIS. Cette affaire tenait d'ailleurs au cœur de Richelieu depuis longtemps, puisque déjà, au mois de juin 1633, dans une lettre à Bouthillier[35], il montrait son désir de faire succéder son cousin La Meilleraie à MM. de Sully et de Rosny, dans les charges qu'ils occupaient. M. de Rosny mourut le 1er septembre 1634 ; on voit qu'il ne tarda pas à avoir un successeur dans la grande maîtrise de l'artillerie. La Meilleraie prêta serment pour sa nouvelle charge entre les mains du roi, au Plessis-lès-Bois, le 27 septembre suivant[36]. Cette rapidité dans l'exécution d'un désir du cardinal ne nous étonne pas. Louis XIII, loin de subir les volontés de son ministre, allait au-devant de ses souhaits. Richelieu savait d'ailleurs reconnaître la tendresse de son maître à son égard. Le 18 juin précédent, écrivant à Léon Bouthillier, et parlant du roi, il lui disait : La saulce m'oblige encore bien plus que le potiron, c'est-à-dire que sa façon de faire ses grâces et encore beaucoup meilleure que quelque bien qu'il puisse faire[37]. Il nous semble que Richelieu était meilleur juge que tout autre des sentiments que Louis XIII ressentait pour lui. Si quelquefois il sembla douter de l'affection qu'il inspirait à son maître, on peut expliquer ce doute par la défiance qui le caractérisait et par sa promptitude à s'abattre.

 

Mon cousin, je repons en marge à ce mémoire[38] que sil est néssesaire que je maproche plus tard de Paris mandés le moy car au lieu daler à Chantilly je me rendr,oy à Saint Germain au temps que vous me manderés je me porte de mieux en mieux et prie le bon Dieu de tout mon cœur que vostre santé soit telle que je la desire moyennant quoy rien ne sauroyt mal aler. — Au Plesis du bois[39], ce 26 septembre 1634. — (Ibid., fol. 71. — Original.)(Ibid., 1634, six derniers mois, fol. 177. — Copie.)

 

Mon cousin, jay receu les billets que vous mavés envoyé je les doneroy a ceux quil faut jespère que le bon Dieu me preservera de tous ses mauvois dessains et vous ausy auquel je recommande davoir plus de soin de vous que jamais[40], je me rendroy vendredy a Sainte Geneviève des bois pour estre plus proche de vous 4 vous me mandez par les billets quil faut voyier eux aux-passages et autres lieux pour faire arester ces 2 Mmes je ne say si il faut que je le mande ou si vous l'avez deja fait si je nay de vous nouvelles demain la dessus sera signe que vous laurés fait[41] asurés vous de mon affection qui durera pour vous jusques a la mort. LOUIS. Saint Germain en laye ce 4 octobre 1634. — (Ibid., t. V, fol. 72.) — (Original.)

 

Le 11 novembre 1632, dix jours après l'exécution de Montmorency, Monsieur avait quitté la France et s'était réfugié en Flandre, en déclarant qu'il considérait sa vie comme n'étant pas en sûreté, après la mort violente du maréchal. Le duc d'Orléans n'avait pourtant pas insisté beaucoup pour obtenir la grâce de Montmorency, qui, cependant, n'avait oublié ses devoirs que dans l'intérêt de Gaston. Louis XIII voyait de nouveau son frère compromettre, par sa fuite, tous les grands projets dont le patriotisme du roi, sa volonté tenace et le génie de son ministre préparaient l'exécution. En effet, la présence de Monsieur en Flandre était une arme puissante entre les mains des Espagnols et un sujet de trouble pour l'opinion publique française, qui, ne connaissant pas les mobiles du roi et de Richelieu, s'étonnait de voir la famille royale se diviser aussi profondément, le frère du souverain imiter sa mère et chercher un refuge à l'étranger contre ce qu'il appelait le despotisme du cardinal. On accusait le roi d'oublier la voix de la nature pour obéir à la haine implacable de Richelieu. Aussi, devant la conduite de Gaston, le premier sentiment de Louis XIII fut-il la colère, et une colère très-vive, qui se manifesta presque aussitôt par des actes. Le 12 janvier 1633, Richelieu lui dit, dans un rapport, que madame de Praslin est venue lui tesmoigner que son gendre lui a fait savoir que Monsieur et sa suite sont bien las de l'estat où ils sont. Aussitôt, par quelques mots éloquents écrits en marge, le roi manifeste ses sentiments : Je suis bien las aussi, dit-il, des maux qu'ils m'ont faits, et à la France[42]. On voit que Louis XIII ne séparait pas la cause de la royauté de celle du pays. Quelques jours après, le 18 janvier, dans un lit de justice, il déclarait qu'il n'accordait à Monsieur, et à ceux de ses partisans qui s'étaient exilés avec lui, qu'un délai de trois mois pour rentrer en France. Mais il mit, dès ce moment, au retour de Gaston, une condition que celui-ci ne pouvait accepter. Une lettre que longtemps après, le 14 octobre 1633, Monsieur écrivit au duc de Lorraine, son beau-frère, nous apprend à la fois quelle fut cette condition avec quelle ténacité Louis XIII persista à l'imposer : Je suis étonné, écrit le duc d'Orléans, de la proposition que le roi mon seigneur vous a prié de me faire, de mettre Madame entre ses mains... La personne de Madame et la mienne sont tellement inséparables, et les deffiances qui, depuis quelques années, me tiennent éloigné de la personne du roy, mon seigneur, subsistant, je ne puy prendre le party de mettre aux lieux où il aura puissance, une personne dont la conservation m'est plus chère que la mienne[43]... Cependant Gaston, après être sorti de France d'une façon inconsidérée, désirait ardemment y rentrer, cor, à la même époque, le chevalier d'Elbène, un de ses confidents, écrivait à l'abbé d'Elbène, son frère, resté à Paris : Monsieur m'a commandé que vous disiés qu'il conjure M. le cardinal de mettre fin à ses malheurs, qu'il a en main son bonheur, son repos, ses biens, son honneur, et peut-estre plus que cela encore ; que de l'oster de là est la mesme chose que de luy rendre tout cela ; qu'il luy aura des obligations qu'il n'oubliera jamais ; que s'il voyoit son cœur, infailliblement il acheveroit de l'obliger, et acquérir une personne qui luy en sçaura plus de gray que tous ceus qu'il a obligés jusques à ceste heure[44]. Malgré toutes ces protestations et le désir réel qu'avaient le roi et le cardinal de voir Gaston rentrer en France, rien ne se fit encore : Louis XIII restait inflexible dans sa volonté de faire casser le mariage de Monsieur avec la princesse de Lorraine. Le duc d'Orléans ne voulait alors ni ne pouvait accepter cette condition ; niais, au lieu d'exposer à son frère les considérations qui déterminaient son refus et de s'efforcer de ramener le roi plus irrité que convaincu, il eut recours aux moyens extrêmes. Par légèreté inexcusable, plus encore que par trahison criminelle, il signa avec les Espagnols, le 12 mai 1634, un traité par lequel il s'obligeait à ne rien conclure avec son frère sans leur participation, pendant un délai de trois mois. Le roi d'Espagne s'engageait, de son côté, à fournir à Monsieur les troupes nécessaires pour entrer en France.

Malgré l'indigne conduite du duc d'Orléans, Louis XIII et son ministre continuèrent à négocier avec lui. C'est que la présence de Gaston dans les Pays-Bas exposait à un grave échec la politique française. Louis XIII éprouvait une profonde irritation. Le 30 août 1634, il écrit à Richelieu au bas d'un rapport : Le chevalier du Guet me vient de dire qu'il vient d'avoir nouvelles que mon frère est arrivé à Gand avec 1.500 chevaux et l'écharpe rouge au col sans cordon bleu[45]. On le voit, Louis XIII ne peint pas son indignation par de longues phrases ; mais comme ces mots montrent la douleur que fait ressentir au roi de France le scandale public qu'offre l'héritier présomptif de la couronne, dédaignant les couleurs françaises et leur préférant l'écharpe espagnole ! Et pourtant, dominant le dégoût qu'il éprouve, Louis n'oublie pas qu'il doit enlever, aux ennemis qu'il veut combattre, l'alliance d'un fils de France, pour pouvoir mieux réunir contre eux toutes les forces vives du pays, et il continue à négocier avec son frère.

Toutefois, si Louis XIII cherche à ramener Monsieur en France, il ne lui cède sur aucun point. Il a condamné l'union contractée par le duc d'Orléans avec Marguerite de Lorraine, et sur ce point il demeure inexorable. Le 5 septembre 1634, il fait annuler par le Parlement le contrat signé à cette occasion, et il attaque la validité de ce mariage devant les tribunaux ecclésiastiques : Mais, en même temps, il prend la véritable voie pour arriver au but qu'il veut atteindre, en faisant adresser des propositions d'accommodement aux favoris de son indigne frère. Celui-ci, d'ailleurs, d'un caractère mobile et inconsistant, souffrait de son exil et commençait à regretter de s'être trop engagé avec les Espagnols. Riolant[46] escrit dans cette ville que les levées de Monsieur s'en vont en fumée, que les Espagnols se deffient grandement de luy, qu'il est en une profonde mélancolie et en danger de tomber en une grande maladie. Voilà ce qu'écrivait Richelieu au roi, dans un rapport du 17 septembre[47]. De telles dispositions devaient amener Gaston à céder. D'autre part, ses favoris, qui voyaient leur propre ambition satisfaite et leurs convoitises particulières assouvies par Louis XIII, poussaient Monsieur à rompre avec les Espagnols. Après avoir tout refusé, celui-ci accorda tout, car il avait perdu le gouvernement de lui-même et il était aussi incapable de rejeter les conseils de soumission que de repousser ceux qui inclinaient vers la résistance. Il consentit à tout ce que voulaient le roi et Richelieu, et, le 1er octobre, un traité fut signé par lequel Gaston acceptait à l'avance la décision que les tribunaux d'Église rendraient sur la validité de son mariage. ; il obtenait, en échange de sa soumission, l'oubli du passé pour lui et la plupart de ses partisans, et de nombreuses faveurs pour-quelques-uns de ses favoris.

Cc résultat, qui avait été si difficile à obtenir, ne tranchait pas complètement la question pendante. Un obstacle restait encore à surmonter : le duc d'Orléans étant en quelque sorte prisonnier des Espagnols, à Bruxelles, il fallait qu'il trouvât promptement un moyen de tromper leur surveillance pour quitter les Pays-Bas et rentrer en France. Le traité était resté secret, mais d'un jour à l'autre son existence pouvait être révélée aux Espagnols ; il était donc nécessaire d'agir rapidement. Aussi Louis XIII et Richelieu attendaient-ils à tout instant, et avec une fiévreuse impatience, le courrier qui devait leur annoncer l'arrivée de Gaston en France.

Celui-ci s'échappa de Bruxelles le 8 octobre, et c'est le 10 seulement que le roi et le cardinal apprenaient cette nouvelle, et encore, comme le démontre la lettre suivante, ils étaient si peu certains de la vérité de leurs renseignements qu'ils attendaient que la rumeur publique les confirmât pour y croire entièrement.

 

Mon cousin, ja vous renvoye vostre lettre laquelle javois tenue secrette mais revenant de la chasse jay trouvé que un gentillöme qui venait de Chilly[48] appelé la forest qui est borgne disoit à tout le monde que mon frère sestoit sauvé de Bruxelles et sestoit retiré luy 4e[49] à la Capelle[50], je vous mande cecy afin que vous sa-chiés que tout ce que vous me mandés je n'en parle à persône sans savoir devant qui de vous si il le faut ou non, je demeureroy encore icy demain pour estre plus proche de vous sur cette nouvelle je finiroy celle cy en vous asseurant que je vous tiendroy ce que je vous ay si souvent promis jusques à la mort et prieroy le bon Dieu de tout mon cœur quil vous tienne en sa saincte garde. Louis. Je vous prie que si il vient daultre nouvelles que je les saches au plus tost. A Sainte Geneviève des Bois le 10 octobre 1634. — (Ibid., fol. 75.) — (Original.)

 

Louis XIII, qui ne dédaignait pas d'écrire quelquefois pour la Gazette de France, a raconté dans ce recueil le retour de Monsieur en France. Mais l'article inséré dans la Gazette diffère un peu de celui qu'avait écrit primitivement le royal collaborateur de Renaudot. Les termes sont quelquefois transformés, des portions de phrases sont supprimées et l'on y remarque quelques interpolations. Le manuscrit original existe à la Bibliothèque nationale[51], nous en avons copié le texte, ce qui nous permettra de faire parler Louis XIII en notre lieu et place, et d'offrir à nos lecteurs, cette fois tel qu'il a été écrit par lui, l'article du roi-journaliste :

De Paris, ce 13 octobre 1634.

Monsegneur frère du roy ayant fait savoir a Sa Majesté quil désiroit revenir en son royaume et se remettre en bonnes grases, Sa Majesté receut cette nouvelle avec grande joye et pour cet efect luy envoya les ordres pour tous les gouverneurs des places de picardie afin quils eusent a le recevoir toutefois ne sachant pas luy mesme a laquelle il pouroit se retirer la première[52] : en gardant tousjours leur sureté ce que mondit seigneur trouva très juste dont monsegneur ayant reseu les ordres du roy prit resolution de partir à l'inseu des espagnols parce quils avoient bien fait cognoistre par leurs actions quil ne désirent pas quil sacomodast avec le roy et mesme croyoit on quils le voulussent arester, 2 jours devant le présidant Rose chef du conseil d'Espagne a labsance du marquis Daytonne[53] vint trouver monsegneur et luy dit quil trouvoit bien estrange que il neust point fait de feu joye du gain de la bataille de Norlinghen[54] veu que la reyne sa mère en avoit fait et que toute la ville estoit enjoye, et que il le venoit avertir que il y avoit rumeur dans la ville de cela et quil le prioit que ses gens ce tinssent clos et couverts durant 3 ou 4 jours de peur quil ne leur arriva accident[55] tout cela fit juger à mondit segneur la mauvaise volonté quil y avait contre luy et les siens ce qui le conforta encor dans bonne resolution quil avoit prise des auparavant. Donc voyant locasion propre et que le marquis Daytone estoit ale a Treveure.il prit son temps le 8e du mois[56] faisant semblant dater chaser le renard a un bois distant de 2 lieues de Bruxelles ou estant arivé il prit le chemin de la Capelle la plus proche place frontière[57] de Picardie éloignée de Bruxelles de 25 lieues a la quelle il fut tout dune traite son cheval mourust soubs luy a la 17e lieue mais en ayant fait mener 6 en main pour rafraichir ceux qui ne pouvoient plus aler il en prist un qui le porta jusques a la Capelle ou il ariva sur les 10 heures du soir par un beau clerc de lune qui luv servit de beaucoup pour se faire recognoistre aprochant donc de la place les sentinelles prirent la larme, toute la garnison prit les armes et alerent chacun en leur poste. Le gouverneur qui est le Baron du Bec fils de feu M. de Vardes ala promptement[58] sur le bastion du Roy pour voir ce que cestoit il entendit une voye qui dit corne les sentinelles demandoit qui va la test mr frère du roy. Le voilà bien surpris ne sachant rien de la faire il done tous ses ordres pour se bien defendre[59] croyant que fut une entreprise sur sa place a leure mesme monsegneur parla et luy dit Baron du Bec empeschés que l'on ne tire sur nous je viens icy avec les bones graces du roy et sa permission ledit Baron cognoissant sa parole[60] comanda aussitost que Ion ne tirast point Monsegneur luy dit jay des ordres du roy pour vous, faites sortir quelquun a qui je les puise doner il fit donc sortir le Baron de Longchamp son neveu lequel est capitaine au Regiment de Piemont qui lestoit venu voir le soir auparavant auquel mondit segneur bailla les ordres du roi lesquels il porta dans la place au gouverneur, qui le receut mondit segneur[61] luy 6e en gardant tousjours sa seureté suivant les ordres du roy, dequoy mondit seigneur luy sent très bon gré ceux qui estoit armés et qui entrèrent[62] avec luy estoit le sieur de Puilorans, du Fargis, Delbène, Briancon, du coudray et Senante estant donc entrés il dit au gouverneur, donés nous a souper[63] il y a 18 heures que nous n'avons ny beu ny mangé le gouverneur luy fit aprester diligemment à manger ou il fut beu à la santé du roy et en suite du cardinal duc côme il faut[64] et le logea très bien dans sa chambre aussitost après le jour depescha ledit Longchamp son neveu vers le roy pour luy doner avis de larivée de Monsegneur et luy dire côme tout cestoit passé Monsegneur y dépêcha aussi le sieur Delbène pour tesmoigner a Sa Majesté la joy quil avoit destre remis en ses bonnes grasses, il a demeuré a la Capelle le 98 le X il en est parti pour aler a Nostre Dame de Liesse remercier Dieu de lavoir tiré de ou il estoit et de la il est ale à Soisons attendre les ordres du roy le sieur de Longchamp arriva a Sainte Geneviève des bois le xe a huit heures du soir côme le roy soupoit qui luy sports ceste bonne nouvelle et ce qui cestoit passé à sa réseption[65] de quov le roy tesmoigna un joye extraordinaire et audit Longchamp le contentement quit avoit de son oncle de la fason quil sy estoit gouverné, le roy !envoya ausi tost au Cardinal Duc pour luy faire faire part de ceste bonne nouvelle lequel la receu.

(Ici il y a un certain espace resté en blanc, dans la feuille manuscrite, plus bas le roi continue.)

Sa Majesté luy a envoyé à Soissons le Sr[66].....  pour lasurer de son afection et luy tesmoigner l'extresme joye quil a de le revoir dans son royaume[67] ou il recevra toute sorte de bons traitements. (Bibl. nation. — Fonds français, t. 3840, fol. 13 et 15[68].)

 

Ce curieux article est signé d'un monogramme plus curieux encore. Deux M entrelacés sont supportés par deux L dont les tètes s'élancent à droite et à gauche, à la partie supérieure du monogramme, tandis que leurs pieds viennent s'enlacer au milieu même du chiffre et à sa partie inférieure. Le tout est surmonté d'une couronne semblable à un tortil de baron.

 

Mon cousin, vous me mandez trois nouvelles a la fois qui sont très bonnes graces au bon Dieu j'espère avec son aide et le soin que vous prenés de tout que nos affaires iront bien je demeureroy encor demain icy et finiroy celle-cy en vous asurant de mon amitié priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa saincte garde. — LOUIS. A Versailles ce 15 octobre 1634. — (Ibid., fol. 74.) — (Original.)

 

[69]Je viens daprandre que le marquis de Vardes est venu trouver mon frère à la Fère il nest compris dans le traité estant de ceux qui sont sortis avec la R. ma mère c'est pourquov il me semble que il faudroit mander au jeune quil dit a mon frère que en sa considération je ne lay voulu faire arester mais quil le renvoye en Flandre ou quil le chasse dauprès de luy[70] il me semble ausi que le séjour de la Fère n'est point propre pour mon frère et quil seroit ausi bien aileur je vous prie que je sache au plus tost ce que a aporté Kenut[71] et ausi si test le prestre qui est aresté[72]. A Versailles ce 16 octobre 1634. LOUIS. — (Ibid., fol. 77.) (Original.) (Idem. six derniers mois, fol. 250. — Copie.)

 

Le roi, dans l'article du 13 octobre que nous avons reproduit, avait donné une nouvelle prématurée, en annonçant que Léon Bouthillier était allé au-devant du duc d'Orléans. Ce jeune homme ne partit que le 15, ainsi qu'il ressort d'un rapport de Richelieu, du 14 octobre[73], et d'une lettre que le cardinal adressait le même jour à Monsieur pour lui annoncer l'arrivée du jeune secrétaire d'État[74]. Le messager royal ne trouva pas Gaston à Soissons, comme le roi l'écrivait le 13 précédent, mais bien à la Fère, où le duc de Chaulnes avait amené et retint Monsieur jusqu'au 16 octobre, ainsi que nous l'apprend Louis XIII dans un autre article de notre manuscrit[75].

Monsieur de Chaules ayant trouvé monseigneur parti de Maries apris qu'il estoit alé à nôtre dame de Liesse dîner et qu'il viendroit coucher à Laon, luy coupa le chemin entre Liesse et ledit Laon ou il latandit jusques sur les trois heures après midv, donc monsegneur venant le duc de Chaules le pria et conjura de vouloir venir coucher a la Fère ou son souper latandoit monsegneur après quelques resistances luy disant quil avoit mandé au roy quil doit atendre ses comandemens à Soisons anfin se laisa aler et se mit dans le carosse du D de Chaules et ala coucher a la Fère où il a esté defrayé par ledit duc luy et les siens six jours durant y ayant pour cent efect esté tenu 8 tables de trente couverts chacune lundy dernier[76] il en est parti dans le carosse que le roy luy a envoyié et est venu coucher à Soisons ou ceux de la ville lont defrayé il y a séjourné mardy auquel jour le duc de Chaules luy a encore donné a souper (Ce qui suit est écrit au crayon.) et mercredy il est venu coucher a Nanteuil[77] ou il a tant des nouvelles du roy.

Le duc d'Orléans quitta Nanteuil pour Écouen, où Bouthillier le laissa le 19 octobre. L'entrevue de Gaston et du roi eut lieu à Saint-Germain le 21. Il fut très-bien reçu, dit la Gazette[78], avec embrassements qui tirèrent des larmes de joie à toute l'assistance. Richelieu donna à cette occasion une grande fête dans sa résidence de Rueil. Monsieur quitta presque aussitôt la cour pour aller habiter Orléans et Blois qui faisaient partie de son apanage. Il semblait avoir définitivement adopté le parti de la soumission, et la réconciliation entre les deux frères paraissait complète. On verra bientôt que rien n'était moins vrai.

 

Nous avons précédemment reporté au commencement de 1633, après la mort de Gustave-Adolphe, les premières tentatives faites par Richelieu pour prendre en main la direction de la lutte européenne contre la maison d'Autriche. Jusqu'à ce moment ses plans avaient réussi à merveille. La France, pacifiée au dedans, était respectée, sinon redoutée au dehors ; l'ennemi puissant qu'elle se préparait à combattre était tenu en respect : en Allemagne, par la confédération des princes protestants et le prestige des Suédois ; en Italie, par les traités, autant que par l'hostilité des petits princes italiens, qui, las de la domination espagnole, aspiraient à garder leur indépendance et étaient toujours prêts à se liguer contre l'ennemi commun. Dans les Pays-Bas, enfin, l'Espagne avait à compter avec la Hollande que des divergences dans les intérêts commerciaux aussi bien que les passions religieuses faisaient son ennemie naturelle.

Avant la mort de Gustave-Adolphe, la France, qui n'était pas encore prête pour la grande lutte de vie ou de mort que les malheurs du règne de François Ier et la puissance toujours grandissante de la maison d'Autriche rendaient inévitable, se trouvait donc à l'abri des attaques directes de l'Allemagne et de l'Espagne. Mais elle avait à redouter un autre danger. Alliée politique du protestant Gustave-Adolphe, elle pouvait craindre de trouver en lui un ennemi lorsque l'Allemagne serait complètement vaincue. Dès que le roi de Suède fut mort, ce premier péril disparut, mais il fut remplacé aussitôt par un autre non moins grand. Aucun des alliés de la France ne pouvait suppléer Gustave-Adolphe sur les champs de bataille ; au contraire, l'empire avait à son service un grand homme de guerre, Wallenstein, dont la fortune n'avait cédé, jusqu'à ce moment, qu'à celle du conquérant suédois. Contre un tel général, commandant les redoutables armées impériales et s'appuyant sur l'alliance espagnole, ce n'était pas trop des efforts réunis de toutes les autres puissances continentales. Richelieu résolut de maintenir les choses dans l'état où elles étaient à la mort de Gustave et de prendre lui-même la succession politique de celui-ci. Avant de réussir dans ce dessein, il eut à lutter longtemps contre de petites jalousies et de mesquins scrupules. En Allemagne, il est vrai, ses efforts aboutirent rapidement ; mais, il ne faut pas l'oublier, là les princes protestants se sentaient sans cesse exposés, car leurs États pouvaient à tout instant devenir la proie de l'ambition autrichienne. L'imminence de leur propre péril les jeta presque de suite dans les bras de la France. Il n'en fut pas de même en Hollande. Ce pays, placé loin des champs de bataille du centre de l'Europe, ne sentit pas aussi vivement les dangers qu'il pouvait courir, si la France venait à être abattue par la maison d'Autriche ; ainsi que nous l'avons vu, au moment même où les négociations s'entamaient en Allemagne pour la continuation de la guerre, les États hollandais négociaient une trêve avec l'Espagne. Charnacé, envoyé auprès d'eux par Louis XIII, eut à combattre non-seulement les cabales ourdies avec l'or espagnol, mais encore celles que fomentaient les émigrés français. Toutefois, sa persistance et son habileté, aidées de pensions données à propos et surtout de l'ambition du prince d'Orange, stathouder de Hollande, qui, préférant continuer la guerre, parce qu'elle augmentait son pouvoir, s'était mis à la tête du parti des anti-trévistes, finirent par surmonter tous les obstacles. Le 15 avril 1634, plus d'un an après son arrivée en. Hollande, l'ambassadeur français signait enfin avec les États un premier traité par lequel ceux-ci s'engageaient à continuer les hostilités avec les Espagnols. Une seconde convention vint bientôt fixer les conditions auxquelles le roi de France souscrivait pour obtenir que la Hollande ne consentît à aucune trêve avec l'Espagne.

Cela ne suffisait pas à Louis XIII et à son ministre. Ils sentaient fort bien que la France n'était pas encore assez solidement organisée pour combattre seule le colosse autrichien, et le grand cardinal, qui prévoyait quelles funestes conséquences pouvait avoir un échec pour son pays, aurait voulu n'engager la lutte qu'avec la certitude dé vaincre. Aussi, à peine ce premier accord conclu, s'empresse-t-il d'en préparer un nouveau, tout en prenant ses dernières précautions auprès des puissances qui étaient demeurées étrangères à ses premières négociations. En même temps qu'au mois de juin il envoie le marquis de Poigny comme ambassadeur en Angleterre, non pour rallier ce royaume à la ligue contre l'Autriche et l'Espagne, mais seulement pour connaître ses véritables tendances, il renoue avec les ambassadeurs hollandais en France de nouvelles négociations, destinées, dans son esprit, à aboutir à une alliance offensive entre les deux pays. Jusqu'à ce moment il n'a fait qu'aider, par ses subsides et par l'envi de quelques hommes, la Hollande dans sa lutte avec l'Espagne ; cette fois, si ses projets réussissent, il va se décider à tenter la fortune des bataillés et à faire attaquer de front, par la France elle-même, l'ennemi qu'il veut abattre.

Toutefois Richelieu sait, comme il le dit, que le secret est l'âme des affaires[79].  Aussi recommande-t-il à Charnacé, à qui il confie en partie cette nouvelle négociation, de faire courir le bruit que des difficultés se sont élevées entre les Etats et Louis XIII au sujet des différentes conditions réglées par les premiers traités, et cela pour expliquer les rapports fréquents qu'allaient avoir les ambassadeurs hollandais, non-seulement avec Charnacé, mais encore avec Bouthillier, Bullion et Richelieu lui-même. Le grand politique eût peut-être pourtant voulu encore éviter de jeter directement la France dans une guerre qui pouvait lui être funeste. Il essaya de faire en sorte que la Hollande se contentât d'un secours auxiliaire plus important que celui qui avait été réglé par la première convention ; mais, ainsi que nous l'apprend Léon Bouthillier dans une lettre qu'il adressait au cardinal le 25 juillet[80], les ambassadeurs des États refusèrent d'accepter cette transaction. On leur proposa alors un nouveau traité, dont le jeune secrétaire d'État n'indique pas la teneur, mais qui devait certainement se rapprocher de celui qui fut conclu définitivement, car Bouthillier dit à Richelieu, à ce propos : qu'ils s'écrièrent qu'il était vrai de dire que le cardinal étoit le plus habile homme de l'Europe, et qu'il ne s'en pouvoit faire un plus avantageux pour le roy et pour MM. les États. Les Hollandais devaient désirer vivement que la France rompit avec l'Espagne, car Bouthillier ajoute : M. de Bullion leur parla parfaitement bien pour ne pas leur faire concevoir une trop grande espérance de la rupture sans la leur oster tout à fait[81]. Quoi qu'il en soit, l'un des ambassadeurs partit pour la Haye, emportant sans doute ce projet de traité, car Richelieu, dans un rapport au roi, du 20 septembre, lui dit M. Kenut — Knuyt, l'un des ambassadeurs hollandais — a escrit au sieur Pau de Mildebourg — l'autre ambassadeur —, du 10 de ce mois, qu'il n'attendoit que le vent pour s'en revenir, ce qui fait qu'on l'attend à toute heure, ce qui me retient icy, à mon grand regret[82]. Après bien des retards et bien des excuses, Knuyt revient seulement vers le milieu d'octobre, mais il ne rapporte aucune solution. Le 17, Richelieu écrit au roi : Si j'eusse peu, dès hier, mander à Sa Majesté quelque chose de certain du voyage de Kenut, je n'y eusse pas manqué, mais on n'y void encore goule. Il n'a point apporté le pouvoir de passer l'article nécessaire pour la religion catholique, de façon qu'il est impossible de rien faire avec luy sans qu'il retourne encore une fois. Louis XIII partageait l'impatience de son ministre et sentait fort bien que le temps était précieux. Les longueurs de ces gens-là, écrit-il en marge, sont estranges et fascheuses et font perdre beaucoup de temps[83]. Dès ce moment, les négociateurs français et hollandais se réunissent chaque jour, sans pour cela s'accorder davantage sur les conditions du nouveau traité. Enfin, le 26 octobre, Richelieu informe le roi qu'après tant de conférences inutiles, Knuyt et son compagnon viendront une dernière fois discuter avec lui sur les négociations entamées, et qu'ensuite Knuyt seul partira pour la Haye afin d'y prendre les instructions qui lui sont nécessaires pour signer l'accord définitif tant souhaité par les deux pays. C'est pour répondre à cette lettre que Louis XIII écrivait au cardinal les lignes suivantes, dont nous, avons retrouvé l'original :

Versailles, 26 octobre 1634[84].

Mon cousin, je trouve très bon que vous achevies demain de dépescher les Olandois afin que Kenut puise revenir prontement je vous atendroy après demain avec impatiance. Louis. A Versaille, ce jeudy 26 à 8 heures du soir 1634. — (Ibid., fol. 80. Original.)(Ibid., France, 1634, six derniers mois, fol. 275. — Copie.)

 

Knuyt, revint plus rapidement cette fois que la première. Dès le mois de novembre, il était de retour. Les négociations recommencèrent, mais toujours avec autant de circonspection de la part des ambassadeurs hollandais que d'empressement du côté de Richelieu. Le traité qui, après tant de retards, devait être signé le 15 janvier, ne le fut que le 8 février 1635. Par ce traité, en cas de rupture entre l'Espagne et la France, celle-ci devait faire entrer dans les Pays-Bas espagnols une armée de 25.000 hommes de pied et de 5.000 cavaliers avec l'artillerie nécessaire à un pareil corps. La Hollande devait faire, dans le même cas, les mêmes sacrifices. Les deux armées pouvaient agir conjointement ou séparément, selon qu'on le jugerait à propos, mais toujours en conservant un commandement distinct, Il était entendu qu'aucune des deux puissances ne ferait ni paix ni trêve, ni suspension d'armes séparément. De plus, les conquêtes étaient partagées à l'avance ; la France, au cas où les Espagnols seraient chassés complètement des Pays-Bas, garderait pour elle le Luxembourg, Namur et son territoire, le Hainaut, l'Artois, la Flandre et le Cambrésis. Les Hollandais auraient pour eux Malines, le Brabant et la partie de la Flandre s'étendant depuis le canal de Bruges et le Grand-Escaut jusqu'à la mer.

 

Au mois de novembre 1634, le traité d'alliance avec la Hollande était encore loin d'être fait, et les Espagnols, voyant que la France s'organisait, cherchaient à la prévenir dans l'attaque et à profiter de sa faiblesse présente, pour la combattre avec plus d'avantages. En même temps qu'ils couvraient les frontières françaises d'espions chargés d'étudier les passages des montagnes et les fortifications des villes, ils préparaient à Naples une expédition maritime destinée à attaquer les côtes de la Provence. Louis XIII sentait fort bien jusqu'à quel point une attaque de la part de l'Espagne rendrait populaire la guerre qu'il méditait, ainsi que son ministre, car le 20 septembre, comme Richelieu lui annonçait que le capitaine général des troupes espagnoles dans le Roussillon avait été arrêté, portant un déguisement, auprès de Leucate, il écrit en marge du mémoire du cardinal : Je croy quil sera très bon de faire mettre cette nouvelle dans la Gazette pour faire voir a tout le monde que test eux qui nous attaquent[85]. Et le lendemain ses ordres étaient exécutés ; la Gazette de France annonçait cette nouvelle[86], en mettant en évidence les mauvais procédés employés par les Espagnols. Mais ceux-ci ne se contentaient pas d'envoyer des espions sur les terres françaises, ils arrêtaient comme tels tous les officiers français qui se trouvaient sur leurs possessions. De telles violences devaient plus que jamais faire désirer la conclusion prochaine du traité avec la Hollande, et porter Richelieu à presser davantage l'organisation définitive de l'armée- On va voir que Louis XIII savait, tout aussi bien que son ministre, s'occuper des moindres détails, pour atteindre ce but.

 

De St Germain ce 5 Novembre 1634 au soir.

Il me semble quil est à propos de mander que on retienne les Espagnols qui ont esté arrestés près de Nancy jusque a tant que on ait des nouvelles de Faber[87].

La Boissière Aranbure est revenu de larmée qui ma baillé lestroit général de sa revue et a Mr Servien[88] le particulier de la force des compagnies. Normandie est bien foible je croy qu'il en faudra faire un exemple piémont et Navarre sont bien forts la cavalerie est bone jay depuis ier une atainte de goute laquelle ne ma empesché daler voler aujourdhuy le merle toutefois sans mettre pies a terre.

Je vous renvoye dans ce paquet les lettres que vous mavés envoyé par du Mont. LOUIS. — (Ibid., t. V, fol. 81.) — (Original.)

 

Mon cousin, St Simon sen alant vous trouver je lay chargé de vous asurer de la continuation de mon affection je vous conjure davoir seing de vous dans ses grandes preses tant pour lamour de moy qui vous ayme plus que toutes les choses du monde je finiroy donc celle cy.en priant le bon Dieu de tout mon cœur quel vous tienne en sa saincte garde. LOUIS. A St Germain en laye ce 28 novembre 1634. — (Ibid., fol. 82.) — (Original.)

 

Le matin de ce jour on avait célébré au Luxembourg les mariages des ducs de la Valette et Puylaurens, et du comte de Guiche, avec des parentes de Richelieu, les deux demoiselles de Pontchâteau et mademoiselle Du Plessis-Chivray. De grandes fêtes devaient être données le même soir à l'Arsenal, et le cardinal devait y assister. On peut remarquer avec quelle sollicitude Louis XIII recommande à son ministre de prendre garde à lui dans la foule où il va se trouver mêlé. La Gazette du 30 novembre nous apprend que Richelieu alla en effet à cette fête, que présidait la reine elle-même, et qu'il occupa, pendant le repas qui précéda le bal, avec le cardinal de la Valette et plusieurs autres seigneurs français et étrangers, une des tables d'honneur qui furent dressées pour ce festin.

 

Mon cousin, je viens de resevoir une bonne nouvelle laquelle vous aprandrés par celuy qui me la aporté qui est un lieutenant de Piémont que jay noury dans mes mousquetaires me remettant sur luy je finiroy en vous asurant toujours de mon afection. Louis. A minuit ce 29 Décembre 1634.

(Et en marge de haut en bas.) Je vous iroy voir demain. (Ibid., fol. 84.) — (Original.)

 

C'est évidemment la levée du siège du château de Heidelbert que venait d'apprendre Louis XIII. Après la bataille de Nordlingen, les alliés de la France en Allemagne avaient tout d'abord été effrayés par ce succès des impériaux, et Richelieu et son maître avaient pu craindre un instant de voir le résultat de leurs négociations fort compromis. Mais les protestants s'étaient rapidement relevés, puisque le 20 septembre, quinze jours seulement après la bataille de Nordlingen, Richelieu apprend au roi, dans un rapport, que les confédérés pourraient réunir, dans quelques jours, une nouvelle armée de 35.000 hommes. Louis XIII, pénétré, comme son ministre, des besoins de la situation, exprime en marge la satisfaction qu'il reçoit de cette nouvelle. Je me réjouis, dit-il, de quoy nos alliés prennent courage et s'unissent ensemble[89]. Il n'en reste pas là, d'ailleurs, et ne se contente pas de ces platoniques expressions de sympathie. Il envoie le maréchal de Brézé rejoindre l'armée du maréchal de la Force avec de nouvelles troupes, et leur donne l'ordre à tous deux de passer le Rhin si la situation des princes alliés rend nécessaire un secours immédiat. En même temps, il constitue en Lorraine un nouveau corps d'armée sous les ordres du duc de Rohan. Les deux maréchaux eurent bientôt à mettre à exécution les instructions qu'ils venaient de recevoir. Vers le milieu de décembre, le duc de Lorraine et les généraux impériaux, après s'être emparés de la ville de Heidelbert mirent le siège devant le château. L'armée suédoise, trop éloignée ou trop désorganisée, ne pouvait secourir les défenseurs de la capitale de l'électeur palatin. Les généraux français prirent aussitôt les mesurés nécessaires pour délivrer les assiégés, et le 21 décembre ils traversèrent le Rhin et arrivèrent devant le château. Le combat commença à sept heures du soir par l'enlèvement d'une batterie ennemie dont s'empara le marquis de la Force ; les autres corps attaquèrent en même temps les retranchements des impériaux. Ceux-ci furent obligés de se retirer dans la ville, où entra derrière eux le maréchal de Brézé. Après avoir capitulé, les assiégeants quittèrent Heidelbert le 23, à onze heures du soir. Les troupes françaises y entrèrent le lendemain, ravitaillèrent le château, puis allèrent camper entre Heidelbert et Manheim. La Gazette nous apprend que parmi les troupes du maréchal de Brézé se trouvait le régiment de Piémont[90]. C'est, comme le dit Louis XIII dans sa lettre, un officier de ce régiment qui apporta la bonne nouvelle à la cour de France.

 

Mon cousin, jacorde volontiers au fils de Guron la gratification que vous me demandés pour luy[91].

Je vous prie que je sache demain ce que les holandois auront fait[92].

Jenvoyeroy ce soir Roguemont a Mr le Prince[93].

Je me porte bien graces a Dieu et suis très gailart jay de quoy vous faire rire a la première vue cependant je vous diroy que les enemis sont si bas faute de vivres quils sont reduits a manger des chataignes et nous ne vivons que de citrons doux de quoy ils enragent[94] je vas doner audiance aux Nonces[95].

Je vous conjure davoir toujours soin de vostre santé. LOUIS. A St Germain ce 17 janvier 1635. — (Ibid., fol. 86.) — (Original.)

 

 

 



[1] C'était le nom donné dans la familiarité à Léon Bouthillier, fila du surintendant des finances. Léon Bouthillier, conseiller d'État, puis secrétaire d'État, devint, plus tard, comte de Chavigny et de Busançoy. Il fut mêlé à toutes les négociations entreprises par Richelieu à partir de 1631. Louis XIII le désigna pour faire .partie du Conseil de régence du jeune Louis XIV, mais Chavigny, après la disgrâce qu'Anne d'Autriche infligea à son père. Claude Bouthillier, prit sa retraite, et ne conserva que le titre de ministre d'État. Il mourut en 1652.

[2] Richelieu habitait Rueil à ce moment.

[3] Claude de Rouvrol, sire de Saint-Simon, page et favori de Louis XIII. Il était alors grand louvetier, premier gentilhomme de la Chambre, grand écuyer et gouverneur de Blaye. Il ne devint duc et pair qu'en 1635, et mourut en 1693, à Paris. On sait qu'il fut le père de l'immortel auteur des Mémoires.

[4] Ce billet semble une réponse à une lettre du cardinal, N'informant de la santé du roi. Une lettre de Richelieu, adressée, le 18 mars, à Léon Bouthillier, parait justifier cette supposition : Je vous envoie, lui dit-il, un billet d'une nouvelle forme pour le plus obligeant maistre du monde. Vous me manderez comme il l'aura reçeu... (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 543). Cette phrase, dans un billet qui ne devait pas être lu du roi indique combien Richelieu était touché des procédés du maitre à son égard. et nous montre que quelques bonnes paroles de Louis XIII suffisaient à relever le courage de son ministre.

[5] Richelieu était à Paris à ce moment : il ne partit pour Rueil que le lendemain. On remarquera l'insistance que met Louis XIII à indiquer au Cardinal les dangers qu'il peut courir à Paris.

[6] Jean de Ranbures, chevalier des ordres et capitaine de chevau-légers. Il fut tué au siège de la Capelle, le 4 octobre 1637.

[7] M. Avenel n'a pas trouvé la moindre trace du règlement dont parle Louis XIII ici ; nous n'avons, d'ailleurs, pas été plus heureux que lui.

[8] Le roi veut parler des rhumatismes du cardinal, dont celui-ci avait craint un accès quelques jours auparavant. Cette lettre est une réponse à une autre lettre de Richelieu, écrite à Paria, le même jour, et adressée à Léon Bouthillier. Dans cette lettre, le cardinal demande des nouvelles de la santé du roi, lui envoie des siennes et l'assure de la passion qu'il ressent pour son service et du contentement que lui procure la bienveillance dont Louis XIII le comble. (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 566.) Nous pensons que la lettre du roi a été écrite le 12 au soir.

[9] Cette phrase a déjà été citée par M. Avenel (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 573).

[10] Arch. des aff. étrang., France, 1634, six premiers mois, fol. 297.

[11] Arch. des aff. étrang., France, 1634, six premiers mois, fol. 307.

[12] Ce passage a déjà été cité par M. Avenel (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 573). Le savant éditeur des papiers du cardinal fait suivre cette citation de quelques réflexions où, malgré lui, car il n'a pas cru à l'affection de Louis XIII pour Richelieu, il affirme cette affection : Nous ne saurions, dit-il, trop mettre le lecteur dans la confidence de ces particularités intimes que les historiens ont peu connues, ou auxquelles ils ont dédaigné d'accorder leur attention, et qui nous paraissent, néanmoins, très-propres à rectifier des idées peu exactes sur les relations de Louis XIII et d'un ministre vers lequel il ne se sentait attiré par aucun penchant sans doute, mais dont il prisait avec un rare discernement les services, et auquel il avait fini par se sentir instinctivement attaché, comme on l'est à tout ce qui nous fait vivre. (Idem.) Une pareille contradiction chez un 'écrivain qui, à force de vivre avec le cardinal, avait fini par épouser toutes ses pensées, toutes ses espérances et toutes ses craintes, serait une nouvelle preuve, s'il en était besoin, de la vérité de l'opinion que nous défendons.

[13] M. Avenel donne, en effet (t. IV, p. 576), à la date du 15 juillet, un mémoire de Richelieu, avec des notes marginales de la main du roi.

[14] Quelle est cette dépêche que le roi attendait avec une si grande impatience, et quelle nouvelle devait-elle apporter ? Le 5 juillet précédent, Richelieu écrivait au maréchal de la Force : Par votre lettre du dernier juin voué prenez terme jusqu'au 15 aoust pour la reddition de la Mothe..... Pour moi je l'accourcis de quinze jours et dès le commencement du siège, j'ai dit qu'il iroit jusqu'à la fin de juillet..... (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 785). Et le 27 du même mois, il écrivait à Léon Bouthillier : Le roi a été bien aise de voir ce qui se passe à la Mothe et que M. le maréchal de la Force en assure la reddition dans la fin du mois  (Idem., p. 582.) Dans son numéro extraordinaire, du 31 juillet, la Gazette de France raconte la prise de cette ville de Lorraine, qu'assiégeait en ce moment le duc de la Force, et qui avait eu lieu le 28 précédent. Nous pensons que c'est cette nouvelle importante qu'attendait Louis XIII avec tant d'impatience, et cela nous fait supposer que la Gazette antidatait ses numéros. Le roi et le cardinal n'écrivirent, d'ailleurs, au maréchal, pour le féliciter du succès de ses opérations, que le 4 août suivant. (Mémoires de la Force, t. III, p. 407 et 408, Papiers de Richelieu, t. IV, p. 786.)

[15] Par le traité conclu entre la France et la Hollande, le 15 avril 1631, Louis XIII s'était engagé à lever et à entretenir un régiment et une compagnie de cavalerie. Charnacé avait été nommé colonel du régiment et capitaine des cavaliers.

[16] Sifredy reçut sa commission le 14 septembre, comme nous l'apprend un rapport de Richelieu au roi, daté du 13 du même mois. (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 603.)

[17] Richelieu habitait alors Royaumont.

[18] Le roi a eu une attaque de goutte... qui n'a duré que deux jours pendant lesquels le cardinal-duc n'a pas manqué de le visiter soigneusement. (Gazette de France du 19 août 1634, p. 344.) La goutte, en effet, reprit le roi la nuit suivante, et il n'alla pas voir le cardinal, comme il se le proposait : ce fut Richelieu qui vint à Chantilly, le 17, il y revint aussi le 18, comme il nous l'apprend dans une lettre à Bouthillier, du 18 août (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 593).

[19] A Léon Bouthillier. Le même jour, Louis XIII écrivait à celui-ci : Monsieur Bouthillier-Deschapelle vous va trouver pour avoir les expéditions de Cirg afin qu'il s'enpuisse aler au plus tost. Faist Nanteuil ce 30 aoust 1694. Louis (Arch. des aff. étrang., France, t. V, fol. 57.)

[20] Circk, dont Deschapelles fut nommé gouverneur, était un château situé sur la Moselle, près de la frontière de Luxembourg. (Peut-être Sierck, car les dictionnaires de géographie ne donnent plus ce nom.) Dans une note placée en errata, à la fin (p. 819) du quatrième volume de sa publication, M. Avenel affirme que Deschapelles fut nommé gouverneur de Circk au mois d'octobre. La lettre que nous donnons rétablit les faits, et celle de Louis XIII à Bouthillier, jusqu'alors inédite, nous montre qu'il reçut sa commission, au plus tard, dans les premiers jours de septembre. Ce qui a pu tromper M. Avenel, c'est que le 18 octobre, Deschapelles écrivait à Richelieu pour lui dire que la défense serait impossible si la place qu'il tenait venait à être attaquée. (Arch. des aff. étrang., Lorraine, t. XXV, fol. 285.) C'est, sans doute, cette conviction qui l'amena à rendre aussi facilement, lorsqu'il fut assiégé. Sa conduite manqua tellement de courage, que Richelieu la qualifie de lâcheté, dans une lettre à Charnacé, du 10 mai 1635 (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 758). Cette reddition le fit condamner à mort, par un conseil de guerre. Il fut exécuté à Mézières, le 9 mai 1635.

[21] Armand de Caumont, marquis de la Force, maréchal de camp dans l'armée de son père, le maréchal de la Force. Il devint maréchal de France, après la mort de celui-ci, en 1652, et mourut en 1666.

[22] La guerre n'était pas déclarée à l'Espagne, et, cependant, sur toute l'étendue des frontières les deux armées française et espagnole se combattaient, l'une sous prétexte de seconder les Hollandais ou les Suédois, l'autre pour venir en aide aux impériaux. Ainsi le marquis de la Force n'avait qu'une mission bien précaire ; il allait, selon un mémoire de Richelieu an roi, daté du 3 septembre avec six mil hommes de pied et douze cents chevaux vers Donchery pour sauver les Liegeois. (Papiers de Richelieu, t. IV, p. ses.) A la fin du mois, sa mission étant terminée sans doute, il recevait l'ordre de s'en aller droit à Saverne pour se joindre ou ne se joindre pas aux troupes commandées par son père, selon qu'il le jugera plus à propos. (Mémoire à Servien. Papiers de Richelieu, t. IV, p. 619.)

[23] Nous ne savons quel est le document dont Louis XIII parle ici.

[24] Ceci nous serait une preuve, si elle était nécessaire, de l'authenticité de l'écriture des lettres que nous publions.

[25] Papiers de Richelieu, t. IV, p. 600.

[26] Cette lettre est du même jour que la précédente ; aussi nous pensons que l'affaire, dont parle le roi et qui doit rester secrète, est la formation de la nouvelle cavalerie.

[27] M. Avenel donne cette lettre à la fin d'un rapport de Richelieu, daté du 13 septembre (t. IV, p. 603). L'original que nous avons eu entre les mains est indépendant, mais tous les termes de cette lettre se rapportent bien au rapport en question.

[28] D'Argencourt était un ingénieur distingué. Protestant, il défendit Mont-Peiner contre Louis XIII, en 1822, ce qui ne l'empêcha pas de diriger en 1625, pour le compte du roi, la construction des fortifications de l'île de Ré, et, en 1630, celles de l'île d'Oléron. Richelieu en faisait un très-grand cas.

[29] Dans le rapport cité plus haut, Richelieu disait au roi qu'il lui envoyait en même temps une lettre de d'Argencourt. C'est certainement dans cette lettre qu'était faite la proposition de mettre garnison à Charleville, car le rapport du cardinal était muet à ce sujet.

[30] Richelieu annonçait, en effet, dans son rapport, qu'aucune nouvelle n'était arrivée de Hollande et d'Allemagne. On voit que, chaque jour, la France se préparait de plus en plus à entrer d'une façon directe en lutte avec l'Espagne. On peut voir dans toutes les notes mises par Louis XIII, en marge des rapporta de Richelieu, que le roi s'occupait avec autant de passion que son ministre, des préparatifs que celui-ci organisait.

[31] Supplément de paie.

[32] Henri-Auguste de Loménie, seigneur de la Ville-aux-Clers, comte de Brienne depuis 1623. Il était alors secrétaire d'Etat. Caractère indépendant, il se contenta d'être fidèle au roi, sans jamais rechercher la faveur du cardinal, ce qui ne l'empêcha pas de garder les places que sa sagesse dans le conseil et sa fidélité lui avaient acquises. Il obtint le département des affaires étrangères en 1643, et le garda jusqu'en 1663. C'est l'auteur des Mémoires si connus sous le nom de Mémoires de Brienne. Il mourut en 1666.

[33] Charles de la Porte, marquis de la Meilleraye, cousin germain de Richelieu, et à ce moment lieutenant-général de Bretagne. Il allait être nommé grand-maître de l'artillerie. Maréchal de camp, l'année suivante, puis mestre de camp, lieutenant-général des armées du roi, en 1636, il fut nommé maréchal de France, en 1639, à la prise d'Hesdin. Après avoir été surintendant des finances de 1648 à 1649, il fut nommé duc et pair en 1663, et mourut à Paris, en 1664.

[34] Papiers de Richelieu, t. IV, p. 608.

[35] Papiers de Richelieu, t. IV, p. 469.

[36] Gazette de France, du 30 septembre 1634, p. 420.

[37] Papiers de Richelieu, t. IV, p. 573.

[38] M. Avenel donne ceci comme écrit au bas d'un mémoire du cardinal, daté du 26 septembre.

[39] Entre Meaux et Dammartin. Le roi y était depuis la veille et y resta jusqu'à la fin de septembre.

[40] Le 1er octobre 1634, le duc d'Orléans avait signé un contrat par lequel il promettait à son frère de rentrer en France le plus tôt qu'il le pourrait. Les billets dont parle le roi étaient, sans doute, l'ordre donne au duc de Chaulnes d'aller au-devant de lui et les lettres écrites aux gouverneurs des diverses places de Picardie, pour les prévenir du retour de Gaston, en France. Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est que le roi écrivait ceci le mercredi 4, et que Monsieur quitta Bruxelles le dimanche suivant 8 octobre. Le cardinal était à Chilly, près de Longjumeau. Louis XIII alla coucher le 5 à Chevreuse et de là à Sainte-Geneviève-des-Bois.

[41] Parmi les lettres du cardinal, il y en avait, sans doute, une confidentielle et que le roi ne devait pas contre signer, puisque Louis XIII parle des avis que lui a donnés Richelieu, au sujet de deux hommes inconnus. Dans un rapport du 17 octobre (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 6119), le cardinal parle d'un misérable arrêté à Marchenoir (entre Orléans et Vendôme), que l'on doit confronter à un autre misérable qui est entre les mains du chevalier du Guet. Est-ce de ces deux hommes dont le roi veut parler ? Nous l'ignorons, mais, en tout cas, leur capture ne parait pas une affaire importante, car nous n'avons trouvé nulle autre trace de tout cela. L'un des deux hommes devait être prêtre, d'après une des lettres qui vont suivre, datée du 16 octobre.

[42] Papiers de Richelieu, t. IV, p. 420.

[43] Arch. des aff. etrang., 1633, de septembre à décembre, fol. 132.

[44] Arch. des aff. étrang., France, 1633, de septembre à décembre, fol. 203.

[45] Arch. des aff. étrang., France, t. V, fol. 56 (original), et Idem, France, 1634 six derniers mois, fol. 106 (copie).

[46] C'était à la fois le médecin de la reine-mère, et un espion de Richelieu, en Flandre.

[47] Papiers de Richelieu, t. IV, p, 608.

[48] Village à quatre lieues de Paris, près de Longjumeau. A ce moment, Richelieu en habitait le château.

[49] Le récit de Louis XIII, que nous donnons plus loin, dit le 6e ; la Gazette, de son côté, dit le 7e.

[50] Petite ville du département de l'Aisne, qui était fortifiée à cette époque.

[51] Ce manuscrit fait partie d'un recueil composé d'articles semblables, tous écrits par Louis XIII lui-même, et dans lesquels il raconte les différents événements militaires de son règne, depuis son entrée à Nancy, en 1633, jusqu'à sa campagne de Roussillon, en 1642. Ses récits s'arrêtent au 14 juin de cette dernière année. Ce précieux volume provient de la bibliothèque de Philippe de Béthune, frère de Sully, et fut donné au roi par son fils Hippolyte, en 1663. Son premier possesseur a intitulé ce volume : Relations particulières fort curieuses escrittes de la main du roi Louis XIII qu'il faisoit de temps à autre et qui mont été données par monsieur Lucas secrétaire de son cabinet, avec beaucoup d'autres lettres et papiers bien curieux (ces deux derniers mots sont écrits en interligne) après la mort dudit roy, qui estoiest dans la cassette que Sa Majesté faisoit tousjours porter avec elle. M. Schmit, bibliothécaire au département des imprimés de la Bibliothèque nationale, a publié sur ce manuscrit, en 1868, une petite mais très-intéressante brochure de huit pages, qui est plutôt une description qu'une étude. Il s'est contenté de reproduire trois articles seulement : le premier que contienne le manuscrit, et deux autres écrits pendant la campagne de Lorraine en 1635. M. Avenel n'a fait qu'indiquer l'existence du volume dont nous noue servons en ce moment. Nul jusqu'alors ne l'a mis en œuvre et mon peut dire que les fragments que nous allons publier sont inédits, puisque la Gazette ne les a jamais donnés textuellement.

[52] Les quatorze derniers mots sont écrits en interligne.

[53] Gouverneur des Pays-Bas, pour les Espagnols.

[54] La bataille de Nordlingue gagnée par les Impériaux sur les Suédois et les troupes du duc de Saxe-Weimar, le 6 septembre précédent.

[55] Les sept derniers mots sont en interligne.

[56] Quatre mots en interligne.

[57] Frontière, en interligne.

[58] Promptement, en interligne.

[59] Quatre derniers mots en interligne.

[60] Trois mots en interligne.

[61] Mondit segneur, en interligne.

[62] Quatre mots en interligne.

[63] Le roi avait d'abord écrit : à manger ; il a rayé ces deux mots et écrit au-dessus, en interligne : à souper.

[64] Les dix-huit derniers mots sont en interligne ; il est à remarquer quo les trois derniers : côme il faut, n'ont pas été reproduits par la Gazette.

[65] Les huit derniers mots en interligne.

[66] Le nom manque dans le manuscrit. C'est Léon Bouthillier que Louis XIII avait envoyé à son frère.

[67] Ces trois mots, en interligne.

[68] Cet article n été publié, dans les conditions que nous avons indiquées plus haut, dans la Gazette du 14 octobre 1634.

[69] M. Avenel cite cette lettre dans son quatrième volume, p. 632.

[70] Le marquis de Vardes avait, en effet, secondé la reine-mère dans sa fuite en juillet 1631. On voit que les rancunes du roi étaient durables lorsqu'elles avaient pour point de départ une désobéissance ou une attaque à son autorité. Le lendemain Richelieu répondait au roi à ce sujet : Vardes ne doit pas estre compris entre ceux qui sont sortis du royaume pour l'amour de Monsieur. Je dépesche à M. le Jeune, ainsy qu'il plaist au roy me commander sur ce sujet. (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 629.)

[71] Dans son rapport du lendemain, Richelieu répond que, s'il eût pu mander au roi quelque chose de certain sur le voyage de Kenut, il l'eut fait la veille, mais qu'il ne l'a pas fait, parce qu'on ne voit encore nullement quelles sont les intentions de l'ambassadeur. Kenut, dont le nom s'écrivait réellement Knuyt, était ambassadeur de Hollande en France.

[72] Nous ne savons si le roi revient ici sur l'un des deux misérables dont nous l'avons vu s'occuper dans l'une de ses lettres précédentes.

[73] Papiers de Richelieu, t, IV, p. 626.

[74] Papiers de Richelieu, t. IV. p. 788.

[75] Bibliothèque nationale, fonds français, t. 3,840, fol. 140. Cet article fut publié avec certains changements et une longue addition dans la Gazette du 21 octobre.

[76] Lundi 16 octobre.

[77] Château du département de l'Oise, appartenant au duc d'Halluin, fils de Schomberg.

[78] Gazette de France du 26 octobre 1634.

[79] Papiers de Richelieu, t. IV, p. 574, Instruction à Charnacé.

[80] Arch. des aff. étrang., France, 1634, six derniers mois, fol. 33.

[81] Arch. des aff. étrang., France, 1634, six derniers mois, fol. 33.

[82] Papiers de Richelieu, t. IV. p. 609.

[83] Papiers de Richelieu, t. IV, p. 630.

[84] M. Avenel donne aussi cette note à la fin d'un rapport du 26 octobre.

[85] Papiers de Richelieu, t. IV, p. 610.

[86] Gazette de France, 1634, p. 399.

[87] Abraham Fabert, qui fut depuis, en 1658, maréchal de France, et mourut en 1662. Il venait d'être arrêté sur l'ordre du gouverneur de Thionville. Pour obéir au roi, Richelieu fit prévenir le marquis d'Aytonne, gouverneur des Pays-Bas, que les espions espagnols arrêtés, soit en Languedoc, soit en Lorraine, subiraient le même traitement qui serait infligé à Fabert. Sa réclamation n'eut pourtant pas un effet immédiat, puisque la délivrance de l'officier français n'est annoncée que par la Gazette du 13 janvier 1635. Elle nous apprend qu'ayant été trouve innocent du crime d'espionnage, après l'examen de ses papiers, il fut relâché sur l'ordre du gouverneur de Thionville, qui l'avait fait arrêter.

[88] Abel Servien, secrétaire d'État de la guerre, depuis 1830. Disgracié en 1636, il vécut retiré à Angers, jusqu'à la mort de Louis XIII. A cette époque, il fut envoyé par Mazarin comme plénipotentiaire français au congrès de Munster. Il mourut en 1659, peu regretté de ses contemporains, à cause de la rudesse de son caractère.

[89] Papiers de Richelieu, t. IV, p. 608.

[90] Gazette de France, Extraordinaire du 4 janvier 1635, p. 5, et Nouvelles, du 6 janvier, p. 11.

[91] Ce même jour, 17 janvier, dit la Gazette de France, mourut le sieur de Guron, naguère conducteur des ambassadeurs. (Gazette du 20 janvier 1635.) M. Avenel n'a pas trouvé la lettre du cardinal à laquelle Louis XIII fait allusion et dans laquelle Richelieu priait le roi d'accorder une indemnité au fils de Guron, à cause de la mort de son père.

[92] On a vu plus haut que les ambassadeurs hollandais devaient signer, le 15 janvier, le traité qui se négociait depuis longtemps et que leurs hésitations firent reculer cette signature définitive jusqu'au 8 février. Dans une lettre à Léon Bouthillier, du 17 janvier, Richelieu se plaint vivement du procédé des ambassadeurs étrangers (voyez Papiers de Richelieu, t. IV, p. 851).

[93] La Gazette nous apprend que le prince de Condé, arrivé le 15 à Paris, alla voir le roi le lendemain à Saint-Germain. Nous ne savons quel était le motif de cette visite qui nécessitait une réponse de la part du roi.

[94] Louis XIII veut, sans doute, parler du siège de Brissac, que le duc de Rohan faisait à cette époque. Les Espagnols qui défendaient cette place étaient, en effet, à peine pourvus de vivres pour six semaines, s'il faut en croire une lettre de Richelieu à Henri de Rohan, datée du 23 janvier (Papiers de Richelieu, t. IV, p. 792).

[95] Le 17, dit la Gazette de France, les sieurs Mazarin et Bolognetti, nonces de Sa Sainteté, furent conduits à Saint-Germain par le comte de Brulon, conducteur des ambassadeurs, où ils eurent audience du roi, ensuite de laquelle ils furent traités par les officiers de Sa Majesté. Ils eurent pareille audience du cardinal-duc. (Gazette du 20 janvier 1835.) Le projet de ligue entre les princes italiens et la France, tant de fois déjà mis en avant, revenait sur l'eau encore une fois en 1635. Louis XIII avait envoyé, dès le commencement de l'année, le sieur de Bellièvre, comme ambassadeur en Italie, pour tenter d'organiser cette ligue, et, comme an le voit, le Pape avait, de son côté, deux envoyés à Paris, chargés de défendre ses intérêts dans cette négociation, qui, d'ailleurs, ne réussit pas.