L'EUROPE ET LES BOURBONS SOUS LOUIS XIV

AFFAIRES DE ROME. — UNE ÉLECTION EN POLOGNE. — CONFÉRENCES DE GERTRUTDENBERG. — PAIX D'UTRECHT

 

CHAPITRE XII.

 

 

Le maréchal d'Huxelles, l'abbé de Polignac et Ménager, plénipotentiaires français à Utrecht. — Ils quittent Versailles et arrivent à Utrecht. — Lord Strafford et l'évêque de Bristol, ambassadeurs de la Grande-Bretagne. — Opérations préparatoires. — Ouverture du congrès. — La question des préséances est éludée. — Première séance. — Discours. — Rôle particulier et fonctions de chacun des représentants français. — Introduction dans le congrès des ministres de la Savoie, du Portugal, de la Prusse et de l'Allemagne. — Les propositions de Louis XIV sont communiquées aux membres du congrès. — Agitation qu'elles soulèvent. — Haine profonde que nourrit la Hollande contre la France. — Récriminations violentes de la plupart des membres du congrès. — Ils répondent aux offres de Louis XIV par un mémoire renfermant leurs propres demandes. — Leurs attaques passionnées. — Froideur et inaction des représentants de la Grande-Bretagne. — Causes de cette froideur. — Position extrêmement délicate des ambassadeurs français.

 

Les trois plénipotentiaires, chargés de représenter la France à Utrecht, ne pouvaient être mieux choisis pour la mission qu'ils étaient appelés à remplir. Le rôle important qu'ils avaient précédemment joué, et leurs qualités, diverses mais précieuses dans leur ensemble, les rendaient capables de surmonter bien des obstacles et de traiter toutes les questions, se rattachant à ce conflit européen. Tandis qu'Huxelles et Polignac avaient, à Gertruydenberg, assisté à une des phases les plus délicates de ce conflit, Ménager venait de profondément l'étudier à Londres, et il n'était étranger à aucune des difficultés qui allaient être soulevées pour la dernière fois. Moins connu de nos lecteurs que ses collègues, ce diplomate expérimenté est aussi bien qu'eux digne de notre attention[1]. A un sens droit, à une instruction prodigieuse, surtout dans les matières commerciales[2], Ménager joignait une modestie si grande qu'elle engendrait chez lui une certaine hésitation à engager un débat et une extrême timidité pour le soutenir. Aux vivacités ardentes de la discussion, il préférait les paisibles recherches de l'étude, et, bien qu'il soit toujours demeuré ferme et inébranlable dans le maintien des principes politiques qu'il avait émis, il était plu apte à les poser avec précision qu'à les défendre avec énergie. Ses talents seuls l'avaient élevé jusqu'à la confiance la plus intime de Louis XIV, et, de l'obscur avocat de Rouen, avaient fait un des plénipotentiaires de la France à Utrecht. Le vaniteux monarque crut devoir orner un nom roturier[3] du titre pompeux de comte de Saint-Jean. Mais l'histoire désigne avec raison Ménager par le nom sous lequel il est sorti de l'obscurité, et qu'il y avait d'autant plus de mérite à illustrer qu'il était précédemment moins connu.

Après que Louis XIV lui-même leur eut donné ses dernières instructions, les trois ambassadeurs quittèrent Versailles, et ils arrivèrent à Utrecht le 19 janvier 1712[4]. Le même jour, ils reçurent la visite des deux plénipotentiaires anglais, qui se trouvaient déjà à Utrecht depuis le 15 janvier. C'était, avec le brusque et énergique lord Strafford, le docteur Robinson, évêque de Bristol et garde du sceau privé, d'un caractère flegmatique et d'un extérieur froid, parfait honnête homme et négociateur instruit, qui avait résidé pendant trente-deux ans dans les cours du Nord[5], où il venait d'habilement dénouer les difficultés existant entre la Suède et le Danemark.

Les premières journées des ambassadeurs[6] furent consacrées à des visites et à des conférences préparatoires dans lesquelles on convint[7] du lieu, de l'époque et de la manière dont devait se faire l'ouverture du congrès. Cette ouverture ne fut pas dépourvue d'une certaine solennité. Le 29 janvier, dès le matin, les habitants d'Utrecht se pressaient dans leurs rues trop étroites pour voir commencer le grand événement sur lequel était fixée l'attention de toute l'Europe, et qui devait, en faisant entrer dans l'histoire le nom de leur ville, l'immortaliser à jamais. Les magistrats, fidèles aux ordres qu'ils ont reçus, font conduire sur la place principale une escouade de la garnison chargée de contenir la population trop empressée, et de dégager les abords de l'hôtel de ville. Vers les dix heures, les plénipotentiaires, vêtus des plus riches costumes et décorés de tous leurs ordres, arrivent successivement dans des carrosses à deux chevaux, qui viennent se ranger devant l'hôtel de ville suivant l'ordre de leur arrivée. Au moment où ils quittent leurs équipages pour entrer dans le lieu destiné aux réunions, les cloches sonnent à toutes volées, d'immenses cris se font partout entendre, et chacun cherche à voir ces utiles conquérants de la paix, dont la noble mission est de rendre le repos à l'Europe 'et de terminer d'une manière définitive la lutte formidable qui la divise et l'agite depuis cent cinquante ans.

Ainsi que cela a été réglé à l'avance[8], le maréchal d'Huxelles, l'abbé de Polignac et Ménager entrent dans la grande salle de l'hôtel de ville par une des portes latérales, pendant que les ministres anglais y pénètrent par l'autre. On a eu le soin d'enlever de cette salle la glace et la cheminée[9], afin de supprimer toute place d'honneur et d'éviter de choisir laquelle des deux maisons de France ou d'Angleterre doit l'occuper. Après s'être salués, les ministres s'avancent vers la table qui se trouve au milieu de la salle, et prennent place sur les fauteuils qui sont à leur portée, et qu'aucune désignation particulière ne distingue. La question des préséances, si importante entre deux nations ombrageuses, quelque futile qu'elle paraisse, est ainsi heureusement éludée. On introduit ensuite les ministres de la Savoie et de la Hollande[10]. Parmi ceux-ci se trouvent Buys et Vanderdussen, acteurs obligés et contraints d'une scène qu'ils ont vainement voulu empêcher, témoins hostiles d'un rapprochement qu'ils tâcheront de rendre inefficace, et qui, après s'être procuré à Gertruydenberg le spectacle, prolongé par eux, de nos humiliations et de notre abaissement, vont, par un juste retour, assister au triomphe définitif de notre politique. Cette animosité rancuneuse et mesquine[11], dont ils ont déjà donné tant de preuves à la France, et qu'ils n'ont un moment répudiée que pour essayer d'enlever à l'Angleterre l'avantage d'ouvrir les négociations, se révèle dans tous leurs actes et éclate même dans les rapports personnels et journaliers. Naguère encore le grand pensionnaire a, sous divers prétextes, refusé d'envoyer aux ambassadeurs français les passeports indispensables à leur départ pour Utrecht, et seule l'intervention énergique de lord Sfrafford a pu vaincre une résistance opiniâtre et absolue[12]. Pendant que Buys cherchait à renverser à Londres le parti de la paix[13], le gouvernement des Provinces-Unies laissait répandre dans toute la Hollande de nouveaux libelles[14] plus offensants encore que ceux publiés en 1710, parce que, tandis que ceux-ci avaient été dictés par la haine satisfaite au-delà même de ses espérances, ceux-là étaient inspirés par la haine inassouvie, et d'autant plus acharnée qu'elle se voit réduite à l'impuissance et condamnée à l'insuccès.

Toutefois la persistante et sourde opposition des représentants de la Hollande ne put pas se manifester dans cette première séance, consacrée à des discours d'apparat. L'évêque de Bristol prit la parole[15], et Huxelles lui répondit en peu de mots. Puis l'abbé de Polignac se concilia les esprits, que la passion n'aveuglait point, par un discours où il dépeignit en termes pathétiques, mais avec une modération habile, la situation faite à l'Europe par une guerre d'un demi-siècle. C'est lui d'ailleurs qui, dans la suite des conférences, se chargea le plus souvent d'exprimer et de soutenir la pensée de Louis XIV. Divers de caractères, mais unis par un égal sentiment de patriotisme, et comprenant que leurs qualités distinctes étaient chacune nécessaire au succès de l'œuvre commune, les trois ministres prirent facilement l'habitude de remplir le rôle qui convenait le mieux à leurs aptitudes différentes. Huxelles, premier plénipotentiaire, énonçait succinctement les propositions, tenait la plume et dressait les dépêches à envoyer à la cour. Polignac achevait, par le charme de sa parole douce et insinuante, ce que l'éloquence mâle et nerveuse du maréchal avait ébauché. Ménager rédigeait les protocoles et était fort écouté, dans les délibérations particulières des trois ministres français. Au surplus, malgré l'humeur inquiète et un peu hautaine du maréchal[16], leur intimité parut constamment être des plus étroites. Polignac eut la sagesse et l'art[17], sans jamais rien sacrifier quant au fond, de céder toujours dans la forme, et de tempérer par sa douceur inaltérable les éclats fréquents d'un caractère impétueux. Conciliant, réservé, plein de déférence, Ménager se complaisait à les satisfaire l'un et l'autre, bien que beaucoup plus attiré vers Polignac par la similitude de leurs goûts et l'égale aménité de leurs manières.

Dans la seconde[18] conférence, tenue le 3 février, les ministres français et ceux de la Grande-Bretagne déclarèrent que les articles préliminaires, signés à Londres par Ménager, ne devaient être considérés que comme de simples propositions qui ne pouvaient obliger en rien les alliés, ni les empêcher de parler et d'agir ainsi qu'ils l'auraient fait sans ces préliminaires. C'était une invitation indirecte adressée surtout à l'Empire, qui n'avait désormais plus de prétexte pour demeurer étranger à l'entreprise commencée. En effet, on vit accourir presque aussitôt à Utrecht le comte de Tarouca, ambassadeur du Portugal[19], Metternich, ministre du roi de Prusse[20], et, pour représenter l'empereur d'Allemagne, le formaliste Zinzerdoff[21], négociateur peu habitué au succès, qui avait été mortifié à Paris[22] au moment de l'ouverture du testament de Charles II, que le grand pensionnaire avait à la Haye, et en dépit de fréquentes protestations, laissé en dehors des conférences de Gertruydenberg, et qui marqua ses débuts au congrès d'Utrecht par une réserve, longuement motivée[23] sur ce qu'il condescendait à adopter la langue française, malgré l'obligation imposée aux ministres impériaux de ne s'exprimer qu'en latin. Mais il était destiné à des surprises autrement graves et à des concessions bien plus importantes.

Le 10 février, dans une quatrième[24] conférence qui a lieu le matin, comme d'habitude, et à laquelle assistent non-seulement les ambassadeurs précédemment nommés, mais encore les ministres de tous les Électeurs[25], de la Suisse et des divers États de l'Italie[26], Huxelles et Polignac présentent les propositions de Louis XIV réunies en dix-neuf articles sous le titre d'explication spécifique des offres de la France pour la paix générale, à la satisfaction de tous les intéressés dans la guerre présente[27]. La reconnaissance de la reine Anne par Louis XIV, le comblement du port de Dunkerque moyennant équivalent, les Pays-Bas espagnols cédés à l'électeur de Bavière, et servant, avec quelques places enlevées à la Hollande et à la France, de barrière entre ces deux puissances ; Philippe V maintenu sur le trône d'Espagne, mais renonçant au royaume de Naples :et au duché de Milan, réservés à l'Empire, et l'engagement pris envers toute l'Europe de ramener le commerce d'Espagne aux coutumes et règlements en vigueur sous Charles II et d'empêcher que les deux couronnes, espagnole et française, puissent jamais être réunies sur la même tête : tels sont les points fondamentaux de ces propositions[28].

Après en avoir remis copie, les ambassadeurs de Louis XIV quittent l'assemblée, afin de permettre aux ministres des alliés de délibérer entre eux. Mais à peine a-t-on pris connaissance de ces propositions, qu'il s'élève de tous côtés un long murmure, bientôt suivi d'une agitation violente et générale[29]. Jusque-là, l'accord secret qui unit, depuis la mission de Gautier, l'Angleterre et la France, a été plus réel qu'apparent. Rien d'officiel, rien d'authentique ne l'a manifesté à l'Europe. Alors seulement son existence se révèle d'une manière indiscutable, et en voyant Louis XIV qui offrait inutilement, à Gertruydenberg, de détrôner lui-même son petit-fils, proposer fièrement aujourd'hui le maintien de Philippe V à Madrid, les alliés ne peuvent plus douter d'une entente dont apparaît à leurs yeux la conséquence significative. Tandis que Bolingbroke a employé deux années à conduire habilement l'Angleterre d'exigences exagérées à des concessions aussi nécessaires que sages, les plénipotentiaires hollandais, restés sous l'empire d'anciennes passions, croient encore se trouver à Gertruydenberg, où ils ont plaisir à voir une France abattue et suppliante. Agissant comme si une profonde révolution politique ne s'était pas opérée depuis ces fatales conférences, ils conservent les mêmes illusions, les mêmes projets et une morgue aussi hautaine. Le jour même où les propositions de Louis XIV leur ont été communiquées, ils ne craignent pas de les faire imprimer[30] et de les répandre dans les Provinces-Unies avec des commentaires de nature à exciter plus violemment encore les esprits contre la France. Les gazettes de la Haye sont toutes remplies d'observations malveillantes et d'exclamations ironiques sur la puissance et la hardiesse de Louis XIV[31]. Ce qui est le résultat d'un utile revirement dans la politique anglaise, justifié naguère par la mort de Joseph Ier, est considéré comme une prétention téméraire et folle d'un monarque présomptueux et qui ne tient pas compte des leçons de la fortune. Le peuple hollandais se laisse égarer par ceux qui le dirigent, et toute considération d'intérêt européen disparaît à ses yeux devant la satisfaction de ses rancunes[32]. Au surplus, il est encouragé et aidé dans son opposition par les nombreux calvinistes qui, chassés de la France par la révocation de l'édit de Nantes, sont venus s'établir dans les Provinces-Unies et y ont apporté leurs richesses, leur commerce, leurs talents et aussi leur haine implacable. Ces infortunés exilés confondent dans la même vengeance leur patrie et leur intolérant persécuteur, et, dans les écrits les plus violents, dans les publications les plus passionnées, ils versent un fiel longtemps contenu[33]. On fait insinuer la prétendue intention d'expulser de la Hollande les ambassadeurs français, et, au lieu d'être unanimement blâmée, la nouvelle d'un tel projet est accueillie avec faveur et colportée avec enthousiasme[34]. Les sentiments de la plupart des membres du congrès ne sont guère moins hostiles. Ils refusent à une grande majorité de recevoir le comte de Bergeick, envoyé de Philippe V[35], ne voulant en rien sembler reconnaître celui qu'ils considèrent comme un usurpateur. Ils renvoient au cinq mars le moment de répondre aux propositions du roi de France, et, ce jour venu, loin de daigner offrir la moindre réponse, ils présentent chacun[36] un long mémoire dans lequel, à l'exception de la Grande-Bretagne[37], chaque puissance émet les conditions les plus humiliantes et les plus dures. Ce n'est pas la France morcelée, comme ont osé un moment le rêver ses deux plus mortels ennemis enivrés par la victoire[38], mais c'est la France entamée dans ses frontières, atteinte dans son influence et obligée d'abandonner ses alliés. Les plénipotentiaires anglais, manquant d'instructions suffisantes, participant aux hésitations du ministère tory alors en bitte aux plus violentes attaques des whigs et attendant vainement l'arrivée promise de Prior chargé des ordres définitifs de leur cabinet[39], évitent de mettre en évidence leur entente avec celui de Versailles et ne cherchent pas à prendre la direction des débats. La situation est des plus délicates pour les ministres de Louis XIV, entourés de quatre-vingts adversaires ardents et de deux alliés silencieux et froids, assaillis de réclamations impérieuses et voyant faiblir le seul soutien sur lequel ils comptaient s'étayer. Leur tact, leur sang-froid et leur souplesse ne les abandonnent pas[40]. Ils reçoivent toutes les demandes des divers envoyés, et ils annoncent qu'elles seront exactement transmises au cabinet de Versailles[41]. Mais ils font observer qu'il est inutile de délibérer autrement que par l'intermédiaire des gazettes, puisqu'elles rendent un compte fidèle de tout ce qui devrait demeurer le secret de l'assemblée[42]. Aux plaintes de leurs antagonistes, ils opposent leurs propres plaintes. Le reproche de ne pas répondre assez tôt à chaque demande des divers envoyés, ils le repoussent péremptoirement par l'impossibilité où les Hollandais les placent d'avoir des passeports pour les courriers, et quand, pressés par l'assemblée entière, ayant épuisé toutes les ressources et employé tous les prétextes, ils sont enfin contraints de se prononcer, sous peine de rompre, ils déclarent que Louis XIV a vu les demandes des alliés et qu'il est prêt d'entrer en négociation, de la manière pratiquée aux congrès précédents[43]. Zinzerdoff, peu satisfait de cette réponse dilatoire, exige une note écrite, sur laquelle il puisse faire fond[44]. Mais cette note, très-habilement rédigée, constate seulement qu'on s'est transmis des propositions réciproques auxquelles de part et d'autre il n'a pas été répondu[45]. Prolonger le congrès sans céder, mais sans rompre, persister dans le maintien de Philippe V à Madrid en évitant de provoquer de trop pressantes réclamations, et subir les résistances sans essayer de les vaincre, telle est actuellement la tactique des ambassadeurs français, tactique habile, car elle laisse à une puissante intervention le temps de se produire.

 

 

 



[1] Saint-Simon (t. VI, p. 189 des Mémoires, édition de M. Chéruel) nomme Ménager un gros négociant, et il s'étonne qu'on l'ait choisi plénipotentiaire en égal caractère qu'Huxelles et Polignac, ce qui, dit-il, sembla assez étrange. Pour qui connaît l'extrême orgueil du noble duc, et le cas extraordinaire qu'il faisait de la naissance, cette observation singulière et caractéristique n'étonne pas. Ailleurs (p. 424 du même volume) Saint-Simon est encore plus énergique : il qualifie cette égalité du caractère donné par le roi aux trois plénipotentiaires de monstrueuse.

[2] Saint-Simon, Mémoires, t. VI, p. 425.

[3] Lettres de Bolingbroke, t. I, p. 47. Le père Faucher, Histoire de Polignac, p. 112.

C'est à tort que Guilbert, dans ses Mémoires biographiques et littéraires des hommes célèbres de la Seine-Inférieure, avance que Ménager se nommait en réalité Lebaillie, et qu'il ne changea de nom qu'après le traité d'Utrecht. Dès le 24 novembre 1700, jour de l'ouverture du conseil de commerce, ce diplomate est nommé Ménager dans le procès-verbal de la séance.

[4] Le maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac étaient accompagnés, le premier de l'abbé Dubos, le second du chevalier de la Faye, avec le titre d'assesseur.

[5] Lettres de Bolingbroke, t. I, p. 126.

[6] J'ai recueilli une grande partie des faits, qui ont être exposés, dans un livre extrêmement curieux et fort rare, que possède la Bibliothèque impériale, sous le titre : Entretiens politiques et historiques de plusieurs grands hommes aux Champs-Élysées sur la paix conclue à Utrecht. Paris, François Barois, rue de la Harpe, 1714, in-18. Ce sont des dialogues, imités de Lucien, et imaginés entre François Ier, Charles-Quint, Guillaume III et Godolphin. Celui-ci raconte aux trois souverains les négociations relatives à la paix d'Utrecht. Quand Godolphin est parvenu au 16 septembre 1712, jour de sa mort, l'auteur de ces piquants entretiens le remplace par Arrizon, secrétaire d'ambassade anglais, qui continue le récit et le poursuit jusqu'à la fin. C'est court, vif, spirituel, et l'auteur parait avoir été très-exactement renseigné. Il n'est pas nommé, et la préface fait seulement connaitre qu'il a assisté aux conférences d'Utrecht à la suite du plus fameux des plénipotentiaires qui se sont signalés dans cette célèbre assemblée. Ces mots, le lieu où ce petit livre a été édité, quelques détails circonstanciés relatifs à l'abbé de Polignac et bien des allusions à son ambassade à Varsovie, me portent à croire que l'auteur est le chevalier de la Faye, assesseur de l'abbé.

[7] Le règlement, daté du 28 janvier, renferme treize articles et prévoit tous les cas de conflit et les questions d'étiquette. Il se trouve cité tout entier page 193 et suivantes du tome I des Actes et mémoires concernant la paix d'Utrecht. 6 vol., Utrecht ; t. I, 1712, t. II, III et IV, 1713 ; t. V et VI, 1715.

[8] Article 2 du règlement cité dans la note suivante.

[9] Actes et mémoires, etc., ibid. On avait porté dans la salle une vaste table ronde et des foyers de cuivre. Cet hôtel de ville d'Utrecht est aujourd'hui une caserne.

[10] Les ministres de la Savoie étaient alors : le marquis de Solar du Bourg et M. de Mellarède. Plus tard se joignit à eux le comte de Maffei. Les ministres de la Hollande étaient Guillaume Buys, Bruno Vanderdnssen, de Goslinga et de Renswonde, auxquels furent adjoints dans la suite LL. EE. le baron de Randwijk et de Moermond, et les comtes de Rechteren et de Kniphausen.

[11] Les Hollandais, dit Bolingbroke, ont agi longtemps comme des enfants mutins ou comme des ivrognes, par ressentiment et par passion. Sa lettre sur l'histoire.

[12] Strafford fit déclarer aux États généraux que, s'ils persistaient dans leur refus, le congrès serait transporté en France. Cette menace triompha de leur obstination. Lamberty, Mémoires pour servir à l'histoire du dix-huitième siècle, t. VI, p. 724.

[13] Voir le chapitre précédent.

[14] Entretiens politiques et historiques, etc.

[15] Son discours, très-bref et qui ne renferme rien de saillant, se trouve à la page 15 du tome V des Actes et mémoires, etc.

[16] Saint-Simon s'empresse de faire remarquer que cette hauteur ne convenait pas à l'inégalité des naissances de Polignac et d'Huxelles. Mémoires, t. VI, p. 424.

[17] Saint-Simon, assez sévère d'habitude envers Polignac (nous avons dit, précédemment, chapitre premier, le motif de cette sévérité), lui rend cependant cette justice, ibid., ibid. Il convient de signaler l'expression dont il se sert : Polignac, dit-il, glissa sur tout avec accortise sans céder sur les affaires.

[18] Entretiens politiques et historiques, etc.

[19] Il était accompagné de don Louis d'Acunha.

[20] Outre le comte de Metternich, le roi de Prusse avait encore pour ambassadeurs le comte de Donhoff et le maréchal de Biberstein.

[21] Il vint à Utrecht avec M. de Consbruck seul, le comte de Goës, ministre ordinaire de Sa Majesté impériale auprès des états-généraux, et qui avait été nommé second plénipotentiaire (Zinzerdoff était le premier, et Consbruck le troisième), n'ayant pas voulu accepter ce rang, par ce motif qu'étant le plus ancien conseiller de l'empereur, il aurait dû être le premier de ses plénipotentiaires. Consbruck mourut pendant les conférences, et fut remplacé par le baron de Kirchner.

[22] On lit dans les très-intéressants Mémoires de Louville : Une lettre de la junte espagnole au roi de France contenait les clauses du testament. Cette nouvelle ne surprit personne hormis l'envoyé de l'empereur, Zinzerdoff, qui, dans cette occasion, ne fit guère honneur à ses espions. Le pauvre homme ayant rencontré le 10, à midi, dans la galerie des réformés, le marquis de Torcy qui emmenait M. de Louville chez lui pour causer de cette affaire, l'aborda d'un air égaré en lui demandant s'il était vrai qu'il y eût un testament, et, sur la réponse affirmative du ministre : Sans doute, reprit-il vivement, la chose regarde monseigneur l'archiduc ?Oui, monsieur, répliqua M. de Torcy tout de suite, après les petits-fils de France. Et, sur ce, Zinzerdoff devint blanc à s'évanouir. Mémoires secrets du marquis de Louville. Paris, 1818, t. I, p. 17.

[23] Entretiens politiques et historiques, etc.

[24] La troisième avait été consacrée à la vérification des pouvoirs des ministres récemment arrivés.

[25] MM. de Stadian, de Kaysersfeld, d'Hundheim, de Werthern, de tlothmar, de Schonborn, de Stauffenberg, de Plettenberg, de Dalwig, d'Edelsheim et Eschenbrenner représentaient les électeurs de Mayence, de Trèves, Palatin, de Saxe, de Hanovre, le cercle de Franconie, celui de Souabe, l'évêque de Munster, le landgrave de Hesse-Cassel, le comte de Hanau et le chapitre de Cologne.

[26] M. de Saint-Saphorin, le comte Passionei, MM. Ruzzini, de Sorba, Lebègue, Rinuccini, de Bergomi, de Saint-Séverin et Fantoni représentaient la Suisse, le Pape, Venise, Gênes, S. A. R. de Lorraine, le grand-duc de Toscane, les ducs de Modène, de Parme et de Guastalla.

[27] Je me suis servi, pour ces actes diplomatiques : 1° de la collection intitulée : Actes, mémoires et autres pièces authentiques concernant la paix d'Utrecht, ouvrage déjà cité ; 2° de l'Histoire du congrès et de la paix d'Utrecht, de Van Poolsum, Utrecht, 1716, dont il faut accepter avec confiance les pièces diplomatiques, mais non pas toujours les appréciations, trop partiales en faveur de la Hollande, où ce livre a été publié en 1716, c'est-à-dire sous l'influence des passions politiques de l'époque.

[28] Actes, Mémoires, etc. ; t. I, p. 198 et suivantes.

[29] Entretiens politiques et historiques, etc., p. 206. Lamberty, Mémoires pour servir à l'histoire du dix-huitième siècle, t. VII, p. 23.

[30] Entretiens politiques et historiques, etc., p. 207.

[31] Entretiens politiques et historiques, etc., p. 208.

[32] Mémoires de Torcy, p. 709.

[33] Cerisier, Tableau de l'histoire générale des Provinces-Unies, Utrecht, 1777-1784, 10 volumes in-12, t. VIII ; Basnage, Annales des Provinces-Unies, la Haye, 1720, t. II ; Kerroux, Abrégé de l'histoire de la Hollande et des Provinces-Unies. Leyde, 1778, 2 vol. in-4°, t. II.

[34] Entretiens politiques et historiques, etc., p. 288.

[35] Histoire du congrès d'Utrecht, de Van Poolsum, p. 204.

[36] Voici les principales de ces demandes. L'Empire réclamait : 1° la restitution de tout ce qu'il avait été contraint de céder à la France par les traités de Munster, de Nimègue et de Riswyck ; 2° le remplacement de Philippe V à Madrid par l'archiduc Charles, auquel on accorderait l'intégralité des possessions espagnoles ; 3° pleines satisfactions pour toutes les demandes des alliés. — Le Portugal exigeait : 1° que l'archiduc Charles montât sur le trône d'Espagne ; 2° la cession de quelques territoires en Amérique. — Le roi de Prusse demandait à être reconnu en cette qualité, puis comme prince souverain d'Orange et des comtés de Neufchâtel et de Vallangin, et à voir supprimer l'article 4 de la paix de Riswyck relatif aux affaires de la religion protestante, pour revenir aux stipulations de la paix de Westphalie. — Le duc de Savoie voulait : 1° qu'il fût fait mention dans le traité de paix du droit accordé par le testament de Charles Il à la maison de Savoie de prétendre à la succession d'Espagne immédiatement après la maison d'Autriche ; 2° que Louis XIV lui cédât, en outre des États héréditaires de la maison de Savoie, non-seulement les forts d'Exiles et de Fenestrelles, mais encore Montdauphin, Briançon, le fort Queiras et leurs territoires. —Les Provinces-Unies demandaient que les Pays-Bas espagnols leur fussent immédiatement remis, afin d'être replacés par elles sous la domination légitime de l'empereur d'Allemagne. Files exigeaient aussi la démolition de Dunkerque, la cession de Menin, Lille, Douai, Tournai, Aires, Béthune, etc., avec leurs territoires. — Les cercles impériaux demandaient une indemnité pour les dommages causés dans cette guerre à l'Allemagne et la restitution de tous les territoires cédés à la France depuis le traité de Munster par les cercles et par la maison d'Autriche. — Les demandes de la Grande-Bretagne différaient fort peu des offres faites par Louis XIV. (Actes et mémoires concernant la paix d'Utrecht, p. 203 et suivantes du t. I.)

[37] Dans une réunion particulière où les alliés discutèrent quelles demandes ils devaient adresser à la France, Zinzerdoff soutint avec force que chaque puissance devait faire mention expresse de la restitution à l'archiduc Charles de la monarchie d'Espagne dans son intégrité. Le ministre de Portugal insista aussi sur ce point. Les ministres de la Grande-Bretagne répondirent que la reine avait jugé à propos que chaque que chaque allié fit ses propres demandes distinctement, ce à quoi Zinzerdoff ne put s'empêcher de répliquer que cette journée serait fatale à la grande alliance. Actes et mémoires, etc., t. V, p. 19.

[38] Le prince Eugène et Marlborough.

[39] Prior devait être nommé troisième plénipotentiaire anglais. Les intrigues des whigs et de nouvelles hésitations de la reine retardèrent son départ. (Mémoires de Torcy, p. 709.)

[40] Lamberty, Mémoires pour servir à l'histoire du dix-huitième siècle, t. VII, p. 63.

[41] Van Poolsum, p. 298.

[42] Entretiens politiques et historiques, etc., p. 220.

[43] Van Poolsum, p. 300.

[44] Ce furent ses expressions. Van Poolsum, p. 300.

[45] Van Poolsum, p. 301 ; Actes et mémoires, t. I, p. 241.