HISTOIRE DE LA CONQUÊTE DE L'ANGLETERRE PAR LES NORMANDS

TOME PREMIER

 

LIVRE PREMIER.

 

 

Depuis l'établissement des Bretons jusqu'au neuvième siècle.

 

Si l'on en croit d'anciennes traditions, la grande île qui porte aujourd'hui le nom de pays-uni d'Angleterre et d'Écosse fut nommée primitivement la contrée aux Vertes collines, ensuite l'île du Miel, et, en troisième lieu, l'île de Bryt ou de Prydain[1] ; de ce dernier mot latinisé paraît s'être formé le nom de Bretagne. Dès la plus haute antiquité, l'île de Prydain, ou la Bretagne, a paru, à ceux qui la visitaient, divisée de l'est à l'ouest en deux grandes portions inégales, dont les fleuves de Forth et de Clyde formaient la limite commune. La partie du nord se nommait Alben[2], c'est-à-dire région des montagnes ; la partie du sud portait, à l'occident, le nom de Kymru, et celui de Lloëgr à l'orient. Ces deux dénominations ne dérivaient point, comme la première, de la nature du soi, mais du nom de deux peuples distincts l'un de l'autre, qui habitaient conjointement presque toute l'étendue de la Bretagne méridionale. C'étaient le peuple des Kymrys et celui des Lloëgrys[3] ou, pour suivre l'orthographe latine, des Cambriens et des Logriens.

La nation des Cambriens se vantait d'être la plus ancienne ; elle était venue en masse des extrémités orientales de l'Europe, à travers l'Océan germanique. Une partie des émigrants avait abordé sur la côte des Gaules ; l'autre était descendue sur la rive opposée du détroit[4], et avait ainsi colonisé la Bretagne, encore sans habitants humains, peuplée seulement d'ours et de bœufs sauvages, disent les traditions cambriennes[5], et où, par conséquent, les nouveaux colons s'établirent comme premiers occupants du sol, sans opposition, sans guerre et sans violence[6]. Cette honorable prétention ne peut guère se soutenir historiquement ; selon toute probabilité, les émigrés cambriens trouvèrent, dans l'île de Bretagne, des hommes d'une autre origine qu'eux, et d'un langage différent, sur lesquels ils envahirent le pays. Beaucoup de noms de lieux étrangers à la langue cambrienne l'attestent, ainsi que des ruines d'une époque inconnue, attribuées par la tradition vulgaire à une race éteinte de chasseurs qui dressaient, au lieu de chiens, les renards et les chats sauvages[7]. Cette population primitive de la Bretagne fut repoussée vers l'ouest et vers le nord par l'invasion graduelle des étrangers qui avaient abordé à l'orient.

Une partie des fugitifs passa la mer et gagna la grande île, que ses habitants appelaient Érin[8], et les autres îles de l'ouest, peuplées, selon toute apparence, d'hommes de même race et de même langage que les aborigènes bretons. Ceux qui firent retraite au nord de la Bretagne trouvèrent un asile inexpugnable dans les hautes montagnes qui se prolongent depuis les bords de la Clyde jusqu'aux extrémités de l'île, et ils s'y maintinrent sous le nom de Gaels ou Galls[9], qu'ils portent encore. Les débris de cette race dépossédée, auxquels vinrent se joindre, dans différents temps, plusieurs bandes d'émigrés de File d'Érin, formèrent la population de l'Albanie ou du haut pays de l'île de Bretagne, population étrangère à celle des plaines du sud, et son ennemie naturelle, à cause des ressentiments héréditaires nés du souvenir de la conquête. L'époque où s'opérèrent ces mouvements de population est incertaine ; et ce fut dans un temps postérieur, mais aussi difficile à fixer, que les hommes appelés Logriens vinrent, selon les annales bretonnes, débarquer au sud de l'île[10].

Ils émigrèrent, selon les mêmes annales, de la côte sud-ouest des Gaules, et ils tiraient leur origine de la race primitive des Cambriens, avec lesquels il leur était facile de communiquer par le langage[11]. Pour faire place à ces nouveaux venus, les premiers colons, soit volontairement, comme porte la vieille tradition, soit par force — ce qui semblerait plus croyable —, se rangèrent le long des bords de la Mer occidentale, qui prirent dès lors exclusivement le nom de Cam-brie, pendant que les Logriens donnaient leur propre nom aux rivages du sud et de l'est, sur lesquels ils se répandirent. Après la fondation de cette seconde colonie, vint encore un troisième ban d'émigrés, issu de la même race primitive et parlant aussi le même langage ou un dialecte peu différent. Le lieu qu'ils habitaient antérieurement était la portion de la Gaule occidentale comprise entre la Seine et la Loire ; et, de même que les Logriens, ils obtinrent des terres en Bretagne sans beaucoup de contestations. C'est à eux que les anciennes annales et les poèmes nationaux attribuent spécialement le nom de Brython ou Bretons, qui, dans les langues étrangères, servait à désigner d'une manière générale tous les habitants de l'île. On ignore le lieu précis de leur établissement ; l'opinion la plus probable est qu'ils se fixèrent au nord des Cambriens et des Logriens, sur la frontière de la population gallique, entre le golfe du Forth et celui de Solway.

Ces nations de commune origine furent visitées en divers temps, soit pacifiquement, soit d'une manière hostile, par diverses peuplades étrangères. Des hommes partis du territoire gaulois, qu'on nomme aujourd'hui la Flandre, obligés d'abandonner sans retour leur pays natal, à cause d'une grande inondation, vinrent, sur des vaisseaux sans voiles, aborder dans la petite ile de Wight et sur la côte voisine, premièrement comme hôtes de bonne grâce,  et ensuite comme envahisseurs[12]. Les Coraniens[13], hommes de race teutonique, venus d'un pays que les annales bretonnes désignent par le nom de terre des marais[14], entrèrent dans le golfe formé par l'embouchure de l'Humber, et s'établirent le long des rives de ce fleuve, séparant ainsi en deux portions le territoire des Logriens. Enfin, des légions romaines, conduites par Jules César, descendirent à la pointe orientale du territoire qui, aujourd'hui, porte le nom de Kent. Elles furent accueillies, au débarquement, avec une résistance opiniâtre par les Bretons-Logriens, retranchés derrière leurs chariots de guerre ; mais bientôt, grâce à, la trahison des peuplades de race étrangère, et surtout des Coraniens, les Romains, pénétrant dans l'intérieur de l'île, achevèrent peu à peu la conquête des deux pays de Logrie et de Cambrie. Les annales bretonnes les appellent Césariens[15] et les comptent parmi les peuples envahisseurs qui ne firent en Bretagne qu'un séjour temporaire. Après avoir opprimé l'île pendant quatre cents ans, disent ces annales, et en avoir exigé par année le tribut de trois mille livres d'argent, ils repartirent pour la terre de Rome, afin de repousser l'invasion de la horde noire. Ils ne laissèrent à leur départ que des femmes et des enfants en bas âge, qui tous devinrent Cambriens[16].

Durant ce séjour de quatre siècles, les Romains étendirent leur conquête et leur domination sur tout le sud de l'île, jusqu'au pied des montagnes septentrionales qui avaient servi de rempart à la population aborigène contre l'invasion des Cambriens. L'invasion romaine s'arrêta aux mêmes limites que l'invasion bretonne, et le peuple des Galls resta libre pendant que la domination étrangère pesait sur ses anciens conquérants. Il fit reculer plus d'une fois les aigles de l'empire, et son antique aversion pour les habitants du sud de la Bretagne s'accrut au milieu des guerres qu'il eut à soutenir contre les gouverneurs impériaux. Le pillage des colonies et des villes municipales, ornées de palais et de temples somptueux, redoubla, par un attrait nouveau, cette hostilité nationale. Chaque printemps, les hommes d'Alben ou de la Calédonie[17] passaient la Clyde dans des bateaux d'osier recouverts de cuir, et cherchaient à pénétrer sur le sol romain défendu contre eux, sur deux points de File, par d'immenses retranchements qui se prolongeaient d'une mer à l'autre[18]. Ces irruptions, sans cesse renouvelées, acquirent aux habitants de l'Albanie une célébrité terrible, sous les noms de Scots et de Pictes, seuls employés par les écrivains latins, qui paraissent ignorer le nom de Galls[19].

Le premier de ces deux noms appartenait de plus aux habitants de d'Érin, qu'en langue romaine on appelait également Hibernie ou Scotie. La fraternité des montagnards bretons avec les hommes de l'Hibernie, et les fréquentes émigrations d'un peuple vers l'autre, amenèrent cette communauté de nom. On appelait Scots, en Bretagne, les habitants des côtes et du grand archipel du nord-ouest, et Pictes ceux qui demeuraient à l'orient, sur les bords de la mer germanique. Les territoires respectifs de ces deux peuples, ou de ces deux branches distinctes d'une même population, étaient séparés par la chaîne des monts Grampiens, au pied desquels Gallawg[20], le grand chef des forêts du nord[21], avait vaillamment combattu contre les légions de l'empire. Les Scots et les Pictes différaient par leur manière de vivre : les premiers, habitants des montagnes, étaient chasseurs ou bergers nomades ; les autres, sur un sol plus uni, avaient des établissements plus fixes, cultivaient la terre et bâtissaient des demeures solides, dont les ruines portent encore leur nom. Lorsqu'ils ne s'étaient point ligués pour une irruption vers le sud, la bonne intelligence cessait quelquefois de régner entre eux ; mais, à chaque occasion qui se présentait d'assaillir l'ennemi commun, leurs deux chefs, dont l'un résidait à l'embouchure du fleuve de Tay, et l'autre entre les lacs d'Argyle, devenaient frères et joignaient leurs drapeaux. Les Bretons du midi et les colons romains, dans leurs terreurs ou dans leur haine, ne séparèrent jamais les Scots des Pictes[22].

Après la retraite des légions rappelées pour défendre l'Italie et Rome elle-même contre l'invasion des Goths, les Bretons cessèrent de reconnaître le pouvoir des gouverneurs étrangers qui régissaient leurs provinces et leurs villes. Les formes, les offices, l'esprit et la langue de cette administration disparurent ; à sa place fut restaurée l'autorité traditionnelle des chefs de tribu, abolie autrefois par les Romains[23]. D'antiques généalogies, conservées soigneusement par les poètes[24], servirent à désigner ceux qui pouvaient prétendre à la dignité de chefs de canton ou de famille ; car ces mots étaient synonymes dans la langue des anciens Bretons[25], et les liens de parenté formaient la base de leur état social. Les gens du plus bas étage, parmi ce peuple, notaient et retenaient de mémoire toute la ligne de leur descendance, avec un soin qui, chez les autres nations, fut le propre des riches et des grands[26]. Tout Breton, pauvre comme riche, avait besoin d'établir sa généalogie, pour jouir pleinement de ses droits civils et faire valoir ses titres de propriété dans le canton où il avait pris naissance ; car chaque canton appartenait à une seule famille primitive, et nul ne possédait légitimement aucune portion du sol, s'il n'était membre de cette famille qui, en s'agrandissant, avait formé une tribu.

Au-dessus de cet ordre social, d'où résultait une fédération de petites souverainetés héréditaires, les Bretons, affranchis de l'autorité romaine, élevèrent, pour la première fois, une haute souveraineté nationale : ils créèrent un chef des chefs[27], un roi du pays, comme s'énoncent leurs vieilles annales, et ils le firent électif. Cette institution nouvelle, destinée à donner au peuple plus d'union et plus de force contre les attaques du dehors, devint pour lui, au contraire, une cause de divisions, de faiblesse et bientôt d'asservissement. Les deux grandes populations qui se partageaient le sud de l'ile prétendirent chacune au droit exclusif de fournir des candidats pour la royauté du pays. Le siège de cette royauté centrale était sur le territoire logrien, dans l'ancienne ville municipale que les Bretons nommaient Lon-din[28], ou la ville des vaisseaux : il en résultait que les hommes de race logrienne parvenaient plus facilement que les autres à la dignité de chef des chefs.

Les Cambriens, jaloux de cet avantage, soutenaient que l'autorité royale appartenait légitimement à leur race, comme la plus antique, comme celle qui avait accueilli les autres sur le sol de la Bretagne. Pour justifier cette prétention, ils faisaient remonter l'origine du pouvoir qu'ils ambitionnaient bien au delà des conquêtes romaines, et ils en attribuaient l'institution à un certain Prydain, fils d'Aodd, Cambrien, qui autrefois, disaient-ils, avait réuni l'île entière sous un même gouvernement monarchique, et décrété que ce gouvernement serait à jamais possédé par sa nation[29]. On ne sait par quelles fables les gens du sud et de l'est répliquèrent à ces fables ; mais la dispute s'envenima ; toute la Bretagne fut en guerre civile pour des rivalités d'amour-propre. L'intervention des peuplades d'origine étrangère, toujours hostiles contre les deux grandes branches de la population bretonne, alimenta les discordes de celle-ci et entretint la guerre intestine. Sous une succession de chefs intitulés nationaux, et toujours désavoués par une partie de la nation, nulle armée ne se leva, en remplacement des légions romaines, pour garder la frontière du pays contre les incursions des tribus galliques.

Au milieu de ce désordre, les Pictes et les Scots forcèrent le double rempart que les Romains avaient jadis élevé contre eux, et d'autres ennemis non moins redoutables fondirent sur les côtes maritimes. C'étaient des pirates venus des rivages et des îles de l'Océan germanique, pour piller et retourner chez eux chargés de butin. Lorsque la tempête faisait rentrer dans le port les grands vaisseaux de construction romaine, on les voyait naviguer à pleines voiles sur des barques légères[30], aborder et attaquer à l'improviste. Plusieurs tribus bretonnes firent séparément de grands efforts, et livrèrent quelques combats heureux contre leurs agresseurs, soit germains, soit de race gallique. Les habitants des côtes du sud, qui communiquaient fréquemment avec le continent, sollicitèrent des secours étrangers ; une ou deux fois des troupes romaines, venues de la Gaule, combattirent pour les Bretons, et les aidèrent à réparer les grandes murailles construites par les empereurs Antonin et Sévère[31]. Mais le temps arriva bientôt où les Romains eux-mêmes furent poussés hors de la Gaule par trois invasions de barbares, au midi, à l'est et au nord, et par l'insurrection nationale.des contrées maritimes de l'ouest[32]. Les légions se replièrent sur l'Italie, et dès lors il n'y eut plus pour les Bretons aucun secours à espérer de l'empire[33].

Dans ce temps, la dignité de chef suprême de toute la Bretagne se trouvait aux mains d'un homme appelé Guorteyrn[34], de race logrienne. Plusieurs fois il assembla autour de lui tous les chefs des tribus bretonnes, afin de prendre, de concert avec eux, des mesures pour la défense du pays contre les invasions septentrionales. Il régnait peu d'union dans ces conseils, et, soit à raison, soit à tort, Guorteyrn avait beaucoup d'ennemis, surtout parmi les habitants de l'ouest, qui rarement consentaient à approuver ce que proposait le Logrien. Celui-ci, en vertu de sa prééminence royale, d'après l'avis de plusieurs tribus, filais sans l'aveu des Cambriens[35], prit tout à coup la résolution d'introduire en Bretagne une population de soldats étrangers, qui, moyennant des subsides d'argent et des concessions de terres, feraient, au service des Bretons, la guerre contre les Pictes et les Scots. Vers l'époque où fut prise cette décision que les opposants traitaient de lâche, le hasard amena sur la côte de Bretagne trois vaisseaux de corsaires germains, commandés par deux frères appelés Henghist et Horsa[36] ; ils abordèrent à l'orient du pays de Kent, sur la même pointe de terre où jadis avaient débarqué les légions romaines.

Il parait que les hommes des trois navires venaient cette fois en Bretagne comme marchands, et non comme pirates. Ils étaient de la nation des Jutes ou Jutes, nation affiliée à une grande ligue de peuples répandus sur la côte marécageuse de l'Océan, au nord de l'Elbe, et s'intitulant tous du nom de Saxons ou d'hommes aux longs couteaux[37]. D'autres confédérations du même genre s'étaient déjà formées parmi les peuples teutoniques, soit pour mieux résister aux Romains, soit pour prendre contre eux l'offensive avec plus d'avantage. L'on avait ainsi vu paraître successivement la ligue des Alamans ou hommes par excellence, et celle des Franks ou rudes aux combats'[38]. A leur arrivée sur la côte de Bretagne, les chefs saxons Henghist et Horsa reçurent du roi breton Guorteyrn un message et la proposition d'un enrôlement militaire pour eux et pour une armée de leur pays. Cette proposition n'avait rien d'étrange à leurs yeux, car la guerre était leur principale industrie. Ils promirent un corps de troupes considérable, en échange de la petite île de Thanet[39], formée sur le rivage de Kent, d'un côté par la mer et de l'autre par une rivière qui se sépare en deux bras.

Dix-sept navires amenèrent du nord la nouvelle colonie militaire ; elle fit le partage de son île, et s'y organisa selon ses usages, sous le commandement des deux frères auteurs de l'entreprise. Elle recevait des Bretons, ses hôtes ; toutes les choses nécessaires à la vie ; plusieurs fois elle combattit vaillamment et fidèlement pour eux, et leva contre les Pictes et les Scots son étendard où était peint un cheval blanc, sorte d'emblème qui répondait aux noms de ses deux chefs ; plusieurs fois des bandes de montagnards, fortes en nombre, mais mal armées de piques longues et fragiles, prirent la fuite devant les grandes haches qui étaient l'arme nationale de la confédération saxonne[40]. Ces exploits excitèrent en Bretagne beaucoup de joie et d'amitié pour les Saxons. Après avoir défait nos ennemis, dit un ancien poète, ils célébraient avec nous les réjouissances de la victoire ; nous fêtions à l'envi leur bienvenue : mais maudit soit le jour où nous les avons aimés ! maudits soient les lâches dont Guorteyrn suivit le conseil ![41]

En effet, la bonne intelligence ne fut pas de longue durée entre ceux qui faisaient la guerre et ceux pour qui la guerre se faisait ; les premiers demandèrent bientôt plus de terres, de vivres et d'argent qu'il n'en avait été stipulé, et menacèrent de se payer eux-mêmes par le pillage et l'usurpation, si l'on refusait de les satisfaire[42]. Pour rendre ces menaces plus effectives, ils appelèrent à eux spontanément de nouvelles bandes d'aventuriers, soit de leur propre nation, soit des autres peuples de la ligue saxonne. L'émigration continuant toujours, les terres assignées par les Bretons cessèrent d'être suffisantes, les limites convenues furent dépassées, et bientôt s'aggloméra sur la côte du pays de Kent une nombreuse population germanique. Les indigènes, qui avaient besoin de son secours et qui la craignaient, traitaient avec elle de nation à nation. Il y eut, de part et d'autre, de fréquents messages et de nouvelles conventions conclues et aussitôt violées[43]. Enfin les derniers liens se rompirent : les Saxons firent alliance avec les Pictes ; ils les invitèrent par des messages descendre en armes vers le sud, et eux-mêmes, à la faveur de cette diversion, s'avancèrent de l'est à l'ouest dans l'intérieur de la Bretagne, chassant devant eux la population bretonne, ou l'obligeant à se soumettre. Celle-ci ne leur ouvrit point facilement passage ; une fois même elle les repoussa jusqu'à la mer et les contraignit de se rembarquer ; mais ils revinrent plus acharnés et plus nombreux, conquirent l'étendue de plusieurs milles de pays sur la rive droite de la Tamise, et ne quittèrent plus leurs conquêtes. L'un des deux frères qui les commandaient fut tué en combattant[44] ; l'autre, de simple chef de guerre, devint roi d'une nation établie[45], et son territoire prit le nom de royaume des hommes de Kent, en langue saxonne, Kent-wara-rike[46].

Vingt-deux ans après le premier débarquement des Germains, un autre chef saxon, nommé Ælla, amena trois vaisseaux au midi du territoire de Kent, et, refoulant les Bretons vers le nord et vers l'ouest, il établit une seconde colonie qui reçut le nom de royaume des Saxons du sud[47]. Dix-huit années après, un certain Kerdik[48], suivi de la plus puissante armée qui eût encore passé l'Océan pour chercher des terres en Bretagne, débarqua sur la côte méridionale, à fouet des Saxons du sud, et fonda un troisième royaume, sous le nom de Saxe occidentale[49]. Les chefs qui succédèrent à Kerdik étendirent par degrés leur conquête jusqu'au voisinage de la Saverne : c'est là qu'était l'ancienne frontière de la population cambrienne ; les envahisseurs ne trouvèrent pas cette population disposée à leur céder la, place ; elle soutint contre eux une lutte opiniâtre, pendant laquelle d'autres émigrés, débarquant sur la côte de l'est, s'emparèrent de la rive gauche de la Tamise et de la grande cité de Londin ou de Londres. Ils intitulèrent Saxe orientale[50] le territoire où ils s'établirent. Toutes ces conquêtes se firent aux dépens du seul pays de Logrie et de la race des Bretons-Logriens, qui avait invité les Saxons à venir habiter chez elle.

Du moment que la ville de Londres fut prise, et que les côtes de la Logrie devinrent saxonnes, les rois et les chefs choisis pour tenir tète aux conquérants furent tous de race cambrienne. Tel était le fameux Arthur. Il vainquit les Saxons dans plusieurs batailles ; mais, malgré les services qu'il rendait aux siens, il eut des ennemis parmi eux, comme en avait eu Guorteyrn. Le titre de roi lui fit tirer l'épée contre les Bretons presque aussi souvent que contre l'étranger, et il fut blessé à mort dans un combat livré à son propre neveu. On le transporta dans une île formée par des rivières près d'Afallach[51], aujourd'hui Glastonbury, au sud du golfe où se jette la Saverne. Il y mourut de ses blessures ; mais, comme c'était le temps où les Saxons occidentaux envahirent ce territoire, dans le tumulte de l'invasion personne ne put dire exactement les circonstances de la mort d'Arthur, ni le lieu où il fut enseveli. Cette ignorance attira sur son nom une célébrité mystérieuse : il y avait déjà longtemps qu'il n'était plus, et on l'attendait encore ; le besoin qu'on avait du grand chef de guerre qui savait vaincre les Germains nourrissait la vaine espérance de le voir reparaître un jour. Cette espérance n'eut pas de fin ; et, durant plusieurs siècles, la nation qui avait aimé Arthur ne se découragea point d'attendre sa guérison et son retour[52].

L'émigration des habitants des marais de l'Elbe et des îles qui les avoisinent, inspira le désir d'émigrer de même à des peuples situés plus loin vers l'est, près des bords de la mer Baltique, et qu'on nommait alors Anghels ou Angles[53]. Après quelques descentes et un premier essai d'établissement sur la côte orientale de la Bretagne, les guerriers de la nation des Angles se réunirent tous ou presque tous, pour une grande expédition navale, sous un chef nommé Ida, qu'ils saluèrent du titre de roi. Leurs soixante vaisseaux abordèrent près de l'embouchure de la Tyne. Afin de se rendre plus formidables aux habitants de ces contrées, ils firent alliance avec les Pictes, ennemis naturels des Bretons et toujours prêts à fondre sur eux du côté du nord. Les nouveaux conquérants germains, assurés par cette diversion, s'avancèrent rapidement de l'est à l'ouest, brûlant tout dans leur marche et frappant de terreur les indigènes, qui donnaient au roi des Angles le nom sinistre de Porte-flamme[54].

Malgré ses dévastations et sa bravoure, Ida fut arrêté au pied des montagnes d'où descend la Tyne, par une population qui lui barra le passage, pendant que les habitants de la plaine capitulaient et se rendaient à lui. Le Porte-flamme est venu, dit un poète breton contemporain ; il a crié d'une voix forte : Nous seront-ils livrés nos otages ; sont-ils prêts ? Owen répondit en tirant son épée : Ici on ne livre point d'otages ; il n'y en a pas, il n'y en aura jamais de prêts. Alors Urien, le chef du pays, s'écria : Hommes de ma tribu, réunis autour de moi, levons notre étendard sur la montagne et marchons contre les envahisseurs de la plaine, tournons nos lances vers la tête des guerriers, allons chercher le Porte-flamme au milieu de son armée, et tuons avec lui ses alliés[55].

Cet Urien, chef du pays de Reghed, aujourd'hui nommé Cumberland, remporta sur les Angles plusieurs victoires où brillèrent, à côté de lui, ses fils, dont Owen était le plus brave. Élu généralissime par toutes les tribus bretonnes du nord-ouest, il soutint, durant plus de vingt ans, une lutte opiniâtre contre les envahisseurs étrangers, arrêta leurs progrès, et, prenant contre eux l'offensive, les repoussa jusqu'au rivage de la mer. Mais sa mort, causée par un crime, fit tomber tout d'un coup le succès de la cause bretonne ; l'union des tribus se rompit, et les étrangers reconquirent le terrain qu'ils avaient perdu[56]. Bientôt de plus grands malheurs survinrent, et une terrible défaite, où périrent les fils d'Urien et l'élite des guerriers bretons, rendit les Angles maîtres de tout le pays au nord de la Tweed jusqu'aux frontières des Pictes et des Scots.

Il y avait près de l'embouchure de la Clyde, sur le rempart élevé par les Romains entre ce fleuve et le détroit du Forth, un ancien château garni de tours, le reste le plus considérable de cette ligne de postes fortifiés ; on le nommait la forteresse de Caltraeth. C'était pour les Bretons un point stratégique d'une grande importance, car de là ils pouvaient tenir en échec leurs ennemis des deux races, les Angles au sud et les populations galliques au nord. Ils résolurent d'y concentrer leurs principales forces. Les clans des montagnes de Reghed, des bords du golfe de Solway, du val de la Clyde et de la rive gauche du Forth se rendirent en armes à Caltraeth et s'établirent dans la forteresse, ou, autour d'elle, sur la ligne du retranchement romain. C'est là qu'au milieu des réjouissances d'une fête nationale, où plusieurs jours se passaient d'ordinaire en festins et en scènes d'ivresse, ils furent assaillis à l'improviste par une armée d'Angles, de Pictes, de Scots, et, chose triste à dire, de Bretons devenus vassaux des Angles[57]. Le combat fut atroce et continué durant sept jours au dehors puis au dedans de la forteresse, dont tous les défenseurs moururent à leur poste. Trois cent soixante-trois chers, portant le collier d'or, marque du haut commandement chez les Bretons, avaient pris avec leurs hommes le chemin de Caltraeth ; il n'en revînt que trois, parmi lesquels était Aneurin, l'un des bardes les plus célèbres. Il fit sui ce grand désastre de sa nation un poème qui s'est conservé jusqu'à nous[58].

Après cette victoire, qui réduisit tous les clans bretons du nord-est à l'état de sujets tributaires, la domination des Angles, s'étendant jusqu'aux rives du Forth et de la Clyde, eut pour limites, avec les montagnes de l'ouest, ces deux fleuves et le cours de l'Humber. Le territoire envahi ne reçut point de la conquête un nouveau nom ; les Angles conservèrent les anciennes dénominations géographiques, et s'en servirent pour distinguer politiquement leurs principales colonies. Il y eut deux royaumes fondés entre le Forth et l'Humber, dont l'un continua d'être appelé, comme dans les temps bretons, pays de Bryneich ou Bernicie, et l'autre pays de Deer ou Deïre ; plus tard, lorsqu'ils furent réunis, on les appela collectivement pays au nord de l'Humber[59]. Le nom de royaume ou pays des Angles ne fut donné qu'à un territoire moins vaste et plus méridional, où des hommes de cette nation, avant son émigration en masse, avaient fondé une colonie peu nombreuse, mais capable de se maintenir contre les indigènes, grâce à l'alliance des Saxons orientaux au nord desquels elle habitait[60].

L'ancienne population des Coraniens, établie depuis des siècles au sud de l'Humber et qu'un si long séjour parmi les Bretons n'avait pu réconcilier avec eux, se joignit volontairement aux envahisseurs anglo-saxons comme elle s'était jointe autrefois aux Romains[61]. Dans son alliance avec les conquérants, son nom de peuple disparut de la contrée qu'elle occupait, mais le nom de ses alliés ne l'y remplaça point : tous les deux se perdirent, et le pays situé entre l'Humber et l'Ouse fut dès lors appelé pays de Merk[62], ou Mercie, à cause de la nature du sol, en grande partie marécageux[63]. Ce furent des Angles descendus des territoires de Deïre et de Bernicie, ou venus de la côte orientale, qui fondèrent, sous ce nom, le huitième et dernier royaume germanique en Bretagne[64]. Les limites du peuple de Mercie[65], mélangé de Coraniens et d'Angles, ne furent point fixées dès le premier jour ; ce peuple s'agrandit progressivement vers l'ouest aux dépens des Bretons encore libres, et vers le sud aux dépens des Saxons eux-mêmes, auxquels il ne se sentait point lié par la communauté d'origine d'une manière aussi étroite que les conquérants du sud l'étaient entre eux[66].

De ces huit royaumes, fondés eà Bretagne dans l'espace de cent trente et un ans, par la conquête des Saxons et des Angles, aucun n'avait de territoire sur le bord de la mer de l'ouest, excepté celui des Saxons occidentaux, qui pourtant ne s'étendait point au nord du golfe où se jette la Saverne. Les côtes de l'occident, presque dans toute leur longueur, depuis l'embouchure de la Clyde jusqu'à la pointe de Cornouailles, demeuraient au pouvoir de la race indigène et surtout des Bretons-Cambriens. La forme irrégulière de ces côtes séparait de la masse de population encore libre les tribus qui habitaient vers le midi, au delà du golfe de la Saverne, et vers le nord, au delà du golfe de Solway ; mais entre ces deux points opposés se trouvait un long espace de terre compacte, quoique plus ou moins resserré, selon le degré de projection des côtes dans l'Océan. Ce territoire montagneux et peu fertile, aujourd'hui nommé le pays de Galles, était l'habitation des Cambriens ; ils y offraient un asile sûr, mais pauvre, aux émigrés de tous les coins de la Bretagne, aux hommes qui aimaient mieux, disent d'anciens historiens, souffrir.et vivre indépendants, qu'habiter une belle contrée sous la servitude étrangère[67]. D'autres traversèrent l'Océan pour aller retrouver en Gaule un pays que leurs aïeux avaient peuplé en même temps que la Bretagne, et où vivaient encore des hommes issus de leur race et parlant leur langage[68].

De nombreux vaisseaux de fugitifs bretons abordèrent successivement à la pointe occidentale de l'Armorique, dans les cantons qui, sous les Romains et même avant eux, avaient été appelés territoires des Osismiens, des Curiosolites et des Vénètes. D'accord avec les anciens habitants, qui reconnaissaient en eux des frères d'origine, les nouveaux venus se répandirent sur toute la côte septentrionale, jusqu'à la rivière de Rance, et vers le sud-est jusqu'au cours inférieur de la Vilaine. Ils fondèrent sur cette péninsule un État séparé dont les limites varièrent souvent et en dehors duquel restèrent, jusqu'au milieu du neuvième siècle, les cités de Rennes et de Nantes. L'accroissement de population de ce coin de terre occidental, le grand nombre d'hommes de race et de langue celtiques[69], qui s'y trouvèrent ainsi agglomérés, le préservèrent de l'invasion du langage romain, qui, sous des formes plus ou moins corrompues, gagnait peu à peu toute la Gaule. Le nom de Bretagne fut attaché à ces côtes, et en fit disparaitre les noms divers des populations indigènes, pendant que Pile qui depuis tant de siècles avait porté ce nom le perdait elle-même, et, prenant le nom de ses conquérants, commençait à être appelée terre des Saxons et des Angles, ou, en un seul mot, Angleterre[70].

Dans le temps où les hommes de Bretagne, fuyant devant les Anglo-Saxons, s'établissaient sur la pointe de terre qu'on appelait la corne de Gaule[71], des Saxons expatriés de la Germanie venaient fixer leur demeure sur une autre pointe plus septentrionale de la côte des Gaules, aux environs de la ville dont l'ancien nom s'est changé en celui de Bayeux[72]. Dans le même temps aussi, la ligue germanique, dont les membres prenaient, depuis deux siècles, le nom de Franks, c'est-à-dire intrépides, descendait, en plusieurs bans, des bouches du Rhin et de la Meuse, sur les terres centrales de la Gaule. Deux autres nations, de race teutonique, avaient déjà envahi complètement et habitaient à demeure fixe toutes les provinces du sud, entre la Loire et les cieux mers. Les Goths occidentaux ou Visigoths[73] occupaient le pays situé à l'ouest du Rhône ; les Burgondes[74] tenaient la contrée de l'est. L'établissement de ces deux peuples barbares ne s'était pas fait sans violence ; ils avaient usurpé une portion des biens de chaque famille opulente : mais l'amour du repos et un certain esprit de justice, qui les distinguait entre tous les Germains, avaient promptement adouci leurs mœurs ; ils se rapprochaient des vaincus, que leurs lois traitaient avec impartialité, et devenaient par degrés pour eux de simples voisins et des amis. Les Goths principalement se laissaient gagner aux mœurs romaines, qui alors étaient celles des habitants civilisés de la Gaule ; leurs lois étaient, en grande partie, de purs extraits du code impérial ; ils se faisaient gloire des arts, et affectaient la politesse de Rome[75].

Les Franks, au contraire, remplissaient le nord des Gaules de terreur et de ravages ; étrangers aux mœurs et aux arts des cités et des colonies romaines, ils les dévastaient avec indifférence et même avec une sorte de plaisir[76]. Comme ils étaient païens, aucune' sympathie religieuse ne tempérait leur humeur sauvage. N'épargnant la vie d'aucun homme, disent les vieux historiens, pillant les églises et les maisons des villes et des campagnes, ils s'avançaient graduellement vers le midi pour envahir toute l'étendue de la Gaule[77] ; tandis que les Goths et les Burgondes : poussés par une ambition pareille, mais avec des formes moins barbares, quelquefois d'accord, souvent en guerre, cherchaient à faire des progrès dans la direction opposée. Dans l'état de faiblesse où se trouvaient les provinces centrales, encore unies, mais seulement de nom, à l'empire romain, il semblait que les habitants de ces provinces, incapables de résister aux peuples conquérants qui les pressaient de trois côtés, voudraient capituler avec le moins féroce, et que bientôt la Gaule entière se soumettrait, soit aux Goths, soit aux Burgondes, on se partagerait entre eux pour échapper aux mains des Franks. Il y avait là de meilleures chances pour la civilisation menacée ; mais quelque chose de plus puissant alors que l'intérêt politique, la foi religieuse, entraîna les esprits dans une tout autre voie.

Les Goths et les Burgondes étaient chrétiens, mais hérétiques, et de l'hérésie la plus hostile aux dogmes de la foi orthodoxe, l'arianisme. Depuis le règne de Théodose, qui avait rétabli en Orient et raffermi en Occident cette foi combattue par une succession d'empereurs ariens, les lois de l'empire eurent constamment et principalement pour but le maintien exclusif de la religion catholique, telle que la ville de Rome la professait[78]. Au cinquième siècle, dans toutes les provinces conservées ou perdues par la puissance impériale, le nom de Romains et le nom de Catholiques répondaient à une même idée, à l'idée de sujets actuels ou d'anciens sujets de l'empire[79]. Les habitants de la Gaule en particulier se tenaient fermement attachés à l'orthodoxie, comme au dernier reste Ou au souvenir de la grande nationalité qui s'évanouissait pour eux ; c'était un héritage qu'ils voulaient garder intact ; quelle que eut leur nouvelle destinée. L'esprit du peuple se trouvait soutenu dans cette volonté par l'action d'une grande force morale, d'un pouvoir à la fois religieux et civil, celui des évêques qui s'élevait graduellement à mesure que faiblissait ou tombait devant l'invasion barbare la puissance des magistrats impériaux. Arbitres dans toutes les causes, conseillers de tous les pouvoirs qui restaient debout, chefs du gouvernement municipal, ou d'une manière directe ou par l'importance de leur crédit, et joignant à l'autorité du haut sacerdoce chrétien celle que donne l'élection populaire, les évêques étaient les représentants des cités gallo-romaines dans leurs négociations, soit avec l'empire qui s'éloignait d'elles, soit avec les conquérants germains. C'est à eus que, dans cette crise pleine de périls et d'anxiétés devait appartenir, non en ce qui dépendait du sort des armes, mais au moins pour la part faite à l'action et à l'habileté politiques, l'influence décisive sur le cours des événements.

D'un bout à l'autre du territoire occupé, ou menacé de l'être, par les Goths, les Franks et les Burgondes, il y eut, entre les membres de l'épiscopat gaulois, une complète unanimité sur le degré d'aversion ou de bienveillance que méritait et qu'obtiendrait de leur part chacun des trois peuples conquérants. Ce qu'ils détestèrent par-dessus tout, ce qu'ils résolurent de repousser, de combattre, de détruire s'ils le pouvaient, ce fut la domination des puissances ariennes. Celle des Goths, après un commencement de bon augure, s'était rendue odieuse par des accès de fanatisme persécuteur ; celle des Burgondes, généralement tolérante, portait en quelque sorte la peine des violences commises par les Goths, et, dans ses moments de plus grande douceur, elle était suspecte pour l'avenir à la conscience de ses sujets et de ses voisins orthodoxes. Il y avait peu d'espérance de conversion à l'égard des rois de ces deux peuples, volontairement et sciemment séparés de la communion romaine ; il y en avait davantage pour' les chefs des Franks, encore soumis aux croyances de leur paganisme national, mais qui, de païens, pouvaient aisément devenir catholiques. Une telle prévision était hardie, mais elle s'offrait comme possible, et. de là vint cette chose étrange que le cœur des évêques gallo-romains, hommes de civilisation autant que de foi, se tourna vers le plus barbare des trois peuples germaniques, et que, selon les paroles d'un narrateur, évêque aussi et presque contemporain, tous souhaitèrent le règne des Franks avec un désir d'amour[80].

La portion du territoire gaulois envahie par les tribus frankes s'étendait alors du Rhin à la Somme, et la tribu dominante, parmi les Franks, était celle des Merowings ou enfants de Merowig[81], ainsi appelés du nom d'un de leurs anciens chefs, renommé pour ses hauts faits et vénéré de tous comme un aïeul commun[82]. A la tête des enfants de Merowig se trouvait un jeune homme appelé Chlodowig[83], qui joignait à l'ardeur belliqueuse de ses devanciers plus de réflexion et d'habileté. Les évêques de la partie des Gaules non encore détachée de l'empire, par précaution pour l'avenir, et par suite de leur haine contre les dominateurs ariens, entrèrent en relation avec ce voisin redoutable. Ils lui adressèrent des messages remplis d'expressions flatteuses ; plusieurs d'entre eux le visitèrent à sa demeure royale ou dans ses campements. Le roi des Franks se montra d'abord peu sensible à leurs avances ; même après qu'il eut passé la Somme et que sa victoire sur le dernier des gouverneurs impériaux l'eut rendu maître de Soissons et des rives de l'Aisne et de la Marne, il continua de dévaster les églises et d'en piller les trésors. Mais un vase précieux, enlevé par les Franks dans la basilique de Reims, mit ce chef' barbare en relation d'intérêts, et bientôt d'amitié, avec un prélat plus habile ou plus heureux que les autres[84].

Sous les auspices de Remigius ou saint Remi, évêque de Reims, les événements parurent concourir d'eux-mêmes au grand plan du haut clergé gaulois[85]. D'abord, par un hasard trop heureux pour qu'il n'ait pas été préparé, le roi païen épousa la seule femme chrétienne orthodoxe qu'il y eût alors parmi les princes teutoniques ; et l'amour de cette femme fidèle, comme s'expriment les vieux chroniqueurs, empruntant le langage d'un apôtre, attira vers la foi le cœur du mari infidèle[86]. Dans une bataille livrée à des peuples germains qui voulaient suivre les Franks sur la terre des Gaules et en conquérir aussi leur part, Chlodowig, dont les soldats pliaient, invoqua le Dieu de Chlothilde — c'était le nom de son épouse —, et promit de croire en lui, s'il était vainqueur : il le fut et tint sa parole[87].

L'exemple du chef, les présents de Chlothilde, des motifs de conscience et l'attrait de la nouveauté, amenèrent là conversion d'un nombre de guerriers franks que les historiens portent à trois mille[88]. La cérémonie eut lieu à Reims ; et tout ce que les arts des Romains, qui bientôt devaient périr en Gaule après avoir été usés par les barbares, fournissaient encore de brillant, fut déployé avec profusion pour orner ce triomphe de la foi catholique. Le parvis de l'église était décoré de tapisseries et de guirlandes ; des voiles de diverses couleurs affaiblissaient l'éclat du jour ; les parfums les plus exquis brûlaient en abondance dans des vases d'or et d'argent[89]. L'évêque de Reims marcha au baptistère en habits pontificaux, tenant par la main le roi frank qui allait être son fils spirituel : Patron, lui disait celui-ci, émerveillé de tant de pompe, n'est-ce pas là ce royaume du ciel où tu as promis de me conduire ?[90]

Des courriers portèrent rapidement à Rome la nouvelle du baptême du roi des Franks, et Anastase, élu évêque de la ville qui se donnait le nom d'éternelle[91], s'empressa d'écrire à ce roi une lettre de félicitation, l'appelant son glorieux fils et l'invitant à être pour l'Église une colonne de fer[92]. Du moment que le roi Chlodowig fut déclaré l'appui et le soldat de l'Église catholique[93], sa conquête s'agrandit en Gaule presque sans effusion de sang. Toutes les villes du nord-ouest et du centre, jusqu'à la Loire, limite du royaume des Visigoths, et jusqu'au territoire des émigrés bretons, ouvrirent leurs portes à ses soldats. Les corps de troupes qui stationnaient dans ces villes passèrent au service du roi germain, et gardèrent, au milieu de ses guerriers vêtus de peaux[94], les armes et les enseignes romaines. Bientôt, poussé par J'esprit de conquête joint à la haine religieuse, le nouveau converti se mit en marche avec une nombreuse armée vers le territoire des Burgondes[95].

Les Burgondes étaient ariens, c'est-à-dire qu'ils ne croyaient pas que la seconde personne de la Trinité fût de même substance que la première, hérésie légère en apparence, mais qui logiquement conduisait à nier les fondements du christianisme, l'incarnation, la rédemption et le péché originel. Sauf quelques actes rares et isolés de fanatisme populaire, la nation et ses chefs laissaient en pleine liberté de doctrine et de culte les évêques, les prêtres et les habitants des villes soumises à leur puissance. Mais les évêques romains, peu satisfaits d'une simple tolérance, et absolus dans le dogme de l'unité de foi et d'église, appelaient de leurs vœux l'invasion des Franks, ou se prévalaient de la terreur de cette invasion pour persuader au roi des Burgondes d'embrasser la croyance orthodoxe. Ce roi, nommé Gondebald[96], quoique barbare et maitre, leur résistait avec une grande douceur. Il opposait à leurs arguments de haute théologie l'expression naïve et inculte d'une sorte de rationalisme : Est-ce que je ne professe pas la loi de Dieu ? leur disait-il ; parce que je ne veux pas trois dieux, vous dites que je ne professe pas la loi de Dieu[97]. Et quand ils insistaient, en prouvant par le texte des livres saints la vérité de la foi catholique, il répondait : Si votre foi est la vraie, pourquoi vos évêques n'empêchent-ils pas le roi des Franks, qui m'a déclaré la guerre, de s'allier à mes ennemis pour me détruire ?[98]

L'entrée des Franks sur les terres des Burgondes suivit de près cette question qui ne pouvait avoir de réponse ; ils signalèrent leur passage par le meurtre et l'incendie ; ils arrachèrent les vignes et les arbres à fruits, pillèrent les couvents, enlevèrent les vases sacrés et portèrent la dévastation dans les villes de la Saône et du Rhône[99]. Après une bataille sanglante, où les Burgondes furent défaits, le roi Gondebald, réduit à l'extrémité, se soumit aux vainqueurs, qui lui imposèrent le tribut, et retournèrent au nord de la Loire avec un immense butin[100]. Six ans après cette expédition commença la guerre contre les Visigoths, qui eut de même le double caractère d'invasion barbare et de guerre de religion.

Chlodowig assembla ses guerriers dans un vaste champ, et leur dit : Il me déplaît que ces Goths, qui sont ariens, occupent la meilleure partie des Gaules ; allons sur eux avec l'aide de Dieu, et chassons-les ; soumettons leur terre à notre pouvoir : nous ferons bien, car elle est très-bonne[101]. La proposition plut aux Franks, qui l'approuvèrent et, pleins de joie, se mirent en marche vers la bonne terre du midi[102]. Il y avait déjà longtemps que, dans les provinces gauloises qui formaient le royaume des Visigoths[103], le haut clergé s'était rendu suspect de connivence avec l'ambition des tribus frankes. Dans l'année même du baptême de Chlodowig, Volusianus, évêque de Tours, et, six ans après, son successeur Verus, compromis tous les deux par des intrigues en faveur de cette cause, avaient été privés de leurs sièges et envoyés en exil[104]. Quand la guerre commença, l'évêque de Rhodez, Quintianus, venait d'être convainc u de pareilles manœuvres, et, menacé de mort dans sa ville épiscopale, il s'était sauvé par la fuite[105]. Ces faits, plus nombreux sans à otite qu'où ne les trouve dans les historiens de l'époque, montrent quelle ardente sympathie, jointe à un concours actif, attendait l'armée d'invasion dans sa marche au delà de la Loire, sur Poitiers, Toulouse et Bordeaux.

A dix milles de Poitiers, sur les bords du Clain, se livra une bataille décisive où les Goths furent vaincus et où leur roi Alarik fut tué. Peu de villes résistèrent à l'invasion ; la plupart étaient livrées par leurs habitants[106] ; ceux dont la domination arienne avait blessé ou inquiété la conscience, travaillaient à sa ruine avec une sorte de fanatisme, tout entiers à la passion de changer de maîtres. Sans chefs et désunis après la perte de leur roi, les Goths ne purent tenir la campagne ; ils abandonnèrent leurs provinces du nord et de l'ouest, et, se cantonnant sur les bords de la Méditerranée, ils gardèrent la Septimanie annexée à l'Espagne, désormais le corps de leur royaume. Les bandes victorieuses marchèrent jusqu'à l'Aude et jusqu'au pied des Pyrénées, pillant les villes, dévastant les campagnes, et emmenant les habitants en esclavage à la suite de leurs chariots[107]. Si des consignes, données par le roi Chlodowig, préservèrent de tout ravage quelques églises et quelques monastères fameux, les autres ne furent pas épargnés. Il y eut de saints personnages menacés ou frappés de l'épée, et des prêtres emmenés en servitude[108]. Le clergé, qui avait souhaité la venue des Franks, éprouva ce qu'était leur christianisme ; le peuple, ce qu'ils avaient de sens moral, de culture et d'humanité. De cette épreuve continuée après la conquête sous les formes d'un gouvernement nouveau, sortit plus tard la grande réaction qui, séparant la Gaule en deux parts diverses d'esprit et de mœurs, souleva dans le midi, encore imbu de civilisation romaine, une lutte nationale contre la barbarie du nord[109].

Telle était la domination redoutable qui, s'étendant du Rhin aux Pyrénées, parvint à cerner de toutes parts le coin de terre occidental où s'étaient réfugiés les Bretons. Des gouverneurs franks s'établirent dans les villes de Nantes et de Rennes. Ces villes payèrent le tribut au roi des Franks ; mais les Bretons refusèrent de le payer, et seuls ils osèrent tenter de soustraire leur petite contrée au destin de la Gaule entière. Dans cette entreprise pleine de hasards, ils réussirent à force de courage et de volonté. Ils soutinrent une lutte constante et acharnée contre les successeurs de Chlodowig et contre la puissance encore plus grande des rois dont la dynastie remplaça la race mérovingienne. Tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, ils maintinrent durant quatre siècles leur existence nationale, sinon leur indépendance pleine et entière ; et après ces quatre siècles, devenus conquérants eux-mêmes à l'égard des Franks, ils passèrent leurs anciennes limites, et, ajoutant à la Bretagne primitive les pays de Rennes et de Nantes, ils formèrent le vaste territoire qui jusqu'à nos jours a porté ce nom[110].

Les Bretons, dont le christianisme remontait jusqu'à une époque voisine du temps des apôtres, étaient venus en Gaule accompagnés de prêtres et de moines qui devinrent des missionnaires pour la contrée maritime où ils fixèrent leur demeure[111]. Ces hommes pieux et instruits épurèrent la foi, encore imparfaite, des anciens habitants du pays, ils portèrent même leurs prédications sur les territoires voisins, et, comme ils étaient doués d'un grand zèle et d'une parole sympathique, ils fuirent partout bien accueillis. Les citoyens de Rennes. choisirent pour évêque un émigré breton, et les Bretons, se créant une église modelée sur celle de leurs ancêtres, instituèrent des sièges épiscopaux clans plusieurs villes de leur nouvelle patrie où il n'y en avait jamais eu[112]. Ils firent cet établissement religieux, comme ils avaient constitué leur gouvernement civil, sans demander permission ni conseil à aucun pouvoir étranger.

Lorsque la domination franke eut atteint ses limites dans la Gaule occidentale, l'Église bretonne, déjà distincte des Églises voisines par sa discipline particulière, s'en sépara plus que jamais ; ses évêques ne se rendirent point aux conciles des Gaules, convoqués par les rescrits des rois franks[113]. Ils maintinrent pour leur pays l'indépendance religieuse qui devait être l'une des garanties de son indépendance politique. En même temps, le métropolitain de Tours, chef spirituel de tout le territoire que les Romains avaient appelé troisième province lyonnaise[114], sommait le clergé de la Petite-Bretagne, comme établi sur son diocèse, de reconnaître sa suprématie et de recevoir ses commandements. Les Bretons ne crurent point que la circonscription impériale des territoires gaulois leur imposât aucune obligation de soumettre à l'autorité d'un étranger leur Église nationale, par eux transplantée d'outre-mer[115]. Suivant leurs idées et leur esprit de patriotisme exclusif, la prétention de l'archevêque de Tours étant pour eux sans nulle valeur, ils n'en tinrent pas le moindre compte. Le prélat gaulois, dans son synode, les déclara excommuniés, et ils ne s'émurent pas davantage. Ils continuèrent de régler sans lui toute l'administration de leur Église, d'établir des évêchés, de faire des évêques et de donner à l'un d'entre eux le pouvoir et le titre d'archevêque[116].

C'est ainsi que le siège métropolitain de Dol fut érigé en opposition à la métropole de Tours, et que, dans l'intérêt de sa nationalité, la Bretagne armoricaine soutint contre l'Église des Gaules une lutte d'indépendance qui ne fut, pour ainsi dire, qu'une des faces de la grande lutte soutenue par elle contre les souverains de ce pays[117]. Un double caractère de personnalité nationale, de répugnance au joug étranger, civile d'une part et religieuse de l'autre, est le trait saillant de son histoire. Sous ce rapport, la destinée que se firent les Bretons réfugiés en Gaule eut quelque chose de conforme à l'énergie de résistance patriotique déployée durant des siècles par les Bretons demeurés dans l'île, au milieu de toutes les angoisses d'une nation vaincue défendant pied à pied les restes de son territoire envahi.

Les conquérants de l'île de Bretagne joignaient aux fureurs de la barbarie germanique celles d'un paganisme jaloux. A mesure que leur domination s'étendit en avançant de l'est à l'ouest, ses progrès furent marqués par la ruine de tout ce qu'avaient fondé autrefois la civilisation romaine et, après elle, le culte chrétien. Les villes étaient dévastées, les églises détruites, les évêques et les prêtres mis à mort, pendant que les populations subissaient le joug de l'ennemi païen et qu'un reste de braves se retirait vers les montagnes du pays de Galles[118]. Des trois métropoles de provinces qui, sous les Romains, étaient en même temps les trois sièges archiépiscopaux de la Bretagne, deux, Londres et York, tombèrent au pouvoir des Anglo-Saxons ; la troisième seule, Kaerléon sur l'Usc, resta bretonne[119]. Cette ville, où une légion, la seconde Auguste, séjournait en permanence, avait été ornée par les empereurs d'édifices considérables[120]. Soustraite à l'invasion saxonne avec le territoire cambrien, chef-lieu d'une province devenue pour les Bretons toute la patrie, elle fut désormais leur capitale vénérée par eux et qu'ils nommaient avec orgueil ; c'est là que leurs traditions romanesques ont placé les grandeurs et les magnificences de la cour du roi Arthur[121]. Historiquement, Kaerléon, la ville des légions, devint, au sixième siècle, le séjour du gouvernement indigène et le centre d'une nouvelle Église de Bretagne, formée ou accrue des débris que l'ancienne avait laissés dans sa chute. Pour les Bretons restés libres, le siège épiscopal de cette ville, le dernier subsistant des trois sièges métropolitains, fut la suprême autorité religieuse, et l'idée de son indépendance se lia dès lors à l'idée même de leur nationalité.

Depuis le temps où la Bretagne, séparée de l'empire et attaquée par les Pictes et les Scots, reçut des Romains un dernier secours, surtout depuis l'invasion saxonne, les Bretons assiégés dans leur île avaient perdu l'habitude et en grande partie les moyens de communiquer au dehors ; leurs relations avec le continent devinrent de plus en plus rares, et ils cessèrent bientôt d'en avoir avec Rome, soit pour des intérêts politiques, soit pour les choses de la religion[122]. La barbarie païenne, qui s'emparait graduellement de leurs côtes à l'est et au midi, élevait une barrière impénétrable pour les étrangers non moins que pour eux. Dans cet isolement, refoulés sur eux-mêmes et absorbés dans leur lutte à mort contre les envahisseurs du pays, ils s'attachèrent plus étroitement que jamais aux mœurs de leurs ancêtres et à leurs coutumes héréditaires, comme au principe de leur vie nationale, comme à la force qui un jour devait leur donner la victoire et leur rendre la liberté.

Ce qu'ils tenaient du caractère et de l'esprit des races celtiques se raviva chez eux aux dépens de ce qu'ils avaient reçu, pour leur part, de cet esprit général, de cette conformité d'usages que l'unité romaine tendait à introduire non-seulement dans l'ordre civil, mais encore dans l'ordre ecclésiastique. Ils embrassèrent avec prédilection, d'un côté le vieux fonds indigène de leurs habitudes sociales, de l'autre ce qu'il y avait de particulier dans la discipline de leur Église. Leur christianisme, entouré de formes locales provenant d'usages nationaux, se mêlait d'une manière intime à leur vie de passion, de lutte et d'espérance politiques, et la haine de religion était pour eux un mobile de patriotisme.

Il semble en effet que, décidés à n'avoir aucune paix avec les ennemis de leur race et les conquérants de leur sol natal, les Bretons aient aimé que ces conquérants fussent païens pour les détester davantage, et pouvoir être, clans le mal qu'ils leur feraient, sans scrupule et sans remords. L'idée de travailler à convertir les Anglo-Saxons au christianisme, impliquant celle d'absoudre leur conquête et de reconnaître leur droit de possession sur la meilleure part du sol, ne pouvait s'offrir et ne s'offrit pas aux indigènes dépossédés[123]. Leur patriotisme sauvage et nourri d'amertume autant que de résolution leur faisait sentir par instinct qu'ils agiraient contre eux-mêmes en touchant à la barrière d'aversion mortelle qui les séparait de leurs ennemis. Ce ne fut pas du sein de la Bretagne subjuguée, ce fut d'ailleurs que sortit, vers la fin du sixième siècle, le noble projet de faire entrer dans la société chrétienne les Germains dominateurs du pays.

Dans ce temps, la ville de Rome, grande par les souvenirs de sa puissance et parce qu'elle se nommait le siège de saint Pierre[124], avait pour évêque un homme de race sénatoriale, en qui la tendresse d'aine et le zèle de la foi chrétienne se mêlaient à l'esprit d'action et à l'habileté politique du vieux patriciat romain[125]. Grégoire, fils de Gordien, de la riche et illustre famille des Anicius, renonça jeune à son immense fortune et aux plus hautes dignités pour embrasser l'état monastique. Il parait que dans cette nouvelle vie, l'instinct de sa nature active le portait en imagination vers des pèlerinages lointains et des entreprises périlleuses, telles que la conversion des tribus encore païennes dont la présence, au delà des Franks ou parmi eux, à l'extrémité du territoire enlevé à l'empire, avait rendu plus étroites les limites du monde chrétien. Sa pensée, qui peut-être aimait à errer au nord de la Gaule et aux confins occidentaux de la Germanie, fut, par un incident fortuit, attirée sur la Bretagne anglo-saxonne et s'y fixa de manière à ne pouvoir plus s'en détacher.

Un jour que le moine patricien traversait le marché de Rome, il vit parmi les choses exposées en vente de jeunes esclaves étrangers, dont les cheveux blonds de la nuance la plus claire, la blancheur et la beauté le frappèrent vivement. Touché d'admiration et d'intérêt, il demanda au marchand d'esclaves de quel pays ces enfants avaient été amenés[126]. C'est, répondit celui-ci, de l'île de Bretagne, où les hommes ont le teint aussi blanc et les cheveux de la même couleur. — Sont-ils chrétiens, reprit Grégoire, ou encore enveloppés dans les erreurs du paganisme ? A la réponse du marchand : Ils sont païens, Grégoire s'écria : Quel malheur que de si charmants visages soient sous la main du prince des ténèbres, que de si beaux fronts couvrent une âme encore vide de la grâce de Dieu ! S'adressant une troisième fois à son interlocuteur, il le pria de nommer la nation à laquelle les jeunes esclaves appartenaient. Le marchand répondit : Ils sont de la nation des Angles. Et Grégoire, jouant sur ce nom, répliqua : Des anges, très-bien dit,  car puisqu'ils ont une figure angélique, c'est chose convenable qu'ils puissent devenir un jour concitoyens des anges dans le ciel[127]. Cette impression de vive sympathie et les idées d'apostolat chrétien qui en avaient été la suite accompagnèrent le descendant des Anicius à son retour au monastère qu'il avait fondé sur le mont Aventin, dans le palais même de ses ancêtres[128]. Usant de tout son crédit auprès du pape Benoît Ier, Grégoire l'invita instamment à envoyer des missionnaires chargés de prêcher l'Évangile aux païens de l'île de Bretagne, et il demanda pour lui-même la grâce de faire partie de cette mission. Benoît Ter y consentit, et le départ eut lieu. Mais les citoyens de Rome regrettaient l'absence de Grégoire qu'ils vénéraient et que déjà peut-être ils destinaient à la dignité pontificale ; peu de jours après, le peuple en troupe fit sur le passage du pape des démonstrations de mécontentement, et le pape effrayé rappela Grégoire, dont le retour mit fin au projet de mission en Bretagne[129].

Devenu chef de l'Église romaine, Grégoire songea de nouveau à l'entreprise qui avait été le plus cher de ses rêves[130]. Il confia la tâche d'aller outre-mer évangéliser les Anglo-Saxons à quarante religieux 596 de son monastère du mont Aventin, et il mit à leur tête, avec des pouvoirs spéciaux, Augustin, prieur de ce monastère. Le chef de la mission était désigné d'avance comme évêque de l'Angleterre et autorisé à se faire consacrer sous ce titre, s'il était reçu dans le pays[131]. Ses compagnons le suivirent au delà des Alpes, jusqu'à la ville d'Aix en Provence ; mais arrivés à ce point, ils s'effrayèrent des périls et des difficultés de l'œuvre dont on les chargeait et voulurent retourner sur leurs pas[132]. Augustin repartit seul, pour aller demander, au nom de tous, au pape Grégoire, la grâce d'être exemptés de ce voyage dangereux, dont l'issue, disait-il, n'était rien moins que certaine, chez un peuple d'une langue inconnue. Mais le pape n'y consentit pas. Il est trop tard pour reculer, répondit-il ; vous devez accomplir votre entreprise sans écouter les propos des médisants ; moi-même je voudrais de tout mon cœur travailler avec vous à cette bonne œuvre[133].

Le commandement ainsi renouvelé avec une fermeté douce ranima le zèle des missionnaires. Fondateur du couvent où ils étaient nourris, Grégoire avait été leur abbé avant d'être pour eux l'évêque de Rome ; ils lui devaient à plus d'un titre l'obéissance filiale ; ils obéirent donc et reprirent leur chemin vers le nord[134]. Ils allèrent d'abord à Châlon, où résidait Theoderik, fils de Hildebert, roi d'une moitié de la portion orientale du pays conquis par les Franks[135]. Ensuite ils se rendirent à Metz, où régnait, sur l'autre moitié, Theodebert, aussi fils de Hildebert. Ils présentèrent à ces deux rois des lettres du pape Grégoire, faites pour exciter leur bienveillance d'une part en intéressant leur foi religieuse, et de l'autre en flattant leur vanité. Grégoire savait que les Franks étaient en guerre avec les Saxons de la Germanie, leurs voisins du côté du nord, et, partant de ce fait, il n'hésitait pas à qualifier du nom de sujets des Franks les Anglo-Saxons d'outre-mer que ces moines allaient convertir. J'ai présumé, écrivait-il aux deux fils de Hildebert, que vous deviez souhaiter avec ardeur la conversion de vos sujets à la foi dans laquelle vous êtes, vous, leurs seigneurs et leurs rois, et j'ai fait partir Augustin, le porteur des présentes, avec d'autres serviteurs de Dieu, pour y travailler sous la protection de votre puissance[136].

La mission remit aussi une lettre à la reine Brunehilde, aïeule des deux jeunes rois, femme d'une grande ambition et d'une rare habileté, qui, sous le nom de ses cieux petits-fils, gouvernait la moitié de la Gaule. Elle appartenait par sa naissance à la famille des rois visigoths que l'invasion franke avait repoussés au delà des Pyrénées. A son mariage, d'arienne qu'elle était, elle devint catholique, reçut l'onction du saint chrême, et témoigna dès lors un grand zèle pour sa nouvelle croyance ; les évêques louaient à l'envi la pureté de sa foi, et en faveur de ses œuvres pieuses, négligeaient de jeter un regard sur ses mœurs déréglées, ses fourberies et ses crimes politiques[137]. Vous qui avez le mérite des bonnes œuvres et dont l'âme est affermie dans la crainte du Dieu tout-puissant, écrivait le pape Grégoire à cette reine, nous vous prions de nous aider dans une grande chose. Il nous est parvenu que la nation des Angles voulait devenir chrétienne, et nous avons député vers elle pour connaitre sa volonté par nous-même et répondre efficacement à son désir[138]. Les rois des Franks orientaux et leur aïeule n'avaient point à mesurer l'exactitude de cette assertion peu conciliable avec la répugnance et les craintes des missionnaires[139] ; ils firent à la mission un accueil plein de respectueuse bienveillance, et la défrayèrent dans sa route vers la mer. Le roi des Franks occidentaux[140], quoique en guerre avec ses parents de l'est, reçut les Romains non moins gracieusement qu'eux ; on leur permit d'emmener des hommes de nation franke comme interprètes auprès des Anglo-Saxons, qui parlaient presque la même langue[141].

Par un hasard favorable, il se trouva que le plus puissant des chefs saxons, Ethelbert[142], roi du pays de Kent, venait d'épouser une femme d'origine franke et professant la religion catholique[143]. Cette nouvelle releva le courage des compagnons d'Augustin, et ils abordèrent avec confiance à cette même pointe de Thanet, déjà fameuse par le débarquement des anciens Romains, et des deux frères qui avaient ouvert aux Saxons le chemin de la Bretagne. Les interprètes franks se rendirent auprès d'Ethelbert : ils lui annoncèrent des hommes qui venaient de bien loin lui apporter une heureuse nouvelle et la promesse d'un règne sans fin, s'il voulait croire à leurs paroles[144]. Le roi saxon ne fit d'abord aucune réponse positive et ordonna que les étrangers s'arrêtassent dans l'île de Thanet, jusqu'au moment où il aurait délibéré sur le parti à prendre à leur égard. Il est permis de croire que l'épouse chrétienne du roi païen ne resta pas inactive dans cette grande circonstance et que toutes les effusions de la tendresse domestique furent employées à rendre Ethelbert favorable aux missionnaires. Il consentit à entrer en conférence avec eux ; mais, par un reste de défiance, il ne put se résoudre à les recevoir dans sa maison ni dans sa cité royale, et vint les trouver dans leur île, où il voulut encore que l'entrevue eût lieu en plein air, pour prévenir l'effet de tout maléfice, dans le cas où ces étrangers en useraient contre lui[145]. Les moines romains marchèrent au rendez-vous avec un appareil de cérémonie, rangés en files, précédés d'une grande croix d'argent et d'un tableau où était peinte la figure du Christ ; ils exposèrent l'objet de leur voyage et firent leurs prédications[146].

Voilà de belles paroles et de belles promesses, leur répondit le roi païen ; mais comme cela est pour moi tout nouveau, je ne puis sur-le-champ y ajouter foi, et abandonner la croyance que je professe avec toute ma nation. Cependant, puisque vous êtes venus de loin pour nous communiquer ce que vous-mêmes, à ce qu'il me semble, jugez utile et vrai, je ne vous maltraiterai point ; je vous fournirai des provisions et des logements, et vous laisserai libres de publier votre doctrine et de persuader qui vous pourrez[147].

Les moines se rendirent à la ville capitale, qu'on appelait la cité des hommes de Kent, en langue saxonne Kentwara-Byrig[148] ; ils y entrèrent en procession, portant leur croix et leur tableau, et chantant, des litanies. Ils eurent bientôt des auditeurs et des prosélytes ; une église bâtie du temps des Romains, et abandonnée depuis la conquête saxonne, leur servit pour célébrer la messe et administrer le baptême. Beaucoup d'hommes venaient à eux, attirés par la douceur de leur doctrine et la simplicité de leur vie. Ils frappèrent les imaginations par de grandes austérités ; ils passèrent même pour avoir le don des miracles, et le bruit des prodiges qu'ils opéraient, parvenant au roi Ethelbert[149], enleva de son esprit les derniers doutes qui retardaient sa conversion. Quand le chef du pays de Kent eut embrassé le christianisme, la nouvelle religion devint auprès de lui le plus sûr moyen de faveur, et le nombre de ceux qui demandaient à être baptisés se multiplia rapidement, quoique le roi Ethelbert, dit un vieil historien, ne voulût contraindre personne[150]. Il fonda pour ses docteurs et ses pères spirituels, dans la ville de Canterbury, un établissement qui, pour les Saxons convertis, fut le siège de l'Église nationale, et il le dota largement de possessions en terres et en meubles[151].

Augustin, le chef de la mission, devenu chef de cette nouvelle Église, se rendit en Gaule, et, conformément aux instructions du pape Grégoire, il se fit consacrer, par les évêques de ce pays, archevêque de la nation anglo-saxonne[152]. A son retour, il reprit avec une plus grande autorité ses travaux apostoliques sur le territoire de Kent ; il les étendit même hors de ce royaume, et des prêtres envoyés par lui obtinrent quelque succès chez les Saxons orientaux, dont le chef, appelé Sighebert, était neveu du roi Ethelbert. Le pape Grégoire apprit avec une joie extrême l'issue de la prédication qui venait de rendre chrétiens et catholiques une partie des conquérants de l'île de Bretagne. La moisson est grande, lui mandait Augustin, et les travailleurs n'y suffisent plus[153]. A cette nouvelle, une seconde députation de missionnaires partit de Rome avec des lettres pontificales adressées aux rois des Franks, aux évêques de la Gaule et à Augustin, que le pape qualifiait du titre de très-saint frère et coévêque. Un supplément d'instructions pour lui fut expédié plus tard à l'adresse des chefs de la nouvelle mission, Mellitus et Laurentius, qui déjà s'étaient mis en route. Cette espèce de note diplomatique était conçue dans les termes suivants :

Vous lui direz qu'après de mûres et graves réflexions sur l'affaire du peuple anglais, j'ai arrêté dans mon esprit plusieurs points importants : en premier lieu, il faut se garder de détruire les temples des idoles ; il ne faut que détruire les idoles, puis faire de l'eau bénite, en arroser les temples, y construire des autels et y placer des reliques. Si ces temples sont bien bâtis, c'est une chose bonne et utile qu'ils passent du culte des démons au service du vrai Dieu ; car tant que la nation verra subsister ses anciens lieux de prière, elle sera plus disposée à s'y rendre, par un penchant d'habitude, pour adorer le vrai Dieu[154].

Secondement, on dit que les hommes de cette nation ont coutume d'immoler des bœufs en sacrifice ; il faut que cet usagé soit tourné pour eux en solennité chrétienne, et que, le jour de la dédicace des temples changés en églises, ainsi qu'aux fêtes des saints dont les reliques y seront placées, on leur laisse construire, comme par le passé, des cabanes de feuillage autour de ces mêmes églises, qu'ils s'y rassemblent, qu'ils y amènent leurs animaux, qui alors seront tués par eux, non plus comme offrandes au diable, mais pour des banquets chrétiens, au nom et en l'honneur de Dieu, à qui ils rendront grâces après s'être rassasiés. C'est en réservant à ces hommes quelque chose pour la joie extérieure, que vous les conduirez plus aisément à goûter les joies intérieures[155].

Mellitus et Laurentius remirent à Augustin, avec ces instructions, l'ornement du pallium, qui, selon un cérémonial que l'Église romaine semble avoir emprunté de l'empire romain, était le signe officiel du droit de commander à des évêques[156]. Ils apportaient en même temps un plan de constitution ecclésiastique dressé à Rome, pour être appliqué au territoire anglo-saxon, à mesure que s'y agrandirait le domaine de la conquête spirituelle. Selon ce projet, Augustin devait ordonner douze évêques, et fixer dans la ville de Londres, quand cette ville deviendrait chrétienne, le siège métropolitain duquel relèveraient les douze autres sièges[157]. Pareillement, dès que la grande cité de l'Angleterre septentrionale, que les Saxons nommaient Everwic, aujourd'hui York, aurait reçu le christianisme, Augustin devait y instituer un évêque qui, recevant à son tour le pallium, deviendrait le métropolitain de douze évêchés nouveaux.. L'archevêque d'York, bien que soumis à la juridiction d'Augustin, comme son inférieur durant sa vie, sous les successeurs d'Augustin ne devait relever que de Rome seule, et alors, entre les deux métropolitains de l'Angleterre, la primatie devait appartenir à celui qui aurait été ordonné le premier[158].

A ne considérer que du côté matériel ces arrangements pris d'avance avec une décision remarquable, on croit voir se renouveler, sous d'autres formes, les plans d'occupation de provinces conquises ou à conquérir, qui, dans les siècles antérieurs, émanaient de l'intelligence politique et de la puissante volonté du sénat romain. Toutefois les desseins du pape Grégoire sur la ville de Londres, ancienne métropole de la Bretagne méridionale, ne s'exécutèrent pas. Lorsque le pays des Saxons orientaux, dont cette ville était la capitale, eut été converti au christianisme par la prédication de. Mellitus et par l'influence du roi Ethelbert, elle ne devint point métropole ecclésiastique, et le siège du premier archevêque des Anglais n'y fut point transféré. Soit pour complaire au roi nouveau chrétien du pays de Kent, soit pour l'observer de plus près et se trouver mieux à portée de combattre en lui des retours possibles, Augustin fixa sa demeure, et par suite celle de ses successeurs, dans la ville de Canterbury. Il établit à Londres Mellitus comme simple évêque ; et Rofeskester, aujourd'hui Rochester, entre Londres et Canterbury, fut le siège d'un 'autre évêché dont il donna le titre à Justus, l'un des membres les plus éminents de la seconde mission romaine[159].

L'histoire nous a conservé les instructions que le pape Grégoire fit parvenir à Augustin comme une sorte de code pour l'organisation de la nouvelle Église anglo-saxonne et pour la réforme morale des nouveaux chrétiens de cette Église. Elles sont admirables de sagesse pratique, de haute prudence et de mesure[160]. Mais sur un autre point Grégoire fut moins heureux, faute de connaître les difficultés presque insurmontables que son fondé de pouvoir allait rencontrer. Parmi les questions adressées à Rome par Augustin consacré archevêque, se trouvait cette double demande : Comment dois-je me comporter envers les évêques des Gaules et envers ceux de la Bretagne ? — Pour les évêques des Gaules, répondit le pape Grégoire, je ne te donne aucune autorité sur eux ; depuis le temps de mes anciens prédécesseurs, l'évêque d'Arles a reçu le pallium, et je ne dois point le priver de l'autorité qu'il possède. Mais quant aux évêques de la Bretagne ; je les confie tous à ta fraternité, pour que tu enseignes les ignorants, que tu raffermisses les faibles et que tu corriges les mauvais[161]. Ce mandat sans restrictions ni réserves s'appliquait à une Église depuis longtemps privée de relations avec l'Église romaine, décimée par la conquête et réfugiée dans un coin du pays qu'elle avait couvert autrefois. En imposant au clergé breton, comme réformateur délégué par le siège apostolique, l'évêque des Anglo-Saxons, il mettait en présence, d'une part les droits de la hiérarchie catholique, de l'autre l'esprit d'indépendance nationale exalté par le malheur. Un pareil rapprochement, opéré d'une manière brusque et impérieuse, loin de rétablir l'union interrompue et la discipline affaiblie, ne pouvait qu'aliéner les affections de l'Église bretonne et faire succéder pour elle à un isolement de fait un schisme volontaire et déclaré.

Le pape Grégoire ne soupçonnait pas cette dangereuse complication. Il savait que des trois anciennes provinces de la Bretagne deux étaient possédées par une nation païenne, mais, quant aux circonstances particulières et aux suites de cet événement, il ne s'en rendait pas un compte exact. Il ignorait ce qu'avait de profond et d'amer le ressentiment patriotique des Bretons et que, pour cette nation dépossédée, tout ami des Saxons, quel qu'il fût, était suspect de connivence avec eux[162]. Eût-il été présent lui-même, l'esprit de ménagement et de tolérance qu'il mêlait à ses maximes romaines d'unité et de forte discipline[163] n'aurait peut-être pas suffi pour calmer les cœurs et surmonter les défiances. Mais Augustin n'avait rien de ces heureuses qualités d'intelligence et de caractère ; sa pensée était, à ce qu'il semble, étroite èt absolue, et son zèle accompagné d'orgueil. A l'ambition de succès pour son œuvre comme prédicateur du christianisme, il joignait une ambition personnelle, et aspirait à se voir non plus seulement archevêque de la nation anglo-saxonne, mais archevêque universel de la Bretagne[164].

Ce fut par une entremise politique, par des envoyés du roi Ethelbert, le plus redouté des rois saxons, qu'Augustin fit savoir aux Bretons de la Cambrie qu'a titre de légat du siège apostolique, il voulait conférer avec eux sur l'état et les affaires de leur Église[165]. Séparés de l'empire depuis près de deux siècles, les Bretons n'avaient point reçu, comme la Gaule et les autres provinces romaines, des décrets impériaux sanctionnant la suprême juridiction du pape de la ville éternelle, et, dans leur isolement du reste du monde chrétien, ils n'avaient pas même pu recevoir les actes des conciles généraux[166]. De là, pour les débris de cette nation qui se maintenaient dans le pays de Galles, plusieurs sortes de dissidences avec l'Église de Rome ou avec l'Église universelle, les unes provenant d'usages nationaux antérieurs à la conquête saxonne, les autres de pratiques et de coutumes introduites peu à peu depuis les premiers temps de cette conquête.

La forme de la tonsure cléricale et celle de l'habit monastique n'étaient point les mêmes chez eux qu'en Italie et dans la Gaule. Quoique rigides, les règles de leurs monastères avaient cela de particulier qu'un très-petit nombre de religieux prenaient l'ordre de prêtrise ou de cléricature, et que les autres, comme de simples laïques, travaillaient de leurs mains tout le jour, exerçant un art ou un métier pour leur propre subsistance et pour le profit commun[167]. Dans le calcul à faire peur la détermination de la fête de Pâques, ils se réglaient sur un cycle adopté autrefois à Rome et ensuite remplacé par un autre plus exact[168]. Enfin, ils différaient des usages de l'Église romaine dans les cérémonies accessoires du baptême. Tel était le champ de controverses où les Bretons restés libres se trouvaient appelés subitement, et où, s'ils acceptaient.la discussion proposée, ils allaient avoir pour antagoniste et pour censeur le ministre d'une Église dont l'autorité leur était devenue étrangère, un primat siégeant dans une. métropole saxonne, parmi ceux qu'ils nommaient leurs ennemis, leurs spoliateurs et les intrus de la Bretagne[169].

Le message de convocation à une assemblée synodale fut porté au clergé de la province bretonne la plus voisine du territoire anglo-saxon et reçu par lui avec une déférence pleine d'égards. Des évêques, des prêtres et des docteurs de cette province se rendirent à la conférence assignée sur la frontière des deux peuples, au bord de la Saverne, dans un lieu où se trouvait un grand chêne qui depuis fut nommé le chêne d'Augustin[170]. L'archevêque de Canterbury, après un long trajet fait sous escorte parmi des populations encore païennes, se trouva au rendez-vous, entouré de ses compagnons d'apostolat et des clercs de son Église. Par une réserve qui était de l'habileté, il ne parla point d'abord de ses droits à la primatie, et, dans son discours aux Bretons, il ne leur demanda rien que d'écouter ses avertissements fraternels, d'avoir avec lui la paix catholique et de prendre part au travail commun d'évangéliser les gentils[171].

On ne peut dire si l'emploi de ce mot, qui désignait les Saxons sans les nommer, fut une précaution oratoire, mais l'absence d'un nom odieux pour les Cambriens ne changeait point la réalité des choses ; l'idée de conquête et d'asservissement politique devait peser de tout son poids sur la discussion soulevée entre l'envoyé de l'Église romaine et les représentants ecclésiastiques des vaincus de l'île de Bretagne. D'ailleurs, Augustin n'eût-il pas trouvé en face de lui ces douloureuses préoccupations, qu'il aurait eu encore à lutter contre un élément de résistance intime et secrète, contre la fierté morale des races celtiques, leur confiance en elles-mêmes, leur attachement à ce qui s'était une fois pensé et pratiqué chez elles, leur extrême susceptibilité à l'égard de tout étranger s'immisçant, par action ou par conseil, dans kilts affaires domestiques. Toutes ces causes réunies contribuèrent à rendre les évêques et les prêtres bretons imperturbablement sourds aux demandes et aux censures du légat ; ni ses prières, ni ses exhortations, ni ses invectives n'eurent aucun pouvoir sur eux. Ils ne voulurent pas se détacher d'une seule de leurs pratiques nationales, et quand l'archevêque et ses compagnons leur opposaient l'accord unanime de toutes les Églises orthodoxes : Cela peut être bon pour d'autres, répondaient ils, mais nous aimons mieux et nous voulons garder la tradition de nos ancêtres[172].

A ce long et laborieux combat, dit un historien qui est l'un des pères de l'Église anglo-saxonne, Augustin mit fin en disant[173] : Prions le Dieu qui fait habiter dans la maison de son père ceux qui ont un même esprit et un même cœur, pour qu'il daigne nous montrer par des signes célestes quelle tradition l'on doit suivre et dans quelle voie il faut marcher pour parvenir à son royaume. Qu'on amène ici quelque malade, et que la foi de celui d'entre nous par les prières duquel ce malade aura été guéri soit crue la plus agréable à Dieu et celle que tous ont à suivre[174]. Étonnés, à ce qu'il semble, d'un pareil défi, les Bretons refusèrent l'épreuve ; mais pour ne pas se déclarer du même coup inférieurs en foi et en œuvres, ils consentirent à la fin, et l'on amena dans l'assemblée un aveugle saxon de naissance.

Cet homme fut présenté d'abord aux prêtres cambriens, et il n'éprouva de leur ministère ni guérison ni soulagement. Alors Augustin, ferme et calme devant la nécessité où il s'était placé lui-même, se mit à genoux et fit cette prière : Ô Dieu, père de Jésus-Christ Notre-Seigneur, je te supplie de rendre la vue à cet aveugle et de faire que la lumière corporelle, revenue à un seul homme, allume le flambeau de la grâce dans le cœur de beaucoup de fidèles[175]. Au même instant, si l'on en croit le récit du vieil historien, l'aveugle vit le jour, et l'assemblée, saluant Augustin d'un cri unanime, le proclama prédicateur de la souveraine vérité. Les Bretons, selon le même récit, confessèrent que la voie qu'il enseignait était le vrai chemin de la justice, mais ils dirent qu'ils ne pouvaient renoncer à leurs anciens usages sans le consentement de leur nation, et demandèrent qu'un second synode fût tenu où ils viendraient en plus grand nombre[176].

La chose fut ainsi résolue, et à cette nouvelle conférence vinrent les sept évêques de la nation bretonne avec beaucoup de prêtres et d'autres hommes considérés pour leur piété et leur savoir[177]. La plupart appartenaient au grand monastère de Bangor, espèce de cité religieuse divisée en sept quartiers dont chacun renfermait une église et des logements pour trois cents moines[178]. Il parait que ces hommes graves et d'une bonne foi parfaite n'avaient pas de parti pris irrévocablement sur ce qui allait se débattre pour la seconde fois. Chrétiens orthodoxes en même temps que Bretons dans le cœur et voulant rester l'un et l'autre, ils étaient agités par des sentiments contraires. D'une part, les vieilles coutumes de la nation leur semblaient un patrimoine moral à défendre contre l'étranger, et leur conviction du droit de propriété de la race indigène sur le pays se liait à l'idée que l'archevêque des Bretons était, de droit exclusif, primat de toute la, Bretagne ; d'une autre part, le titre de légat du siège apostolique leur inspirait du respect, et la pensée d'un schisme avec celui qui portait ce titre et avec le corps entier de l'Église leur répugnait vivement.

Dans leur perplexité, avant de se rendre à l'assemblée, ils allèrent trouver un saint personnage, qui menait auprès de Bangor la vie d'anachorète, pour le consulter sur ce qu'ils avaient à faire[179]. Devons-nous, lui demandèrent-ils, abandonner nos traditions nationales et nous conformer à la prédication d'Augustin ? — Si c'est un homme de Dieu, répondit l'anachorète, vous ferez bien de le suivre. Ils reprirent Et quel sera pour nous le moyen d'en avoir la preuve ? L'anachorète répliqua : Le Seigneur a dit : Portez mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Si donc cet Augustin est doux et humble de cœur, il faut croire qu'il porte lui-même le joug du Christ et qu'il vous l'offre à porter. Si au contraire il est rude et orgueilleux, il sera certain qu'il n'est pas homme de Dieu et que nous n'avons à tenir aucun compte de sa parole[180].

Quand les Bretons arrivèrent au lieu de la conférence, les Romains s'y trouvaient déjà, et à leur entrée Augustin, sinon par une intention de mépris, du moins par une dignité intempestive, resta immobile sur son siège[181]. Ils ne se demandèrent point s'il n'y avait pas là quelque usage de l'étiquette romaine, ils ne virent qu'une chose : c'est qu'ils venaient en nombre se présenter à un homme, et que cet homme ne se levait pas devant eux. Un sentiment de fierté blessée, pour leur nation autant que pour eux-mêmes, leur fit croire que l'apôtre des Saxons voulait flatter, en les humiliant, l'orgueil de ses néophytes, et à cette idée qui soulevait en eux l'indignation patriotique, leurs doutes et leurs scrupules s'évanouirent ; ils ne furent plus rien que Bretons. Dès que la discussion eut été ouverte par un discours du légat, ils témoignèrent leur impatience en murmurant contre lui, et s'étudièrent à le contredire sur tous les points[182].

Contraint par la vivacité de ses adversaires à resserrer le champ du débat, Augustin le fit en ces termes : Vous agissez en beaucoup de choses d'une façon contraire à notre coutume et à celle de l'Église universelle ; pourtant si vous voulez obtempérer à ces trois demandes : célébrer la pâque en son vrai temps, accomplir les rites du baptême selon l'usage de la sainte Église romaine et apostolique, enfin prêcher avec nous la parole de Dieu à la nation anglo-saxonne, tout le reste de vos pratiques, bien que opposées aux nôtres, sera toléré par nous avec indulgence[183]. Mais cet ultimatum du légat pontifical fut absolument rejeté ; les Bretons lui répondirent qu'ils n'en feraient rien et qu'ils ne le reconnaîtraient pas pour archevêque ; qu'ils ne devaient obéissance qu'à leur chef légitime, l'évêque de Caerleon, seul primat de l'île de Bretagne, et qu'ils tenaient pour chose indigne de communiquer leur foi à ceux qui leur avaient enlevé la terre de leurs pères[184]. Eh bien donc ! s'écria Augustin d'un ton de menace, puisque vous ne voulez pas accepter la paix avec des frères, vous aurez la guerre avec des ennemis ; et puisque vous ne voulez pas enseigner aux Saxons le chemin de la vie, c'est par leurs mains que vous sera infligé le châtiment de mort[185].

Une pareille prédiction n'était pas difficile à faire dans l'état de guerre incessante où se trouvaient les deux races cruellement ennemies l'une de l'autre ; mais la prophétie d'Augustin eut cela d'étrange qu'elle s'accomplit avec une effrayante exactitude sur ceux-là mêmes qui avaient pu l'entendre de sa bouche. Quatre ans après cette inutile conférence entre l'archevêque des Anglo-Saxons et les chefs de l'Église bretonne, le petit-fils du conquérant de la Bretagne septentrionale[186], Ethelfrith, roi des Angles, qui, maître du pays au nord de l'Humber, harcelait sans cesse les Bretons sur sa frontière de l'ouest et du sud-ouest, fit de ce côté une de ses invasions les plus formidables[187]. La province qu'il attaqua fut celle de Gwined, qui avait le titre de royaume et dont la capitale était la ville romaine qu'on nomme aujourd'hui Chester[188]. L'alarme de cette irruption fut portée dans toute la Cambrie, et, de tous les cantons, des troupes armées, sous la conduite des chefs de clans, se mirent en marche vers le territoire envahi. On sentait qu'il y avait là un grand péril national, contre lequel on devait réunir non-seulement toutes les forces militaires, mais encore toutes les forces morales de la race bretonne. Aussi, pendant que se faisait la levée en masse des hommes capables de porter les armes, des hommes de religion, prêtres et moines, se levaient de toutes parts et se rendaient à Chester, la ville menacée par l'invasion, afin de prier, disent les chroniques bretonnes, pour leur nation et leur race[189].

Des deux mille cénobites qui peuplaient le grand monastère de Bangor, la moitié se trouvèrent à ce rendez-vous patriotique où, par une malheureuse fatalité, l'arrivée des gens de religion précéda celle des gens de guerre[190]. Lorsque le roi Ethelfrith parut aux environs de Chester avec une puissante armée, il n'y avait, pour couvrir la capitale du royaume du nord, que les troupes de la province orientale de Powis venues les premières à cause de la proximité des lieux. Le Chef de cette province, nommé Brocmail, s'établit, à ce qu'il semble, dans un camp formé près des murs de Chester, et pour encourager ses hommes durant le combat, il réunit les prêtres et.les religieux en vue du camp, sur une hauteur fortifiée qui faisait partie des défenses de la ville[191]. L'attaque des païens fut terrible, et le premier choc vaillamment soutenu par les Bretons ; ils firent éprouver de grandes pertes aux assaillants ; mais ceux-ci, égaux en courage et de beaucoup supérieurs en nombre, eurent bientôt le dessus ; Brocmail, dont les troupes lâchaient pied, fut contraint d'abandonner le camp et de faire sa retraite en désordre[192]. Un petit nombre seulement des clercs et des moines réunis sous sa garde, cinquante, à ce qu'on raconte, purent le suivre ; tous les autres restèrent glacés de terreur et implorant le ciel sur le monticule où ils se trouvaient parqués[193].

Prêt à forcer l'entrée de la ville de Chester, le roi Ethelfrith aperçut avec surprise ces hommes singulièrement vêtus et sans armes, les uns debout, les autres agenouillés ; il demanda qui ils étaient et ce qu'ils faisaient là[194]. On lui dit que c'étaient des gens du grand monastère et qu'ils priaient pour le salut des leurs. S'ils croient à leur Dieu contre moi, répliqua le roi païen, ils combattent contre moi quoique sans armes. Et, par une plaisanterie barbare, il fit donner de ce côté le premier assaut avec ordre de tout massacrer[195]. Douze cents prêtres et moines, dont la plupart étaient venus de Bangor, furent passés au fil de l'épée ; mais ni cet horrible exploit, ni la prise de la ville ne profitèrent au roi des Angles[196]. En s'avançant vers l'ouest, il rencontra l'armée bretonne tout entière sous la conduite des deux rois de la Cambrie et du chef indépendant de Cornouailles[197]. Vaincu cette fois dans une bataille où dix mille des siens périrent et où lui-même fut blessé, il s'enfuit devant les Bretons, qui le poursuivirent jusqu'à la frontière de son royaume[198].

La mort de tant d'hommes d'église massacrés ensemble frappa vivement et d'une façon bien opposée les. nouveaux convertis et les vieux chrétiens de la Bretagne. Les premiers y virent un signe manifeste de la sainteté de leur évêque et de la vengeance divine sur les faux docteurs qui avaient rejeté ses conseils[199] ; les seconds, rattachant, comme l'effet à, sa cause, le massacre des prêtres et des moines au synode où ils avaient paru, firent des deux événements un seul drame.

Dès qu'Ethelbert, roi du pays de Kent, dit le célèbre compilateur des traditions cambriennes, vit que les Bretons dédaignaient de se soumettre à Augustin et méprisaient sa prédication, il en fut extrêmement courroucé. Dans son dépit, il provoqua Ethelfrith, roi du Northumberland, à lever une grande armée pour marcher contre la ville de Bangor et y faire périr Dinot, abbé du monastère, et les clercs qui s'étaient moqués de la puissance des Saxons[200]. D'autres Chroniques de même origine imputent à Augustin un ressentiment personnel et le désir d'être vengé[201]. Quoique faux évidemment, ce soupçon d'une nation malheureuse et indignée semble avoir pesé comme un embarras sur l'historien de l'Église anglo-saxonne, à qui le moyen âge a décerné le titre de Vénérable. Bède termine son récit du massacre des clercs bretons par cette phrase qui serait vide de sens si elle n'était pas une sorte de précaution oratoire : Ainsi s'accomplit la prédiction du saint pontife Augustin, quoique lui-même, déjà depuis longtemps, eût passé de ce monde au royaume céleste[202]. Augustin vivait encore en 605, deux années seulement avant la bataille de Chester, et rien ne prouve qu'il eût cessé de vivre au temps de l'exécution militaire qu'il avait si exactement prédite[203].

A sa mort, Laurentius, qu'il avait désigné d'avance pour son successeur, prit le titre d'archevêque ; Mellitus et Justus étaient encore évêques, l'un à Londres et l'autre à Rochester. Le premier avait, comme on l'a vu, gagné au christianisme Sighebert, roi des Saxons orientaux, qui, plein de zèle, entourait son clergé naissant d'honneurs et d'autorité. Mais cela ne fut pas de longue durée : à ce roi fervent succédèrent des princes tièdes ou malveillants pour le nouveau culte ; et quand les trois fils de Sighebert, qu'on nommait familièrement Seb[204], eurent mis leur père dans la tombe, ils retournèrent au paganisme, et levèrent toutes les défenses publiées contre la vieille religion nationale[205]. Comme ils étaient d'un caractère doux, ils ne persécutèrent d'abord ni l'évêque Mellitus, ni le petit nombre de ceux qui persistaient à l'écouter : ils se rendirent même à l'église chrétienne par passe-temps, et peut-être par une sorte d'incertitude secrète.

Un jour que Mellitus donnait à ses fidèles la communion de l'eucharistie : Pourquoi, lui dirent les jeunes rois, ne nous offres-tu pas, comme aux autres, de ce pain si blanc que tu donnais à notre père Seb ?[206] — Si vous vouliez, répondit l'évêque, vous laver dans la fontaine de salut où votre père a été lavé, vous auriez, comme lui, votre part de ce pain salutaire. — Nous ne voulons pas entrer dans la fontaine ; nous n'en avons nul besoin ; et cependant nous avons envie de nous restaurer avec ce pain[207]. Ils renouvelèrent plusieurs fois cette bizarre demande : toujours l'évêque leur répéta qu'il ne pouvait y accéder ; et eux, imputant ses refus à une obstination de mauvaise grâce, s'en irritèrent. Puisque tu ne veux pas, dirent-ils, nous complaire dans une chose si aisée, tu sortiras de notre pays[208].

Ils le chassèrent en effet de Londres, lui et tous ses clercs d'origine romaine. Les bannis vinrent dans le pays de Kent, auprès de Laurentius et de Justus, qu'ils trouvèrent aussi découragés par la mort du roi Ethelbert et parles mauvaises dispositions d'Edbald, son successeur[209]. Ce prince n'avait pas reçu le baptême, et, sans persécuter les chrétiens, il autorisait, par son exemple et par les désordres de sa vie, la répudiation des principes et des mœurs du christianisme. Les trois évêques, d'un commun accord, résolurent, dit l'ancien historien, de retourner dans leur pays pour y servir Dieu d'un esprit libre de soins, plutôt que de résider sans aucun fruit parmi des barbares en révolte contre la foi[210]. Mellitus et Justus partirent ensemble et se rendirent en Gaule, afin d'y attendre quelque temps ce qui pourrait arriver de mieux. Laurentius, sur le point de les suivre et de quitter pour jamais la Bretagne, voulut chercher une consolation suprême ou se fortifier par l'espérance d'un secours obtenu d'en haut. La dernière nuit qu'il devait passer : chez les Saxons, il fit dresser son lit dans l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, bâtie à Canterbury par l'ancien roi. Il y pria longtemps avec larmes, avant de' se coucher et de s'endormir[211], et ici le narrateur ecclésiastique place des faits qui appartiennent à la légende, non à l'histoire. Ce qui toutefois semble constant, c'est qu'au matin, lorsque l'archevêque se présenta devant le roi Edbald pour prendre congé de lui, un grand et heureux changement parut clans les dispositions du roi. Par une soudaine émotion ou par un sentiment plus réfléchi, il eut regret de laisser partir cet homme qu'il avait vu si grand auprès de son père, et que lui-même, en dépit de son paganisme, vénérait profondément[212]. Il invita Laurentius à demeurer, rappela Justus et Mellitus, et demandant à recevoir le baptême, il prohiba toutes les pratiques d'idolâtrie que sa connivence avait fait renaître[213]. La foi se ranima pour ne plus s'éteindre sur la rive gauche de la Tamise ; mais sur l'autre rive, dans le royaume des Saxons orientaux, le paganisme restauré persista, et les gens de Londres refusèrent d'accueillir de nouveau Mellitus, leur premier évêque[214]. Celui-ci resta dans le pays de Kent, auprès de Laurentius, dont plus tard il fut le successeur dans le siège archiépiscopal.

Peu d'années après ces événements, une sœur du roi Edbald, nommée Ethelberghe[215], fut mariée au roi païen du Northumberland[216], Edwin[217], successeur d'Ethelfrith. La nouvelle épouse partit du pays de Kent accompagnée d'un membre de la mission romaine, appelé Paulin, qui fut d'avance ordonné archevêque d'York, selon le plan du pape Grégoire, et dans cette espérance que la femme serait l'instrument de la conversion du mari. Le roi Edwin laissa son épouse professer la religion chrétienne, sous la direction de l'homme qu'elle avait amené, et dont les cheveux noirs et le visage brun et maigre étaient un objet de surprise pour la race à chevelure blonde des habitants du pays[218]. Lorsque la reine Ethelberghe devint mère pour la première fois, et que le roi Edwin en remercia ses dieux en présence de Paulin, celui-ci se mit à rendre grâce au Christ souverain seigneur, et assura le roi que c'était lui-même qui, par ses prières, avait obtenu que la reine accouchât sans accident et sans de grandes douleurs[219]. Dans ce moment de joie paternelle et de tendresse conjugale, Edwin, sollicité par sa femme, permit que l'enfant qui venait de naître fût baptisé au nom du Christ, et promit de se faire chrétien s'il revenait vainqueur d'une guerre où il se trouvait engagé. Il eut la victoire, mais à son retour, salis retirer sa promesse, il ne voulut écouter aucune proposition de baptême ; seulement, à demi détaché de sa religion, il aimait l'entretien de ceux qui désiraient le convertir, discutait avec eux et avec les grands de sa cour le mérite des deux cultes et souvent réfléchissait en lui-même sur le parti qu'il aurait à prendre[220].

Afin d'agir sur son esprit indécis par des invitations faites de plus haut, et afin de l'attirer vers les choses célestes par l'appât des biens de la terre, il vint de Rome une lettre du pape Boniface, adressée au glorieux Edwin, pleine d'exhortations pressantes et terminée par ces mots : Outre cela, je vous transmets la bénédiction de votre protecteur, le bienheureux Pierre, prince des apôtres, c'est-à-dire une tunique ornée de bordures en or et un manteau de laine fine d'Ancône[221]. Ethelberghe reçut de même, pour gage de la bénédiction de l'apôtre Pierre, un peigne d'ivoire doré et un miroir d'argent[222]. Ces dons furent agréés ; mais ils ne décidèrent point le roi Edwin, dont l'esprit incertain ; mais fier, et toujours armé de raisonnement, ne pouvait être vaincu que par une forte impression morale[223].

Il y avait dans la vie du mari d'Ethelberghe une aventure extraordinaire, dont le secret longtemps gardé pour lui seul lui était, selon toute apparence, échappé une fois parmi les confidences du lit nuptial. Fils d'un roi de la province de Deïre, envahie à main armée par Ethelfrith, il avait passé les premières années de sa jeunesse à errer de contrée en contrée, poursuivi par la haine, les intrigues et la puissance du conquérant[224]. Pendant qu'il était l'hôte du roi des Angles orientaux, nommé Redwald ; et qu'après tant de traverses il se croyait enfin en sûreté, il apprit que ce roi, gagné par des offres d'argent, venait de promettre de le livrer vif ou mort à son persécuteur. A cette terrible nouvelle, qu'il reçut un soir au moment de se mettre au lit, le jeune exilé sortit du palais de Redwald ; mais ne sachant plus où trouver un refuge et succombant sous le poids de sa mauvaise destinée, il n'eut pas même la volonté de fuir et s'assit machinalement sur une pierre du chemin[225].

Au milieu du silence de. la nuit, oppressé qu'il était par des tourments d'esprit sans issue, soit qu'un sommeil d'accablement lui fût venu peu à peu, soit que son imagination échauffée par le désespoir l'eût jeté dans une sorte d'extase, il vit ou crut voir un homme inconnu de visage et d'aspect s'approcher de lui et l'aborder en disant[226] : Je sais qui tu es, pourquoi tu es triste, et quels malheurs prochains tu redoutes. Dis-moi quelle récompense tu voudrais donner à celui qui te délivrerait de cette affliction. — Tout ce qui sera jamais en mon pouvoir, répondit le jeune prince. L'inconnu reprit : Et si quelqu'un te promettait en vérité que tu seras roi à la mort de tes ennemis, et roi supérieur en puissance à tous tes ancêtres, que lui donnerais-tu ? Edwin répondit : J'aurais pour lui une reconnaissance digne d'un tel bienfait. L'inconnu répliqua : Si celui qui peut te prédire sûrement tout ce bonheur pouvait aussi te montrer la meilleure voie pour ta vie et te donner de meilleurs conseils que n'en ont jamais reçu tes pères ni tes parents, l'écouterais-tu et voudrais-tu obéir à ses commandements ? Edwin le promit, et l'apparition, étendant la main droite et la lui posant sur la tète, lui dit : Quand un pareil signe se représentera à toi, rappelle-toi ce moment et ces discours[227]. Au matin, un des amis du jeune prince, qui le cherchait et qui venait du palais, lui apprit que sa vie était sauve, que la reine, épouse de Redwald, avait par ses prières détourné son mari de la pensée de violer envers un proscrit les droits de l'hospitalité. C'était l'accomplissement de la première parole, et dans sa joie Edwin en fut profondément frappé. Il vit s'accomplir la seconde lorsqu'à la mort d'Ethelfrith il devint roi, non pas seulement de ses États paternels, mais de tout le pays situé entre le Forth et l'Humber. Restait la troisième parole, qui, plus que jamais, lui revint à la pensée dans ses perplexités sur le choix à faire entre deux religions[228].

Un jour qu'il était seul dans son appartement, la porte s'ouvrit tout à coup, et il vit venir à lui un personnage marchant gravement comme celui du songe, qui s'approcha, et lui posa la main sur la tête en disant : Reconnais-tu ce signe ? C'était Paulin, à qui une révélation intérieure, selon l'historien ecclésiastique, et plus vraisemblablement les conversations de la reine Ethelberghe, avait appris la mystérieuse aventure d'où sortait le moyen infaillible de vaincre l'irrésolution du roi[229]. La victoire fut complète ; le Saxon, frappé de stupeur, voulut se prosterner devant le Romain devenu son maitre, et celui-ci le releva, ne prenant avec lui d'autre avantage qu'un ton de familiarité[230]. Souviens-toi, lui dit-il, de ta troisième promesse, et ne diffère plus de la remplir. Edwin répondit qu'il était prêt à recevoir la foi chrétienne, mais, encore fidèle à ses habitudes de prudence et de précaution, il ajouta qu'il avait à conférer là-dessus avec ses amis et ses conseillers. Paulin ne fit aucune objection, et alors fut convoqué, au nom du roi Edwin, le grand conseil national qu'on appelait en langue saxonne Wittena-Ghemote, l'assemblée des sages, qui se réunissait dans toutes les occasions importantes, et auquel assistaient les magistrats, les riches possesseurs de terres, les guerriers de haut grade et les prêtres des dieux. Le roi exposa devant cette assemblée les motifs de son changement de croyance, et s'adressant à chacun des assistants, l'un après l'autre, il demanda ce qu'il leur semblait de cette doctrine nouvelle pour eux[231].

Le chef des prêtres parla le premier : Mon avis, dit-il, est que nos dieux sont sans pouvoir ; et voici sur quoi je me fonde : pas un homme, dans tout le peuple, ne les a servis avec plus de zèle que moi, et pourtant je suis loin d'être le plus riche et le plus honoré parmi le peuple ; mon avis est donc que nos dieux sont sans pouvoir[232]. Un chef des guerriers, se leva ensuite et parla en ces termes :

Tu te souviens peut-être, ô roi, d'une chose qui arrive parfois dans les jours d'hiver, lorsque tu es assis à table avec tes capitaines et tes hommes d'armes[233], qu'un bon feu est allumé, que ta salle est bien chaude, mais qu'il pleut, neige et vente au dehors. Vient un petit oiseau qui traverse la salle à tire-d'aile, entrant par une porte, sortant par l'autre : l'instant de ce trajet est pour lui plein de douceur, il ne sent plus ni la pluie ni l'orage ; mais cet instant est rapide ; l'oiseau a fui en un clin d'œil, et de l'hiver il repasse dans l'hiver[234]. Telle me semble la vie des hommes sur cette terre, et son cours d'un moment, comparé à la longueur du temps qui la précède et qui la suit. Ce temps est ténébreux et incommode pour nous ; il nous tourmente par l'impossibilité de le connaître ; si donc la nouvelle doctrine peut nous en apprendre quelque chose de plus certain, elle mérite que nous la suivions[235].

Après que les autres chefs eurent parlé, et que l'évêque Paulin eut exposé les dogmes de la foi chrétienne, l'assemblée, votant comme pour la sanction des lois nationales, renonça solennellement au culte des anciens dieux[236]. Mais quand le roi Edwin proposa de renverser les temples et les images de ces dieux, nul, parmi les assistants, ne se sentit assez ferme pour braver les dangers d'une telle profanation ; nul, excepté le grand prêtre lui-même. Il demanda au roi des armes et un cheval étalon pour violer la loi de son ordre, qui interdisait aux prêtres l'habit de guerre et toute autre monture qu'une jument. Ceint d'une épée et brandissant une pique, il galopa vers le temple, et a la vue de tout le peuple, qui le croyait hors de sens, il frappa de sa lance les murs et les images[237]. On bâtit à la hâte une église de bois où le roi Edwin et un grand nombre d'hommes de toute condition reçurent le baptême[238]. Paulin ayant ainsi conquis en réalité l'épiscopat dont il portait le titre, parcourut les deux provinces du Northumberland, les contrées de l3ernicie et de Deïre, et baptisa dans les eaux de la Gien et de la Swale ceux qui s'empressaient d'obéir au décret de l'assemblée des sages[239].

L'influence politique du grand royaume de Northumbrie entraîna vers le christianisme la population des Angles orientaux qui habitaient au midi de l'Humber et au nord des Saxons de l'est. Déjà un roi de ce peuple était devenu chrétien, ayant reçu l'instruction religieuse dans un voyage au pays de Kent ; mais ce roi, à son retour, ébranlé par les remontrances de son épouse et de se3 principaux amis, avait dressé deux autels clans le même temple, l'un pour le Christ et l'autre pour les dieux des Teutons, priait alternativement[240]. Trente ans après la conversion des habitants de la rive septentrionale de l'Humber, une femme de ce pays, mariée au chef du royaume de Mercie, qui s'étendait alors de l'Humber à la Tamise, le convertit en l'épousant. Vers la même époque, les Saxons de l'ouest devinrent chrétiens par la prédication d'un évêque envoyé de Rome, et quelques années plus tard les Saxons orientaux, qui avaient chassé leur premier évêque Mellitus, retournèrent au christianisme[241]. Ce fut chez les Saxons méridionaux, habitants de la côte du sud, que l'ancien cuité se conserva le plus longtemps ; ils n'y renoncèrent qu'à la fin du septième siècle[242].

Le siège archiépiscopal de Canterbury, auquel sa primauté d'institution devait donner une grande importance dans l'histoire ecclésiastique et même dans l'histoire civile de l'Angleterre, fut occupé successivement par cinq moines romains, puis par un Anglo-Saxon, puis encore, et pour la dernière fois, par un envoyé de Rome, Théodore de Tarse, Grec d'origine[243]. Cet homme, d'un grand savoir et d'une haute intelligence, fit de sa ville métropolitaine une école, non-seulement de foi et de discipline religieuse, mais encore de littérature et de science humaine. Il joignit à l'enseignement des Écritures et de la doctrine des Pères de l'Église celui de la poésie latine et grecque, des mathématiques et de l'astronomie[244]. Sous son pontificat, de nombreux disciples, venus de tous les royaumes anglo-saxons, affluèrent dans la capitale du pays de Kent, et c'est de là qu'un commencement de civilisation, le goût de la science et de tous les arts se répandirent parmi les tribus guerrières et à demi sauvages des conquérants de la Bretagne[245]. On voit en moins d'un siècle ce progrès se manifester par la construction d'églises et la formation de bibliothèques, par l'apparition d'une suite d'hommes savants et lettrés, dont l'un, comme historien, est resté célèbre[246], par un premier essai de rédaction des lois nationales et une première culture de l'idiome anglo-saxon, qui devança de loin celle des autres langues teutoniques[247].

Quant aux hommes de race bretonne, héritiers en partie d'un reste de civilisation romaine et en partie des traditions d'une ancienne culture indigène, ils n'avaient pas le même besoin que les Saxons d'enseignements de ce genre, et ce n'était guère qu'en religion que des changements considérables eussent pu résulter pour eux d'un rapprochement avec les successeurs romains de l'archevêque Augustin. Ceux-ci, du reste, ne. furent nullement découragés par le mauvais succès d'une première tentative. Continuant de se regarder comme primats de toute la Bretagne, ils renouvelèrent à ce titre aux évêques de la Cambrie les invitations et les sommations déjà faites. Laurentius, dès son avènement, leur adressa, pour les faire revenir de leurs résolutions d'indépendance, une lettre dont le texte est perdu et qui resta sans réponse ou fut suivie d'un nouveau refus d'obéir[248]. Les indigènes de la Bretagne persévérèrent dans la séparation religieuse qui pour eux n'était qu'une face de la séparation politique. Outre un attachement d'instinct aux vieux usages nationaux, leur schisme contenait cieux choses, la haine contre les Saxons et la défiance envers ceux qui venaient de couper une des racines de cette haine en leur donnant les Saxons pour frères en christianisme. Il y avait en eux, selon le témoignage du principal historien de cette époque, une double aversion contre laquelle ni exhortations ni menaces ne purent prévaloir[249].

Renonçant à rien gagner sur eux, mais ne renonçant pas aux pouvoirs du vicariat apostolique, et les étendant même hors de la Bretagne, Laurentius se tourna vers la grande île voisine, dont le peuple, anciennement converti par les Bretons, participait à leur dissidence religieuse, mais n'avait rien des passions politiques et des ombrages nés de la conquête anglo-saxonne[250]. Sur ce nouveau terrain, le représentant de l'Église romaine se trouva en présence d'une opposition née du seul fonds des traditions nationales et de l'originalité de mœurs et de caractère propre aux races celtiques. L'ile d'Erin, ou la Scotie, aujourd'hui l'Irlande, était alors si zélée pour la foi chrétienne, qu'on la surnommait l'ile des Saints, et son Église, liée à l'Église bretonne par les mêmes doctrines et les mêmes usages, se croyait en possession des véritables règles de la discipline apostolique et ne voulait se conformer à l'exemple ni aux prescriptions d'aucune autre[251]. Contre l'orgueil de la suprématie romaine, les évêques, les prêtres et les moines d'Irlande s'armaient d'un autre orgueil, celui de leur foi nationale et de l'indépendance des Églises particulières que plus d'un concile général avait sanctionnée. Pressés en même temps que les Bretons de se rallier à l'unité catholique, et faisant cause commune avec eux, ils donnèrent à leur résistance ln caractère acerbe d'une sorte d'excommunication prononcée par l'Église celtique contre ses puissants adversaires. C'est à ce propos que Laurentius, en son nom et au nom de ses deux coévêques, Mellitus de Londres et Justus de Rochester, leur adressa une lettre dont voici le commencement[252] :

A nos très-chers frères, les seigneurs évêques et abbés de toute la Scotie, Laurentius, Mellitus et Justus, évêques, serviteurs des serviteurs de Dieu. Lorsque le siège apostolique, selon qu'il a coutume de le faire pour tout l'univers, nous envoya dans les contrées occidentales afin de prêcher la foi aux nations païennes, et que nous arrivâmes dans cette île nommée la Bretagne, nous avions en grande estime et en vénération de sainteté tant les Bretons que les Scots, avant de les connaître et dans la croyance qu'ils se comportaient suivant l'usage de l'Église universelle. Mais connaissant les Bretons, nous avons pensé que les Scots étaient meilleurs qu'eux, et plus tard nous avons su que les Scots dans leur conduite ne différaient en rien des Bretons ; nous l'avons appris, à la venue dans cette île nommée plus haut, de l'évêque Dagan, et à celle de Columban, abbé d'un monastère en Gaule[253] : car l'évêque Dagan, se trouvant près de nous, a refusé non-seulement de manger à notre table, mais encore de prendre son repas dans la même maison que nous...

Columban, ou plus exactement Colum, fondateur de deux abbayes célèbres et mis au nombre des saints, peut être considéré comme le type du sentiment et du zèle chrétien dans les races purement celtiques[254], et sa vie offre des circonstances qui méritent d'être mentionnées ici. Tourmenté du désir d'aller chercher pour la foi des aventures et des périls, il avait quitté l'Irlande et, sans mission d'aucun pouvoir ecclésiastique, il s'était mis en mer avec douze compagnons de son choix. Il passa en Bretagne, et de là en Gaule ; puis gagnant la frontière orientale de ce pays par laquelle débordait ou menaçait de déborder alors le paganisme germanique, il résolut d'y établir un lieu de prières et de prédication[255]. Après avoir parcouru les vastes forêts des Vosges, il choisit pour résidence les ruines d'une forteresse romaine dont le nom était Luxovium, aujourd'hui Luxeuil, et au milieu de laquelle se trouvaient une source d'eaux thermales et des bains magnifiquement ornés de bassins de marbre et de statues. Ces débris servirent à Columban et à ses compagnons de matériaux pour bâtir une maison et un oratoire, et le monastère fondé par eux s'établit sous la règle extrêmement austère des couvents d'Irlande[256]. La réputation de sainteté des cénobites d'outre-mer leur attira bientôt de nombreux disciples et la visite de personnages puissants. Theoderik, celui des rois franks sur les terres duquel ils habitaient, vint se recommander à leurs prières.

Columban, avec une liberté qu'aucun membre du clergé gallo-frank n'avait osé se permettre, fit au visiteur des remontrances sévères sur la mauvaise vie qu'il menait sans épouse légitime, avec des concubines et des maîtresses[257]. Ces reproches déplurent moins au roi qu'à l'aïeule du roi, à cette même Brunehilde dont le pape Grégoire avait loué trop complaisamment la piété, et qui, pour gouverner plus absolument son petit-fils, l'éloignait et le dégoûtait du mariage[258]. A l'instigation de cette femme aussi adroite qu'ambitieuse, les seigneurs franks et les évêques eux-mêmes travaillèrent, par des propos malveillants, à indisposer Theoderik contre le chef des moines étrangers. On l'accusait de n'avoir qu'une orthodoxie douteuse, de faire schisme clans l'Église des Gaules, d'observer une règle insolite suivant laquelle nul visiteur laïque n'était admis clans l'intérieur du monastère[259]. Après une scène violente où le roi, venu à Luxeuil, pénétra jusque dans le réfectoire des moines, et où Columban maintint sa règle avec un courage inébranlable, il fut ordonné à l'Irlandais de reprendre le chemin par où il était venu[260]. Une escorte de soldats le conduisit à Besançon, de Besançon à Autun, d'Autun à Nevers, et de là sur la Loire jusqu'à Nantes, où il fut embarqué pour l'Irlande[261]. Mais sa destinée aventureuse et son zèle ardent le ramenèrent en Gaule, d'où il passa dans les Alpes helvétiques, puis en Italie, où il mourut[262].

La parfaite orthodoxie des Anglo-Saxons et leur conformité de discipline religieuse avec l'Église romaine développèrent en eux un nouvel orgueil qui augmentait, quoique en le modifiant, celui de la conquête et de la force. Ils se croyaient une race meilleure que les Bretons par l'esprit autant que par les armes, ils s'attribuaient une mission d'en haut et se regardaient comme le peuple de Dieu, prédestiné à régner sur la Bretagne pour y donner l'exemple de la véritable foi[263]. Dans la guerre contre les vieux chrétiens du pays ; leurs rois dressaient des croix pour étendards, et, dans leurs invasions sur le territoire de la Cambrie, ils massacraient les évêques et les prêtres, et donnaient à des clercs de leur race, seuls prêtres pour eux, les églises devenues désertes par la mort ou la fuite de leurs desservants[264]. Les Bretons, de leur côté, comptant pour rien la religion des conquérants, n'avaient pas de communion avec eux plus qu'avec des païens ; ils ne se faisaient scrupule envers eux d'aucun genre de cruautés, et plus d'une fois, dans cette triste émulation de représailles, ils méritèrent le nom de barbares que leur donnaient les nouveaux lettrés de la nation anglo-saxonne[265].

Les traditions de l'Église celtique n'étaient pas seulement communes aux Bretons de la Cambrie et aux habitants de l'Irlande ; elles régnaient encore au nord de la Bretagne, chez les Pictes qui habitaient les plaines et les côtes de l'est, et chez les Scots, population des montagnes et du grand archipel de l'ouest. II y avait dans les 'les Hébrides de nombreux monastères dont l'un, celui d'Hi ou d'Iona, était, comme le monastère de Bangor, une sorte de cité religieuse peuplée de plusieurs centaines d'hommes et d'où se répandaient de tous côtés des émigrations de missionnaires[266]. A la différence des Cambriens, ces hommes, ainsi que leurs frères d'Irlande, avaient pour les Anglo-Saxons toute la sympathie chrétienne, et plusieurs d'entre eux, venus d'eux-mêmes ou appelés dans lé Northumberland, y furent traités avec de grands égards par les rois et la population fiai du pays. Quelques-uns devinrent évêques, et personne ne se trouvant là pour combattre d'une manière active leur discipline traditionnelle, ils l'établirent dans les églises ou les couvents qu'ils gouvernaient[267]. Trente ans se passèrent, durant lesquels les usages romains et les usages celtiques pour la pique et pour la tonsure coexistèrent dans les provinces anglo-saxonnes situées au nord de l'Humber. Mais cette dissidence, qui amenait souvent deux fêtes de Pâques dans la même année, fut l'objet de disputes violentes où des docteurs, venus de la Bretagne méridionale ou du continent, opposaient l'exemple de l'Italie, de la Gaule, de l'Afrique, de l'Asie, de la Grèce, de tout l'univers, aux coutumes d'un petit nombre d'hommes cantonnés dans deux îles de l'Océan[268]. Discutées solennellement dans un concile où deux rois assistèrent, les coutumes celtiques furent condamnées, et le Northumberland qui les abandonnait devint un foyer de réaction contre elles[269]. Cette réaction, propagée par des missionnaires anglo-saxons ou par des Celtes ralliés à la discipline romaine, gagna d'abord l'Irlande, puis le royaume des Pictes, puis enfin le grand monastère d'Iona, qui était la tête d'une foule d'autres[270]. L'ile d'Erin et le nord de la Bretagne ayant ainsi abjuré leurs coutumes héréditaires, il ne resta plus dans le schisme que la province occidentale possédée par les Bretons libres[271].

Ceux-ci, n'étant plus soutenus extérieurement par une grande sympathie, par la conscience du monde celtique, perdirent quelque chose de la foi absolue qu'ils avaient dans leurs traditions religieuses, désormais réduites à l'état d'opinion nationale. On vit d'abord s'en détacher les populations bretonnes, englobées comme tributaires dans les royaumes anglo-saxons, et que pressaient d'une part l'active prédication des évêques, de l'autre la toute-puissance des dominateurs étrangers[272]. Plus tard la dissidence religieuse éclata au sein du pays de Galles, favorisée qu'elle était par la division de ce pays en deux royaumes, celui du Nord et celui du Sud, division qui énervait l'autorité primatiale de l'évêché de Caerleon, transféré alors avec son titre à Menew, aujourd'hui Saint-David[273]. L'archevêque du royaume du Nord s'affranchit de la juridiction de celui du royaume du Sud, étant à même de le supplanter comme archevêque universel de la Cambrie. Il chercha pour cette révolte un appui dans les sympathies catholiques en se ralliant à l'Église romaine et à l'Église anglo-saxonne dans la grande question de la fête de Pâques. Il ouvrit ainsi une longue série de troubles intérieurs dans lesquels les Savons intervinrent, et dont le récit est empreint d'une couleur lugubre dans les vieilles annales du pays.

L'an du Christ 768, dit un chroniqueur breton, le temps de la Pâque fut changé dans le Nord par le conseil d'Elbod, évêque de Bangor ; mais les autres évêques n'adhérèrent pas à ce changement, et, à cause de cela, les Saxons firent une irruption dans le Sud, où eut lieu le combat du bois de Marchan, et où une victoire glorieuse fut remportée par les Kymris[274]. L'an du Christ 777, le temps de la Pâque fut changé dans le Sud, et ce changement fut la cause de la guerre qui commença entre les hommes du Sud et leur roi, et de la grande destruction que celui-ci en fit sans les vaincre, car le roi fut tué dans un combat au temps de l'été, et voilà pourquoi on nomme cet été l'été humide de sang. Or, depuis cet événement, le roi des hommes du Sud n'a jamais plus mis sa parole dans la parole du pays[275]. L'an du Christ 839, mourut Elbod, archevêque du Nord, et le soleil s'obscurcit, et il y eut de grandes dissensions parmi les gens d'église à l'occasion de la Pâque, parce que les archevêques de Menew et de Landaf ne voulaient pas se soumettre à l'archevêque du Nord, pays autrefois dépendant de leur autorité spirituelle[276].

C'est la dernière mention qui soit faite du schisme dans les chroniques bretonnes ; il s'éteignit avant la seconde moitié du neuvième siècle, et avec lui cessa d'exister une des forces nationales des Cambriens, la résistance religieuse. Le ressort de l'opposition à la puissance des Saxons, devenu purement laïque, passa des mains du clergé à celles d'une autre classe d'hommes plus ancienne que lui et en rivalité d'influence avec lui, la classe ou, pour mieux dire, la corporation des bardes, à la fois historiens, moralistes, savants et poètes. On sait quel rôle éminent les bardes avaient joué dans la race celtique païenne, sous l'autorité et la direction du sacerdoce des druides ; chez les descendants chrétiens et non mélangés de cette race, il leur restait, à côté des enseignements du sacerdoce évangélique, le dépôt des traditions des idées et des passions nationales[277]. La chute de la domination romaine en Bretagne y réveilla le génie bardique ; la lutte, sans cesse renouvelée, des Bretons contre les Saxons, accrut ce génie et l'inspira d'un sentiment patriotique, mêlé de douleur et d'espérance, à la fois tendre et violent. Au neuvième siècle, lorsque le clergé cambrien entra en communion avec l'Église anglo-saxonne sous la discipline catholique, les bardes, gardiens ombrageux de l'antipathie héréditaire, se séparèrent de lui et le poursuivirent de leurs accusations et de leur défiance. Des vers, interpolés depuis cette époque dans les chants des anciens poètes, imputent les désastres nationaux au bon accord des moines et des clercs avec l'étranger[278]. On trouve dans ces passages pseudonymes les noms d'excommuniés et de traîtres donnés aux religieux gallois et des vœux pour que leur trahison soit punie comme elle le mérite, vœux capables malheureusement de soulever les passions populaires, et qui, plus d'une fois, s'accomplirent par la destruction de fond en comble d'abbayes cambriennes situées près de la frontière saxonne et peuplées en partie de moines saxons[279].

Le huitième siècle nous montre la nation anglo-saxonne arrivée au plus haut développement de sa destinée comme peuple conquérant et comme peuple catholique. D'une part, elle a établi contre les Bretons ses limites territoriales et gagné sur eux des positions extrêmes qu'elle ne perdra plus ; de l'autre, elle a clans le monde chrétien un rang élevé et un caractère qui lui est propre. Elle est la nation la plus intimement unie à l'Église romaine par les liens de la filiation spirituelle, de la croyance et de l'enseignement. Ce que les missionnaires de Rome avaient fait autrefois pour elle se poursuit auprès des nations germaniques du continent par des missionnaires de son Église, sous la direction de celle de Rome[280]. Ses rois les plus actifs dans la guerre et le soin des intérêts mondains semblent avoir les yeux fixés sur Rome comme sur une seconde et meilleure patrie où ils désirent aller finir leur vie auprès du tombeau des apôtres : et en effet, plusieurs d'entre eux abdiquèrent pour exécuter ce pèlerinage sans retour[281]. Ils firent plus ; ils constituèrent les royaumes qu'ils cessaient de gouverner débiteurs, envers l'Église romaine et l'apôtre saint Pierre, d'un tribut payé annuellement par chaque maison habitée, et que les actes réitérés de cette pieuse et dangereuse munificence étendirent à toute l'Angleterre, sous la forme d'une sujétion moins religieuse que politique[282].

Les successeurs des anciens chefs d'aventuriers Henghist, Horsa, Kerdik et Ida, instruits par le clergé romain à revêtir les insignes pacifiques de la dignité royale et à porter, au lieu de la hache de leurs ancêtres, des sceptres à fleurons dorés, cessèrent de mettre au premier rang les exercices de la guerre. Leur ambition fut de voir autour d'eux, non de grandes troupes de braves bien pourvus d'armes, mais de nombreux couvents institués pour la prière et pour l'étude[283]. Souvent eux-mêmes coupaient leur longue chevelure pour se vouer à la réclusion[284], et si le besoin d'une vie active les retenait au milieu des affaires, ils comptaient comme un des grands jours de leur règne la consécration d'un monastère. Cet événement était célébré avec tout l'appareil des solennités nationales ; les chefs, les évêques, les guerriers, les sages du peuple se rassemblaient, et le roi s'asseyait au milieu d'eux, entouré de sa famille[285]. Quand les murs nouvellement bâtis avaient été aspergés d'eau bénite et consacrés sous les noms des deux patrons de la ville de Rome, les apôtres saint Pierre et saint Paul, le roi saxon se levait et disait à haute voix[286] :

Grâces soient rendues au Dieu très-haut, de ce que j'ai pu faire quelque chose en l'honneur du Christ et des saints apôtres. Tous tant que vous êtes ici, soyez témoins et garants de la donation, faite par moi aux moines de ce lieu, des terres, marais, étangs, cours d'eau ci-après désignés. Je veux qu'ils les tiennent et possèdent entièrement et d'une manière royale : de sorte qu'aucun impôt n'y soit levé, et que le monastère ne soit sujet d'aucune puissance sur terre, excepté le saint siège de Rome ; car c'est là qu'iront chercher et visiter saint Pierre ceux d'entre nous qui ne peuvent aller à Rome. Que ceux qui me succéderont, soit mon fils, soit mes frères, soit tout autre, maintiennent cette donation inviolablement, en tant qu'ils veulent participer à la vie éternelle, en tant qu'ils veulent être sauvés du feu éternel ; quiconque en retranchera quelque chose, que le portier du ciel retranche de sa part dans le ciel ; quiconque y ajoutera quelque chose, que le portier du ciel ajoute à sa part dans le ciel[287]. Le roi prenait ensuite la feuille de parchemin qui contenait l'acte de donation, et il y traçait une croix ; après lui, sa femme, ses fils, ses frères ; ses sœurs, les évêques, les officiers publics, et tous les personnages de haut rang, inscrivaient successivement le même signe en disant : J'atteste et je confirme. La solennité commencée par cette grave cérémonie se terminait bruyamment par quelque chose de moins 'nouveau dans les mœurs des Anglo-Saxons, par un grand festin de trois jours et trois nuits, où le roi, les princes et les dignitaires de la cour tenaient table ouverte[288].

Ce fut l'Église romaine qui, vers la fin du sixième siècle, introduisit la nation conquérante de la Bretagne parmi les peuples que le christianisme civilisait, et, après quatre siècles écoulés, cette même Église eut une grande part dans la catastrophe qui précipita les Anglo-Saxons du rang qu'ils avaient en Europe comme nation libre et autonome. Sous la menace d'une invasion étrangère, dans une crise de leur existence nationale où l'Église qu'ils nommaient leur mère pouvait beaucoup pour eux ou contre eux, ils la trouvèrent, non pas seulement indifférente, mais hostile au plus haut degré. Elle n'était plus alors, comme autrefois, une puissance purement spirituelle ; elle avait des intérêts politiques en même temps que des intérêts religieux, faisant des premiers un moyen de servir les seconds, ou mêlant les uns aux autres dans une étrange confusion. C'est ainsi que la papauté, au onzième siècle, s'engagea dans une entreprise dont le but était l'asservissement d'un peuple chrétien et orthodoxe, et promit, au nom de saint Pierre, l'absolution de tout péché à qui marcherait en armes contre ceux qui l'aimaient le plus et qu'elle avait le plus aimés.

Le détail de ces événements et de leurs conséquences occupera la plus grande partie de cette histoire, consacrée, comme l'indique son titre, au récit de la ruine du peuple anglo-saxon. Mais il n'est pas temps d'y arriver : il faut que le regard du lecteur s'arrête encore sur la race germanique victorieuse et sur la race celtique vaincue ; qu'il voie l'étendard blanc des Saxons et des Angles repoussant de plus en plus vers l'ouest l'étendard rouge des Kymris[289]. Les frontières anglo-saxonnes, continuellement reculées à l'occident, après s'être étendues au nord jusqu'au Forth et à la Clyde, furent pourtant resserrées de ce côté vers la fin du septième siècle. Les Pictes et les Scots, attaqués par Egfrith[290], roi du Northumberland, l'attirèrent dans les gorges de leurs montagnes, le défirent, et après leur victoire s'avancèrent au sud du Forth jusqu'a la rivière de Tweed, où ils posèrent la limite de leur territoire. Cette limite, que les habitants du sud ne déplacèrent plus dans la suite, marqua depuis ce jour le nouveau point de séparation des deux parties de la Grande-Bretagne[291]. Les peuplades de la race des Angles qui habitaient la plaine entre le Forth et la Tweed furent agrégées par ce changement de frontière à la population des Pictes ou a celle des Scots ; nom que cette population mêlée prit bientôt seul, et dont s'est formé le nom moderne du pays[292].

l'autre extrémité de File, les hommes de la pointe de Cor ; l'ouailles, tout isolés qu'ils étaient, luttèrent longtemps pour leur indépendance, grâce aux secours qu'ils reçurent quelquefois des Bretons de l'Armorique. A la fin, ils devinrent tributaires des Saxons occidentaux ; mais les habitants du pays de Galles ne le devinrent pas : Jamais, disent leurs vieux poètes, non, jamais les Kymris ne payeront le tribut ; ils soutiendront le combat jusqu'à la mort pour la possession des terres que baigne la Wye[293]. C'est en effet aux rives de ce fleuve que s'arrêta la domination anglo-saxonne ; le dernier chef qui l'agrandit fut un roi de Mercie appelé Offa[294]. Il franchit la Saverne et la chaîne de hauteurs qui, formant comme les Apennins de la Bretagne méridionale, avait jusque-là protégé le dernier asile des vaincus. Après de cinquante milles.de distance au delà dès monts vers l'ouest, Offa construisit, pour remplacer ces limites naturelles, un long rempart et une tranchée qui s'étendit, du sud au nord, depuis le cours de la Wye jusqu'aux vallons où coule la Dée[295]. Là fut établie pour toujours la frontière des deux races d'hommes qui, avec des partages inégaux, habitaient conjointement tout le sud de la vieille île de Prydain, depuis la Tweed jusqu'au cap de Cornouailles.

Au nord du golfe où se jette la Dée, le pays renfermé entre les montagnes et la mer était déjà, depuis un demi-siècle, subjugué par les Angles et dépeuplé de Bretons. Les fugitifs de ces contrées avaient gagné le grand asile du pays de Galles, ou bien l'angle de terre hérissé de montagnes que baigne la mer au golfe de Solway. Dans cette dernière contrée, ils conservèrent encore longtemps une sorte de liberté sauvage, distingués de la race anglo-saxonne, dans la langue même de cette race, par le nom de Cambriens, et ce nom est resté attaché au pays qui fut leur asile[296]. Au delà des plaines du Galloway, dans les vallées profondes où coule la Clyde[297], de petites peuplades bretonnes qui, à la faveur des lieux, s'étaient conservées libres sous la domination des Angles, se maintinrent de même parmi les Scots et les Pictes, quand ces deux peuples eurent conquis toutes les basses terres d'Écosse jusqu'au Val d'Annan et à la Tweed. Ce dernier reste de Bretons de race pure avait pour capitale et polir forteresse la ville, bâtie sur un rocher, qu'on appelle aujourd'hui Dumbarton[298]. On trouve jusque clans le dixième siècle des traces de leur existence indépendante ; mais, depuis ce temps, ils cessent d'être désignés par leur ancien nom national, soit qu'ils aient été détruits tout d'un coup par la guerre, soit qu'ils se soient fondus insensiblement dans la masse de population qui les environnait de toutes parts.

Ainsi disparut de File de Bretagne, à l'exception de la petite et stérile contrée de Galles, la race celtique des Cambriens, Logriens et Bretons proprement dits, en partie émigrés directement de l'extrémité orientale de l'Europe, et en partie venus en Bretagne après un séjour plus ou moins long sur la côte occidentale des Gaules. Ces faibles débris d'un grand peuple eurent la gloire de défendre la possession de leur dernier coin de terre contre les efforts d'un ennemi immensément supérieur en nombre et en richesses, souvent vaincus, jamais subjugués, et portant en eux-mêmes, à travers les siècles, la conviction d'une éternité mystérieuse réservée à leur race et à leur nom. Cette éternité fut prédite par les bardes du sixième siècle, au milieu des défaites nationales[299] ; et chaque fois que, dans la suite des temps, un envahisseur étranger traversa les plaines de la Cambrie, après les victoires les plus complètes, il entendait les vaincus lui dire : Tu as beau faire, ni ta puissance, ni aucune autre, si ce n'est celle de Dieu, ne détruira notre nom ni notre langue[300]. En effet, ce nom et cette langue subsistent sur le sol où une première conquête les a resserrés, et la prédiction qui s'est accomplie, grâce au courage des hommes et à la nature du pays couvert de rocs, de lacs et de grèves, reste comme un étrange et poétique monument d'énergie et de patriotisme.

Les Bretons vivaient de poésie : l'expression n'est pas trop forte ; car, dans leurs maximes traditionnelles conservées jusqu'à nos jours, ils font de l'existence privilégiée du poète-musicien l'une des conditions nécessaires, ou, comme ils disent, l'un des piliers de l'ordre social[301]. Leurs poètes n'avaient guère qu'un thème, c'était la destinée du pays, ses malheurs et ses espérances. La nation, poète à son tour, enchérissait sur leurs paroles, en prêtant un sens imaginaire aux expressions les plus simples : les souhaits des bardes passaient pour des promesses ; leur attente était prophétie ; leur silence même affirmait. S'ils ne chantaient pas, la mort d'Arthur, c'était preuve qu'Arthur vivait encore ; et quand le joueur de harpe, sans intention précise, faisait entendre un air mélancolique, l'auditoire attachait spontanément à cette mélodie vague le nom d'un des lieux devenus funestes par quelque bataille perdue contre les conquérants étrangers[302]. Cette vie de souvenirs et d'espérances embellit, pour les derniers Cambriens, leur pays de rocs et de marécages. Ils étaient gais et sociables, quoique pauvres[303] ; ils supportaient légèrement la détresse comme une souffrance passagère, attendant, sans se lasser jamais, une grande révolution politique, qui devait leur faire recouvrer la possession de tout ce qu'ils avaient perdu, et leur rendre, selon l'expression des bardes, la couronne de la Bretagne[304].

Bien des siècles s'écoulèrent, et malgré les prédictions des poètes, l'ancienne 'patrie des Bretons ne retourna point aux mains de leurs descendants. Si l'oppresseur étranger fut vaincu, ce ne fut pas par la nation qui avait droit à cette victoire ; ni ses défaites ni son asservissement ne profitèrent aux réfugiés du pays dé Galles. Le récit des infortunes des Anglo-Saxons, envahis et subjugués à leur tour par des peuples venus d'outre-mer, va commencer dans les pages qui suivent. Alors cette race d'hommes, jusqu'ici victorieuse de toutes celles qui l'avaient précédée sur le sol de la Bretagne, appellera sur elle un genre d'intérêt qu'elle n'a pu encore exciter : car sa cause deviendra la bonne cause ; elle sera la race souffrante et opprimée. Si la distance des temps affaiblit pour nous l'impression jadis causée par des infortunes contemporaines, c'est quand l'oubli nous cache en partie et décolore, pour ainsi dire, les souffrances de ceux qui ne sont plus. Mais en présence des vieux documents où elles sont retracées avec détail, avec cet accent de naïveté qui fait revivre les hommes d'un autre âge, un sentiment de pitié s'éveille et se mille l'impartialité de l'historien, pour la rendre plus humaine sans altérer son caractère de justice et de bonne foi.

 

 

 



[1] Triœdd ynys Prydain, n. 1 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 57.

[2] Alias Alban Albyn ; en latin, Albania, Albanie.

[3] Plus correctement : Lloëgrwys.

[4] Fretum gallicum, fretum Morinorum.

[5] Triœdd ynys Prydain, n. 1 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 57.

[6] Triœdd ynys Prydain, n. 5 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 58.

[7] Horæ britannicæ, t. II, p. 31 et p. 327. — Ces ruines sont appelées ordinairement Cyttiau y Gwyddelad, maisons des Gaëls. — Voyez Edward Lhuyd, Archeologia britannica.

[8] En latin, Ierne, Inverna, Iernia, Hibernia.

[9] Plus correctement : Gadhels, Gwyddils.

[10] Horæ britannicæ, t. II, p, 292-300. — Triœdd ynys Prydain, n. 5, the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 58.

[11] Horæ britannicæ, t. II, p, 292-300. — Triœdd ynys Prydain, n. 5, the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 58.

[12] Triœdd ynys Prydain. n. 6 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 58. — Belgæ. (Jul. Cæsar, de Bello gallico.)

[13] Corraniaid. (Triœdd ynys Prydain, n. 6 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 58.) — En latin, Coritani.

[14] Triœdd ynys Prydain, n. 7 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 58.

[15] Caisariaid. (Triœdd ynys Prydain, n. 8 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 58.)

[16] Triœdd ynys Prydain, n. 8 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 58.

[17] Caledonia ; en breton, Calyddon, le pays des forêts.

[18] De l'embouchure de la Clyde à celle du Forth, vallum Antonini, et du golfe de Solway à l'embouchure de la Tyne, vallum Severi. Le retranchement de Sévère était une muraille garnie de tours. — Voyez Camden, Britannia, t. II, p. 648 et suivantes.

[19] Claudiani Opera, de Bello gretico, v. 416 et sq.

[20] Galgacus dans Tacite, Vie d'Agricola.

[21] Calyddon.

[22] Gildas, de Excidio Britanniæ, passim.

[23] Zosimus, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 586.

[24] En langue bretonne, Beirdd, Bardes.

[25] The Laws of Hywel Dda, Cambrobriton, vol. II, p. 298, à la note.

[26] Giraldi Cambrensis, Cambriæ descripito, cap. XVII ; Camden, Anglica, Normannica, Hibernica, Cambrica, a veteribus scripta, in-fol., 1603, Francfort, p. 890. C'est ce même ouvrage que nous citerons sous le nom de Britannia.

[27] Penteyrn.

[28] Alias Llundain ; en latin, Londinium.

[29] Triœdd ynys Prydain, n. 2 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 57.

[30] Sidonii Apollinaris Carmina, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 807.

[31] Gildæ Historia, cap. XII, apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 4, ed. Gale.

[32] Zosimus, apud Script. rer. gante. et francic., t. I, p. 587.

[33] Gildæ Historia, cap. XVII, apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 6, ed. Gale.

[34] Gwrthevyrn, selon l'orthographe cambrienne. Les historiens anglo-saxons écrivent Wyrtegern ou Wortigern, ce qui devait produire le même son, d'après leur manière de prononcer.

[35] Triœdd ynys Prydain, n. 9 ; the Mycyrian archaiology of Wales, vol. II, p. 59.

[36] Chronicon. saxonicum, ed. Gibson, p. 12. — L'orthographe saxonne est : Hengist. Hengist signifie un étalon, et hors, autrement hros, un cheval. Il est peu croyable que ces appellations fussent les noms propres des deux frères ; c'étaient probablement de simples surnoms. — Comme le son du g est toujours dur dans la langue saxonne et dans les autres langues germaniques, cette lettre sera, comme ici, remplacée par gh, pour rendre exactement la prononciation des noms propres.

[37] Sax, saex, seax, sæx, sex, sahs ; couteau, épée courte. Handsax, un poignard. (Gloss. Wachter.)

[38] All, eall, tout, entièrement ; man, mann, mand, homme. — Frak, frek, frech, vrek, vrang, rude, âpre, féroce. — Voyez les Lettres sur l'histoire de France, lettre VI.

[39] En breton Danet, aujourd'hui Thanet.

[40] Henrici Huntindoniensis Historiarum, lib. II, apud Rer anglic. Script., p. 309, in-fol., 1601, ed. Savile.

[41] Chant national des Bretons. (Arymes Prydein vawr ; Cambrian register for 1796, p. 554 et suivantes.)

[42] Gildæ Historia, cap. XXIII, apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 8, ed. Gale.

[43] Arymes Prydein vawr ; Cambrian register for 1796, p. 554 et suivantes.

[44] Nennii Hist. Briton., cap. XLVI, apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 110, ed. Gale.

[45] Guth-cynig, wig-cyning, folces-cyning, theod-cyning, land-eyning. — Voyez le Glossaire saxon d'Edwar Lye.

[46] La Chronique saxonne orthographie Cant-wara-rice ; le c saxon est un k. — Henrici Huntindoniensis Historiarum, lib. II, apud Rer. anglic. Script., p. 310 et 311, ed. Savile. — Bedæ presbyteri Historia ecclesiastica, lib. II, cap. XV.

[47] Suth-seaxna-rice.

[48] Pour maintenir la prononciation originale, le k sera invariablement substitué au c dans tous les noms propres germaniques.

[49] West-seaxna-rice, plus brièvement West-seax. (Chron. saxon., ed. Gibson, p. 18 à 30.)

[50] East-seaxna-rice, East-seax. (Chron. saxon., ed. Gibson, p. 12 à 30.)

[51] Insula avallonia.

[52] Guillielmi Neubrigensis, Hist. pronom., p. 13, ed, Hearn. — Willelmi Malmesburiensis, de Gestis regum anglorum, lib. I, cap. I, apud Rer. anglic. Script., p. 9, ed. Savile. — Joannis de Fordun, Scotichronicon, lib. III, cap. XXV, p. 219, ed. Hearne. — Nennii, Historia Britonum, cap. LXII et LXIII, apud Rer. anglic. Script., t, I, p. 114, ed. Gale. — Sketch of the early history of the Cymry, by Roberts, p. 141 et suivantes.

[53] Engla, Anglen.

[54] Flamddwyn.

[55] Taliesin, Poèmes des bardes bretons du sixième siècle, traduits par M. de La Villemarqué, p. 400 et suivantes.

[56] History of the Anglo-Saxons by Sharon Turner, vol. I, p. 302 et suivantes. — Poèmes des bardes bretons du sixième siècle, p. 31, 405 et 413.

[57] History of the Anglo-Saxons, by Sharon Turner, vol. X, p. 309 et suivantes. — Poèmes des bardes bretons du sixième siècle, p. 232 et suivantes.

[58] Voyez le Gododin d'Aneurin ; Poèmes des bardes bretons du sixième siècle, p. 248.

[59] Northan-hymbra-rike, Northan-hymbra-land ; en anglais moderne, Northumberland ; en latin, Northumbria.

[60] East-engla-rike, East-engla-land ; en latin, Orientales Angli, Estanglia.

[61] Voyez plus haut.

[62] Myrcan, Myrena-rice (Chron. saxon., ed. Gibson, passim.)

[63] Merc, myrc, au pluriel myrcan, pays marécageux. — Voyez le Glossaire anglo-saxon d'Edward Lye.

[64] On n'en compte ordinairement pie sept, mais il y en eut d'abord huit, puis sept, puis six, puis encore une fois huit, par l'effet de différentes révolutions.

[65] Myrcna-menn ; en latin Mercii.

[66] Horæ britannicæ, t. II, p. 222.

[67] Johan. de Fordun Scotichronicon, lib. II, cap. XLII, p. 252, ed. Hearne.

[68] Gildæ Historia, cap. XXV, apud Rer. anglic. Script., t. I, p. 8, ed. Gale.

[69] Celtœ, Κέλτοι, Galatœ, nom que les Romains et les Grecs donnaient aux populations gauloises. On est souvent obligé, faute de termes, d'appliquer ce nom indifféremment aux populations d'origine cambrienne et gallique. — Voyez l'Histoire des Gaulois, par Amédée Thierry.

[70] Engel-seaxna-land, Engla-land ; prononcez Engleland ; par corruption, England.

[71] Cornu Galliæ : c'est le même nom que celui de la pointe méridionale de l'ile de Bretagne.

[72] Voyez Ducange, Glossarium ad scriptores media et infimæ latinitatis, au mot Otlingua Saxonica.

[73] West-Gothen, en latin Wisigothi.

[74] Voyez les Lettres sur l'histoire de France, lettre VI.

[75] Paulus Orosius, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 597. — Voyez, pour :ce qui regarde les Visigoths, le tableau de la cour de leur roi, Lettres sur l'histoire de France, lettre VI, et Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains, chap. XI.

[76] Voyez les Lettres sur l'histoire de France, lettre VI, et l'Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains, par Fauriel, chap. XI.

[77] Gregorii Turononsis, Hist. Franc., lib. II, cap. XXVII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 175. — Gesta Francorum per Roriconem monachum, apud ibid., t. III, p. 6.

[78] Theodosii M. Edictum, de fide catholica. Codex Theodosianus, ed. Ritter, in-fol. 1743, t. VI, p. 5.

[79] Prosperi Tyronis Chronicon, anno 404, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 637.

[80] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. II, cap. XXIII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 173. — Voyez l'Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains, par Fauriel, chap. XII, et les Études germaniques pour servir à l'histoire des Francs, par Ozanam, t. II, p. 58.

[81] Voyez, pour la signification de ce nom, les Lettres sur l'histoire de France, Appendice.

[82] Roriconis Gest. Franc., apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 4. — Hariulfi Chronicon centulense, apud ibid., p. 349. — En langue franke Merowings, la terminaison ing indique filiation ou descendance.

[83] Voyez, pour ce nom et pour les autres pareillement restitués, les Lettres sur l'histoire de France, Préface et Appendice.

[84] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. II, cap. XXVII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 175.

[85] Vita S. Remigii remensis episcopi, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 374.

[86] Vita S. Remigii remensis episcopi, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 375.

[87] Greg. Turon. Hist. Franc. epitom., apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 400. — Vita S. Remigii, apud ibid., t. III, p. 375.

[88] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. II, cap. XXXI, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 178.

[89] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. II, cap. XXXI, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 177.

[90] Vita S. Remigii, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 377.

[91] Decretum imperat. Theodosii et Valentiniani, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 763. — Tous les évêques, au cinquième siècle et plus tard, avaient le titre de papes, c'est-à-dire pères. On le voit par le code Théodosien. Une lettre de Clovis aux évêques de la Gaule méridionale se termine ainsi : Orate pro me, Domini sancti, et apostolica sede dignissimi papœ. (Ibid., t. IV, p. 54.)

[92] Epistola Anastasii papœ ad. Chlodoveum regem, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 51.

[93] Epistola Anastasii papœ ad. Chlodoveum regem, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 51.

[94] Sidon. Apollinar., Carmina, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 807. — Procopius, De Francis, apud. ibid., t. II, p. 31.

[95] Vita S. Remigii, apud ibid., t. III, p. 378.

[96] En latin Gundobaldus. — Gond, gund, guth, guerre, guerrier ; bald, bold, hardi.

[97] Collatio episcoporum, coram Gundebaldo rege, apud Script. rer. gallic. et francic., t. IV, p. 100.

[98] Collatio episcoporum, coram Gundebaldo rege, apud Script. rer. gallic. et francic., t. IV, p. 100.

[99] Greg. Turon. Hist. Franc., lib II, cap. XXXII, apud ibid., t. II, p. 178.

[100] Vita S. Remigii, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 378.

[101] Gesta reg. Franc., cap. XVII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 553.

[102] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. II, cap. XXXVII, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 181.

[103] Les deux Aquitaines, la première Narbonnaise ou Septimanie, et la Novempopulane.

[104] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. II, cap. XXVI, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 174. — Ibid., lib. X, p. 386 et p. 387.

[105] Greg. Turon. Hist. Franc., lib. II, cap. XXVI, p. 181.

[106] Les détails manquent sur ce point, mais le fait générai est confirmé par ce qu'on raconte des citoyens de Rhodez vingt ans plus tard. (Vita S. Dalmatii, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 420.)

[107] Cassiodori Chronicon, apud Script. rer. gallic. et francic., t. II, p. 14, note a. — Vita S. Eptadii, apud ibid., t. III, p. 381.

[108] Vita S. Maxentii, apud Script. rer. gallic. et francic., p. 390. — Epistola Chlodovei ad episcopos de captivis relaxandis, post bellum Gothicum, apud ibid., t. IV, p. 54.

[109] Voyez ci-après, liv. VIII ; voyez aussi Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains.

[110] Voyez Hadriani Valesii Rerum francicarum, lib. VI, t. I, p, 281 et sq. Voyez du même Notitia Galliarum, verbo Britannia. — Voyez aussi dans Dix Ans d'études historiques le morceau intitulé Épisode de l'histoire de Bretagne.

[111] Histoire de Bretagne, par Dom Lobineau, t. I, p. 7 et suivantes.

[112] Ces évêchés sont ceux de Dol, de Léon, de Tréguier, de Quimper et d'Alet, aujourd'hui Saint-Malo. La cité de Vannes se trouva primitivement hors des limites bretonnes, quoique la, plus grande partie de son territoire y fût comprise.

[113] Histoire de Bretagne, par Dom Lobineau, t. I, p. 8 et 9. — La présence d'un évêque des Bretons, Mansuetus, au premier concile de Tours, tenu en 461, est un fait antérieur à l'établissement des Franks entre la Somme et la Loire. L'intervention du roi Hildebert dans le choix des premiers évêques de Dol et de Léon fut le résultat de la souveraineté de fait qu'il avait acquise temporairement sur une partie de la nation bretonne, par la soumission volontaire d'un usurpateur. C'est à cause des mêmes circonstances que, par une exception unique, on trouve le nom de Samson, premier évêque de Dol, mêlé à ceux des prélats réunis à Paris, en 557.

[114] Lugdunensis tertia.

[115] Histoire de Bretagne, par Dom Lobineau, t. I, p. 13.

[116] Concilium Turonense II, anno 567, apud Sirmondi Concilia antiqua Galliæ, in-fol., 1629, t. I, p. 332. — Voyez Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, t. I, p. 13.

[117] Voyez Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, t. I, p. 56, 60, 69, 94, 101, 103, 184 et 185.

[118] Bedœ, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, lib. I, cap. XV, p. 59.

[119] Les noms des trois provinces étaient Maxima Cæsariensis, Britannia prima et Britannia secunda ; York appartenait à la première, Londres à la seconde, et Kaerléon à la troisième. — Voyez Camdem, Britannia, p. 111.

[120] En langue bretonne, Caer-lleon veut dire ville de la légion ou des légions. Les noms latins, donnés par Camden, sont Civitas legionum, Isca Silurum, Isca legio secunda. — Voyez Camdem, Britannia, p. 489. — Giraldi Cambrensis Itinerarium Cambriæ, apud. Camdeni Anglica, Normannica, Hibernica, etc., p. 836.

[121] Ibid. — Voyez Galfridi Monumetensis Historia regum Britanniæ, passim.

[122] Ce fut l'Église des Gaules, et non l'Église romaine, qui députa deux fois en Bretagne saint Germain, évêque d'Auxerre, pour y combattre l'hérésie pélagienne dans les années 429 et 447. (Vita S. Germani episc. Autissiodor., apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 642.)

[123] Bedœ, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, lib. I, cap. XXII, p. 73.

[124] Decretum imperat. Theodosii et Valentiniani, sub anno 445, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 768.

[125] S. Gregorii Magni papæ I vita, auctore Johanne diacono, apud S. Gregorii Opera omnia, 4 vol. in-fol., 1705, t. IV, col. 23.

[126] S. Gregorii Magni vita, auctore Joanne diacono, apud S. Gregorii Opera omnia, t. IV, col. 29 et 30.

[127] S. Gregorii Magni vita, auctore Joanne diacono, apud S. Gregorii Opera omnia, t. IV, col. 30.

[128] S. Gregorii Magni vita, auctore Joanne diacono, apud S. Gregorii Opera omnia, t. IV, col. 24.

[129] S. Gregorii Magni vita, auctore Joanne diacono, apud S. Gregorii Opera omnia, t. IV, col. 24.

[130] Bedœ, Hist. ecclesiast., lib. II, cap. I, p. 109.

[131] S. Gregorii Magni vita, auctore Joanne diacono, apud S. Gregorii Opera omnia, t. IV, col. 55.

[132] Vita S. Gregorii Magni, auctore Johanne diacono, apud S. Gregorii Opera omnia, t. IV, col. 55.

[133] S. Gregorii Magni Epistolæ, apud Bedœ, Hist. ecclesiast., lib. I, cap. XXXIII, p. 74.

[134] Vita S. Gregorii Magni, auctore Johanne diacono, apud S. Gregorii Opera omnia, t. IV, col. 55.

[135] Oster-Frankono-Rike, Oster-Riko, Oster Liudi, Osterland. En latin, Austri-francia, Austria, Austrasia, Regnum orientale. (Voyez les Lettres sur l'histoire de France, lettre X.)

[136] S. Gregorii Magni Epistolæ, apud. Script. rer. gallic. et francic., t. IV, p. 20.

[137] Une conduite plus digne du sacerdoce coûta la vie à Desiderius, évêque de Vienne. (Vita S. Desiderii, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 484.)

[138] S. Gregorii Magni Epistolæ, apud Script. rer. gallic. et francic., t. IV, p. 21 et p. 22.

[139] S. Gregorii Magni Epistolæ ad Theodoricum et Theodebertum reges, apud Script. rer. gallic. et francic., t. IV, p. 20.

[140] Voyez les Lettres sur l'histoire de France, lettre X.

[141] Willelm. Malmesb. de Gest. reg. angl., lib. I, apud Rer. anglic. Script., p. 25, ed. Savile. — Bedœ, Hist. ecclesiast., lib. I, cap. XXV, p. 75.

[142] Alias Æthel-byrth, Æthel-briht. Æthel, ethhel, edel, noble d'ancienne race ; berht, byrht, bright, brillant.

[143] Bedœ, Hist. ecclesiast., lib. I, cap. XXV, p. 76.

[144] Bedœ, Hist. ecclesiast., lib. I, cap. XXV, p. 75 et 76.

[145] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXV, p. 76.

[146] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXV, p. 76.

[147] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXV, p. 76.

[148] Alias Cant-ware-byrig, par corruption Canterbury.

[149] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXVI, p. 79.

[150] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXVI, p. 79. — Bède est moins positif sur ce point dans un autre passage où il dit, en parlant du fils d'Ethelbert : Qui sub imperio sui parentis vel favore, vel timore regio, fidei et castimoniæ jura susceperant. (Ibid., lib. II, cap. V, p. 121.)

[151] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXVI, p. 79.

[152] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXVII, p. 79 à 80. — Charta Ethelberti regis, apud Wilkins Concilia Magnæ Britanniæ, t. I, p. 28.

[153] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXIX, p. 98.

[154] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXXX, p. 100.

[155] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXV, p. 375.

[156] Voyez la dissertation de Mabillon De pallio archiepiscopali dans le tome II de ses œuvres posthumes, p. 420.

[157] S. Gregorii Epistolæ, apud. Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXIX, p. 99.

[158] S. Gregorii Epistolæ, apud. Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXIX, p. 99.

[159] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. III, p. 116.

[160] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXVII, p. 80.

[161] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXVII, p. 85 et 86.

[162] Li Romans de Brut, par Wace, édit. de M. Leroux de Lincy, t. II, p. 257.

Et tot cil sunt no anemi

Par qui Englois sont converti,

Et qui à als ont compagnie

Et quemune parçonnerie.

[163] On peut en juger par sa réponse à la question suivante d'Augustin : Cum una sit fides, sunt Ecclesiarum diversœ consuetudines, et altera consuetudo missarum in sancta Romana Ecclesia, atque altera in Galliarum tenetur. (Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXVII, p. 81.)

[164] C'est le titre que lui donne l'Histoire ecclésiastique de Bède : Augustinus (Britanniarum) archiepiscopus ordinavit duos episcopos. (Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. III, p. 116.) — On peut dire, si l'on veut, que les pouvoirs donnés par le pape Grégoire s'étendaient jusque-là, et alors il faudra n'attribuer qu'à une imprévoyance do sa part la déplorable issue de cette affaire.

[165] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 110.

[166] Decretum imperat. Theodosii et Valentiniani, sub anno 445, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 768. — En parlant des moines de l'île d'Iona, Bède s'exprime ainsi : Utpote quibus longe ultra orbem positis, nemo synodalia paschalis observantiæ decreta porrexerat. (Hist. ecclesiast, gentis Anglor., lib. III, cap. IV, p. 169.)

[167] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 113.

[168] Par le cycle alexandrin de 19 ans.

[169] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXIX, p. 99.

[170] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 110.

[171] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 110. — Les chroniques bretonnes moins anciennes, et probablement moins exactes, contiennent cette variante : Augustino potenti ab episcopis Britonurn subjectionem, et suadenti ut secum genti Anglorum communem evangelizandi laborem susciperent... (Galfredi Monumetbensis Historia regum Britanniæ, lib. XI, cap. XII, ed. Giles. Londres, 1844, in-8°, p. 209.)

[172] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 110.

[173] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 110.

[174] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 110 et 111.

[175] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 111.

[176] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 111.

[177] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 111.

[178] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 113.

[179] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 111.

[180] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 112.

[181] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 112.

[182] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 112.

[183] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 112.

[184] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 112. — Galfridi Monumethensis Hist. reg. Britann., lib. XI, cap. XIII, p. 209. — Brut Tysilio, Mycyrian archaiology, t. II, p 365. — Li Romans de Brut, par Wace, t. II, p. 257.

[185] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXXIV, p. 103 ; lib. II, cap. II, p. 113.

[186] Ida, surnommé le Porte-flamme.

[187] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. I, cap. XXXIV, p. 103.

[188] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 112, et Chron. saxon., ed. Gibson, sub anno, 607. — Girald. Cambrens., Descriptio Cambriæ, apud. Camden Anglica, Normannica, etc., p. 862. — L'ancien nom de Chester, en langue bretonne, était Caerleon sur la Dee ; ce nom lui venait de la légion vicesima victrix. Voyez ibid., p. 458.

[189] Brut Griffith ab Arthur, Mycyrian archaiology, t. II, p. 365. — Galfridi Monumethensis Hist. reg. Britann., lib. XI, cap. XIII, p. 210.

[190] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 113.

[191] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 113.

[192] Galfridi Monumethensis Hist. reg. Britann., lib. XI, cap. XIII, p. 210.

[193] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 113. — Le récit de Bède, plus circonstancié que les chroniques bretonnes, est inexact pour ce qui regarde le personnage et la conduite de Brocmail.

[194] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 113.

[195] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 113.

[196] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 113. — Galfridi Monumethensis Hist. reg. Britann., lib. XI, cap. XIII.

[197] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 113. — Brut Tysilio, Myvyrian archaiology, t. II, p. 365. — Il y avait dans le pays de Galles deux royaumes, celui du nord ou Gwined, et celui du sud ou Divet, et deux principautés, celle de Powis, à l'est, et celle de Cornouailles, au sud-ouest.

[198] Galfridi Monumet. Hist. reg. britann., lib. XI, cap. XIII.

[199] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. II, p. 114. — L'impression fut tout autre en Irlande, comme le prouvent ces mots d'une ancienne chronique : Cath Cairelegion ubi sancti occisi sunt. (Tigernachi Annales, apud Monumenta historica britannica, in-f°, 1848, t. I, p. 832, à la note.)

[200] Galfridi Monumet. Hist. reg. britann., lib. XI, cap. XIII, p. 209.

[201] Li Romans de Brut, par Wace, t. II, p. 257.

N'i pot Sains Augustins plus prandre,

N'altre cose n'i pot aprandre ;

Al roi Aldebar le mostra,

Et si forment se corroza.

[202] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. n, p. 114. — Cette parenthèse manque dans la traduction anglo-saxonne de l'Histoire ecclésiastique de Bède, ce qui a fait croire à plusieurs savants modernes qu'il y avait là une interpolation.

[203] La date de la mort d'Augustin varie entre les limites extrêmes de 605 et 608 : Mabillon se prononce pour 607. La date de la bataille de Chester, que la chronique saxonne fixe à l'année 607, est marquée à l'an 613 dans les annales bretonnes du dixième siècle ; si on les suit, on trouve entre les deux faits dont il s'agit un intervalle de huit ans au plus et de deux au moins. La chronique saxonne que j'ai suivie est, pour ce qui regarde le septième siècle, plus ancienne que ces annales.

[204] L'usage de ces sortes de diminutifs pour les noms propres subsiste encore en Angleterre.

[205] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. V, p. 121.

[206] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. V, p. 122.

[207] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. V, p. 122.

[208] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. V, p. 122.

[209] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. V, p. 122. — Alias Æd-bald, Ead-bald. Ed, ead, heureux ; bald, bold, hardi. Voyez le Glosr. d'Edward Lye.

[210] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. V, p. 122.

[211] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. VI, p. 123.

[212] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. VI, p. 124.

[213] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. VI, p. 124.

[214] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. VI, p. 124.

[215] Alias Æthel-byrg. Æthel, noble ; burg, burgh, burh, byrh, berg, sécurité, protecteur, protectrice.

[216] En saxon, Northan-kymbra-land, le pays au nord de l'Humber.

[217] Alias Ead-win. Ed, heureux ; win, chéri, et aussi vainqueur.

[218] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XVI, p. 149.

[219] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. IX, p. 131.

[220] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. X, p. 132.

[221] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. X, p. 134.

[222] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XI, p. 135.

[223] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XII, p. 136.

[224] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XII, p. 137.

[225] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XII, p. 138.

[226] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XII, p. 138.

[227] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XII, p. 139.

[228] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XII, p. 140.

[229] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XII, p. 140 et p. 136.

[230] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XII, p. 140.

[231] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XIII, p. 141.

[232] Henrici Huntind, Hist., lib III, apud Rer. anglic. Script., p. 328, ed. Savile.

[233] Traduction saxonne de l'histoire de Bède. — Voyez Pièces justificatives, liv. I, n° 4.

[234] Traduction saxonne de l'histoire de Bède.

[235] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XIII, p. 142.

[236] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XIII, p. 143.

[237] Bedœ, Hist. ecclesiast. geais Anglor., lib. II, cap. XIII, p. 143.

[238] Bedœ, Hist. ecclesiast. geais Anglor., lib. II, cap. XIV, p. 145.

[239] Bedœ, Hist. ecclesiast. geais Anglor., lib. II, cap. XIV, p. 146.

[240] Bedœ, Hist. ecclesiast. geais Anglor., lib. II, cap. XV, p. 147.

[241] Bedœ, Hist. ecclesiast. gelais Anglor., lib. III, cap. XXII, p. 221.

[242] Bedœ, Hist. ecclesiast. gelais Anglor., lib. III, cap. VII, XXI, XXIV, et lib. IV, cap. XIII.

[243] Les quatre premiers successeurs d'Augustin furent Laurentius, Mellitus, Justus et Honorius. Ibid., lib. III, cap. XX, p. 217. — Ibid., lib. V, cap. IX, p. 400. — Voir aussi Chronologia saxonica, ibid., p. 518.

[244] Bedœ, Hist. ecclesiast. gelais Anglor., lib. III, cap. I, p. 254. — Il eut pour auxiliaire dans cette œuvre son compagnon, le moine Adrien. Ibid., liv. IV, cap. II, p. 258 et 259.

[245] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. IV, cap. II, p. 258. — Ibid., p. 259.

[246] Bède ne fut pas seulement le chroniqueur le plus exact et le plus judicieux du moyen âge, il eut un génie encyclopédique étonnant pour l'époque et les circonstances où il vivait.

[247] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. V, p. 120. — Ibid., lib. V, cap. IX, p. 400. — Alcuin a décrit en vers la bibliothèque de l'église métropolitaine d'York. Voyez ses œuvres, édition de Froben, in-folio, 1777, t. II, p. 257.

[248] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. IV, p. 118.

[249] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. V, cap. XXIV, p. 494 et 485.

[250] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. IV, p. 118. — Ibid., lib. IV, cap. XXVI, p. 345.

[251] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. III, cap. XXV, p. 234. — Les Irlandais, comme les Bretons, célébraient la pâque le quatorzième jour de la lune, si c'était un dimanche, et non pas le dimanche qui suivait ce quatorzième jour. Comme les clercs bretons, leurs clercs portaient la tonsure en forme de demi-cercle sur le haut du front, et non en guise de couronne au sommet de la tête.

[252] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XV, p. 118.

[253] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. IV, p. 118.

[254] Voyez, sur le caractère et les écrits de saint Columban, l'Histoire de la civilisation en France, par M. Guizot, t. II ; l'Histoire littéraire de la France, par M. Ampère, t. II, et les Études germaniques, de M. Ozanam, t. II.

[255] Vita S. Columbani, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 476.

[256] Vita S. Columbani, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 477.

[257] Vita S. Columbani, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 478.

[258] Vita S. Columbani, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 478. — Ibid., t. IV, p. 20-34.

[259] Vita S. Columbani, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 479.

[260] Vita S. Columbani, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 480.

[261] Vita S. Columbani, apud Script. rer. gallic. et francic., t. III, p. 480.

[262] Dans le monastère de Bobbio, le second des établissements qui ont fait sa renommée.

[263] Alcuini Poema de pontificibus et sanctis Eboracensibus, inter ejus Opera, éd. Froben, t. II, p. 243.

[264] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. III, cap. I, p. 160 et sq. — Brut y Tywysogion, anno 720, Myryrian anhaiology, t. II, p. 471. — Vita S. Wilfridi episcopi ebotacensis, apud Script. rer. anglic., ed. Gale, t. I, p. 60.

[265] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. II, cap. XX, p. 158. — Ibid., p. 157. — Ibid., lib. III, cap. II, p. 162. — Alcuini Opera, t. II, p. 224.

[266] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. III, cap. III, p. 167.

[267] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. III, cap. III, p. 167. — Ibid., p. 166.

[268] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentil Anglor., lib. III, cap. XXV, p. 233.

[269] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentil Anglor., lib. III, cap. XXV, p. 234. — Voyez encore ibid., p. 236 et sq.

[270] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentil Anglor., lib. V, cap. XXIII, p. 479. — Voyez aussi ibid., cap. XXII, p. 453, et cap. XVI, p. 432.

[271] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentil Anglor., lib. V, cap. XXIII, p. 480.

[272] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib V, cap. XIX, p. 436.

[273] Cette translation était déjà faite quand eurent lieu les conférences d'Augustin avec le clergé breton ; mais l'ancien titre d'évêque de Caerleon subsistait pour le primat de la Cambrie ; malgré son changement de résidence. Dans la suite il tomba en désuétude, et le titre effectif, celui de Menew, autrement Saint-David, prévalut.

[274] Brut y Tywysogion (Chronique de Caradoc de Lancarean). Mycyrian archaiologr, t. II, p. 473. — Annales Cambriæ, apud Monumenta historica britannica, p. 834. — Le Brut y Tywysogion donne ce fait sous la date de 755, que j'ai rectifiée comme probablement inexacte.

[275] Brut y Tywysogion (Chronique de Caradoc de Lancarean). Myryrian archaiology, t. II, p. 473.

[276] Myryrian archaiology, t. II, p. 474. — L'archevêque de Landaf est nommé ici, parce que le titre primatial de Caerleon avait un moment passé à son église avant d'être transféré à Menew ou Saint-David. Voyez Wilkins, Concilia magnæ Britanniæ, t. I, p. 24, n. — La primatie du siège de Saint-David se releva plus tard ; on la voit sanctionnée en 914 dans le code des coutumes cambriennes rédigé par l'ordre du roi Howel Dda : Menecia est sedes principalis in Cambria. (Leges Wallicæ, lib. II, cap. XVIII, art. 1, p. 794.)

[277] Ex Ammiani Marcellini, lib. XV, cap. IX, apud Script. rer. gallic. et francic., t. I, p. 544. — Voyez Welsh laws, book XIII, chap. II, art. 59 et 61, p. 640 et 641.

[278] Mycyrian archaiology, t. II, p. 122.

[279] Mycyrian archaiology, t. I, p. 149 et 151. — Ibid., t. II, p. 490, Brut y Tywysogion (Chronique de Caradoc de Lancarean), sous l'année 959.

[280] Voyez le beau Mémoire de M. Mignet sur la conversion de la Germanie au christianisme, Notices et mémoires historiques, t. II, p. 44 et suivantes.

[281] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. V, cap. VII, p. 394. — Ibid., cap. XX, p. 438.

[282] Baronii, Annales ecclesiast., t. IX, p. 129 et 130. — Voyez ibid., t. XI, p. 58.

[283] Willelm. Malmesb., de Gest. reg. lib. III, apud Rer. anglic. Script., p. 101, ed. Savile. — L'historien de l'Église anglo-saxonne dit de ses contemporains : Plures in gente Northanhymbrorum, tu nobiles quarn privati, se suosque liberos, depositis armis, satagunt magis, accepta tonsura, monasterialibus ascribere votis quam bellicis exercere studiis. (Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. V, cap. XXIV, p. 435.)

[284] Bedœ, Hist. ecclesiast. gentis Anglor., lib. IV, cap. XI, p. 286, et ibid., passim.

[285] Chron. saxon., ed. Gibson, p. 35. — Vita S. Wilfridi, apud. Historiæ britannicæ et anglicanæ scriptores, ed. Gale, t. I, p. 60.

[286] Chron. saxon., ed. Gibson, p. 36.

[287] Chron. saxon., ed. Gibson, p. 37.

[288] Vita S. Wilfridi, apud Hist. britann. et anglic. script., ed. Gale, p. 60.

[289] Les poésies nationales des Cambriens désignent fantastiquement ces deux drapeaux ennemis par les noms de Dragon rouge et de Dragon blanc. Voyez les Poèmes des bardes bretons du sixième siècle, traduits par M. de La Villemarqué, p. 282 et passim.

[290] Eg, ecg, aigu, aiguisé : par extension, subtil ; frith, frid, fred, fried, paix, pacifique.

[291] Picti terram suam, cujus partent tenebant Angli, recuperaverunt. (Henrici Huntind, Hist., lib. III, apud Rer. anglic. Script., p. 336, ed. Savile.)

[292] Scotland, Scotia, Ecosse.

[293] Arymes Prydain vawr ; Mycyrian archaiology of Wales, t. I, p. 156. — Voyez ci-après, Pièces justificatives, n° 1.

[294] Offa, offo, obbo, doux, clément.

[295] En langue cambrienne, Claud Offa ; en anglais, Offa's dyke. Des vestiges de ce grand ouvrage subsistent encore aujourd'hui.

[296] On l'appelle Cumberland, les Anglo-Saxons disaient Cumbra land, terre des Kymris.

[297] Ystrad-Clwyd.

[298] Autrefois Dun-briton, la forteresse des Bretons.

[299] Liwarch-Henn, Poèmes des bardes bretons du sixième siècle, p. 114. — Ancurin, ibid., p. 370.

[300] Voyez ci-après, livres VIII et XI.

[301] Trioedd beirdd yays Prydain, sec. XXI, n° 1 ; Archaiology of Wales, vol. III, p. 283. — Welsh laws, book. XIII, chap. I et II, p. 630.

[302] Voyez la suite de cette histoire, liv. IV, année 1070.

[303] Giraldi Cambrensis Itinerarium Wallix, passim, apud Camden, Anglica, Hibernica, etc.

[304] Taliesin, Poèmes des bardes bretons du sixième siècle, p. 116. — Arymes Prydain, Mycyrian archaiology of Wales, t. I, p. 156 à 159.