HISTOIRE DE CONSTANTINOPLE

TOME SECOND — L'EMPIRE OTTOMAN

 

CHAPITRE XXXIII.

 

 

Instructions de quelques monarques chrétiens à leurs fils appelés à régner après eux, comparées aux instructions de Sélim Ier à son fils Soliman. — Conquêtes de Belgrade, de Rhodes par Soliman. — Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Malte. — Défaite de l'armée ottomane devant cette île. — Destinée des chevaliers. — Alliance de François Ier avec Soliman. — Guerre des Turcs en Hongrie. — Bataille de Mohaez. — Conquête de la Hongrie par Soliman. — Les statues de Rude à Stamboul. — Mort du vizir Ibrahim-Pacha. — Zapolya. — Siège de Vienne par Soliman. — Défaite des Turcs sous les remparts de Vienne. — État des esprits en Allemagne pendant la première moitié du XVIe siècle. — Captivité de François Ier à Madrid. — Lettre de Louise de Savoie à Soliman à ce sujet. — Réponses du sultan. — Seconde campagne de Soliman en Hongrie. — Ses résultats. — Succès d'André Doria, amiral de Charles-Quint, dans la Méditerranée. — Traité de paix entre la Turquie et l'Allemagne. — Paroles du pape Clément VII à ce sujet. — Conquête de Bagdad. — Les capitulations entre François et Soliman. — Khair-Eddin Barberousse. — Il s'empare de Tunis an nom de Soliman. — Prise de Tunis par Charles-Quint. — Désastre de la flotte de Charles-Quint devant Alger. — Guerre entre la Turquie et la république de Venise. — Ses résultats. — Traité de paix entre ces deux puissances. — Troisième campagne de Soliman en Hongrie. — Ses résultats. — Second traité de paix entre l'Allemagne et Soliman. — Meurtre des enfants de Soliman. — Quatrième campagne de Soliman en Hongrie. — Siège de Szigeth. — Mort de Soliman. — Mort héroïque du comte Zriny ou de Serin. — Observations générales sur le règne de Soliman le Magnifique : caractère et portrait de ce prince (de 1520 à 1566).

 

Constantin, le glorieux fondateur de Constantinople ; Théodose, qui vengea, l'épée à la main, la majesté romaine longtemps avilie par les barbares, et lui rendit son éclat d'autrefois ; Basile Ier, cet ancien esclave devenu empereur, et qui fut un des plus illustres souverains de Byzance ; Louis IX, grand dans les combats, dans la paix, dans l'adversité et dont la vertueuse parole fut toujours appuyée par de nobles exemples, tous ces illustres potentats de la terre avaient goulu, avant de mourir, faire entendre des leçons de sagesse à leurs fils destinés à régner après eux ; leurs conseils sur la manière de gouverner se mêlaient à de pieuses, recommandations en faveur des pauvres, en faveur àe ceux qui souffrent : « Si la veuve et l'orphelin, disait saint Louis à Philippe, son fils, en mourant sur la terre africaine, si la veuve et l'orphelin luttent devant toi contre l'homme puissant, déclare-toi pour le faible contre le fort, jusqu'à ce que la vérité te soit connue. » Des princes, dont la vie s'était presque entièrement passée dans le jeu sanglant des batailles, exhortaient leurs successeurs à éviter la guerre, à ne prendre les armes que pour punir des injustices. Sélim r laissa, lui aussi, des instructions à son fils Soliman ; mais le génie qui les inspira ne ressemblait pas au génie chrétien faisant dire à Louis IX : Rien ne plaît tant à Dieu que le spectacle de la concorde et de la paix. La soif des conquêtes, qui dévorait l'âme de Sélim, ne s'éteignit même pas à l'heure de sa mort, et son dernier soupir fut un dernier cri de guerre : « Je meurs dix ans trop tôt, dit-il en expirant ; que de choses il me restait à faire ! je voulais abattre la puissance de la Perse, vaincre les chrétiens de Rhodes, de Hongrie et porter mes armes au-delà du Danube ! Je lègue à mon fils, avec les royaumes que j'ai conquis, la mission d'agrandir encore l'empire ottoman ! » Fidèle aux volontés de son père, aux traditions de sa race, Soliman Ier ou Souléiman (Salomon) combattit toute sa vie contre les chrétiens, contre les Perses, et la mort seule put lui arracher de là main son glaive de conquérant.

A peine était-il monté sur le trône qu'il envoyait un ambassadeur au roi de Hongrie pour lui demander un tribut qui ne lui était pas dû. L'ambassadeur turc fut mis à mort. Soliman, qui ne cherchait qu'un prétexte de guerre contre les Hongrois, déclara qu'il ne laisserait pas impuni le meurtre de son envoyé. Il partit de Stamboul avec une armée, assiégea Belgrade, s'en empara, et la chute de cette importante place entraîna celle de plusieurs autres villes et châteaux forts situés sur la Save et le Danube. Le commandeur des croyants changea en mosquée la cathédrale de Belgrade et rentra, ensuite, à Constantinople au milieu des acclamations populaires (octobre 1520).

Soliman avait vengé, en prenant Belgrade, l'affront reçu par Mahomet II au pied des murailles de cette ville, en 1456 ; il lui restait à réparer l'honneur des armes ottomanes en triomphant des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui, en 1480, avaient victorieusement repoussé de Rhodes le conquérant de Byzance et de la Grèce. D'autres motifs portaient Soliman à conquérir Rhodes. Cette lie était la dernière colonie des chrétiens en Asie, le poste avancé de l'Occident dans l'Archipel ; tant que les chevaliers en restaient maîtres, la navigation de la Méditerranée appartenait aux nations chrétiennes, et Soliman pouvait craindre quelque grande expédition de l'Europe pour ressaisir la Palestine, la Syrie et conquérir même l'Égypte. En arrachant Rhodes aux chevaliers, le sultan détruisait, comme il le disait lui-même, un cancer au cœur de l'empire, établissait un grand point de communication entre Stamboul et le Caire, et assurait, avec la liberté du commerce ottoman, la sécurité des pèlerins syriens se rendant à la Mecque. Il choisit, pour attaquer Rhodes, le moment où l'Europe, livrée aux discordes par les frénétiques prédications de Luther et aux sanglantes disputes de Charles-Quint et de François Ier, ne pouvait porter aucun secours aux chevaliers. « Dieu, a dit Montluc, fit naître Charles et François envieux de la grandeur l'un de l'aune, ce qui a causé la ruine d'un million de familles. On pourrait ajouter que la rivalité de ces deux monarques causa aussi la ruine de Rhodes et favorisa le développement de la grandeur ottomane. Comment, en effet, Soliman aurait-il pu, quelque puissant qu'il fût, résister aux armes de Charles-Quint et de François Ier si ces deux princes s'étaient ligués pour la défense de la chrétienté menacée ? Abandonnés à leurs seules forces, les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ne pouvaient pas vaincre Soliman.

La correspondance qu'on trouve dans l'abbé Vertot entre l'Ile-Adam, grand maître de l'Ordre et le fils de Sélim, avant le siège de Rhodes, est supposée. Sommé par le sultan de lui abandonner l'île, le grand maître ne daigna seulement pas lui répondre, et se prépara à la résistance. Le 28 juillet 1522, le padischah débarqua à Rhodes à la tête de deux cent mille hommes, montés sur trois cents navires de toutes grandeurs ; il avait quatre cents bouches à feu. Sous son règne l'artillerie ottomane eut une formidable supériorité sur celle des autres États de l'Europe : elle fut un de ses principaux éléments de succès à Belgrade, à Rhodes et dans sa conquête de la Hongrie en 1526. L'empire turc était, à cette époque, on le sait, dans toute sa puissance guerrière ; Il se leva spontanément, s'organisa pour vaincre six cents chevaliers secondés par quatre mille hommes de troupes régulières ! Nous ne connaissons rien de comparable dans l'histoire militaire d'aucun peuple à la défense de Rhodes eu 1522, et le nom de l'Ile-Adam, enfant de la France, retentit avec une immense gloire dans cette lutte solennelle entre le croissant et la croix. Les chevaliers résistèrent pendant six mois aux formidables attaques des Turcs. Les habitants de l'île, les femmes surtout, combattirent à côté des soldats de Jésus-Christ. Une femme grecque vit son mari tomber percé de balles sur les remparts de la cité ; le désespoir dans l'âme, elle saisit par les cheveux ses deux filles, jeunes et belles, les marque au front du signe de la croix, les égorge ensuite, et s'écrie : « Maintenant, anges de Dieu, vous ne serez pas souillés par des mains impures ! » L'esprit égaré, la malheureuse commit un crime en voulant sauver l'honneur de ses enfants ! Puis, cette femme s'enveloppa dans le manteau sanglant de son époux, prit son épée, se précipita au plus fort de la mêlée et mourut de la mort des héros[1].

Déjà quatre-vingt mille Turcs avaient succombé dans ces combats de géants. Soliman ordonna un dernier assaut le 30 novembre, et perdit encore quinze mille hommes. Debout sur le bastion des vainqueurs, couvert de son armure, tenant d'une main son épée, de l'autre l'oriflamme, l'Ile-Adam put apparaître en ce moment aux Turcs en déroute comme un ange exterminateur ou comme le génie des batailles et de la gloire ; ils désespèrent un instant de leur triomphe ; Soliman hésitait à continuer le siège, lorsque deux traîtres, un médecin juif et André d'Amaral, chevalier portugais et grand chancelier de l'Ordre, firent connaître au padischah le déplorable état de la cité. Ses remparts, à moitié démantelés par les canons des Turcs, ne pouvaient résister à de nouvelles attaques ; les chevaliers, qui n'étaient plus qu'au nombre de deux cents (les autres étaient morts), manquaient de provisions de bouche et de munitions de guerre. La trahison du juif fut reconnue, et les assiégés l'écartelèrent ; d'Amaral proclama son innocence au milieu des tortures ; mais le conseil de l'Ordre le condamna à mort. Il fut décapité sur l'heure. Ce d'Amaral avait aspiré à la grande maîtrise, et les chevaliers lui avaient préféré l'Ile-Adam. L'Ile-Adam ! s'était alors écrié le Portugais, sera le dernier grand maître de Rhodes ! Cette parole, inspirée par la jalousie, le perdit ; mais les énergiques dénégations d'Amaral en face de la mort laissent au moins planer le doute sur le crime qui lui était imputé.

L'empereur turc, assuré de la conquête de Rhodes, voulut, dans un élan généreux, épargner à cette malheureuse ville les désastres d'une place prise d'assaut, et proposa au grand maitre de capituler. Déterminés à mourir plutôt que de se rendre, l'Ile-Adam et ses chevaliers repoussèrent la proposition du sultan ; mais les habitants de Rhodes, épouvantés des malheurs qui les menaçaient, demandèrent au grand maitre, en fondant en larmes, de les prendre en pitié, et d'accepter la capitulation. Ne pas accéder à leurs supplications, c'était les vouer à une mort certaine. « Ah ! ce ne sont pas les chevaliers qui capitulent ! dit l'Ile-Adam d'une voix sourde et frémissante, ce sont des femmes, des vieillards et des enfants dont le sang retomberait sur ma tête ! » Il déposa les armes et se rendit sous la tente de Soliman, qui loua sa vaillance et plaignit son infortune. La reddition de Rhodes eut lieu dans la matinée du jour de Noël (25 décembre 1522), au moment où le pape Adrien VI, successeur de Léon X, célébrait la messe dans l'église de Saint-Pierre de Rome. Pendant le service divin une pierre se détacha de la corniche et vint tomber aux pieds du pontife. « Cette circonstance, dit un auteur italien[2], fut regardée comme le présage de la chute du premier boulevard de la chrétienté. » Le grand maitre demanda à Soliman, qui lui promit sur la foi des traités, de respecter le culte chrétien à Rhodes. Puis l'empereur et l'Ile-Adam entrèrent ensemble dans la cité. En prenant possession du palais du grand maître, Soliman, montrant à Ibrahim, son vizir, Adam accablé de tristesse, lui dit : « Ce n'est pas sans être pénétré d'une vive peine que j'oblige ce chrétien à abandonner dans sa vieillesse sa maison et ses biens ; mais c'était écrit I » Le sultan trouva à Rhodes un fils de Djem, qu'il fit étrangler avec son fils, et envoya à Stamboul sa femme et ses deux filles. Ce fut le commencement des crimes de Soliman, car lui aussi paya avec usure, comme nous le verrons dans la suite, son tribut de sang à la loi de Mahomet II, qui ordonnait l'assassinat dans les familles impériales de sa race.

Le premier janvier 1523 le grand maître et ses chevaliers, couverts, comme lui, de nobles cicatrices, s'éloignèrent tristement de cette lie de Rhodes que leur Ordre avait possédée pendant deux siècles. Quatre mille Rhodiens, préférant l'exil au joug des Ottomans, suivirent les chevaliers sur les galères qui les entraînaient vers l'Europe. L'He-Adam et ses compagnons d'infortune débarquèrent sur les côtes napolitaines, non loin des lieux où Virgile fait débarquer le pieux Liée avec les glorieux débris de Troie. En, 1527, Charles-Quint donna Malte aux chevaliers, qui prirent, à cette époque, le nom de cette île. Trente-huit ans plus tard (1565), Soliman dirigea contre eux toutes ses forces navales commandées par le sérasker Moustapha-Pacha. Les chevaliers, prenant leur revanche de Rhodes, écrasèrent les Turcs, et la flotte ottomane, mutilée et confuse, rentra, pendant la nuit, dans le Bosphore, n'emportant pour tous trophées que quelques têtes de chrétiens exposées au horst des piques. Les humiliations ne manquèrent pas à l’orgueil ottoman durant ce fameux siège de Malte. A la suite d'un assaut meurtrier donné au fort Saint-Ange où les chevaliers perdirent beaucoup de monde, le sérasker envoya au grand maître un esclave chrétien pour le sommer de se rendre ; l'héroïque Lavalette conduisit l'envoyé de Moustapha sur les remparts et, lui montrant du doigt les fossés longs et profonds qui les entouraient, Va dire à ton maître, lui dit-il, que je lui abandonne seulement ce terrain pour y ensevelir ses janissaires ! Quelle légion de héros que ces chevaliers de Mâte ! Ils conservèrent jusqu'au XVIIIe siècle les traditions de l'antique chevalerie et l'esprit des vieilles croisades. Leurs luttes contre les Ottomans et les Maures d'Afrique étaient la continuation de ces gigantesques expéditions conduites au-delà des mers par Godefroi de Bouillon, Louis VII, Conrard, Frédéric Barberousse, Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste et saint Louis. Les chevaliers de Malte durent subir les conséquences de cette révolution de 89 qui, tout en accomplissant de grands bienfaits, emporta dans son tourbillon des institutions utiles. Par des moyens peu dignes d'un grand capitaine, le général Bonaparte, marchant vers l'Égypte, s'empara de Malte, et détruisit, en un instant, un Ordre religieux et militaire qui comptait quatre cents ans de gloire. Il faut dire aussi qu'en 1798 Hompesch, alors grand maître, et ses compagnons, n'avaient peut-être plus la même trempe d'âme que les compagnons de Foulque de Villaret, le conquérant de Rhodes au commencement du XIIIe siècle, et ceux de l'Ile-Adam et de Lavalette. Plusieurs chevaliers de la langue de France prirent du service dans l'armée de Bonaparte et suivirent le vainqueur en Égypte. Ceux-là purent, au moins, accomplir leur vœu qui était de combattre les infidèles ; pour la masse des soldats français, les croisades se continuaient dans un autre but et sous d'autres inspirations.

L'intérêt qui s'attache aux exploits des chevaliers, à leur destinée, nous a fait devancer, comme à notre insu, l'ordre des dates. Hâtons-nous d'indiquer rapidement la suite des guerres et des conquêtes de Soliman le Magnifique. Depuis l'avènement de cet empereur, des relations secrètes existaient entre lui et François Ier. Par des lettres particulières le roi de France excitait le sultan à envahir la Hongrie, dans le but caché d'y appeler Charles-Quint, son redoutable rival. L'ambassadeur de France près la Porte ottomane reçut de Soliman, en 1525, la promesse d'une expédition dans les régions danubiennes. Soliman et François avaient, chacun, un intérêt majeur dans cette guerre de Hongrie. Louis II, prince d'une constitution faible et maladive, époux de cette Marie d'Autriche, sœur de Charles-Quint, qui, après avoir gouverné les Pays-Bas, s'ensevelit, comme son frère, en 1556, dans un couvent de l'Estramadure, Louis II, disons-nous, occupait, en 1525, le trône des Hunyade, des Ladislas et des Mathias Corvin. L'archiduc d'Autriche, Ferdinand, frère de Charles-Quint, qui devait succéder à ce prince à l'empire d'Occident, avait épousé Anne de Jagellon, sœur de Louis H. Le contrat de mariage entre Ferdinand et Anne de Jagellon et celui de Louis II avec Marie portaient que la couronne de Hongrie appartiendrait à la maison d'Autriche dans le cas où Louis II mourrait sans postérité. Soliman, instruit de ces arrangements de famille, voulait donc empêcher l'Allemagne d'étendre sa domination sur la Hongrie, trop voisine de l'empire ottoman, et le roi de France, en haine de Charles-Quint, excitait les belliqueuses dispositions du sultan. L'alliance de François Ier avec Soliman scandalisa la chrétienté ; le roi de France chercha à se justifier plus tard en accusant l'ambition et la perfidie de Charles-Quint ; cette justification est difficile à admettre si on songe aux dangers qui menaçaient alors le monde chrétien. Dans tous les cas on ne saurait reconnaître ici la hauteur de caractère du roi chevalier.

Soliman se mit en campagne, comme un ouragan, au mois de juin 1526, avec une armée de cent mille hommes ; aucune ville, aucun château fort ne put résister à la fureur des Ottomans ; ils avaient changé la moitié de la Hongrie en un désert avant de rencontrer l'armée de Louis II qui, forte seulement de vingt-deux mille combattants, venait imprudemment se mesurer avec les troupes redoutables de Soliman. Ce fut dans la plaine de Mohacz, sur la rive occidentale du Danube, que les Turcs et les chrétiens se livrèrent cette fameuse bataille qui décida du sort de la Hongrie. A la vue des troupes de Louis H, Soliman, élevant les mains vers le ciel, s'écria : « Mon Dieu ! la force et la puissance sont à toi ! Protège le peuple de Mahomet ! » En moins de cinq heures vingt mille chrétiens succombèrent courageusement dans le champ de Mohacz. Le reste des Hongrois prit la fuite et périt avec le roi dans des marais profonde. Louis II avait vingt-deux ans. Il laissa son royaume livré aux factions féodales et au ravage des Turcs (28 août 1526). Douze jours après, Soliman entra sans combattre dans la ville d'Offen, capitale de la Hongrie, appelée aussi Bude, du nom de Bada, frère d'Attila. Bude est l'ancienne Sicambria des Romains. Soliman célébra le Baïram (pâques des Turcs) dans le palais de Louis II, dont il pilla les richesses. Cent mille chrétiens, réduits en esclavage, furent dirigés sur Constantinople, vendus dans les bazars de cette ville et dispersés dans les provinces de l'Asie ottomane. Cette campagne de Soliman en Hongrie ne fut qu'un long brigandage. Les Turcs ne respectèrent pas plus les vivants que les morts. Imitant les exemples du féroce Timour, ils coupèrent la tête des cadavres des vaincus sur le champ de bataille de Mohacz et les élevèrent en pyramides devant la tente de Soliman, qui n'empêcha pas cet acte de hideuse barbarie. Le plus admiré des sultans de Stamboul ne fut pas le moins cruel. Mais ce prince, plein de génie, avait des aspirations vers le beau, le grand ; son âme n'était pas toujours fermée à la pitié, et son esprit se passionna pour les chefs-d'œuvre des arts ; il admira les statues d'airain d'Apollon, d'Hercule et de Diane qui décoraient le château royal d'Offen. Heurtant de front l'article du Koran qui interdit toute représentation des êtres sortis des mains du Créateur, Soliman fit transporter ces statues à Stamboul, et ordonna à son vizir, Ibrahim-Pacha, de les placer dans cet hippodrome que Constantin et Théodose avaient jadis orné des images des dieux de Rome et de la Grèce. Le fanatisme musulman cria à l'irréligion, mais le peuple, tremblant au seul nom de Soliman et plus encore à celui d'Ibrahim, n'osa pas renverser les statues d'Offen. Un poète turc fit, à cette occasion, un distique satirique dans lequel il disait que le premier Ibrahim (Abraham) avait détruit les idoles, et que le second les élevait sur les places publiques. Bien que le malheureux poète n'eût pas prononcé le nom du padischah, et qu'il n'eût désigné que son vizir, il ne fut pas moins promené sur un âne dans la ville et puis étranglé[3]. Dix ans après, Ibrahim-Pacha mourut lui-même étranglé dans son lit pendant son sommeil par les ordres de Soliman, et le peuple de Stamboul mit alors en pièces les statues d'Offen. Cet Ibrahim était Grec d'origine et converti dès l'enfance au mahométisme. C'était un homme d'une capacité rare, d'un courage héroïque, d'une merveilleuse beauté et d'une dévorante ambition. Soliman en avait fait son confident, son ami et lui avait donné sa sœur en mariage. Monté du fond de son obscurité aux premières dignités de l'empire, Ibrahim fut soupçonné d'aspirer à la souveraine puissance, et comme il a toujours suffi aux sultans de Stamboul de redouter leurs vizirs pour prononcer leur arrêt de mort, l'ambitieux Ibrahim devait périr par le cordon des muets.

Soliman ne voulut pas conserver directement la souveraineté de la Hongrie qu'il avait conquise ; il se contenta d'en faire un État tributaire de la Turquie. A cet effet il nomma lui-même pour gouverner la Hongrie, avec le titre illusoire de roi, Jean Zapoli ou Zapolya, noble Hongrois possédant une immense fortune ; mais l'archiduc Ferdinand réclama, les armes à la main, ses droits à la couronne de Hongrie, et vainquit Zapolya dans la plaine de Tokai. Le 3 septembre 1529, Soliman partit de Constantinople avec deux cent mille hommes pour aller combattre Ferdinand et replacer sur son trône ce Zapolya qui, sacrifiant l'honneur national à son ambition, ne craignit pas de devenir le vassal de l'ennemi de la Hongrie et de la chrétienté. Le sultan le traîna à sa suite dans sa marche vers la capitale de l'Autriche. Il campa sous les remparts de Vienne le 27 septembre. Ferdinand ne se trouvait pas, en ce moment, dans cette ville : il était dans la haute Autriche. Seize mille hommes seulement formaient la garnison de Vienne ; ils étaient commandés par le comte palatin du Rhin, duc de Bavière, le comte Nicolas de Salm, le baron de Roggedorf et George de Leuchtenberg, grand bailli de Styrie, noms illustres et vénérés dans les annales allemandes, car ces hommes furent, à cette époque, les sauveurs de leur pays. Que de dévouement, que d'héroïsme dans les soldats chrétiens et dans les habitants de Vienne soudainement assaillis par la formidable armée de Soliman ! Leur haine contre les Turcs était vivace, profonde et chacun voulait vaincre ou mourir ! Dans ce mémorable siège, qui dura trois semaines consécutives, les Ottomans perdirent quarante mille hommes et Soliman se vit contraint à la retraite. « Je sais, avait-il dit un jour à un ambassadeur hongrois, je sais que plus d'une fois les puissances chrétiennes ont amoncelé des nuages menaçants sur mes aïeux et le peuple de Mahomet ; mais ces nuages ne lançaient pas la foudre. » Cette fois la foudre éclata terrible sur la tête des ennemis du nom chrétien, et Soliman dut comprendre qu'il n'était plus invincible. Son orgueil humilié voulut donner le change sur sa défaite sous les remparts de Vienne ; il fit écrire au comte palatin, par son vizir, qu'il n'était pas venu pour prendre cette ville, mais bien pour combattre l'archiduc qui était resté invisible comme un renard dans sa tanière. Pour prouver aux troupes, au peuple de Constantinople qu'il avait vaincu les Autrichiens, il distribua, en rentrant dans cette ville, de riches présents aux principaux chefs de son armée. Mais un fait est acquis à l'histoire ; c'est que la brillante victoire des Autrichiens au mois d'octobre 1529 sauva la chrétienté d'une effroyable invasion. Qui pourrait dire, en effet, ce que serait devenu l'Occident si la capitale de l'Autriche fût alors tombée au pouvoir des Ottomans ? Les haines religieuses que Luther avait semées en Europe, et surtout en Allemagne, agitaient les esprits, plus occupés, à cette époque, de disputes théologiques que de résistance aux débordements des Turcs. Dès l'année 1 520, Luther n'avait-il pas déclaré, du haut de sa chaire, que c'était un péché de résister aux musulmans, attendu que la Providence se servait de cette nation infidèle pour visiter les iniquités de son peuple ? Quelque temps après, il condamnait lui-même, il est vrai, cette coupable maxime eu publiant un écrit dans lequel il demandait une croisade contre les Turcs ; mais les ferments de discorde subsistaient au sein des populations chrétiennes. Lorsque dans les diètes d'Augsbourg et de Spire, le légat du pape Clément VII exhorta, au nom de la religion, les princes d'Allemagne à prendre les armes pour la défense de la chrétienté menacée, rencontra une vive opposition dans l'esprit toujours plus actif des doctrines nouvelles. « On pouvait alors, a dit un historien[4], comparer les peuples d'Allemagne, menacés par les Turcs, aux Grecs du Bas-Empire, que l'histoire nous montre livrés à de vaines disputes, lorsque les barbares étaient à leurs portes. Ainsi que chez les Grecs, on trouvait parmi les Allemands une foule d'hommes qui redoutaient moins de voir dans leurs cités le turban de Mahomet que la tiare du pontife de Rome ; les uns, poussés par un esprit de fanatisme qu'on trouve à peine dans le Koran, soutenaient que Dieu avait jugé la Hongrie, et que le salut de ce royaume n'était point au pouvoir des hommes ; d'autres (les millénaires) annonçaient avec une joie fanatique l'approche du jugement dernier ; et tandis que les prédicateurs de la croisade exhortaient les Allemands à défendre la patrie, l'orgueil jaloux d'une secte impie invoquait les jours de la désolation universelle. »

Le XVIe siècle, si fécond eu mémorables événements, nous montre trois monarques fameux sur la scène du monde, Français Ier, Charles-Quint et Soliman, comme le XIIe siècle vit paraître Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion et Saladin. De même que le vaillant et généreux fils d'Youb professait une estime profonde pour le héros de Bouvines, de même le fils de Sélim entourait de sa noble amitié l'illustre vaincu de Pavie. Aussi ce fut à Soliman que Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême, mère de François Ier, s'adressa de préférence pour lui demander la délivrance de son fils captif à Madrid. « Mon fils, le roi de France, écrivit-elle au sultan de Stamboul, a été fait prisonnier par Charles, roi d'Espagne. Je croyais que Charles aurait eu la générosité de le mettre en liberté ; mais loin d'agir ainsi, il l'a indignement traité. Je viens te supplier, grand empereur, de montrer ta magnanimité en délivrant mon fils. » Soliman répondit à la régente de France, à la mère affligée, que sa prière avait été entendue au pied de son trône, refuge du monde ; il écrivit en même temps à François pour lui promettre de faire sentir le poids de son flamboyant cimeterre à celui qui le retenait dans les fers ; puis il adressa des paroles de consolation au royal captif. « Dans ce temps-ci, lui disait-il, que des empereurs soient défaits et enfermés dans une prison, il n'y a rien là qui doive surprendre. Que votre cœur se réconforte ! Que votre âme ne se laisse point abattre, mon frère ! J'ai soumis de vastes provinces et des forteresses puissantes. Je ne dors ni jour ni nuit et mon épée ne quitte pas mon flanc ! Interrogez votre envoyé sur l'état des affaires. Restez convaincu de ce qu'il vous dira, et sachez bien qu'il en est ainsi. — De la résidence de Stamboul, la bien gardée et la bien munie, dans la première décade de la lune de veby, l'an de l'hégire 732 (15 février 1526), signé : Souleiman-Khan. »

L'envoyé de François était le comte Frangipani, intelligent et habile négociateur, et premier ambassadeur de la France à Constantinople. Revenu sur les bords du Bosphore en 1530 ou 1531, Frangipani, muni d'instructions nouvelles de son maître, alors sorti de prison, poussait adroitement le grand vizir Ibrahim-Pacha et Soliman lui-même à recommencer la guerre dans la Hongrie ; il leur représentait les dangers pour la Turquie de la prépondérance désormais sans rivale de Charles-Quint. L'empereur turc, qui ambitionnait depuis longtemps la gloire de combattre le grand empereur d'Occident dont la renommée remplissait le monde, prêtait l'oreille aux paroles de l'ambassadeur français, et semblait n'attendre qu'une occasion pour se remettre en campagne du côté du Danube. Bientôt cette occasion se présenta. La lutte engagée pour la couronne de Hongrie entre Ferdinand et Zapolya, le vassal de Soliman, recommença, et Rogindorf, général de l'archiduc, assiégea inutilement Offen, ville occupée par une forte garnison turque. Le sultan repartit de Constantinople avec son armée au mois d'avril 1532 et s'empara, après un long siège de la ville de Gürs, mal défendue par les troupes de Ferdinand. Les écrivains turcs appellent cette campagne, qui dura sept mois, guerre d'Allemagne contre le roi d'Espagne, et prétendent que Soliman attendit vainement Charles-Quint dans les champs de bataille de la Hongrie. Mais les documents historiques les plus dignes de foi attestent, au contraire, les hésitations du sultan devant les armes de l'empereur d'Occident. Le padischah, en effet, rentra à Constantinople au moment même où Charles-Quint, parti d'Italie avec une armée, se dirigeait vers les rives du Danube. Pendant ce temps le célèbre André Doria, amiral de Charles-Quint, traversait la Méditerranée avec une escadre, battait les armées navales de Soliman, s'emparait de la ville de Coron en Morée et des deux châteaux bâtis par Bajazet II à l'entrée des Dardanelles. Les succès de Doria et les dispositions belliqueuses de Charles-Quint en Allemagne, déterminèrent Soliman à accepter la paix que Ferdinand lui proposa en 1533. Le frère de Charles-Quint conserva une bonne partie de la Hongrie, et Soliman se réserva le droit de ratifier les arrangements qui pourraient être ultérieurement proposés entre Ferdinand et Zapolya. Mais cette paix, dont les conditions furent imposées par le sultan, ne fut ni avantageuse ni honorable pour l'Autriche. Un fait digne de remarque, c'est que le pape figura dans ce traité de paix ; Soliman y donne le titre de père au pontife romain, et celui de frère à Ferdinand[5]. Clément VII, qui s'était livré à d'infructueuses tentatives pour armer les princes chrétiens contre les infidèles, gémit en apprenant les pacifiques négociations de Constantinople, et n'espérant plus que dans la Providence, il s'écria avec amertume : Il ne nous reste plus qu'à supplier le ciel de veiller lui-même au salut du monde chrétien ! Que les temps étaient changés ! Ils étaient déjà loin les jours où, pour le plus grand bien de la civilisation chrétienne, les papes, écoutés, obéis dans les conseils des rois, pouvaient, d'un seul mot, ébranler les peuples de France, d'Allemagne, d'Angleterre, et les lancer en Asie pour terrasser l'islamisme.

Soliman semblait n'avoir voulu conclure un traité de paix avec l'Allemagne que pour attaquer plus librement la Perse, dont son père mourant lui avait demandé la conquête. Il passa donc l'Euphrate, s'empara de Tauris, de Bagdad et rentra triomphalement à Constantinople au mois de janvier 1536. C'est en 1535 qu'il faut placer les célèbres capitulations convenues entre François Ier et la Porte ottomane, capitulations qui ont servi de base à tous les traités postérieurs de même nature. On y régla la liberté de commerce tant pour les Turcs dans les pays du royaume de France, que pour les Français dans les parages appartenant à la Turquie. Les sujets français établis dans l'empire ottoman ne furent plus soumis, en ce qui concernait les affaires civiles, qu'à la juridiction des consuls de France envoyés dans les principales échelles du Levant. Les procès criminels devaient être jugés par le kadi, mais les accusés avaient le droit de se faire assister par un interprète français, attaché à l'ambassade de notre nation, et cet interprète pouvait défendre leurs causes. Il était stipulé que, dans aucun cas, on ne pourrait réduire en esclavage des prisonniers de guerre. La grande question des lieux saints à Jérusalem, qui a tant occupé, de nos jours, la diplomatie européenne, et attiré l'attention publique au-delà comme en deçà des mers, fut agitée par Jean de La Forest, ambassadeur de François r auprès de Soliman. Le roi de France sollicita sa protection pour les chrétiens de la Palestine, de la Syrie, et réclama pour les catholiques latins, le droit d'être paisiblement conservés dans les maisons et les sanctuaires qu'ils possédaient à Jérusalem ; François alla jusqu'à demander à Soliman la restitution d'une église autrefois convertie en mosquée ; la religion de Mahomet s'opposait à cette restitution : Soliman la refusa en termes polis ; dans une lettre que le sultan écrivit à François Ier à ce sujet, il lui disait : « Personne, sous mon règne de justice, n'inquiétera les chrétiens de la ville sainte, ni les troublera dans les lieux qu'ils habitent. Sous l'aile de ma protection souveraine, il leur sera permis de célébrer les cérémonies de leur culte. Que cela soit ainsi[6]. » N'est-ce pas une chose remarquable que cette constante pensée de la France pour les lieux consacrés par la présence du sauveur du monde ? Les croisades, qui avaient eu pour but de conquérir le salin tombeau, et de délivrer les chrétiens d'Orient de l'oppression musulmane, furent provoquées, accomplies par la France ; le reste du monde européen ne marcha qu'à sa suite sur les chemins de la Palestine. Lorsque l'esprit des guerres de la croix n'exista plus, ce fut encore la France qui prit l'initiative pour protéger les enfants de l'Évangile souffrant et priant autour du Golgotha. Et depuis François Ier, cette protection n'a pas cessé d'exister. Et le marquis de La Valette, ambassadeur français à Constantinople en 1852, s'occupe des lieux saints auprès d'Abdoul-Medjid, comme La Forest s'en occupait en 1535, auprès de Soliman le Magnifique. Pourquoi cela ? parce que, il y a sept siècles et demi, la France a versé son sang à Jérusalem pour la cause de Jésus-Christ ; parce qu'elle a contracté, par ce sang, des obligations sacrées envers la ville du Messie, où des rois français ont régné pendant quatre-vingt-huit ans ; parce que, quoi qu'il arrive, la France ne pourra répudier son passé en Palestine, et qu'elle sera toujours instinctivement la protectrice née de ces régions bénies ; parce qu'enfin, des raisons politiques obligent aujourd'hui la France à maintenir sa puissante influence dans ces lieux encore remplis de sa gloire.

Soliman avait une armée de terre nombreuse, brave, bien organisée, disciplinée ; car, sous la main de ce puissant maître, les farouches janissaires eux-mêmes avaient plié. Ses forces maritimes étaient considérables aussi, mais sa flotte manquait de chefs habiles ; il le savait, et cherchait depuis longtemps un homme de mer tel qu'il le fallait pour élever son armée maritime à la hauteur de son grand empire. Cet homme, il le trouva en 1533 dans Khair-Eddin Barberousse, ce corsaire roi qui, né à Mitylène, l'ancienne Lesbos, dans la boutique d'un pauvre potier, parvint, à force de génie, de brigandages et d'intrépidité, à chasser d'Alger les dominateurs arabes et à s'établir souverainement dans cette ville dont il fit un foyer de piraterie. Déjà Barberousse, qui voulait s'assurer l'appui de la Porte ottomane, en vue de certaines éventualités, avait fait acte de soumission à Sélim Ier, et ce sultan lui avait envoyé le sabre le cheval et le tambour, insignes de la qualité de sandjak ou gouverneur de province. Avant de partir pour la Perse, Soliman appela Khaïr-Eddin à Constantinople, le combla de présents, d'honneurs, le nomma capitan-pacha (grand -amiral), mit à sa disposition des sommes immenses, ses chantiers, et le chargea de faire construire des vaisseaux de guerre. En 1534, Barberousse sortit de la Corne d'or avec quatre-vingts voiles, ravagea les côtes d'Italie, et son passage dans ces parages porta la terreur dans la Sicile, à Naples, à Rome même ; puis il se dirigea vers Tunis, et se rendit maître de cette ville au nom du padischah de Constantinople. Depuis plus de six cents ans Tunis était gouvernée par la dynastie des Beni-Hafs ; le sultan que Barberousse détrôna s'appelait Mouléï-Hassan. Mais Khair-Eddin ne resta pas longtemps maître de Tunis ; en 1535 Charles-Quint vint l'y attaquer avec cinq cents navires ; l'empereur prit le fort de la Goulette, regardé comme la clef de cette ville, entra en vainqueur dans Tunis, ses soi dais passèrent au fil de l'épée trente mille de ses habitants, écumeurs de mer comme les Algériens, et rendit la liberté à vingt-cinq mille esclaves chrétiens.

Après cette grande victoire, Charles-Quint quitta les rivages africains, revint en Occident en laissant mille Espagnols en garnison dans le fort de la Goulette. L'empereur replaça Mouléï-Hassan sur son trône, et l'obligea à lui payer un tribut annuel comme vassal. Cet arrangement étonne ; on se demande pourquoi le vainqueur de Tunis aima mieux laisser dus cette ville ses anciens dominateurs musulmans, que d'en faire, sous son autorité absolue, une colonie chrétienne. L'entière possession de Tunis, en 1535, aurait peut-être prévenu, empêché les désastres de l'armée de Charles-Quint devant Alger, en 1541. Remarquons cependant qu'à cette époque l'empereur d'Occident fut, non pas vaincu par les Turcs, mais par les éléments : on ignorait complétement la situation topographique de la ville des pirates. Les terribles ouragans survenus tout à coup dans le port d'Alger brisèrent, engloutirent, avec les provisions de bouche et les munitions de guerre de l'année expéditionnaire, plus de deux cent cinquante navires de l'empereur. A la suite de celte catastrophe, André Doria, commandant en chef de la flotte impériale, André Doria qu'on ne pouvait soupçonner de lâcheté ni de manquer de talent comme marin, dit à Charles-Quint : « Si vous ne profitez pas, pour vous retirer, de l'instant de calme que le ciel nous accorde, l'armée navale et celle de terre, exposées à la faim, à la soif, à la fureur de l'ennemi, sont perdues sans ressource. Je vous donne cet avis ; parce que je le crois de la dernière prudence. Vous êtes mon maître, continuez à me donner des ordres, et je perdrai avec joie, en vous obéissant, le reste d'une vie consacrée au service de vos ancêtres et de votre personne. » C'est à la France qu'était réservée la gloire de détruire pour toujours, en 1830, ce repaire de bandits qui, pendant des siècles, infestèrent la Méditerranée et portèrent le pillage et la dévastation sur les côtes de l'Espagne, de la Provence et de l'Italie.

Grâce à Barberousse, les côtes de Barbarie devinrent des dépendances de l'empire ottoman. Ce fut aussi à Khaïr-Eddin que Sdliman dut l'incorporation à ses États de plus de vingt fies de l'Archipel qui avaient appartenu à la république de Venise. Mais le chef de la flotte ottomane échoua devant Corfou en 1537. Cet échec ne fit que rallumer sa haine contre les chrétiens ; il se rendit maître, un an après, de l'importante forteresse de Castel Nuovo, bâtie au bord de la mer, en Dalmatie. En 1540 Venise signa un traité honteux par lequel la république cédait à la Turquie Malvoisie, Napoli di Romanie, les châteaux forts de Nadin, d'Urana, sur les côtes de Dalmatie, toutes les fies de l'Archipel conquises par Khaïr-Eddin, et paya, en outre, à Soliman, 300.000 ducats pour l'indemniser des frais de la guerre.

Tandis que Barberousse battait dans la Méditerranée les flottes chrétiennes, Souléiman-Pacha, gouverneur de l'Égypte, portait ses armes dans la mer des Indes, triomphait des Portugais, assiégeait la ville de Diu, s'en emparait et soumettait à la domination ottomane les princes arabes des bords de la mer Rouge. Le roi de Hongrie, Zapolya, avait cessé d'exister ; il laissa en mourant sa couronne à son fils Sigismond, encore enfant, sous la tutelle d'Isabelle, sa mère, femme de Zapolya. Violant les traités signés en 1535, Ferdinand d'Autriche, entra dans la basse Hongrie et s'empara d'une partie des possessions du vassal de la Sublime Porte. Ferdinand a donc oublié que la Hongrie m'appartient ? dit Soliman en apprenant la levée de boucliers de l'archiduc. Il reprit les armes (1541), battit Ferdinand, se rendit maitre de Bude une seconde fois, convertit en mosquée sa belle église de Sainte-Marie, et cette ville, qui fut, comme Belgrade, le boulevard de l'islamisme contre la chrétienté, resta en possession de la Turquie jusqu'en 1686. Valpo, Siklos, Gran et Stuhlweissenbourg subirent le sort d'Offen. Plus de la moitié de la Hongrie devint musulmane. Les États voisins de ce malheureux pays tremblaient de voir arriver les troupes ottomanes et s'empressaient d'envoyer à Soliman des ambassadeurs pour solliciter son amitié ou plutôt sa pitié. La Pologne surtout dépêcha un grand personnage au sultan victorieux pour le féliciter de ses nouveaux succès en Hongrie, et lui offrir de riches présents. Le Hollandais Veltwik, ambassadeur de Charles-Quint, envoyé à Constantinople pour demander la paix au padischah, marcha avec une telle rapidité qu'il creva dix chevaux en route. Cette paix, dans laquelle furent compris Charles-Quint, le pape, le roi de France et Ferdinand, l'Allemagne l'acheta en payant des sommes considérables au sultan (1547). Cette année vit mourir quatre hommes dont le nom avait retenti dans les événements qui éclatèrent dans la première moitié du XVIe siècle : François Ier, Henri VIII, Luther et Khair-Eddin Barberousse. Ce grand marin qui fut aussi un grand brigand, termina sa prodigieuse carrière à Constantinople, à l'âge de quatre-vingts ans. Son tombeau, ombragé d'arbres toujours verts, s'élève sur la rive droite du Bosphore. Pendant de longues années, les marins turcs s'y rendirent en pèlerinage avant de se mettre en mer pour combattre les giaours. Cette coutume a disparu avec l'enthousiasme musulman, avec la gloire militaire des vieux ennemis de la chrétienté.

D'horribles drames de famille souillèrent de sang la robe impériale de Soliman. Lui, qui avait déjà immolé à son ombrageuse tyrannie les descendants mâles de l'infortuné Djem, après la conquête de Rhodes, et son vizir Ibrahim-Pacha, qui était son beau-frère, son ami, le compagnon de sa jeunesse, le premier homme d'État de son empire, ne recula pas, par le même motif, devant le meurtre de ses propres enfants. Dans son sérail, foyer d'intrigues et de voluptés, vivaient deux femmes, deux rivales, une Circassienne, dont l'histoire ne dit pas le nom, et la célèbre Roxelane, connue dans les annales ottomanes sous le nom de Khurrenz-Sultane. Roxelane, cette favorite si belle et en même temps si artificieuse, si cruelle, n'était pas, comme on l'a dit, d'origine française, mais d'origine russe[7]. Elle subjugua Soliman. Cet empereur qui tint, pendant sa vie, la moitié du monde dans sa main, se laissa dominer comme un enfant, au fond de son sérail, par Roxelane, son ancienne esclave devenue impératrice après avoir rendu père de quatre fils le commandeur des croyants. La Circassienne, dont il vient d'être parlé, donna, la première, un héritier à l'empire : c'était Moustapha, prince aussi remarquable par sa beauté que par son intelligence. Adoré du peuple et de l'armée, Moustapha était l'espoir de l'empire. Les fils de Roxelane étaient : Sélim, Mohammed, Bajazet et Djihanghir. Le second de ces minces mourut en 1543. Soliman, qui l'aimait plus que ses autres enfants, éclata en sanglots au milieu de son armée victorieuse dans les plaines de la Hongrie, en apprenant la mort de ce fils. A cette occasion, le sultan fit construire une superbe mosquée qui porte encore le nom du jeune prince, et rendit la liberté à quatre mille esclaves chrétiens, noble manière d'honorer une mémoire chérie, et bien digne de la douleur d'un père empereur tout-puissant ! Mais, par une de ces contradictions que l'affreuse politique turque explique seule, le même père devint quelques années plus tard le bourreau de presque tous les enfants qui lui restaient.

Dans l'ordre de primogéniture Moustapha devait régner après Soliman. Roxelane ne le voulut pas ! Le vizir Ibrahim-Pacha, dont nous avons raconté la mort, pénétra la pensée de la sultane ; il la surveilla et entoura de ses soins le prince Moustapha. Ibrahim était un obstacle au projet de Roxelane. Elle persuada à Soliman que son vizir le trahissait, et Soliman immola son ministre. Khurrem-Sultane donna une de ses filles, Mihrmab (la lune du soleil), en mariage à Roustem-Pacha, l'une de ses créatures et le complice de ses machinations. Elle obtint de Soliman l'élévation de son gendre au vizirat. En 1553 le sultan était campé, avec son armée, au-delà de Kutayeh et se préparait à marcher, pour la seconde fois, vers la Perse. Roustem-Pacha avait depuis longtemps préparé l'âme de l'empereur à recevoir tous les soupçons contre Moustapha, gouverneur d'une des provinces de l'Asie Mineure. Au mois de septembre 1553, il alluma sa colère par des paroles dépouillées de tout nuage. « Les janissaires, lui dit-il, conspirent contre toi, ô mon maître. Ils disent que l'âge a glacé le sang dans tes veines, et qu'il est temps de poser ton pied sur le coussin du repos. Moustapha est l'âme de cette conspiration ! Souviens-toi, ô mon glorieux padischah, de Bayezid II ! » Le coup était porté. « A Dieu ne plaise, dit Soliman avec un sourire mêlé de terreur, que Moustapha montre de mon vivant une pareille impudence ! qu'on aille le chercher à Amasia, et qu'on l'amène ici, dans mon camp ! » Moustapha arriva peu de jours après, et les soldats le saluèrent de leurs acclamations. Entendez-vous ces cris ? dit Roustem au padischah. — Oui ! c'est une sédition ! répliqua le sultan. Monté sur un superbe cheval du Kurdistan, et ne se doutant pas du sort qui l'attendait, Moustapha, escorté par des vizirs et des janissaires, arrive devant la tente impériale, descend de sa monture et entre dans la demeure de son père. Il y trouve des muets qui le saisissent et l'étranglent ! Mon père ! mon père ! s'était écrié Moustapha en se débattant d'entre les mains des meurtriers. Caché derrière un rideau de soie, Soliman assiste à cette horrible scène, et son oreille est sourde aux cris de détresse de son fils ! Djihanghir, qui aimait tendrement Moustapha, se trouvait, en ce moment, dans le camp impérial ; il accourt vers la tente de Soliman et voit Moustapha étendu sans vie. Le sultan apparaît alors devant Djihanghir : « Père barbare ! lui dit celui-ci, tu creuseras deux tombes au lieu d'une ! » En prononçant ces mots il se plonge un poignard dans le cœur et tombe mort sur le cadavre palpitant de son frère. Un long tumulte éclate dans le camp. Les soldats indignés demandent la tête de Roustem-Pacha qu'ils accusent de ces crimes. Soliman se contente de l'exiler. Puis il se met en marche vers la Perse avec ses troupes qui oublient Moustapha et Djihanghir en combattant les schiis du pays d'Érivan. Dans la ville de Brousse vivait un fils de Moustapha ; il avait une douzaine d'années et se nommait Ibrahim. Soliman prononça son arrêt de mort. Un eunuque l'ayant arraché, par ruse, des bras de sa mère, le conduisit dans un lieu écarté et, lui montrant l'horrible lacet, le sultan veut que tu meures, lui dit-il. — Cet ordre m'est aussi sacré que s'il venait de Dieu même, répondit Ibrahim en tendant le cou au bourreau, et l'eunuque l'étrangla ! L'héroïque résignation de cet enfant montre jusqu'à quel point la soumission à l'autorité paternelle et impériale était poussée dans la race d'Osman. Quant aux atrocités de Soliman, il suffit de les raconter pour les flétrir. Cet empereur combla six ans plus tard la mesure de ces crimes domestiques. A la suite d'une révolte à main armée de la part de son fils Bajazet contre Sélim, l'héritier présomptif de l'empire, le prince rebelle, mais bientôt repentant, se vit obligé de se réfugier à la cour de Perse avec sa famille ; mais le sultan le poursuivit dans son exil, et donna des sommes énormes à des assassins qui étranglèrent Bajazet et ses quatre fils. Dès lors l'empire ne pouvait plus être disputé à Sélim, resté seul environné des cadavres de ses frères et de ses neveux.

Soliman, dont le règne commença par la guerre, termina sa vie au milieu de la guerre. Maximilien P', fils et successeur de Ferdinand à l'empire d'Allemagne et à la couronne de Hongrie, refusa de payer au sultan le tribut annuel stipulé dans le traité de 1547, et envahit la portion de la Hongrie qui, aux termes de ce même traité, appartenait à Sigismond, fils de Zapolya. Soliman, âgé de soixante et seize ans, était tourmenté par de violents accès de goutte. Ne pouvant plus monter à cheval, à cause de ses infirmités, il se fit porter en litière découverte, et partit ainsi de Constantinople, avec son armée, au mois de juillet 1566. Le sultan vint mettre le siège devant la ville de Szigeth, forte place située sur la rivière d'Almas où Maximilien avait concentré des troupes sous le commandement du vaillant comte de Serin ou Zriny, comme l'appellent les Allemands. Le siège durait depuis un mois, et les Turcs étaient toujours repoussés. Irrité de la résistance des chrétiens, Soliman dit à son vizir Sokolli, dans la nuit du 5 au 6 septembre 1566 : Cette cheminée ne cessera-t-elle donc pas de brûler, et le gros tambour de la conquête ne se fera donc pas entendre ! Que font mes janissaires ? Une attaque d'apoplexie foudroyante emporta le sultan un moment après avoir prononcé ces paroles. Il mourut sans savoir s'il était vainqueur, car son armée n'entra dans Szigeth que le 8 septembre ; une heure avant la prise de la cité, et croyant que tout espoir de la sauver était perdu, le comte Zriny se revêtit de ses plus beaux habits ; il mit les clefs des portes de Szigeth dans sa poche, prit un sabre d'honneur que l'empereur Ferdinand lui avait autrefois donné en récompense d'une action d'éclat, et, levant cette arme et les yeux vers le ciel, il invoqua trois fois le nom de Jésus. « Aussi longtemps, ajouta- t- il, que ce bras pourra se mouvoir, nul ne m'arrachera les clefs de Szigeth, ni ce sabre avec lequel j'ai acquis ma première gloire ! je paraîtrai ainsi devant Dieu pour y entendre mon jugement, et les Turcs ne m'auront que mort ! » Il sort de la cité avec ses derniers défenseurs, se précipite au milieu des rangs ennemis, tue un grand nombre de musulmans, puis il tombe frappé de deux balles dans la poitrine et d'une flèche dans la tête. Le nom de Zriny est justement glorifié dans les annales de la vieille Hongrie. Ce sont là de ces morts, en effet, qui honorent tout un peuple, même alors que ce peuple n'existe plus comme nation constituée avec ses propres lois.

Le corps de Soliman fut solennellement transporté à Constantinople et déposé à côté de celui de Roxelane, morte huit ans auparavant, dans un turbeh élevé sur la troisième des sept collines de l'antique Byzance. Son règne, qui dura quarante-six années, fut marqué par des actes éclatants et -par de grands crimes. L'énumération des campagnes qu'il conduisit en personne, de ses victoires, de ses conquêtes, de ses lois, des aqueducs, des ponts, des colléges, des mosquées, des palais qu'il fit construire, remplirait seule un volume. On a justement donné à ce prince les titres de Législateur, de Conquérant et-de Magnifique. Le roi Salomon qui, dans l'imagination des Orientaux, exprime toute gloire, toute grandeur, toute puissance, est, aux yeux des Turcs, la parfaite, image de Soliman Ier. Nous n'examinons pas l'exactitude de cette comparaison, et si nous l'indiquons, c'est pour faire connaître l'idée que les Osmanlis ont conçue du fils de Sélim Ier. Soliman éleva, comme nous l'avons dit, la puissance ottomane à son apogée. Ses armes firent trembler le monde ; il laissa, en mourant, un empire qui s'étendait depuis Gran, ville située sur la rive droite du Danube, à une quarantaine de lieues de Vienne, jusqu'à Bassora, non loin du golfe Persique, et depuis la Crimée jusqu'au-delà de la Mecque, aux côtes de Barbarie et au désert de Memphis. Il organisa, disciplina une formidable armée de terre et de mer, rétablit les finances, punit les concussionnaires, les juges prévaricateurs, les débauchés, les blasphémateurs et rendit la justice à ses peuples. Aucune époque de l'empire turc ne fut aussi féconde en grands capitaines, en architectes, en historiens, en poètes, en productions littéraires et scientifiques, que le règne de Soliman. Les Osmanlis considèrent le siècle de Soliman comme nous considérons ceux d'Auguste, de Léon X, de Louis XIV. Le grand padischah de Stamboul jeta l'or à pleines mains aux hommes occupés des travaux de l'intelligence, car rien ne lui paraissait plus digne d'un souverain, que la protection, l'encouragement des lettres et des arts. Il protégea, favorisa aussi l'agriculture, le commerce, l'industrie et comme au temps de Constantin, de Théodose, de Justinien, d'Irène, d'Alexis Comnène, la Corne d'or, sous le règne de Soliman, recevait dans ses eaux les navires apportant à Constantinople les trésors de tous les points du inonde. Soliman voulait de la magnificence dans ses habits, dans ses palais ; il avait deux mille chevaux dans ses écuries. Sa tente de campement, dans les batailles, était, à l'intérieur, recouverte de drap d'or, et s'élevait, à l'intérieur, sur des colonnes à chapiteaux d'or. On y marchait sur des tapis de Perse, qu'un poète turc compara à la mousse verdoyante des jardins du sérail. Soliman avait une démarche majestueuse et fière ; sa taille élancée bien prise, les traits de sa figure fortement prononcés, mais nobles et réguliers ; ses grands yeux noirs, son teint brun, sa parole brève, mais pompeuse et imagée, tout en lui inspirait le respect, et quelquefois la terreur. Son manteau étincelait de pierreries ; à son turban, surmonté de trois plumes de héron, resplendissait un gros diamant de Golconde. La housse du cheval qu'il montait était parsemée de rubis et de diverses pierres précieuses ; le mors, les étriers étaient d'or, et deux diamants apparaissaient aux œillères de la bride. Lorsque le prince, monté sur ce superbe animal, ainsi harnaché, se montrait à la tête de sa brillante armée, rentrant à Constantinople avec les trophées, les trésors des peuples vaincus, et que les Ottomans en foule accouraient pour le saluer de leurs acclamations, le glorieux fils de Sélim était véritablement le sultan magnifique ! Ajoutons à toutes ces gloires, à toutes ces splendeurs, ces paroles prononcées par les musulmans en présence des tombeaux, paroles qu'on lisait sur la litière voilée qui renfermait les dépouilles mortelles de Soliman, dans les chemins de la Hongrie aux rives du Bosphore : Toute domination périt ! La dernière heure attend tous les humains ! mais ni le temps, ni la mort ne peuvent atteindre l'Éternel. Lui seul est grand ! Quand il s'agit du néant de la gloire humaine, le génie musulman entend l'oraison funèbre comme le génie chrétien. Un siècle et demi plus tard, Massillon dira devant le cercueil de Louis XIV : « Dieu seul est grand, mes frères ! »

 

 

 



[1] Hammer.

[2] Spandugino.

[3] Hammer.

[4] Michaud. Histoire des croisades, t. V.

[5] Voyez ce traité dans le cinquième volume de l'Histoire des croisades de Michaud.

[6] Deux des lettres de Soliman à François Ier, dues aux recherches du savant M. Reinaud, de l'Institut, conservateur des manuscrits à la bibliothèque de la rue Richelieu, ont été imprimées dans le cinquième volume de l'Histoire de l'empire ottoman, de Hammer.

[7] Hammer. Histoire de l'empire ottoman, t. V et VI.