HISTOIRE ANCIENNE DES PEUPLES DE L'ORIENT

 

L'ÉGYPTE JUSQU’A L’INVASION DES PASTEURS

CHAPITRE III : PÉRIODE THÉBAINE – DE LA ONZIÈME A LA QUINZIÈME DYNASTIE (MOYEN EMPIRE).

 

 

La onzième dynastie ; débuts de la puissance thébaine.

Depuis l'avènement de Ménès, toute la civilisation égyptienne semblait s'être concentrée dans la partie moyenne du pays, entre Thinis et Memphis. C'est à Thinis ou à Memphis que les princes avaient trôné, à Thinis ou à Memphis que les arts s'étaient développés et avaient produit leurs chefs-d'œuvre : les nomes du sud avaient été relégués au second plan. Leurs métropoles vivaient dans une obscurité profonde ; leurs dieux même étaient ignorés à ce point que, sur les monuments des six premières dynasties publiés jusqu'à ce jour, j'ai trouvé une seule fois, dans un nom propre, le nom du grand dieu de Thèbes, Anion, le seigneur des deux mondes, le patron de l'Egypte au temps des conquêtes syriennes.

Lorsque Memphis eut perdu la suzeraineté, au milieu des révolutions qui désolèrent le règne des princes Héracléopolitains, les villes du sud de l'Egypte, Coptos, Silsilis, Thèbes surtout, commencèrent de naître à la vie politique. Les premiers monuments que nous connaissons d'elles dérivent directement des derniers monuments que la sixième dynastie nous a légués, mais ils sont empreints encore de gaucherie et de rudesse provinciale. Ce sont des tombeaux creusés dans le roc, peints mais non sculptés. Les scènes de la vie civile n'y sont pas représentées ; on y voit seulement dessinés sur les murs des amas d'offrandes, accompagnés de prières empruntées, partie au Livre des Morts, partie ail Rituel des pyramides royales. Comme à l'âge memphite, la stèle est un résumé de la chapelle du tombeau ; mais elle affecte une forme cintrée qui rappelle les voûtes des hypogées de la Haute Égypte, et elle suffit seule à procurer au mort tout ce qui est nécessaire à son existence. Souvent le dieu à qui l'on recommande le maître de la stèle est figuré avec ses attributs. C'est Osiris, c'est Khnoumou, c'est Minou, c'est Amon surtout qu'on invoque. Phtah, Atoumou, Râ, tous les dieux memphites et héliopolitains se sont abaissés au rang des dieux provinciaux, dans le même temps que Memphis descendait de la dignité de capitale à la condition de ville de province.

La onzième dynastie était originaire de Thèbes  elle se rattachait à Pépi-Miriri par des liens inconnus et elle fut la souche de la dix-huitième dynastie. D'abord vassale des rois Héracléopolitains, nous avons vu qu'elle ne parvint pas aisément à conquérir son indépendance. Le premier de ses princes dont nous sachions le nom, Antouf 1er, n'avait pas droit au cartouche : il était simple noble, sans plus de titres que les autres chefs des familles féodales. Son fils, Montouhotpou 1er, tout en assumant le cartouche et le protocole, demeure un Horou, un souverain partiel, chef des pays du sud sous la suzeraineté des rois légitimes. Trois générations après lui, Antouf IV rompit le dernier lien de vasselage et se fit appeler Dieu bon, maître des deux pays[1]. Il ne faudrait pas toutefois se laisser abuser à ce dernier titre et croire que son autorité prévalût dès lors sur l'Egypte entière : les Pharaons d'Héracléopolis conservaient la possession du Delta et ils firent sentir plus d'une fois leur pouvoir aux monarques thébains. Le premier de ceux-ci qui parvint à réunir les deux régions sous un sceptre unique fut Montouhotpou IV (Nibhapouîtrî), à qui cet exploit valut plus tard d'occuper dans les listes royales une place d'honneur et parfois même de représenter à lui seul la famille à laquelle il appartenait[2]. Ses successeurs ne réussirent pas à se maintenir longtemps sur le trône, et ils cédèrent la place au fondateur de la douzième dynastie, après avoir dominé un peu moins d'un demi-siècle sur l'Egypte entière[3].

Quelques tablettes sculptées sur les rochers, quelques stèles funéraires et quelques menus objets dispersés dans les différents musées de l'Europe, quelques tombeaux à moitié ruinés, voilà tout ce qui nous reste des seize rois[4] qui composèrent la première dynastie thébaine dans sa longue période de vasselage et dans sa courte grandeur. Les luttes constantes qu'ils eurent à soutenir contre les rois Héracléopolitains ne les empêchèrent pas de diriger quelques expéditions heureuses contre les peuples voisins de l'Égypte. Montouhotpou III (Nibhotpourî) se fit représenter près de Philae, vainqueur des nations barbares[5] ; Sonkhkherî Montouhotpou prétendait inspirer la terreur à toutes les nations, et plusieurs de ses monuments semblent prouver qu'il avait fait des guerres heureuses[6]. Leurs succès devaient être fort peu de chose. Au nord et à l'ouest, les mines du Sinaï avaient été abandonnées ; vers le sud, les conquêtes de Pépi et de ses successeurs étaient perdues, et la frontière ne dépassait pas Éléphantine de beaucoup. C'est aux rois de la douzième dynastie qu'il était réservé de réduire la Nubie en province égyptienne.

Comme rois constructeurs, les Antouf, les Montouhotpou ont laissé peu de traces : les ressources dont ils disposaient, même au temps de leur prospérité le plus notoire, n'étaient pas suffisantes pour leur permettre d'élever des monuments considérables. La ville de leur origine, Thèbes, fut embellie par eux dans la mesure de leurs moyens : du moins une inscription de l'an II de Montouhotpou III (Nibhotpourî) nous apprend que ce prince manda une expédition à la vallée de Hammamât pour chercher la pierre nécessaire aux constructions qu'il méditait dans Thèbes[7]. Les seules ruines de cette époque qui subsistent se trouvent à Drah-Abou'l-Neggah, au milieu de la nécropole. C'était là que s'étaient fait ensevelir Antoufâ 1er, Antoufâ II, Montouhotpou IV (Nibhotpoutrî) et plusieurs de leurs successeurs. Les tombes, déjà violées par les malfaiteurs au temps de la vingtième dynastie[8], sont aujourd'hui détruites, excepté celles d'Antoufâ 1er et de Montouhotpou IV. Celle de Montouhotpou était une pyramide considérable bâtie au fond du cirque de Deîr el-Bahari. Celle d'Antoufâ était en briques crues, de travail médiocre, presque à cheval sur la lisière du désert. La chambre sépulcrale renfermait, outre le sarcophage disparu sans retour, une stèle de l'an L, où le roi était figuré en pied, l'uræus au front, accompagné de quatre de ses chiens favoris[9].

Après Thèbes, c'est Coptos qui paraît avoir eu le plus à se louer de l'activité de ces premiers Thébains. Située au débouché des routes qui mènent au bord de la mer Rouge et aux carrières de Rohanou[10], Coptos avait pris dès lors un grand développement. Antouf IV (Noubkhopirrî) y avait élevé des édifices dont les fragments ont servi de nos jours à la construction d'un pont[11]. Montouhotpou Il et Montouhotpou III (Nibhotpourî) professait une dévotion spéciale pour le dieu local Minou, forme d'Amonrâ générateur, et ils marquèrent leur zèle pur la restauration de divers temples aujourd'hui détruits. L'exploration de la vallée de Hammamât devait mener plus loin encore un des derniers princes de la dynastie, Sonkhkherî Montouhotpou. Désireux d'établir des communications directes avec l'Arabie et l'Egypte, il envoya un des hauts fonctionnaires de sa cour aux abords de la mer Rouge, très probablement dans le voisinage de Qocéyr[12]. Comme on voit, l'esprit d'initiative ne manquait pas à ces princes obscurs, mais le développement de leur puissance fut interrompu par des révolutions dont nous ne savons ni la cause, ni les détails. Lorsque l'Égypte, divisée pour quelques années, se trouva de nouveau réunie tout entière entre les mains d'un seul homme, la onzième dynastie avait cessé de régner.

La douzième dynastie ; conquête de la Nubie ; le lac Moeris.

L'avènement de la dynastie nouvelle ne s'opéra pas sans combat. Amenemhaît 1er d'origine thébaine comme ses prédécesseurs, eut à batailler contre les compétiteurs dont les entreprises troublèrent ses premières années. Ce fût après le repas du soir, dit-il dans des Instructions au roi Sanouasrît 1er qui lui sont attribuées, quand vint la nuit, - je pris une heure de joie. - Je m'étendis sur les couches moelleuses de mon palais, je m'abandonnai au repos, - et mon coeur commença de se laisser aller au sommeil ; -quand, voici, on s'assembla en armes pour se révolter contre moi, - et tandis que j'étais aussi faible que le serpent des champs. - Alors je m'éveillai pour combattre moi-même, de mes propres membres, - et je trouvai qu'il n'y avait qu'à frapper qui ne résistait pas. - Si je prenais un assaillant les armes à la main, je faisais retourner cet infâme ; - il n'avait plus de force même dans la nuit  on ne combattit point, - aucun accident fâcheux ne se produisit contre moi[13]. A force de persévérance, le roi triompha de ses adversaires. Soit que les sauterelles aient organisé le pillage, - soit qu'on ait machiné des désordres dans le palais, - soit que l'inondation ait été insuffisante et que les citernes se soient desséchées, - soit qu'on se soit souvenu de ta jeunesse pour agir [contre moi], - je n'ai jamais reculé depuis ma naissance[14].

Dés lors Amenemhaît s'appliqua sans relâche à réparer les malheurs des discordes civiles et à repousser les peuples voisins, Libyens, Nubiens, Asiatiques, dont les excursions perpétuelles troublaient sans cesse le repos de l'Égypte. J'ai fait que l'endeuillé ne fût plus en deuil, et il n'a plus été entendu ; - les batailles perpétuelles[15], on ne les a plus vues, - tandis qu'avant moi l'on s'était battu comme un taureau qui ignore le passé - et que le bien-être de l'ignorant ou du savant n'était pas assuré[16]. - J'ai fait labourer le pays jusqu'à Abou[17], - j'ai répandu la joie jusqu'à Adhou[18]- Je suis le créateur des trois espèces de grains, l'ami de Nopri[19]. - Le Nil a accordé à mes prières l'inondation sur tous les champs - point d'affamé sous moi, point d'altéré sous moi, - car on agissait selon mes ordres, - et tout ce que je disais était un nouveau sujet d'amour. - J'ai renversé le lion - et pris le crocodile ; - j'ai réduit les Ouaouaîtou[20], - j'ai emmené les Mazaiou en esclavage[21] ; - j'ai forcé les Asiatiques à marcher prés de moi comme des lévriers[22]. En Nubie, le roi, après avoir pacifié la vallée, pénétra dans la montagne et il y rouvrit les mines d'or négligées depuis le temps de Pépi.

Amenemhaît 1er n'était plus un jeune homme au jour de son avènement : après dix-neuf ans de règne, il appela au pouvoir son fils Sanouasrît 1er, qui dès lors partagea avec lui les titres royaux[23]. De sujet que tu étais je t'élevai, - je te remis l'usage de tes bras, pour que tu fusses craint à cause de cela. - Quant à moi, je me parai des fines étoffes de mon palais, pour paraître aux yeux comme une des plantes de mon jardin, - je me parfumai des essences comme si je répandais l'eau de mes citernes[24]. Au bout de quelques années, le rôle du vieux roi était tellement effacé qu'on oubliait parfois d'inscrire son nom dans les actes officiels à côté du nom de son fils[25]. Enfermé dans son palais, il se bornait à donner des avis qui contribuèrent beaucoup, paraît-il, à la prospérité de l'État. La réputation de sagesse qu'il s'acquit de la sorte se répandit si fort, qu'un scribe à peu près contemporain composa sous son nom un pamphlet où le roi, se levant comme un dieu, fut représenté adressant à son fils quelques instructions sur l'art de gouverner. Écoute mes paroles. - Tu règnes sur les deux mondes ; tu régis les trois régions[26]. - Agis mieux encore que n'ont fait tes prédécesseurs. - Maintiens la bonne harmonie entre tes sujets et toi, - de peur qu'ils ne s'abandonnent à la crainte ; - ne t'isole pas au milieu d'eux ; - n'emplis pas ton coeur, ne fais pas ton frère uniquement du riche et du noble, -mais n'admets pas non plus auprès de toi les premiers venus dont l'amitié n'est pas éprouvée[27]. A l'appui de ses conseils, le vieux prince raconte sommairement ses propres exploits. Ce petit ouvrage, qui ne compte guère plus de trois pages, devint bientôt classique et conserva sa vogue pendant prés de vingt siècles. Encore au temps de la dix-neuvième dynastie, c'était un des morceaux qu'on étudiait dans les écoles et que les jeunes gens copiaient comme exercice de style[28].

Rien ne saurait mieux montrer l'état de l'Égypte et des pays voisins à cette époque que certains passages des Mémoires d'un aventurier contemporain nommé Sinouhît[29]. Il était l'un des fils puînés d'Amenemhaît, et ayant surpris un secret d'État au moment de la mort de son père, il quitta l'armée avec laquelle il guerroyait pour s'enfuir en Asie. Arrivé à la cour d'un petit chef asiatique, on lui demanda des détails sur la puissance des souverains égyptiens. Y aurait-il eu une mort dans le palais d'Amenemhaît sans que nous le sachions ? Alors je lui dis : Il n'en est rienMon exil en ce pays est comme le dessein d'un dieu. Le chef me dit : L'Égypte est aux mains d'un maître qu'on appelle le dieu bienfaisant et dont la terreur s'étend sur toutes les nations environnantes, comme la déesse Sokhit s’étend sur la terre dans la saison des maladies. Je lui répondis : Oui, par mon salut ! Son fils[30] entre au palais, car il a pris la direction des affaires de son père ; c'est un dieu sans second, nul autre comme lui auparavant ; c’est un conseiller sage en ses desseins, bienfaisant en ses décrets, qui entre et sort à son gré ; il dompte les régions étrangères, et, tandis que son père reste au palais, lui, annonce ce qu'il a gagné. C'est un brave qui agit par l'épée, un vaillant qui n'a point d'égal  il voit les barbares, s'élance, fond sur les pillards. C'est un lanceur de javeline, qui rend débiles les mains de l'ennemi : ceux qu'il frappe ne lèvent plus la lance. C'est un redoutable[31], qui brise les fronts : on ne lui a point résisté en son temps. C’est un coureur rapide, qui massacre le fuyard ; on ne l'atteint pas à courir après lui. C'est un coeur debout dans son heure. C'est un lion qui frappe de la griffe[32] et n'a jamais rendu son arme. C'est un coeur cuirassé à la vue des multitudes et qui n'a rien laissé subsister derrière lui. C'est un brave qui se jette en avant quand il voit la lutte. C'est un soldat joyeux de s'élancer sur les barbares : il saisit son bouclier, il bondit, et, sans redoubler son coup, il tue, personne ne peut éviter sa flèche ; sans qu'il ait besoin de tendre son arc, les barbares fuient ses bras comme des lévriers, car la grande déesse lui a donné de combattre qui ignore son nom, et quand il atteint, il n'épargne rien, il ne laisse rien subsister. C'est un ami[33] merveilleux qui a su s'emparer de l'affection : son pays l'aime plus que soi-même et se réjouit en lui plus qu'en un dieu : hommes et femmes accourent lui rendre hommage. Il est roi, il a commandé dés l'œuf ; depuis sa naissance, il a été un multiplicateur de naissances, un être unique d'une essence divine, par qui cette terre se réjouit d'être gouvernée. C'est un agrandisseur de frontières qui saisira le pays du sud et ne convoite pas les pays du nord ; il s'est rendu maître des Asiatiques et a écrasé les Nemmâshaîtou[34]. L'association de Sanouasrît 1er à la couronne avait habitué les Égyptiens à considérer ce prince comme, roi de fait, du vivant même de son père. Aussi, lorsque Amenemhaît mourut, après au moins dix années de corégence et trente ans de règne, la transition, si délicate dans une dynastie nouvelle, du fondateur à son successeur immédiat, s'opéra sans secousse. Sanouasrît 1er était engagé dans une expédition contre les Libyens. Les fonctionnaires demeurés dans la capitale auprès de son père le firent aussitôt prévenir ; il quitta son camp en secret et revint à Memphis où il fut proclamé roi[35]. L'exemple d'Amenemhaît 1er fut suivi dès lors par la plupart de ses descendants. Après quarante-deux ans, Sanouasrît 1er associa au trône son fils Amenemhaît II[36], et celui-ci, trente-deux ans plus tard, partagea le pouvoir avec Sanouasrît II[37]. Amenemhaît III et Amenemhaît IV régnèrent longtemps ensemble[38]. Les seuls règnes pour lesquels nous n'ayons point la preuve de ce fait sont ceux de Sanouasrît III et de la reine Sovkounofriou, la Skémiophris de Manéthon, avec laquelle la douzième dynastie s'éteignit, après deux cent treize ans, un mois et vingt-sept jours de durée totale[39].

Parmi les dynasties égyptiennes, la douzième est à coup sûr celle dont l'histoire offre le plus de certitude et le plus d'unité. Sans doute nous sommes loin de connaître tous les événements qu'elle vit s'accomplir : la biographie des huit souverains qui la composent et le détail de leurs guerres sont encore des plus incomplets. Mais du moins nous suivons sans interruption le développement de leur politique ; on peut, après quatre mille ans et plus, reconstituer leur Égypte telle qu'ils se l'étaient faite et qu'ils la léguèrent à leurs successeurs. A la fois ingénieurs et soldats, amis des arts et protecteurs de l'agriculture, ils ne cessèrent un seul instant de travailler à la grandeur du pays qu'ils gouvernaient. Reculer les frontières de l'empire au détriment des peuples barbares et coloniser la vallée du Nil dans toute sa partie moyenne, de la première cataracte à la quatrième; régula¬riser le système des canaux et obtenir, une plus juste répartition des eaux dans ce qui est aujourd'hui le Fayoum ; orner d'édifices Héliopolis, Thèbes, Tanis, Héracléopolis, et cent cités moins célèbres : telle fut l'oeuvre qu'ils s'imposèrent et qu'ils continuèrent de père en fils pendant plus de deux siècles. Au sortir de leurs mains, l'Égypte, agrandie d'un tiers par la conquête de la Nubie, enrichie par de longues années de paix et, de bonne administration, jouissait d'une prospérité sans égale. Plus tard, au temps des guerres asiatiques et des conquêtes lointaines, elle eut plus d'éclat apparent et fit plus de bruit dans le monde : au temps des Sanouasrît, elle était plus riche et plus heureuse.

Deux champs de bataille s'ouvraient aux Pharaons, l'un à l'est du Delta, en Syrie, l'autre au sud d'Éléphantine, dans la Nubie proprement dite. A l'est, l'Égypte, séparée des populations syriennes par le désert, semblait n'avoir rien à craindre derrière sa ceinture de sables. Tout au plus lui fallait-il subir quelques incursions des barbares nomades, plus ruineuses pour la fortune de certains particuliers que pour la sécurité du pays. Pour se mettre à l'abri de ces razzias, difficiles à éviter malgré la vigilance des garde-frontières, les souverains de l'Ancien Empire avaient, de la mer Rouge au Nil, élevé une série de forteresses et bâti une muraille qui barrait aux pillards l'entrée de l'Ouady-Toumilât[40]. Cette muraille, entretenue avec soin par Amenemhaît 1er et par ses successeurs, marquait de ce côté l'extrême limite de l'empire. Au delà, le désert commençait et, pour la masse des Égyptiens de cette époque, un monde à peu près inconnu. Sur les peuples de la Syrie, ils ne possédaient que des notions flottantes empruntées aux caravanes ou apportées dans les ports de la Méditerranée par les marins qui les fréquentaient. Parfois cependant les riverains du Delta voyaient descendre dans leurs villes des bandes d'émigrés ou même des tribus entières qui, chassées de leur canton natal par la misère ou par les révolutions, venaient chercher asile en Égypte. Un des bas-reliefs du tombeau de Khnoumhotpou à Béni-Hassan nous fait assister à la réception d'une troupe de ces malheureux. Au nombre de trente-sept, hommes, femmes et enfants, ils sont amenés devant le gouverneur du nome de Mihi, auquel ils présentent une sorte de fard verdâtre nommé moszimit et deux bouquetins. Ils sont armés, comme les Égyptiens, de l'arc, de la javeline, de la hache, de la massue, et vêtus de longues robes ou de pagnes étroits bridant sur la hanche ; l'un d'eux, tout en marchant, joue d'un instrument qui rappelle, par la forme, les lyres de vieux style grec[41]. Les détails de leur costume, l'éclat et le bon goût des étoffes bariolées et garnies de franges dont ils sont revêtus, l'élégance de la plupart des objets qu'ils ont avec eux, témoignent d'une civilisation avancée. C'était déjà d'Asie que l'Égypte tirait les esclaves, les parfums dont elle faisait une consommation énorme, le bois et les essences du cèdre, les vases émaillés, les pierreries, le tapis et les étoffes brodées ou teintes dont la Chaldée se réserva le monopole jusqu'au temps des Romains[42].

Sur un point seulement du territoire asiatique, les Pharaons de la douzième dynastie songèrent à s'établir solidement : ce fut dans la péninsule du Sinaï, auprès des mines de cuivre et de turquoise exploitées jadis par les princes de l'Ancien Empire. Des postes échelonnés dans les gorges de la montagne protégèrent les ouvriers contre les tentatives des Bédouins. Grâce à cette précaution, on put reprendre l'exploitation des anciens filons, ouvrir des filons nouveaux et imprimer aux travaux une activité qu'ils n'avaient jamais eue auparavant. Sanouasrît 1er[43], Amenemhaît II[44], Amenemhaît III[45], Amenemhaît IV[46] y ont laissé des inscriptions à leur nom. Toutefois, même en cet endroit, les rois de la douzième dynastie ne se départirent point de leur politique habituelle ; ils ne saisirent de terrain que ce qui leur était nécessaire pour l'exploitation des mines, et ils ne disputèrent pas le surplus aux tribus nomades du désert.

De toutes ces tribus, celles qu'ils connaissaient le mieux, pour avoir souvent à repousser ou à châtier leurs incursions, étaient les Sitiou ou Shasou, pillards effrontés, ainsi que l'indique le nom qu'ils s'appliquaient à eux-mêmes[47]. Répandus sur les frontières de l'Égypte et de la Syrie, à la lisière du désert et des terres cultivées, ils vivaient comme les Bédouins d'aujourd'hui, sans demeure fixe, moitié de pillage, moitié du profit de leurs maigres troupeaux. Quelques-uns de leurs royaumes, celui de Kadouma par exemple, étaient fréquentés des marchands égyptiens et servaient de refuge aux bannis. Un conte populaire, dont le héros vivait sous Amenemhaît et Sanouasrît 1er, nous dépeint d'une manière saisissante l'existence que ces exilés menaient à la cour des petits sheïkhs asiatiques. Sinouhît, forcé de fuir l'Égypte pour avoir surpris un secret d'État, franchit la muraille orientale et s'enfonce dans le désert. Je cheminai, dit-il, pendant la nuit, et à l'aube je gagnai Pouteni et me dirigeai vers le lac de Qîmoîri. Alors la soif, elle fondit sur moi ; je faiblis, mon gosier s'embrasa, je me disais déjà : Voici le goût de la mort, quand soudain je relevai mon coeur et raidis mes membres, j'entendais la voix douce des bestiaux. J'aperçus des Bédouins ; leur chef qui avait été en Égypte me reconnut et il me donna de l'eau, il me fit bouillir du lait, puis j'allai avec lui dans sa tribu[48].

Les Bédouins qui avaient accueilli Sinouhît le conduisent de station en station jusqu'au territoire de Kadouma. Un des chefs de cette contrée l'envoie chercher et l'invite à s'installer près de lui : Demeure avec moi, tu pourras entendre le langage de l'Égypte. Et en effet, Sinouhît rencontre près du prince certains hommes d'Égypte qui étaient parmi ses hôtes[49]. Cette circonstance décide l'aventurier à se fixer dans le pays, où il fait rapidement fortune. Le chef me mit à la tête de ses enfants, me maria à sa fille aînée, et me donna mon choix parmi les terres les meilleures qui lui appartenaient jusqu'aux frontières du peuple voisin. C'est un bon lieu nommé Aïa[50] ; il a des figues et du raisin, et produit plus de vin qu'il n'a d'eau. Le miel y est en quantité, ainsi que les oliviers et tous les fruits des arbres. On y trouve de l'orge ; ses froments n'ont point de nombre, non plus que ses bestiaux. Ce fut grand, certes, ce qu'on me conféra, quand le prince vint pour m'investir et m'établit chef de tribu parmi les meilleures du pays. J'eus des rations quotidiennes de pain et de vin, chaque jour des viandes cuites, des oies rôties, outre le gibier du pays que je prenais ou qu'on posait devant moi en plus de ce que me rapportaient mes chiens de chasse ; on me faisait toute espèce de beurre et de fromage. Je passai de nombreuses années, mes enfants devinrent des braves, chacun d'eux dirigeait sa tribu. Le voyageur qui allait et revenait dans l'intérieur du pays se détournait vers moi, car j'accueillais bien tout le monde je donnais de l'eau à qui avait soif, je mettais l'égaré sur sa route, je saisissais le brigand. Les archers qui s'en allaient au loin pour battre et pour repousser les princes du pays, j'ordonnais et ils marchaient ; car ce roi de Tonou me fit passer plusieurs années parmi son peuple comme général de ses soldats. Aussi chaque pays que j'envahis, je le forçai de payer tribut des produits de ses terres ; je pris ses bestiaux ; j'emportai ce qui lui appartenait, j'enlevai ses boeufs, je tuai ses hommes ; il était à la merci de mon sabre, de mon arc, de mes expéditions, de mes desseins pleins de sagesse qui plaisaient au roi. Donc il m'aima, connaissant ma vaillance ; il me mit à la tête de ses enfants, voyant la valeur de mon bras.

Un brave de Tonou vint me défier dans ma tente ; c'était un illustre, sans pareils, car il avait détruit tous ses rivaux. Il disait : Que Sinouhît se batte avec moi, car il ne m’a pas encore frappé ; il se flattait de prendre mes bestiaux pour sa tribu. Le roi se consulta avec moi, et je dis : Je ne le connais point. Certes je ne suis pas son frère, je me tiens éloigné de son logis ; est-ce que j'ai jamais ouvert sa porte ou franchi ses clôtures ? C'est quelque aventurier désireux de me voir et qui se croit appelé à me dépouiller de mes chats et de mes chiens, en plus de mes vaches, de fondre sur mes taureaux, mes chèvres, mes veaux, afin de se les approprier… Je bandai mon arc, je préparai mes flèches, je donnai du jeu à mon poignard ; je fourbis mes armes. Quand l'aube arriva, Tonou vint lui-même, après avoir rassemblé toutes ses tribus et convoqué tous ses vassaux, car il désirait voir ce combat. Tous les coeurs brûlaient pour moi ; hommes et femmes poussaient des Ah ! et chaque coeur s'attrista pour moi ; car on disait : Est-ce que c'est un autre brave qui va lutter avec lui ? Voici, l'adversaire a son bouclier, sa javeline, son paquet de dards. Quand je sortis et qu'il eut paru, je détournai de moi ses traits. Comme pas un seul ne portait, il fondit sur moi ; et alors je déchargeai mon arc contre lui. Quand mon trait s'enfonça dans son cou, il poussa un grand cri et tomba à terre[51]. Telle était, il y a plus de quatre mille ans, la vie des tribus du désert, telle elle est encore aujourd'hui ; le récit de Sinouhît, à peine modifié, s'applique fort bien aux Bédouins de nos jours.

Ce fut surtout vers l'Éthiopie que l'attention des princes de la douzième dynastie se concentra. Là, en effet, l'Égypte était directement menacée par des peuplades remuantes qui habitaient les deux rives du Nil et les déserts environnants. C'étaient d'abord, au delà de la première cataracte et jusqu'à mi-chemin de la seconde, les Ouaouaîtou, ces vieux ennemis des Pharaons, auxquels Pépi avait eu affaire et que les princes d'Éléphantine avaient réduits en partie. Battus par les princes de la onzième dynastie et pourchassés par Amenemhaît 1er, ils reculaient sans cesse vers le Midi ou vers la mer Rouge, et ils préféraient s'expatrier plutôt que se soumettre. Plus au sud, auprès de la seconde cataracte, on trouvait le pays de Hehou et celui de Shaad, avec des carrières de calcaire blanc[52]. Dans le désert et au delà de la seconde cataracte erraient cent tribus aux noms étranges, Shemîk, Khasa, Sous, Kaâs, Aqîn, Anou, Sabiri, Akîti, Makisa, toujours prêtes aux razzias, toujours battues et jamais pacifiées[53]. Elles appartenaient à une race blanche, la race de Koush, qui, peu après la conquête memphite[54], avait fait son apparition sur les bords de la mer Rouge et avait refoulé les Nègres vers les régions du Haut Nil[55]. Ces peuples nouveaux, issus de la souche d'où sortirent plus tard les Phéniciens, apportaient avec eux les éléments d'une civilisation à peine inférieure à celle de l'Égypte. Les Pharaons comprirent combien il leur était nécessaire de les dompter, tandis qu'ils étaient encore indécis et flottants, et ils tournèrent contre eux toutes les forces vives de la nation. A force de persévérance, ils parvinrent à en annexer complètement la plupart, à détruire ou à pourchasser vers le sud ceux qui s'obstinèrent à la lutte et à les remplacer par des colonies de fellahs. Dés lors toute la vallée, depuis l'endroit où le Nil quitte les plaines d'Abyssinie pour entrer dans le lit étroit qu il s'est creusé au milieu du désert, jusqu'à l'endroit où il se décharge dans la Méditerranée, ne constitua plus qu'un seul empire, habité par un seul peuple, parlant la même langue, adorant les mêmes dieux et obéissant au même souverain.

Amenemhaît 1er avait battu les Ouaouaîtou dans la trentième année de son règne[56] ; son fils, Sanouasrît 1er, vainquit sept peuples nègres confédérés et courut triomphant jusqu'à Ouadi-Halfa[57]. Sous Amenemhaît II, le pays des Ouaouaîtou n'était déjà plus qu'une province égyptienne gouvernée comme les autres nomes par un fonctionnaire royal[58]. Sanouasrît II continua, avec éclat ce semble, l'oeuvre de ses prédécesseurs, que son fils, Sanouasrît III, acheva. Ce prince, si populaire en Égypte que Manéthon ou ses compilateurs l'identifiaient avec le Sésostris de la tradition grecque et lui attribuaient la conquête du monde[59], marcha lui-même à la tête de ses armées[60] et soumit toute la Nubie d’une manière définitive. Après l'annexion du canton de Heh, il fixa la frontière de l'empire à Semnéh, prés de la seconde cataracte. Une inscription gravée en l'an VIII constate le fait : [C'est ici] la frontière méridionale réglée en l'an VIII, sous la sainteté du roi des deux régions Khakerî Sanouasrît III, vivificateur à toujours et à jamais, afin que nul Nègre ne la franchisse en descendant le courant, si ce n'est pour le transport des bestiaux, boeufs, chèvres, moutons appartenant aux Nègres[61]. Une autre inscription de l'an XVI renouvelle cette défense, et nous apprend que sa Sainteté avait permis qu'on érigeât une statue d'elle sur la frontière qu'elle-même avait établie[62].

Nul emplacement n'était mieux choisi pour servir de boulevard permanent contre les invasions du sud. La large chaîne de rochers granitiques qui coupe perpendiculairement la vallée en cet endroit, et qui détermine une série de rapides difficiles à franchir, excepté au temps des hautes eaux, opposait une barrière assurée aux flottes qui auraient essayé de brusquer le passage. De chaque côté, sur des rochers qui plongent à pic dans le courant, Sanouasrît III construisit une forteresse destinée à commander entièrement le fleuve et la vallée. Bâtis en briques crues, comme tous les édifices militaires de l'Égypte, ces forts présentent non seulement les hautes murailles et les tours massives des citadelles antiques, mais l'escarpe, le fossé, la contre escarpe et le glacis des places plus récentes, et ils pouvaient défier pendant longtemps tous les moyens d'attaque dont on disposait à cette époque. Leur enceinte renfermait un temple dédié au fondateur, et de nombreuses habitations aujourd'hui ruinées[63].

Désormais les expéditions dirigées par les monarques égyptiens au delà de Semnéh n'eurent plus pour objet la conquête : on se borna à exiger un tribut et à réclamer un droit de suzeraineté, toujours incertain. C'est ainsi qu'on voit Sanouasrît III diriger en l'an XVI une razzia méthodique contre le pays de Houà sur le Tacazze[64], et Amenemhaît III se vanter de victoires remportées sur les nègres éthiopiens, mais sans mention d'acquisition nouvelle[65]. On se contenta de fortifier et d'aménager le territoire annexé récemment. Sanouasrît III y fonda, un peu au sud d'Éléphantine, une ville qu'il appela de son nom Hirou-Khakerî, les voies de Khakerî, et jeta le long du fleuve tant de fondations utiles, qu'après sa mort il fut divinisé à Semnéh[66] et adoré pendant plus de dix siècles sur le même pied que Doudoun, Anoukit, Khnoumou et les autres divinités locales. Son temple, ruiné pendant les premiers règnes de la dix-huitième dynastie, fût restauré par Thoutmosis III et il a duré jusqu'à nos jours. Son fils et successeur, Amenemhaît III, construisit en face de Pselkis une forteresse importante[67]. Il eut aussi l'idée de faire observer les hauteurs que le Nil atteignait à Semnéh pendant l'inondation, et les cotes qu'il a enregistrées sur les rochers voisins ne sont pas au nombre des souvenirs les moins curieux de son règne[68].

Ce n'était pas dans un simple intérêt de curiosité que les ingénieurs postés à Semnéh se livraient à ce travail de relevé. Ils amassaient les éléments de calcul nécessaires à ceux de leurs confrères qui étaient chargés en Egypte de l'entretien des canaux. On sent quelle devait être l'utilité de cette tâche dans une contrée où le succès de la culture dépend de la répartition des eaux à la surface du sol, et dans un temps où les princes ne cessaient de rechercher tous les moyens possibles pour remédier à l'excès ou à l'insuffisance de l'inondation. Sanouasrît 1er traça une ligne de digues le long de la rive occidentale, contre laquelle portait surtout le fleuve, et ses successeurs, occupés qu'ils étaient par les guerres nubiennes, n'en exercèrent pas moins la plus active surveillance sur le service des eaux. A quelques lieues en amont de Memphis, la chaîne Libyque s'interrompt soudain et démasque l'entrée d'une vallée qui, d'abord étouffée entre les parois de là montagne, s'élargit à mesure qu'elle b 'enfonce vers le couchant et finit par s'épanouir en amphithéâtre. Au centre s'étend un large plateau dont le niveau général est celui des plaines de l'Egypte ; à l'ouest, au contraire, une dépression considérable de terrain produit une vallée qu'un lac naturel de plus de dix lieues de long (le Birket-Qèroun) emplit de ses eaux[69]. Au début de l'histoire, le lac était beaucoup plus considérable que nous ne le voyons aujourd'hui : il remplissait l'amphithéâtre entier, à l'exception d'un canton marécageux qui se déployait en bordure au pied de la montagne orientale, vers le point où s'ouvre la gorge qui communiquait avec la vallée. Là se trouvait de toute antiquité ce qu'on appelait To-shaît, la terre du lac, et sur cette terre la ville de Shodît, celle à qui les Grecs attribuèrent plus tard le nom de Crocodilopolis. Les rois de la XIIe dynastie, qui allaient souvent chasser les oiseaux dans ces marais, se prirent d'affection pour le site. Amenemhaît 1er y construisit un édifice dans lequel on a déterré sa statue[70]. Sanouasrît 1er y éleva un temple, dont il ne subsiste plus rien, si ce n'est les fragments de l'un des obélisques qui en décoraient l'entrée[71]. Amenemhaît III fit plus encore. S'il ne fonda point Crocodilopolis, comme le veulent certains auteurs classiques[72], du moins il y érigea des monuments dont la nature, mal comprise à l'époque hellénique, donna naissance à la légende du lac Moeris et du Labyrinthe.

Hérodote est le premier des historiens occidentaux qui en parle, le seul qui les ait vus, et c'est à lui que les écrivains postérieurs en empruntèrent la description, non sans l'embellir de traits plus ou moins fabuleux. Il racontait donc qu’un Pharaon Moeris, inconnu aux documents indigènes, avait établi en cet endroit un réservoir immense où il emmagasina le surplus de l'inondation. Ce réservoir était ceint de fortes digues et il mesurait un pourtour de quatre-vingt-dix milles[73]. Deux canaux munis d'écluses procuraient la communication avec le Nil et régularisaient l'entrée ou la décharge des eaux[74]. L'un d'entre eux s'emmanchait sur le fleuve à quelque distance au sud et courait en diagonale le long de la chaîne Libyque, à peu près dans la direction du Bahr-Yousouf actuel ; l'autre branchait beaucoup plus bas, à l'est du Fayoum, et suivait probablement le lit du canal auxiliaire qui s'amorce aujourd'hui au voisinage de Béni-Souef. C'était probablement au point d'intersection de ces cieux canaux qu'étaient placées les écluses, et le rameau nord était seul ouvert pendant le moment de l'étiage[75]. La crue était-elle suffisante ? L’eau, emmagasinée dans le lac, puis relâchée au fur et à mesure que le besoin s'en faisait sentir, maintenait le niveau à la hauteur convenable dans toute la moyenne Egypte et sur la rive gauche du Nil jusqu'à la mer. L'année d'après, la crue menaçait-elle  d'envahir les villes ou d'emporter les villages du Delta, malgré les mottes artificielles sur lesquelles on les avait exhaussés, ou simplement de séjourner trop longtemps sur les terrains bas et de les changer en marécages ? Le Moeris absorbait le surplus des eaux et l'emprisonnait jusqu'au moment où le fleuve commençait à baisser. Au milieu du lac se dressaient, dit-on, deux pyramides couronnées chacune d'un colosse assis, dont l'un représentait Moeris et l'autre la reine sa femme[76]. Du haut de ce piédestal, le vieux Pharaon semblait dominer son oeuvre et contempler éternelle ment les campagnes dont il avait assuré la fortune.

Le réservoir construit, Moeris établit sa résidence dans le voisinage et s'y érigea à la fois un palais et un tombeau[77]. Le palais, devenu temple après la mort de son fondateur, et appelé Labyrinthe, gisait à l'orient du lac, sur un petit plateau qui joint presque l'emplacement de Crocodilopolis. La façade qui donnait sur le Moeris était tout entière d'un calcaire si blanc, que les anciens la supposaient en marbre de Paros. Le reste de l'édifice était en granit de Syène[78]. Une fois dans l'enceinte, on se sentait bientôt comme perdu au milieu d'un dédale de petites chambres obscures, toutes carrées, toutes coiffées d'un seul bloc de pierre en guise de toit, et reliées les unes aux autres par des couloirs si habilement enchevêtrés qu'un étranger sans guide s'évertuait vainement à en sortir[79]. Il y en avait, dit-on, trois mille, dont moitié sous terre[80]. Les murs et les plafonds étaient décorés d'inscriptions et de figures sculptées en bas-relief dans le creux. On enfermait là les emblèmes des divinités ou les statues des rois défunts[81], et sans doute aussi les objets précieux, les vêtements sacrés, les sistres, les colliers, les parures emblématiques, en un mot tout le matériel du culte qu'une obscurité perpétuelle pouvait seule préserver des insectes, des mouches, de la poussière et du soleil. Au centre du massif on voyait douze grandes salles hypostyles, affrontées deux à deux, et dont les portes s'ouvraient, six au midi, six au nord. A l'angle nord du carré, Moeris avait préparé son tombeau, une pyramide en briques crues revêtue de pierre sculptée. C'était aux yeux des Grecs le monument le plus parfait de l'art égyptien. J'ai vu le Labyrinthe, disait Hérodote, et je l'ai estimé plus grand encore que sa renommée. On rassemblerait tous les édifices et toutes les constructions des Grecs, qu'on les trouverait inférieurs comme travail et comme coût à ce Labyrinthe ; et, pourtant, le temple d'Éphèse est remarquable, aussi celui de Samos. Les pyramides encore m'avaient paru plus grandes que leur renommée, et une seule d'entre elles équivaut à beaucoup des plus grandes constructions grecques ; et si, le Labyrinthe surpasse-t-il même les Pyramides[82]. On avait raconté à Hérodote que le Labyrinthe n'était pas l'oeuvre de Moeris, mais celle de Psammétique et de ses onze corégents. D'autres auteurs remplacèrent Psammétique et Moeris par un Mnévis[83], par un Imendès[84], par un Pétésoukhis[85], qu'on aurait tort de chercher sur les listes de Manéthon.

Ce sont là des légendes où la vérité ne tient qu'une place très mince. Le réservoir fameux, qui réglait l'inondation et qui assurait la fertilité à l'Egypte, n'a jamais existé : ce qu’Hérodote a vu c'est l'inondation - mou-oîri - et ce qu'il a pris pour les digues qui constituaient l'enceinte du réservoir, ce sont les chaussées qui séparaient les bassins l'un de l'autre. Au temps qu'il visita l'Egypte, le lac naturel, qui s'étalait à l'Est de la vallée, occupait une surface beaucoup plus considérable que celle qu'il a de nos jours, et son niveau était assez élevé pour qu'au moment de la crue le pays entier semblât ne plus former qu'une seule nappe d'eau de la montagne au désert[86]. Le labyrinthe lui-même n'était pas ce palais merveilleux que nous décrit Hérodote ; c'est la ville qu'Amenemhaît III fonda comme dépendance de sa pyramide, et dont les ruines sont visibles près du village moderne de Haouaara[87]. Les rois de la XIIe dynastie, s'ils n'ont point exécuté les travaux gigantesques que la tradition leur attribuait au Fayoum, n'en furent pas moins des constructeurs acharnés. A Thèbes, Amenemhaît et Sanouasrît 1er embellirent de leurs offrandes le grand temple d'Amon[88]. Dans la ville sainte d'Abydos, Sanouasrît 1er restaura le temple d’Osiris[89]. A Memphis, Amenemhaît III édifia les propylées au nord du temple de Phtah[90]. A Tanis, Amenemhaît 1er commença, en l'honneur des divinités de Memphis, un temple que ses successeurs agrandirent à l'envi[91]. Bubaste[92], Fakous[93], Héliopolis[94], Hakhninsou[95], Zorit[96], Edfou[97], et d'autres localités moins importantes ne furent pas négligées. Comme leurs ancêtres de l'Empire Memphite, les princes de la douzième dynastie mettaient tous leurs soins à se préparer des tombeaux magnifiques. Mon maître, disait sous Sanouasrît 1er le scribe Mirri, m'envoya en mission pour lui deviser une grande demeure éternelle. Les couloirs et la chambre intérieure étaient en maçonnerie et renouvelaient les merveilles de construction des dieux. Il y eut en elle des colonnes, sculptées, belles comme le ciel, un bassin creusé qui communiquait avec le Nil, des portes, des obélisques, une façade en pierre blanche de Rouou ; aussi Osiris, seigneur de l'Amentit, s'est-il réjoui des monuments de mon seigneur, et moi-même, j'ai été dans le transport et l'allégresse en voyant le résultat de mon travail[98]. Cette pyramide de Sanouasrît 1er a été retrouvée à Licht[99], celle de Sanouasrît III à Dahchour[100], celles de Sanouasrît II et d'Amenemhaît II à Illahoun et à Haouara[101]. Elles sont assez endommagées pour la plupart, mais c'est dans l'une d'elles, celle de Sanouasrît III, qu'ont été recueillis ces admirables bijoux qui font aujourd'hui l'une des richesses du musée du Caire[102]. Ce sont des bijoux de mort, à la monture un peu trop légère pour le poids des émaux qui y sont enchâssés, mais, ce défaut indiqué, quel goût dans le dessin, quelle richesse de couleur, quelle habileté d'exécution : l'art de l'orfèvrerie n'a jamais rien produit qui dépasse ces chefs-d'oeuvre des vieux artisans égyptiens[103]. Toutefois les tombes royales comme les temples sont trop ruinés pour qu'on puisse juger, par ce qui nous reste d'eux, l'état de la sculpture et les conditions de la vie princière. Les hypogées où reposaient les barons féodaux, qui se partageaient le territoire sous la suzeraineté des Pharaons, se révèlent de jour en jour, à Siout, à Berchéh, à Meîr, à Éléphantine : mieux protégés contre la rapacité des envahisseurs de l'Égypte et contre les ravages du temps, ils ont survécu et ils suscitent à nos yeux la vallée du Nil telle qu'elle était il y a cinq mille ans depuis la première cataracte jusqu'au voisinage de Memphis.

Toutefois c'est à Béni-Hassan, dans le cimetière des sires héréditaires de Mihi[104], que l'on comprend le mieux quelle était alors la condition du pays. Ces princes appartenaient à ce que j'ai appelé ailleurs la féodalité égyptienne. Aux temps agités de la dixième et de la onzième dynastie, leurs ancêtres avaient probablement joui d'une indépendance complète et formé une de ces dynasties locales, inconnues aux annales officielles du royaume, mais si vivaces qu'elles reparaissaient à chaque nouvelle révolution qui affaiblissait l'autorité du pouvoir central. Soumis par les Antouf et les Montouhotpou avant d'avoir réussi à s’étendre sur les nomes voisins, ils se contentaient pour le moment d'occuper auprès de la personne du Pharaon les places les plus exaltées auxquelles la hiérarchie leur permettait d'aspirer. Aussi rien n'est-il plus curieux que leur biographie pour se faire une idée de l'histoire des classes nobles. Le premier d'entre eux que nous connaissions avait été institué nomarque dans la ville de Monâït-Khoufoui par Amenemhaît 1er, au cours des victoires qui assurèrent à celui-ci la possession incontestée de l'Égypte. Lorsqu'il devint seigneur de Mihi, son fils Nakhîti lui succéda à Monâït-Khoufoui, avec le titre de gouverneur ; mais, Nakhîti étant mort sans postérité, le roi Sanouasrît 1er voulut bien accorder à la soeur du jeune homme, Baqit, la qualité de princesse héritière. Baqit apporta le nome de Mihi en dot à Nouhri, qui était de la famille des barons de Khmounou, et doubla de la sorte la fortune de ce dernier. L'enfant qui naquit de leur union, Khnoumhotpou, fut nommé tout jeune gouverneur de Monâït-Khoufoui, titre qui paraît avoir appartenu dans la famille à l'héritier présomptif, comme plus tard sous la dix-neuvième dynastie le titre de prince de Koush appartenait à l'héritier présomptif de la couronne d'Égypte. Son mariage avec la dame Khiti, princesse héritière du dix-septième nome, rangea sous son autorité l'une des provinces les plus fertiles de l'Heptanomide. Sous son fils Nakhîti la maison atteignit l'apogée de la grandeur. Nakhîti, confirmé dans toutes ses dignités prince du dix-septième nome des droits de sa mère, reçut de Sanouasrît II un grand gouvernement, qui renfermait quinze des nomes du midi, d'Aphroditopolis jusqu'aux frontières de Thèbes[105].

On voit par cet exemple avec quelle facilité les nomes, principautés héréditaires distribuées entre quelques familles illustres, passaient de l'une à l'autre par mariage ou par succession, à condition pour le nouveau titulaire de régulariser son acquisition et de se faire investir par le souverain régnant. Les devoirs de ces petits princes envers leur suzerain et leurs sujets étaient fort nettement définis ils devaient l'impôt et le service militaire à l'un, bonne et exacte justice aux autres. J'ai suivi mon maître, lorsqu'il marcha pour battre les ennemis dans les contrées étrangères. J'ai marché en qualité de fils d'un chef, de chambellan, de général de l'infanterie, de nomarque de Mihi. Je vins contre Koush, et en marchant je fus conduit jusqu'aux extrémités de la terre. Je conduisis les butins de mon maître, et ma louange atteignit le ciel. Quand Sa Majesté revint en paix, après avoir battu ses ennemis dans Koush la vile, je vins le servir devant lui. Pas un de mes soldats n'a déserté lorsque je convoyai les produits de mines d'or à la Sainteté du roi Sanouasrît 1er, vivant à toujours et à jamais. J'allai alors avec le prince héritier, fils aîné du roi de son flanc, Amoni v. s. f. ; j'allai avec quatre cents hommes tous choisis d’entre mes guerriers, je vins en paix, et aucun d'eux ne déserta quand je conduisis le produit des mines d'or. Mon entreprise me fit louer par les rois[106]. - Moi j'étais un maître de bonté, plein d'amabilité, un gouverneur qui aimait son paysJ'ai travaillé et le nome entier fut en pleine activité. Jamais petit enfant ne fut affligé par moi, jamais veuve maltraitée par moi ; jamais je n'ai repoussé laboureur, jamais, je n'ai empêché pasteur. Jamais n'exista commandant de cinq hommes dont j’aie réquisitionné les hommes pour mes travaux. Jamais disette ne fut de mon temps, jamais affamé sous mon gouvernement, même dans les années de disette[107] ; car alors je labourai tous les terrains du nome de Mihi jusqu'à ses limites au sud et au nord ; je fis vivre ses habitants en leur répartissant ses productions, si bien qu'il n'y eût pas d'affamés en lui. J'ai donné également à la veuve et à la femme mariée, et je n'ai pas préféré le grand au petit dans ce que j'ai donné. Quand la crue du Nil était haut et que les propriétaires de champs ainsi que les propriétaires de toutes choses avaient bon espoir, je n'ai pas coupé les bras d'eau qui arrosent les champs[108].

Sous l'influence pacifique des barons locaux, la richesse, déjà générale même en temps de trouble, se développa d'une manière merveilleuse. Il faut avoir étudié, sur les murailles des tombeaux de Béni-Hassan ou sur les planches de Champollion, de Rosellini ou de Lepsius[109], les peintures où les artistes du temps ont représenté les différents métiers alors en usage, pour se faire une idée de l'activité avec laquelle tous les travaux utiles étaient poussés. C'est d'abord le labourage à farce de boeufs ou à bras d'hommes ; le semage, le foulage des terres par les béliers ; le hersage, la récolte et la mise en gerbes du lin et du blé, le battage, le mesurage, le transport au grenier à dos d'ânes ou par chalands ; la vendange, l'égrenage du raisin, la fabrication du vin dans deux pressoirs différents, la mise en amphores et l'aménagement des caves. D'autres tableaux montrent le sculpteur sur pierre et le sculpteur sur bois à leurs pièces ; des verriers soufflant des bouteilles, des potiers modelant leurs vases et les enfournant ; des cordonniers, des charpentiers, des menuisiers, des corroyeurs, des femmes au métier, tissant la toile sous la surveillance des eunuques, sans trêve ni relâche. Malgré les professions de charité que les nomarques étalaient sur leurs pierres funéraires, la condition de ces classes ouvrières était des plus dures. Sans cesse courbées sous le bâton du contremaître, il leur fallait peiner du matin au soir contre une maigre ration de vivres à peine suffisante pour leur nourriture et celle de leur famille. J'ai vu le forgeron à ses travaux, - à la gueule du four, disait un scribe du temps à son fils. Ses doigts sont rugueux comme des objets en peau de crocodile, - il est puant plus qu'un oeuf de poisson. Tout artisan en métaux, - a-t-il plus de repos que le laboureur ? - Ses champs à lui, c'est du bois ; ses outils, du métal. - La nuit, quand il est censé être libre, - il travaille encore, après tout ce que ses bras ont déjà fait pendant le jour, - la nuit, il veille au flambeau.

Le tailleur de pierre cherche du travail, - en toute espèce de pierres dures. - Lorsqu'il a fini les travaux de son métier, - et que ses bras sont usés, il se repose ; - comme il reste accroupi dès le lever du soleil, - ses genoux et son échine sont rompus. - Le barbier rase jusqu'à la nuit : - lorsqu'il se met à manger, alors seulement il se met sur son coud~ pour se reposer. - Il va de pâté de maisons en pâté de maisons pour chercher les pratiques ; - il se rompt les bras pour emplir son ventre, comme les abeilles qui mangent le produit de leurs labeurs. - Le batelier descend jusqu'à Natho pour gagner son salaire. Quand il a accumulé travail sur travail, qu'il a tué des oies et des flamants, qu'il a peiné sa peine, - à peine arrive-t-il à son verger, - arrive-t-il à sa maison, qu'il lui faut s'en aller.

Je te dirai comme le maçon - la maladie le goûte ; - car il est exposé aux rafales, - construisant péniblement, attaché aux chapiteaux en forme de lotus des maisons, - pour atteindre ses fins ? - Ses deux bras s'usent au travail, - ses vêtements sont en désordre ; - il se ronge lui-même, - ses doigts lui sont des pains ; - il ne se lave qu'une fois par jour. - Il se fait humble pour plaire : - c'est un pion qui passe dé case en case - de dix coudées sur six ; - c'est un pion qui passe de mois en mois sur les poutres d'un échafaudage, accroché aux chapiteaux en forme de lotus des maisons, - y faisant tous les travaux nécessaires. - Quand il a son pain, il rentre à la maison, et bat ses enfants

Le tisserand, dans l'intérieur des maisons, - est plus malheureux qu'une femme. - Ses genoux sont à la hauteur de son estomac ; il ne goûte pas l'air libre. - Si un seul jour il manque à fabriquer la quantité d'étoffe réglementaire, - il est lié comme le lotus des marais. C'est seulement en gagnant par des dons de pains les gardiens des portes, - qu'il parvient à voir la lumière du jour. - Le fabricant d'armes peine extrêmement - en parlant pour les pays étrangers - c'est une grande somme qu'il donne pour ses ânes, - c'est une grande somme qu'il donne pour les parquer, - lorsqu'il se met en chemin. - A peine arrive-t-il à son verger, - arrive-t-il à sa maison, le soir, - il lui faut s’en aller. - Le courrier, en partant pour les pays étrangers, - lègue ses biens à ses enfants, - par crainte des bêtes sauvages et des Asiatiques. - Que lui arrive-t-il quand il est en Egypte ? - A peine arrive-t-il à son verger. - arrive-t-il à sa maison - il lui faut s'en aller. - S'il part, sa misère lui pèse ; - s'il ne s'en va pas, il se réjouit. - Le teinturier, ses doigts puent - l'odeur des poissons pourris ; - ses deux yeux sont battus de fatigue ; - sa main n'arrête pas. - Il passe son temps à couper des haillons ; - c'est son horreur que les vêtements. - Le cordonnier est très malheureux ; il mendie éternellement ; - sa santé est celle d'un poisson crevé ; - il ronge le cuir pour se nourrir[110].

Les portraits ne sont pas flattés : s'il fallait les prendre au sérieux, on n'aurait rencontré que misère dans l'Égypte de la douzième dynastie. Aussi bien l'auteur à qui je les emprunte est-il un vieux scribe gourmé et tout infatué des avantages de sa profession, qui veut dégoûter son fils des métiers et l'encourage à suivre la carrière des lettres. J'ai vu la violence, j'ai vu la violence ; - c'est pourquoi mets ton coeur après les lettres ! - J'ai contemplé les travaux manuels, - et en vérité il n'y a rien au delà des lettres. - Comme on fait dans l'eau, plonge-toi au sein du livre Qimi[111], - tu y trouveras ce précepte en propres termes : Si le scribe va étudier au palais, - son inactivité corporelle ne sera point sur lui. - Lui, c'est un autre qui le rassasie ; - il ne remue pas, il se repose. – J'ai vu les métiers figurés, y est-il dit en propres termes, - aussi te fais-je aimer la littérature, ta mère ; je fais entrer ses beautés en ta face. - Elle est plus importante que tous les métiers, - elle n'est pas un vain mot sur cette terre ; - celui qui s'est mis à en tirer profit dés son enfance, il est honoré ; - on l'envoie remplir des missions. - Celui qui n’y va point reste dans la misère[112]. - Celui qui connaît les lettres - est meilleur que toi par cela seul. - Il n'en est pas de même des métiers que j'ai mis à ta face  - le compagnon y méprise son compagnon. - On n'a jamais dit au scribe  - Travaille pour un tel ; - ne transgresse pas tes ordres. - Certes, en te conduisant au - palais, certes, j'agis par amour pour toi ; - car, si tu as profité un seul jour dans l'école, - c'est pour l'éternité, les travaux qu'on y fait sont durables comme les montagnes. - Ce sont ceux-là, vite, vite, que je te fais connaître, que je te fais aimer, - car ils éloignent l'ennemi[113]. L'étude des lettres sacrées et le rang de scribe menaient à tout ; le scribe pouvait devenir selon ses aptitudes et son adresse, prêtre, général, receveur des contributions, gouverneur des nomes, ingénieur, architecte. Aussi la science des lettres, considérée comme moyen de parvenir, était-elle fort en honneur à cette époque, et nous est-elle vantée dans un certain nombre de morceaux réputés classiques dans les siècles postérieurs. J'ai déjà eu plusieurs fois occasion de citer presque toutes les oeuvres qui nous restent de la douzième dynastie, le Conte de Sinouhit[114], les Instructions du roi Amenemhaît 1er à son fils Sanouasrît, les Recommandations du scribe Khatoui, fils de Douaouf, à son fils Pépi, et le bel Hymne au Nil du Musée britannique[115]. On jugera, par les extraits que j'en ai donnés, du mérite qu'elles pouvaient avoir aux yeux des Égyptiens.

Nous sommes encore mieux placés pour apprécier la perfection que les arts plastiques avaient atteinte. Sans doute nous ne pouvons nous figurer exactement ce qu'était un temple ou un palais ; le temps a balayé presque jusqu'aux débris des édifices immenses qui ornaient alors les villes royales de l'Égypte. Les portiques des tombes de Béni-Hassan nous autorisent cependant à affirmer que l'architecture avait dès lors produit des chefs-d'oeuvre. L'un d'eux est décoré de colonnes analogues aux colonnes doriques, et antérieures de deux mille ans pour le moins aux plus anciennes colonnes de cet ordre, qui aient été élevées en Grèce. La sculpture, bien qu'inférieure en certains points au grand art de l'Ancien Empire, nous a laissé tant de morceaux admirables, qu'on se demande où l'Égypte a pu enrôler assez d'artistes pour les exécuter. Les statues d'Amenemhaît 1er et de Sanouasrît 1er, que Mariette a découvertes à Tunis, sont presque aussi belles que la statue de Khephren. Elles inspiraient tant d'admiration aux Égyptiens eux-mêmes, que les Pharaons d'époque postérieure, Ramsès II et Mineptah, les ont usurpées[116]. Le colosse en granit rose dressé par Sanouasrît III devant une des portes des temples d'Osiris à Abydos, montre que les sculptures de la haute Égypte ne le cédaient en rien à celles du Delta[117]. Une école locale, dont le siège paraît avoir été Tanis, nous a légué des oeuvres d'un style particulier où Mariette voulut d'abord reconnaître les souverains Hyksôs, mais qui représentent en réalité Amenemhaît III. En général, le style de ces monuments est remarquable par une vigueur exagérée; les jambes sont traitées avec une liberté de ciseau surprenante. Tous les accessoires, dessin des ornements, gravure des hiéroglyphes, sont poussés à une finesse qu'ils ne retrouveront jamais plus. Les bas-reliefs, toujours dénués de perspective, sont, comme pendant la période memphite, d'une délicatesse extrême; on les habillait de couleurs vives, qui conservent encore aujourd'hui tout leur éclat premier. L'art de la douzième dynastie, examiné dans son ensemble, était de bien peu inférieur à celui des dynasties précédentes. Les défauts qui plus tard arrêtèrent le progrès de la sculpture égyptienne, la convention dans le rendu des détails, la lourdeur des jointures, la raideur hiératique, se laissaient à peine sentir. Toutes les fois qu'au milieu de la décadence artistique une renaissance partielle s’annonçait, les sculpteurs de la dix-huitième et de la vingt-sixième dynastie allaient chercher leur modèle parmi les oeuvres de la douzième ou de la quatrième, et ils s'essayaient à en imiter le style.

De la treizième à la quinzième dynastie.

L'Égypte était donc en pleine prospérité à la mort d'Amenemhaît III. La dynastie avait conquis la Nubie et recouvré la péninsule du Sinaï, assaini le sol, régularisé l'inondation, orné les villes principales de temples et de monuments, assuré la bonne administration et par sui le doublé la richesse du pays ; en un mot, elle avait terminé l'oeuvre de réparation que la onzième dynastie n'avait pu qu'ébaucher. C'est à ce moment qu'elle s'éteignit, après deux règnes insignifiants, ceux d'Amenemhaît IV et de sa soeur Sovkounofriou. Treize ans et quelques mois s’étaient à peine écoulés depuis la mort d'Amenemhaît III, quand le Thébain Sovkhotpou 1er Khoutoouïrî monta sur le trône et inaugura une dynastie nouvelle.

Elle dura, dit-on, quatre cent cinquante-trois ans et compta soixante rois, dont l'ordre de succession est encore incertain[118]. Pendant ce long intervalle de temps, la série dynastique, plusieurs fois interrompue par le manque de lignée mâle, se renoua sans secousse, grâce aux droits héréditaires que possédaient les princesses, et qu'elles transmettaient à leurs enfants. Sovkhotpou II Skhemouaztoouïrî, fils d'un simple prêtre, Montouhotpou, et d'une princesse royale, hérita de sa mère la couronne d'Égypte[119] ; Nofirhotpou II Khâsoshshourî, dont le père n'appartenait pas à la famille régnante, devint roi du chef de sa mère Kama[120]. Quoi qu'il en soit de ces interruptions dans la succession directe, l'examen des monuments nous enseigne que la treizième dynastie assura à l'Egypte entière quelques siècles de prospérité. Les Sovkhotpou et les Nofirhotpou qui se pressent sur ses listes, et dont les noms rappellent involontairement à l'esprit les dix-huit rois éthiopiens qui, au dire d'Hérodote, étaient bien antérieurs à Sabacon[121], surent conserver les conquêtes de leurs prédécesseurs et parfois même les étendre. Le vingt-quatrième ou vingt-cinquième d'entre eux, Sovkhotpou Khânofirri[122], pouvait encore ériger des colosses dans l'île d'Argo au fond de l'Éthiopie, à peu prés cinquante lieues au sud de Semnéh[123]. A l'intérieur, ils continuèrent les travaux d'hydrographie entrepris par les Sanouasrît et les Amenemhaît. L'un d'eux, Sovkhotpou Skemkhoutoouïri[124], faisait relever et inscrire à l'observatoire de Semnéh les hauteurs de la crue du Nil pour les quatre premières années de son règne[125]. Ils mirent tous leurs soins à l'embellissement des grandes villes de l'Egypte, et ils exécutèrent des travaux à Thèbes dans le grand temple d'Amon[126], à Bubaste, dans le Delta, où fut trouvée, dit-on, la belle statue de Sovkhotpou Khânofirri, aujourd'hui conservée au Louvre[127], à Tanis, où ils semblent avoir eu l'une de leurs résidences favorites[128]. Le sanctuaire d'Abydos fut de leur part l'objet d'une vénération particulière. Le roi Nofirhotpou Khâsoshshourî lui concéda des dons considérables[129], le roi Rânouzir Rànmàtan le restaura et le décora à neuf par l'entremise d'un de ses officiers[130], Sovkoumsaouf Skhemouazkourî y consacra sa statue[131], et les particuliers, suivant l'exemple du maître, prodiguèrent les faveurs de tout genre au temple d'Osiris. Le style des oeuvres de cette époque est déjà inférieur à celui des oeuvres de la douzième dynastie  les proportions de la figure humaine commencent à s'altérer, le modelé des membres à perdre de sa vigueur et de son fini. Malgré ces défauts, souvent peu apparents, la plupart des statues royales jusqu'à présent connues sont d'une beauté que l'art des époques postérieures a rarement égalée. Il suffit d'examiner avec soin l'un de ces morceaux et de se rappeler qu'on en rencontre de semblables tout le long de la vallée du Nil, depuis la troisième cataracte jusqu'à l'embouchure du fleuve, pour rester convaincu que l'Égypte était alors une grande puissance, réunie sous un seul sceptre et non pas, comme le voudraient certains  auteurs, un État divisé en deux royaumes indépendants l'un de l'autre[132], ou possédé militairement par les rois pasteurs établis dans le Delta[133]. Les dernières années de la treizième dynastie furent-elles aussi heureuses que les premières ? On ne saurait le dire dans l'état actuel de la science. Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que les monuments en sont rares, et qu'ils ne présentent pas le même mérite que ceux des souverains du début. Les listes de Manéthon enregistrent un fait certain vers cette époque, le centre de la puissance égyptienne se déplaça. La prépondérance que Thèbes avait maintenue pendant sept cents ans et plus sur le reste des cités lui échappa et dévolut aux populations du Delta. Les Pharaons de la douzième et surtout ceux de la treizième dynastie avaient préparé ce résultat en favorisant le nord, Mendès, Saïs, Bubaste, Tanis surtout, au détriment du midi. Quand ils disparurent, Thèbes perdit son rang de capitale, et ce fut une ville de la Basse Égypte, ce fut Xoïs, qui lui succéda. Le Delta avait profité des travaux exécutés naguères par les Thébains autant, sinon plus, que la vallée proprement dite : ses marais s'étaient colmatés, ses campagnes assainies, ses canaux régularisés et le commerce avec l'Asie y apportait mie richesse sans cesse croissante. Xoïs, située au centre même de la plaine, entre les branches phatmétique et sébennytique du Nil[134], n'avait jusqu'alors joué qu'un rôle des plus effacés : elle sembla avoir gagné plus que les autres à la prospérité générale. La quatorzième dynastie, sortie de ses murs, compta, dit-on, soixante-quinze rois, qui dominèrent quatre cent quatre-vingt-quatre ans. Leurs noms mutilés se pressaient en colonnes sur les pages du Papyrus royal de Turin, et les chiffres qui désignent la longueur de leur règne sont souvent assez bas, deux ans, un an, trois ans : on voit qu'ils se sont succédé sur le trône très rapidement, mais leur histoire est inconnue. Tout au plus pourrait-on supposer que les derniers d'entre eux furent assaillis par des révolutions et par des guerres civiles qui amenèrent leur chute[135].

 

 

 

 



[1] Ces faits ressortent des légendes de la Table de Karnak. Cf. Prisse d'Avennes, Notice sur la Salle des Ancêtres, p. 14-15 ; E. de Rougé, Lettre à M. Leemans, p. 5-6 et 13.

[2] Mariette, la Table de Saqqarah, p. 6.

[3] En tout quarante-trois ans, au dire de Manéthon (édit. Unger). Le vrai sens de ce chiffre a été découvert par F. Barucchi, Discorsi critici sopra la Cronologia Egzia, in-4°, Turin, 1844, p. 131-134.

[4] Steindorff (Zeitschrift, t. XXXIII, p. 77-96) a reporté à la XIIIe dynastie une partie des souverains que l'on place dans la XIe dynastie depuis E. de Rougé.

[5] Champollion, Monuments de l'Égypte, pl. CCCVI, 3 ; Daressy, Notes et Remarques, § XXXIJ, dans le Recueil de Travaux, t. XIV, p. 26 ; t. XXVI, p. 12.

[6] Lepsius, Denkm., II, 150, p. 107.

[7] Lepsius, Denkm., II, 149 a ; Maspero, les Monuments égyptiens de la vallée de Hammamât, dans la Revue orientale et américaine, t. I, p. 333 sqq.

[8] Birch, le Papyrus Abbott ; Chabas, Mélanges égyptologiques, IIIe série, t. I ; Maspero, Une enquête judiciaire à Thèbes.

[9] Mariette, Lettre à M. le Vicomte de Rougé, p. 16-17, et Monuments divers, pl. 49, 50 ; Birch, The Tablet of Antef-Aâ II, dans les Transactions of the Society 0f Biblical Archœology, IV. p. 172-195.

[10] Aujourd'hui Ouadi Hammamât.

[11] Wilkinson, A Handbook for Travellers, p. 521 ; Petrie y a découvert plusieurs débris de ces temples.

[12] Lepsius, Denkm., II, pl. 150 a ; Chabas, Voyage d'un Égyptien, p. 57 ; Maspero, Sur quelques navigations des Égyptiens, p. 8-10.

[13] Papyrus Sallier, II, pl. I, 1. 9, pl. III, 1. 3. Cf. Dümichen, Zeitschrift, 1874, p. 30 sqq.

[14] Papyrus Sallier, II, pl. III, 1.4-6. Cf. la traduction complète de ce texte par Maspero, The Instructions of King Amenemhat I unto his son Usertesen I, dans les Records of the Past, t. II, p. 9-46, et par Schack, Die Unterweisung des Koenigs Amenemhat I, in-4°, 1882-1884.

[15] Littéralement : « le grand lieu de se battre ».

[16] Papyrus Sallier, II, pl. I, 1.7-9.

[17] Éléphantine, la frontière méridionale de l'Égypte.

[18] Adhou, ou Nou-adhou, la NayÆ d'Hérodote, dans le Delta : aussi le Delta lui-même.

[19] La divinité des grains.

[20] En l'an XXIX de son règne (Brugsch, Die Negerstämme, dans la Zeitschrift, 1884, p. 30).

[21] Peuple nomade entre le Nil et la mer Rouge.

[22] Papyrus Sellier, II, pl. II,1. 7, pl. III, 1. 4.

[23] Mariette, Abydos, t. II, pi. 22. M. Sethe a proposé de lire ce nom Senouesrît, et cette lecture est assez probable, pour que je ne conserve plus ici la lecture traditionnelle.

[24] Papyrus Sallier, II, pl. I, 1.5-7.

[25] Par exemple sur deux stèles de l'an IX de Sanouasrît 1er (Louvre, C 2, 3) et sur une stèle de l'an VII (Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire, Zeitschrift, 1881, p. 116 sqq.).

[26] Les deux Égyptes et la Nubie.

[27] Papyrus Sellier, II, pl. I, 1.2-4.

[28] Cf. dans Maspero, The Instructions of Amenemhat I unto his son Usertesen I (Records of the Past, 1st séries, t. II, 1874, 11-12), la liste des manuscrits qui nous sont parvenus de cet ouvrage.

[29] Chabas, les Papyrus hiératiques de Berlin, p. 37-51, et Goodwin, The Story of Saneha, dans le Fraser's Magazine, 1865, p. 185-202, Cf. les Records of the Past, t. VI, p. 131-150 ; Maspero, le Papyrus de Berlin n° I, dans les Mélanges d’archéologie égyptienne et assyrienne, t. III, p. 68-82, et dans les Contes populaires de l'ancienne Égypte, p. 96-134

[30] Ousirtasen 1er

[31] Mot à mot : « un laveur de face ».

[32] Mot à mot : « c'est un frappant avec la griffe ».

[33] Mot à mot : « un semour ». Le titre de semour est traduit en grec par filòw basilixñw « ami du roi ». Ce rapprochement a été contesté par Lepage-Renouf.

[34] Maspero, les Contes populaires, p. 108-111. D'après la forme de leur nom, les Nemmâshaîtou devaient être les Bédouins du désert.

[35] Maspero, les Contes populaires, p. 96-97. Une stèle du Musée du Caire porte la date de l'an XXX d'Amenemhaît 1er et de l'an X de Sanouasrît 1er (Manette, Abydos, t. II, pl. XXII). Deux autres stèles du même musée (Mariette, Abydos, t. III, p. 428, la seconde inédite) donnent l'an X de Sanouasrît 1er, seul. On pourrait conclure de l'absence du nom d'Amenemhaît 1er que ce prince mourut en l'an XXX de son règne, l'an X du règne de son fils, si les trois stèles, citées plus haut, ne montraient combien il faut se défier des indications de ce genre que fournissent les monuments. La première stèle du Caire prouve qu'Amenemhaît vivait encore en l'an X de son fils : les autres ne prouvent nullement qu'il mourut dans cette même année.

[36] Stèle de Leyde, V 4, datée de l'an XLIV de Sanouasrît 1er et de l'an II d' Amenemhaît II.

[37] Proscynème d'Assouan (Young, Hieroglyphics, pl. 61) datée de l'au XXXV d'Amenemhaît II et de l'an III de Sanouasrît II.

[38] E. de Rougé, Lettre à Leemans, p. 17.

[39] C'est le chiffre du Papyrus royal de Turin. La douzième dynastie avait été méconnue au début par Champollion, qui faisait des Amenemhaît les princes de la dix-septième dynastie, contemporains des Pasteurs. Pendant les derniers jours de sa vie, il reconnut son erreur, mais sa découverte demeura ensevelie dans ses papiers et ne fut publiée qu'en 1875. L'honneur d'avoir remis les choses en leur place revient donc à Lepsius, Ueber die zwölfte Ægyptische Kœnigsdynastie, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences de Berlin, 1852.

[40] Chabas, les Papyrus hiératiques de Berlin, p. 58-59, 84-82, 91.

[41] Ce bas-relief fut signalé et décrit pour la première fois par Champollion (Monuments, t. IV, pl. CCCXLI, etc.), qui prit les immigrants pour des gens de race grecque. Il se trouve reproduit dans Lepsius (Denkm., II, p. 131-133) et dans Brugsch (Histoire d’Égypte, p. 63).

[42] Cf. sur ce sujet, Ebers, Ægypten und die Bücher Moses, t. I, p. 228 sqq.

[43] Félix, Note sopra le Dinastie de Faraoni, p. II ; Brugsch, Geschichte Ægyptens, p. 152.

[44] Account of the Survey, p. 183.

[45] Burton, Excerpta hieroglyphica, pl. XLII ; Champollion, Monuments, t. II, p. 690-692.

[46] Lepsius, Denkm., II, 140 o-p.

[47] Shasou vient de la racine sémitique תסש, piller, exercer le brigandage.

[48] Papyrus de Berlin n° I, I. 19-28 ; Maspero, Contes populaires, p. 107.

[49] Chabas, les Papyrus hiératiques de Berlin, p. 40.

[50] Aïa ou Ia rappelle jusqu'à un certain point le nom d'Æan, ƒAi‹n, donné par les géographes anciens aux cantons qui avoisinent le golfe d’Akaba.

[51] Papyrus de Berlin, n° I, I. 76-141 ; Maspero, les Contes populaires, p. 111-115.

[52] Brugsch, G. Inschr., t. I, p. 460.

[53] Brugsch, Die Negerstämme dans la Zeitschrift, 1882, p. 54 sqq. C'est à cette époque qu'il faut attribuer les noms des peuples gravés sur la statue k 18, 49, du Louvre, usurpée par Amenôthés III (Devéria, Lettre à M. A. Mariette, dans la Revue archéologique, 1861, t. III, p. 251.

[54] Voir plus haut. Les formes Kishou, Kashou se trouvent aussi dans les textes.

[55] Lepsius, Nubische Grammatik, Einleitung, p. xc sqq.

[56] Brugsch, Die Negerstämme, dans la Zeitschrift, 1882, p. 52 ; cf. Papyrus Sallier n° II, pl. II, 1.10.

[57] Stèle du Musée de Florence, Rosellini, Monumenti storici, t. XXV, n° 4 ; Champollion, Monuments, t. I, pl. 4, et Notices, t. I, p. 692 sqq. ; Berend, Principaux monuments du Musée égyptien de Florence, p. 51-52.

[58] Lepsius, Denkm., II, 425 a; Birch, dans la Zeitschrift, 1874, p. 144 sqq.

[59] Cette opinion a été reprise par M. E. de Rougé dans un de ses premiers mémoires : Deuxième lettre à M. Alfred Maury sur le Sésostris de la douzième dynastie de Manéthon, puis plus récemment par Sethe, Sésostris, in-8°, 100. Cf. l'article contraire de Maspero, dans le Journal des Savants, 1901.

[60] Expédition de l'an VIII dans Birch, Zeitschrift, 1875, p. 50 sqq. ; de l'an XIX, dans Maspero, Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne, t. II, p. 217-219.

[61] Lepsius, Denkm, II, 136 i.

[62] Lepsius, Denkm, II, 156 h. Ces inscriptions, mutilées par des voyageurs qui avaient voulu les emporter, sont passées du Musée de Gizeh à celui de Berlin.

[63] M. de Voguë, Fortifications de Semnéh en Nubie, dans le Bulletin archéologique de l'Athenæum français, 1855, p. 81 sqq.

[64] Naville, Bubastis, pl. XXXIV A et p. 9-10.

[65] Lepsius, Denkm., II, 458.

[66] Lepsius, Denkm., II, 456 b ; Brugsch, G. Ins., t. I, p. 46 ; E. de Rougé, Inscriptions des rochers de Semnéh, p. 2-5.

[67] Prisse d'Avennes dans Chabas, les Inscriptions des mines d'or, p. 13-14.

[68] Lepsius, Brief an Ehrenberg, dans le Monatsberichte de l'Académie de Berlin, 1845 ; Denkm., II, 159.

[69] Mariette, Aperçu de l'histoire d'Égypte, p. 55.

[70] Lepsius, Denkm., II, pl. 118.

[71] Lepsius, Denkm., II, pl. 119.

[72] Diodore de Sicile, I, 89, 8.

[73] Hérodote, II, CXLIX ; Cf. Linan-Bey, Mémoire sur le lac Moeris.

[74] Strabon, I, XV, ch. I.

[75] Wilkinson, Handbook, p. 238 b.

[76] Hérodote, II, cxlix ; Diodore, I, 52.

[77] Lynceus de Samos et Demoteles dans Pline, H. N., XXXVI, 13.

[78] Pline, H. N., XXXVI, 45.

[79] Strabon, I, XVII, c. i.

[80] Hérodote, II, cxlviii.

[81] Pline, XXXVI, 13.

[82] Hérodote, II, cxlviii.

[83] Pline, H. N., XXXVI, 15.

[84] Strabon I. XVII, Ch. I.

[85] Pline, XXXVI, 15.

[86] Limant de Bellefonds, dans son Mémoire sur le lac Moeris, avait cru reconnaître les restes des digues mentionnées par Hérodote dans les restes de chaussées qu'on voyait encore au milieu du xixe siècle entre les villes d'Illahoun et de Médinet-el-Fayoum. Le major Brown a montré l'inanité de cette supposition (The Fayûm and Lake Moeris).

[87] L'identité du Labyrinthe avec les ruines de Haouarah, indiquée par Caristie-Jomard, Description des ruines situées près de la pyramide d'Haouarah (dans la Description de l'Égypte, t. IV, p. 478-524) et par Lepsius, Briefe aus Ægypten, p. 74 sqq., a été mise hors de doute par Petrie, Hawara, Biahmu and Arsinoe, p. 4 sqq.

[88] Table d'offrandes d'Amenemhaît 1er (Mariette, Karnak, pl. 8 c) et groupe de statues portant le nom de ce prince (Id., pl. 8 d) blocs au nom do Sanouasrît 1er (Id., pl. 8 a-c).

[89] Stèle de Montouhotpou, au Caire (Mariette. Abydos, t. II, pl. 23 1.111, p. 144), traduite en partie par Lushington (Transactions of the Society of Biblical Archœology, t. VII, p. 353 sqq.).

[90] Diodore, I, 51

[91] E. de Rougé, Cours au Collège de France, 1869 ; Pétrie, Tanis, I p. 5.

[92] Naville, Bubastis, p. 8-9 et 11, pl. V-IX, XXIII, XXIV, XXXIII, XXXIV.

[93] Porte en granit au nom d'Amenemhaît 1er, découverte à Fakous en juin 1883.

[94] Consécration d'un temple à Héliopolis, l'an III de Sanouasrît 1er (L. Stern, The foundation of the Temple of the sun of Heliopolis, dans les Records of the Past., t. XII p 51 57 cf. Zeitschrift, 1874, p. 85 sqq.). Le Papyrus de Berlin n° VII est soi-disant, la copie d'un texte écrit sur l'un des murs du temple bâti pas Sanouasrît I  à Héliopolis (Lepsius, Denkm., VI, pl, 121 c ; cf. Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire, dans la Zeitschrift, 1870, p, 63). L'obélisque de Matariéh est probablement le seul débris visible de ce temple.

[95] Stèle de l'an XIV de Sanouasrît III (Lepsius, Denkm., II, pl. 136 a).

[96] Aujourd'hui Taoud. Table d’offrandes au nom de Sanouasrît 1er (Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire, dans la Zeitschrift, 1882, p. 123).

[97] D’après une inscription du grand temple, dans laquelle Amenemhaît et Sanouasrît sont mentionnés, sans qu'on y ait joint aucun prénom qui permette de savoir duquel des rois de ce nom il s'agit (Brugsch, Drei Festkalender, A I. 25).

[98] Louvre, C 5. 1., 4-7 ; cf. Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire, dans les Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne, t. I, p. 221.

[99] Elle fut ouverte par Maspero en 1882 et 1886, mais on ne put en examiner les chambres, tant elles étaient remplies d'eau : on constata pourtant qu'elle avait appartenu à Sanouasrît 1er (Maspero, Etudes de mythologie et d'archéologie, t. I, p. 148-149 ; Guide du Visiteur au Musée de Boulag, p. 222-223). Les fouilles de Gautier et Jéquier en 1895 ont confirmé cette identification et amené la découverte de onze statues de Sanouasrît 1er (Maspero, Guide du Visiteur au Musée du Caire, p. 47-48, n 1365.)

[100] E. de Bougé, Examen critique, p. 51 ; J. de Morgan, Dahchour, t. I, où les travaux qui ont amené l’ouverture de la pyramide sont racontés tout au long.

[101] Elles ont été explorées par Petrie, Kahun, Gurob, and Illahun, p. 5-8, 11, 12-17, 21-52, Illahun, Kahun and Gurob, p. 1-15, Hawara, Biahmu and Arsinoe, p. 38.

[102] Maspero, Guide du Visiteur au Musée du Caire, p. 417-423.

[103] Ils ont été découverts par M. de Morgan, et publiés en partie par lui dans Dahchour, t. I.

[104] Dans l'Heptanomide. Cf. Sur ces princes, Maspero, la Grande Inscription de Béni-Hassan, dans le Recueil, t. I, p. 160 sqq.

[105] Lepsius, Denkm., II, 140-143.

[106] Lepsius, Denkm., II, 122.

[107] Littéralement : « lorsqu’il y eut des années de faim ».

[108] Lepsius, Denkm., II, 122 ; Cf. Birch, On a remarkable inscription of the xiith dynasty ; Brugsch, Reiseberichten, p. 95 sqq., G. Inschr., p. 111-116.

[109] Lepsius, Denkm., II, pl. 120-130.

[110] Maspero, Du genre épistolaire, p. 50-62.

[111] Il est curieux de retrouver chez les alchimistes gréco-égyptiens (Berthelot, dans la Nouvelle Revue, 1884) la mention d'un livre égyptien nommé Khimas ou Khimis.

[112] Maspero, Du genre épistolaire, p. 49-50.

[113] Maspero, Du genre épistolaire, p. 66-67.

[114] Maspero, les Contes populaires de l'ancienne Égypte, p. 97-134.

[115] Maspero, Hymne au Nil, in-4°, Paris, 1868. Cf. p. 14-15 de cette histoire.

[116] Mariette, Catalogue, p. 200-261.

[117] Mariette, Abydos, I. pl. 21 a ; t. III, p. 29.

[118] La tentative la plus heureuse qu'on ait faite jusqu'a présent, pour restituer les parties du papyrus de Turin où sont énumérés les rois de cette dynastie et de la suivante, est celle de Lauth, Manetho und der Turiner Königspapyrus, p. 255 sqq.

[119] Brugsch, Geschichte Ægyptens, p. 180. La filiation est prouvée par plusieurs scarabées contemporains (Mariette, Mon. divers, pl. 48 j). Cf. Louvre, C 8.

[120] Lepsius, Denkm., II, 151, e-h.

[121] Hérodote, II, c.

[122] Sovkhotpou IV d’après E. de Rougé, VI d'après Brugsch.

[123] Lepsius, Denkm., II, 451 i.

[124] Sovkhotpou III de Brugsch. Geschichte, p. 185.

[125] E. de Rougé, Sur une inscription trouvée à Semnéh ; Lepsius, Denkm., II, 151 b et d.

[126] Statues de Sovkhotpou Skhemouaztoouïrî trouvée à Karnak (Mariette, Karnak, pl. 8 m), de Sovkhotpou Nibka… et de Sovkhotpou Mirkoourî, jadis conservées à Louqsor, dans la maison de France, aujourd’hui à Paris (Mariette, Karnak, pl. 8 k-l) ; bloc trouvé à Karnak, et portant les cartouches de Nofirhoptou Khâsoshshourî et de Sovkhotpou Khânofirri (Mariette, Karnak, n-o), etc.

[127] Louvre, A 46 ; une autre statue du même roi (A 7) est de provenance inconnue.

[128] Mariette, Abydos, t II, pl. 28-30.

[129] Louvre, C 14 et 12, traduction de Horrack, Sur deux stèles de l'Ancien Empire, dans Chabas, Mélanges égyptologiques, IIIe série, t 11, p. 205 sqq. Le nom du roi, que j’ai vérifié sur l'original une fois de plus, est bien Rànmàtan (Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire, dans les Mélanges, t. II, p 440), et non Rà-en-Maâ-ent (Wiedemann, Ægyptische Geschichte, t. I, p. 278, n. 4).

[130] Aujourd'hui au Musée du Caire (Mariette, Abydos, II, pl. 26, et III, p. 30).

[131] Mariette, Première et Deuxième lettres à M. le vicomte de Rougé sur les fouilles de Tunis. Cf. E. et J. de Rougé, Inscriptions recueillies en Egypte, pl. LXXVI, l’inscription d'une statue de Sovkhotpou Khânofirri trouvée à Tanis.

[132] Brugsch, Histoire, t  I, p. 71-72.

[133] Cette théorie, qui est de Lepsius, a été combattue dés sa naissance par M. de Rougé, Examen critique, deuxième article, p. 50 sqq. ; elle paraît être abandonnée aujourd'hui.

[134] Xoïs est aujourd'hui Sakha (Champollion, l'Égypte sous les Pharaons, t. II, p. 211-225).

[135] Voici, rétablie en son entier, la série des Pharaons de la XII dynastie :

Depuis une dizaine d'années, une partie de l'école allemande a réduit considérablement la durée du Premier Empire thébain et de la domination des Hyksôs, en s'autorisant d'une mention d'un lever héliaque de Sirius dans un document écrit sous la XIIe dynastie celle-ci aurait régné entre le XXIe et le XIXe siècle avant J.-C. Sans entrer dans le détail, il suffit pour le moment d'indiquer qu'en admettant cette donnée, l’espace manque pour placer convenablement les XIIIe, XIVe, XVe, XVIe  et XVIIe  dynasties. Si les chiffres fournis par Manéthon pour l’époque sont trop forts, ceux de l'école allemande sont trop faibles.