Nous
n'avons point fait précéder ce récit par un préambule sur les précédentes
époques de la Révolution, parce que nous nous proposons d'écrire l'histoire
des Constituants. Cette histoire sera ainsi le préambule de celle des
Girondins. Nous
n'avons pas reproduit avec la minutieuse servilité d'un annaliste
les innombrables détails parlementaires ou militaires de tous les événements
de ces quarante mois. Deux ou trois fois, nous avons, pour grouper les choses
et les hommes par masses, interverti des dates très-rapprochées et sans
importance. Nous
avons écrit après une scrupuleuse investigation des faits et des caractères.
Nous ne demandons pas foi sur parole. Bien que nous n'ayons pas embarrassé le
récit de notes, de citations et de pièces justificatives, il n'y a pas une de
nos assertions qui ne soit autorisée soit par des mémoires authentiques, soit
par des mémoires inédits, soit par des correspondances autographes que les
familles des principaux personnages ont bien voulu
nous confier, soit par des renseignements oraux et véridiques, recueillis de
la bouche des derniers survivants de cette grande époque. Si
quelques erreurs de fait ou d'appréciation nous ont néanmoins échappé, nous
serons prêt à les reconnaître et à les réparer dans
les éditions suivantes sur les preuves qu'on voudrait bien nous communiquer.
Nous ne répondrons pas une à une aux négations ou aux contradictions que ce
livre pourrait susciter. Ce serait un fastidieux commerce de lettres et de
répliques dans les journaux. Mais nous prendrons note de toutes ces
observations, et nous y répondrons en masse par nos preuves et par nos
textes, après un certain laps de temps. Nous ne cherchons que la vérité, et
nous rougirions de faire de l'histoire la calomnie des morts. Quant
au titre de ce livre, nous ne l'avons pris qu'à défaut d'autre mot, pour
désigner un récit. Ce livre n'a pas les prétentions de l'histoire, il ne doit
pas en affecter la solennité. C'est une œuvre intermédiaire entre l'histoire
et les mémoires. Les événements y tiennent moins de place que les hommes et
les idées. Les détails intimes y abondent. Les détails sont la physionomie
des caractères ; c'est par eux qu'ils se gravent dans l'imagination. De
grands écrivains ont déjà écrit les fastes de celte époque mémorable.
D'autres les écriront bientôt. On nous ferait injustice en nous comparant à
eux. Ils ont fait ou ils feront l'histoire d'un siècle ; nous n'avons fait
qu'une Étude sur un groupe d'hommes et sur quelques mois de la Révolution. Paris, 1er mars 1847. |