Destruction des
Janissaires (1826). — Les réformes. — Révolte de Méhémet-Ali (1831). Bataille
de Koniéh (1832) : traité d'Unkiar-Skélessi. — Rapports entre l'Égypte et la
Turquie ; bataille de Nézih (1839). Mort de Mahmoud ; son caractère.
Destruction des Janissaires (1826).
Imbu
des idées réformatrices de son cousin Sélim III, Mahmoud avait attendu
patiemment le moment propice pour mettre ses projets à exécution. Avant tout,
il fallait réorganiser l'armée d'après la tactique européenne afin de faire
disparaître l'infériorité militaire des Osmanlys et remédier à
l'indiscipline, source des revers des armes ottomanes. Ce résultat ne pouvait
être obtenu tant que les Janissaires ne seraient pas brisés ; ils étaient la
pierre d'achoppement de toutes les innovations, de toutes les améliorations.
Cette milice, autrefois si redoutable à l'ennemi, n'était plus que la terreur
des sultans et de la population paisible ; elle constituait une charge des
plus onéreuses pour le Trésor en même temps qu'une non-valeur militaire. Elle
comprenait quatre divisions : Djemaat (troupe), Beuluk (troupe), Seymen ou Segban
(valets
de chien), Adjemi-Oglans
(novices), composant un ensemble de 229
ortas ou odas, dont 77 tenaient garnison dans la capitale. La division
Adjemi-Oglan, forte de 34 ortas, restait constamment à Constantinople, même
en temps de guerre. C'était dans ces compagnies que les recrues faisaient leur
apprentissage militaire et y étaient instruites dans la religion musulmane
par des Khodjas préposés à cet effet. « On ne forçait cependant pas les
jeunes chrétiens à changer de foi ; les principes du gouvernement s'y
opposaient aussi bien que les préceptes du Cour'ann, et si des officiers, mus
par leur fanatisme, usaient quelquefois de contrainte, leur conduite à cet
égard pouvait être tolérée, mais elle n'était jamais autorisée par les chefs[1]. » Dans la
suite on négligea insensiblement d'enrôler les chrétiens, on donna la
préférence aux enfants et aux parents des Janissaires. Mais les troubles
intérieurs et les revers éprouvés à l'extérieur, le manque de soldats,
forcèrent Ouzdemir-Osman-Pacha, et après lui Sinan-Pacha, à recevoir dans le
corps des Janissaires des gens de toutes les classes et de toutes les nations
de l'empire ; il y entra même des vagabonds et des brigands. Dès lors ce
corps se recruta parmi toutes sortes d'aventuriers ; les nègres seuls en
furent exclus. Fixé par Mohammed II à 12.000 hommes, porté par Suleyman à 40.000,
par Murad III à 60.000, par Mohammed III à 101,6.00, le nombre des
Janissaires atteignit le chiffre de plus de 200.000 dans les premières
années.de Mohammed IV. En 1652, le grand-vézir Terkhoudji-Ahmed-Pacha essaya
de ramener à des proportions normales le corps des Janissaires : il fixa le
chiffre de 55.000 hommes, mais une révolte des soldats réformés força
Murad-Pacha (1655) à le doubler. Il
était impossible d'évaluer l'effectif réel des Janissaires ; l'agha,
lui-même, l'ignorait à cause de l'infidélité des états de solde qui lui
étaient présentés par les chefs des ortas que l'on payait toujours comme si
elles étaient au grand complet. Les billets de solde que s'appropriaient
ainsi les officiers se négociaient couramment dans le public. On cachait avec
soin le décès d'un soldat, soit en activité de service, soit vétéran ou
invalide, et dans le premier cas l'officier de la compagnie, dans le second,
un parent, continuaient à toucher la paye. Mustapha III tenta de faire cesser
ces abus. Traversé par ses ministres dans ses projets de réformes, il
s'adressa directement à l'agha des Janissaires, Kior-Husséïn, et réclama son
assistance pour mettre fin à ces dilapidations. L'agha répondit franchement
qu'il le seconderait de toutes ses forces, et qu'au lieu de quinze cents
bourses qu'il recevait de l'État, par quartier, il se contenterait de la
moitié et qu'il répondait de ses Janissaires, mais d'eux seuls. « Que
voulez-vous dire ? » interrompit le sultan. « Vous ignorez donc, Seigneur,
répondit l'agha, que les Janissaires de la capitale ne touchent effectivement
que sept cent cinquante bourses par quartier, et que le reste de la somme
passe dans la maison des ulémas, des ministres, des officiers du sérail. Il
ne faut qu'un ordre, qu'un mot de Votre Majesté pour arrêter ces déprédations
; mais ce mot doit être prononcé avec force et soutenu avec constance. »
Mustapha n'osa le prononcer ce mot que lui demandait l'agha, et le désordre
prit de telles proportions, qu'en 1778 l'agha Tchélébi-Mohammed-Pacha étant tombé
en disgrâce et ayant été condamné à voir ses biens confisqués, on trouva chez
lui pour 38.609 piastres (150.000 fr.) par an, de billets de solde et chez son trésorier
pour la valeur de 28.700. Le
nombre des soudoyés s'élevait, à la fin du dix-huitième siècle, à 400.000 ;
on en comptait à peine 20.000 rassemblés[2]. Par leur turbulence, leur
esprit d'insubordination, leur amour du désordre, leurs insolences et leurs
séditions perpétuelles, les Janissaires étaient une menace journalière pour
la sécurité et la prospérité de l'empire. « Ces coursiers fougueux,
bondissant en liberté dans les pâturages du désordre, se considéraient comme
les rois du pays, entretenaient le feu sous la chaudière de la sédition et
limaient le collier de l’obéissance[3]. » Ce
n'était plus qu'un ramassis de gens sans aveu, sortis de la lie de la
population, et qui s'enrôlaient uniquement pour s'assurer l'impunité. Les uns
s'emparaient des boutiques des maraîchers, faisaient main basse sur les
provisions, les vendaient à leur profit et poussaient l'audace jusqu'à
réclamer aux propriétaires spoliés de l'argent pour frais de criée et de
pesée. D'autres, sous prétexte de protéger la cargaison des navires
exigeaient une part des bénéfices et ils avaient soin de prendre la plus
grosse. L'incendie était un des moyens qu'ils employaient le plus fréquemment
pour satisfaire leur soif de pillage et de débauches. L'opinion
publique, lasse de leurs excès, s'était tournée contre eux : l'armée les
méprisait à cause de leur lâcheté devant l'ennemi : « ce sont des vieilles
femmes, qui vivent sur leur ancienne réputation, disait un pacha, et qui ne
sont plus bonnes à rien. » Les ulémas, qui jusqu'alors les avaient couverts
de l'égide de la religion, commençaient à les abandonner, irrités de leurs
railleries et du manque de respect. En 1826, le sultan résolut d'agir : « il
crut enfin le moment venu de s'ouvrir par le glaive un chemin au bonheur
public en coupant ces buissons d'épines qui s'opposaient à sa marche et
déchiraient son manteau impérial[4]. » Une
assemblée générale de tous les hauts fonctionnaires de l'empire et des
principaux officiers des Janissaires fut convoquée chez le mufti. Le
grand-vézir Mohammed-SelimPacha fit ressortir l'avilissement où
l'insubordination, l'ignorance et la lâcheté avaient fait tomber le corps des
Janissaires ; il fit appel aux lumières des membres de l'assemblée pour
sauver l'empire. La nécessité des réformes ayant été unanimement reconnue, le
mektoubdji du grand-vézir lut un projet d'ordonnance pour la formation d'un
corps d'infanterie régulière, instruit à l'européenne. «
Autrefois les Janissaires étaient des soldats actifs, touchant la solde
portée en leurs noms sur les rôles. En campagne ils étaient tous sous les
drapeaux, obéissant aux ordres de leur chefs. En l'année 1152[5], lors de la guerre de Morée et
de la conquête de Napoli, des akindjis, par l'entremise de personnages
imprévoyants, obtinrent, quoique valides, des traitements de retraite et
introduisirent parmi les retraités la funeste coutume de vendre des billets
de paye à des individus étrangers à l'armée. Insensiblement cet abus a pris
de telles proportions que l'odjak n'a presque plus compté d'hommes de guerre
; la désorganisation s'est mise dans ce corps ; à la faveur du désordre des
espions s'y sont glissés et ont attisé le feu de la sédition. Nos ennemis
n'ont pas manqué de saisir cette occasion de nous nuire, ils ont osé porter
leurs mains impures sur la blancheur éclatante de l'œuf de l'honneur
musulman. Vengeance ! peuple de Mahomet... Unissons nos efforts pour élever
devant notre pays le rempart d'une armée aussi instruite que brave, dont les
coups, dirigés par la victoire, iront détruire l'arsenal des inventions
guerrières de l'Europe chrétienne. « Les
éléments de force résident aujourd'hui dans l'étude, et la pratique des arts
militaires ; leur connaissance est indispensable pour lutter contre un ennemi
discipliné. Le Koran nous a tracé notre devoir ; ne dit-il pas : « Employez
pour vaincre les infidèles tous les moyens qui sont en votre pouvoir... »
Certain d'obéir aux prescriptions de la religion, le gouvernement, animé de
l'esprit du prophète, a résolu, pour affermir la puissance ottomane et rendre
au nom musulman tout son lustre, de créer un nouveau corps d'akindjis, tirés
de l'odjak des Janissaires. » Tels sont les considérants du projet. Suivaient
46 articles dont voici la substance : réorganisation du corps des Janissaires
; formation d'un corps, composé à raison de 150 hommes pour chacune des
cinquante et une odas des Janissaires à Constantinople ; introduction des
exercices européens ; avancement réglé par un tableau de roulement ;
allocation de pensions de retraite aux officiers et aux soldats qui se
distingueraient. Tous
les assistants apposèrent leurs cachets au bas de l'engagement écrit
d'employer toutes leurs forces à faire triompher les projets de Sa Hautesse ;
le mufti rendit un fetwa menaçant des peines les plus sévères quiconque
blâmerait les réformes ou chercherait à exciter des troubles. L'acte fut lu
ensuite aux officiers et aux sous-officiers des Janissaires et reçut leur
approbation. Le 12 juin, commencèrent sur l'Et-Meïdani les leçons d'exercice
pour les officiers. Mais la
nouvelle ordonnance était à peine promulguée qu'une révolte éclatait. Tous
les admirateurs du passé, tous les fanatiques crièrent au sacrilège et
ceux-là mêmes des chefs des Janissaires, qui avaient, les premiers, applaudi
à ces réformes, conspiraient en secret pour les faire avorter. Le
grand-vézir, « pour couper avec les ciseaux de la menace la langue des
bavards dangereux[6] », lança une proclamation
édictant la peine de mort contre ceux qui se permettraient de critiquer les
mesures arrêtées par le gouvernement. Cette menace hâta l'explosion du
complot. Dans la nuit du 16, les officiers subalternes et les soldats des
Janissaires se réunissent sur l'E t-Meïdani, et, au point du jour,
s'ébranlent aux cris de Mort aux donneurs de fetwas. Mahmoud se
trouvait alors à Béchiktach ; pendant qu'il revenait en toute hâte au sérail,
le grand-vézir ordonnait aux chefs de corps de réunir leurs troupes. Le
mufti, accouru un des premiers, convoqua à la défense du padischâh les
docteurs de la loi, les professeurs et les étudiants des médressés. Bientôt
le sultan arrive, déploie le sandjak-chérif et appelle les vrais croyants
sous l'oriflamme sainte. A la vue du drapeau du prophète, la population
entière se lève, se précipite sur la place du sérail, et se groupe autour «
du cyprès majestueux du jardin de la victoire, de l'étendard vert du prince
des prophètes[7]. » Les
Janissaires avaient formulé leurs exigences : ils ne poseraient les armes que
lorsqu'on leur aurait livré les auteurs de la nouvelle loi. Mais Mahmoud
n'était pas un de ces princes pusillanimes, trop heureux d'apaiser une
sédition hurlante, en lui jetant quelques têtes en pâture : des armes et des
munitions sont distribuées au peuple qui marche sur la mosquée d'Ahmed, aux
cris d'Allah eckbar ! Les
avant-postes des rebelles occupaient la mosquée de Sultan-Bayezid et toutes
les rues conduisant à Sultan-Akmed ; ils furent rapidement forcés et refoulés
dans l'Et-Meïdani[8] : le sanglier était acculé dans
sa bauge. Avant de commencer l'attaque, Ibrahim-Aga essaya de faire rentrer
les Janissaires dans le devoir ; « mais vouloir persuader des têtes
opiniâtres, c'est vouloir faire tenir une boule sur un dôme[9]. » Le feu est ordonné, mais les
canonniers hésitent ; un moment de faiblesse et tout est perdu : un officier
déterminé, Kara-Djehennen, court à un des canons, et tire son pistolet sur
l'amorce de la pièce : « La mitraille ouvrit une rue sanglante dans les rangs
des rebelles ; l'action était engagée. L'artillerie tonna de toutes parts,
une fusillade bien nourrie crépita comme grêle sur les masses confuses des
Janissaires éperdus et la bataille dégénéra bientôt en massacre. Ce fut une
véritable boucherie, on ne fit pas de quartier : les casernes où les fuyards
s'étaient retranchés furent incendiées et ceux qui avaient évité le fer,
périrent dans les flammes. On varie beaucoup sur le nombre des morts, les uns
le portent à 10.000, les autres à 20.000, quelques-uns plus haut encore. On
jeta tous ces cadavres à la mer, et pendant plusieurs mois, les poissons,
putréfiés de chair humaine, ne furent pas mangeables[10]. » Profitant
de la terreur inspirée par cette terrible répression, Mahmoud publia le
hatti-chérif suivant : « Nul n'ignore parmi les musulmans que c'est grâce à
la puissante influence de l'esprit religieux, que la monarchie ottomane a
pris naissance et a grandi de manière à embrasser successivement l'Orient et
l'Occident. Les Janissaires, régulièrement organisés, ont rendu à l'État de
grands services et souvent fixé la victoire sous nos drapeaux. Mais un
mauvais esprit s'est introduit parmi eux ; depuis un siècle, ils ont maintes
et maintes fois bravé l'autorité de leurs « chefs ; ils ont fui devant
l'ennemi. Leur indiscipline, leur lâcheté, ont livré nos provinces et nos
forteresses aux ennemis de la religion. Il fallait mettre fin à ces
désordres. Le grand-vézir, le mufti, les ulémas et tous les grands de
l'empire, réunis en assemblée générale, autour de l'étendard du prophète,
dans la mosquée de Sultan-Ahmed, ont décidé à l'unanimité la suppression de
l'odjak des Janissaires et la création de corps nouveaux qui, par leur
discipline et leur instruction militaires, soient capables de lutter contre
les ennemis. Les nouvelles troupes porteront le nom de soldats victorieux de
Mahomet. L'illustre vézir Hussein-Pacha les commandera. « Quiconque
osera agir ou parler contre le vœu universel sera châtié par le glaive. » Les réformes.
Mahmoud
ne s'arrêta pas là ; tous les gens sans feu ni lieu durent quitter la
capitale : 20.000 vagabonds furent expulsés et internés dans l'intérieur.
L'abolition de l'ordre des derviches Becktachis suivit de près celle des
Janissaires. Ces moines fanatiques, adversaires déclarés de toute innovation,
affiliés aux Janissaires, jouissaient d'une grande influence sur le bas
peuple, ils pouvaient devenir dangereux. On les accusa de professer des
maximes contraires au Koran et de faire de leurs tékés des lieux de débauche
et de prostitution : sur un fetwa, rendu par le mufti et les principaux
ulémas, les trois chefs les plus influents furent décapités, les tékés
détruits, l'ordre proscrit, tous ses membres chassés de Constantinople (10 juillet). Les sipahis, les silihdars,
les ouloufedjis disparurent, les autres milices subsistèrent, mais
entièrement modifiées et réorganisées d'après les principes suivis en Europe.
A la fin de l'année, 20,600 hommes étaient déjà rompus à la nouvelle
tactique. On a
agité la question de savoir si la suppression des Janissaires a été un bien
ou un mal pour l'empire ottoman. Les lignes suivantes du comte Pozzo di
Borgo, ambassadeur de Russie à Paris, écrites deux ans après, démontrent
victorieusement que Mahmoud, en détruisant cette soldatesque ingouvernable, a
trouvé une de ces illuminations du génie qui sauvent les empires. « L'empereur
a mis le système turc à l'épreuve et Sa Majesté l'a trouvé dans un
commencement d'organisation qu'il n'avait pas eue jusqu'ici. Si le Sultan a
pu nous opposer une résistance plus vive et plus régulière, tandis qu'il
avait à peine réuni les éléments de son nouveau plan de réformes et
d'améliorations, combien l'aurions-nous trouvé formidable dans le cas où il
aurait eu le temps de lui donner plus de solidité ![11] » La main
de fer du Sultan avait broyé tous les obstacles, mais la révolte, foudroyée
dans la rue, n'avait pas renoncé à la lutte et à la vengeance. Au mois
d'août, un incendie, allumé par les partisans des institutions condamnées,
détruisit la huitième partie de la ville : les pertes s'élevèrent à 150
millions de francs. Mahmoud ne fut pas au-dessous des circonstances : il
donna un abri dans le sérail et les palais impériaux à tous les malheureux
sans asile, il prodigua les secours de tout genre et fit rebâtir, à ses
frais, les marchés publics et une partie des boutiques. Il fut impitoyable
pour tous ceux contre qui s'élevait la moindre charge et combattit le
fanatisme par la terreur. Vers le milieu d'octobre, un vaste complot ourdi
par un ex-derviche, Souledji-Ahmed fut étouffé dans le sang. La
guerre avec la Russie entrava un moment, sans les arrêter, les nobles efforts
que tentait Sa Hautesse pour mettre son peuple au niveau des autres nations
de l'Europe. « Je veux, disait-il, faire le bien de mon pays et reconstruire,
sur les bases de la religion et d'après les principes de la loi, l'édifice
qui doit assurer le bonheur et le repos de mes sujets. » Son ardeur et sa
persévérance croissaient avec les difficultés : tout en poursuivant
activement la réorganisation de l'armée, il créait un ordre civil et
militaire le Nichan-Iftikar[12], et faisait publier un journal,
le moniteur ottoman. Pour mieux braver les préjugés, il introduisait les
coutumes et les usages de l’Occident, il donnait des fêtes, des concerts, des
bals à l'européenne, établissait la formalité des passeports, prohibait le
port du turban et prêchait d'exemple, en s'habillant à la franque. En vain
i'4ustapha-Pacha soulève l'Albanie, Reschid-Pacha, après une année de combats
et négociations, triomphe de la rébellion (1830). En vain les insurrections se multiplient en
Macédoine, en Bosnie, à Bagdad ; en vain le peuple de Constantinople témoigne
son mécontentement par plusieurs tentatives de brûler la ville, rien ne put
faire dévier le réformateur de la ligne de conduite qu'il s'était tracée. La
plus effrayante de ces manifestations populaires fut l'incendie du faubourg
de Pera, résidence des Européens : 10.000 maisons furent réduites en cendres
: « Dieu est grand, s'écrièrent les fanatiques, il a puni les ghiaours
de leur crime de Navarin. C'est ainsi que le prophète avertit le renégat
padischâh d'obéir à ses lois et de ne pas souiller le siège de son empire par
ses liaisons avec les infidèles. » En août
1834, fut créée une milice régulière et permanente sous le nom d'akaciri-redifeï-mançouri,
destinée à remplacer ces levées en masse qui ne produisaient que des bandes
de pillards, mais de soldats, point. Les écoles de marine, d'artillerie et du
génie, fondées par Mustapha III, s'ouvrirent de nouveau ; une école militaire
fut instituée sur le modèle de l'école de Saint-Cyr. Des bateaux à vapeur
sillonnèrent le Bosphore étonné ; un fetwa du mufti ordonna l'établissement
de quarantaines et de lazarets contre la peste. En même temps la Porte
renonçait à son système d'isolement et accréditait des ambassadeurs en
Europe. Enfin le sultan osa violer ouvertement une des prescriptions les plus
absolues du Koran : il fit frapper des monnaies à son effigie[13] et placarder son portrait dans
toutes les casernes[14]. C'en était trop pour les zélés
musulmans, ils coururent aux armes, à l'instigation des ulémas ; ils furent
écrasés : 4.000 cadavres furent jetés à la mer. Mahmoud était résolu à
faucher, sans relâche, tout ce qui se dresserait sur sa route. Le moindre
propos hostile fut puni de mort ; il fut interdit de stationner dans les
cafés, hors le temps nécessaire pour boire une tasse de café et fumer un
tchibouk. Le fanatisme poussait cependant les dévots à braver le sultan ; ils
recherchaient toutes les occasions de monter au ciel par le martyre. Entouré
de ses gardes, le padischâh traversait le pont qu'il avait fait construire
entre Stamboul et Galata, quand un derviche, appelé Scheikh-Satchili, et que
le peuple vénérait comme un saint, saisit la bride du cheval, en s'écriant : «
Ghiaour Padischâh, n'es-tu pas repu d'abominations ? Allah te demandera
compte de ton impiété. Tu ruines l'islamisme et attires la malédiction du
prophète sur nous tous ! » Les officiers essayèrent de lui faire lâcher prise
et le sultan, haussant les épaules dit : « C'est un fou ! » — « Fou,
reprit le derviche avec indignation, non ! je ne suis point fou. C'est toi,
Padischâh ghiaour, ce sont tes infâmes conseillers, c'est vous autres qui
êtes des insensés. L'esprit de Dieu parle par ma bouche ; je dois lui obéir
et confesser la vérité ; il m'a promis en récompense, la couronne du martyre.
» Son vœu fut exaucé : il fut conduit au supplice. Ce duel gigantesque entre
un homme et toute une nation dura tout le règne de Mahmoud : l'homme ne
faiblit pas un instant. Voulant
se rendre un compte exact de la situation de l'empire, et persuadé qu'il est
des choses que, seul, l'œil du maître peut apercevoir, il visita en détail
les provinces de l'Europe, « afin de mettre sous la protection de son ombre
éternelle les peuples et les rayas de ces contrées, en faisant luire à leurs
yeux la lumière d'équité et de miséricorde[15]. » Les établissements
militaires, les hôpitaux, les mosquées, furent surtout l'objet de sa
sollicitude ; il accueillit toutes les réclamations, écouta toutes les
plaintes, redressa tous les torts, donna satisfaction à tous les griefs et
affirma hautement sa volonté de voir la plus parfaite harmonie régner entre
tous ses sujets, sans distinction d'origine ni de culte (1837). Enfin, reconnaissant
l'insuffisance du Koran, jusqu'alors base de la jurisprudence ottomane, il
couronna son œuvre en préparant un code plus complet et en rapport avec les
mœurs modernes. Révolte de Méhémet-Ali (1831). Bataille de Koniéh (1832)
: traité d'Unkiar-Skélessi.
Pendant
que Mahmoud tirait l'empire de sa léthargie, de nouvelles complications
surgissaient qui menaçaient l'existence de la dynastie. La paix
était à peine signée avec la Russie que la Porte perdait Alger. L'insolence
du dey avait décidé le gouvernement français à en finir une bonne fois avec
ce nid de pirates. Malgré la jalousie et l'attitude menaçante de
l'Angleterre, malgré l'intervention du sultan, l'amiral Duperré appareilla,
et le 5 juillet le comte de Bourmont débarquait devant Alger, écrasait les
Arabes sur le plateau de Staouëli et s'emparait de la ville (1830). Alger
était depuis longtemps indépendant de fait, sa chute ne blessait que
l'orgueil ottoman, mais dans la lutte qui allait s'engager entre l'Égypte et
la Porte, le trône d'Osman était en jeu. Plus
heureux que son suzerain, Méhémet-Ali avait accompli dans ses États les mêmes
réformes, sans se heurter aux mêmes résistances. Mahmoud ne s'était pas
encore mesuré avec le préjugé et la routine, que le pacha avait transformé
son gouvernement ; son armée, organisée par le colonel Selves (Soliman-Pacha), commandée par des officiers
français, abondamment pourvue d'un matériel perfectionné, sans cesse tenue en
haleine par des expéditions contre les peuples voisins de l’Égypte, avait une
discipline qui manquait aux recrues ottomanes. Les embarras occasionnés au
sultan par la résistance du vieux parti turc, parurent à Méhémet-Ali offrir
le moment favorable pour la conquête de son indépendance ; cependant résolu à
ne jeter le masque qu'à la dernière extrémité, il chercha des prétextes pour
colorer sa révolte. Il commença par refuser de payer le tribut arriéré de
dix-huit mois, arguant que les sacrifices qu'il s'était imposé pendant la
dernière guerre en étaient largement l'équivalent ; enfin, ses démêlés avec
Abdullah, pacha d'Acre, lui fournirent l'occasion désirée. Sommé de retirer
la protection qu'il accordait à la contrebande des denrées de l'Égypte et de
livrer des fellahs qui avaient cherché un asile dans son gouvernement,
Abdullah refusa : aussitôt 50.000 hommes, commandés par Ibrahim, envahirent
la Syrie (20
octobre 1831). Dans
l'espace de quelques jours, Jaffa, Gaza, Kaïffa, sont enlevées et Abdullah
est cerné dans Acre. Le sultan ordonne à Méhémet-Ali de rappeler ses troupes
et de lui soumettre le différend, promettant bonne et prompte justice. Le
pacha répond en mettant pour condition à son obéissance l'investiture de la
Syrie. Un hatti-chérif le déclare fermanli (excommunié), et Hussein-Pacha reçoit
l'ordre de marcher contre les Égyptiens. Cependant Acre, quoique vaillamment
défendue, était à la dernière extrémité ; le 27 mai 1832, Ibrahim donna
l'assaut et, après une lutte désespérée, Abdullah fut forcé de se rendre.
L'armée ottomane, qui s'avançait au secours de la place, est battue devant
Damas qui ouvre ses portes au vainqueur (14 juin) ; le pacha d'Alep essaye en vain d'arrêter
Ibrahim à Homs, sur l'Oronte, il perd 3.000 hommes et toute son artillerie ;
Hussein-Pacha, l'exterminateur des janissaires, écrasé à son tour à Beïlan,
entre Alexandrette et Antioche, peut à peine rallier 10.000 hommes (29 juillet). Méhémet-Ali
renouvela alors sa demande des quatre pachaliks de la Syrie ; le sultan ne
voulut rien entendre, et une nouvelle armée fut confiée à Reschid-Pacha.
Brave, intelligent, énergique, doué de remarquables talents militaires, le
nouveau sérasker ne pouvait compter sur ses troupes, inexpérimentées, encore
mal exercées et démoralisées par leurs récents désastres. 30.000 Ottomans
restèrent sur le champ de bataille de Koniéh ; Reschid, désespéré de la fuite
de ses soldats, se jeta, le sabre au poing, au milieu des rangs ennemis : la
mort ne voulut point de lui ; il fut fait prisonnier et conduit à Ibrahim qui
le traita avec les plus grands égards (21 décembre). Le vainqueur était libre de
marcher sur Constantinople ; rien ne pouvait l'arrêter. L'entourage européen
de Ibrahim l'engageait vivement à précipiter sa marche ; il ne s'agissait
plus de la Syrie, mais de substituer une dynastie à une autre et de reconstituer
l'empire arabe. Méhémet-Ali n'avait pas cette hauteur de vues ni cette
élévation d'ambition, il ne désirait que l'indépendance et un agrandissement
territorial : ce conflit, qui pouvait devenir la lutte de deux nationalités,
resta circonscrit dans la sphère d'une guerre entre suzerain et vassal. Cependant
Ibrahim s'était avancé jusqu'à Brousse et menaçait Scutari ; Mahmoud effrayé
accepta les offres de secours que lui faisait, au nom du czar, le général
Mouravieff. Les représentations de l'ambassadeur de France, M. de Varennes,
portèrent cependant la Porte à reprendre les négociations avec Méhémet-Ali ;
mais les exigences de ce dernier avaient augmenté ; il ne se contentait plus
de la Syrie, il voulait en outre le district d'Adana. Le Divan déclara ces
conditions inadmissibles et Ibrahim marcha sur Scutari. Mahmoud appelle alors
les Russes qui débarquent 15.000 hommes dans la ville et se préparent à la
défendre. Effrayés de cette intervention, les ambassadeurs de France et
d'Angleterre démontrent ait sultan le danger de laisser la Russie prendre pied
au cœur de l'empire ; mieux vaut encore capituler devant le sujet rebelle. Le
sultan se laisse persuader et le 5 mai 1833, le vice-roi consent à évacuer
l'Asie Mineure, moyennant la cession des pachaliks d'Acre, d'Alep, de Tripoli
et de Damas, avec leurs dépendances. Ibrahim recevait l'investiture du
pachalik d'Adana. L'occident
avait abandonné la Turquie ; seule la Russie lui avait témoigné une sympathie
effective, et en apparence désintéressée ; Mahmoud, aveuglé par le
ressentiment, séduit par les promesses de Saint-Pétersbourg, signa avec
Nicolas un traité d'alliance offensive et défensive. Ce traité
d'Unkiar-Skelessi annihilait l'indépendance politique de la Porte, en
reconnaissant à une puissance étrangère le droit d'intervenir dans les
troubles intérieurs de l'empire : la Turquie se mettait à la merci de
l'autocrate de toutes les Russies. Rapports entre l'Égypte et la Turquie ; bataille de Nézih (1839).
Mort de Mahmoud ; son caractère.
La
querelle entre l'Égypte et la Turquie n'était pas vidée, elle n'était
qu'assoupie ; des deux côtés, en prévision d'une rupture, on pressait
activement les armements, et on se préparait en silence. Au commencement de
1834, une prise d'armes des montagnards de la Palestine, dont Ibrahim avait
châtié sévèrement les brigandages ; le mécontentement de la population
musulmane de Syrie, qui ne pouvait pardonner au fils de Méhémet-Ali d'avoir
proclamé et mis en pratique l'égalité des mahométans et des chrétiens ;
toutes ces causes firent concevoir au sultan l'espoir de se venger de son
rival et une armée ottomane envahit la Syrie. Ibrahim, vainqueur de
l'insurrection, prit position sur l'Euphrate et observa les mouvements de son
adversaire. La diplomatie européenne s'entremit : la Russie et l'Angleterre
poussaient le Grand-Seigneur à la guerre ; la France était ouvertement
disposée en faveur du vice-roi d'Égypte. Méhémet-Ali demanda l'hérédité de
ses possessions territoriales ; la Porte accéda à cette demande pour
l'Égypte, Acre et Tripoli, mais réclama la restitution du reste de la Syrie.
Le vice-roi brûla ses vaisseaux : il cessa de payer le tribut et se déclara
indépendant. La diplomatie travailla vainement à un accommodement ; sur les
conseils de la Russie, Mahmoud donna l'ordre à Hafiz-Pacha d'ouvrir les
hostilités. Le 21 avril 1839, la première colonne de l'armée turque franchit
le fleuve près de Bir, tandis qu'Ibrahim établissait son quartier général à
Alep et occupait Nezib, à trois lieues de Bir. Le sérasker n'avait pas
l'intention de forcer Ibrahim dans Alep ; son plan consistait à marcher
rapidement sur Damas. Il comptait sur un soulèvement des habitants de cette
ville, la plus fanatique de tout l'Orient musulman, sur la coopération des
montagnards de Naplouse et des Mutualis du Liban. Les Druses et les Maronites
de l'émir Beschir accoururent sous les drapeaux d'Ibrahim ; Méhémet,
profitant de la haine des Arabes contre les Ottomans, fit appel au désert.
Les scheïkhs des Bédouins envoyèrent 20.000 cavaliers et le chérif de la
Mecque offrit toute la population valide de l'Hedjaz. Le 29
juin, les deux armées se heurtèrent à Nezib : l'armée ottomane fut anéantie ;
Hafiz-Pacha se retira sur Marasch, abandonnant 160 pièces de canon. « Les
bagages, l'artillerie, un immense butin et bon nombre de prisonniers sont
entre nos mains, écrivait Ibrahim à son père. Je veux poursuivre les ennemis,
mais je n'en trouve plus. Après un combat de deux heures, l'armée ottomane
s'est débandée et a pris la fuite avec une telle précipitation que nous
n'avons pu la rejoindre. » Mahmoud
n'eut pas la douleur d'apprendre le triomphe du rebelle. Le 1er juillet, il
mourait subitement. Si
Mahmoud a été moins heureux que Pierre le Grand dans sa tentative de
rénovation, cela tient surtout à ce que Pierre le Grand a trouvé une nation
encore barbare, par cela même neuve, et qu'il était plus facile de façonner
et de pétrir ; Mahmoud, au contraire se heurtait à des institutions
séculaires : elles étaient nées et avaient grandi avec l'empire dont elles
avaient autrefois fait la force et la puissance. Le sabre les avait établies,
la victoire les avait consacrées, la religion les avait sanctifiées. La
Russie, née d'hier, n'avait pas à proprement parler d'histoire nationale, il
était moins dangereux d'innover ; elle n'avait pas fait trembler l'Europe,
elle qui était restée tributaire des Mongols pendant deux siècles ; il n'y
avait pas à lutter contre les souvenirs glorieux du passé ; elle faisait
partie de la religion de toute l'Europe, le christianisme, il n'était pas à
craindre de voir le fanatisme religieux s'élever contre les institutions
empruntées à des peuples chrétiens. Mahmoud devait obliger une nation
ignorante et pleine de mépris pour les autres peuples à reconnaître la
supériorité intellectuelle politique et militaire de ceux qu'elle dédaignait.
Pour la contraindre à adopter les idées, les mœurs, les coutumes de ceux
qu'elle regardait comme des chiens, il devait s'attaquer à tout ce qui était
l'objet du respect et de la vénération des musulmans. Il devait, lui chef
suprême de la religion, lui le khalife, l'ombre d'Allah sur terre, violer les
prescriptions les plus absolues de la loi religieuse et entrer en lutte avec
le livre saint, dicté au prophète par un messager céleste ! Cette tâche,
Mahmoud l'a entreprise sans hésiter. La
nation ottomane n'était pas mûre, a-t-on dit, pour ces réformes ; il eut
fallu d'abord dissiper la nuit de l'ignorance et du fanatisme, et préparer
lentement les esprits à l'introduction de la civilisation moderne. On a blâmé
la violence déployée pour briser les résistances et le despotisme avec lequel
il a imposé ses réformes. Main quand il s'agit de faire table rase des
croyances et des institutions d'un peuple, quand il s'agit de lui faire
adorer ce qu'il a brûlé, toutes les subtilités du parlementarisme
échoueraient ; l'autocratie seule a la force nécessaire pour vouloir et pour
pouvoir. Si la civilisation est fille du temps, si elle répugne à la force
brutale, il n'en est pas moins vrai que Mahmoud, en portant une main hardie
sur l'arche sainte, a ouvert au progrès une voie tellement large, qu'il ne
faudrait qu'un autre padischah, doué de la même force de volonté, pour
parachever son œuvre et triompher dei derniers obstacles. Pouvait-il, du
reste, choisir ses moyens et ajourner l'exécution de ses plans ? Non.
L'empire croulait de toutes parts, sous le poids des désordres intérieurs, de
la mauvaise administration, de la routine et de l'affaissement général des
institutions ; ses jours semblaient comptés. Aux situations désespérées il
faut des remèdes héroïques. Ce n'est point avec des constitutions qu'on sauve
les empires ; croit-on que Mahmoud eût pu accomplir ses réformes s'il avait
dû les soumettre à l'approbation d'une chambre élective ? Poser la question,
c'est la résoudre. A quelque point de vue qu'on envisage son œuvre, quel que soit le jugement sur l'opportunité et l'efficacité de ses réformes, sur les moyens adoptés pour les mener à bonne fin, Mahmoud II n'en restera pas moins la figure la plus énergique et la plus grande de la Turquie moderne. |
[1]
D'Ohsson.
[2]
Baron de Tott.
[3]
Essaad-Effendi, Histoire de la destruction des janissaires.
[4]
Essaad-Effendi, Histoire de la destruction des janissaires.
[5]
De l'hégire.
[6]
Essaad-Effendi.
[7]
Essaad-Effendi.
[8]
Il ne faut pas confondre l'Et-Meïdani (marché à la viande) avec l'At-Meïdani,
l'hippodrome des Grecs du Bas-Empire.
L'At-Meïdani se trouve derrière le sérail ; cette place
est bornée, d'un côté, par la mosquée de Sultan-Ahmed, des autres, par des
ruines ou des bâtiments particuliers.
L'Et-Meïdani se trouve au bout de l'At-Meïdan. C'était
sur cet emplacement que se faisaient les distributions de viande aux
janissaires ; leurs casernes se trouvaient tout autour.
[9]
Essaad-Effendi.
[10]
Théophile Gautier, Constantinople.
[11]
Dépêche du 19 novembre 1828.
[12]
Selim III avait créé, en 1798, une décoration représentant le soleil et une
étoile en or et en diamants, qu'il donna à des généraux, ministres européens et
à plusieurs de ses sujets chrétiens, mais il n'avait osé la conférer à aucun
Ottoman.
[13]
Mohammed II, le conquérant de Constantinople, avait été le seul souverain
ottoman qui eût fait frapper des pièces à son effigie. Elles portent en exergue
: Magnus princeps et magnus amiras Mahomet ; d'autres portent cette
inscription : Magni sultani Mahomet II imperatoris.
[14]
Au dix-huitième siècle, d'après d'Ohsson, qui affirme l'avoir vue, il existait,
au sérail, une collection des portraits de tous les sultans. Il était de la
plus grande difficulté, même pour les ambassadeurs, d'obtenir la permission de
visiter cette galerie. Ils ignoraient même presque tous ce fait. — Voyez
d'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, tome IV (première partie).
[15]
Essaad-Effendi.