HISTOIRE DE LA GRÈCE

TROISIÈME VOLUME

CHAPITRE III — MEMBRES DE L’AGRÉGAT HELLÉNIQUE, PRIS SÉPARÉMENT. - GRECS AU NORD DU PÉLOPONNÈSE.

 

 

Ayant dans le chapitre précédent parlé incidemment des Grecs comme agrégat, j’arrive maintenant à décrire séparément les portions dont se composait cet agrégat, comme elles se présentent à la première époque de l’histoire qu’on peut discerner.

Il a déjà été dit que les douze races ou subdivisions, membres de ce qu’on appelle l’assemblée amphiktyonique, étaient ainsi qu’il suit :

Au nord du défilé des Thermopylæ : les Thessaliens, les Perrhæbiens, les Magnêtes, les Achæens, les Meliens, les Ænianes, les Dolopes ;

Au sud du défilé des Thermopylæ : les Dôriens, les Ioniens, les Bœôtiens, les Lokriens, les Phokiens.

Les autres races helléniques non comprises parmi les Amphiktyons étaient :

Les Ætôliens et les Akarnaniens, au nord du golfe de Corinthe ;

Les Arkadiens, les Eleiens, les Pisans et les Triphyliens, au centre et à l’ouest du Péloponnèse : je ne nomme pas ici les Achæens, qui occupaient la côte méridionale ou Péloponnésienne du golfe de Corinthe, parce que l’on peut supposer qu’ils ont été dans l’origine de la même race que les Achæens de la Phthiôtis, et qu’alors ils faisaient partie du corps amphiktyonique, bien que leur connexion réelle avec ce corps ait pu tomber en désuétude ;

Les Dryopes, subdivision peu considérable, mais vraisemblablement particulière, qui occupait quelques points isolés sur le bord de lamer : Hermionê dans la péninsule Argolique ; Styros et Karystos en Eubœa ; l’île de Kythnos, etc.

Quoiqu’on puisse dire d’une manière générale que nous commençons, en 776 avant J.-C., à distinguer historiquement l’agrégat hellénique, séparément des illusions de la légende, cependant, relativement au nombre plus considérable de ses subdivisions que nous venons d’énumérer, c’est à peine si l’on peut dire que nous possédions quelques faits proprement dits antérieurs A l’invasion de Xerxês en 480 avant J.-C. Jusqu’à l’an 560 avant J.-C. (époque de Crésus en Asie Mineure, et de Pisistrate à Athènes), l’histoire des Grecs ne présente guère de traits d’un caractère collectif : les mouvements de chaque portion du monde hellénique commencent et finissent séparément du reste. La destruction de Kirrha par les Amphiktyons est le premier incident historique qui mette en jeu, pour la défense du temple de Delphes, un sentiment d’obligation active, commun aux Hellênes.

Mais vers 560 avant J.-C. on voit s’opérer deux changements importants qui altèrent le caractère de l’histoire grecque, en la dégageant de son premier chaos de détail et en centralisant ses phénomènes isolés : 1° l’asservissement des Grecs asiatiques par la Lydia et la Perse, suivi de leurs efforts pour s’émanciper, événements dans lesquels les Grecs d’Europe furent impliqués, d’abord comme personnages accessoires, et ensuite comme acteurs principaux ; 2° l’action combinée de la masse considérable des Grecs sous la domination de Sparte, qu’ils regardent comme leur État le plus puissant et leur chef reconnu, suivie de l’accroissement rapide et extraordinaire d’Athènes, du complet développement de la puissance maritime grecque et de là lutte entre Athènes et Sparte au sujet du premier rang. Bien que ces deux causes soient distinctes en elles-mêmes, on doit cependant les considérer comme agissant ensemble dans une certaine mesure, ou plutôt la seconde naquit de la première. Car ce furent les invasions des Perses en Grèce qui, pour la première fois, donnèrent naissance d une alarme et à une antipathie répandues au loin parmi les principaux Grecs contre les barbares de l’Orient, et les pénétra de la nécessité d’opérations actives en commun sous un chef, et nous ne devons pas appeler ce sentiment panhellénique, puisque plus de la moitié du corps amphiktyonique donna à Xerxès la terre et l’eau. L’idée, étrangère à l’esprit de Solôn ou de tout homme du même temps, d’un commandement ou hégémonie de la Hellas collective, comme privilège dont serait nécessairement investi un seul État pour assurer la sécurité commune contre les barbares, commença ainsi à circuler. Ensuite vint le développement miraculeux d’Athènes, et la lutte violente entre elle et Sparte pour savoir qui commanderait ; la plus grande portion de la Hellas prenant parti pour l’une ou pour l’autre, et la querelle commune avec les Perses étant pour le moment mise de côté. Athènes est abattue, Sparte acquiert l’hégémonie incontestée, et de nouveau le sentiment de haine contre les barbares se manifeste, bien que faiblement, dans les expéditions d’Agésilas en Asie. Mais les Spartiates, trop faibles soit pour mériter, soit pour conserver cette position élevée, sont renversés par les Thêbains, non moins faibles eux-mêmes, à l’exception du seul Epaminondas. La mort de ce seul homme suffit pour anéantir les prétentions de Thèbes à l’hégémonie. La Hellas, comme la Penelopê abandonnée de l’Odyssée, reste tourmentée par la rivalité de plusieurs prétendants, dont aucun n’est assez fort pour bander l’arc dont dépend le prix[1]. Une telle manifestation de force, aussi bien que le renversement et la destruction des prétendants rivaux, est réservée, non pas à un bras hellénique légitime, mais à un Macédonien à demi hellénisé[2] élevé à Pella, et exécutant ses empiétements graduellement en partant du nord de l’Olympos. L’hégémonie de la Grèce sort ainsi pour toujours des mains grecques ; mais le conquérant trouve de son intérêt de faire revivre, comme nom et prétexte, l’ancienne bannière de la haine des Perses, après qu’elle a cessé de représenter un sentiment réel ou sérieux, et a fait place à d’autres mouvements d’origine plus récente. La dévastation et le sacrilège jadis commis par Xerxès à Athènes sont vengés par l’anéantissement de l’empire des Perses : Et cet accomplissement victorieux de l’antipathie panhellénique jadis si puissante, le rêve de Xénophon[3] et des dis mille Grecs après la bataille de Kunaxa, l’espérance de Jason de Pheræ, l’exhortation d’Isocrate[4], le projet de Philippe achevé par Alexandre, tout en manifestant la puissance irrésistible des armes helléniques et macédoniennes dans l’état actuel du monde, sont en même temps la scène finale de la vie grecque indépendante. Les sentiments civiques de la Grèce deviennent dans la suite de simples forces secondaires, subordonnées h la prépondérance des Grecs mercenaires sous la domination macédonienne, et aux plus grossiers de tous les Hellênes indigènes, aux montagnards Ætoliens. On ne trouve en effet que quelques individus en petit nombre, même au troisième siècle avant J.-C., qui soient dignes des meilleurs temps de la Hellas, et la confédération achæenne de ce siècle est une tentative honorable faite pour lutter contre d’irrésistibles difficultés ; mais, en général, cette marche libre, sociale et politique, qui donne tant d’intérêt aux siècles antérieurs, est irrévocablement bannie de la Grèce après la génération d’Alexandre le Grand.

La brève esquisse qui précède montrera que, à prendre la période s’étendant depuis Crésus et Pisistrate jusqu’à la génération d’Alexandre (560-300 av. J.-C.), les phénomènes de la Hellas en général, et les rapports tant étrangers qu’interpolitiques, permettent qu’on les groupe ensemble en masses dépendant d’une manière continue d’une ou de quelques circonstances prédominantes et peu nombreuses. On peut dire qu’ils constituent une sorte d’épopée historique, analogue à celle qu’Hérodote a composée au moyen des guerres entre les Grecs et les barbares, à partir des légendes d’Iô et d’Europê jusqu’à la défaite et la fuite de Xerxès. Mais quand nous retournons à la période qui s’étend entre 776 et 560 avant J.-C., les phénomènes qui sont arrivés à notre connaissance sont en très petit nombre ; ils présentent peu de sentiments ou d’intérêts communs, et nulle tendance vers un but assignable quelconque. Pour donner de l’attrait à cette première période, si obscure et si ingrate, nous serons forcé de la considérer dans son rapport avec la seconde ; en partie comme préparation, en partie comme contraste.

Relativement aux Grecs en dehors du Péloponnèse au nord de l’Attique, pendant ces deux siècles, nous ne savons absolument rien : mais il sera possible de fournir quelque renseignement quant à l’ancienne condition et aux luttes des grands États dôriens dans le Péloponnèse, ainsi qu’à l’élévation de Sparte montant de la seconde à la première place dans l’échelle comparative des puissances de la Grèce. Nous commençons à connaître Athènes à l’occasion de la législation de Drakôn et de la tentative que fit Kylôn (620 av. J.-C.) pour usurper le pouvoir ; et nous recueillons quelques faits relatifs aux cités ioniennes en Eubœa et en Asie Mineure pendant le siècle de leur plus grande prospérité, avant le règne et les conquêtes de Crésus. C’est par là que nous nous formerons quelque idée de l’accroissement de Sparte et d’Athènes, du développement énergique et éphémère des Grecs ioniens et du lent travail de ces causes qui tendaient à accomplir le progrès du commerce mutuel entre Hellênes, en opposition avec le cercle agrandi d’ambition, les grandes idées panhelléniques, les antipathies de partis systématisées, et l’action plus énergique, tant en dehors qu’à L’intérieur, qui durent leur origine à la lutte avec la Perse.

Il y eut aussi pendant cette première période de l’histoire grecque deux ou trois manifestations remarquables qui demanderont une mention spéciale : 1. le grand nombre de colonies envoyées par des cités individuelles, et l’élévation et le progrès de chacune de ces colonies ; 2. le nombre des despotes qui s’élevèrent dans les diverses villes grecques ; 3. la poésie lyrique ; 4. les rudiments de ce qui plus tard, en mûrissant, devint la philosophie morale manifestée dans des gnômes ou aphorismes, c’est-à-dire l’époque des Sept Sages.

Mais avant d’arriver à relater ces premiers actes (par malheur trop peu nombreux) des Dôriens et des Ioniens pendant la période historique, en même temps que les autres faits dont je viens de parler, il sera à propos d’examiner les noms et les positions de ces autres États grecs sur lesquels nous n’avons pas de renseignement durant ces deux premiers siècles. On se formera ainsi quelque idée des membres moins importants de l’agrégat hellénique, avant le temps où ils seront appelés à agir. Nous commentons par le territoire situé au nord du défilé des Thermopylæ.

Des différentes races qui habitaient entre ce défilé célèbre et l’embouchure du fleuve Pêneios, celle qui de beaucoup était la plus puissante et la plus importante, c’était la race thessalienne. Quelquefois, en effet, toute cette étendue de pays passe sous le nom de Thessalia, depuis que nominalement, bien que non pas réellement, le pouvoir des Thessaliens, s’étendait sur le tout. Nous savons que la Trachinienne Hêrakleia, fondée par les Lacédæmoniens dans les premières années de la guerre du Péloponnèse, tout prés du défilé des Thermopylæ, était placée dans le territoire des Thessaliens[5]. Mais il y avait également en deçà de ces limites d’autres races, inférieures et soumises aux Thessaliens, qui, disait-on, étaient cependant d’une date plus ancienne, et des subdivisions certainement aussi pures du nom hellénique. Les Perrhæbi[6] occupaient la portion septentrionale du territoire situé entre le cours inférieur du fleuve Pêneios et le mont Olympos. Les Magnêtes[7] habitaient le long de la côte orientale, entre l’Ossa et le Pélion, d’un côté, et la mer Ægée de l’autre, comprenant le cap vers le sud-est et la côte orientale du golfe de Pagasæ jusqu’à Iôlkos. Les Achæens occupaient le territoire appelé Phthiôtis, s’étendant depuis le voisinage du mont Pindos à l’ouest, jusqu’au golfe de Pagasæ à l’est[8], le long de la chaîne de montagnes de l’Othrys avec ses projections latérales se dirigeant au nord dans la plaine de la Thessalia, et au sud même jusqu’à sa jonction avec l’Œta. Les trois tribus des Maliens habitaient entre l’Achæa Phthiôtis et les Thermopylæ, comprenant à la fois Trachin et Hêrakleia. A l’ouest de l’Achæa Phthiôtis, la haute région du Pindos ou Tymphrêstos, avec ses pentes, tant à l’ouest qu’à, l’est, était occupée par les Dolopes.

Ces cinq tribus ou subdivisions, Perrhæbiens,,Magnêtes., Achæens de la Phthiôtis, Maliens et Dolopes, avec certaines tribus des Epirotes et des Macédoniens en outre, au delà des bornes du Pindos et de l’Olympos, étaient dans un état de dépendance irrégulière vis-à-vis des. Thessaliens, qui occupaient la plaine ou bassin central dont les eaux s’écoulaient dans le Pêneios. Ce fleuve reçoit les cours d’eau de l’Olympos, du Pindos et de l’Othrys ; il coule à travers une région que ses habitants supposaient avoir été un lac, jusqu’à ce que Poseidôn ouvrit le défilé de Tempé, par lequel les eaux trouvèrent une issue. Quand on voyage au nord des Thermopylæ, le commencement de cette fertile région, le plus vaste espace de terre d’hile fécondité continue que présente la Hellas, se fait surtout remarquer par le roc à pic et l’ancienne forteresse de Thaumaki[9] ; de là le voyageur, franchissant les montagnes de l’Achæa Phthiôtis et de l’Othrys, voit devant lui les plaines et les pentes basses qui s’étendent au nord à travers la Thessalia jusqu’à l’Olympos. Une bande étroite de coite, dans l’intérieur du golfe de Pagasæ, entre les Magnêtes et les Achæens, et contenant les villes d’Amphanæon et de Pagasæ[10], appartenait à ce territoire propre de la Thessalia, mais elle s’étendait surtout à l’intérieur des terres : elle comprenait les villes suivantes, Pheræ, Pharsalos, Skotussa, Larissa, Krannôn, Atrax, Pharkadôn, Trikka, Metropolis, Pelinna, etc.

L’abondance de blé et de bétail fourni par les plaines voisines entretenait dans ces villes une population nombreuse et, avant tout, une noblesse orgueilleuse et désordonnée, dont les mœurs avaient beaucoup de ressemblance avec celles des temps héroïques. Ces nobles étaient violents dans leur conduite, ardents aux querelles armées, mais non habitués à la discussion ni aux compromis politiques ; sans foi dans leurs engagements, mais en même temps généreux dans leur hospitalité et très adonnés aux plaisirs de la table[11]. Élevant les plus beaux chevaux de la Grèce, ils étaient distingués pour leur supériorité comme cavalerie ; mais on parle peu de leur infanterie, et les cités thessaliennes ne semblent pas non plus avoir possédé cette collection de citoyens libres et passablement égaux, chacun maître de ses propres armes, dont se composaient les rangs des hoplites. Les nobles belliqueux, tels que les Aleuadæ à Larissa, ou les Skopadæ à Krannôn, dédaignant tout si ce n’est le service de la cavalerie pour eux-mêmes, tiraient de leurs immenses troupeaux dans la plaine des chevaux pour monter les soldats plus pauvres. Ces cités thessaliennes montrent la limite extrême de l’oligarchie turbulente, foulée aux pieds à l’occasion par quelque homme d’une grande énergie, mais peu tempérée par ce sentiment d’union politique et de respect pour la loi établie, que l’on trouvait dans les meilleures parmi les villes de la Hellas. On verra ce sentiment tant à Sparte qu’à Athènes, si différentes l’une de l’autre sous beaucoup de rapports, et si, d la vérité, il ne prédomine pas constamment, il est cependant toujours présent et agit sans cesse. Toutes deux présentent avec Larissa et Pheræ un contraste ayant quelque analogie avec celui qui existait entre Rome et Capua ; les premières avec leurs interminables disputes civiles dirigées constitutionnellement, admettant l’action unie des partis contre mi ennemi commun ; les secondes avec leur sol fécond enrichissant une fastueuse oligarchie et entraînées dans les querelles de leurs grands propriétaires, les Magii, les Blossii et les Jubellii[12].

Les Thessaliens sont, en effet, pour lé caractère et les qualités, autant Epirotes ou Macédoniens que Hellènes ; ils forment une sorte de chaînon entre ‘les deux races. Car, bien que les Macédoniens aient été exercés plus tard d’après les principes grecs par le génie de Philippe et d’Alexandre, de manière à composer la célèbre phalange pesamment armée, ils étaient primitivement (même dans la guerre du Péloponnèse) distingués surtout par la supériorité de leur cavalerie, comme les Thessaliens[13] ; tandis que le chapeau aux larges bords ou Kausia, et le manteau court et large ou chlamys étaient communs aux deux peuples.

On nous dit que les Thessaliens abandonnèrent dans l’origine la Thesprotia, en Epeiros, et vinrent conquérir la plaine du Pêneios, qui (selon Hérodote) était alors appelée polis, et qu’ils trouvèrent occupée par les Pélasges[14]. On peut douter que les grandes familles thessaliennes, telles que les Aleuadæ de Larissa, descendants d’Hêraklês, et placées par Pindare sur le môme niveau que les rois lacédæmoniens[15], eussent admis cette origine thesprotienne ; elle ne coïncide pas non plus avec le sens de ces légendes qui représentent l’éponyme Thessalos comme fils d’Hêraklès. De plus, il est à remarquer que les Thessaliens parlaient une langue hellénique, variété du dialecte Æolien[16] ; c’était le même idiome (autant que nous pouvons le connaître) que celui du peuple qu’ils avaient dû trouver établi dans le pays lors de leur première conquête. Si donc il est vrai qu’à quelque époque antérieure, au commencement de l’histoire authentique, un corps de guerriers thesprotiens franchirent les défilés du Pindos et s’établirent comme conquérants en Thessalia, nous devons supposer qu’ils ont été plus belliqueux que nombreux et qu’ils ont graduellement abandonné leur idiome primitif.

Sous d’autres rapports, la condition de la population en Thessalia, telle que nous la trouvons pendant la période historique, favorise la supposition d’un, mélange primitif d’un peuple conquérant et d’un peuple conquis : car il semble qu’il y avait chez les Thessaliens et leurs sujets une triple gradation, quelque peu analogue à celle de la Laconie. D’abord une classe de riches propriétaires, répartis dans les villes principales, possédant la plus grande partie du sol et constituant des oligarchies séparées, unies entre elles par des liens peu serrés[17]. Ensuite les Achæens, les Magnêtes, les Perrhæbi soumis, différant des Periœki laconiens en ce point qu’ils conservaient leur ancien nom de tribu et leur privilège amphiktyonique séparés. En troisième lieu, une classe de serfs ou cultivateurs dépendants, correspondant aux Ilotes laconiens, qui, labourant les terres des opulents oligarques, payaient en proportion de leur produit, fournissaient la suite dont s’entouraient les grandes familles, servaient comme suivants dans la cavalerie et étaient dans une condition de villénage, toutefois avec cette réserve importante qu’ils ne pouvaient être vendus hors du pays[18], qu’ils avaient une tenure permanente quant au sol et qu’ils conservaient mutuellement les relations de famille et de village. Cette classe d’hommes en Thessalia appelée les Penestæ dont on vient de parler est assimilée par tous les anciens auteurs aux Ilotes en Laconie, et Platon et Aristote signalent le danger attaché a un tel arrangement social dans les deux cas. Car les Ilotes aussi bien que les Penestæ avaient leur propre idiome commun et leurs sympathies mutuelles, aile résidence séparée, des armes et du courage ; jusqu’à un certain point aussi ils possédaient les moyens d’acquérir du bien, puisqu’on nous dit que quelques-uns des Penestæ étaient plus riches que leurs maîtres[19]. De si nombreux moyens d’action, combinés avec une position sociale dégradée, donnaient naissance à des révoltes fréquentes et û d’incessantes appréhensions. En règle générale, effectivement, la culture du sol par des esclaves ou des subordonnés, ail bénéfice de propriétaires dans les villes, prévalait dans le plus grand nombre des parties de la Grèce. Les hommes riches de Thèbes, d’Argos, d’Athènes Ou d’Elis ont dû se procurer leurs revenus de la même manière ; mais il semble qu’il y avait souvent dans d’autres endroits un mélange plus considérable d’esclaves étrangers achetés, et aussi que le nombre, le sentiment de camaraderie et le courage de la population dégradée des villages n’étaient nulle part aussi grands qu’en Thessalia et en Laconie. Or on attribue l’origine des Penestæ en Thessalia à la conquête du territoire par les Thesprôtiens, comme on rapporte celle des Ilotes en Laconie à la conquête dôrienne. Les vainqueurs dans les deux pays firent, disait-on, avec la population vaincue une convention en vertu de laquelle les derniers devenaient serfs et labouraient la terre au bénéfice des premiers, mais étaient en même temps protégés dans leurs fermes, constitués sujets de l’État et assurés de ne pas être vendus comme esclaves. Même dans les villes thessaliennes, bien qu’habitées en commun par des propriétaires thessaliens et leurs Penestæ, les quartiers assignés aux uns et aux autres étaient largement séparés : aucun Penestês ne pouvait mettre le pied dans ce qu’on appelait l’Agora libre, à moins d’y être spécialement convoqué[20].

Quel était le peuple que la conquête de la Thessalia par les Thesprôtiens réduisit à cette condition de serfs attachés à la glèbe, c’est un point que nous trouvons différemment présenté. Selon Théopompe, c’étaient des Perrhæbiens et des Magnètes ; selon d’autres, c’étaient des Pélasges ; tandis qu’Archemachus prétendait que c’étaient des Bœôtiens du territoire d’Arnê[21], quelques-uns émigrant pour échapper à la conquête, d’autres restant et acceptant la condition de serfs. Mais la conquête, en l’admettant nomme un fait, eut lieu à une époque trop reculée pour nous permettre de reconnaître soit la manière dont elle eut lieu, soit l’état de choses qui la précéda. Les Pélasges qu’Hérodote vit à Krêstôn étaient, d’après son témoignage, les descendants de ceux qui avaient quitté la Thessalia pour échapper[22] à l’invasion thesprotienne ; bien que d’autres soutinssent que les Bœôtiens, chassés à cette occasion de leurs habitations sur le golfe de Pagasæ, près des Achæens de la Phthiôtis, se jetèrent sur Orchomenos et la, Bœôtia et s’y établirent en chassant les Minyæ et les Pélasges.

En négligeant les légendes relatives à ce sujet et en nous renfermant dans les temps historiques, nous trouvons une quadruple division établie en Thessalia, qui, dit-on, y fut introduite à l’époque d’Aleuas, le premier auteur réel ou mythique des puissants Aleuadæ : la Thessaliôtis, la Pelasgiôtis, l’Histiæôtis, la Phthiôtis[23]. La Phthiôtis comprenait les Achæens, dont les villes principales étaient Melitæa, Itônos, Thebæ Phthiotides, Alos, Larissa Kremastê et Peleon, sur la côte occidentale du golfe de Pagasæ ou près d’elle. Dans l’Histiæôtis, au nord du Peneios, se trouvaient les Perrhæbiens avec de nombreuses villes dans de fortes positions, mais d’une grandeur ou d’une importance médiocre ; ils occupaient les défilés de l’Olympos[24] et sont quelquefois considérés comme s’étendant à l’ouest d’un côté du Pindos à l’autre. La Pelasgiôtis renfermait les Magnâtes, avec ce que l’on appelait la plaine pélasgique confinant au côté occidental du Pélion et de l’Ossa[25]. Dans la Thessaliôtis étaient compris la plaine centrale de la Thessalia et le cours supérieur du fleuve Pêneios. Telle était la classification n politique de la puissance thessalienne, faite pour convenir à une époque où les villes séparées étaient maintenues dans une action harmonieuse par des circonstances favorables ou par quelque ascendant individuel et énergique ; car leur union était en général interrompue et irrégulière, et nous trouvons certaines villes se tenant à l’écart pendant que les autres allaient à la guerre[26]. Bien que toutes reconnussent en théorie un certain lien politique et des obligations de diverses espèces à l’égard d’une autorité commune, et qu’un chef ou Tagos[27] fût nommé pour imposer l’obéissance, cependant il arrivait fréquemment que les disputes des cités entre elles empêchaient le choix d’un Tagos ou le forçaient à quitter le pays et réduisaient l’alliance à n’être guère que nominale. Larissa, Pharsalos[28] et Pheræ, chacune avec son groupe de villes dépendantes comme secondaires, semblent avoir été presque sur un pied d’égalité quant à la force et déchirées toutes par des factions intestines, de sorte que non seulement la suprématie sur des sujets communs se relâcha, mais même les moyens de repousser des envahisseurs furent fort affaiblis. La dépendance des Perrhæbiens, des Magnêtes, des Achæens et des Maliens pouvait dans ces circonstances être souvent lâche et légère. Mais la condition des Penestæ, qui occupaient les villages appartenant à ces grandes cités, dans la plaine centrale de la Pelasgiôtis et de la Thessaliôtis, et d’où les Aleuadæ et les Skopadæ tiraient leur surabondance de produit foncier, cette condition, disons-nous, ne fut nullement adoucie, si même elle ne fut pas aggravée par ces divisions constantes. Il ne manqua pas non plus de cas ou les mécontents de cette classe sujette furent employés par des membres de l’oligarchie indigène[29], ou même par dés États étrangers, dans le but d’effectuer des révolutions politiques.

Quand la Thessalia a son Tagos, tous les peuples voisins lui payent tribut ; elle peut mettre en campagne six mille cavaliers et dix mille hoplites ou infanterie pesamment armée[30], faisait remarquer Jason, despote de Pheræ, à Polydamas de Pharsalos, quand il tâchait de le déterminer à seconder ses prétentions à cette dignité. On réalisait alors avec les arrérages l’impôt, vraisemblablement considérable, dû par les tributaires, et l’on appliquait en toute rigueur les droits sur les importations dans les ports du golfe de Pagasæ, droits imposés au bénéfice de la confédération ; mais la remarque prouve que, si la Thessalia unie par la concorde était très puissante, ses périodes de concorde n’étaient qu’accidentelles[31]. Parmi Ies nations qui payaient ainsi tribu à la puissance thessalienne dans sa plénitude, nous pouvons compter non seulement les Perrhæbi, les Magnêtes, et les Achæens de la Phthiôtis, irais encore les Maliens et les Dolopes, et diverses tribus d’Epirotes s’étendant à l’ouest du Pindos[32]. Nous pouvons faire remarquer qu’ils étaient tous (à l’exception des Maliens) armés de javelines ou armés è, la légère, ne servant pas en rangs avec la panoplie complète, fait qui, en Grèce, compte comme une preuve présomptive d’une civilisation moins avancée ; les Magnêtes aussi avaient un costume étroit particulier, probablement approprié aux mouvements dans une contrée montagneuse[33]. Il y eut même un temps où la puissance thessalienne menaça de s’étendre au sud des Thermopylæ et de subjuguer les Phokiens, les Dôriens et les Lokriens. Les Phokiens furent tellement alarmés de ce danger, qu’ils avaient construit un mur en travers du défilé des Thermopylæ afin de le défendre plus aisément contre l’invasion des Thessaliens, qui, dit-on, avaient pénétré plus d’une fois dans les vallées de la Phokis et avaient essuyé quelques rudes défaites[34]. A quel moment précis ces événements arrivèrent-ils, nous n’avons, sur ce point aucun renseignement ; mais ils doivent avoir précédé de beaucoup l’invasion de Xerxès, puisque Léonidas trouva en ruines le mur de défense qui avait été construit aux Thermopylæ par les Phokiens. Mais ces derniers, bien qu’ils n’eussent plus senti la nécessité d’entretenir le mur, n’avaient pas cessé de craindre et de haïr les Thessaliens, antipathie que l’on verra se manifester d’une manière palpable et se rattacher à l’invasion des Perses. En somme, la résistance des Phokiens fut heureuse, car la puissance Thessalienne ne s’étendit jamais au sud du défilé[35].

On se rappellera que ces anciennes races différentes, Perrhæbi, Magnâtes, Achæens, Maliens, Dolopes, bien que tributaires des Thessaliens, conservaient encore leur privilège amphiktyonique et étaient considérées comme des Hellênes légitimes : tous ces peuples, excepté les Maliens, sont en effet mentionnés dans l’Iliade. Nous aurons rarement occasion de beaucoup parler d’eux dans le cours de cette histoire ; on les trouve du côté de Xerxès, surtout par contrainte, dans son attaque dirigée contre la Grèce, et presque indifférents à la lutte entre Sparte et Athènes. Il semble raisonnable de traire que les Achæens de la Phthiôtis sont une partie de la même race que les Achæens du Péloponnèse, bien que nous ne découvrions pas de preuve historique pour le démontrer d’une manière authentique. La Phthiôtis Achæenne est le séjour d’Hellên, le patriarche de la race entière, de la Hellas primitive, regardée par quelques-uns comme une ville, par d’autres comme un district de quelque étendue ; c’est aussi la demeure du grand héros national Achille. Sa connexion avec les Achæens du Péloponnèse ressemble à celle de la Dôris avec les Dôriens du Péloponnèse[36].

Nous avons encore à mentionner une autre parenté ethnique, dont la date et les circonstances ne nous sont données que sous une forme mythique, mais qui semble néanmoins être en elle-même une réalité, celle des Magnâtes habitant le Pélion et l’Ossa, avec les deux divisions des Magnâtes asiatiques, ou Magnêsia du mont Sipylos et Magnêsia du fleuve Mæandros. Ces deux villes homonymes en Asie furent, dit-on, fondées par des migrations de Magnâtes thessaliens, dont un corps fut consacré au dieu de Delphes et choisit un nouveau séjour d’après ses ordres. Suivant un récit, ces émigrants étaient des guerriers revenant du siège de Troie ; suivant un autre, ils cherchaient de nouvelles demeures pour échapper aux Thesprôtiens qui avaient envahi la Thessalia. Il y avait un troisième récit, d’après lequel les Magnêtes thessaliens eux-mêmes étaient représentés comme des colons[37] venus de Delphes. Bien que nous ne puissions tirer de ces légendes aucun fait positif et distinct, nous pouvons néanmoins admettre la connexion de race entre les gagnâtes thessaliens et les Magnâtes asiatiques, aussi bien que l’état de dépendance respectueuse des cieux peuples, manifestée dans cette filiation supposée, vis-à-vis du temple de Delphes. Quant aux Magnêtes en Krête, que Platon dit éteints depuis longtemps à son époque, nous ne pouvons pas absolument vérifier même leur existence.

Quant aux Maliens, Thucydide en mentionne trois tribus (γένη), comme existant de son temps, les Paralii, les Hierês (prêtres), et les Trachinii, ou hommes de Trachin[38] ; il est possible que les seconds aient été possesseurs du lieu sacré où se tenaient les assemblées amphiktyoniques. Le fait que les hoplites ou infanterie pesamment armée prévalaient chez les Maliens indique que nous passons d’habitudes thessaliennes à des habitudes helléniques plus méridionales ; les Maliens reconnaissaient toutes les qualités requises pour faire un citoyen dans tout homme qui avait servi ou qui servait dans les rangs avec son armure complète[39]. Toutefois la panoplie n’était probablement pas parfaitement appropriée aux régions montagneuses dont ils étaient entourés ; car, au commencement de la guerre du Péloponnèse, les montagnards hostiles de la région voisine de l’Œta les avaient tellement harcelés et écrasés dans la guerre, qu’ils furent forcés de se jeter dans les bras de Sparte, et l’établissement de la colonie spartiate d’Hêrakleia près de Trachin fut le résultat de leurs pressantes sollicitations. Parmi ces montagnards, désignés sous le nom général d’Œtæens, les principaux étaient les Ænianes — ou Eniênes, comme ils sont appelés dans le Catalogue homérique aussi bien que par Hérodote —, ancienne race amphicktyonique appartenant aux Hellènes[40], qui, dit-on, avait passé en Thessalia et en Epeiros par plusieurs migrations successives, mais qui dans les temps historiques avait son établissement et sa capitale Hypata dans la vallée supérieure du Spercheios, sur le versant septentrional du mont Œta. Mais d’autres tribus étaient probablement comprises aussi dans ce nom, telles que ces tribus æoliennes, les Bomiens et les Kalliens, dont les demeures froides et élevées se rapprochaient du golfe Maliaque. C’est dans ce sens que nous devons comprendre le nom, comme renfermant toutes les tribus de pillards situées le long de cette chaîne étendue de montagnes, quand on nous parle du dommage causé par les Œtæens tant aux Maliens a l’est qu’aux Dôriens au sud ; mais il y a quelques cas où le nom d’Œtæens semble désigner expressément les Ænianes, particulièrement quand on les mentionne comme exerçant le privilège amphiktyonique[41].

La bonté du sol, l’abondance de l’humidité et l’exposition propice des pentes méridionales de l’Othrys[42], surtout la vallée du Spercheios, rivière par laquelle s’écoulent toutes ces eaux, et qui produit tous les ans une inondation fertilisante, présentent un contraste marqué avec les masses stériles, rocailleuses et nues du mont Œta, qui forment un des côtés du défilé des Thermopylæ. Au sud du défilé, les Lokriens, les Phokiens et les Dôriens occupaient les montagnes et les passages qui se trouvaient entre la Thessalia et la Bœôtia. La côte opposée au côté occidental de l’Eubœa, depuis le voisinage des Thermopylæ jusqu’à la frontière bœôtienne à Anthêdôn , était possédée par les Lokriens, dont la ville frontière au nord, Alpêni, était limitrophe des Maliens. Il y avait cependant une bande étroite de la Phokis, la ville de Daphnos, où les Phokiens aussi touchaient à la mer eubœenne, qui brisait cette continuité et partageait les Lokriens en deux sections, les Lokriens du mont Knêmis, ou Lokriens Epiknémidiens, et les Lokriens d’Opous (Oponce) ou Lokriens opontiens. La montagne appelée Knêmis, courant vers le sud parallèlement à la côte à partir de l’extrémité de l’Œta, séparait la première section des Phokiens habitant l’intérieur et la vallée supérieure du Kêphisos ; encore plus au sud, se rattachant sans interruption au mont Ptôon au moyen d’une montagne intermédiaire aujourd’hui appelée Chlomo, elle séparait les Lokriens d’Opous des territoires d’Orchomenos, de Thèbes et d’Anthêdôn, les parties nord-est de la Bœôtia. Outre ces deux sections du nom Lokrien, il y en avait encore sine troisième, complètement séparée et qui, disait-on, avait été colonisée par Opous, les Lokriens surnommés Ozolæ, qui habitaient à part sur le côté occidental de la Phokis, le long de la côte septentrionale du golfe de Corinthe. Ils s’étendaient depuis Amphissa, qui dominait la plaine de Krissa et était à 7 milles (11 kilomètres) de Delphes, jusqu’à Naupaktos, près de l’entrée étroite du golfe ; cette dernière ville fut prise sur ces Lokriens par les Athéniens un peu avant la guerre du Péloponnèse. Opous se vantait d’être la métropole du nom Lokrien, et les légendes de Deukaliôu et de Pyrrha y trouvaient un berceau aussi bien qu’en Phthiôtis. Alpêni, Nikæa, Thronion et Skarpheia étaient des villes anciennes, mais sans importance, des Lokriens Epiknémidiens ; mais cette côte lokrienne dans toute sa longueur est célébrée pour sa beauté et sa fertilité tant par les anciens observateurs que par les modernes[43].

Les Phokiens étaient bornés au nord par les petits territoires appelés Dôris et Dryopis, qui les séparaient des Maliens, au nord-est, à l’est et au sud-ouest par les différentes branches des Lokriens, et au sud-est par les Bœôtiens. Ils touchaient à la mer Eubœenne (comme nous l’avons mentionné) à Daphnos, point où elle se rapproche le plus de leur capitale Elateia ; leur territoire comprenait aussi la plus grande partie de la haute et froide chaîne du Parnassos jusqu’à son extrémité méridionale, où une partie plus basse de cette chaîne, appelée Kirphis, se projette jusque dans le golfe de Corinthe, entre les deux baies d’Antikyra et de Krissa ; cette dernière, avec sa plaine jadis fertile, était fort proche du rocher sacré d’Apollon Delphien. Delphes et Krissa appartenaient toutes deux dans l’origine à la race phokienne. Mais la sainteté du temple, jointe à l’appui des Lacédæmoniens, mit les Delphiens en état de s’établir d’une manière indépendante en désavouant le lien qui les rattachait à la confrérie phokienne. Pour parler du territoire, la partie la plus importante de la Phokis[44] consistait dans la vallée de la rivière Kêphisos, qui prend sa source dans le Parnassos, non loin de la ville phokienne de Lilæa, passe entre l’Œta et Knêmis d’un côté et le Parnassos de l’autre, et entre en Bœôtia prés de Chæroneia, se jetant dans le lac Kôpaïs. C’était sur les chaînes de montagnes et de rochers qui se projetaient de chaque côté de cette rivière qu’étaient situées les nombreuses petites villes de la Phokis. Vingt-deux d’entre elles furent détruites et réduites à l’état de village par l’ordre des Amphiktyons après la seconde Guerre Sacrée ; Abæ — l’une du petit nombre de celles qui furent épargnées, si elle ne fut pas la seule — étant protégée par la sainteté de son temple et de son oracle. Parmi ces cités la plus importante était Elateia, située sur la rive gauche du Kêphisos et sur la route menant de Lokris en Phokis, direction naturelle d’une armée allant des Thermopylæ en Bœôtia. Les villes[45] phokiennes formaient une ancienne confédération qui tenait ses assemblées’ périodiques dans un temple situé entre Daulis et Delphes.

Le petit territoire appelé Dôris et Dryopis occupait le versant méridional du mont Œta, séparant la Phokis au nord et au nord-ouest des ~Etoliens, des 1Enianes et des Maliens. Ce que l’on appelait Dôris dans les temps historiques, et qui, du temps d’Hérodote, s’étendait à l’est presque jusqu’au golfe Maliaque, avait formé, dit-on, une partie de ce qui jadis était nommé Dryopis, territoire qui avait compris le sommet de l’Œta jusqu’au Spercheios au nord et qui avait été habité par une ancienne tribu hellénique appelée Dryopes. Les Dôriens acquirent leur établissement en Dryopis, grâce à un don d’Hêraklês, qui, de concert avec les Maliens (ainsi le disait la légende), avait expulsé les Dryopes et les avait contraints à trouver pour eux-mêmes de nouvelles demeures à Hermionë et à Asinê, dans la péninsule Argolique du Péloponnèse, à Styra et à Karystos en Eubœa et dans bile de Kythnos[46] ; c’est seulement dans ces cinq endroits mentionnés en dernier lieu que l’histoire les reconnaît. Le territoire de la Doris était réparti entre quatre petits municipes, Pindos ou Akyphas, Bœon, Kytinion et Erineon, dont chacun semble avoir occupé une vallée séparée appartenant à un des affluents du Kêphisos, les seuls étroits espaces de sol cultivé que présentait cette petite et triste région[47]. En elle-même cette tétrapolis est si insignifiante que nous trouverons rarement occasion de la mentionner ; mais elle acquit une importance factice, parce qu’on la considérait comme la métropole des grandes cités doriennes dans le Péloponnèse, et que, pour cette raison, elle recevait de Sparte une protection spéciale. Je ne touche pas ici cette série de migrations antéhistoriques présentée par Hérodote et expliquée par le talent ingénieux aussi bien qu’embellie par l’imagination de 0. Müller, émigrations par lesquelles les Doriens sont affiliés au patriarche de la race hellénique, sortant primitivement de la Phthiotis pour aller en Histiæôtis, ensuite au Pindos et enfin en Doris. La résidence des Doriens en Doris est un fait qui se présente à nous au commencement de l’histoire, comme celle des Phokiens et des Lokriens dans leurs territoires respectifs.

Nous passons ensuite aux Ætoliens, dont les tribus extrêmes couvraient les hauteurs froides de l’Œta et du Korax, s’étendant presque en vue du golfe Maliaque, où elles confinaient aux Doriens et aux Maliens, tandis que leurs tribus centrales et occidentales se prolongeaient le long de la frontière des Lokriens Ozoles jusqu’à la plaine unie, remplie clé marais et de lacs, voisine de l’embouchure de l’Euênos. Du temps d’Hérodote et de Thucydide, ils ne semblent pas s’être étendus à l’ouest jusqu’à l’Achelôos ; mais postérieurement ce dernier fleuve, dans la plus grande partie de son cours inférieur, les séparait des Akarnaniens[48] ; au nord ils touchaient aux Dolopes et à un parallèle de latitude s’étendant au nord presque jusqu’à Ambrakia. Il y avait trois grandes divisions du nom Ætolien : les Apodôti, les Ophioneis et les Eurytanes, dont chacune était subdivisée en plusieurs tribus de village différentes. La partie septentrionale du territoire[49] consistait en chaînes de montagnes très élevées, et même, dans la partie méridionale, on trouve les montagnes Arakynthos, Kurion, Chalkis, Taphiassos, à une assez faible distance de la mer ; tandis que les principales villes d’Ætolia, Kalydôn, Pleurôn, Chalkis, semblent avoir été situées à l’est de l’Euênos, entre les montagnes que nous venons de mentionner et la mer[50]. Les deux premières villes ont été considérablement ennoblies dans la légende, mais elles sont peu nommées dans l’histoire ; tandis qu’au contraire, la ville de Thermos, capitale des Ætoliens historiques, et lieu où étaient convoquées l’assemblée et la fête collectives du nom Ætolien, pour le choix d’un général panætolien, n’est mentionnée par personne avant Éphore[51]. C’était en partie un renom légendaire, en partie une parenté ethnique (publiquement reconnue des deux côtés) avec les Eleiens du Péloponnèse, qui rendaient authentique le droit que les Ætoliens prétendaient avoir au rang d’Hellênes. Mais la grande masse des Apodôti, des Eurytanes et des Ophioneis, dans leurs montagnes de l’intérieur, avait des meurs si grossières et un langage si inintelligible[52] — qui n’était cependant pas un idiome barbare, mais un très mauvais dialecte hellénique —, que ce droit pourrait bien sembler contestable, et effectivement il fut contesté dans des temps plus récents, lorsque la puissance et les déprédations des Ætoliens furent devenues odieuses à presque toute la Grèce. Et c’est probablement à cette différence de moeurs entre les 1Etoliens de la côte de la mer et ceux de l’intérieur, que nous devons rapporter une division géographique mentionnée par Strabon en Ætolia ancienne, et en Ætolia Epiktêtos (ou acquise). Quand et par qui fut opérée »cette division, c’est ce que nous ignorons. Elle ne peut avoir pour base aucune conquête, car les Ætoliens étaient les hommes les moins faciles à conquérir ; et quand Éphore disait de toute la race ætolienne qu’elle n’avait jamais été réduite à l’obéissance par personne, cette affirmation est surtout incontestable relativement à ‘la portion qui habitait l’intérieur des terres[53].

Attenant aux /Etoliens étaient les Akarnaniens, les plus occidentaux des Grecs placés en dehors du Péloponnèse. Ils s’étendaient jusqu’à la mer Ionienne, et semblent, à l’époque de Thucydide, avoir occupé les deux rives du fleuve Achelôos dans la partie inférieure de son cours, bien que la rive gauche paraisse dans la suite appartenir aux Ætoliens, de sorte que le fleuve en vint à former entre les deux peuples la limite souvent disputée et décidée par les armes. Les principales villes akarnaniennes, Stratos et Œniadæ, étaient toutes deux sur la rive droite ; la dernière dans le pays marécageux et inondé, voisin de son embouchure. Près des Akarnaniens, vers le golfe d’Ambrakia, on trouvait des nations barbares ou non helléniques, les Agræens et les Amphilochi. C’est au milieu de ces derniers, sur les bords du golfe d’Ambrakia, qu’était établie la colonie grecque appelée Argos Amphilochicon.

Au sujet des cinq subdivisions helléniques que nous venons d’énumérer, Phokiens, Lokriens, Dôriens (de Dôris), Ætoliens et Akarnaniens — parmi lesquels les Lokriens, les Phokiens et les Ætoliens sont compris dans le Catalogue homérique —, nous avons à dire la même chose qu’au sujet des habitants du nord des Thermopylæ ; il n’y a pas de renseignement relatif à elles depuis le commencement de la période historique jusqu’à la guerre des Perses. Même cet événement important ne met en mouvement que les Lokriens de la mer Eubœenne, les Phokiens et les Dôriens ; il nous faut attendre presque jusqu’à la guerre du Péloponnèse avant que flous ayons besoin de renseignements relatifs aux Lokriens Ozoles, aux Ætoliens et aux Akarnaniens. Ces trois derniers peuples étaient incontestablement les membres les plus arriérés de l’agrégat hellénique. Bien que n’étant pas absolument sans ville centrale, ils vivaient dispersés dans des villages, se retirant, en cas d’attaque, sur des hauteurs inaccessibles, constamment armés et toujours prêts à attaquer et à piller quand l’occasion s’en présentait[54]. Toute différente était la condition des Lokriens en face de l’Eubœa, des Phokiens et des Dôriens. C’étaient toutes des communautés régulières établies dans des villes, petites’ il est vrai et pauvres, mais non moins bien administrées que la moyenne des municipes grecs, et peut-être exemptes de ces violences individuelles qui troublaient si fréquemment la Thêbes bœôtienne ou les grandes cités de la Thessalia. Timée affirmait, (contrairement, à ce qu’il semble, à la supposition d’Aristote) qu’à une époque reculée il n’y avait eu d’esclaves ni chez les Lokriens ni chez les Phokiens, et que le travail qui devait être fait pour des propriétaires l’était par des hommes libres pauvres[55] ; habitude qui, dit-on, se continua, jusqu’à la, prospérité temporaire de la Guerre Sacrée, quand le pillage du temple de Delphes enrichit tant les chefs- Phokiens. Mais, ce renseignement est donné trop brièvement et trop imparfaitement prouvé pour justifier aucune conclusion.

Nous trouvons dans le poète Alkman (vers 610 av. J.-C.) le berger Erysichæen ou Kalydonien, nommé comme un type de rusticité grossière, l’antithèse de Sardis, où était né le poète[56]. Et parlai les prétendants que l’on représente comme venant demander en mariage la fille du Sikyonien Kleisthenês, on voit le Thessalien Diaktoridês de Krannôn, membre de la famille des Skopades, et l’Ætolien Malês, frère de ce Titormos qui surpassait en force musculaire tous les Grecs de son temps et qui, abandonnant l’humanité, s’était retiré dans les retraites les plus reculées de l’Ætolia : cet Ætolien semble en quelque sorte mis en contraste avec le délicat Smindyridès de Sybaris, le plus efféminé des hommes. Hérodote introduit ces caractères dans le dramatique tableau qu’il fait de ces noces mémorables[57].

Entre la Phokis et la Lokris d’un côté, et l’Attique (dont il est séparé par les monts Kithærôn et Parnês) de l’autre, nous trouvons le territoire important appelé Bœôtia, avec ses dix ou douze cités autonomes, formant une sorte de confédération sous la présidence dd Thèbes, la plus puissante d’entre elles. Même au sujet de ce territoire, destiné à jouer pendant la seconde période de cette histoire un rôle si remarquable et si efficace, nous ne savons rien durant les deux premiers siècles qui suivent l’an 776 avant J.-C. Nous en avons quelque connaissance pour la première fois à l’occasion (les disputes qui s’élevèrent entre Thèbes et Platée vers l’an 520 avant J.-C. Orchomenos, au nord-ouest du lac Kôpaïs, est pendant toute la durée des temps historiques une des cités de la ligue bœôtienne, vraisemblablement la seconde après Thèbes. Mais j’ai déjà dit que les légendes orchoméniennes, le Catalogue et d’autres allusions dans Homère, et les traces d’un vaste pouvoir et d’une grande importance encore visibles dans l’époque historique attestent l’ancienne existence politique d’Orchomenos et son voisinage séparément de la Bœôtia[58]. L’amphiktyonie dont Orchomenos faisait partie dans l’île sacrée de Kalauria, près de la péninsule argolique, semble montrer qu’elle a dit jadis avoir une marine et un commerce maritime, et que sort territoire a dû toucher à la mer à Halæ et à la ville de Larymna placée plus bas, près de la frontière méridionale de la Lokris ; cette mer est séparée par un espace très étroit de la chaîne de montagnes qui unit le Knêmis et le Ptôon, et qui enferme à l’est et le bassin d’Orchomenos, d’Asplêdôn et de Kôpæ, et le lac Kôpaïs. La migration des Bœôtiens passant de Thessalia en Bœôtia — fait que l’on représente comme une conséquence de la conquête du premier pays par les Thesprotiens — est communément regardée comme la force majeure qui rendit Orchomenos bœôtienne. Quelle qu’ait été la cause ou l’époque (soit avant, soit après 776 av. J.-C.) de cette transformation, nous trouvons Orchomenos complètement bœôtienne pendant toute la période historique connue, conservant toutefois encore ses légendes minyeiennes locales et exposée à la rivalité[59] jalouse de Thèbes, comme étant la seconde cité de la ligue bœôtienne. La route directe venant des défilés de la Phokis au sud dans la Bœôtia traversait Chæroneia, laissant Lebadeia à droite et Orchomenos à gauche, et passait à la rive sud-ouest du lac Kôpaïs prés des villes de Koroneia, d’Alalkomenæ et d’Haliartos. Là se trouvait, entre le mont Helikôn et le lac, sur la route de Phokis à Thèbes, l’important poste militaire appelé Tilphôssion[60]. Le territoire de cette dernière cité occupait la plus grande partie de la Bœôtia centrale au sud du lac Kôpaïs ; il comprenait Akræphia et le mont Ptôon, et probablement touchait à la mer Eubœenne, au village de Salganeus au sud d’Anthêdôn. Au sud-ouest de Thèbes, touchant à l’extrémité sud-est de la Phokis en même temps que la ville phokienne de Bulis, était la cité de Thespiæ. Au sud de l’Asôpos, mais au nord du Kithærôn et du Parnês, étaient Platée et Tanagra : à l’angle sud-est de la Bœôtia se trouvait Orôpos, sujet de fréquentes contestations entre Thèbes et Athènes ; et sur la route qui va de l’eubœenne Chalkis à Thèbes, était placée la ville de Mykalêssos.

A partir du moment où nous voyons la Bœôtia historique, nous trouvons une confédération qui embrasse tout le territoire ; et pendant la guerre du Péloponnèse les Thébains invoquent les anciennes maximes constitutionnelles des Bœôtiens comme justification de leur extrême rigueur, aussi bien que de la rupture déloyale de la paix, à l’égard des Platæens rebelles[61]. Les cités plus grandes étaient les premiers membres de cette confédération, tandis que les villes moindres étaient attachées à l’une ou à l’autre des premières dans une sorte d’union dépendante. On ne peut connaître d’une manière certaine ni les noms ni le nombre de ces principaux membres : il semble qu’il y ait des raisons pour y comprendre Thèbes, Orchomenos, Lebadeia, Korôneia, Haliartos, Kôpæ, Anthêdôn, Tanagra, Thespiæ, et Platæa avant sa séparation[62] : Akræphia avec le mont voisin Ptôon et son oracle, Skôlos, Glisas et d’autres villes étaient des dépendances de Thèbes : Chæroneia, Asplèdôn, Holmônes et Hyêttos, d’Orchomenos : Siphæ, Leuktra, Kerêssos et Thisbé, de Thespiæ[63]. Certains généraux ou magistrats appelés Bœôtarques étaient choisis annuellement pour administrer les affaires communes de la confédération. A l’époque de la bataille de Delion dans la guerre du Péloponnèse, ils étaient au nombre de onze, dont deux étaient de Thèbes ; mais nous ne trouvons pas de renseignement distinct qui prouve si ce nombre fut toujours maintenu, ou dans quelles proportions ce choix était fait par les différentes cités. Il y avait également pendant la guerre du Péloponnèse quatre sénats différents, que les Bœôtarques consultaient sur les matières importantes ; arrangement curieux sur lequel nous n’avons pas d’explication. Enfin, il y avait l’assemblée générale et la fête religieuse, la Pambœôtia, tenue périodiquement à Korôneia. Telles étaient les formes, autant que flous pouvons les comprendre, de la confédération bœôtienne ; chacune des cités séparées possédait son propre sénat et sa propre constitution et avait sa conscience politique comme unité autonome, toutefois avec une certaine déférence habituelle pour les obligations fédérales. En réalité, on trouvera les maires de la confédération entre les mains de Thèbes, administrées dans l’intérêt de l’ascendant thébain, qui semble n’avoir été soutenu par aucun autre sentiment que par le respect pour une force et une bravoure supérieures. Les mécontentements des villes inférieures de Bœôtia, rudement réprimés et punis, forment un pénible chapitre dans l’histoire grecque.

Nous trouvons un unique renseignement antérieur à l’an 700 avant J.-C., relativement à Thèbes seule et séparée des autres villes bœôtiennes. Bien que court et consigné d’une manière incomplète, il a cependant une haute valeur, comme citant l’un des premiers incidents de l’histoire grecque réelle et positive. Dioklês le Corinthien se trouve inscrit comme vainqueur olympique dans la treizième Olympiade, soit 728 avant J.-C., à une époque oh les oligarques appelés les Bacchiadæ possédaient le gouvernement de Corinthe. La beauté de sa personne lui attira la tendresse de Philolaos, un des membres de ce corps oligarchique, sentiment que les mœurs grecques ne proscrivaient pas ; mais elle provoqua aussi de la part de sa propre mère Halkyonè une passion incestueuse, devant laquelle Dioklês recula avec haine et horreur. Il abandonna pour toujours sa ville natale et se retirait Thèbes, où il fut suivi par Philolaos, et où ils vécurent et moururent tous les deus. A l’époque d’Aristote on montrait encore leurs tombeaux, tout près l’un de l’autre, cependant avec une façade opposée ; celui de Philolaos étant placé de telle sorte que celui qui l’habitait pût avoir en vue le sommet élevé de sa ville natale, tandis que celui de Dioklês était disposé de manière à intercepter toute perspective sur l’endroit odieux. Ce qui nous conserve le souvenir d’un incident si remarquable, c’est l’estime que les Thêbains continuèrent d’avoir pour Philolaos, sentiment si prononcé qu’ils l’invitèrent à leur donner des lois. Nous aurons occasion de signaler un ou deus cas semblables dans lesquels des cités grecques invoquèrent l’aide d’un étranger intelligent ; et l’usage devint commun, dans les républiques italiennes du moyen âge, de nommer une personne n’appartenant pas à leur ville soit comme Podestat, soit comme arbitre dans des dissensions civiles. Il eût été d’Lin haut intérêt de connaître en détail quelles lois P1lilolaos fit pour les Thêbains ; mais Aristote, avec sa concision habituelle, fait simplement allusion à ses ordonnances relatives à l’adoption d’enfants et à la multiplication de la race dans chaque famille séparée. Ses lois étaient composées en vue de maintenir le nombre primitif de lots de terre, sans subdivision ni réunion ; mais par quels moyens ce dessein devait-il être accompli, c’est ce que nous ignorons[64]. Il existait à Thèbes une loi qui a pu faire partie du plan de Philolaos ; elle interdit l’exposition des enfants, et permet à un père pressé par une extrême indigence de porter son enfant nouveau-né aux magistrats, qui le vendaient pour une somme à quelque citoyen, lui imposant obligation de l’élever, mais l’autorisant en retour à considérer comme son esclave l’enfant devenu adulte[65]. De ces courtes allusions, qui nous arrivent sans être accompagnées d’explication, nous ne pouvons tirer d’autre conclusion, si ce n’est que le grand problème de la population, le rapport entre le bien-être des citoyens et l’augmentation plus ou moins rapide de leur nombre, avait attiré sérieusement l’attention même îles premiers législateurs grecs. Nous pouvons cependant faire observer que l’ancien législateur de Corinthe Pheidôn (dont on ne peut fixer la date précise) est signalé par Aristote[66] comme ayant eu en vue le même objet que celui qui est attribué à Philolaos à Thèbes ; un nombre invariable et de citoyens et de lots de terre, sans aucune tentative pour changer la proportion inégale existant entre les lots et leurs possesseurs.

 

 

 



[1] Xénophon, Helléniques, VII, 5, 27 ;  Démosthène, De Coron., ch. 7, p. 231.

[2] Démosthène, De Coron., ch. 21, p. 247.

[3] Xénophon, Anabase, III, 21 25-26.

[4] Xénophon, Helléniques, VI, I, 12 ; Isocrate ad Philipp., Orat. V, p. 107. Ce discours d’Isocrate est composé expressément dans le but d’inviter Philippe à se mettre à la tête des Grecs réunis contre les Perses ; le Discours IV, appelé Panégyrique, recommande une coalition de tous les Grecs dans le même but, mais sous l’hégémonie d’Athènes, en mettant de côté toutes les dissidences intestines. V. Orat. IV, p. 45-68.

[5] Thucydide, III, 93.

[6] Hérodote, VII, 173 ; Strabon, IX ; p. 440-441. Hérodote mentionne le défilé traversant la chaîne de l’Olympos ou monts Cambuniens par lesquels Xerxês et son armée passèrent de Macedonia en Perrhæbia. V. la description du défilé et du pays voisin dans Leake, Travels in Northern Greece, ch. 38, vol. III, p. 338-348 ; cf. Tite-Live, XLII, 53.

[7] Skylax, Périple, ch. 66 ; Hérodote, VII, 183-188.

[8] Skylax, Périple, ch. 64 ; Strabon, IX, p. 433-434. Sophocle comprenait le territoire de Trachin dans les limites de la Phthiôtis (Strabon, l. c.). Hérodote considère la Phthiôtis comme se terminant un peu au nord de la rivière Spercheios (VII, 198).

[9] V. la description de Thaumaki dans Tite-Live, XXXII, 4, et dans Dr Holland’s Travels, ch. 17, vol. II, p. 112 ; aujourd’hui Thomoko.

[10] Skylax, Périple, ch. 65. Hesychius (v. Παγασίτης Άπόλλων) semble compter Pagasæ comme Achæenne.

Relativement aux villes de la Thessalia et à leurs diverses positions, V. Mannert, Geogr. der Gr. und Roemer, part. VII, liv. III, ch. 8 et 9. — Il y avait une ancienne cérémonie religieuse, célébrée par les Delphiens tous les neuf ans (Ennaëtêris) on envoyait de Delphes au défilé de Tempê une procession composée de jeunes gens de bonne naissance sous un archi-theôre, qui représentait ce qu’une ancienne légende attribuait à Apollon ; on croyait que ce dieu était venu là pour subir une expiation après le meurtre du serpent Python : c’était du moins l’une d’entre plusieurs légendes qui différaient entre elles. Le jeune homme chef de la théorie arrachait et rapportait une branche du laurier sacré à Tempê, comme signe attestant qu’il avait rempli sa mission : il revenait par la route sacrée et rompait son jeûne à un lieu appelé Δειπνίας, près de Larissa. Une fête solennelle, fréquentée par un concours considérable de peuple venu des contrées environnantes, était célébrée à cette occasion à Tempê, en l’honneur d’Apollon Tempeitès (Άμπλοϋνι Τεμπείτα dans le dialecte Æolien de Thessalie, v. Inscript. dans Bœckh, Corp. Inscrip. N° 1767). La procession était accompagnée d’un joueur de flûte. V. Plutarque, Quæst. Græc., c. 11, p. 292 ; De musicâ, c. 14, p. 1136 ; Élien, V. H., III, 1 ; Stephan. Byz, v. Δειπνίας. — Il est important de signaler ces processions religieuses comme établissant un commerce et des sympathies entre les membres éloignés de la Hellas, mais les conséquences que O. Müller (Dorians, liv. II, 1, p. 222) voudrait fonder sur elles, quant au séjour primitif des Dôriens et au culte d’Apollon, ne méritent pas de confiance.

[11] Platon, Criton, ch. 15, p. 53. Έκεϊ γάρ δή πλείστη άταξία καί άκολασία (cf. le commencement du Menôn). Remarque d’autant plus frappante, qu’il venait de décrire auparavant la Thèbes de Bœôtia comme une cité bien réglée, quoique Dikæarque et Polybe la représentent de leur temps comme étant tout le contraire.

V. aussi Démosthène, Olynth., I, ch. 9, p. 16, cont. Aristocr. I, eh. 29, p. 657 ; Schol. Euripide, Phœniss., 1466 ; Théopompe, Fragm. 54-178, éd. Didot ; Aristophane, Plut., 521. — On comprend la marche des affaires politiques en Thessalia d’après Xénophon, Helléniques, VI, l ; cf. Anabase, I, 1, 10, et Thucydide, IV, 78.

[12] V. Cicéron, Orat. in Pison., c. 2, De Leg. Agrar. cont. Rullum, c. 34-35.

[13] Cf. la cavalerie thessalienne telle qu’elle est décrite par Polybe, IV, 8, avec la Macédonienne telle qu’elle l’est par Thucydide, II, 100.

[14] Hérodote, VII, 176 ; Thucydide, I, 12.

[15] Pindare, Pyth., X, init., avec les scholies, et l’excellent commentaire de Bœckh, relatif aux Aleuadæ : Schneider ad Aristote, Politique, V, 5, 9 ; et l’essai de Buttmann, Von dem Geschlecht der Aleuaden, art. XXII, vol. II, p. 251, de la collection appelée Mythologus.

[16] Ahrens, De Dialect. Æolicâ, ch. 1, 2.

[17] V. Aristote, Politique, II, 6, 3 ; Thucydide, II, 99-100.

[18] Les mots attribués par Xénophon (Helléniques, VI, 1, 11) à Jason de Pheræ, et les vers de Théocrite (16-34), attestent le nombre et la vigueur des Penestæ Thessaliens, et la grande opulence des Aleuadæ et des Skopadæ. Ces deux familles acquirent de la célébrité par les vers de Simonide ; toutes les deux le protégèrent et invoquèrent sa muse ; v. Élien, V. H., XII, 1 ; Ovide, Ibis, 512 ; Quintilien, XI, 2, 15. Pindare aussi se vante de sa liaison d’amitié avec Thorax l’Aleuade (Pyth., X, 99).

Les άνδραποδισταί thessaliens auxquels il est fait allusion dans Aristophane (Plutus, 521) doivent avoir été des hommes vendus hors du pays comme esclaves, soit des Penestæ rebelles, soit des hommes libres Perrhæbiens, Magnêtes et Achæens, saisis de force ; le poète comique athénien : Mnesimachos, en plaisantant sur la voracité des Pharsaliens, s’écrie, ap. Athenæ, X, p. 418 : . . . . . . . Άρά που όπτήν κατεσθίουσι πόλιν Άχαϊκήν. — Pagasæ était célèbre comme lieu d’exportation d’esclaves (Hermippus ap. Athenæ, I, 49). — Menôn de Pharsalos prêtait assistance aux Athéniens contre Amphipolis au moyen de 200 ou de 300 Penestæ à cheval, hommes à lui, Démosthène, περί Συνταξ, c. 9. p. 173, cont. Aristocrat., c. 51, p. 697.

[19] Archemachus ap. Athenæ, TI, p. 264 ; Platon, Legg., XI, p. 277 ; Aristote, Politique, II, 6, 3 ; VII, 9, 9 ; Denys d’Halicarnasse, A. R., II, 84.

Platon et Aristote insistent tous deux sur l’extrême danger d’avoir de nombreux esclaves du même pays et parlant la même langue.

[20] Aristote, Politique, VII, 11, 2.

[21] Théopompe et Archemachus ap. Athenæ. p. 264-266 ; cf. Thucydide, II, 12 ; Steph. Byz. v. Άρνη — le contraire de ce récit dans Strabon, IX, p. 401-411, la Thessalienne Arnê établie par des Bœôtiens. Aristote, Politique, II, 6, 3, nous montre que les serfs ou Penestæ étaient complètement distincts des sujets environnants, les Achæens, les Magnêtes, les Perrhæbiens. Ils avaient leur héros éponyme Penestês, qu’on prétendait descendu de Thessalos, fils d’Hêraklês : ils se rattachaient ainsi au père mythique de la nation (Schol. Aristophane, Vesp., 1271).

[22] Hérodote, I, 57 ; cf. VII, 176.

[23] Hellanicus, Fragm. 28, éd. Didot ; Harpocration, v. Τετραρχία : la quadruple division était plus ancienne qu’Hécatée (Stoph. Byz. v Κράννων).

Hécatée rattachait les Perrhæbiens à la généalogie d’Æolos par Tyro, fille de Salmôneus : ils passaient pour Αίολεϊς (Hécatée, Fragm. 334, éd. Didot ; Steph. Byz., v. Φάλαννα et Γόννοι). — Le territoire de la ville d’Histiæa (dans la partie septentrionale de l’île d’Eubœa) était aussi appelé Histiæôtis. — La double rencontre de ce nom (chose qui n’est pas rare dans l’ancienne Grèce) semble avoir donné naissance à cette assertion, que les Perrhæbi avaient soumis les parties septentrionales de l’Eubœa et transporté les habitants de l’Eubœenne Histiæa captifs dans le nord-ouest de la Thessalia (Strabon, IX, p. 437, X, p. 446).

[24] Pline, H. N., IV, 1 ; Strabon, IX, p. 440.

[25] Strabon, IX, p. 443.

[26] Diodore, XVIII, 11 ; Thucydide, II, 22.

[27] L’inscription n° 1770 du Corpus Inscript. de Bœckh contient une lettre du consul romain, Titus Quinctius Flamininus, adressée à la ville de Kyretiæ (au nord d’Atrax dans la Perrhæbia). La lettre est adressée Kυρετιέων τοϊς ταγοϊς καί τή πόλει : le titre de Tagi semble ainsi avoir été donné aux magistrats des villes thessaliennes séparées. Dans les inscriptions de Thaumaki (n° 1773-1774) on lit le titre άρχοντες, non ταγοί. Le titre ταγός était particulier à la Thessalia (Pollux, I, 128).

[28] Xénophon, Helléniques, VI, 1, 9 ; Diodore, XIV, 82 ; Thucydide, I, 3. Hérodote, VII, 6, appelle les Aleuadæ Θεσσαλίης βασιλήες.

[29] Xénophon, Memorab., I, 2, 24 ; Helléniques, II, 3, 37. La perte de la comédie d’Eupolis appelée Πόλεις (V. Meineke, Fragm. comic. Græc., p. 513) nous empêche probablement de comprendre le sarcasme d’Aristophane (Vesp., 1263) au sujet de la παραπρέσβεια d’Amynias chez les Penestæ de Pharsalos ; mais l’incident auquel il y est fait allusion ne peut avoir rien à faire avec la conduite de Critias, touchée par Xénophon.

[30] Xénophon, Helléniques, VI, 1, 9-12.

[31] Démosthène, Olynth., I, ch. 3, p. 15 ; II, ch. 5, p. 21. L’orateur avait occasion de dénoncer Philippe pour s’être emparé de l’autorité publique de la confédération thessalienne, en partie par l’intrigue, en partie par la force, et nous apprenons par là à connaître les λιμένες et les άγοραί qui formaient le revenu de la confédération.

[32] Xénophon (Helléniques, VI, 1, 7) compte les Μαρακοί parmi ces tributaires avec les Dolopes : les Maraces sont nommés par Pline (H. N., IV, 3) aussi avec les Dolopes, mais nous ignorons où ils habitaient.

[33] Xénophon, Helléniques, VI, 1, 9 ; Pindare, Pyth., IV, 80.

[34] Hérodote, VII, 176 ; VIII, 27-28.

[35] Le récit d’une invasion de Thessaliens à Kerêssos prés de Leuktra en Bœôtia (Pausanias, IX, 13, 1) n’est nullement probable.

[36] Un récit rapportait que ces Achæens de Phthia étaient venus dans le Péloponnèse avec Pélops, et s’étaient établis en Laconie (Strabon, VIII, p. 365).

[37] Aristote, ap. Athenæ. IV, p.173 ; Conon, Narrat., 29 ; Strabon, XIV, p. 647. Hoeckh (Krêta, l. III, vol. II, p. 409) essaye (avec peu de succès, à mon avis) de ramener ces récits à la forme d’une histoire réelle.

[38] Thucydide, III, 92. La distinction faite par Skylax (c. 61) et Diodore (XVIII, 11) entre Μηλιεϊς et Μαλιεϊς (les derniers attenant aux premiers au nord) paraît inadmissible, bien que Letronne la défende encore (Périple de Marcien d’Héraclée, etc., Paris, 1839, p. 212.

Au lieu de Μαλιεϊς, nous devons lire Λαιεϊς, comme le fait observer O. Müller (Dorians, I, 6, p. 48). — Il est remarquable que l’importante ville de Lamia (la moderne Zeitun) ne soit signalée ni par Hérodote, ni par Thucydide, ni par Xénophon ; Skylax est le premier qui en fasse mention. La route que prit Xerxês pour se rendre aux Thermopylæ longe la côte d’Alos. — Les Lamieis (en admettant que ce soit la leçon correcte) occupaient la côte septentrionale du golfe Maliaque, depuis la rive nord du Spercheios jusqu’à la ville d’Echinos, lieu où le Dr Cramer place les Μηλιεϊς Παράλιοι, par erreur, à ce que je crois (Geography of Greece, vol. I, 6, 436). — Il n’est pas improbable que Lamia acquit pour la première fois de l’importance pendant le cours des événements qui eurent lieu à la fin de la guerre du Péloponnèse, lorsque les Lacédæmoniens, défendant Hêrakleia, attaquèrent les Achæens de la Phthiôtis, et même chassèrent les Œtæens de leurs demeures pendant un temps (V. Thucydide, VIII, 3 ; Diodore, XIV, 38).

[39] Aristote, Politique, IV, 10, 10.

[40] Plutarque, Quæst. Græc., p. 294.

[41] Thucydide, III, 92-97 ; VIII, 3. Xénophon, Helléniques, I, 2, 18. Dans un autre passage, Xénophon distingue expressément les Œtæi et les Ænianes (Helléniques, III, 5, 6). Diodore, XIV, 38. Eschyle, De Fals. Leg., c. 44, p. 290.

[42] Sur la fertilité aussi bien que sur la beauté de cette vallée, v. Dr Holland’s Travels, ch. 17, vol. II, p. 108, et Forchhammer (Hellenika, Griechenland, im neuen das Alte, Berlin ; I837). Je ne suis pas d’accord avec Forchhammer quand il essaye de résoudre les mythes d’Hêraklês, d’Achille et autres en phénomènes physiques ; mais les descriptions qu’il fait des scènes et des attributs locaux sont au plus haut point animées et faites de main de maître.

[43] Strabon, IX, p. 425 ; Forchhammer, Hellenika, p. 11-12. On parle quelquefois de Kynos comme du port d’Opous, mais c’était une ville particulière aussi ancienne que le Catalogue homérique, et de quelque importance dans les guerres postérieures de la Grèce, quand une position militaire vint à être plus appréciée qu’une célébrité légendaire (Tite-Live, XXVIII, 6 ; Pausanias, X, 1, 1 ; Skylax, c. 61-62) ; le dernier compte Thronion et Knêmis ou Kn6mides comme étant Phokiennes, non Lokriennes ; ce qu’elles furent un court espace de temps pendant la prospérité des Phokiens au commencement de la Guerre Sacrée ;, quoique non d’une façon permanente (Eschyle, Fals. Legat., c. 42, p. 46). Ceci sert comme une des présomptions pour déterminer l’époque du périple de Skylax (V. les notes de Klausen ad Skyl. P. 269). Ces villes lokriennes étaient situées le long de l’importante route allant des Thermopylæ à Elateia et en Bœôtia (Pausanias, VII, 15, 2 ; Tite-Live, XXXIII, 3).

[44] Pausanias, X, 33, 4.

[45] Pausanias, X, 5, 1 ; Démosthène, Fals. Leg., c. 22-28 ; Diodore, XVI, 60, avec la note de Wesseling.

Le dixième livre de Pausanias, bien que plus de la moitié en soit consacré à Delphes, nous dit tout ce que nous savons relativement aux villes moins importantes de la Phokis. Cf. aussi Dr Cramer’s Geography of Greece, vol. II, sect. 10 ; et Leake’s Travels in Northern Greece, vol. II, chap. 13. Deux monuments funéraires du héros Phokien Schedios (qui commande les troupes phokiennes au siége de Troie et est tué dans l’Iliade) marquaient les deux extrémités de la Phokis, l’une à Daphnos, sur la mer Eubœenne ; l’autre à Antikyra sur le golfe de Corinthe (Strabon, IX, p. 425 ; Pausanias, X, 36, 4).

[46] Hérodote, VIII, 31, 43, 46 ; Diodore, IV, 57 ; Arist., ap. Strabon, VIII, p. 373.

O. Müller (History of the Dorians, b, l, c. 11) a donné tout ce que l’on peut savoir an sujet de la Dôris et de la Dryopis, avec quelques points qui me paraissent très insuffisamment prouvés.

[47] Strabon, IX, p. 427.

[48] Hérodote, VII, 126 ; Thucydide, II, 102.

[49] V. le difficile voyage exécuté par Fiedler de Wrachori, au nord par Karpenitz, et ensuite à travers la portion nord-ouest des montagnes des anciens Eurytanes (la continuation méridionale du mont Tymphrêstos et de l’Œta), jusque dans la vallée supérieure du Spercheios (Fiedler’s Reise in Griechenland, vol. I, p. 177-191), partie du voyage plus long de Missolonghi à Zeitun.

Skylax (c. 35) considère l’Ætolia comme s’étendant à l’intérieur jusqu’aux frontières des Ænianes sur le Spercheios (ce qui est tout à fait exact). Ætolia Epiktêtos, Strabon, X, p. 450.

[50] Strabon, X, p. 459-460. Il y a cependant de grandes incertitudes relativement à la position de ces anciennes villes : Cf. Kruse, Hellas, vol. III, ch. 11, p. 233-255, et Brandstaeter, Geschichte des Ætolischen Landes, p. 121-134.

[51] Éphore, Fragm. 29, Marx., ap. Strabon, p. 463. La situation de Thermos, l’acropolis pour ainsi dire de toute l’Ætolia, placée dans un lieu dont une armée pouvait à peine approcher, peut, dans une certaine mesure, sinon complètement, être déterminée par la description que fait Polybe de. la marche rapide de Philippe et de l’armée macédonienne pour la surprendre. Les cartes, tant de Kruse que de Kiepert, la placent trop au nord du lac Trichônis : celle de Fiedler la marque plus exactement à l’est de ce lac (Polybe, V, 7-8 ; cf. Brandstaeter, Geschichte des Ætol. Landes, p. 133.

[52] Thucydide, III, 102. Il semble que Thucydide ne les avait pas vus lui-même et qu’il n’avait pas conversé avec eux, mais il ne les appelle pas βάρβαροι.

[53] Éphore, Fragm. 29, éd. Marx. ; Skymn. Chius, v.471 ; Strabon, X, p. 450.

[54] Thucydide, I, 6 ; III, 94. Aristote, cependant, renfermait dans son considérable recueil de Πολιτείαι une Άκαρνάνων Πολιτεία aussi bien qu’une Άϊτωλών Πολιτεία (Aristotelis Rerum publicarum reliquiæ, éd. Neumann, p. 102 ; Strabon, VII, p. 321).

[55] Timée, Fragm. XVII, éd. Goeller ; Polybe, XII, 6-7 ; Athénée, VI, p. 264.

[56] Stephan. Byz. a conservé ce court fragment des Παρθενεϊα d’Alkman (Έρυσίχη) et Strabon y fait allusion, X, p. 460, V. Welcker, Alkm. Fragm. XI, et Bergk, Alk. Fr. XII.

[57] Hérodote, VI, 127.

[58] Voir une admirable description topographique de la partie septentrionale de la Bœôtia, — le lac Kôpaïs et ses environs — dans les Hellenika de Forchhammer, p. 159-186, avec une carte explicative. Les deux tunnels, longs et difficiles à établir, construits par les anciens Orchoméniens et destinés à l’écoulement du lac, pour aider à l’insuffisance des Katabothra naturels, y sont très clairement exposés : l’un va jusqu’à la mer, l’autre dans le lac voisin Hylikê, qui est entouré de hautes rives couvertes de rochers et peut recevoir plus d’eau sans déborder. Le lac

Kôpaïs est un bassin fermé recevant toute l’eau de la Dôris et de la Phokis par le Kêphisos. — Forchhammer pense que ce fut seulement la ressemblance du nom Itônea (dérivé de ίτέα, saule) qui donna naissance au récif d’une immigration de gens quittant Itônê en Thessalia pour se rendre dans la Bœôtienne Itônê (p. 148). — Le Catalogue Homérique présente Kôpæ, au nord du lac, comme Bœôtienne, mais non Orchomenos, ni Asplêdôn (Iliade, II, 502).

[59] V. 0. Müller, Orchomenos, ch. 20, p. 418 sq.

[60] V. Démosthène, De Fals. Legat., c. 43-45. Une autre portion de cette route étroite est probablement indiquée par le défilé de Korôneia, (Diodore, XV, 52 ; Xénophon, Helléniques, IV, 3, I5), qu’Epaminondas occupa pour empêcher l’invasion de Kleombrotos venant de Phokis.

[61] Thucydide, II, 2. Cf. le discours des Thêbains aux Lacédæmoniens après la prise de Platée, III, 61, 65, 66.

[62] Thucydide, IV, 91 ; C. F. Hermann, Griechische Staatsalterthümer, sect. 179 ; Hérodote, V, 79 ; Bœckh, Commentat. ad Inscript. Bæotic. ap. Corp. Ins. Græc., part. V, p. 726.

[63] Hérodote, VIII, 135 ; IX, 15-43. Pausanias, IX, 13, 1 ; IX, 23, 3 ; IX, 24, 3 ; IX, 32, 1-4. Xénophon, Helléniques, VI, 4, 3-4 ; cf. O. Müller, Orchomenos, ch. XX, p. 403.

[64] Aristote, Politique, II, 9, 6-7. Parmi les lois que Philolaüs a données à cette ville [Thêbes], je citerai celles qui concernent les naissances, et qu'on y appelle encore les Lois fondamentales. Ce qui lui appartient en propre, c'est d'avoir statué que le nombre des héritages resterait toujours immuable. Un passage embarrassant suit à trois lignes de celui-ci — Φιλολάου δέ ϊδιον έστιν ή τών ούσιών άνομάλωσις — ce qui soulève deux questions : d’abord, Philolaos peut-il réellement être désigné dans le second passage qui parle de ce qui est ϊδιον à Philolaos, tandis que le premier passage avait déjà parlé de quelque chose ϊδίως νενομοθετημένον par la même personne ? En conséquence, Goettling et M. Barthélemy Saint-Hilaire suivent un seul des MSS. en écrivant Φαλέου au lieu de Φιλολάου. Ensuite, quel est le sens de άνομάλωσις ? O. Müller (Dorians, ch. 10, 5, p. 209) pense qu’il signifie une « nouvelle égalisation, précisément comme άναδασμός signifie un nouveau partage, » en adoptant la traduction de Victorius et de Schloesser.

Il est difficile d’établir le point d’une manière décisive ; mais si cette traduction de άνομάλωσις est exacte, il y a de bonnes raisons pour préférer le mot Φαλέου à Φιλολάου vu que l’opération en question s’accorderait mieux avec les idées de Phaleas (Aristote, Politique, II, 4, 3).

[65] Élien, V. H., II, 7.

[66] Aristote, Politique, II, 3, 7. Ce Pheidôn semble différer de Pheidôn d’Argos, autant que nous pouvons en juger.