HISTOIRE DE MARIE-ANTOINETTE

LIVRE DEUXIÈME. — 1774-1789

 

— VI —

 

 

La calomnie et la Reine. — Pamphlets, libelles, satires, chansons contre la Reine. — Les témoins contre l'honneur de la Reine : M. de Besenval, M. de Lauzun, M. de Talleyrand. — Jugement du prince de Ligne. — Exposé de l'affaire du collier. — Arrestation du cardinal de Rohan. — Défense du cardinal. — Dénégation de madame Lamotte. — Dépositions de la d'Oliva, et de Réteaux de Villette. — Examen des preuves et des témoignages de l'accusation. — Arrêt du parlement. — Applaudissements des halles à l'acquittement du cardinal.

 

Le 15 août 1785, à onze heures du matin, le prince Louis de Rohan, grand aumônier de France, était arrêté à Versailles, par ordre du Roi. Un grand procès allait s'instruire devant le parlement, devant la France, devant l'Europe, contre l'honneur de la Reine de France.

Mais, avant d'aborder cette fatale et honteuse comédie, l'affaire du collier, il est nécessaire d'en indiquer le commencement et la préparation. Il faut montrer l'empoisonnement de l'opinion publique jusqu'à cet éclat de la prévention nationale, et dire, ne fût-ce qu'en les indiquant, toutes ces accusations anonymes et flottantes, qui ont été l'annonce, l'essai de l'accusation au grand jour et à haute voix.

C'est là un des pénibles devoirs de l'historien de Marie-Antoinette Quoi qu'il lui coûte, quoi qu'il lui répugne, il lui est ordonné de descendre un moment au scandale, et de confronter avec l'outrage la mémoire de la Reine. Il voudrait mépriser de si misérables injures, les abandonner à leur honte, les couvrir de son silence ; mais dans une telle question, la vertu de la Reine, il est des résignations que l'histoire exige de lui, des pudeurs dont la vérité lui demande le sacrifice. Dure loi, qu'il soit besoin de redire la calomnie pour lui répondre !

 

La calomnie ! Et quel est le jour depuis 1774 où la calomnie s'est reposée autour de Marie-Antoinette ? Depuis le Lever de l'Aurore jusqu'à ces pamphlets qui demain vont parvenir gratuitement et affranchis à toute la France, que n'a-t-elle répandu ? que n'a-t-elle osé ? où n'a-t-elle pénétré ? Elle a forgé des libelles dans les bureaux de la police[1] ! Hier elle jetait des chansons dans l'Œil-de-Bœuf, aux pieds du Roi ! Aujourd'hui où n'est-elle pas ? Écoutez les on-dit, les propos, les suppositions, les imaginations, les paroles à l'oreille, les éclats de rire ; écoutez les mécontentements, les rancunes, la jalousie, la fatuité, les passions des individus et les passions des partis ; écoutez ce chuchotement et ce murmure d'un peuple, qui remonte et redescend, redescend et remonte des halles à Versailles et de Versailles aux halles ! Écoutez la populace, écoutez les porteurs de chaises ; écoutez les courtisans, ramenant la calomnie de Marly, la ramenant des bals de la Reine, la ramenant en poste à Paris ! Écoutez les marquis au foyer des comédies, chez les Sophie Arnould et les Desmare, chez les courtisanes et les chanteuses ! Interrogez la rue, l'antichambre, les salons, la cour, la famille royale elle même : la calomnie est partout et jusqu'aux côtés de la Reine[2].

Quel plaisir de Marie-Antoinette dont la calomnie n'ait fait un soupçon, un outrage ? Quelle proie, ses moindres jeux ! Quelle proie, cette dissipation innocente où la Reine portait l'assurance de sa conscience sans reproches, les étourderies de ses promenades à cheval, ses amusements aux bals de la Saint-Martin à la salle de comédie de Versailles[3], ses courses aux bals de l'Opéra, où elle venait avec une seule dame du palais et ses gens en redingote grise ! Quelle victoire de la calomnie, sa voiture cassée une nuit à l'entrée de Paris, et son entrée dans la salle avec ce mot naïf : C'est moi, en fiacre ! N'est-ce pas bien plaisant ? Quels bruits semés sur ses promenades de 1778, les nocturnales de la terrasse du château Quels bruits sur ses retraites à Trianon[4] !

Une seule amitié de la Reine a-t-elle été respectée ? Un seul attachement, même parmi ceux-là qui semblaient défier la calomnie, a-t-il été sacré pour les calomniateurs ? Un seul homme, quels que fussent entre la Reine et lui les liens du sang, les différences d'âge ou les antipathies d'humeur, un seul homme a-t-il pu s'approcher d'elle sans que la calomnie ne le félicitât et ne plaignît Louis XVI ? La Reine distingue-t-elle M. de Coigny ? Par ses vertus solides, par l'expérience de la vie et la science de la cour que lui donnent ses quarante-cinq ans et sa gentilhommerie parfaite, par cette gravité et ces gronderies de vieux seigneur espagnol veillant une jeune Reine, M. de Coigny devient-il cher et précieux à Marie-Antoinette, comme un mentor, comme un ami, comme le chevalier d'honneur de sa réputation ? L'épouse est condamnée.

Quel déchaînement à chacune des grossesses de la Reine ! Que de noms prononcés, même à ne compter que les noms qui ne sont pas un blasphème ! Édouard Dillon, M. de Coigny, le duc de Dorset, et le prince Georges de Hesse-Darmstadt, et l'officier des gardes du corps Lambertye, et un certain du Roure, et un M. de Saint-Paër, et le comte de Romanzof, et lord Seymour, et le duc de Guines[5], et le jeune lord Strathavon....[6] Arrêtons-nous. Plus bas ce n'est plus même la calomnie, c'est l'ordure ; c'est la Liste civile, la liste de toutes les personnes avec lesquelles la Reine a eu des relations de débauches !...[7]

De tous ces noms, de tous ces bruits, des anecdotes, des chroniques, des propos, des chansons, des libelles, de cette conjuration de la calomnie contre Marie-Antoinette, qu'est-il resté ? hélas ! un préjugé.

Fortune épouvantable de cette Reine, dont le procès sera fait sans pièces, dont la mémoire sera déshonorée sans preuves ! Cependant où sont les faits ? Un pamphlet vous dira que le visage de la Reine se reprintanisait quand Dillon entrait au bal. Un anecdotier citera, d'après d'autres, un mot que la Reine n'a pu dire, et un mot que Louis XVI n'a pas dit. Voilà les faits sur Dillon[8]. A peine en est-il autant sur les autres

Mais au delà de l'on-dit, qu'y a-t-il ? Derrière l'accusation vague, impersonnelle et sans responsabilité, où est l'accusateur ? Contre l'honneur de Marie-Antoinette où est le témoignage ? où est le témoin ? Le témoignage est une phrase de M. de Besenval, et le témoin M. de Lauzun.

M. de Besenval raconte dans ses Mémoires que, lors du duel du comte d'Artois et du duc de Bourbon, ayant à parler à la Reine, il fut introduit par M. Campan dans une chambre où il y avait un billard qu'il connaissait pour y avoir joué souvent avec la Reine ; puis, de cette chambre, dans une chambre qu'il ne connaissait point, simplement mais commodément meublée. Je fus étonné, dit M. de Besenval[9], non pas que la Reine eût désiré tant de facilités, mais qu'elle eût osé se les procurer. Ainsi une chambre qu'il ne connaît pas, à côté d'une chambre qu'il connaît, clans ce Versailles, dans cet autre Vatican aux huit cents chambres, voilà qui suffit à M. de Besenval pour soupçonner, que dis-je ? pour juger et condamner Marie-Antoinette. C'est faire trop bon marché de l'honneur d'une Reine et des exigences de la justice historique. Encore madame Campan explique-t-elle sans réplique possible la destination de cette chambre, qui était bien pis qu'une chambre, qui était un appartement composé d'une très-petite antichambre, d'une chambre à coucher et d'un cabinet, et destiné à loger la dame d'honneur de la Reine dans le cas de couche ou de maladie, usage auquel il avait déjà servi[10].

M. de Besenval avait les meilleures raisons du monde pour s'étonner, s'indigner presque de si peu. Que disait-il à M. Campan en montant derrière lui les escaliers jusqu'à cette chambre mystérieuse ? Mon cher Campan, ce n'est pas quand on a des cheveux gris et des rides qu'on s'attend qu'une jeune et jolie reine de vingt ans fasse passer par des chemins détournés pour autre chose que pour des affaires[11]. La réflexion était d'un philosophe ; mais M. de Besenval avait-il toujours eu cette philosophie ? N'avait-il pas oublié un jour ses cheveux gris et ses rides jusqu'à s'oublier lui-même, jusqu'à se jeter aux genoux de la Reine ? Levez-vous, Monsieur, dit la Reine, le Roi ignorera un tort gui vous ferait disgracier pour toujours[12]. Et M. de Besenval s'était relevé balbutiant, avec une de ces hontes dont un galant homme garde le remords et rougit de se venger.

Voici pourtant autre chose qu'une phrase, voici une déposition. Voici tous les faits, toutes les preuves, en un mot, l'accusation de M. de Lauzun. Il serait trop facile de discuter le témoin, cet homme romanesque n'ayant pu être héroïque, cet homme jugé par ses Mémoires, cet homme qui, vivant, a compromis toutes ses amours, et, mort, les a déshonorées. Nous ne parlerons pas de l'homme : le laisser parler est la meilleure façon de venger l'honneur de Marie-Antoinette.

La Reine avait rencontré M. de Lauzun chez madame de Guéménée ; elle l'accueillait avec bonté. En deux mois, dit Lauzun[13], je devins une espèce de favori. M. de Lauzun ne rappelle pas ici que sa faveur a commencé auprès de la Dauphine le jour où, après un séjour de trois semaines à Chanteloup, et l'offre de sa fortune et de sa personne au maître de Chanteloup, il entrait dans le bal de madame de Noailles, apportant des nouvelles du ministre exilé. Reine, Marie-Antoinette n'avait pas oublié les reconnaissances de la Dauphine, ni le parent dévoué de M. de Choiseul, dont Louis XV avait puni le dévouement par une disgrâce. Mais suivons M. de Lauzun. Son régiment l'appelle ; il part, puis il revient, et sa faveur alors monte au plus haut degré. La Reine ne me permettait pas de quitter la cour, me faisait toujours place auprès d'elle au jeu, me parlait sans cesse, venait tous les soirs chez madame de Guéménée, et marquait de l'humeur lorsqu'il y avait assez de monde pour gêner l'occupation où elle était presque toujours de moi. Bref, à en croire M. de Lauzun, la Reine l'affiche, elle l'affiche à ce point que M. de Lauzun vient la supplier de diminuer les marques frappantes de ses bontés. Aux supplications de M. de Lauzun la Reine répond, au moins faudrait-il douter de la parole ou de la mémoire de M. de Lauzun, pour douter de la réponse de la Reine, — la Reine répond : Y pensez-vous ? Devons-nous céder à d'insolents propos ? Non, monsieur de Lauzun, notre cause est inséparable, on ne vous perdra pas sans me perdre[14]. Cependant les ennemis qui lui font une telle faveur et les indiscrétions de la Reine déterminent M. de Lauzun, ce héros d'aventures, à fuir, à s'éloigner de la cour et à passer en Russie. Il vient annoncer cette résolution à la Reine, et c'est ici la grande scène du roman. Donnons la parole, non pas aux Mémoires tronqués de 1822, où le zèle de la censure a si mal servi la Reine, mais au manuscrit même de M. de Lauzun. ... Lauzun ! ne m'abandonnez-pas, je vous en conjure ! Que deviendrais-je, si vous m'abandonniez ! Ses yeux étaient remplis de larmes ; touché moi-même jusqu'au fond du cœur, je me jetai à ses pieds : Que ma vie ne peut-elle payer tant de bontés, une si généreuse sensibilité ! Elle me tendit la main ; je la baisai plusieurs fois avec ardeur, sans changer de posture. Elle se pencha vers moi avec tendresse ; je la serrai contre mon cœur, qui était fortement ému. Elle rougit, mais je ne vis pas de colère dans ses yeux. Eh bien ! reprit-elle en s'éloignant un peu, n'obtiendrai-je rien ? — Le croyez-vous ? répondis-je avec beaucoup de chaleur. Suis-je à moi ? N'êtes-vous pas tout pour moi ? C'est vous seule que je veux servir ; vous êtes mon unique souveraine. Oui, continuai-je plus tranquillement, vous êtes ma Reine, vous êtes la Reine de France. Ses yeux semblaient me demander encore un autre titre.....[15] Ainsi la Reine s'est offerte à M. de Lauzun, et M. de Lauzun a refusé la Reine. J'ai laissé parle M. de Lauzun ; je lui ai répondu[16].

Mais lui-même, M. de Lauzun, n'est-il pas encore un historien à la Besenval ? Il y a, en effet, dans la vie du don Juan une page honteuse et un jour de défaite : c'est le jour où, la porte de la Reine brusquement ouverte, la Reine dit à M. de Lauzun, d'une voix et d'un geste courroucés ; un Sortez, Monsieur ![17] dont les Mémoires de Lauzun ne parlent pas.

J'allais oublier une dernière calomnie, la calomnie à propos de M. de Fersen ; mais celle-ci a pour garant moins encore que le témoignage de M. de Besenval ou de M. de Lauzun : elle n'a pour elle que la parole de M. de Talleyrand[18].

Que reste-t-il d'accusateurs à Marie-Antoinette ? Ses défenseurs : ceux-là qui ont dit que ce serait mal servir la mémoire de la Reine que de tout nier, qu'il fallait faire une part à ses faiblesses, passer condamnation sur les fragilités de son sexe et de l'humanité, et qu'il lui resterait encore assez de nobles vertus pour mériter la pitié, la sympathie, l'estime même de la postérité. Singuliers historiens ! pour prêter cette facilité à l'histoire et compromettre sa morale jusqu'à cette indulgence ! Amis pires que tous les ennemis de Marie-Antoinette, ce Tilly qui la défendent en l'excusant !

Non, Marie-Antoinette n'a pas besoin d'excuse ! non, la calomnie n'a pas été médisance : Marie Antoinette est demeurée pure. Toute la part de la jeunesse, toute la part de la femme, toute la part de l'humanité est faite en elle par ces mots du prince de Ligne[19] : La prétendue galanterie de la Reine ne fut jamais qu'un sentiment profond d'amitié pour une ou deux personnes, et une coquetterie de femme, de Reine, pour plaire à tout le monde.

Le jugement de l'histoire n'ira ni en deçà ni au delà de ce jugement : il s'y arrêtera et s'y fixera comme à la mesure précise de l'équité, de la vérité et de la justice.

 

Il en est qui ont voulu faire de l'affaire du collier la condamnation de Marie-Antoinette ; elle est la condamnation de la calomnie. Et quel plus grand exemple de l'absurdité et de la monstruosité de ces accusations ?

Le fond du procès est bien simple : ou la Reine est innocente, ou il faut admettre que la Reine s'est vendue pour un bijou ; et à qui ? à l'homme de France contre lequel elle avait les plus vives et les plus justes préventions. Et quels sont, cette hypothèse admise, les témoins dont l'affirmation prévaut contre la dénégation de la Reine ? C'est ce couple de malheureux sans métier, sans ressources, et faisant ressource de tous les métiers, industriels, entremetteurs, mendiants, ramassant leur pain dans les antichambres, vivant de hasards et de prostitutions entre le Mont-de-Pitié et Bicêtre, errant d'auberge en auberge, disputant les hôteliers à coups de poing, poursuivis de gîte en gîte par les dettes et les hontes criardes !

Voici l'affaire : le joaillier Bœhmer avait vendu à la Reine des girandoles d'oreilles, moyennant 360.000 livres, payables sur la cassette de la Reine, qui était de 100.000 écus par an. Bœhmer avait encore vendu au Roi, pour la Reine, une parure de rubis et de diamants blancs, puis une paire de bracelets de 800.000 livres. La Reine alors déclarait à Bœhmer qu'elle trouvait son écrin assez riche, et qu'elle ne voulait rien y ajouter ; et le public la voyait si rarement porter ses diamants, qu'il croyait qu'elle y avait renoncé. Bœhmer cependant s'occupait de la réunion des plus beaux diamants qui se trouvaient dans le commerce pour en former un collier à plusieurs rangs que sa pensée secrète destinait à la Reine. Il songeait à le faire proposer à la Reine par quelque personne de la cour ; un gentilhomme de la chambre du Roi consentait à le présenter au Roi. Le Roi, émerveillé de la beauté des diamants, accourait l'offrir à la Reine. Mais la Reine assurait le Roi qu'elle serait désolée d'une telle dépense pour un pareil objet ; qu'elle avait de beaux diamants ; que l'usage de la cour était de n'en plus porter que quatre ou cinq fois par an ; et que, tout bien considéré, — on était alors en guerre, — il valait mieux acheter un vaisseau à la France qu'un collier à la Reine. Un an après, Bœhmer, ayant échoué dans le placement de son collier auprès des cours d'Europe, le Roi venait de nouveau l'offrir à la Reine, et la Reine renouvelait encore une fois ses refus. Sur ce refus, Bœhmer sollicitait, en qualité de joaillier de la couronne, une audience de la Reine. Il se jetait à ses pieds, lui déclarant qu'il était un homme ruiné, qu'il n'avait plus qu'à se jeter dans la rivière. La Reine répondait à Bœhmer qu'elle ne lui avait point commandé ce collier qui le ruinait ; qu'à toutes ses propositions da beaux assortiments, elle lui avait déclaré au contraire ne vouloir pas ajouter quatre diamants à ses diamants. Je vous ai refusé votre collier, disait en finissant la Reine ; le Roi a voulu me le donner, je l'ai refusé de même. Ne m'en parlez donc jamais. Tâchez de le diviser et de le vendre, et ne vous noyez pas. De ce jour, la Reine, mise en garde contre la répétition de pareilles scènes, évitait Bœhmer, et, pour mieux l'éviter, donnait toutes ses parures à réparer au valet de chambre joaillier. Tout semblait terminé pour la Reine, lorsque, le 3 août 1785, Bœhmer se présentait à madame Campan, réclamant l'argent du collier acheté par le cardinal de Rohan au nom de la Reine. Madame Campan informait la Reine de la réclamation de Bœhmer. La Reine, qui avait vu Bœhmer très-exalté, le croyait fou. Mais une entrevue avec Lamer, puis le mémoire de Bœhmer et Bassange, instruisaient bientôt la Reine de l'achat, fait en son nom, du collier par le cardinal de Rohan et de l'apposition de sa signature sur le traité. Imaginez à ce coup de foudre la stupéfaction et la douleur de la Reine

Cette douleur, cette stupéfaction éclatent sur le coup avec l'accent de la vérité la plus sincère dans une lettre de Marie-Antoinette, adressée à son frère, Joseph II :

Ce 22 d'août 1783,

Vous aurez déjà su, mon cher frère, la catastrophe du cardinal de Rohan. Je profite du courrier de M. de Vergennes pour vous en faire un petit abrégé. Le cardinal est convenu d'avoir acheté en mon nom, et de s'être servi d'une signature qu'il a cru la mienne, pour un collier de diamants de seize cent mille francs. Il prétend avoir été trompé par une Mme Valois de la Mothe. Celte intrigante du plus bas étage n'a nulle place ici, et n'a jamais eu d'accès auprès de moi. Elle est depuis deux jours dans la Bastille, et, quoique par son premier interrogatoire elle convienne d'avoir eu beaucoup de relations avec le C***, elle nie fermement d'avoir eu aucune part au marché du collier. Il est à observer que les articles du marché sont écrits de la main du C*** ; à côté de chacun le mot approuvé de la même écriture qui a signé au bas Marie-Antoinette de France. On présume que la signature est de ladite Valois de la Mothe. On l'a comparée avec des lettres qui sont certainement de sa main ; on n'a pris nulle peine pour contrefaire mon écriture, car elle ne lui ressemble en rien, et je n'ai jamais signé de France. C'est un étrange roman aux yeux de tout ce pays-ci, que de vouloir supposer que j'ai pu vouloir donner une commission secrète au cardinal[20].

 

Et qui donc osait se dire son confident ? Qui jouait le négociateur dans cette affaire ? L'homme, le seul homme peut-être de France auquel Marie-Antoinette avait fait vœu de ne pas pardonner ; l'homme qui avait livré Marie-Thérèse aux risées de la du Barry ; l'homme qui, à la cour de Vienne, avait calomnié la fille auprès de la mère, à ce point que l'impératrice avait envoyé le baron de Neni en France pour s'assurer des faits ; l'homme qui, à la cour de Versailles, n'avait cessé de montrer l'archiduchesse d'Autriche dans la Reine de France ; l'homme qui avait parlé de la coquetterie de la Reine de façon à manquer à l'épousa de son roi ; l'homme, enfin, dont toute la diplomatie, en France comme à l'étranger, n'avait été que raillerie et perfidie contre la personne de Marie-Antoinette ; l'homme à qui au su de la cour, Marie-Antoinette n'avait jamais daigné adresser la parole, et qu'elle avait réduit à se glisser honteusement, travesti et déguisé, dans les jardins de Trianon, pour voir la fête donnée au prince et à la princesse du Nord[21]... Trouvant cet homme dans cette machination au premier rang et dans le grand rôle, la Reine imagina que c'était là une nouvelle manœuvre d'une intrigue honteuse. Elle crut à un complot tramé pour la perdre ; et telle était sa persuasion que, dans l'entrevue avec le Roi et le cardinal, l'assurance du cardinal lui avait fait penser un moment qu'il allait indiquer un endroit secret de l'appartement de sa souveraine où il aurait fait cacher le collier par un homme acheté. Dans sa première indignation la Reine courut au Roi. Le Roi éclata contre tant d'impudence. Le baron de Breteuil, servant ses rancunes particulières, anima encore le ressentiment du Roi et de la Reine, et il fut résolu de donner à cette grande imposture une éclatante publicité.

Les conseillers de cette résolution, M. de Breteuil et M. de Vermond, ont été blâmés. On les a accusés d'avoir livré la Reine à la malignité du pu-bile, d'avoir compromis son honneur dans des débats publics. Et cependant, si le parti contraire avait été adopté, si les conseils de la prudence ou plutôt de la timidité eussent prévalu, si l'affaire avait été étouffée, quelle arme dans les mains des ennemis de la Reine ! Quelle preuve ils eussent tirée contre l'innocence de Marie-Antoinette, de ce silence, et de cette défiance de la lumière et de la justice !

Le 15 août, jour de l'Assomption, à midi, toute la cour remplissant la galerie, le cardinal de Rohan, en rochet et en camail, attendait Leurs Majestés, qui allaient passer pour aller entendre la messe. Il est appelé dans le cabinet du Roi, où il trouve la Reine. Qui vous a chargé, Monsieur, lui dit le Roi, d'acheter un collier pour la Reine de France ? — Ah ! Sire, s'écrie le cardinal, je vois trop tard que j'ai été trompé ! Le Roi reprend : Qu'avez-vous fait de ce collier ? — Je croyais qu'il avait été remis à la Reine. — Qui vous avait chargé de cette commission ? — Une dame appelée madame la comtesse de la Motte-Valois, qui m'avait présenté une lettre de la Reine, et j'ai cru faire ma cour à Sa Majesté en faisant cette commission. — Moi, Monsieur ? interrompt la Reine, qui tourmentait son éventail, moi ! qui depuis mon arrivée à la cour ne vous ai point adressé la parole ! A qui persuaderez-vous, s'il vous plaît, que j'ai donné le soin de mes atours à un évêque, à un grand aumônier de France ? — Je vois bien, répond le cardinal, que j'ai été cruellement trompé. Je payerai le collier. L'envie que j'avais de plaire m'a fasciné les yeux. Je n'ai vu nulle supercherie et j'en suis fâché. Et le cardinal tire d'un portefeuille le traité portant la signature : Marie-Antoinette de France. Le Roi le prend. Ce n'est ni l'écriture de la Reine, ni sa signature : comment un prince de la maison de Rohan et un grand aumônier de France a-t-il pu croire que la Reine signait Marie-Antoinette de France ? Personne n'ignore que les reines ne signent que leurs noms de baptême. Le Roi, présentant alors au cardinal une copie de sa lettre à Bœhmer : Avez-vous écrit une lettre pareille à celle-ci ? — Je ne me souviens pas de l'avoir écrite. — Et si l'on vous montrait l'original, signé de vous ? — Si la lettre est signée de moi, elle est vraie. Expliquez-moi donc toute cette énigme, reprit le Roi : je ne veux pas vous trouver coupable ; je désire votre justification. Le cardinal pâlit et s'appuie sur une table. Sire, je suis trop troublé pour répondre à Votre Majesté d'une manière... — Remettez-vous, monsieur le Cardinal, dit le Roi, et passez dans mon cabinet, afin que la présence de la Reine ni la mienne ne nuisent pas au calme qui vous est nécessaire. Vous y trouverez du papier, des plumes et de l'encre ; écrivez votre déposition. Le cardinal obéit. Au bout d'un deuil-quart d'heure il rentre, et remet un papier au Roi. Le Roi le prend en lui disant : Je vous préviens que vous allez être arrêté. — Ah ! Sire, s'écrie le cardinal, j'obéirai toujours aux ordres de Votre Majesté, mais qu'elle daigne m'épargner la douleur d'être arrêté dans mes habits pontificaux, aux yeux de toute la cour ! — Il faut que cela soit ; et, sur ce mot, le Roi quitte brusquement le cardinal sans l'écouter davantage[22].

Au sortir de chez le Roi, le cardinal de Rohan était arrêté et conduit à la Bastille. Deux jours après, il en sortait pour assister, en présence du baron de Breteuil, à l'inventaire de ses papiers. Le 5 septembre 1785, le jugement du cardinal était enlevé à la juridiction des tribunaux ecclésiastiques, et déféré à la grand'chambre assemblée par lettres patentes où la volonté du Roi s'exprimait ainsi :

LOUIS, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre ; à nos amés et féaux conseillers, les gens tenans notre cour de Parlement, à Paris, SALUT. Ayant été informé que les nommés Bœhmer et Bassange auroient vendu un collier au cardinal de Bohai), à l'insu de la Reine, notre chère épouse et compagne, lequel leur auroit dit être autorisé par elle à en faire l'acquisition, moyennant le prix de seize cent mille livres, payables en différens termes, et leur auroit fait voir, à cet effet, de prétendues propositions qu'il leur auroit exhibées comme approuvées et signées par la Reine ; que ledit collier, ayant été livré par lesdits Bœhmer et 13assange audit cardinal, et le premier payement convenu entre eux n'ayant pas été effectué, ils auroient eu recours à la Reine. Nous n'avons pu voir sans une juste indignation que l'on ait osé emprunter un nom auguste et qui nous est cher à tant de titres, et violer, avec une témérité aussi inouïe, le respect dû à la Majesté royale. Nous avions pensé qu'il étoit de notre justice de mander devant nous ledit cardinal, et, sur la déclaration qu'il nous a faite, qu'il avoit été trompé par une femme nommée la Motte de Valois, nous avons jugé qu'il étoit indispensable de nous assurer de sa personne et de celle de ladite dame de Valois, et de prendre les mesures que notre sagesse nous a suggérées pour découvrir tous ceux qui auroient pu être auteurs ou complices d'un attentat de cette nature, et nous avons jugé à propos de vous en attribuer la connoissance pour être le procès par vous instruit, jugé, la grand'chambre assemblée[23].

Le cardinal de Rohan se défendait et se justifiait comme il suit. Au mois de septembre 1781, madame de Boulainvilliers lui présentait une femme dont elle était la bienfaitrice, qu'elle avait recueillie et élevée, madame de la Motte-Valois. La misère de la protégée de madame de Boulainvilliers, son nom, son sang, sa figure, son esprit, touchaient la cardinal. Il aidait madame de la Motte de quelques louis. Mais que pouvait l'aumône contre le désordre de madame de la Motte ? Au mois d'avril 1784, elle obtenait d'aliéner la pension de 1,500 livres accordée par la cour à la descendante des Valois. Tout donne à croire que, vers ce temps, des relations s'étaient établies entre le cardinal et madame de la Motte. Madame de la Motte était entrée dans des secrets échappés au cardinal, à l'imprudence de sa parole et à la légèreté de bon caractère. Elle le savait las de sa position à la cour, impatient des amertumes de sa disgrâce et des froideurs méprisantes de la Reine, ambitieux et bouillant d'effacer son passé, prêt à tout, avec l'ardeur de la faiblesse, pour rentrer en grâce. Peu à peu, par degrés, autour du cardinal et par tous ses familiers, madame de la Motte ébruitait doucement, discrètement, une protection auguste, une grande faveur dont elle était honorée ; confirmant elle-même les propos qu'elle semait, disant qu'elle avait un accès secret auprès de la Reine, que des terres du chef de sa famille lui allaient, être restituées, qu'elle allait avoir part aux grâces. Le cardinal, il ne faut pas l'oublier, s'il n'était ni un niais ni un sot, s'il avait tout le vernis d'un homme du monde et tout l'esprit d'un salon, le cardinal manquait absolument de ce sang-froid de la raison et de ce contrôle du bon sens qui est la conscience et la règle des actes de la vie. Aveuglé par son désir de rentrer en grâce, il s'abandonnait à madame de la Motte, qui travaillait sans relâche sa confiance, nourrissait ses désirs, enhardissait ses illusions par toutes les ressources et toutes les audaces de 1 intrigue et du mensonge. Un jour madame de la Motte disait au cardinal : Je suis autorisée par la Reine à vous demander par écrit la justification des torts qu'on vous impute. Cette apologie remise par le cardinal à madame de la Motte, madame de la Motte apportait, quelques jours après, ces lignes où elle faisait ainsi parler la Reine au cardinal : J'ai lu votre lettre, je suis charmée de ne plus vous trouver coupable ; je ne puis encore vous accorder l'audience que vous désirez. Quand les circonstances le permettront, je vous en ferai prévenir ; soyez discret[24].

Et quels soupçons, quelles inquiétudes pouvaient rester au cardinal après cette impudente comédie d'août 1784, imaginée par madame de la Motte, où une femme ayant la figure, l'air, le costume et la voix de la Reine, lui apparaissait dans les jardins de Versailles et lui donnait à croire que le passé était oublié ? De ce jour, le cardinal appartenait tout entier à madame de la Motte. Les espérances insolentes qu'il osait concevoir de cette entrevue le livraient et le liaient à une crédulité sans réflexion, sans remords, sans bornes. Madame de la Motte pouvait dès lors en abuser à son gré, en faire l'instrument de sa fortune, le complice de ses intrigues. Elle pouvait tout demander au cardinal au nom de cette Reine qui lui avait pardonné, non avec la dignité d'une reine, mais avec la grâce d'une femme. Et c'est dès ce mois d'août une somme de 60.000 livres que madame de la Motte tire du cardinal, pour des infortunés, dit-elle, auxquels la Reine s'intéresse ; et c'est, au mois de novembre, une autre somme de 100.000 écus qu'elle obtient encore de lui, au nom de la Reine, pour le même objet.

Mais de telles sommes étaient loin de suffire aux besoins, aux dettes, aux goûts, au luxe, à la maison de madame de la Motte. Tentée par l'occasion, elle songea à faire sa fortune, une grande fortune, d'un seul coup.

Bassange et Bœhmer, qui entretenaient tout Paris de leur collier et battaient toutes les influences pour forcer la main au Roi ou à la Reine, étaient tombés sur un sieur Delaporte, de la société de ma dame de la Motte, qui leur avait parlé de madame de la Motte comme d'une dame honorée des bontés de la Reine. Bassange et Bœhmer sollicitent aussitôt de madame de la Motte la permission de lui faire voir le collier. Elle y consent, et le collier lui est présenté le 29 décembre 1784. Madame de la Motte, habile à cacher son jeu, parle aux joailliers de sa répugnance à se mêler de cette affaire, sans les désespérer toutefois. Au sortir de l'entrevue, elle so hâte d'expédier, par le baron de Planta, une nouvelle lettre au cardinal, alors à Strasbourg. Madame de la Motte y faisait dire à la Reine : Le moment que je désire n'est pas encore venu, mais je hâte votre retour pour une négociation secrète qui m'intéresse personnellement et que je ne veux confier qu'à vous ; la comtesse de la Motte vous dira de ma part le mot de l'énigme[25]. Le 20 janvier 1785, madame de la Motte fait dire aux joailliers de se rendre chez elle le lendemain 21 ; et là, en présence du sieur Hachette, beau-père du sieur Delaporte, elle leur annonce que la Reine désire le collier, et qu'un grand seigneur sera chargé de traiter cette négociation pour Sa Majesté. Le 24 janvier, le comte et la comtesse de la Motte rendent visite aux joailliers, leur disent que le collier sera acheté par la Reine, que le négociateur ne tardera pas à paraître, et qu'ils avisent à prendre leurs sûretés. L'affaire avait été engagée pendant l'absence du cardinal. Ma-darne de la Motte lui apprenait à son retour de Saverne, le 5 janvier, que la Reine désirait acheter le collier des sieurs Bœhmer et Bassange, et entendait le charger de suivre les détails et de régler les conditions de l'achat ; elle appuyait son dire de lettres qui ne permettaient au cardinal qu'une soumission respectueuse.

Le 24 janvier, le cardinal, à la suite d'une visite des époux de la Motte, entre chez les joailliers, se fait montrer le collier, et ne cache pas qu'il achète non pour lui-même, mais pour une personne qu'il ne nomme pas, mais qu'il obtiendra peut-être la permission de nommer. Quelques jours après, le cardinal revoit les joailliers. Il leur montre des conditions écrites de sa main : 1° le collier sera estimé, si le prix de 1.600.000 livres paraît excessif ; 2° les payements se feront en deux ans, de six mois en six mois ; 3° on pourra consentir des délégations ; 4° ces conditions agréées par l'acquéreur, le collier devra être livré le 1er février au plus tard. Les joailliers acceptent ces conditions, et signent l'écrit sans que la Reine soit nommée. Cet écrit, revêtu de l'acceptation des joailliers, est remis à madame de la Motte qui deux jours après le rend au cardinal, avec des approbations à chaque article, et au bas la signature : Marie-Antoinette de France.

Aussitôt le cardinal, étourdi du succès de sa négociation, de la faveur dont il croit jouir, du mystère même dont la Reine entoure sa confiance, écrit aux joailliers que le traité est conclu, et les prie d'apporter l'objet vendu. Les joailliers, assurés que c'est à la Reine qu'ils vendent, se rendent aux ordres du cardinal. Le collier reçu, le cardinal se rend à Versailles, arrive chez madame de la Motte, lui remet l'écrin : La Reine attend, dit madame de la Motte, ce collier lui sera remis ce soir. En ce moment paraît un homme qui se fait annoncer comme envoyé par la Reine. Le cardinal se retire dans une alcôve ; l'homme remet un billet ; madame de la Motte le fait attendre quelques instants, va montrer au cardinal le billet, portant ordre de remettre le collier au porteur. L'homme est rappelé. Il reçoit l'écrin. Il part.

Le cardinal, convaincu que le collier est remis à la Reine, donne ce jour même la première preuve de l'acquisition faite par la Reine par cette lettre : Monsieur Bœhmer, S. M. la Reine m'a fait connaître que ses intentions étoient que les intérêts de ce qui sera dû après le premier payement, fin août, courent et vous soient payés successivement avec les capitaux jusqu'à parfait acquittement. Ainsi le cardinal, en foncé dans la confiance, n'a pas un doute. Le lendemain, il charge son heiduque Schreiber de voir s il n'y aurait rien de nouveau dans la parure de la Reine  au dîner de Sa Majesté. Le 3 février, rencontrant à Versailles le sieur et la dame Bas-singe, il leur reproche de n'avoir point fait encore leurs très-humbles remercîments à la Reine de ce qu'elle a bien voulu acheter leur collier. Il les pousse à la voir, à en chercher l'occasion, à la provoquer. Toutefois, le cardinal s'étonnait de ne pas voir la Reine porter le collier, et il partait pour Saverne, ne soupçonnant rien encore, mais déjà moins hardi dans ses rêves, presque déçu. Madame de la Motte venait le retrouver à Saverne, et relevait sa confiance en lui promettant une audience de la Reine à son retour. Le cardinal, revenu de Saverne, l'audience tardant, la Reine continuant à ne pas porter le collier, le cardinal s'inquiétait. Il pressait madame de la Motte. La Reine trouvait le prix excessif, répondait madame de la Motte, qui voulait gagner du temps ; la Reine demandait, ou l'estimation, ou la diminution de 200.000 livres. Jusque-là, ajoutait madame de la Motte, la Reine ne portera pas le collier. Les joailliers se soumettaient à la réduction, et madame de la Motte faisait voir au cardinal une nouvelle lettre de la Reine, dans laquelle la Reine disait qu'elle gardait le collier, et qu'elle ferait payer 100.000 livres au lieu de 400.000 à l'époque de la première échéance, fixée au 31 juillet[26].

C'est alors que le cardinal, les joailliers ayant négligé de se présenter devant la Reine pour la remercier, exigeait d'eux qu'ils lui écrivissent leurs remercîments. Malheureusement cette lettre de fît-amer, reçue par la Reine, lue par elle, tout haut, devant ses femmes présentes ; cette lettre, qui eût pu être une révélation, était considérée par la Reine comme un nouvel acte de folie de ce marchand qui l'avait menacée de se jeter à l'eau. La Reine, n'y comprenant rien et n'y voyant qu'une énigme du Mercure, la jetait au feu. Et qui pourrait essayer de nier l'ignorance de la Reine ? Ne faudrait-il pas nier cette note écrite au moment où la fraude va être découverte, et trouvée dans le peu de papiers du cardinal échappés au feu allumé par l'abbé Georgel ? Envoyé chercher une seconde fois B. — Bœhmer —. La tête lui tourne depuis que A. — la Reine — a dit : Que veulent dire ces gens-là ? Je crois qu'ils perdent la tête[27].

Ceci se passait le 12 juillet. Quelques jours après, madame de la Motte avertissait le cardinal que les 700.000 livres, payables au 31 juillet, ne seraient pas payées, que la Reine en avait disposé ; mais que les intérêts seraient acquittés. La préoccupation de ce payement qui manque, le souci de faire attendre les joailliers, troublent le cardinal. Il s'alarme. A ce moment, il lui tombe sous les yeux de l'écriture de la Reine. Il soupçonne. Il mande madame de la Motte. Elle arrive tranquille, et le rassure. Elle n'a pas vu, dit-elle, écrire la Reine ; mais les approbations sont de sa main, il n'y a pas le moindre doute à avoir. Elle jure que les ordres qu'elle a transmis au cardinal lui viennent de la Reine. D'ailleurs, pour lui ôter toute inquiétude, elle va lui apporter 30.000 livres de la part de la Reine pour les intérêts. lit ces 30.000 livres, madame de la Motte les apporte au cardinal. Le cardinal ignore que madame de la Motte les a empruntées sur des bijoux mis en gage chez son notaire, et tous ses soupçons tombent devant une pareille somme apportée par une femme qu'il nourrit de ses charités.

Le 3 août, Bœhmer voyait madame Campan à sa maison de campagne, et tout se découvrait. Madame de la Motte faisait appeler le cardinal, dont l'aveuglement continuait sans que cette phrase de Bassange, du 4 août, l'eût éclairé : Votre intermédiaire ne nous trompe-t-il pas tous les deux ? Madame de la Motte se plaignait au cardinal d'inimitiés redoutables conjurées contre elle, lui demandait un asile, le compromettait par cette hospitalité, puis le quittait le 5, et se retirait à Bar-sur-Aube. Elle espérait que l'affaire se dénouerait sans éclat ; elle comptait que le cardinal avait trop à risquer pour appeler sur son imprudence et sa témérité le bruit, la lumière, la justice. Compromis avec elle, le cardinal payerait et se tairait, pensait madame de la Motte[28].

Toute cette affaire n'était donc qu'une escroquerie. Encore l'idée n'en était-elle pas bien neuve. Le scandale n'était pas oublié d'une madame de Cahouet de Villiers, qui par deux fois, en 1777, imitant l'écriture et la signature de Marie-Antoinette, s'était fait livrer d'importantes fournitures par la demoiselle Bertin ; puis, réprimandée pour toute punition et pardonnée par la Reine, fabriquait une nouvelle lettre signée Marie-Antoinette au moyen de laquelle elle enlevait 200.000 livres au fermier général Béranger[29]. Une autre intrigue, moins ébruitée, presque inconnue du public même alors, n'avait-elle pas, quelques années après, annoncé l'affaire du collier, et montré la voie à l'imagination de madame de la Motte ? Une femme, en 1782, s'était vantée, elle aussi, d'être honorée de la confiance et de l'intimité de la Reine. Elle montrait des lettres de madame de Polignac, qui la priait de se rendre à Trianon. Elle usait du cachet de la Reine, surpris par elle sur la table du duc de Polignac. A l'entendre, elle disposait de la faveur de madame de Lamballe ; à l'entendre, elle avait, par son crédit sur la Reine, désarmé le ressentiment de la princesse de Guéménée et de madame de Chimay contre une dame de Roquefeuille. Mêmes mensonges et mêmes dupes, c'est la même comédie, et, chose inconcevable, c'est le même nom : l'intrigante de 1782 s'appelait, elle aussi, de la Motte ! Marie-Josèphe-Françoise Waldburg-Frohberg, épouse de Stanislas-Henri-Pierre du Pont de la Motte, ci-devant administrateur et inspecteur du collège royal de la Flèche[30].

 

A l'appui de sa bonne foi de dupe, le cardinal de Rohan apportait la subite fortune et le soudain étalage de madame de la Motte, ce mobilier énorme dont Chevalier avait fourni les bronzes, Sikes les cristaux, Adam les marbres ; tout ce train, monté d'un coup de baguette, chevaux, équipage, livrée ; tant de dépenses, l'achat d'une maison, d'une argenterie magnifique, d'un écrin de 100.000 livres, tant d'argent jeté de tous les côtés aux caprices les plus ruineux, par exemple à un oiseau automate de 4,500 livres ! La défense du cardinal rapprochait de ces dépenses les ventes successives de diamants faites par la femme la Motte, à partir du ter février, pour 27.000 livres, 16.000 livres, 36 000 livres, etc. ; les s'entes de montures de bijoux pour 40 ou 50.000 livres ; les ventes opérées en Angleterre par le mari de madame de la Motte de diamants semblables à ceux-du collier, d'après le dessin envoyé de France, pour 400.000 livres en argent, ou échangés contre d'autres bijoux, tels qu'un médaillon de diamants de 230 louis, des perles à broder pour 1.890 louis, etc. ; tous échanges ou ventes certifiés par les tabellions royaux de Londres. L'éclat de cette fortune et de ces dépenses, ajoutait la défense, avait été soigneusement dérobé au cardinal par madame de la Motte. Elle le recevait dans un grenier lorsqu'il venait chez elle ; et le 5 août, lorsqu elle le quittait pour aller habiter la maison qu'elle avait achetée à Bar-sur-Aube, elle lui disait se retirer chez une de ses parentes[31].

Madame de la Molle niait tout. Elle niait ses rapports avec les joailliers, ce bruit de faveur auprès de la Reine répandu par elle, le récit fait par le cardinal de la remise du collier. Ne voyant son salut que dans la perte du cardinal, elle imaginait cette fable d'une influence magnétique de Cagliostro sur le cardinal. C'était à Cagliostro, suivant elle, que le cardinal avait remis le collier. C'était Cagliostro qui avait fait prendre au cardinal le comte et la comtesse de la Motte pour agents, en France et en Angleterre, du dépècement et du changement de nature du collier. Les deux grands faits à sa charge, la fausse signature de la Reine sur le marché, et la comédie de l'apparition de la Reine au cardinal dans le parc de Versailles, madame de la Motte les repoussait d'un ton léger. Suivant elle, c( le cardinal ayant toujours gardé le plus grand secret sur cette négociation qu'il a conduite lui-même, elle ne connaît la négociation que comme le public, par les lettres patentes du mois de septembre dernier et le réquisitoire en forme de plaintes du procureur général. Quant à la scène du parc de Versailles, elle s'écrie ironiquement dans son Mémoire : C'est le baron de Planta qui apparemment aura fait voir à M. de Rohan, ou lui aura fait croire qu'il voyoit on ne sait quel fantôme à travers l'une de ces bouteilles d'eau limpide avec laquelle Cagliostro a fait voir notre auguste Reine à la jeune demoiselle de la Tour ; et, raillant agréablement le cardinal : Dans ce rêve extravagant, M. de Rohan a-t-il donc reconnu ce port majestueux, ces attitudes de tête qui n'appartiennent qu'à une Reine fille et sœur d'empereur ?[32]

Une déposition inattendue venait faire justice du persiflage de madame de la Motte. Un religieux minime déclarait avoir désiré prêcher à la cour, pour obtenir le titre de prédicateur du Roi. Refusé pour un de ses sermons soumis au grand aumônier de France, il avait été engagé à se présenter chez madame de la Motte, qui, lui dit-on, gouvernait le cardinal et lui obtiendrait cette faveur. Il avait suivi le conseil, réussi auprès de madame de la Motte, prêché devant le Roi. De là une grande reconnaissance du religieux, qui devenait l'ami de madame de la Motte et son commensal habituel. Un jour qu'il y dînait, il avait été frappé de la beauté d'une jeune personne et de sa ressemblance avec la Reine. Il se rappelait l'avoir vue reparaître le soir, après une seconde toilette, avec la coiffure habituelle de la Reine[33]. Sur cette déposition, sur les recherches de la police, la demoiselle d'Oliva était arrêtée, le 17 octobre, à Bruxelles, et amenée à la Bastille. Interrogée, elle confirmait la déposition du père Loth. Un homme, qui l'avait rencontrée au Palais- Royal, lui avait rendu plusieurs visites. Il lui parlait de protections puissantes qu'il voulait lui faire obtenir, puis lui annonçait la visite d'une dame de grande distinction qui s'intéressait celle. Cette dame était madame de la Motte. Elle se disait à la d'Oliva chargée par la Reine de trouver une personne qui pût faire quelque chose qu'on lui expliquerait lorsqu'il en sera-temps, et lui offrait 15.000 livres. La d'Oliva acceptait. C'était dans les premiers jours d'août. Le comte et la comtesse de la Motte emmènent la d'Oliva à Versailles Ils sortent, puis reviennent, et lui annoncent que la Reine attend avec la plus vive impatience le lendemain, pour voir comment la chose se passera. Le lendemain, c'est la comtesse qui s'occupe elle-même de la toilette de la d'Oliva. Elle lui met une robe de linon, une robe à l'enfant on une gaule, appelée plus communément une chemise, et la coiffe en demi-bonnet. Quand elle est habillée, la comtesse lui dit : Je vous conduirai ce soir dans le parc, et vous remettrez cette lettre à un très-grand seigneur que vous y rencontrerez. Entre onze heures et minuit, madame de la Motte lui jetait un mantelet blanc sur les épaules, une thérèse sur la tête, et la conduisait au parc. En chemin, elle lui remettait une rose : Vous remettrez cette rose, avec la lettre, à la personne qui se présentera devant vous, et vous lui direz seulement : Vous savez ce que cela veut dire. Et madame de la Motte ajoute, pour rassurer la d'Oliva, que tout a lieu avec l'agrément de la Reine : La Reine sera derrière vous. Arrivée au parc, madame de la Motte fait placer la d'Oliva dans une charmille, puis va chercher le grand seigneur, qui s'approche en s'inclinant. La d'Oliva dit la phrase, remet la rose... Vite ! vite ! venez ! C'est madame de la Motte qui accourt et l'entraîne[34].

Ce démenti, donné à toute la défense de madame de la' Motte, n'abattit point son impudence. Mais bientôt un autre démenti confondait ses mensonges. Rétaux de Villette, son confident, son secrétaire, arrêté à Genève, avouait qu'abusé par l'influence de madame de la Motte, par l'espérance d'une fortune auprès du cardinal, il avait écrit sous la dictée de madame de la Motte toutes les fausses lettres qui avaient trompé M. de Rohan. Il avouait qu'il avait tracé, sous ses ordres, les mots Approuvé en marge du traité de vente du collier, tracé au bas la signature Marie-Antoinette de France[35].

Qu'ajouter ? La lumière est faite, comme jamais peut-être elle n'a été faite dans une affaire semblable. Les preuves sont des faits. La vérité, la duperie du cardinal, l'escroquerie de madame de la Motte, l'innocence de la Reine, ne sont pas à démontrer : elles éclatent et n'appartiennent plus à la discussion. Où donc l'opinion, qui ne voulait point de la lumière, qui ne voulait point de la vérité, qui ne voulait point de l'innocence de la Reine, était-elle réduite à se réfugier ? Où ? Dans les nouveaux mensonges de madame de la Motte, dans les calomnies de son Sommaire[36]. Que dis-je ? Dans le murmure et le balbutiement de ses réponses, dans les lambeaux de ses interrogatoires infidèlement rapportés ! Il fallait, pour se refuser à l'évidence, abaisser sa foi jusqu'à ces libelles que publiera la la Motte, l'épaule encore rouge du V de voleuse ; il fallait croire à l'authenticité de toutes les lettres de la Reine, y croire contre la déclaration de létaux de Villette, y croire contre l'aveu du faussaire ! il fallait, — car dans ce système la calomnie doit aller jusqu'au bout de la stupidité, — il fallait supposer que la signature fausse de la Reine, apposée au traité, y avait été apposée du gré de la Reine pour arracher le collier à Bœhmer, et demeurer libre de tout engagement. Il fallait admettre que la scène du parc avait été commandée par la Reine à la d'Oliva, pour se donner le divertissement de voir jouer à une courtisane le rôle d'une Reine de France. Il fallait admettre enfin que les diamants vendus par le comte de la Motte avaient été vendus par l'ordre de la Reine, pour dénaturer le collier et en réaliser l'argent en le dissimulant aux vendeurs !

Aujourd'hui, pour douter et faire douter encore, à quoi l'historien est-il contraint ? Il lui faut accepter les affirmations haineuses de l'abbé Georgel, qui ne pardonne pas à la Reine d'avoir été chassé de l'ambassade de Vienne par le baron de Breteuil. Il lui faut s'appuyer sur ces Mémoires du comte Beugnot, l'ami, la dupe et le confesseur des fables de madame de la Motte ; il lui faut enfin, renonçant au contrôle de l'histoire, et, dans le récit de cette imposture, abusé par une imposture, baser son récit et sa conviction sur des Mémoires apocryphes, sur ces Mémoires de mademoiselle Bertin, dont les éditeurs eux-mêmes ont reconnu la fausseté et la supercherie[37].

 

Le procès est à sa fin. Madame de la Motte, qui a cherché son salut dans la comédie d'une subite folie, le cherche dans les insinuations perfides, puis dans l'audace et l'intimidation de la calomnie. Elle espère se sauver en accusant la Reine, ou du moins échapper à l'infamie en se faisant passer auprès de l'opinion pour la victime d'une intrigue de cour. Derrière elle, la poussant dans cette voie, l'enhardissant à menacer, il y a les Rohan humiliés et qui voudraient au moins compromettre l'honneur de la Reine avec l'honneur du cardinal ; il y a madame de Marsan, visitant et travaillant les parlementaires, M. de Vergennes et ses ressentiments mal étouffés, et tout le parti des ennemis de la Reine[38]. En face de madame de la Motte il y a le parlement, qui ne lui impose pas silence.

Le procureur général donne ses conclusions. Elles portent, contre le cardinal : Qu'il sera tenu de déclarer à la chambre, en présence du procureur général, que témérairement il s'est mêlé de la négociation du collier, sous le nom de la Reine ; que plus témérairement il a cru à un rendez-vous nocturne à lui donné par la Reine ; qu'il demande pardon au Roi et à la Reine en présence de la justice ;

Tenu de donner, sous un temps déterminé, la démission de la charge de grand aumônier ;

Tenu de s'abstenir d'approcher, à une certaine distance, des maisons royales et des lieux où serait la cour ;

Tenu de garder prison jusqu'à l'exécution pleine el entière de l'arrêt[39].

Cette humiliation n'eût été que juste ; elle importait à l'honneur de la Reine comme à la dignité de la couronne de France. Sans doute le cardinal était pur de la fraude ; mais il était coupable d'imprudence et de présomption. Il avait été l'instrument du scandale, le héros du roman de madame de la Motte. Son illusion avait insulté la vertu de la femme de son roi ; il avait porté le soupçon autour du trône ; il avait compromis la royauté.

Mais les influences, les manœuvres, les passions, la voix des Robert Saint-Vincent, des Barillon, des Morangis, des d'Outremont, des Hérault de Sechelles et des Freteau, l'emportaient dans cette cause sur les intérêts de la justice et les droits de la royauté : vingt-six voix contre vingt-trois repoussaient les injonctions du procureur général[40]. Le jugement qui condamnait Jeanne de Valois de Saint-Remy de Luz, femme de la Motte, à être battue et fustigée nue de verges, flétrie de fer chaud et détenue à perpétuité à la Salpêtrière, déchargeait Louis-René-Édouard de Rohan des plaintes et .accusations contre lui intentées à la requête du procureur général, et ordonnait que les Mémoires imprimés pour Jeanne de Saint-Remy de Valois de la Motte seraient et demeureraient supprimés, comme contenant des faits faux, injurieux et calomnieux audit cardinal de Rohan[41].

Regardez pourtant ces juges qui acquittent le cardinal de Rohan, ces juges qui font pleurer la Reine[42] : encore deux ans, et dans cette même assemblée ils s'élèveront contre la royauté de Louis XVI, et brigueront comme un honneur l'exil du duc d'Orléans. Regardez ce peuple des halles, qui applaudit au triomphe du cardinal, à l'humiliation de la Reine[43] : c'est le peuple qui va remplir le Tribunal révolutionnaire et applaudir au bourreau !

 

 

 



[1] Mémoires de Mme Campan, vol. I.

[2] Portefeuille d'un talon rouge.

[3] Fragments inédits des Mémoires du prince de Ligne. La Revue nouvelle, février 1846.

[4] Mémoires historiques et politiques sur le règne de Louis XVI, par Soulavie ; — Mémoires de Mme Campan, vol. I. — Portefeuille d'un talon rouge.

[5] Mémoires du comte de Tilly, vol. II.

[6] Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Marck. Introduction.

[7] Liste civile 1792. Trois numéros avec les Têtes à prix.

[8] Mémoires de Tilly, vol. II.

[9] Mémoires du baron de Besenval, vol. II.

[10] Mémoires de Mme Campan, vol. I.

[11] Mémoires de Besenval, vol. II.

[12] Mémoires de Mme Campan, vol. I.

[13] Mémoires de M. le duc de Lauzun. Paris, 1822.

[14] Passages retranchés des Mémoires de Lauzun. Revue rétrospective, vol. I.

[15] Passages retranchés des Mémoires de Lauzun. Revue rétrospective, vol. I.

[16] Le galant gentilhomme ne parle pas dans ses Mémoires des lettres d'État devant le mettre à l'abri de toutes poursuites de ses créanciers, qu'il sollicitait de la Reine ; lettres d'État que, sur la flagrante injustice de la demande, Marie-Antoinette se refusait à faire accorder (Correspondance de Mercy-Argenteau).

[17] Mémoires de Mme Campan, vol. I.

[18] Foreign reminiscenses by lord Holland. — D'après tous les récits du temps, il faut le reconnaître pourtant, Fersen fut l'homme pour lequel la Heine eut l'amitié la plus vive, la plus tendre, la plus approchant le sentiment, ainsi que l'atteste la curieuse dépêche secrète du comte de Creutz, publiée par M. Geffroy dans son livre sur Gustave III et la Cour de France.

[19] Mélanges littéraires, militaires et sentimentaires, par le prince de Ligne.

[20] Dans une autre lettre elle dit à son frère. Le cardinal a pris mon nom comme un vil et maladroit monnayeur. Il est probable que pressé par un besoin d'argent, il a cru pouvoir payer les bijoutiers à l'époque qu'il avait marquée sans que rien frit découvert. Le Roi a eu la bonté de lui donner le choix d'être jugé au parlement ou de reconnaitre le délit et de s'en remettre à sa clémence. Dans une dernière lettre relative à l'affaire du collier Marie-Antoinette écrit à Joseph II : Cagliostro charlatan, la Mothe sa femme et une nommée Oliva barboteuse des rues sont décrétés avec lui ; il faudra qu'il leur soit confronté et réponde à leurs reproches. Quelle association pour un grand aumônier et un Rohan cardinal. Madame de Brienne qui depuis vingt ans paraissait brouillée avec lui, a pris cette affaire avec une chaleur qui lui fait faire mille extravagances.....

[21] Dans une lettre datée de mars 1717, Marie-Antoinette annonce en ces termes la nomination de Rohan à la grande aumônerie : Je pense bien, comme ma chère maman, sur le prince Louis, que je crois de très-mauvais principes et très-dangereux par ses intrigues, et s'il n'avait tenu qu'à moi, il n'aurait pas de place ici. Au reste celle de grand aumônier ne lui donne aucun rapport avec moi et n'aura pas grande parole du Roi qu'il ne verra qu'à son lever et à l'église.

Et toute la correspondance de Marie-Thérèse ne parle que de ne pas lui envoyer Rohan quand on veut le faire ambassadeur à Vienne, ne parle que de le rappeler lorsqu'il y est nommé.

[22] Mémoires du baron de Besenval. — Mémoires secrets et universels sur les malheurs et la mort de la Reine de France, par Lafont d'Aussonne. — Mémoires de Mme Campan.

[23] Extrait des Lettres permanentes patentes du 5 septembre 1785 adressées au Parlement pour l'affaire du cardinal de Rohan registrées en la cour le 6 du même mois.

[24] Mémoires de l'abbé Georgel.

[25] Mémoires de l'abbé Georgel.

[26] Mémoire pour Louis-René-Édouard de Rohan contre M. le procureur général, en présence de la dame de la Motte, du sieur Villette, de la demoiselle Oliva et du sieur comte de Cagliostro, coaccusés.

[27] Mémoires de Mme Campan, vol. II.

[28] Lettre d'un garde du Roi pour servir de suite aux Mémoires sur Cagliostro. Londres, 1786.

[29] La Bastille dévoilée (par Manuel), 1789. Cinquième livraison. — L'état de la Bastille depuis le 17 juillet 1768 jusqu'au 5 mai 1782 (quatrième livraison) porte à la date du 13 mars 1777 : Entrée, Mme Cahouet de Villers transférée au couvent de la Croix sous le nom de Mme de Noyan le 5 août 1777.

[30] La Bastille dévoilée (troisième livraison). L'état de la Bastille porte à la date du 22 février 1782 : La dame de la Motte, soi-disant comtesse ou marquise ; sortie le 29 juin 1782 et conduite à la Villette, chez le sieur de Macé.

[31] Mémoires pour Louis-René-Édouard de Rohan contre M. le procureur général. — Réflexions rapides pour M. le cardinal de Rohan sur le Sommaire de la dame de la Motte.

[32] Mémoires pour dame Jeanne de Saint-Remy de Valois, réponse du comte de la Motte.

[33] Mémoires secrets et universels sur les malheurs et la mort de la Reine de France, par Lafont d'Aussonne.

[34] Mémoires pour la demoiselle le Guay d'Oliva, fille mineure, émancipée d'âge, accusée, contre M. le procureur général, accusateur, en présence de M. le cardinal prince de Rohan, de la dame de la Motte-Valois, du sieur Cagliostro et autres, tous accusés.

[35] Requête pour le sieur Marc-Antoine Villette, ancien gendarme, accusé.

[36] Sommaire pour la comtesse de Valois de la Motte, accusée, contre M. le procureur général, accusateur, en présence de M. le cardinal de Rohan et autres accusés.

[37] Les supercheries dévoilées, par J. Querard.

[38] Mémoires de la République des lettres, vol. XXII.

[39] Mémoires de la République des lettres, vol. XXII.

[40] Mémoires de la République des lettres, vol. XXII.

[41] Arrêt du parlement, la grande chambre assemblée, du 31 mai 1786.

[42] Mémoires de Mme Campan, vol. II.

[43] Mémoires de la République des lettres, vol. XXII.