Une note du maréchal
Bazaine accompagnait de ce document. En voici le début : « Le mémoire
sur le Mexique mérite d'être reproduit en entier parce qu'il est écrit
sagement, et que les faits lui ont donné une sanction que l'on ne peut nier
aujourd'hui... »
MONSIEUR LE GÉNÉRAL, La
manière dont j'ai eu l'honneur de vous être recommandé m'impose l'obligation
de vous faire connaître aussi brièvement que possible les impressions qu'a
fait naître en moi la question franco-mexicaine. Je le
ferai, Monsieur le Général, d'une manière toute confidentielle, avec la
franchise et, la conscience que vous devez attendre d'un honnête homme,
complètement étranger b. toutes les intrigues et à toutes les passions
politiques, mais qui prend à cœur l'honneur, la gloire de notre pays et„ sa
légitime influence sur ce continent, où tant de ses enfants ont Établi leur
résidence. Je
crois de mon devoir de vous adresser ces réflexions dont j'accepte
personnellement la responsabilité ; peut-être vous ont-elles été faites déjà
par d'autres de mes compatriotes qui ont. acquis, comme moi, une longue
expérience des hommes et des choses de ce pays ; peut-être en avez-vous
reconnu vous-même l'exactitude depuis votre arrivée sur ce sot et votre
intervention dans une situation si ma] connue en Europe ; elles me sont
suggérées par J'amour que je porte à ma patrie, par les sentiments de justice
et de loyauté qui sont au fond du caractère français, et par le désir que
j'ai de voir la France sortir, aux applaudissements du monde, des difficultés
que présente la solution satisfaisante de la question dont le sort a été
remis entre vas mains. Je n'ai
ni le droit ni l'intention de juger la politique de la France ; me reposant
sur l'habileté de l'Empereur et sur la vôtre, j'attends avec confiance un
dénouement que j'espère devoir se produire prochainement ; mais la question
mexicaine a été si diversement interprétée, elle a mis en jeu tant d'intérêts
opposés, elle a soulevé tant de passions bonnes ou mauvaises, que je comprends
qu'il soit devenu presque impossible, au loin, de la juger sainement ; peut-être
une voix éminemment française, impartiale et ne parlant qu'au nom des
intérêts généraux sera-t-elle entendue de vous avec faveur, au milieu des
contradictions qui ont pu vous plonger dans le doute et dans l'hésitation. Loin de
moi, du reste, toute idée de contrarier, en quoi que ce soit, vos vues ou les
instructions qui ont pu vous être données ; si ces notes peuvent vous être de
quelque utilité, j'en serai heureux et lier ; si vous avez le moindre motif
pour ne pas les prendre en considération, elles sont, dès à présent, nulles
et non avenues. L'inexorable
logique des faits accomplis depuis le commencement de l'expédition, et de
cruelles déceptions ont dei prouver déjà au gouvernement français qu'il a
trop facilement accepté des assertions intéressées et des informations
inexactes que les événements ont péremptoirement démenties. Permettez-moi,
Monsieur le Général, quelques mots sur la situation morale et matérielle du
pays. Le
Mexique, comme nation indépendante, compte à peine quarante années
d'existence. Sorti du régime colonial dont l'oppression et les abus sont
assez connus, le peuple mexicain est entré soudainement, sans transition,
dans l'exercice de droits politiques très étendus : Les enfants du pays,
soigneusement exclus par la vieille politique de l'Espagne de toute
participation aux affaires plibliqu.es, se sont trouvés tout à coups appelés
à se gouverner eux-mêmes ; ils se sont lancés dans l'application de théories
nouvelles, en complet désaccord avec celles qu'ils avaient va mettre en
pratique par leurs dominateurs ; est-il donc si étonnant que, luttant ainsi
entre les errements condamnés de leur passé et les aspirations mal définies
de leur avenir, ils aient dépensé les quarante premières années de leur
indépendance en tâtonnements stériles, en luttes ardentes et en dissensions
intestines ? Ces
convulsions, en se prolongeant, avaient eu pour conséquences inévitables
d'exciter les ambitions individuelles et de tuer tout principe de légalité
gouvernementale ; la force avait remplacé le droit, et la force résidant dans
ce qui s'appelait l'armée : de là cette succession de pronunciamientos
militaires qui ont fait et défait tant de présidents en un aussi petit nombre
d'années. Dans
cette société nouvelle, les deux principes qui divisent toute communauté
politique, le principe rétrograde et le principe du progrès, sont entrés tout
d'abord en conflit. Vous
connaissez, Monsieur le Général, les péripéties de cette lutte ; elle a duré
par la persévérance des uns et la puissance colossale des autres. Le
clergé mexicain s'était depuis trois siècles beaucoup plus occupé d'asseoir
son pouvoir temporel que d'accomplir fidèlement sa mission spirituelle ; il
avait thésaurisé à ce point qu'il possédait le tiers de la fortune du pays ;
dix fois plus riche que l'État, l'Église fondait et renversait à son gré les
gouvernements civils ; elle disposait largement de ses immenses trésors, — ce
patrimoine du pauvre dont elle n'était que dépositaire, — pour la réalisation
de ses plans de domination politique ; il lui fallait la force, elle a acheté
ce qu'on appelait l'armée ; t'est ainsi qu'a été faussée cette noble
institution qui ne peut vivre que d'honneur et d'abnégation, et qui s'est
convertie, sous une pernicieuse influence, en un foyer d'insubordination et
de vénalité. Le
peuple mexicain n'avait donc fait qu'échanger le despotisme abrutissant du
régime colonial contre le despotisme plus abrutissant encore d'un clergé
avide, immoral et corrompu. Réussissait-il, par un effort d'énergie, à se
soustraire un moment à la domination cléricale, un pronunciamiento militaire
1e rejetait bientôt dans son état habituel de servitude et d'abjection. Telle
est, Monsieur le Général, en peu de mots, l'histoire des quarante années de
révolutions mexicaines : tous les pronunciamientos dont l'objet était
un despotisme intolérable, ont eu le clergé pour tête et pour banquier, et ce
qu'on appelait l'armée pour bras et pour instrument. La
nation s'était soustraite à la domination espagnole par sa guerre
d'indépendance ; elle a voulu Se soustraire à la domination cléricale par un
89. Ce 89,
elle l'a fait en 1856, en suivant l'exemple de la France, en appliquant les
principes que la France avait proclamés, en prenant la France pour modèle.
L'histoire de notre grande Révolution lui a communiqué une vigueur, un
courage, une énergie dont on l'aurait crue peut-être incapable, et elle a
triomphé. Je
prendrai la liberté, Monsieur le Général, de signaler tout particulièrement à
votre attention l'analogie frappante que présente la situation de la France
en 1789, et celle du Mexique en 1950 ; ce point historique mérite d'être
approfondi, et vous acquerrez, avec moi, la conviction que le Mexique, dans
ce siècle, aussi bien que la France au siècle dernier, avait le droit, Je
besoin, l'impérieuse nécessité de modifier radicalement son état social. La
tâche était ardue ; il fallait, pour la mener à bien, une révolution
véritablement populaire ; aussi le pays s'est-il soulevé sur toute sa
surface, les citoyens ont pris les armes, et le triomphe a couronné les
efforts de la nation. Ce triomphe avait été assez décisif, assez complet,
pour prévenir un 93 ; mais 93 suivrait infailliblement toute restauration,
quelle qu'elle Mt, de la domination cléricale. J'avoue
franchement, Monsieur le Général, mes sympathies pour la grande majorité de
ce peuple qui, prenant la France pour guide et pour modèle, a su, par une
lutte acharnée de trois années, compléter son indépendance politique par son
indépendance sociale ; aussi, lors de l'entrée dans la capitale, en décembre
1860, de l'armée libérale triomphante, tous les étrangers, et notamment tous
les Français, se sont-ils associés à la joie populaire. Notre
adhésion prenait sa source, non seulement dans la justice de la cause de ceux
qu'avait couronnés la victoire, mais encore et surtout dans la conviction
intime que c'étaient les amis de la France et les nôtres qui venaient de
triompher. Le
parti libéral mexicain pouvait, il y a quelques, mois encore, s'appeler
justement le parti français. Il puisait son instruction dans nos livres, ses
institutions dans nos codes et ses mœurs dans nos mœurs. C'est de lui que les
Français et les étrangers en général ont toujours reçu la protection possible
et les plus grandes marques d'affection ; c'est de lui qu'ont émané toutes
les mesures favorables à l'émigration, à la colonisation, à la liberté
commerciale, à la liberté de conscience : il s'était tellement identifié avec
notre patrie, qu'il attendait d'elle la lumière et l'appui qui devaient
éclairer et réaliser ses rêves d'avenir. Le
parti clérical, au contraire, ne peut pardonner à la France d'avoir proclamé
les principes qui font peu à peu le tour du monde. Il est, par intérêt même,
opposé à J'émigration, à la colonisation, — le frottement des étrangers lui
faisant nécessairement perdre sa force et son prestige auprès des masses
ignorantes et fanatiques. De lui sont venues toutes les persécutions, toutes
les vexations auxquelles ont été soumis les étrangers, et les restrictions
sans nombre apportées à la liberté des relations et des transactions
commerciales. Si, désespérant de rétablir sa domination par des pronunciamientos
qui lui étaient désormais impossibles, il a fait un appel aux puissances
européennes, c'est qu'il n'a pas trouvé d'autre moyen de salut ; qu'il
atteigne malheureusement son but, ses dispositions, vis-à-vis de la France,
ne se modifieront en rien, et l'on aura bientôt la mesure certaine de sa
reconnaissance. Ces gens-là n'apprennent rien et n'oublient rien. C'est
là l'histoire de cette révolution mexicaine qu'on a tant calomniée auprès des
gouvernements européens ; j'en ai été, comme tous les résidents étrangers, le
témoin oculaire, et les attestations ne vous manqueront pas, Monsieur le Général,
aujourd'hui que vous avez pénétré dans le cœur du pays. Les
peuples se forment dans le malheur. Pendant leurs longues dissensions
intestines, les Mexicains ont fait des progrès réels : instruits à l'École
coloniale espagnole, qui leur enseignait la haine et ta complète exclusion de
l'étranger, nous les avons vus se dépouiller peu à peu de ce préjugé barbare,
et, successivement, tolérer, accueillir favorablement et appeler les
étrangers chez eux. Pendant la guerre actuelle avec la France, le
gouvernement constitutionnel a entouré les résidents français de toute la
protection dont il a été capable ; il a veillé soigneusement à leur sécurité
; il a ferme l'oreille à des excitations imprudentes, au point de
compromettre sa popularité ; et si, forcé par les circonstances et par les
criailleries populaires, il a pris quelques mesures de rigueur, il s'est
efforcé d'en atténuer les effets et la portée. Car,
Monsieur le Général, je ne doute pas que vous ayez fait bonne justice des
exagérations, des mensonges et des calomnies dont certains journaux se sont
fait trop légèrement l'écho ; la violence urémie des attaques a suffi pour en
faire suspecter l'origine et la sincérité, et les résidents français
honorables n'ont pu se défendre d'un pénible sentiment de surprise en entendant
dépeindre en France M. le président Juarez comme un homme cruel et
sanguinaire. Si la faction mexicaine qui l'accuse avait eu. le pouvoir à sa
place, dans de pareilles circonstances, que de désastres et de malheurs les
résidents français n'auraient pas à déplorer aujourd'hui. Pendant
leurs quarante années de révolutions, les Mexicains ont encore commencé à
acquérir, en matière gouvernementale, l'expérience qui leur manquait. L'excès
même de leurs maux leur en avait signalé le remède : voyant que la
substitution de la force au droit, par l'abus invétéré des
pronunciamientf.ds, causait la continuité de leurs guerres civiles, ils ont
résolu d'extirper radicalement ce vice principal de leurs mœurs politiques,
en enlevant au clergé les richesses dont il faisait si mauvais usage, et aux
chefs militaires, indignes de ce nom, l'appât qui leur faisait trahir leur
drapeau. De là sont nés le désamortissement, puis la nationalisation des
biens administrés par le clergé, et la réforme de l'armée. Je signalerai, dans
un instant, les résultats vraiment extraordinaires de ces mesures
nécessaires. Vous
savez, Monsieur le Général, que M. Comonfort, président élu par le suffrage
universel aux termes de la Constitution de 1857, a commis une faute grave en
tentant de renverser cette Constitution dans laquelle il puisait son droit.
Ceux qui connaissent M. Comonfort ne doutent pas de son patriotisme ; il
avait cru sincèrement servir son pays en Concevant l'espoir irréalisable de
concilier les deux partis extrêmes, et il avait sacrifié cette constitution,
prétexte des agitations et des menées cléricales. Mais il reconnut bientôt
son erreur, et se démit de la présidence. Il était trop tard le parti
clérical, manquant a toutes ses promesses, et profitant habilement des
circonstances, s'empara de la capitale par un pronunciamiento
militaire, œuvre de trahison appuyée d'un coup de main par quelques officiers
vendus à la réaction. Cette
leçon ne saurait être perdue, Monsieur le Général ; elle prouve qu'au Mexique
il n'est pas de transaction possible avec le parti clérical ; il lui faut une
domination sans contrôle ; quiconque tentera de poser des bornes à cette
domination, fût-ce la France elle-même, sera son ennemi ; il n'aura jamais la
moindre considération pour les intentions méritoires, ni pour les services
rendus. Je continue : Suivant
les prescriptions de la manie Constitution de 1857, M. Benito Juarez, élu par
le suffrage universel du peuple, président de la Cour suprême de justices
devint, par suite de la démission de M. Comonfort, président constitutionnel
intérimaire. Échappé de la capitale, il installa bientôt son gouvernement à
Queretaro. Le
gouvernement représentait donc le système de la légalité, tandis que celui de
M. Zuloaga, improvisé par les insurgés de Mexico, représentait le système
usuel des pronunciamientos. Zuloaga,
après avoir trahi M. Comonfort et son drapeau, disposait de l'armée réunie
tout entière à Mexico ; il était appuyé de l'influence et des richesses
encore existantes du clergé ; il avait la force morale que lui avait donnée
la reconnaissance beaucoup trop empressée de tous les ministres étrangers. Juarez
n'avait pour lui que son principe de légalité. Bientôt
cependant tous les États se rangent sous la bannière de ce dernier ; les
citoyens prennent les armes ; une arme populaire se lève pour combattre
l'armée des pronunciamientos, et, après trois années de lutte
sanglante, la légalité triomphe. Remarquez,
Monsieur le Générai, que pendant les deux premières de ces trois années, le
parti constitutionnel a subi de terribles et de continuelles défaites sur les
champs de bataille, notamment à Salamanca, à Ahualulco et à la Estancia ; que
le gouvernement constitutionnel s'est vu successivement forcé de se
transporter de Mexico à Queretaro, de Queretaro à Guanajuato, de Guanajuato à
Guadalajara, de Guadalajara à Colima ; qu'il s'est embarqué au Manzanillo
pour traverser l'Isthme de Panama, passer par la Havane, et venir se réfugier
à Vera-Cruz ; eh bien ! malgré tous ces revers et toutes ces
pérégrinations, il n'y a pas eu, pendant toute la durée de la lutte, ni dans
une capitale d'État, ni dans une ville, ni dans le plus misérable village nu
seul pronunciamiento, un seul acte d'insubordination de la part des
défenseurs de la Constitution contre ce gouvernement légal. Remarquez
encore qu'après le triomphe des armes constitutionnelles le gouvernement de
M. Suarez est venu s'installer dans la capitale, et que depuis cette
installation jusqu'à son départ pour San-Luis, c'est-à-dire pendant deux ans
et demi, il ne s'était pas produit non plus, malgré les circonstances qui
pouvaient les favoriser, l'ombre d'une protestation ou d'un pronunciamiento
contre ce même gouvernement issu de la légalité ! Bien au
contraire, le peuple, appelé à nommer son président par le suffrage
universel, a confirmé dans son poste M. Juarez, qui, de président
intérimaire, est devenu président définitif constitutionnel ! Au
moment de l'occupation de la capitale par les troupes françaises, il y avait
donc près de cinq années écoulées sans que le Mexique constitutionnel eût eu
recours à cette désastreuse manie des pronunciamientos, à cet appel de
la force contre le droit, qui a causé, pendant quarante ans, les révolutions
et les malheurs du pays. Voyons,
au contraire, ce qui s'est passé, pendant le morne temps, sons le système
issu d'un pronunciamiento dans la capitale. Au
commencement de 1858, c'est Zuloaga, principal chef des prononcés à Mexico,
qui choisit lui-même quelques habitants et qui charge ceux-ci, en leur
donnant le litre de notables, de nommer un président de la République ; l'élu
est naturellement M. Zuloaga. L'année suivante, deux de ses généraux le
méconnaissent par un pronunciamiento ; un troisième survient, c'est
Miramon, cadet de 25 à 26 ans, qui prétend le rétablir, mais qui exige de lui
l'apparence d'une retraite volontaire. Nouvelle assemblée de notables,
choisie sous l'influence du plus fort, et naturellement encore, l'élu, cette
fois, est Miramon. Quelques mois plus tard, Zuloaga revendique ses droits ; Miramon
l'enlève et le trahie à sa suite, dans ses campagnes. Dans une déroute,
Zuloaga s'enfuit ; Miramon inquiet donne sa démission ; le pouvoir passe aux
maires du président de la Cour suprême de justice ; mais Miramon s'est
rassuré : une troisième assemblée de prétendus notables le refait président,
jusqu'à ce qu'il sorte, en fugitif, de ta capitale, après une dernière
déroute, celle de Calpulalpan, et qu'il s'empresse de s'embarquer pour
l'Europe, où il alla briller du fruit de ses économies. Ce
parallèle n'est-il pas assez éloquent ? Mais ce n'est pas tout après le
triomphe du gouvernement constitutionnel, quelques restes du parti
réactionnaire se forment en bandes, sur plusieurs points du pays, dans des
lieux inaccessibles, d'où ils se jettent en nombre sur des villages sans
défense et sur des détachements insignifiants de troupes constitutionnelles,
Zuloaga reprend sort titre de président ; puis vient d'Europe M. Almonte,
qui, par le pronunciamiento de Cordoba, se déclare, de sa propre autorité,
chef suprême intérimaire de la Nation, et vous ayez vu., Monsieur le Général,
tous les coryphées de la réaction en guerre les uns avec les autres,
s'accusant réciproquement clans des manifestes publics et mettant au grand
jour leurs intrigues et leurs divisions jusqu'à ce que M. le maréchal Forey
vint, par une sage mesure, renverser ce gouvernement intrus, qui n'avait pas
rencontré le moindre écho, et qui , 'ajoutait qu'un nouveau scandale à tous
les autres scandales de la réaction. Tout
cela est de l'histoire, Monsieur le Général, et de l'histoire récente. Je
l'ai retracée pour répondre à ceux qui n'ont pas craint de proclamer que le
gouvernement de M. Juarez est le produit de la plus complète anarchie, tandis
qu'il doit être au contraire considéré comme un retour éclatant à la
"légalité, car il n'est pas d'exemple, dans les annales du Mexique
indépendant, qu'un gouvernement se soit maintenu plus de cinq années sans
avoir été méconnu par un seul pronunciamiento. Ce
retour à la légalité m'avait fait espérer la prompte pacification du pays, et
j'ai la conscience intime que si la guerre extérieure n'était pas survenue,
le Mexique serait en effet en pleine paix et en pleine prospérité. Les bandes
réactionnaires avaient enfin été atteintes et elles avaient subi des défaites
décisives qui leur défendaient de jamais se relever ; elles se seraient
définitivement, dispersées si les bruits de guerre étrangère ne les avaient
soutenues dans l'espoir de jours meilleurs. Aussi
la détermination prise par les trois puissances européennes en 1861
d'intervenir dans les affaires du Mexique et la signature de la convention de
Londres ont-elles profondément étonné tous les résidents étrangers. Ils
auraient compris que l'Europe intervint au milieu de la guerre civile,
pendant les trois années de lutte, pour rétablir la paix dans le pays, mais
ils ont moins compris qu'on choisit, pour une pareille intervention, le
moment précisément où le droit venait de triompher de la force, et agi le
Mexique venait d'établir définitivement, au prix des plus grands sacrifices,
le gouvernement le plus fort et le plus légal peut-être qu'il eût jamais vu. Depuis,
la lecture des documents diplomatiques communiqués aux corps législatifs par
les trois puissances européennes leur a donné le mot de cette énigme. Je
voudrais, Monsieur le Général, n'avoir besoin d'accuser personne ; tel n'est
pas mon objet, car mes vœux sont pour la concorde et la pacification ; mais
vous avez entre les mains la série des informations données au gouvernement
français par ses représentants au Mexique. Que vous fassiez remonter votre
examen à six ou sept années en arrière, que vous le limitiez aux deux
dernières années, vous vous convaincrez aisément de l'inexactitude manifeste
de ces renseignements. Pendant
que M. de Gabriac se faisait partisan contre les intérêts de ses nationaux,
ces derniers protestaient énergiquement contre ses actes auprès du
gouvernement français. A la coupable condescendance de ce ministre, sur la
gestion duquel vous pouvez vous entourer à Mexico de toute la lumière
désirable, sont dues les exactions répétées qui se sont produites sous la
forme de contributions extraordinaires sur le capital des étrangers, et
contre lesquelles la France proteste si justement aujourd'hui. M. de Gabriac
a été le principal agent de la chute du gouvernement modéré de M. Comonfort :
sur lui retombe la responsabilité des trois années de révolutions du
commencement de 1858 à la fin de 1860, celle des excès commis par la réaction
et celle des représailles dont peuvent avoir usé les partisans de la
Constitution après leur triomphe. Vous
comprendrez, Monsieur le Général, l'embarras où je me trouve pour vous parler
à cœur ouvert de M. de Saligny ; la nature toute confidentielle de ces notes
cependant m'oblige à ne vous rien cacher de mes impressions et de celles de
mes compatriotes qui ne se laissent guider dans leurs opinions que par la
justice et la loyauté. Je ne
dirai rien, Monsieur le Général, des accusations portées par certaines
personnes contre M. de Saligny ; je ne veux pas croire qu'une question
d'intérêt personnel ait été, de la part d'un représentant de la France, le
mobile d'une politique qui a déjà coûté tant de sang et tant de sacrifices. Mais je
parlerai du caractère irritable et passionné du ministre qui, dans l'opinion
générale, a fait de la question mexicaine une question d'amour-propre
personnel. Il est
douloureux de le dire, Monsieur le Général, mais l'affaire du coup de feu,
dans l'hôtel de la légation de France, n'a été prise au sérieux par aucun de
nos compatriotes impartiaux ; M. de Saligny a donné à cet incident une
interprétation et une importance que tout homme raisonnable lui a refusées. Le
regrettable événement du jour de la Toussaint, sur la grande place de Mexico,
n'a jamais été relaté d'une manière exacte on s'est livré de part et d'outre à
des récriminations injurieuses, que nous avons tous déplorées, car elles
n'avaient aucun fondement ; mais vous pouvez, Monsieur le Général, vous
entourer à cet égard d'informations certaines et décider si le représentant
de la France a fait preuve, dans cette circonstance, de la circonspection
qu'on devait attendre d'un ministre, au milieu du peuple auprès duquel il
avait été accrédité. Quoi
qu'il en soit, ces deux incidents ont exaspéré M. de Saligny el, c'est sous
leur influence que le représentant de la France a adressé à son gouvernement
ses communication s si hostiles à M Juarez et à son administration. Je ne
crains pas de l'affirmer en toute conscience : le gouvernement de l'Empereur
a été trompé, depuis plusieurs années, sur la véritable situation du Mexique
; les renseignements de M. de Gabriac, portaient le cachet de la partialité
la plus manifeste ; ceux de M. de Saligny respiraient la passion et la
vengeance. Ne me
croyez pas sur parole, Monsieur le Général ; reprenez un à un tous les griefs
articulés par M. de Saligny contre le gouvernement de M. Juarez et faites une
enquête sur chacun d'eux. Vous verrez que les uns sont grandement exagérés ;
que d'autres ont été dénaturés, et que la plupart de ceux qui sont réels ont
été causés précisément par la faction réactionnaire, bien qu'ils aient été
présentés de manière à faire croire qu'ils émanaient du parti
constitutionnel. Je ne
saurais trop vous engager, Monsieur le Général, à faire procéder à une
enquête sérieuse sur tous ces faits ; il s'agit là d'une mesure de moralité
politique, et il doit importer beaucoup au gouvernement de l'Empereur de
savoir comment, pourquoi et par qui il a été trompé. Une
fois l'intervention décidée, nous avons eu l'espoir qu'elle serait dirigée de
façon à affermir le régime de la légalité et. à assurer k jamais la
pacification du pays, en si bonne voie déjà Les
partisans de la Constitution eux-mêmes voyaient, sinon avec plaisir, du moins
sans grande amertume et sans crainte, la France au nombre des puissances
intervenantes ; toutes leurs appréhensions étaient pour l'Espagne, et ils
pressentaient, au contraire, dans l'adjonction des forces françaises et
anglaises, des premières surtout, une sorte de garantie contre la perte de
leurs institutions et des conquêtes de leur révolution. Survint
la convention de la Soledad. Elle fut accueillie très favorablement par
l'immense majorité des Mexicains et par la majorité non moins grande des
résidents étrangers. Chacun avait espoir dans l'issue des conférences qui
devaient s'ouvrir à Orizaba, et moi-même, Monsieur le Général, j'avais puisé
dans les dispositions connues du gouvernement constitutionnel la confiance
intime que tes difficultés s'arrangeraient, conformément à l'honneur de la
France et aux intérêts de ses nationaux. Mais
nous apprîmes, coup sur coup, la rupture des préliminaires de la Soledad ; la
rupture ou la suspension de la convention de Londres ; la retraite des forces
de l'Angleterre et de l'Espagne ; la protestation des représentants de ces
deux nations ; enfin la déclaration faite, par un des commissaires de la
France, qu'il ne traiterait jamais avec le gouvernement de havez. Toute
la situation était changée. Le Mexique constitutionnel n'avait plus pour
ennemie que la France, dans l'hostilité de laquelle il n'avait jamais voulu
croire. Ce
gouvernement légal, dont j'ai rappelé plus saut l'origine et la
reconnaissance universelle et incontestée, la France le considérait comme
l'expression d'une minorité violente et oppressée, et, pour parfaire ce
changement, M. Almonte, par le plus ridicule des pronunciamientos, se
proclamait lui-même chef suprême intérimaire de la nation, à l'abri du
drapeau français, qui devait, quelques semaines plus tard, protéger Marquez
et ses hordes indisciplinées. Je
n'entends pas, Monsieur le Général, entrer dans l'examen approfondi de tous ces
faits ; vous les connaissez aujourd'hui dans tous leurs détails, et je les
abandonne avec toutes les circonstances qui les ont précédés, accompagnés et
suivis, à votre appréciation d'homme loyal et de brave soldat. Ils ont
amené l'incident incompréhensible du 5 mai, devant Puebla. Dès lors la France
a considéré son honneur militaire comme engagé et une imposante expédition
sous les ordres de M. le général Forey, et à la tête de laquelle je me
félicite de vous voir placé aujourd'hui, a reçu la mission de le venger et
d'obtenir, pour notre patrie, les satisfactions qu'elle exigeait. Nous
avons tous ici salué la nomination du général Forey des marques de la plus
vive sympathie, et notre espoir s'est ravivé, lorsque nous avons appris que
la remise entre ses mains de la direction politique de l'expédition ferait
tomber la funeste influence qui jusqu'alors nous avait inspiré tant de
craintes sérieuses et fondées. Nous
étions en effet bien éloignés de voir, dans tout ce qui s'était passé,
l'expression fidèle de la politique de la France ; nous connaissions
l'origine et les causes des déceptions déjà subies, nous savions qu'abusant
de notre protection, dont les bornes avaient été marquées, M. Almonte s'était
trop hâté de profiter, dans l'intérêt de sa propre ambition, de circonstances
qu'il a cru pouvoir exploiter aisément, mais la situation n'en était pas
moins celle-ci La
France semblait, alors, prendre parti pour le système des pronunciamientos
contre le régime de la légalité. Elle
paraissait protéger M. Almonte, dont l'autorité découlait du scandaleux
pronunciamiento de Cordova, contre le gouvernement constitutionnel, deux fois
sorti du suffrage universel. On lui
avait fait prendre une attitude hostile vis-à-vis de ses amis et des amis de
ses nationaux pour réserver ses faveurs à ses ennemis et aux ennemis de ses
nationaux. On
raccusait de désavouer ceux qui ont suivi son exemple, en adoptant les
principes qu'elle a proclamés et qui font sa gloire, pour protéger les adversaires
haineux de ces mêmes principes. Elle
avait accepté pour auxiliaires ces ennemis irréconciliables des idées
françaises, de la France et des résidents français. Elle
abritait sous son drapeau ceux qui n'ont pas craint d'inscrire sur le leur :
Mort aux étrangers ! Et le monde
entier pouvait constater cette étrange anomalie que Marquez s'unissait à
l'armée française pour venir demander au Mexique réparation des outrages
qu'il avait commis lui-même ! Les
premiers actes du général Forey, en débarquant à Vera-Cruz, ont fait
disparaître quelques-unes des impressions que je viens de signaler, et, ainsi
que moi, vous ne pouvez douter aujourd'hui de la sensation favorable qu'ils
ont produite à Mexico ! Malheureusement, par des motifs indépendants sans
doute de la volonté du général Forey, son œuvre de réparation ne s'est pas
complétée ; la fatale influence, que nous avions crue complètement détruite un
moment, s'est fait sentir encore, et c'est là ce que nous déplorons sans
doute avec vous-même, Monsieur le Général. Notre
brave armée et ses nobles chefs ont glorieusement vengé cet honneur militaire
qu'on avait dit engagé ; après une série d'actions d'éclat, nos drapeaux
victorieux sont entrés à Puebla et flottent en ce moment sur les édifices de
la capitale ! Vous avez vu comment nos compatriotes ont accueilli avec
bonheur l'armée française et ses dignes chefs. C'est que non seulement leur
cœur s'est ému de la présence de leurs frères victorieux, mais qu'encore ils
ont compté sur le général Forey quant à la réalisation de toutes leurs
espérances. La
cause principale, la cause unique peut-être des maux et des fautes du Mexique
provient de ses guerres civiles continuelles ; le remède sûr, infaillible,
réside dans la pacification du pays. J'ai la conviction profonde, Monsieur le
Général, que le Mexique pacifié serait bientôt aussi prospère et aussi
florissant qu'il a été pauvre et misérable, que les résidents étrangers y
trouveraient, par ce seul fait, toute sécurité pour leur personne et tout
profit pour leurs intérêts, et que l'importation des produits des fabriques
d'Europe, des fabriques françaises surtout, s'élèverait promptement à un
chiffre plus élevé que jamais. C'est à
ce résultat si désirable qu'aspirent tous les hommes de travail et de
probité, Mexicains et étrangers, et c'est là ce qu'ils attendent de la France
et de vous. A côté
de cette question capitale, il en est pour vous une autre, Monsieur le
Général, celle de la satisfaction des réclamations présentées, de la
réparation des dommages causés, des garanties légitimes à obtenir. Je
dois, à cet égard, convenir que les désordres politiques du Mexique ont eu la
plus funeste influence sur toutes les branches de son administration, mais
j'ajouterai qu'il ressemble à ces prodigues qui toujours paient et doivent
toujours, et quel dans sa courte existence comme nation indépendante, il a
payé dix fois sa dette sans jamais s'acquitter. A
chaque époque, relativement favorable, les représentants sages et habiles des
puissances européennes ont toujours obtenu, pour leurs nationaux, ce qui
était juste et équitable et souvent même ce qui était tout au moins
contestable au point de vue du droit et de la raison. Que de fortunes rapides
et mystérieuses se sont faites, depuis l'Indépendance, à l'ombre des
réclamations diplomatiques ! La liquidation par lu. France de l'indemnité
exigée en 1839 a prouvé que toutes les réclamations présentées n'avaient pas
tous les caractères voulus pour être acceptées, quant à celles qui sont
aujourd'hui pendantes, et qu'on fait monter à douze millions de piastres, je
n'hésite pas à affirmer que leurs dossiers, soigneusement examinés,
prouveront encore, pour un grand nombre d'entre elles, qu'il y a eu
exagération et souvent iniquité. On a
fait des réclamations diplomatiques la base d'une profession très souvent
lucrative, et dans ces derniers temps M. de Satigny, pour la réalisation de
ses vues, a flatté cette tendance d'un espoir qui a tout naturellement
concilié, par intérêt personnel, des partisans à sa politique. Cela vous
expliquera, Monsieur le Général, pourquoi certains Français ont pu appuyer,
de leurs vœux et de leurs signatures, une politique désastreuse dont ils
connaissent, comme tous nos compatriotes désintéressés, la fausse base et les
résultats inévitables ; à chacun de leurs noms s'attache un intérêt
personnel, la plupart du temps exagéré et quelquefois illégitime. Du
reste, la France a toujours été généreuse envers ses débiteurs ; ses
exigences s'arment toujours avant de rencontrer l'impossibilité. Haïti, la
Grèce, l'Espagne, témoignent en faveur de ce précédent ; comment, croire
qu'elle veuille y renoncer seulement à l'égard du Mexique ? Elle obtiendra,
certes, au moment qu'elle le voudra, du gouvernement constitutionnel, toutes
satisfactions et toutes garanties légitimes. Quant à
la question vitale, la pacification intérieure du Mexique, je regrette
profondément, Monsieur le Général, d'avoir à dire que la voie dans laquelle
la France a été entraînée, n'est pas celle qui peut amener une heureuse solution.
Ma conviction est que ta pacification ne saurait être obtenue que par la
consolidation de la grande réforme sociale qui avait radicalement extirpé le
vice destructeur des pronunciamientos et par la reconnaissance du
gouvernement constitutionnel avec lequel la nation s'est complètement
identifiée. L'expérience
ne me permet aucun doute à cet égard. N'avons-nous pas vu ce qui ne s'était
jamais produit depuis la déclaration d'Indépendance tous les États, marne les
plus lointains, tels que Sonora, Chihuahua, Chiapas, etc., envoyer des forces
à la défense du gouvernement fédéral ? D faudrait être aveugle ou fermer les
yeux pour n'avoir pas été frappé de cet accord produit par la réforme, et ce
n'est pas la France, ce n'est pas le gouvernement impérial qui voudraient
violenter la volonté du pays, s'ils avaient la conviction que cette volonté a
été affirmée par le suffrage universel. Monsieur
le Général, la victoire a ouvert à l'armée française et à ses chefs les
portes de cette capitale fédérale, mais elle ne leur a pas soumis le pays, Ne
croyez pas à l'accueil hypocrite d'une faction qui a prétendu se servir de la
France comme d'un instrument, et qui sera bientôt votre ennemi déloyal,
lorsqu'elle se sera convaincue que l'instrument n'est pas aussi docile
qu'elle l'avait espéré. Là n'est pas la nation. De
Mexico, la puissance des armes de la France pourra rayonner au loin, et le
drapeau français pourra se déployer sur la capitale de plus d'un État ; mais
le Mexique a d'étendue quatre fois ce qu'a la France ; ses solitudes sont
immenses ; il a, de toutes parts, des forêts et des montagnes inaccessibles ;
si donc, par malheur, la guerre est poussée dans l'intérieur, ce sera bientôt
la guerre de partisans, la guerre sans autre issue que le pillage, l'incendie
et la ruine. Je m'arrête
; car ce serait m'égarer que de songer à indiquer une ligne de conduite
politique et militaire au noble chef que le génie intelligent de notre Empereur
a choisi entre tous, pour lui confier la mission si compliquée et si
difficile dans les circonstances actuelles, mais si digne d'envie par sa
grandeur morale, de rendre la paix et la félicité à ce malheureux pays, à la
fois si éprouvé et si digne d'un sort meilleur que celui qui lui est tombé en
partage jusqu'à l'heure présente. Si
j'ose vous adresser, mon vénéré Général, ce faible et incomplet essai, West
parce que, de même que tous les hommes à intentions loyales, qui ont eu le
bonheur de vous approcher et par conséquent de vous aimer, j'ai puisé, dans
vos paroles bienveillantes et convaincues, la confiance nécessaire pour vous
ouvrir mou cœur tout entier et sans réticences sur la question
franco-mexicaine. En vous
communiquant donc, avec un patriotisme à la fois français et humanitaire, les
observations générales que, pendant un séjour de près de quatorze ans, j'ai
pu acquérir sur les choses et les hommes de te pays, ou sur ceux qui y ont
joué un rôle, je le fais avec le désir sincère d'apporter mon grain de sable à
la somme des renseignements dont vous avez cherché et continuez à chercher à
vous entourer dans le but de remplir, à l'honneur et à la gloire de notre
chère France, les instructions de l'Empereur. Vous le
savez, mon Général, la concentration des pouvoirs militaire et politique
entre vos mains a eu pour premier résultat si significatif de faire tomber,
comme par le coup d'une baguette magique, l'angoisse qui enveloppait des
milliers de cœurs comme d'un linceul, et de remplacer cette terreur par la
sécurité et les plus douces espérances. Soyez béni pour ce premier bienfait,
dont j'ai été moi-même un des premiers favorisés ! Est-il besoin de vous
assurer que ma gratitude la plus vive vous est acquise à jamais ? Est-il
besoin de vous dire, mon Général, que des milliers d'âmes sérieuses supplient
avec moi chaque jour, tant en France qu'au Mexique, le Seigneur Notre-Dieu,
de bénir vos nobles intentions et vos travaux de telle sorte qu'il vous soit
donné d'ajouter à toute la gloire que vous avez acquise sur les champs de
bataille la plus belle et la plus noble de toutes, celle de parvenir, par
votre sagesse, à conduire à une solution pacifique et heureuse toutes les
difficultés que vous êtes appelé à vaincre au Mexique. Daignez
agréer, mon Général, avec tous mes vœux en faveur d'un si magnifique
résultat, l'expression du profond respect et de l'affection sans limites De
votre très humble et obéissant serviteur, J.-E. SCHLVESINO. Mexico, ce 14 octobre 1863. |