RÊVE D'EMPIRE

DEUXIÈME PARTIE. — LA RÉGENCE

 

CHAPITRE NEUVIÈME.

 

 

L'archiduc Maximilien se prépare au rôle d'empereur du Mexique. — Il apprend l'espagnol. — Le général Almonte à Miramar (janvier 1862), — M. Francisco de Arrartgoz. — Opposition de l'Angleterre. — Maximilien et la famille impériale d'Autriche. — L'archiduc et l'archiduchesse à Bruxelles, puis à Paris (mars 1864). — Premier traité entre Napoléon III et — Traité secret. — Séjour à Londres. — Retour à Vienne. — Acte de renonciation. — Indignation de Maximilien. — Conférence entre l'empereur d'Autriche et son frère. — Pacte de famille. — Adieux des deux frères.

 

Retiré à Miramar, l'archiduc Maximilien, pendant que les Français guerroyaient au Mexique, se préparait au rôle d'empereur.

Son premier soin avait été d'étudier l'histoire du Mexique et de ses révolutions dans le remarquable ouvrage de Lucas Alaman et d'apprendre l'espagnol, langue de ses futurs sujets. Puis il avait cherché à attirer à lui tous les Mexicains de quelque notoriété ou de quelque valeur qui se trouvaient en Europe. Il mettait ses soins à gagner leurs sympathies par le charme de son accueil, et en même temps il ne négligeait aucune occasion de s'instruire auprès d'eux des mœurs, des coutumes, des ressources de leur pays, et de son avenir possible,

Après M. Gutierrez de Estrada, l'archiduc avait reçu, en janvier 1862, le général Almonte. Il avait également mandé à Miramar Mgr Labastida, l'archevêque de Michoacan, l'évêque d'Oaxaca, le général Adrien Woll, M. Hidalgo, etc. Il consulta tous ces divers personnages, et le malheur fut que tous présentèrent plus ou moins au futur souverain, au lieu de la vérité tout entière, cette face, de vérité que chaque homme possède plus particulièrement parce qu'il la regarde plus spécialement. Il eût voulu connaître l'opinion du pays sur eux et sur leur parti ; il n'en apprit que leur opinion sur le pays.

Ces entretiens avec les notabilités du parti réactionnaire contribuaient puissamment à l'entretenir dans son rêve d'empire mexicain, si bien que rien ne semblait pouvoir l'en détourner. On en eut la preuve lorsque, au mois du février 1863, les Hellènes ayant jugé bon de renverser leur roi Othon, la reine Victoria et lord Palmerston, qui ne voyaient point d'un bon œil les projets de la France à l'égard de l'archiduc lui firent offrir la couronne de Grèce, par l'entremise de son beau-père, le roi Léopold Ier. Maximilien, invoquant les engagements pris, refusa. Si donc, à cette époque, avant même le second siège de Puebla, il n'était pas encore décidé à accepter définitivement les propositions françaises, il était du moins décidé à n'y pas encore renoncer.

Il avait compris ce qui se cachait sous l'offre brillante de l'Angleterre, et il songea dès lors à adoucir, sinon à détruire, cette hostilité sourde d'une grande puissance. Pour cela, il lui fallait un homme habile, un diplomate expert, qui pût aller plaider sa cause auprès du cabinet britannique. Il jeta les yeux sur M. de Arrangoiz.

Ge personnage, fort intelligent et fort capable, se trouvait en Europe à la suite d'une aventure fâcheuse qui l'avait contraint à quitter son pays.

Chargé de vendre aux États-Unis un territoire de la frontière, il avait, sur la somme payée, gardé 68.000 piastres (340.000 francs), soit à titre de commission, soit à titre de solde arriérée. Comme on lui reprochait, un jour, ce fait, il avait répondu avec désinvolture : C'est une goutte d'eau. Depuis, ce mot était resté accolé à. son nom.

Malgré ce souvenir, l'archiduc lui confia la mission de voir lord Palmerston. Moins heureux dans cette négociation, M. de Arrangoiz ne parvint pas à modifier ses dispositions contraires le ministre anglais lui déclara que le gouvernement de la régence n'était qu'un gouvernement de parti, créé, soutenu par les baïonnettes françaises, et que l'Angleterre ne pourrait le reconnaître que lorsqu'il aurait été ratifié par le vœu de la nation.

M. de Arrangoiz, avant de rejoindre l'archiduc, passa par Biarritz, où il vit l'Empereur, et arriva à Miramar le 30 septembre, quelques jours avant l'arrivée de la délégation mexicaine. Les nouvelles qu'il rapportait d'Angleterre ne furent pas étrangères à la réponse que fit alors Maximilien (3 octobre).

On a vu comment le gouvernement français, mis en demeure, avait pris les mesures nécessaires pour arriver à la pacification du Mexique. Dès que les succès du général Bazaine furent connus à Paris, l'Empereur expédia secrètement son aide de camp, le général Frossard, à Miramar. Il s'agissait d'enlever la position, et d'obtenir une promesse formelle de l'archiduc. L'envoyé de Napoléon IIII réussit cette fois dans sa mission : Maximilien lui donna l'assurance qu'il s'embarquerait pour le Mexique au mois de mars. II ne pouvait partir plus tôt, car il avait à régler ses affaires de famille, et la chose n'allait point sans difficultés.

Premier des frères de l'empereur par ordre de naissance, Maximilien avait des droits éventuels à la couronne d'Autriche. Devait-il y renoncer, dans quels termes devait être faite cette renonciation, était-elle temporaire, était-elle irrévocable ? Toutes ces questions soulevaient des contestations, sauf la premiè.re. H est certain que l'archiduc, acceptant un trône au Mexique, ne pouvait conserver en même temps le titre de premier agnat. Mais cette renonciation n'était-elle point subordonnée à l'occupation effective du trône de Mexique, et, s'il venait un jour à cesser de régner, ne devait-il point recouvrer tous ses droits, comme Henri III, roi de Pologne, qui, après son abdication, devint roi de France ?

On objectait qu'il existait, dans la Maison d'Autriche, une loi de famille qui imposait à toute archiduchesse contractant mariage avec un prince étranger l'obligation' de signer un acte de renonciation à tous ses droits. Mais fallait-il assimiler à tin mariage d'archiduchesse le fait., jusque-là sans précédent, dans la famille des Habsbourg, de l'acceptation par un archiduc d'une couronne étrangère ?

La solution de ces questions, toujours si délicate entre princes, n'était point rendue facile par les dispositions de chacun. La famille impériale, en effet, était vivement opposée au projet de Maximilien. Son père, sa mère mettaient tout en œuvre pour le lui faire abandonner ; l'empereur, bien que lui laissant sa liberté d'action, ne cachait point le déplaisir qu'il en éprouvait. Aussi, lorsque, dans les premiers jours de janvier 1864, l'archiduc et l'archiduchesse se rendirent à Vienne, de longues conférences eurent lieu entre François-Joseph et Maximilien, en présence du ministre des Affaires étrangères, comte de Rechberg. Elles durèrent douze jours.

Que s'y passa-t-il ? On l'ignore. On ne connut que ces paroles de l'archiduc à M. de Arrangoiz :

— « Tout est maintenant réglé, et je suis prêt à partir, après avoir reçu de nouveau la députation. Je vous charge de l'écrire immédiatement au général Almonte ainsi qu'au Père Miranda. »

Malgré cette affirmation, les choses n'étaient point si avancées, et, quelques jours après, il dut retourner à Vienne, cette fois sans la princesse Charlotte. Pleine d'enthousiasme pour sa future royauté, elle ne rencontrait guère de sympathie à la cour, et sa présence était plutôt un obstacle à tout accord.

Ce second voyage de Maximilien n'amena point encore le résultat désiré. Pour ne pas envenimer la discussion, il préféra s'éloigner, et chargea son frère, l'archiduc Charles-Louis, qu'il aimait tendrement, de continuer en son nom les négociations commencées avec les trois délégués de l'empereur, l'archiduc Léopold, le baron de Lightenfeldt et le baron de Meysenburg. Il se déclarait prêt à signer l'abandon de tous ses droits, mais pour le temps que sa dynastie régnerait au Mexique ; il demandait seulement que l'acte constatât la spontanéité de sa résolution.

Puis il alla rejoindre à Bruxelles la princesse Charlotte qui l'attendait dans cette ville depuis quelques jours. Il y retrouva ceux qui formaient, si l'on peut ainsi parler, son conseil des ministres, MM. Gutierrez de Estrada, Velasquez de Léon, de Arrangoiz, Murphy et le colonel Facio. Malgré cet entourage, le moindre incident faisait éclater son impatience. On lui avait annoncé un dernier envoi de procès-verbaux relatant les adhésions de ses futurs sujets ; la caisse qui les contenait fut égarée pendant deux jours ; il se montra nerveux, et agité, jusqu'à ce qu'on l'eût retrouvée...

De Bruxelles il se rendit à Paris. Il n'avait eu d'abord l'intention de faire ce voyage que lorsque les questions encore pendantes entre Napoléon III et lui seraient réglées d'une manière définitive par voie diplomatique. Mais il avait su la pénible impression produite sur le gouvernement français par ses ajournements successifs ; il avait hâte de l'effacer, et, puisque son parti était pris, il se devait à lui-même, il devait à l'Empereur d'aller remercier celui qui lui avait préparé un empire. Et quel empire ? Celui qu'on se plaisait à définir : « un lit de roses dans une mine d'or ! »

L'archiduc et l'archiduchesse arrivèrent à Paris le 5 mars. Ils furent reçus aussitôt au palais des Tuileries et traités comme des souverains. L'Empereur, rempli de satisfaction, vint au-devant de ses hôtes jusqu'à la sixième marche du grand escalier ; il embrassa l'archiduc avec, effusion, serra la main de la princesse Charlotte et lui donna le bras pour la conduire dans le salon de l'Impératrice, où eurent lieu les présentations.

On ne négligea rien pour rehausser l'éclat de leur réception. Le soir, le Gymnase donnait la première représentation de l'Ami des Femmes, d'Alexandre Dumas fils : ils assistèrent à la pièce dans la loge impériale. Les jours suivants, ce furent l'Opéra et la Comédie-Française qui donnèrent des représentations en leur honneur. Il y eut trois grandes soirées aux Tuileries. L'Empereur emmena Maximilien chasser dans les tirés de Versailles ; on lui fit visiter nos musées, nos palais, si bien que c'est à peine s'il eut le temps de recevoir dans les salons de l'ambassade d'Autriche les Mexicains résidant à Paris, qui sollicitèrent l'honneur de lui être présentés.

Parmi eux parut le général Gonzalis de Mendoza, l'un des hommes les plus considérables du parti républicain ; second du général Ortega pendant la défense de Puebla, il avait été fait prisonnier et interné en France. L'un des premiers, il donna à ses compatriotes l'exemple de l'oubli des dissensions politiques, en se ralliant au prince qui promettait de régénérer son pays.

On avait heureusement réservé les matinées pour les conférences que l'Empereur devait avoir avec l'archiduc. On parvint rapidement à s'entendre. Les questions financières furent traitées avec M. Fould ; les questions politiques avec M. Drouyn de Lhuys. Deux traités, l'un public, l'autre secret, furent élaborés, auxquels l'archiduc donna son approbation, mais qui ne devaient être signés que lorsqu'il aurait été officiellement proclamé empereur du Mexique.

Nous résumerons le premier traité, trop long pour être reproduit en son entier. il contenait comme clauses principales : 1° la réduction du corps expéditionnaire à 25000 hommes en y comprenant la légion étrangère ; 2° celle-ci reste à la disposition de l'empereur du Mexique pendant six années après le départ des Français ; elle doit être payée par le trésor mexicain ; 3° les occupations et les expéditions militaires seront déterminées d'un commun accord entre S. M. l'Empereur du Mexique et le commandant en chef de l'armée française ; 4° dans les points où il y aura des troupes de chacune des nationalités, la direction supérieure appartiendra au commandant français ; 5° les frais de l'expédition à rembourser par le gouvernement mexicain sont fixés à la somme de 270 millions jusqu'au 1er juillet 1864 ; à partir de cette époque, tous les frais de l'armée mexicaine restent à la charge du Mexique ; 6° le gouvernement mexicain paiera à la France 1.000 francs par homme et par an pour les troupes restées au Mexique ; 7° le gouvernement mexicain remettra immédiatement au gouvernement français la somme 66 millions, en titres de l'emprunt, au taux de l'émission ; 8° le gouvernement mexicain s'oblige à indemniser les sujets français des préjudices qu'ils ont indûment soufferts et qui cent motivé l'expédition ; 9° le gouvernement français mettra en liberté tous les prisonniers de guerre mexicains, aussitôt que S. M. l'Empereur du Mexique sera entré dans ses États.

Le traité secret ne comprenait qu'un préambule et trois articles :

S. M. l'Empereur des Français, et S. M. l'Empereur du Mexique, voulant, par des clauses additionnelles à la précédente convention, s'expliquer d'une manière complète sur leurs intentions réciproques et faire constater que, nonobstant les événements qui peuvent survenir en Europe, l'appui de la France ne manquera pas au nouvel empire... etc.

ARTICLE PREMIER. — S. M. l'Empereur du Mexique, approuvant les principes et les promesses contenus dans la proclamation du général Forey, en date du 12 juin 1863, ainsi que les mesures prises par la régence et par le général en chef français, conformément à cette proclamation. a résolu de faire connaitre à son peuple, par un manifeste, ses intentions à cet égard.

ART. 2. — De son côté, S. M. l'Empereur des Français déclare que l'effectif actuel du corps français de 38.000 hommes ne sera réduit que graduellement et d'année en année, de manière que les troupes qui resteront au Mexique, eh y comprenant la légion étrangère, seront ;

De 28.000 hommes en 1865 ;

De 25.000 hommes en 1866 ;

De 20.000 hommes en 1867.

ART. 3. — Quand la légion étrangère, suivant les termes de l'article 3 de la convention, passera au service du Mexique et sera payée par lui, comme elle continuera à servir une cause qui intéresse la France, le général et les officiers qui en font partie conserveront leur qualité de Français et leurs titres à l'avancement dans l'armée française, conformément à la loi.

 

L'accord ainsi établi, l'archiduc et l'archiduchesse prirent congé de l'Empereur et de l'Impératrice, le 12 mars au soir, et, accompagnés par l'amiral Jurien de la Gravière et la comtesse de la Poëze, qui avaient été attachés h leurs personnes pendant leur séjour en France, ils se rendirent à Calais. De là, ils s'embarquèrent pour l'Angleterre.

Maximilien espérait que sa présence aurait sur les résolutions du cabinet anglais un heureux effet : il dut bien vite reconnaître que la politique britannique, sur qui nulle influence extérieure ne peut mordre, lui restait obstinément opposée, Tout au plus, lord Palmerston crut-il pouvoir adoucir les formes de cette persistante hostilité, et, tout en maintenant sa ligne de conduite, il assura le futur souverain de ses sympathies pour l'empire mexicain, dès qu'il serait un tait accompli.

C'était une mince et illusoire concession ; ce fut la seule qu'il obtint.

Avant de repartir, Maximilien accomplit avec sa femme un pieux pèlerinage.

Ii y avait alors, sur la terre anglaise, comme il y a presque toujours depuis que notre siècle fécond en révolutions semble se faire un jeu d'abattre et d'élever des trônes, il y avait une reine des Français en exil, aïeule de la jeune archiduchesse c'était la reine Marie-Amélie. Maximilien conduisit la princesse Charlotte à Claremont et les adieux furent touchants entre la grand’mère et la petite-fille. Tristes aussi, car celle qui avait vu avec effroi les événements de 1830, élevant pour son mari et pour elle un trône sur les débris d'un trône, qui avait tremblé pour la vie des siens pendant ces dix-huit années où les tentatives d'assassinat se succédèrent pour ainsi dire sans interruption, celle qu'un ouragan populaire avait exilée de France, ne pouvait chasser de son esprit les pressentiments sinistres, en songeant à l'avenir que le Mexique réservait au jeune couple... Elle bénit ses petits-enfants, en leur promettant de prier pour eux jusqu'à son dernier soupir... Elle est morte sans avoir su que le Ciel ne l'avait point exaucée...

A Bruxelles, où ils s'arrêtèrent deux jours, Maximilien et Charlotte s'occupèrent avec le lieutenant général baron Chazal, ministre de la Guerre, et le lieutenant général en retraite Chapelié, des moyens de recruter et d'organiser pour le Mexique un corps de 2.000 Belges, qui devait prendre la dénomination de Garde de l'Impératrice ; puis, ils rentrèrent à Vienne le 19 mars.

On les reçut, cette fois, avec tout, le cérémonial réservé aux souverains. Ils firent leur visite officielle à l'empereur et à l'impératrice, qui la leur rendirent une heure après. Les archiducs et tout le corps diplomatique vinrent leur présenter leurs hommages. Un grand dîner de cour fut donné le 21, par François-Joseph, en l'honneur du couple impérial mexicain, et, dans la réception qui suivit, parut toute l'aristocratie autrichienne.

Il semblait qu'on voulût, par ces honneurs, par cette consécration officielle des nouveaux souverains, leur rendre moins amère la renonciation à laquelle l'empereur et ses ministres tenaient plus que jamais, et dont on avait arrêté les termes définitifs. Le comte de Rechberg présenta à la signature de l'archiduc cet instrument, qu'on appela Pacte de famille.

A cette communication, l'indignation de Maximilien éclata.

Au lieu d'un acte conditionnel, consenti de plein gré et spontanément par un prince qui ne pouvait avoir ni l'intention ni la pensée de réunir jamais deux couronnes sur sa tête, mais qui restait, à défaut d'héritier direct, le premier prince de la Maison impériale d'Autriche, et l'héritier futur de la famille des Habsbourg, on lui demandait un abandon perpétuel et irrévocable de tous ses droits éventuels, jusqu'au cas d'extinction de tous mâles dans la famille.

Il congédia le ministre, déclarant qu'il ne signerait jamais un pareil acte ; puis il passa dans l'appartement de sa mère et se plaignit à elle de l'affront qu'on venait de lui faire. L'archiduchesse Sophie approuvant le refus de son fils, tous deux se rendirent immédiatement auprès de l'empereur. François-Joseph resta inébranlable ; sa résolution était prise de ne pas modifier ce qu'il appelait, une décision gouvernementale, et il n'entendait donner le consentement dont son frère avait besoin pour accepter une couronne étrangère qu'autant qu'il s'y soumettrait.

Surexcité par cette résistance, Maximilien s'écria que si cette autorisation lui était refusée, s'il lui était interdit de partir sur une frégate autrichienne avec tous les honneurs dus à un membre de la famille impériale, il irait s'embarquer à Anvers sur un navire français.

Calme, mais inflexible, l'empereur répliqua que si ce scandale venait à se produire, il adresserait aussitôt un message au Parlement pour l'informer que l'archiduc, qui quittait ainsi l'Autriche sans son autorisation, était déchu de tous ses droits d'agnat, et pour demander qu'il fût radié de la liste des princes de la famille impériale.

L'archiduchesse Sophie avait en vain pris contre François-Joseph le parti de Maximilien. Blessée de ne rien obtenir, elle sortit du cabinet de l'empereur et quitta immédiatement le palais. Maximilien et Charlotte la suivirent au château de Laxenbourg. C'est de là que, le 24, au soir, ils gagnèrent seuls, sans escorte, la petite gare de Eaden, où l'express de Trieste s'arrêta pour les prendre. Le 5, ils rentraient à Miramar...

Ces discussions, ces querelles intérieures, suivies d'une quasi-rupture, éclataient à un moment où, par malheur, elles ne pouvaient rester secrètes. Les membres de la délégation mexicaine, qui avaient passé l'hiver à Paris, arrivaient à Vienne le jour même où l'archiduc en sortait. Ils demandèrent une audience qui leur fut refusée. Maximilien les fit avertir de partir pour Trieste, et d'y attendre ses instructions.

Surpris d'un accueil si différent de celui sur lequel ils comptaient, ils s'enquirent des motifs auxquels l'attribuer, et bientôt ils apprirent ce qui s'était passé dans la famille impériale.

Sans prendre parti dans la querelle qui divisait les deux frères, ils se montrèrent fort affectés du refus de Maximilien qui les touchait plus particulièrement et qu'ils ne s'expliquaient guère. Ce qu'ils demandaient en effet à l'archiduc, c'était, non point un chef temporaire, un souverain intérimaire, mais le fondateur d'une dynastie, et il leur semblait tout naturel que la renonciation de leur empereur tilt une renonciation perpétuelle et irrévocable, comme l'exigeait la politique autrichienne.

Ils pensèrent que tout se calmerait et s'arrangerait promptement, et ils se préparaient déjà à assister à hi cérémonie solennelle dans laquelle le prince proclamerait son acceptation de la couronne du Mexique, cérémonie fixée au jour de Pâques (27 mars), lorsqu'ils apprirent qu'elle était remise à plus tard.

En même temps, MM. Gutierrez de Estrada, Hidalgo et Velasquez de Léon étaient convoqués à Miramar (26 mars).

Là en présence de la princesse Charlotte, du baron de Pont, de M. de Schertzenlehuer, secrétaire particulier, l'archiduc, ému, fiévreux, leur fit donner lecture par son aide de camp, le capitaine de frégate Herzfeld, de l'acte au bas duquel la cour de Vienne voulait qu'il mît sa signature, puis il déclara qu'il ne la donnerait jamais.

Mais quelle conduite tenir en face des exigences de l'empereur ? Il ouvrit lui-même la discussion en déclarant qu'il avait l'intention de se rendre à Rome, et, là de prier le souverain pontife d'intervertir comme arbitre entre son frère et lui.

Ceux qui l'entouraient l'écoutaient, surpris pourquoi une telle démarche ? Ils furent unanimes à la désapprouver. M. Hidalgo prit alors la parole et dit que dans sa pensée, si l'on se ralliait à l'idée de recourir à une médiation, un seul personnage pouvait utilement intervenir, c'était Napoléon III. Il proposa de l'informer sur-le-champ, par un télégramme chiffré, des derniers incidents, de solliciter son intervention, et de le prier d'agir sans retard auprès de François-Joseph.

La princesse se rangea à cet avis et l'appuya vivement. Il finit par prévaloir.

Napoléon III, averti, répondit le soir même qu'il mandait auprès de lui M. de Metternich, en même temps qu'il chargeait le général Frossard de porter une lettre entièrement écrite de sa main à l'empereur d'Autriche.

Le général Frossard accomplit rapidement sa mission à Vienne, puis se rendit à Miramar. Il y trouva l'archiduc Léopold, le président du Conseil d'État, baron de Lichtenfeld, et le sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères, que François-Joseph, touché de la douleur de son frère, lui avait envoyés pour remettre sous ses yeux la déclaration qu'eux-mêmes avaient rédigée, et qu'ils étaient chargés de défendre auprès de lui comme étant une formule ancienne, dont le gouvernement ne pouvait s'écarter.

L'envoyé de Napoléon III intervint dans la discussion. Au nom de son souverain, il soutint qu'en effet cette formule n'avait qu'une importance secondaire, puisque, dans la pensée de tous, la renonciation était par elle-même irrévocable, et que le Mexique, qui appelait l'archiduc, ne pouvait se donner à un prince que si ce prince se donnait à lui.

Malgré ces avis, malgré ces bonnes raisons, et bien qu'alors François-Joseph eût un héritier mâle direct[1], cette pensée de renonciation blessait si vivement l'orgueil de Maximilien et de Charlotte qu'ils ne pouvaient s'y résoudre. L'archiduchesse tenta une dernière démarche auprès de l'empereur.

Accompagnée de M. Hidalgo, qui avait pour mission de tenir Napoléon III au courant de cette nouvelle négociation, elle se rendit à Vienne.

Inflexible sur ce qu'il considérait comme une nécessité absolue de la situation, mais plein de bonté, et peiné de ces tristes débats, François-Joseph tint à montrer à sa belle-sœur les plus grands égards. Il l'alla recevoir à la gare, et voulut qu'elle logeât au Palais impérial. Puis, il eut avec elle deux longs entretiens. Il s'efforça de la convaincre ; il lui exposa ses devoirs constitutionnels et la raison d'État qui s'opposait à toute concession de sa part. La succession de la couronne d'Autriche ne devait être ni conditionnelle, ni incertaine. Il lui exprima ses regrets de l'obligation où il se trouvait de n'accéder ni aux désirs de son frère, ni aux siens ; mais, comme il tenait à lui en bien montrer la sincérité, il rétablit au profit de Maximilien le droit aux donations et dispositions testamentaires,

Il fit plus pour effacer la trace de ce pénible différend, il offrit spontanément d'aller signer l'acte dans le palais de Miramar, où « l'empereur d'Autriche, dit-il, ne serait que l'hôte de l'empereur du Mexique ».

La princesse Charlotte accepta ; l'entrevue fut fixée au samedi 9 avril.

Puis elle quitta Vienne, sinon convaincue, du moins résignée.

Pendant ces quelques jours Maximilien était resté seul à Miramar. Sombre et attristé, il ne pensait qu'à ces difficultés, qui étaient cependant, bien légères à côté de celles qui l'attendaient dans son nouvel empire ; le découragement gagna son âme, et, bien que les pensées des princes soient souvent cachées et parfois impénétrables, il est permis de croire qu'à ce moment il eût volontiers renoncé à la couronne du Mexique. Dans un instant d'épanchement où, malgré sa réserve habituelle, il ne fut, pas maitre de sa parole, il laissa échapper ces mots devant un intime, qui les a répétés « Pour moi, si quelqu'un venait m'annoncer que tout est rompu, je m'enfermerais dans ma chambre pour sauter de joie ; mais Charlotte... ? » Et le silence qui suivit cette phrase interrompue laissa comprendre combien l'archiduchesse avait eu d'influence sur ses déterminations, et combien peu il la sentait disposée à renoncer à la couronne entrevue.

Ce prince, épris d'art, de littérature, de poésie, poète même à ses heures, avait été séduit un instant par l'éclat d'un trône, par ce rêve d'empire qui le mettait, dans sa pensée, l'égal de son frère aîné et de Napoléon III, sinon comme puissance, du moins comme prestige extérieur, mais son âme n'avait point la sécheresse des politiques ni l'énergie des ambitieux. Son rêve l'éblouissait ; la réalité l'effrayait.

Il en a laissé une preuve éloquente dans cette poésie où il se peint tout entier avec ses espérances, ses regrets et ses craintes :

Faut-il donc me séparer à jamais de ma mère Patrie,

Du pays de mes premières joies ?

Vous voulez que j'abandonne mon berceau doré

EL que je rompe le lieu sacré qui m'y attache l

La terre où j'ai vécu les riantes années de mon enfance,

Où j'ai ressenti les émotions du premier amour,

Me faut-il la quitter pour des buts incertains

D'ambition, que vous m'excitez au cœur ?

Vous voulez me séduire par l'appât d'une couronne ;

Vous voulez m'éblouir par de folles chimères.

Dois-je prêter l'oreille au doux chant des sirènes ?

Malheur à qui se lie à leurs flatteuses promesses !

Vous me parlez de sceptre, de palais, de puissance ;

Vous ouvrez devant moi une carrière sans limites :

Faut-il que je vous suive vers de lointains rivages,

Par-delà les flots du vaste Océan ?

Vous voulez tisser d'or et de diamants

La frêle trame de ma vie ;

Mais-pouvez-vous aussi me donner la paix de

Et la richesse est-elle à vos yeux le bonheur ?

Oh ! laissez-moi suivre en paix mon tranquille chemin,

Le sentier obscur et ignoré parmi les myrtes !

Croyez-moi, le labeur de la science et le culte des muses

Sont plus doux que l'éclat de l'or et du diadème !

 

Et cependant, malgré ces retours sur lui-même, malgré ces appréhensions, il y avait en lui deux hommes, ou plutôt un homme et un prince, et le prince à son tour reprenait la parole pour exprimer des idées tout autres, conformes à ce sentiment du devoir élevé que parfois les descendants de familles régnantes puisent dans leur éducation et peut-être dans le sang : « La vraie grandeur politique, écrivait-il vers cette même époque, consiste à pouvoir cc sortir du cercle d'idées de son entourage, de l'atmosphère de son parti et de son rang, et en perçant du regard les brouillards qui s'amassent autour des événements présents, à considérer avec indépendance les éventualités de l'avenir. Ce n'est qu'ainsi que l'on parvient à ne point se laisser entraîner par les inspirations du moment et qu'on s'élève au-dessus des passions politiques qui ne sont jamais que l'expression violente des émotions actuelles et aveugles. Quand on s'est placé à cette hauteur, on éveille la confiance par son exemple, et l'on devient le guide des indécis qui forment toujours la majorité. »

Méprisant ses pressentiments, rebelle aux conseils d'amis dévoués, il finit par subir la double influence de sa femme et de sa race. Ali docteur Ilieck, qui le dernier eut le courage de blâmer son acceptation, il répondit :

— « La constitution d'un empire au Mexique est une entreprise qui peut ne pas réussir, mais elle mérite d'être tentée. »

Le sort en était jeté.

L'empereur François-Joseph tint sa promesse. Il arriva le 9 au matin à la petite station située au-dessus des jardins de Miramar, où il fut reçu par Maximilien. Les deux frères montèrent en voiture, et, quelques minutes après, ils étaient au château où ils s'enfermèrent seuls dans la grande bibliothèque.

Les plus grands personnages avaient été convoqués les archiducs Charles-Louis et Louis-Victor, frères de l'empereur ; les archiducs Régnier, Guillaume et Charles-Salvator ; le grand maitre des cérémonies comte Kuefstein ; l'aide de camp général comte de Crenneville ; les deux ministres comte de Rechberg et le chevalier de Schmerling ; le chancelier aulique de Croatie, M. de Mazarunieh ; le comte Karolyi, vice-chancelier de Hongrie, et le conseiller d'État, de Gehringer, représentant la chancellerie de Transylvanie. L'archiduc Joseph, le feld-maréchal Benedeck et le lieutenant-gouverneur de Toggenburg étaient arrivés la veille de Venise. Tous furent invités à se trouver à dix heures dans les salons du château de Miramar pour recevoir officiellement l'acte destiné aux archives de la couronne.

La conférence entre les deux frères se prolongea au-delà des limites prévues. A un moment, les officiers de quart de la frégate autrichienne la No vara et de la frégate française la Thémis, qui étaient à l'ancre devant le château, virent l'archiduc sortir précipitamment sur la terrasse et descendre dans les allées du parc, où il marcha fiévreusement jusqu'au moment où un de ses officiers, le comte Charles de Bornbelle, vint le chercher et le ramener auprès de l'empereur. Et phis tard, vers onze heures, lorsque François-Joseph et Maximilien parurent dans le salon où la foule des assistants les attendait, tous deux montraient sur leur visage, clans leurs yeux rougis, le reflet des émotions éprouvées pendant leur long entretien, mais le pacte était enfin signé. En voici la teneur :

PACTE DE FAMILLE

S. A. illustrissime l'archiduc Ferdinand-Maximilien, ayant communiqué à Sa Majesté Impériale et Royale apostolique sa résolution d'accepter le trône du Mexique qui lui est offert et d'y fonder un empire avec l'assistance de Dieu, Sa Majesti a assemblé, à cet effet, un conseil de famille et examiné les conditions auxquelles les devoirs gouvernementaux qui lui sont imposés, et comme chef de la maison archiducale, lui permettaient de 'donner à Son Altesse Impériale son autorisation souveraine d'accomplir cet acte d'État. En conséquence ont été stipules entre S. M. l'Empereur d'une part, et S. A. I. l'archiduc Ferdinand-Maximilien d'autre part, les dispositions suivantes :

ARTICLE PREMIER. — S. A. I. l'archiduc Ferdinand-Maximilien renonce, pour son auguste personne et pour ses descendants, à la succession dans l'empire d'Autriche, à tous les royaumes et pays qui en dépendent, sans aucune exception, en faveur de tous les autres membres habiles succéder de la ligne masculine de la Maison d'Autriche et de leur descendance de mâle en mâle, de manière que, aussi longtemps qu'il restera un seul des archiducs ou de leurs descendants mâles aux degrés même les plus éloignés, appelés à succéder en vertu des droits qui régissent l'ordre de succession dans la Maison impériale, et particulièrement en vertu du statut de famille érigé le 19 août 1713 par l'empereur Charles VI, sous le nom de la Pragmatique Sanction, de même que du statut de famille érigé le 3 février 1839 par S. M. l'empereur Ferdinand, ni Son Altesse Impériale, ni ses descendants ou qui que ce soit, en son nom et en quelque temps que ce puisse être, ne pourra faire valoir le moindre droit à ladite succession.

ART. 2. — Cette renonciation s'étend pareillement à toutes attributions afférentes au droit de succession, par conséquent au droit établi par le statut de famille sous certaines conditions d'assumer la tutelle d'un prince héréditaire mineur.

ART. 3. — Dans les cas, néanmoins, ce qu'à Dieu ne plaise, où il arriverait que tous les autres illustrissimes archiducs et leurs descendants mies, qu'ils précédent ou non Son Altesse Impériale ou sa descendance par droit de primogéniture ou d'âge, viendraient à s'éteindre, Son Altesse Impériale conserve formellement et de plein droit, pour ce cas-là tant pour lui que pour sa descendance male et qui sera issue sans interruption de mariages contractés régulièrement et sans mésalliance, conformément aux coutumes et statuts de la Maison archiducale d'Autriche, tous les droits mentionnés de succession, tels qu'ils appartiennent à ces membres, en vertu de la loi autrichienne de primogéniture et du statut de famille, de sorte que, pour ce cas, la renonciation prononcée par l'article 1er ne devra porter préjudice ni à Son Altesse Impériale, ni à ses descendants.

En ce qui concerne la descendance féminine, qui n'est appelée à succéder qu'après l'extinction de la branche masculine dans toutes les lignes, l'ordre établi par les lois de succession mentionnées ci-dessus sera infailliblement observé des deux parts. Toutefois les illustrissimes descendants de Son Altesse Impériale ne pourront, dans tous les cas, arriver à succéder dans le gouvernement que s'ils professent la foi de l'Église catholique romaine.

ART. 4. — Son Altesse Impériale déclare, eu outre, renoncer, pour elle-même et pour ses descendants du sexe masculin et du sexe féminin, à tous les droits et prétentions qui lui appartiennent ou qui pourraient lui appartenir en vertu de la parenté, de la naissance ou des us et coutumes, à Fa fortune privée actuelle et à venir, mobilière ou immobilière, de l'Illustrissime Maison d'Autriche, et ce, sous les réserves suivantes :

A. Pour le cas d'événements extraordinaires qui auraient eu pour conséquence un changement essentiel dans la situation qui leur est nouvellement créée, Son Altesse Impériale ou ses descendants auraient une part des revenus des fonds de prévoyance de la famille, de la manière prévue au § 44 du statut de famille du 3 février 1839 pour les brandies de l'illustrissime Maison archiducale qui sont dotées de souverainetés particulières.

B. Dans le cas on se produirait le douloureux événement de l'extinction de tous les autres illustrissimes archiducs et de leurs descendants mâles, et qu'en' conséquence la branche masculine de Son Altesse Impériale arriverait à succéder au trône ; dans le cas où, après l'extinction de la ligne masculine de toute la Maison d'Autriche, suivant l'ordre établi dans les règlements de succession mentionnés plus haut, la succession au trône devrait passer, en tenant compte du degré de de consanguinité avec le dernier prince régnant de ]a branche masculine à la descendance féminine de Son Altesse Impériale ; dans ce cas revivraient aussi tous les droits émanant de la parenté, de la naissance ou des us et coutumes de Sort Altesse Impériale ou de sa descendance, sur la fortune privée encore existante de l'Illustrissime Maison archiducale.

ART. 5. — En ce qui concerne le droit de succession ab intestat sur la fortune mobilière et immobilière des membres de la Maison impériale et de leurs descendants, les dispositions contenues au § 39 du statut de famille du 3 février 1839, valables pour les membres de la Maison Impériale qui sont dotés de souverainetés particulières, resteront en vigueur, Cependant sont exceptés de cette renonciation les cas où, par suite de donations entre vifs ou des dispositions testamentaires valables, il écherrait des biens privés ou des successions à Son Altesse Impériale ou à ses descendants de membres de leur illustrissime parenté ou d'autre part, et quand il n'en résulterait pas un préjudice notable quelconque pour les droits de la Maison archiducale.

En foi de quoi, le présent traité a été libellé en double exemplaire, signé de la propre main de Sa Majesté Impériale Apostolique, d'une part ; de S. A. I. l'illustrissime archiduc Ferdinand-Maximilien, d'autre part, et revêtu de leurs sceaux.

Ainsi fait et passé au château de Miramar, le neuvième jour du mois d'avril de l'an de grâce mil huit cent soixante-quatre.

FRANÇOIS-JOSEPH.

MAXIMILIEN.

 

Les archiducs, les ministres et les chanceliers auliques apposèrent leur signature au-dessous de celles des deux souverains. L'archiduchesse Charlotte ne parut que lorsque ces formalités furent complètement, terminées. Elle prit le bras de l'empereur pour passer dans la salle à manger, où le déjeuner était servi...

A une heure de l'après-midi, l'empereur reprenait le train spécial qui l'avait amené le matin. Il était sorti du château, ne faisant à l'archiduc que le salut Militaire, conforme à l'étiquette comme à l'uniforme qu'il ne quitte jamais.

Mais, lorsqu'il se trouva dans la gare, au moment de monter dans son wagon, son cœur s'émut à la pensée d'une séparation dont nul ne pouvait prévoir la durée ni les suites ; l'attendrissement fut plus fort que la rancune. L'empereur se retourna brusquement vers l'archiduc, et avec un accent pénétrant et affectueux qui prouvait que tout dissentiment était effacé à cette heure

— Max ! s'écria-t-il.

Et il lui ouvrit les bras. Maximilien s'y précipita les deux frères restèrent plus d'une minute embrassés dans cette étreinte.

La dernière, hélas ! car ils ne devaient jamais se revoir !...

 

 

 



[1] L'archiduc Rodolphe qui vient de périr si tragiquement à Mayerling.