LA VÉRITÉ SUR L'EXPÉDITION DU MEXIQUE

RÊVE D'EMPIRE

 

PRÉFACE.

 

 

Lorsqu'au mois d'août 1888, dans la préface de Un Complot sous la Terreur, nous annoncions la suite de nos études sur l'époque révolutionnaire, nous ne prévoyions point qu'il nous faudrait les interrompre pour nous livrer à un travail non moins captivant, bien qu'il se rapportât à un autre sujet et à. un autre temps ; mais il y avait là pour nous un devoir à accomplir.

ERNEST LOUET, qui a parcouru dans les Finances une si brillante carrière, était toujours prêt à affronter les dangers dans l'exercice de fonctions qui d'ordinaire n'en offrent guère. C'est ainsi qu'il avait obtenu de faire partie de la trésorerie de l'armée ; ainsi qu'il dirigea ce service pendant la campagne de Syrie ; ainsi qu'il partit, dès le début de l'intervention, comme payeur en chef du corps expéditionnaire au Mexique.

De retour en France, il n'eut qu'une idée fixe écrire l'histoire de l'expédition en même temps que l'histoire du prince infortuné qui en fut la plus célèbre et la plus touchante victime.

Mais il n'était point de ces écrivains, narrateurs et non historiens, qui se contentent de faits plus ou moins vrais, et de pies plus ou moins authentiques pour édifier leur œuvre. Portant dans cette étude, si l'on peut, ainsi parler, la méthode et la précision d'un comptable, il voulut s'entourer de documents certains, indiscutables, et dans ce but il n'épargna ni les efforts ni même l'argent.

Il a été partout où il espérait trouver des renseignements ou des documents Bruxelles., où Maximilien avait vu pour la première fois celle qui devint sa compagne, et qui, aujourd'hui, pauvre femme privée de raison, achève de mourir dans le château royal de Laeken ; à Vienne, où il put interroger les personnages politiques qui furent mêlés aux événements du Mexique ; Trieste, à Miramar, dans ce palais tout rempli des souvenirs de l'archiduc devenu empereur ; à Madrid, enfin, où il obtint que Bazaine lui cédât les documents qu'il possédait sur l'affaire mexicaine.

C'est là surtout qu'il a trouvé des pièces d'une inestimable valeur historique la correspondance confidentielle de l'Empereur Napoléon III, celle de l'empereur Maximilien, celle du maréchal Randon, ministre de la Guerre, et, avec elles, une série de lettres particulières, de notes, d'instructions, de mémoires et de dossiers se rapportant au même sujet.

Et ce n'étaient point des copies, mais les originaux eux-mêmes : en un mot, il possédait presque toutes les archives publiques et privées de la guerre du Mexique.

Avec de telles ressources, il était enfin possible de faire ce que personne n'a, fait jusqu'à ce jour, d'écrire une histoire véridique et complète de l'événement le plus travesti, le plus falsifié peut-être de ce siffle. Il y avait là de quoi répondre à tous les dénigrements, à toutes les apologies inconsidérées, auxquels on s'est complu, faute de connaître la vérité.

Il avait entrepris cette tâche, et il espérait la mener à bien quand la mort est venue l'arrêter.

C'est ce travail interrompu que nous reprenons aujourd'hui pour le compléter, l'achever, et le mettre en état d'être présenté au public.

Toutes les pièces, recueillies et rassemblées par lui avec tant de soin, seront publiées successivement, sans réserve ni réticences, dans leur absolue intégralité, autant toutefois que le permettront l'espace dont nous disposerons et le bon ordre du récit.

Nous voulons justifier le titre générique de cet ouvrage : la Vérité sur l'Expédition du Mexique, par la profusion des documents que nous mettrons sous les yeux du lecteur.

Quant au parti qu'en tireront les discoureurs politiques, peu nous importe. Il est a prévoir qu'ils serviront de texte, ou de prétexte, à des discussions passionnées et qu'on cherchera à les interpréter dans bien des sens cela ne nous effraie guère, car, impartial dans notre récit, nous avons confiance clans l'impartialité des générations, si nous doutons parfois de celle des individus.

Et puis, ce n'est plus de notre temps ni de nos mœurs de ruser arec la Postérité et de lui faire des cachotteries mesquines. Ou doit la vérité aux morts, dit-on : nous disons, nous, qu'on doit aux vivants la vérité sur les morts.

PAUL GAULOT.

Paris, 8 avril 1889.