HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS XIV

DEUXIÈME PARTIE. — L'ÉPOQUE DE PUISSANCE ET DE GLOIRE SOUS COLBERT ET LOUVOIS (suite)

 

CHAPITRE XXVIII. — Histoire intérieure de la France pendant la guerre de Hollande et après la paix de Nimègue, 4e partis. Les plaisirs, les mœurs du roi et des grands. La ruine des finances.

 

 

I. — Les fêtes de Louis XIV après la seconde conquête de la Franche-Comté. - Les réceptions ordinaires à Versailles. - Les voyages aux maisons royales. - Les loteries. - La fête de Sceaux.

 

Le 5 février 1674, Sévigné écrivait à sa fille : Il n'y a eu qu'un bal ou deux à Paris dans tout le carnaval. On y a vu quelques masques, mais peu. La tristesse est grande ; les assemblées de Saint-Germain sont des mortifications pour le roi, et seulement pour marquer la cadence du carnaval. Cette tristesse singulière, ce temps d'arrêt dans une habitude si chère à la cour, s'expliquait par la fin peu favorable de la dernière campagne et par la crainte qu'inspirait pour la suivante, la coalition de l'Europe. Mais aussitôt que la victoire eut reparu, et surtout la victoire par le roi, dans la seconde conquête de la Franche-Comté, la privation cessa et les plaisirs s'émancipèrent avec tout l'emportement d'une passion longtemps contenue.

Un des grands mérites des fêtes et divertissements du roi, dit un des rapporteurs[1], était la promptitude et le secret des préparatifs. Les invités, sans avoir rien vu du nombre des ouvriers ou de la durée du travail, trouvaient tout à coup des théâtres nouveaux, des bocages enrichis de fontaines et de figures, des collations et des médianoches[2] incomparables. Au besoin, on ne reculait pas plus devant l'extraordinaire, le bizarre même, pour multiplier les nouveautés, que devant la profusion pour affirmer les inépuisables richesses du roi. Les fêtes célébrées à Versailles, en juillet et août 1674, se partagent en six grandes journées. La cour pavée de marbre, Trianon, la ménagerie, le petit parc, l'orangerie, le canal, en furent successivement le théâtre. On y joua l'Alceste de Quinault, le Malade imaginaire, les Fêtes de l'Amour et de Bacchus, et l'Iphigénie de Racine pour la première fois. A Trianon, la salle du Conseil, large place au milieu des bois, préparée pour un souper, était éclairée de cent cinquante lustres, et l'île, qui en formait le milieu, bordée de soixante-seize guéridons de fleurs portant des girandoles de cristal allumées de bougies. Sur la table une manière d'édifice contenait la collation composée de toutes sortes de fruits arrangés dans cent douzaines de plats ; cet édifice se divisait en seize arcades formées chacune de quatre colonnes torses et accouplées qui supportaient la corniche. Pour le médianoche de la cour de marbre, la table fut dressée alentour de la fontaine. Cette table, de treize toises de tour, servait de base à huit consoles de lapis enrichies d'or, hautes de quatorze pieds, et dominées par un plafond de figure octogone, ouvert au milieu. Au-dessus de ce plafond, une colonne toscane, de dix-huit pieds, toute de lumière, semblait se soutenir d'elle-même ; la base et le chapiteau en étaient percés à jour, le fût n'était qu'un feston de fleurs d'or tournant en forme de vis, et éclairé sur toute la rampe par six cents bougies ; à l'intérieur de ces feux, on voyait s'élever, à une grande hauteur, l'eau de la fontaine, à travers le plafond de la table. Le luxe des illuminations montait quelquefois à vingt mille lumières sur les bords du canal, et à plus de quatre mille autres feux qui éclairaient les fontaines et les parterres du parc. La dernière journée (31 août) fut une sorte de triomphe en l'honneur du souverain victorieux. Il se promena en gondole sur le canal, avec une suite nombreuse, à la lueur des illuminations. Pendant que les vaisseaux voguaient avec lenteur, on entrevoyait l'eau qui blanchissait tout autour, et les rames, qui la battaient mollement et par des coups mesurés, marquaient comme des sillons d'argent sur la surface obscure de ces canaux. Le narrateur officiel ne craint pas de prêter à la nature muette ses sentiments d'adulation. Quand Leurs Majestés, dit-il, montèrent dans des gondoles superbement parées, suivies du reste de leur cour qui remplissait plusieurs vaisseaux d'un ouvrage très-riche, on vit l'eau du canal, auparavant tranquille et sans aucune agitation, comme s'enfler d'orgueil de porter ce qu'il y a de plus grand et de plus auguste sur la terre.

Il n'était pas possible de donner autant d'ampleur à toutes les réjouissances. Il y eut même, dans le cours des événements, plus d'un coup de massue, tel que la mort de Turenne et ses conséquences, qui rabaissa la joie[3]. Mais l'assurance revenait, et avec elle les divertissements sous diverges formes. Ce n'est pas seulement la représentation des opéras de Quinault (Atys, février 1676, Isis, 1677), qui ravit la cour avec la musique de Baptiste (Lulli), qu'on admire sur nouveaux frais, des décorations passant tout ce qu'on avait vu, et des habits galants et magnifiques[4]. C'est le jeu aux frais de tous, il est vrai, et les promenades à Versailles dans la compagnie du roi. Écoutons ici un témoin oculaire qui a sa part dans ces honneurs : Cela commence à trois heures, dit Sévigné. Le roi, Monsieur, Madame, Mademoiselle, tout ce qu'il y a de princes et de princesses, Mme de Montespan, toute sa suite, tous les courtisans, toutes les dames, enfin tout ce qui s'appelle la cour de France, se trouve dans ce bel appartement du roi. On cause avec lui, il entend de la musique d'un très-bon effet qui lui est à lui-même très-agréable. Seulement comme il n'oublie jamais qu'il a des devoirs de roi, s'il survient des courriers, il se retire le temps nécessaire pour lire ses lettres. On joue et quel jeu ! Mille louis sont répandus sur le tapis ; il n'y a pas d'autres jetons. Les poules sont au moins de cinq, six ou sept cents louis, les grosses, de mille, de douze cents. Les uns perdent sans souci, trahissant leur jeu pour le plaisir de caqueter ; les autres, comme Dangeau[5], profitant de ce laisser-aller pour tout compter, gagner et s'enrichir. A six heures on monte en calèche. On va sur le canal dans les gondoles, on y trouve de la musique, on revient à dix heures, on trouve la comédie, minuit sonne, on fait médianoche. Et voilà comme on se ruine en s'amusant.

Une autre fois, un mois à peine après la perte de Philipsbourg, il fut question d'une fête à Villers-Cotterêts, en l'honneur de la Saint-Hubert. Le roi donna de l'argent à plusieurs dames pour leurs habits ; une surtout, récemment réconciliée avec Mme de Montespan, reçut pour cette destination quatre cents louis. Les antres, moins favorisées, firent d'elles-mêmes des frais considérables. La plus incroyable chose du monde, dit encore Sévigné, c'est la dépense que font ces dames sans avoir le premier sou, hormis celles à qui le roi les donne. Quelques jours après, la partie fut contremandée, mais le roi eut la bonté de permettre qu'on portât les beaux habits à Versailles. Ce fut là qu'on fit la Saint-Hubert. On y vit Paraître, et aussi dans les promenades, les beaux justaucorps en broderie, destinés pour Villers-Cotterêts, et les transparents dont nous laissons volontiers à une femme le soin de faire la description : Ce sont, dit-elle, des habits entiers des plus beaux brocarts d'or et d'azur qu'on puisse voir, et par-dessus des robes noires transparentes, ou de belle dentelle d'Angleterre, ou de chenilles veloutées sur un tissu. Cela compose un transparent qui est un habit noir et un habit tout d'or ou d'argent, ou de couleur comme on le veut, et voilà la mode. Dans la même lettre, la malicieuse admiratrice parle d'un cadeau pseudonyme apporté tout à coup à Mme de Montespan, un habit d'or sur or, rebrodé d'or, rebroché d'or, et par-dessus un or frisé mêlé avec un certain or, qui faisait la plus divine étoffe qu'on eût jamais imaginée. Le roi, et les courtisans, d'un écho unanime, attribuaient cette galanterie à Langlée, un d'entre eux, grand joueur et fort bien vu en cour. Mais l'invraisemblance était trop forte, et tout en répétant : Langlée, Langlée, nul ne doutait qu'un pareil don ne vînt du roi, qui entre les dames qu'il voulait bien habiller, entendait marquer sa préférence pour la favorite.

On a remarqué plusieurs fois, et c'était justice, que Louis XIV n'hésitait pas à quitter les plaisirs de la cour pour aller attaquer Valenciennes au mois d'avril, ou Gand au mois de mars. Les courtisans ne trouvaient, dans l'histoire, rien de pareil à de tels sacrifices ; un d'eux, le comparant à Charles VII, était tout prêt à retourner, en faveur de Louis XIV, le mot de Lahire, et lui cherchait un surnom supérieur à celui de Victorieux[6]. Mais, la part du devoir faite, n'était-il pas convenable de se donner le repos nécessaire, surtout lorsque le repos paraissait être sans danger ? Vers la fin de l'heureuse campagne du maréchal de Créqui, en Lorraine (juillet 1677), on avait fait le projet d'un voyage à Fontainebleau. On ne parlait que des plaisirs de Fontainebleau, des plaisirs infinis. On supputait les frais à faire, les habits divers qu'il faudrait y porter. On souriait de certaines hésitations, parce qu'on n'y croyait pas. Telle qui s'effrayait d'abord de la dépense n'était pas de force à ne pas succomber, en fin de compte, à une si douce tentation. Tout à coup on apprit le mouvement du prince d'Orange contre Charleroi ; à cette nouvelle, les jeunes gens et même les boiteux, les favoris et même les mécontents, partirent en poste pour le Nord. Ah ! cette échauffourée allait-elle retarder ou rompre le voyage de Fontainebleau ? C'était l'inquiétude de bien des gens. Aussi avec quelle joie on apprit la levée du siège de Charleroi ! Que le prince d'Orange était bon ! Enfin on sut que le voyage de Fontainebleau était assuré ; enfin, le 28 août la cour était à Fontainebleau. Le séjour se prolongea, sans doute en compensation de cette longue attente ; on y était encore le 29 septembre ; on en parlait encore au milieu d'octobre. On louait les uns pour leurs succès, leur bonne tenue, leur grâce à faire les honneurs ; et comme toujours, entre amis, on tournait en dérision les autres pour leurs ridicules, surtout les laides qui s'étaient efforcées de paraître belles à force de diamants, de perles et de parures empruntées[7]. C'était un bel intermède entre la retraite du prince d'Orange et la campagne de Créqui contre Fribourg.

La paix de Nimègue, en assurant aux amateurs plus de régularité, laissa un libre cours aux profusions chez le roi, et par imitation chez les princes, même chez les ministres. Les contemporains se plaisent à donner les détails de ces exhibitions de luxe où la prodigalité rend témoignage de la puissance. Ils décrivent les mascarades alors fort en vogue à la cour, où les déguisements les plus étranges étaient toujours le plus admirés. Une fois, c'est le Dauphin paraissant d'abord en opérateur, et, par un seul mouvement d'un petit cordon, se changeant à vue en un grand seigneur chinois ; le duc de Mortemart représentant l'hiver par un habit tout composé de manchons jusqu'à la coiffure, une palatine pour cravate, et un masque qui imitait le visage d'un homme transi par le froid. Une autre fois, c'est le duc et Mme de Bourbon masqués en avocats, avec une propreté qui faisait assez connaitre que les robes de ces avocats-là n'avaient jamais essuyé la poussière du palais, et, dans la même assemblée ; un jeu de quilles humain avec la houle. Ceux qui représentaient les quilles étaient assis dessous et respiraient par de petites fenêtres invisibles. Qu'on juge par là du contour et de la hauteur de ces joujoux[8]. Mais de pareilles inventions n'étaient pas sans précédents. Ce qui appartient plus particulièrement au grand roi, ce sont les largesses qu'il mêlait à ces jeux, par où sa supériorité défiait l'imitation.

Dangeau raconte que, pour une des premières invitations à Marly, il avait préparé une de ces loteries qu'il aimait à organiser lui-même : cinquante lots, chacun du prix de 4.000 francs au moins, pour les dames. Mais au lieu de cinquante dames, il en était venu plus de cent à Versailles. Contrarié d'avoir à choisir, et plutôt que de désobliger personne, il rompit cette partie. Il s'y prit mieux dans la suite. Quelques mois après, il donnait à Marly un autre jeu non moins splendide dont il faisait seul les frais, une vente qui ne devait pas lui rendre ses avances. Dans le salon fort éclairé, il y avait quatre boutiques représentant les quatre saisons de l'année. On y voyait entassés de l'argenterie, des bijoux, des hardes au moins pour 15.000 pistoles, et tout ce qui convient à chaque saison. Le Dauphin et Mme de Montespan tenaient la boutique de l'automne, le duc du Maine et Mme de Maintenon celle de l'hiver, le duc de Bourbon avec Mme de Thianges celle de l'été, la duchesse de Bourbon avec Mme de Chevreuse celle du printemps. Hommes et femmes y jouèrent. Ceux qui gagnaient emportaient leur gain, ceux qui perdaient ne payaient rien. On joua jusqu'au souper. A la fin du jeu, le roi et le Dauphin donnèrent gratuitement tout ce qui restait dans les boutiques[9].

En retour de ces cadeaux, tout à la fois pour se faire un peu valoir et par instinct de flatterie habile, n'était-il pas naturel que les membres de sa famille, et les premiers de la cour, eussent la tentation de lui offrir quelque chose de leur richesse, et de lui rendre encore hommage en l'imitant de loin ? C'est ce qu'on vit au baptême d'une petite-fille du grand Condé (1680). La marraine était la fille bâtarde de Louis XIV et de La Vallière ; il y eut en son honneur une fête très-enchantée à l'hôtel de Condé. D'abord la cérémonie même du baptême qui fut d'un grand éclat, ensuite la collation qui rappela la fête de Chantilly ; après la collation, la comédie mêlée de beaux endroits de musique, animée par les meilleurs danseurs de l'Opéra ; et l'encadrement plus dispendieux encore : Un théâtre bâti par les fées, des enfoncements, des orangers couverts de fleurs et de fruits (au mois de février), des festons, des pilastres[10]. Cette petite soirée coûta deux mille louis au prince qui avait à peine, par le savoir-faire de Gourville, libéré sa fortune de ses créanciers. La narratrice ajoute : Et le tout pour cette belle princesse ; oui, pour la fille que Louis XIV aimait le mieux, et aussi pour le père avec qui l'ancien déserteur aux Espagnols tenait fort à rester réconcilié et gracié.

Le plus célèbre de ces hommages est la fête de Sceaux offerte au roi par Seignelay (1685). On raconte que Seignelay et Louvois se disputant à qui gagnerait ou conserverait le premier rang dans la faveur du maitre, ils essayèrent de l'effet que pourrait produire sur lui un divertissement en son honneur dans leurs jardins. Au rapport de Dangeau, le vilain temps gâta un peu la fête de Meudon ; mais celle de Sceaux fut, du consentement de tous les courtisans, la plus belle qu'on eût jamais donnée au roi. Sévigné, en recevant, dans sa retraite des Rochers, la relation par Mme de La Fayette, s'écriait : Qu'elle était jolie ! Qu'il y a d'esprit et d'invention dans ce siècle ! Que tout est nouveau, galant, diversifié ! Je ne crois pas qu'on puisse aller plus loin ; et comme sa fille paraissait se consoler assez facilement de n'y avoir pas assisté, la sage mère, en accès de jeunesse, la blâmait de cette résignation[11]. Les jardins étaient les plus beaux qu'un particulier possédât en Europe. Pour en parcourir à l'aise la vaste étendue et les longs détours, une voiture était prête, couverte d'un parasol et attelée d'hommes, de soldats suisses ; mais le roi la laissa à la Dauphine, à Mme de Maintenon et aux autres dames, pendant que lui-même faisait la visite à pied pour se montrer infatigable. Au pavillon de l'Aurore, si richement décoré par Lebrun, les violons et les hautbois de l'Opéra le régalèrent d'un concert. A l'Orangerie, il entendit chanter à sa gloire, sur la musique de Lulli, l'idylle de Racine en l'honneur de la trêve de Ratisbonne :

Un héros des mortels l'amour et le plaisir,

Un roi victorieux nous a fait ce loisir,

et cette leçon à ses ennemis :

Ils ont vu de nouveau resserrer, leur frontière,

Ils ont vu ce roc sourcilleux (Luxembourg),

De leur orgueil l'espérance dernière,

De nos champs fortunés devenir la barrière.

Le repas fut servi sur le bord du canal ; les tables étaient couvertes d'un ciel et de rideaux de damas bleu, et, à la lueur de milliers de bougies, des gondoles remplies de dames aux riches atours apparaissaient glissant sur les eaux. La nuit, en donnant une autre forme aux beautés de ces lieux, renouvela les plaisirs du jour : nouvelles symphonies, jardins embrasés par une illumination générale, nouvelles promenades à travers ces flammes charmantes, et partout et pour tous des rafraîchissements délicieux. Enfin un feu d'artifice termina la fête au moment où les spectateurs étaient à bout de forces et d'admiration.

On répéta, sans trop d'embarras, que la fête de Vaux, qui avait perdu Fouquet, n'était qu'une fête de village en comparaison de celle de Sceaux. Cependant Louis XIV n'en conçut pas d'ombrage. Si elle ne valut pas à Seignelay une recrudescence de la confiance royale, elle ne lui ôta rien de l'importance qu'il gardait encore. N'est-ce pas parce que Seignelay avait eu l'habileté de tout rapporter au roi en s'effaçant lui-même, et de n'attribuer qu'au souverain, à ses largesses, la magnificence du ministre ? Il n'offrait que ce qu'il avait reçu. C'est du moins la pensée que semblait lui prêter Racine, lorsqu'il disait dans son idylle :

Chantons, bergers, et nous réjouissons,

Qu'il soit le sujet de nos Mes.

Le calme dont nous jouissons

N'est plus sujet aux tempêtes...

De ces lieux l'éclat et les attraits,

Ces fleurs odorantes,

Ces eaux bondissantes,

Ces ombrages frais,

Sont des dons de ses mains bienfaisantes.

De ces lieux l'éclat et les attraits

Sont des fruits de ses bienfaits.

 

 

 



[1] Félibien, Relation des fêtes de 1674, à la suite des fêtes de 1668, et des plaisirs de l'Ile enchantée.

[2] Mot espagnol, alors fort en usage, pour désigner les repas de minuit.

[3] Sévigné, 31 juillet 1675 : On devait partir aujourd'hui pour Fontainebleau, où les plaisirs devaient devenir dos peines par leur diversité : il arrive un coup de massue qui rabaisse la joie.

[4] Sévigné, 6 mai 1676.

[5] Sévigné, 29 juillet 1676 : Je voyais jouer Dangeau, et j'admirais combien nous sommes sots auprès de lui. Il ne songe qu'à son affaire et gagne où les autres perdent ; il ne néglige rien, il profite de tout, il n'est point distrait ; aussi, les deux cent mille francs en dix jours, les cent mille écus en un mois, tout cela se met sur le livre de sa recette... Et Dangeau est ravi de tout ce caquet ; il découvre le jeu, il tire ses conséquences, il voit à qui il a affaire... C'est bien lui qui sait le dessous des cartes, car il sait toutes les autres couleurs.

[6] Bussy-Rabutin à Sévigné, 23 février 1678 : Avez-vous jamais lu ou entendu dire quelque chose de pareil à ce q fil fait. L'amour seul de la gloire, sans autre nécessité, lui fait quitter les plaisirs au milieu de l'hiver. Savez-vous bien ce qui me fait faire cette réflexion ? C'est la vie de Charles VII, que je lis à cotte heure.  Là-dessus, il conte la conversation de Charles VII et de Lahire ; puis il ajoute : N'aimez-vous pas bien Lahire et ne méprisez-vous pas bien Charles VII ? Mais admirez la flatterie de l'histoire : c'est pourtant ce prince que les flatteurs ont appelé le Victorieux. Comment donc nommerai-je Louis quatorzième, moi ? Le voulez-vous savoir ? Les délices et la terreur du genre humain.

[7] Sévigné, passim, de juillet à octobre 1677.

[8] Mémoires de Dangeau, 1885, Mercure galant.

[9] Dangeau, Mémoires, janvier 1686 ; Mémoires de Choisy, livre V.

[10] Sévigné, 9 février 1680.

[11] Lettres, 22 juillet et 1er août 1685.