Le 8e bataillon de
chasseurs. — Le commandant Froment-Coste et le capitaine Dutertre. — Burgard,
Larrazet, de Chargère, de Raymond-Lasbordes, de Géreaux, de Chappedelaine,
Rosaguti. — Le 2e escadron du 2e hussards : le commandant Courby de Cognord,
le capitaine Saint-Alphonse et le lieutenant Klein. — Les sorties de
Montagnac.
Depuis
qu’il s’était installé à Djemmaa-Ghazaouet, Montagnac n’avait cessé de
déplorer la faiblesse numérique et la médiocrité militaire des troupes
placées sous ses ordres. Il pensait que des régiments venant directement de
France faire campagne étaient « recrue pour le cimetière » ; il savait qu’il
fallait, pour la guerre d’Algérie, « d’anciens soldats, des hommes faits,
d’un tempérament formé. » Et ce sont de jeunes soldats délicats et
inexpérimentés qu’on plaçait sous ses ordres ! A la
fin de septembre 1844, il avait à peine 300 hommes, sur lesquels il ne
fondait pas grand espoir, puisqu’il écrivait « qu’un kabyle jouerait à
la balle avec dix crapauds pareils ! » Au mois de janvier 1845, il avait
reçu, à la place du bataillon du 32e qu’il prisait peu, un bataillon du 15e
léger un peu meilleur. Au milieu de juillet, deux escadrons de hussards
étaient arrivés à Djemmaa-Ghazaouet ; mais Montagnac savait qu’ils n’étaient
là ni pour faire une expédition, ni pour rester dans son poste ; il écrivait
à son frère : « Ils sont là pour manger du foin, refaire leurs chevaux, et
voilà tout. » En août
1845, il avait vu arriver avec plaisir le 8e bataillon de chasseurs
d’Orléans, qui venait relever les détachements du 15e léger et du 41e de
ligne. Il écrivait à son oncle le 21 août : « J’ai pour le moment une
garnison assez solide : un bon bataillon de chasseurs d’Orléans el deux
escadrons de hussards. » Satisfait de la qualité de ces unités, il trouvait
leur effectif insuffisant, car il ajoutait : « C’est bien peu de inonde pour
la besogne que je puis avoir à faire d’un jour à l'autre, demain peut-être. » Cavaignac
lui avait cependant retiré bientôt un des escadrons de hussards. Au milieu de
septembre, la garnison du poste comprenait : le 8 S bataillon de chasseurs
d’Orléans ; un escadron du 2e hussards ; quelques hommes de l’artillerie, du
génie, du 10e bataillon de chasseurs, du 41e de ligne, du 4e chasseurs, du 2e
escadron du train, plus quelques douaniers, marins et ouvriers
d’administration. Les
hommes détachés de leurs corps étaient en générai des convalescents ou des
malingres venus de Lalla-Maghrnia ou d’ailleurs pour se remettre ; il y avait
aussi de nombreux malades dans les corps de la garnison. L’ambulance
regorgeait de soldats que Montagnac ne pouvait ni soigner, ni vêtir, et dont
il se débarrassait le plus possible : « J’ai fait partir par le deuxième
bateau, écrivait-il le 5 septembre à La Moricière, 100 hommes du 41e qui
traînaient ici sans leurs officiers. » Il
tenait à n’avoir sous la main que des hommes prêts à marcher ; pour cela, il
tâchait d’améliorer leur situation matérielle : il hâtait la construction des
baraques alignées au pied de la montagne el de la caserne placée sur le
plateau ; déjà certaines d’entre elles étaient occupées, mais comme les
hommes couchaient par terre, sur un sol bas et humide, Montagnac demandait à
La Moricière des lits de camp, plutôt <pie des hamacs qui prenaient trop
de place. Il s’occupait de ses hommes avec sollicitude. Le 8e
bataillon de chasseurs d’Orléans était un des plus beaux corps de l’Armée
d’Afrique. Il avait été formé au mois d’octobre 1840, d’après l’ordonnance du
28 septembre qui créait les chasseurs à pied ; il s’était embarqué pour
l’Algérie le 10 juin 1841, peu après la fameuse revue du Carrousel, au cours
de laquelle le Roi avait fait la remise du drapeau aux dix bataillons réunis. Les
chasseurs portaient un uniforme sombre et discret qui contrastait avec ceux
des troupes d'Afrique ; leur capote-tunique bleu de roi, avec passepoils
jonquille au collet, aux parements et à la jupe, était plissée à la taille et
boutonnait droit ; leurs épaulettes étaient vertes ; leur pantalon à plis
couleur gris de fer s’enfermait dans la guêtre blanche ; leur
schako-casquette de drap bleu, passepoils jonquille, avait la visière droite
et piquée ; ils étaient aussi munis d’un manteau noir à rotonde, en toile
vernie. Ils étaient tenus de porter la barbe en pointe et les moustaches
longues. Ces différents détails de tenue leur donnaient une allure
particulière et les faisaient comparer à des étrangers. « Mais il suffit de
les voir à la manœuvre et au feu, ajoutait le Journal des Débats du 5
mai 1841, pour s’apercevoir, à cette vivacité et à cet élan qui caractérisent
si éminemment celte nation, qu’ils sont des soldats français. » Ils avaient
comme arme, non plus le fusil de munition de la ligne, mais la carabine de
précision Delvigne-Ponchaux ; le sabre-yatagan dû au commandant d’artillerie
Thiéry avait remplacé pour eux la baïonnette. Le 8e
bataillon, débarqué à Mostaganem le 14 juin 1841, avait fait colonne sur le
Chéliff, chez les Flitta, contre Saïda en 1841 ; dans l’Ouest et le Sud-Ouest
oranais en 1842-1843 ; il s’était distingué à la bataille de l’Isly en 1844 ;
il avait pris part à quelques razzias en juin 1845. Dans
ces expéditions, il avait montré une vigueur, une endurance et une discipline
remarquables. Dès le 8 juillet 1841, un ordre du jour du général Bugeaud
faisait l’éloge du 8e, qui venait de participer à l’expédition du Chéliff.
L’année suivante, après l’expédition de l’Ouest oranais, le général Bedeau,
commandant de la subdivision de Tlemcen, écrivait au gouverneur général : «
J’ai été on ne peut plus satisfait de l’aplomb des 8e et 10e bataillons de
chasseurs. » En 1844, à la suite de brillantes opérations du bataillon dans
la région de Lalla-Maghrnia, le maréchal Bugeaud lui adressait des éloges le
12 juin, sur l’oued Mouïla. Les
chasseurs s’étaient peu à peu endurcis à la fatigue ; ils s’étaient
familiarisés avec le pays et avec la façon de combattre les Indigènes. Les
plus faibles étaient morts à la tâche, mais la sélection qui s’était opérée
avait fortifié le bataillon au lieu de l’affaiblir. Deux cents conscrits
arrivés du dépôt le 10 décembre 1842, avaient eu le temps de s’aguerrir. Le
capitaine adjudant-major Dutertre écrivait à sa sœur en juin 1843 : « Si tu
voyais ces pauvres troupiers, si jeunes, si délicats encore, porter huit
jours de vivres, soixante cartouches, leur havresac plein et leurs carabines,
tu te demanderais comment ils font pour supporter des marches si longues, si
fatigantes, par la chaleur, une poussière infernale et des chemins affreux.
Oh ! les Français ! C’est ici où l’on peut juger ce qu’ils valent. » L’année
suivante, cinq semaines avant la bataille de l’Isly, il lui écrivait encore :
« Il faut que les soldats français soient de fer pour résister aux fatigues,
au soleil et aux privations comme ils y résistent. Je ne crois pas qu’il y
ait un peuple en Europe qui tiendrait comme eux ici. » Ces
soldats avaient des chefs dignes d’eux. A leur
tête se trouvait le chef de bataillon Froment-Coste. Sorti de Saint-Cyr en
1825, cet officier avait fait les campagnes de 1826 à 1828 en Espagne ;
lieutenant en 1830, il était parti pour l’Algérie, mais avait regagné la
France l’année suivante ; capitaine en 1836, il avait obtenu, en 1840, de
passer dans les chasseurs à pied que l’on organisait, et il y avait été promu
chef de bataillon en mars 1841 ; désireux de servir en Algérie, il avait
permuté avec le commandant Uhrich, du 8e, qu’une ancienne blessure forçait à
revenir en France. Froment-Coste avait pris le commandement du 8e bataillon
le 6 février 1842. Depuis cette époque, il s’était couvert de gloire : cité à
l’ordre de l'armée le 21 mars 1842 pour sa belle conduite à l’affaire de la
Sikkak, il avait été de ce fait proposé pour la Légion d’honneur ; au combat
du 29 avril suivant, il se distinguait à nouveau, et, sur une nouvelle
proposition du général Bedeau, il était nommé chevalier le, 30 août. Deux ans
après, il obtenait une nouvelle citation à l’ordre de l’armée à la bataille
de l’Isly, le 14 août 1844, et il était nommé officier de la Légion d’honneur
le 22 septembre suivant. La Moricière le tenait en grande estime : « Officier
très distingué, écrivait-il en 1843 ; s’acquitte d’une manière très
remarquable des fonctions de chef de corps, a de l’avenir et sera à la
hauteur des positions où il pourra être appelé. » L’année
suivante, Cavaignac l’appréciait en ces termes : « Commande son
bataillon avec une véritable distinction ; le service y est fait sous sa
direction avec un zèle et un entrain dignes d’éloges ; le chef a su le rendre
facile ; l'esprit du corps est très bon, l'harmonie règne dans toutes les
parties. » Inscrit au tableau d’avancement à la suite de cette inspection, il
avait eu, en juin 1845, un cheval tué sous lui en enlevant à la baïonnette le
village des Beni-Snous, et avait été à nouveau proposé pour le grade
supérieur ; au mois de septembre, sa nomination ne pouvait tarder. Il allait
passer lieutenant-colonel ayant à peine 40 ans. Au
physique, Froment-Coste était noté par l’inspecteur général des chasseurs,
Ferdinand-Philippe d’Orléans, comme « robuste et leste » ; il était mince,
brun et portait les moustaches. Ayant une tenue brillante et des allures
distinguées, il commandait avec calme, et savait montrer à propos de
l’énergie ; comme il joignait à ces qualités une instruction étendue et
variée, il avait sur ses officiers et ses soldats un ascendant moral
considérable. Le
capitaine adjudant-major du 8e bataillon était le capitaine Hippolyte
Dutertre. Issu d’une famille d’officiers, il était né en 1807 à Coulogne,
dans le canton de Boulogne-sur-Mer. Fils aîné d’une nombreuse famille, il
était entré à Saint-Cyr en 1824. Capitaine en 1838, il avait demandé à faire
partie des chasseurs à pied lors de leur création, et avait été affecté au 8e
bataillon en octobre 1840. En mai 1841, il prenait les fonctions
d'adjudant-major à la place du capitaine de Géreaux, qui demandait une compagnie.
Grand, maigre, d’allure énergique, il était myope et portait des lunettes. Dutertre
était ambitieux, mais son ambition saine et honnête était inspirée par de
nobles sentiments ; il avait à cœur de venir en aide à sa famille, et de
diriger dans la vie une sœur beaucoup plus jeune que lui, élevée dans un
couvent de Boulogne. Avant de partir pour l’Algérie avec le 8e, il lui
écrivait : « Au moins, comme mes aïeux, j’aurai fait ma campagne ; si j’v
suis un tant soit peu heureux, j’y ferai mon chemin. » De
Mostaganem, en janvier 1842, c’étaient ces lignes mélancoliques : « Ma bonne
sœur, nous avons bien des fatigues, nous avons des chaleurs insoutenables
dans des moments, des pluies, des froids terribles dans d’autres ; il faut
être réellement de fer pour résister dans ce pays de sauvages. Mais, comme je
puis y gagner de l’avancement plus tard, je dois y rester. Quand ce temps
sera venu, tu me verras alors probablement ; jusque-là, mon amie, il faut
vivre en espérance. » Il
résistait fort bien à la vie pénible qu’il menait, puisque dix mois après il
écrivait : « Dans toutes ces alternatives de repos et de fatigue, je n’ai
jamais eu un instant, je ne dirai pas de maladie, mais même de malaise ; je
suis, comme tu vois, bien heureux ; aussi, je suis persuadé que cela vient de
foi : tu es si jolie et si bonne que quand tu pries Dieu pour ton frère aîné,
Dieu ne peut Le refuser » ; puis revenant à sa carrière : « Ma fortune
militaire est ici, que ferais-je en France ? L’exercice ! ce n’est guère
poétique. J’aime bien mieux monter sur mon beau cheval barbe, parcourir
rapidement les environs de Tlemcen, voir Oran, Mascara, etc., et le désert,
pour revenir plus tard en France, riche de quelques souvenirs et avec
quelques grades de plus. » La
pensée de pouvoir être utile aux siens revenait dans chacune de ses lettres :
« As-tu jamais douté, écrivait-il de Tlemcen en janvier 1843, ma bonne petite
sœur, de mon amour paternel pour toi ? Est-ce que j’ai pu oublier un instant
que déjà presque homme je te faisais sauter dans mes bras comme une jolie
petite poupée, bien plus gentille, ma foi, car tu me souriais et tu me
parlais !... Va, mon enfant, je suis un pauvre soldat pour le moment ; mais
plus tard, Dieu aidant, ce soldat, qui a bon cœur et bon courage, parviendra
peut-être à une position qui le mettra à même de te prouver réellement, et
par des actions, qu’il a toujours veillé sur toi. » Puis, après avoir exprimé
la tristesse qu’il éprouvait à voir ses autres frères et sœurs dans des
situations peu brillantes, il revenait à son père : « Pauvre père, lui qui
était né, sinon au milieu des richesses, au moins dans une honnête aisance,
avec des qualités aimables, un excellent cœur et du courage, il ne devait pas
s’attendre à une vieillesse aussi malheureuse. » Sa
conclusion était toujours la même : « Il faut être bien ambitieux pour rester
en Afrique ! On y devient bête à manger du foin, on n’est au courant de
rien... J’ai été porté pour la croix à l’inspection générale et je crois être
à peu près sûr d’être porté pour chef de bataillon à la fin de l’année. Je ne
veux pas partir d’Afrique (autant que faire se pourra) sans être
lieutenant-colonel. Tu vas crier à mon ambition : mais il le faut pour nous
tous. Dans trois ou quatre ans, je puis être en France. » Le
capitaine Dutertre se condamnait ainsi à une existence pénible, dans l’espoir
d’être quelque jour l’orgueil et le soutien de sa famille ; et cependant les
siens étaient quelquefois injustes pour lui, au point de méconnaître ses
sentiments. Au reçu d’une lettre un peu dure de son père, il lui répondait :
« Je puis dire hautement que j’ai toujours été droit mon chemin, faisant le
bien quand je pouvais, tâchant d’éviter le mal, ne me vantant pas de ce que
je faisais, ne l’avouant que quand j'y étais forcé. Quand je n’ai pas mieux
fait quelquefois, c’est que le pouvoir me manquait, et malheureusement il m’a
manqué souvent, mais jamais la volonté. J’ai goûté peu de ces plaisirs que
les jeunes gens aiment à se procurer le plus ordinairement, je veux dire la table
et les femmes. Je pourrais citer des garnisons de deux ans où j’ai vécu en
ermite, à part mon service. » La
pensée qu’il continuait dans l’armée les traditions de famille le soutenait :
« Je tiens à mon nom et à ma famille, écrivait-il, j’ai en main l’épée de mes
pères, j’en suis fier et j’ai raison. » Il jugeait la carrière militaire la
plus belle de toutes, et il exprimait ce sentiment à sa sœur : « Que l’armée
est grande, que le reste est petit à mes yeux ! Que je plains mon pays
d’abandonner le goût des armes pour devenir exclusivement marchand. Là, plus
de grandeur, plus de générosité, plus d’abnégation : l’égoïsme, et voilà
tout. Je m’applaudis tous les jours de mon état et de ma pauvreté. » L’amour
du métier militaire n’excluait pas, chez Dutertre, une grande générosité
vis-à-vis de l’ennemi qu’il combattait : « Nous avons, écrivait-il à sa
sœur le 20 juin 1843, soumis des tribus qui ne nous avaient jamais vus et qui
ont, malheureusement pour elles, payé un peu cher le plaisir de faire notre
connaissance ; mais les Arabes ne se soumettent qu’à la force, il a bien
fallu l'employer. » Ces
adversaires l’intéressaient, parce qu’ils se battaient sur leur sol, pour
leur foi : « Les pauvres malheureux, disait-il, défendent leur croyance ;
fout en les battant, nous devons les plaindre et même les admirer ; car ils
sont plus faibles et c’est quelque chose, la faiblesse se raidissant contre
la force. » Dutertre était apprécié par ses chefs ; le commandant
Froment-Coste le notait comme « d’un zèle et d’une activité soutenus,
toujours à son poste depuis l’arrivée du bataillon en Afrique, et ayant rendu
en toutes circonstances de grands services « ; le général Bedeau le désignait
sur la même feuille comme son premier candidat pour la croix, malgré « quatre
propositions successives demeurées sans résultat » ; la récompense se faisait
attendre ; le 6 août 1843, Dutertre fut enfin nommé chevalier de la Légion
d’honneur. En
annonçant cette nouvelle à sa sœur, il ajoutait avec une joie naïve : « Je
porte le ruban comme un vieux troupier ; enfin je suis superbe ; ce qu’il y a
de mieux pour moi, c’est que mon général m’a dit en me faisant son compliment
que c’était en attendant mieux. J’espère qu'il ne tardera pas à me porter
pour chef de bataillon. » Dans ses lettres de 1844, il exprimait l’espoir
d’obtenir bientôt ce grade et de revenir en France. Cité à
l’ordre de l’armée pour sa belle conduite à la bataille de l’Isly le 14 août
1844, il fut de nouveau proposé pour chef de bataillon ; mais il ne fut pas
maintenu. En décembre, à l’inspection générale, la même proposition fut
encore renouvelée : « Cette fois, si je suis maintenu, écrivait-il, on ne
pourra plus me rayer... Si ceux qui me font tant attendre ce grade, que je
crois avoir bien gagné aujourd’hui, savaient combien il peut influer sur le
sort de ma famille et son bonheur, ils se presseraient peut-être davantage.
Mais je n’ai pas le droit de murmurer : il y en a probablement d’autres qui
ne sont pas plus heureux que moi. » Dutertre ne fut pas nommé. En juin
1845, à la suite d’un combat assez dur contre les Beni-Snous, un mémoire de
proposition établi en sa faveur ne fut suivi d’aucun résultat : « Je ne sais,
écrivait-il à son père, si ce mémoire a été envoyé par le maréchal — car à
Alger, il y a aussi des intrigues —. » Proposé à nouveau par La Moricière
lors de l’inspection générale, à la fin de juillet 1845, il se décida cette
fois à se faire appuyer en haut lieu par son oncle, mais à regret, car il
écrivait à son père le 29 août : « Les protections, malheureusement, nous
recommandent bien plus que les actions ; je l’ai vu souvent ici. J’ai donc
écrit à mon oncle pour lui dire de continuer à agir : il faut fatiguer les
gens pour en obtenir quelque chose. Je suis réellement honteux de plier ma
fierté ordinaire à de pareilles démarches : il le faut ainsi, sous peine de
rester obscur. » Les
démarches qui coûtaient à son amour-propre n’eurent pas le temps de porter
leur fruit ; Dutertre était destiné à mourir moins d’un mois après avoir
écrit ces lignes, toujours capitaine ; mais son nom, loin de « rester obscur
», devait devenir immortel. Le
commandant Froment-Coste et le capitaine adjudant-major Dutertre se
trouvaient secondés, dans les compagnies, par un cadre d’officiers fort
incomplet, beaucoup d’officiers étant en congé ou n’ayant pas rejoint. Lorsque
le bataillon avait quitté Tlemcen, le 5 août, il y avait laissé, par ordre de
La Moricière, les deux officiers de la 1re compagnie. La 2e compagnie ne
possédait que le capitaine Burgard ; la 3e n'avait pas d'officier disponible,
et avait été confiée au sous-lieutenant Larrazet, des carabiniers. Les 4e et
5e compagnies étaient avec le dépôt du bataillon, à Toulouse. La 6e était
commandée par le capitaine de Chargère, sans autre officier ; la 7e, par le
lieutenant de Raymond-Lasbordes. La compagnie de carabiniers avait seule ses
trois officiers : le capitaine de Géreaux ; le lieutenant de Chappedelaine et
le sous-lieutenant Larrazet, ce dernier provisoirement détaché à la 3e. Tous
ou presque tous se trouvaient aux chasseurs depuis leur formation et avaient
fait campagne en Afrique les années précédentes. Le
capitaine Burgard, engagé à vingt ans en 1831, devenu sergent-major,
grièvement blessé en avril 1834, à l’attaque d'une barricade à Lyon, avait
été nommé sous-lieutenant en 1835, lieutenant en 1839. Passé au 6e bataillon
de chasseurs à pied en octobre 1840, il était venu en Afrique avec lui dès
1841 ; nommé capitaine au 8e en avril 1844, il avait rejoint ce bataillon à
Lalla-Maghrnia quelques semaines avant la bataille de l’Isly. C’était un
officier consciencieux et dévoué, mais ne possédant pas une instruction
militaire très étendue ; atteint d’une hernie qui le gênait pour le service
actif, il était doué d’une énergie indomptable, qui le faisait rester à son
poste en toutes circonstances. De même
que Burgard, le sous-lieutenant Larrazet sortait des rangs. Il avait déjà 35
ans. Engagé à vingt et un ans en 1831, il avait fait les campagnes de 1831 à
1833 en Belgique, et avait été libéré comme sergent-major en mars 1840 ;
rengagé aussitôt comme simple soldat au bataillon de tirailleurs, devenu le
28 septembre le 1 er bataillon de chasseurs à pied, il avait regagné en moins
d’un an les galons de sergent-major et avait été promu adjudant en novembre
1841 ; le 11 février 1842, il avait été promu sous-lieutenant au 8e
bataillon, et était venu le rejoindre en Afrique. Le
capitaine de Chargère, qui commandait la 6e compagnie, avait eu jusque-là,
une carrière terne. Sorti de Saint-Cyr en 1827, il avait été autorisé, en
octobre 1830, à rentrer dans ses foyers pour y attendre de nouveaux ordres.
Affecté en 1832 au 8e d’infanterie, il y avait été nommé capitaine, en mai
1840. Passé en octobre suivant au 8e bataillon de chasseurs, il n'était venu
en Algérie qu’après l’Isly. Le
lieutenant de Raymond-Lasbordes commandait la 7e compagnie, en l’absence du
capitaine qui n’avait pas encore rejoint. Fils d'un lieutenant-colonel
d’infanterie en retraite, il était né en 1815 à l’île de Grenade, du mariage
de son père avec une Anglaise. Entré à Saint-Cyr en 1831, il avait eu la
mauvaise chance de n'en pas sortir sous-lieutenant, et d’être rayé des
contrôles le 7 novembre 1833, avec la faculté d’entrer comme sergent dans la
ligne. Le jeune homme aimait le métier ; il s’engagea comme sergent en mars
1834. Sa manière de commander, son instruction et son éducation lui firent
donner des notes si élogieuses qu’en 1837 ses chefs hiérarchiques le
proposèrent pour sous-lieutenant. Le 19 juillet 1839, il reçut enfin ce
grade, huit ans après être entré à Saint-Cyr. Passé en octobre 1840 au 5e
bataillon de chasseurs à pied, et venu avec ce corps en Afrique en 1841, il
avait été nommé en 1842 lieutenant au 8e bataillon et affecté au dépôt de
France ; revenu en Afrique au commencement de 1844, il avait pris part à la
bataille de l’Isly. La
compagnie de carabiniers constituait la compagnie d’élite du bataillon ; ses
hommes étaient choisis parmi les meilleurs chasseurs, et ils étaient armés du
fusil de rempart allégé dit « grosse carabine » ; ils devaient, en campagne, jouer
le rôle d’une véritable artillerie légère et par suite contribuer à la
défense de certains passages ou à l’attaque de certains points. On mettait à
leur tête des officiers particulièrement, estimés. Le
capitaine de Géreaux, né en 1812, entré à Saint-Cyr à 17 ans, avait été nommé
en 1831 sous-lieutenant au 8e de ligne. C’est à celte époque que le général
du Barail l'avait rencontré chez des amis communs : « Géreaux venait de
sortir de Saint-Cyr, écrit-il dans ses Souvenirs ; c’était un très joli
sous-lieutenant, un peu nonchalant, un peu efféminé, raffiné comme toilette,
et qui me frappa par ce détail bizarre qu’il possédait une robe de chambre,
luxe inouï chez un sous-lieutenant. On n’eût certainement pas dit qu’une âme
de bronze habitait sa frêle enveloppe. » Lieutenant en 1836, Géreaux avait
été nommé capitaine en 1839. Passé comme capitaine adjudant-major au 8e
bataillon de chasseurs en avril 1841, il avait permuté avec Dutertre avant le
départ pour l’Afrique et avait pris le commandement d’une compagnie. Dès
juillet 1841, à l’expédition du Chéliff, il s’était fait remarquer par son
intrépidité. Mais le climat et les fatigues n’avaient pas tardé à le faire
tomber dangereusement malade ; il était allé se remettre dans sa famille
pendant quatre mois. Depuis
lors, il avait suivi constamment les expéditions du 8e, et avait pris le
commandement des carabiniers, en octobre 1843. Nommé chevalier de la Légion
d’honneur le 14 avril 1844, il se distinguait en juin au combat de Sidi-Aziz.
Sa mère recevait en juillet, du général Bedeau et du maréchal Bugeaud, les
lettres les plus élogieuses à son sujet : « C’est mon compagnon d’armes
depuis près de deux années, disait Bedeau. Je l’ai toujours considéré comme
devant parcourir une brillante carrière. Je puis vous dire qu’il est du très
petit nombre de capitaines sur lesquels le choix doit prochainement se fixer.
» Géreaux
unissait à son courage de grandes qualités de cœur et d’intelligence. Il
entretenait avec ses parents une correspondance régulière : il leur racontait
sa vie, ses impressions, ses espérances ; il discutait les grandes questions
qui intéressaient les destinées de l’Algérie ; il donnait son avis sur
l’avenir des populations indigènes, sur l’essor de la colonisation française. Partisan
des méthodes préconisées par le maréchal Bugeaud, il montrait à ses
carabiniers les avantages qu’ils auraient à se faire colons : « J’ai pris la
chose au sérieux, écrivait-il à son père de Djemmaa-Ghazaouet, le 22 août
1845 ; j’ai agi avec conscience ; j’ai réuni mes soldats... Je leur ai laissé
entrevoir que, de pauvres et ignorés dans leurs villages de France, ils
pouvaient ici devenir riches et considérés et conquérir la véritable
noblesse. » La familiarité bienveillante avec laquelle il traitait ses
inférieurs, la sollicitude éclairée avec laquelle il les guidait, lui avaient
attiré l’affection ardente et simple des carabiniers. Géreaux
était blond, de taille moyenne : il avait le teint bronzé, et portait les
moustaches et la barbe en fer à cheval ; il était devenu gros, sans que son
embonpoint lui enlevât rien de son activité. Le
lieutenant de Chappedelaine était, comme son capitaine, arrivé en Afrique
avec le 8e bataillon et ne l'avait plus quitté. Né en 1815, sorti de
Saint-Cyr en 1835 comme sous-lieutenant, il était entré au 8e lors de sa
formation en 1840. Nommé lieutenant en janvier 1841, il avait, dès la
première sortie hors de Mostaganem, donné les preuves d’une bouillante ardeur
; le 5 juillet, son bataillon formant l'arrière-garde étant harcelé, il
s’était élancé sur l’ennemi avec une section et se trouvait sérieusement compromis
lorsqu’il avait été dégagé par un sergent et une centaine de chasseurs.
Depuis lors, il s’était montré aussi courageux, mais moins imprudent. A la
fin de 1843, il avait été affecté à la compagnie de carabiniers dont Géreaux
venait de prendre le commandement. Ce
grand lieutenant, brun, mince, élancé, portant les moustaches et la barbe en
fer à cheval, était un homme énergique et avait la réputation d’un habile
tireur ; brave, gai, plein d’allure et d’entrain, il était aimé de ses
camarades et de ses inférieurs. Le sous-lieutenant Hugonet, du 10e bataillon
d’Orléans, n’évoquait pas sans émotion le souvenir de celui qu’il avait bien
connu en 1845 : « Ce brave Chappedelaine, écrivait-il, était la
personnification complète de l’ancien gentilhomme. Issu d’une ancienne
famille bretonne, il était, cela va de soi, très valeureux, loyal ; mais, de
plus, gai compagnon, franc buveur, obligeant, généreux, alerte, bon cavalier,
aventureux, bien pris de sa personne, d’une figure toute belliqueuse, à la
moustache noire fièrement retroussée... Peu d’officiers ont été aussi
regrettés que Chappedelaine ; j’avais une grande sympathie pour lui, et
cependant nous avions failli nous couper la gorge en plein Sahara ; mais tous
les torts venaient de moi, et un peu aussi du soleil. » Parmi
les sous-officiers du bataillon, deux se distinguaient d’une façon,
particulière, l’adjudant Thomas et le sergent Steyaert. Thomas
s’était engagé à 18 ans en 1834 au 7e léger ; devenu sergent-fourrier, puis
remis caporal, il avait regagné dans l’infanterie de marine ses galons de
sergent ; passé en décembre 1840 au 8e bataillon de chasseurs, il avait été
nommé sergent-major en 1841 ; proposé en juillet 1845 pour le grade de
sous-lieutenant, il avait été, en attendant mieux, nommé adjudant. Le
sergent Steyaert avait 43 ans. Entré au service comme remplaçant en 1823,
caporal en 1824, sergent en 1828, il avait constamment rengagé, et avait
passé au 8e bataillon de chasseurs à pied lors de sa formation en 1840. Il
avait reçu, en 1843, la croix de la Légion d’honneur. C'était le type du
vieux sous-officier qui n’avait plus d’autre famille que le régiment et dont
l’ambition se bornait à bien remplir ses fonctions de sergent. Le
chirurgien aide-major Rosaguti, né en 1806 à Bastia, était venu en Afrique en
1836 et n’avait plus quitté ce pays. Depuis le mois de mars 1842, il
accompagnait le 8e bataillon dans ses expéditions ; nommé chevalier de la
Légion d’honneur en 1844, il était proposé pour le grade de chirurgien-major. Le 8e
bataillon d’Orléans, tel qu’il se trouvait composé en septembre 1845, était
donc une troupe solide et bien commandée. Le chef de bataillon, le capitaine
adjudant-major et le médecin étaient, en même temps que de vieux Africains,
des hommes remarquables. Les quatre compagnies de chasseurs, 2e, 3e, 6e, et 7e,
constituées par des soldats éprouvés et aguerris, étaient commandées par de
bons officiers. Les carabiniers, soldats d’élite entre tous, déjà anciens
pour la plupart, avaient à leur tête des officiers qui avaient fait leurs
preuves avec eux, et en qui ils avaient confiance. Une pareille troupe, entre
les mains d’un homme comme Montagnac, pouvait faire merveille. Le 2e
hussards n’était en Afrique que depuis un an. C’est en juillet 1844, en
prévision de la campagne contre le Maroc, que le maréchal Bugeaud avait
obtenu que ce régiment lui envoyât de France quatre escadrons avec le colonel
Gagnon. Tandis que les 3e et 4e escadrons opéraient avec la colonne Géry, le
1er et le 2e s’illustraient à la bataille de l’Isly ; ensuite les hussards
avaient rayonné un peu partout, avec les colonnes de Cavaignac. Le
commandant Courby de Cognord était à la tête du 2 escadron. Cet officier
s’appelait Courby et avait ajouté à son nom celui de sa mère et une
particule, suivant un travers assez répandu. Né à Thiers en 1799, il était
entré au service en 1815 comme mousquetaire du roi, et avait, pris de ce fait
le rang de lieutenant dans l’armée, il avait fait comme lieutenant la
campagne d'Espagne de 1823-1824 : puis, en 1825, avait passé aux hussards de
la garde royale. Promu capitaine à ce corps le 4 juillet 1830, il avait été
licencié et mis en congé illimité le 11 août. Replacé comme capitaine en
1831, il avait pris part à l’expédition de Belgique en 1831-1832 et avait été
nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1833. Il
était venu en Afrique en 1840 ; blessé d’un coup de feu à la jambe le 15
juin, au Ténia (col)
de Mouzaïa, il avait été, six jours après, promu chef d’escadron au 1er
chasseurs d'Afrique. Passé en janvier 1841 au 2e hussards, il avait épousé,
au mois de mai, une jeune fille de Tarbes ; trois ans plus tard, il était
obligé de quitter sa jeune épouse et de partir pour l’Afrique avec son
escadron. Cité à l’ordre de l’armée en 1844 pour sa belle conduite à la
bataille de l’Isly, il avait été l’objet de deux propositions successives
pour le grade de lieutenant-colonel. Ses chefs l’appréciaient beaucoup. Le
colonel Gagnon le notait en ces termes : « A assez de capacité. Connaît très
bien le service. Sert avec zèle et fait bien servir. Toujours convenable dans
toutes ses relations. » Le général inspecteur de Castelbajac ajoutait : «
Bonne éducation : bons sentiments. Intelligence militaire. Jolie tournure.
Servant avec zèle, fermeté, activité. Très susceptible d’avancement. Très
propre à faire la guerre. » Il était aimé des officiers et hussards sous ses
ordres, qu’il savait commander à la fois avec fermeté et bonté. Son
meilleur auxiliaire était le capitaine Gentil Saint-Alphonse. Né en 1810 à
Paris, il était sorti de Saint-Cyr comme sous-lieutenant à 19 ans, avait pris
part à l'expédition de Belgique en 1831-1832 et avait été nommé lieutenant au
3e chasseurs d’Afrique en 1833 : il s’était familiarisé avec la guerre
d’Algérie en 1834 et avait passé aux spahis réguliers de Berne en juin 1835 ;
capitaine adjudant-major à ce corps en novembre suivant, il l’avait quitté
pour le 2e hussards en 1837. Revenu en Afrique avec son escadron, il avait
été cité à l’ordre, de l'armée à la bataille de l’Isly, nommé chevalier de la
Légion d’honneur, et, avec ses dix ans de grade de capitaine, il pouvait
espérer bientôt le grade supérieur. C’était
un officier brillant, courageux, distingué ; fils unique du lieutenant
général comte Gentil Saint-Alphonse, ancien directeur du personnel au
ministère de la Guerre, il était le filleul du roi de Suède Charles XIV (Jean de
Bernadotte), dont
son père avait été jadis l’aide de camp ; il avait été à 25 ans le plus jeune
capitaine de la cavalerie française. D’origine
militaire plus modeste, le lieutenant Klein était fils d’un maître tailleur
au 25e dragons. Engagé à 18 ans aux chasseurs à cheval de la garde royale en
1825, il avait passé au 2e hussards en 1830 ; dix ans après, il parvenait à
être nommé sous-lieutenant à ce même régiment. Promu lieutenant en novembre
1844, il avait rejoint en Afrique le 2e escadron, et avait pris part aux
opérations de 1845. Parmi
les sous-officiers de l’escadron, le maréchal des logis Barbut possédait une
instruction étendue et entretenait des rapports continuels avec Courby de
Cognord et Montagnac. Appelé en 1838, à 22 ans, à servir au 2e hussards,
maréchal des logis deux ans après, il avait été nommé maréchal des logis chef
le 1er janvier 1845. Alerte, actif, intelligent, il était pour ses chefs un
auxiliaire dévoué. Cet
escadron du 2e hussards était bien entraîné ; il avait parcouru la région en
tous sens depuis son arrivée, si bien que les hommes et les chevaux s’étaient
habitués aux difficultés du terrain. Montagnac
profitait de ce qu’il avait de bonnes troupes sous la main pour faire hors de
la place de fréquentes sorties ; tantôt il constituait une petite colonne de
fantassins et de cavaliers, partait à la nuit tombée et arrivait au petit
jour dans un village se saisir de quelque voleur ou de quelque assassin :
tantôt il allait, avec une plus faible escorte, se rendre compte de l’état
d’esprit des tribus environnantes et les rassurer sur les incursions des
maraudeurs. Un des
premiers jours de septembre, le commandant supérieur était sorti de la place
à 3 h. 30, avec trois compagnies de chasseurs et trente hussards, et il était
rentré à 15 h. 30. Le 7, il était allé placer une porte à Nedroma. Le 10, il
avait quitté Djemmaa-Ghazaouet à 18 heures, à la tête de 200 fantassins et 70
cavaliers, pour disperser les maraudeurs qui infestaient les alentours ; le
capitaine de Géreaux était parti le lendemain à 3 h. 30 avec 150 hommes pour
le rejoindre ; ces troupes étaient rentrées le 12 dans l’après-midi, ramenant
un homme de la tribu des Msirda passant pour fou, mais dont le rôle était des
plus douteux : Ouriachi. Le 15, Montagnac était allé à Nedroma avec une
faible escorte et était revenu le même jour à Djemmaa-Ghazaouet. Ces petites expéditions tenaient les troupes en haleine et perfectionnaient leur entraînement ; elles préparaient les hommes à supporter les fatigues et à braver les dangers. |