Le traité de 1845
entre la France et le Maroc. — Attitude d'Abel el Kader et des tribus sur la
frontière. — Mesures prises contre l'agitation naissante.
Après
la prise de la Smala el les échecs subis en Algérie par ses partisans en
1843, l’émir Abd el Kader s’était retiré au Maroc. Dans son esprit, cet exil
ne devait être que momentané ; en prévision d’un retour futur, il avait
entraîné à sa suite de nombreux chefs indigènes et plusieurs tribus tout
entières. Depuis
lors, ses incursions ou celles de ses partisans avaient eu pour but de forcer
les populations algériennes à émigrer au Maroc ; il restait d’ailleurs en
liaison avec les Musulmans d’Algérie, et il inondait le pays de lettres et
d’émissaires destinés à réchauffer le zèle de tous. Ces
manœuvres étaient parfaitement connues lorsque éclata, en 1844, la guerre
contre le Sultan du Maroc, Mouley Abd er Rahman. Le maréchal Bugeaud,
gouverneur général de l’Algérie, pensa à ce moment que l'Emir allait essayer
de recueillir le fruit de ses efforts. Il n’en fut rien. Abd el Kader
n’intervint pas. De leur côté, les indigènes d’Algérie ne prirent pas parti
dans celle lutte. La
victoire de l’Isly, le 14 août 1844, et les succès de la marine française à
Tanger et à Mogador, eurent un effet moral considérable sur les Marocains.
Mais les troupes de Bugeaud furent si éprouvées par les maladies que le
maréchal dut renoncer à atteindre la Moulouïa ; il revint à Lalla-Maghrnia,
d’où il mena le gros de l’armée sur le bord de la mer, à Djemmaa-Ghazaouet. La
France profita peu des avantages remportés : elle signa, le 10 septembre
1844, une convention préliminaire, fort généreuse. Un article de celte
convention prévoyait la délimitation de la frontière avec le Maroc ; le
général de La Rue fut nommé commissaire du gouvernement, et fut assisté du
commandant de Martimprey et de l'interprète principal Léon Roches. L’attitude
que les Indigènes avaient observée pendant les hostilités pouvait faire
illusion en France sur leurs véritables sentiments ; mais les officiers
d’Algérie et tous ceux qui voyaient de près les Indigènes sentaient qu’ils
n’avaient pas accepté la domination française sans arrière-pensée. Bugeaud
exprimait lui-même cette opinion à la tribune de la Chambre, le 24 janvier
1845 ; il disait que les insurrections se renouvelleraient, et qu’il fallait
rester prêts à tout événement, en face d’un peuple dont l’histoire est pleine
de révoltes contre ses dominateurs : « Nous avons rejeté Abd el Kader dans
l’intérieur du Maroc, s’écriait-il, ce qui ne veut pas dire qu’il ne
reviendra pas. Je crois même pouvoir vous prévenir qu’il reviendra. (Rires et
bruits.) Il ne
reviendra pas dangereux, mais il reviendra tracassier, et voilà pourquoi il
faut que nous restions forts et vigilants ! C’est là mon adage. » Pendant
l'hiver, la délimitation de la frontière marocaine s’était poursuivie. Le
traité avec le Maroc avait été promulgué par Louis-Philippe le 23 août 1845 ;
l’article 7 stipulait la non-extradition des réfugiés, mais ajoutait qu’Abd
el Kader et ses partisans ne jouissaient pas du bénéfice de cette convention. Toutes
les difficultés n'étaient pas aplanies par la signature de ce traité. Bugeaud
s’en rendait si bien compte que, dans une lettre écrite d’Alger à sa femme,
le 8 août, il s'exprimait ainsi : « Abd el Kader est entouré de 30.000 à
40.000 émigrés. Il prépare un retour, c’est évident, et le Maroc le laisse
faire. Il y a là un danger permanent. » Dans une autre lettre écrite le 12
août, à la maréchale, ces lignes étaient plus significatives encore : « Nos
relations de voisinage avec le Maroc sont définitivement réglées ; le traité
est ratifié. Les dispositions des agents de l'Empereur, à Tanger, ont paru
excellentes ; mais, à la frontière, c’est tout différent. Le même système
d'hostile perfidie n’a cessé d’y régner. Abel el Kader y fait ce qu’il veut,
et y reçoit toute espèce de secours ; des cavaliers marocains, mêlés aux
siens, viennent faire des courses sur notre territoire. » Le
gouverneur général ne s’illusionnait donc pas sur la situation. Cependant il
demanda, au mois d’août, à venir se reposer en France. Ce voyage n’était pas
dû, comme le prétendaient les pièces officielles, au mauvais état de sa
santé, mais aux difficultés qu’il éprouvait dans ses relations avec le
gouvernement. L’opinion
publique avait peu à peu abandonné le vainqueur d’Isly ; on lui reprochait,
en France, son système de guerre, ses dévastations méthodiques, ses razzias ;
on l’accusait d’entretenir l'agitation pour se préparer des succès ; on
constatait qu’après avoir annoncé bien des fois l’achèvement de la conquête,
il recommençait des expéditions. Des
polémiques emplissaient les journaux : au maréchal Bugeaud, on se plaisait à
opposer le lieutenant général de La Moricière, qui commandait alors la
division d’Oran. Le système de colonisation du maréchal consistait à donner
avant tout la sécurité au pays, à soumettre les Indigènes par la force des
armes, puis à établir des soldats ou des sous-officiers dans de petites
fermes, avant d’encourager la colonisation civile. Le système préconisé par
La Moricière était basé sur l’appel au capital, sur la civilisation
progressive de la race indigène, sur la mise en valeur de concessions de
terrain. La
pression de l’opinion avait provoqué l’ordonnance du 15 avril 1845 pour la
reconstitution de l’administration générale des provinces de l’Algérie. Cette
ordonnance, basée sur l’état de sécurité et de colonisation de certaines
régions, tendait surtout au développement progressif de l’administration
civile. Bugeaud l’avait exécutée, mais sans dissimuler son mécontentement.
Son voyage en France avait pour principal but d’avoir une explication à ce
sujet avec le maréchal Soult, duc de Dalmatie, qui était à la fois président
du Conseil et ministre de la Guerre ; il comptait aller le voir à sa
résidence de Soultberg, dans le Tarn, avant même de rejoindre sa famille. L’intention
du maréchal était de ne pas retourner à Alger s’il n’obtenait pas gain de
cause ; il l’écrivait le 21 août à son ancien aide de camp, Saint-Arnaud, qui
commandait le 53e de ligne en Algérie : « Si l’on ne me comprend pas, si l’on
ne veut pas me comprendre, je ne reviendrai pas. Si tout s’arrange comme je
le crois, je serai de retour à Alger dans les premiers jours de novembre. » Telles
étaient les raisons pour lesquelles le Gouverneur général, malgré une
situation alarmante qu’il connaissait, avait demandé à revenir en France. Le
lieutenant général de La Moricière ayant été désigné par une décision royale
du 24 août 1845 comme gouverneur par intérim, Bugeaud s’embarqua le 4
septembre. Le lendemain même, La Moricière écrivait d’Alger au ministre de la
Guerre pour lui faire pressentir des incidents ; il avait appris, en effet,
que 300 chevaux réguliers, envoyés par Abd el Kader sur la rive droite de la
Moulouïa, se grossissaient chaque jour de contingents fournis par les tribus
du voisinage, et que le bruit se répandait d’une entreprise prochaine contre
le territoire de l’Algérie. Le
maréchal de camp Cavaignac, qui commandait la subdivision de Tlemcen depuis
le 2 novembre 1844, sentait que des événements graves se préparaient. Les
tribus marocaines, en effet, méconnaissant à la fois l’autorité du Sultan et
celle de la France, continuaient à violer les traités qui leur avaient
assigné des limites, et à venir piller les tribus algériennes. Jusqu’au
commencement de septembre, Cavaignac avait considéré la situation sur la
frontière comme provisoire, et ne s’était pas étonné de razzias qu’il
considérait comme « des habitudes traditionnelles ». Mais le traité, ratifié
et promulgué, devait être connu et respecté. Aussi Cavaignac signalait-il, le
6 septembre, « des actes d’hostilité véritables, commis en plein jour et à
main armée par des partis de cavaliers ennemis » ; il s’appuyait sur les
renseignements fournis par le lieutenant-colonel de Barral, qui se trouvait
près de la frontière : c’étaient les cavaliers d’Abd el Kader et les
Indigènes algériens passés au Maroc, qui cherchaient à inquiéter les tribus
soumises, à ébranler leur confiance et à les forcer à l’émigration. Cavaignac
était partisan de l’emploi de la force. Il se rendait compte que le caïd
marocain d’Oudjda, auquel étaient adressées des représentations, se trouvait
impuissant à réprimer les désordres ; il pensait, d’autre part, que les
moyens politiques consistant à agir auprès du Sultan Abd er Rahman ne
pourraient être suivis ni d’un effet assez prompt, ni d’une répression assez
énergique. Il estimait que le meilleur moyen de mettre un terme à cette
situation était de porter sur la frontière une forte colonne destinée à en
assurer la garde, en occupant le pâté montagneux à l’ouest de Lalla-Maghrnia
et Djemmaa-Ghazaouet ; « mais les conséquences de ce mouvement peuvent être
telles, disait-il, qu’il devra être précédé d’un examen sérieux et
d’instructions nécessaires ». L’intervention
vigoureuse que conseillait le commandant de la subdivision de Tlemcen
résultait de son raisonnement et de son expérience : « Je n’ai que deux
moyens, disait-il en terminant sa lettre du 6 septembre au commandant de la
province, de lutter contre l’état de choses que je vous signale : m’adresser
à l’autorité marocaine avec laquelle je suis en relations ; il y a un an que
j'use de ce premier moyen, non que j’aie espéré son succès, mais parce que
j’ai cru devoir l’épuiser. Il ne me restait donc que l’emploi des troupes sur
l’extrême frontière ; or il pourrait en résulter des événements qui, tournant
au profit des désirs d’Abd el Kader, auraient par là même des conséquences
qu’il importe d'avoir prévues avant d’agir. » Cette
opinion était partagée par le commandant Bazaine, le futur maréchal, alors
chargé des affaires arabes à Tlemcen. Dans son rapport du 17 septembre, il
exposait qu’une tribu algérienne de la frontière, celle des Msirda, avait
présenté deux chevaux de soumission à Abd el Kader : « Ils doivent être
considérés et traités, disait-il, comme une tribu qui a failli à ses
engagements et qui est en état d’hostilités ouvertes. Il serait bien
nécessaire, à cause du voisinage de la Deïra, que de pareils actes soient
promptement et très sévèrement châtiés, car il est à craindre que ce foyer de
désobéissance ne trouble où ne jette le doute dans nos tribus kabyles. » La
Deïra était l’ancienne Smala d’Abd el Kader, reconstituée sur des bases
réduites ; elle pouvait exercer son action sur certaines tribus algériennes,
puisqu’elle campait non loin de la frontière, sur les bords de la Moulouïa.
C’était une réunion de tentes considérable, qui abritait les familles d’Abd
el Kader, celles de ses lieutenants, ses principaux fidèles et toute une
population dévouée à ses intérêts ; elle constituait à la fois la capitale
mobile de l'Emir, sa réserve de troupes, son centre d’approvisionnements, sa
résidence de repos. C’est autour de la Deïra que venaient se grouper les
mécontents, les émigrés, les déserteurs, tous les ennemis de la France ;
c’est de là que partaient les détachements destinés à dévaster le territoire
français, c’est là qu’ils venaient se refaire après leurs chevauchées. Le
journal l’Algérie, qui puisait ses informations aux meilleures
sources, s’exprimait en ces termes : « La Deïra d’Abd et Kader est à la fois
un régiment et un corps de partisans... Quand elle voyage, rien ne l’arrête,
parce qu’elle ne traîne à sa suite ni équipages, ni blessés, ni chevaux
infirmes ; aussi fait-elle facilement 20 et 25 lieues dans une longue nuit
d'hiver, ce qui lui permet de surprendre, à une très grande distance, un
ennemi sans défense. Recrutée parmi les hommes les plus aguerris, montée sur
les meilleurs chevaux, elle a rarement des traînards qui retardent sa marche,
et, quand elle en a, elle s’en inquiète peu. Dieu est miséricordieux ! Avant
tout, elle veut atteindre le but qui lui est indiqué. A-t-elle des malades ?
Elle les confie aux soins des tribus. Quelques chevaux refusent-ils la marche
? Elle les abandonne et prend, de gré ou de force, ceux qu’elle rencontre. »
Ce n’était qu’une partie d’un tout qui se trouvait décrite dans ces lignes,
mais la partie guerrière et agissante, celle qui permettait à l’Emir de mener
à bien ses rapides entreprises sur le territoire de l’Algérie. Abd el
Kader ne paraissait pas participer directement aux vols et aux attaques qui
se produisaient. Il était revenu à sa Deïra du 20 au 22 juillet, avec une
troupe et des chevaux très fatigués : à ce moment, certains de ses partisans,
découragés par une profonde misère, avaient déclaré qu’ils ne pouvaient
supporter plus longtemps les souffrances qui leur étaient imposées.
Cependant, dès les premiers jours d’août, on avait parlé dans son entourage
d’une nouvelle expédition, sans en préciser le but. Au mois de septembre, sa
Deïra était sur la rive gauche de la Moulouïa, à Ez-Zebra
; elle se trouvait ainsi à 25 kilomètres de la mer environ et à 90 kilomètres
à l’ouest de Lalla-Maghrnia. Le caïd
marocain d’Oudjda ne faisait rien pour empêcher les agressions, mais ne
pouvait pas être accusé de les favoriser ; il entretenait en effet avec
Cavaignac une correspondance « convenable dans les termes », et, de l’avis
même de La Moricière, il restait inactif bien plus par impuissance que par
mauvaise volonté. Pris entre les partisans d’Abd el Kader qui l’entouraient
et les officiers français ses voisins, il employait toutes les subtilités de
la diplomatie arabe pour rester en bons termes avec les uns et les autres. Le
sultan Mouley Abd er Rahman avait grand’peine à organiser ses forces
régulières ; ses jeunes soldats désertaient. Le bruit se répandait néanmoins
qu’il pressait l’organisation de son infanterie pour une expédition contre la
Deïra d’Abd el Kader. En réalité, il n’avait aucune autorité effective sur
les territoires occupés par l’Emir et qui, par une fausse conception de
l’état politique de ces régions, étaient considérés par le gouvernement
français comme faisant partie de « l'empire » du Maroc. Cependant,
de fâcheux symptômes dénotaient les progrès du mouvement qui se préparait :
Mouley Ali, appelé plus souvent Mouley Cheikh, personnage influent, mais
depuis longtemps suspect, quittait la tribu des Ghossel, à laquelle il
appartenait, et se retirait dans les montagnes des Trara ; il se rendait là
auprès d’une fraction des Beni-Ouarsous qui comptait de ses parents et qui
était agitée depuis quelque temps par ses intrigues. Cette défection était
significative. En
présence d’une situation aussi tendue, il était urgent de prendre des mesures
pour éviter une insurrection. Le
maréchal de camp Le Pays de Bourjolly commandait par intérim la division
d'Oran ; mais il avait dû, le 13 septembre, quitter son chef-lieu pour aller
prendre, à Mostaganem, la direction des opérations militaires de cette
subdivision ; il avait alors transmis le commandement effectif de la division
au maréchal de camp Thiéry, qui se trouvait ainsi remplir un intérim en
second. Du jour
où le général de Bourjolly était entré dans le pays des Flitta, ses
communications avec Oran et Tlemcen étaient devenues difficiles ; il
connaissait néanmoins la situation, puisqu’il écrivait directement au
ministre de la Guerre le 23 septembre, en parlant des brigandages de la
frontière : « Il est impossible de compter sur la prolongation d’un pareil
état de choses, où tous les sacrifices et les inconvénients sont pour nous. »
Il avait reçu les propositions de Cavaignac relatives à une colonne ; mais il
avait envisagé comme son subordonné les conséquences que devait entraîner la
présence des troupes françaises sur la frontière, et il avait décidé de ne
pas intervenir ; il ne voulait pas engager une question, dont, disait-il, «
le gouvernement devait être le seul juge ». Il avait envoyé à Cavaignac des
instructions approuvées par La Moricière, dans lesquelles il lui prescrivait
seulement de « garder la ligne de Maghrnia à Ghazaouet, sans s’enfoncer dans
les montagnes de l'Ouest ». La
Moricière, voulant conserver la ligne de communication de Tlemcen à
Djemmaa-Ghazaouet, donna l’ordre à Cavaignac de se porter aussitôt qu’il lui
serait possible chez les Trara, avec une forte colonne, et de prendre à cet
effet avec lui « au moins 2.500 baïonnettes de vieille infanterie ». Cavaignac
partit, de Tlemcen vers le Nord-Ouest, avec les troupes dont il pouvait
disposer ; il se rendit, le 19 septembre, à Sidi-bou-Lenouar, près d’un gué
de la Tafna, se plaçant ainsi entre les Ghossel et le pays des Trara. Le 22
septembre, ayant réuni là 1.350 fantassins, 250 cavaliers, deux sections de
montagne, il entra chez les Beni-Ouarsous, et entama la lutte qui se
poursuivit avec vigueur le 23 et le 24. Il rencontra une résistance à
laquelle il ne s'attendait pas. Dans la soirée du 24, il écrivait au colonel
Gagnon, à Tlemcen : « L’ennemi, pendant ces trois journées, a montré un
acharnement peu ordinaire. Je vais à marches forcées en chercher
l’explication à Lalla-Maghrnia. » La
raison de cet acharnement, c'était la rentrée inattendue d’Abd el Kader sur
le territoire algérien. L’Emir
s’était décidé à agir, mais après avoir pris toutes ses précautions pour
réussir : il s’était créé une base et ménagé un asile au Maroc, dans les
montagnes du Rif ; il avait réorganisé une partie de sa cavalerie régulière ;
il avait réuni autour de lui une nombreuse population d’émigrés, qui lui
fournissait 1.400 à 1.500 chevaux ; il avait enfin décidé de faire irruption
en Algérie par la frontière de l'Ouest, parce qu’il pouvait disposer des
contingents de la tribu marocaine des Beni-Snassen et des tribus kabyles qui
peuplaient le massif montagneux situé à l’ouest de Djemmaa-Ghazaouet. Il
avait d’ailleurs jeté le trouble dans diverses régions de l’Algérie, en
faisant organiser des mouvements insurrectionnels par ses agents. Bou-Maza,
quoique n’agissant pas de concert avec l’Emir, servait ses projets ; il avait
prêché la révolte dans le Dahra et l’Ouarensenis, et jusqu’auprès de
Teniet-el-Had. Plusieurs chérifs parurent aussi au Sud d’Alger ; l’un d’eux
fit naître une révolte contre le khalifa français de la Medjana ; enfin, Ben
Salem, un des khalifas de l’Emir, descendit du Djurjura, avec des contingents
kabyles, pour soulever les régions avoisinantes. Ayant ainsi préparé sa
nouvelle campagne, Abd el Kader avait fait irruption sur notre territoire. La rapidité avec laquelle les nouvelles circulent en pays arabe avait permis à toutes les tribus de connaître le retour de l’Emir, impatiemment attendu. Cet événement avait enflammé leur ardeur religieuse et réveillé leurs espérances ; leur exaltation fut encore surexcitée par la nouvelle du succès inouï remporté le 23 septembre par l’Emir sur les troupes françaises sorties de Djemmaa-Ghazaouet, à Sidi-Brahim. |